Les (autres) Contes de Beedle le Barde

Le dragon qui voulait manger un sorcier.

À peine plus gros qu’un éléphanteau, Drag le dragonneau était un magnifique bébé dragon : sa peau en écaille gris métallique brillait au soleil, autant que ses yeux rouges la nuit.

Ses griffes en revanche demeuraient encore trop petites pour lui permettre de chasser seul, et de toute manière Drag ne savait ni voler ni cracher du feu. Pourtant, cela ne gâchait en rien sa témérité et sa curiosité, toujours enclin à découvrir de nouvelles choses.
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Ses parents chassaient pour lui de délicieuses proies : tendres chèvres, moutons dodus… Mais contrairement à son amie Gona, lui n’avait jamais mangé d’humain, et puisqu’il avait entendu dire que les sorciers faisaient les meilleurs repas, ce jour-là, lorsque ses parents revinrent avec un chien, Drag ne le mangea pas.

« Tu es sûr ? Tu ne veux pas de ce bon et délicieux chien ? » demanda sa mère.

« Je préfèrerais manger un sorcier. »

Ses parents rirent, assurant au dragonneau que le chien serait bien meilleur, mais Drag refusa pourtant d’y goûter.

Le lendemain, son père lui ramena plutôt une grosse vache, pensant que son fils devait être affamé de ne rien avoir mangé la veille. Il fallait voler plus longtemps pour en trouver, si bien que Drag en voyait pour la première fois. Le dragonneau s’émerveilla, se lécha les babines, mais se ravisa au dernier moment.

« Je veux manger un sorcier !

- Les sorciers ont un goût amer et leur baguette reste toujours coincé entre les dents, » assura son père, pour le convaincre.

Drag insista néanmoins, assurant qu’il ne mangerait rien d’autre. Inquiète, sa mère se mit à pleurer.

« Mon fils, si beau, si grand, si fort refuse de s’alimenter ! »

Après quoi elle s’envola à tire d’aile, tandis qu’une idée venait de germer dans son esprit. Elle ne revint que quelques longues heures plus tard, avec deux chevreaux grillés : le plat préféré de Drag. Celui-ci fut tenté une nouvelle fois, sentant son ventre gargouiller avec force, mais refusa tout de même.

« Non merci, je ne souhaite rien d’autre qu’un sorcier. »

Drag le dragonneau se sentait de plus en plus bizarre. Il devint soudainement moins fort, moins rapide et plus petit que les autres dragons de son âge. Son amie Gona rit même de lui un jour :

« Tu n’arriveras jamais à cracher du feu si tu restes si petit. »

Drag le dragonneau décida donc de s’éloigner pour aller jouer tout seul. Cela lui ferait peut-être oublier sa faim jusqu’à ce que ses parents lui ramènent un sorcier à manger. Le dragonneau joua donc dans les fleurs, mais pas bien longtemps, car la fatigue l’assaillait. C’est alors qu’il entendit des voix, non loin. Un sorcier en armure ! Et deux enfants vraiment très moches ? Drag l’ignorait, mais ce qu’il prenait pour des enfants étaient en réalité des gobelins anglais, accompagner d’un chasseur de dragon. Drag se cacha dans les fleurs, pour leur laisser le temps de s’approcher. Cette fois, c’était sûr, il mangerait du sorcier ! Alors quand celui-ci fut suffisamment proche, Drag bondit sur lui, toutes griffes dehors, comme son père le lui avait appris, mais il était si petit et si faible que le sorcier rit plutôt.

« Ma parole, tu n’as pas dû manger grand-chose pour être aussi minuscule ! Tu as l’air aussi inoffensif qu’un boursouflet ! »

Drag grogna, vexé, mais le sorcier sortit alors sa baguette et d’un geste, le dragonneau se retrouva suspendu, la tête en bas.

« Cela vous ira ? »

Les deux gobelins jetèrent un œil sévère au dragonneau, puis acquiescèrent.

« On l’embarque alors ! »

Drag le dragonneau eu à peine le temps de comprendre ce qu’il se passait, qu’il se retrouva enchaîné dans un sac.

« MAMAN ! PAPA ! »

Il hurla de toutes ses forces, mais personne ne l’entendit, et personne ne vint le sauver. Ce fut la dernière fois que Drag vit l’Ukraine ou même le soleil. Jusqu'à ce que... T-)
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Le sorcier voleur de cœurs.

Il était une fois, un riche et jeune sorcier allemand. Il répondait au nom de Johann, mais ne possédait aucun talent particulier en magie. La banalité lui seyait à merveille lorsqu’il faisait usage de sorcellerie, pourtant, il demeurait le sorcier le plus populaire de sa région. La raison de cette célébrité ? Un don incroyable dans l’art de séduire une femme ! Grande, petite, fine ou rondelette, rousse, brune, blonde, métisse, blanche ou noire, mariée ou célibataire : le sorcier ne se refusait jamais aucune beauté.
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Et si d’aventure, elles ne succombaient pas à son charme, Johann ne rechignait pas à l’usage d’un philtre d’amour dissimulé dans des présents divers. Cela agaçait son père qui restait pourtant bien en retrait de tout cela, convaincu que son fils finirait par trouver la sagesse. Il le laissait donc batifoler à sa guise, à une condition néanmoins : Johann ne devait jamais louper l’une de ces réunions magiques que son père organisait.

Un jour, alors qu’il rendait visite à l’un de ses amis proches de l’autre côté du pays, Johann entendit parler d’une femme exceptionnellement belle. La plus belle de toutes ! Immédiatement, le sorcier eut donc envie de la rencontrer et de la courtiser. Le sorcier fit donc le voyage jusque chez elle et s’arrêta devant une charmante maisonnée au bord d’un lac étincelant. Lorsqu’il aperçut la jeune femme, il en tomba immédiatement sous le charme. Amoureux ? Le cœur du sorcier battait étrangement dans sa poitrine, il perdait la raison.

« Ô ! Douce et tendre Lore-Line, me voilà fou épris de vous. Mon cœur serait brisé de ne pas pouvoir vous épouser.

- Peut-être votre cœur trouvera-t-il du réconfort auprès des mille autres qu’il a volé ? »

La jeune femme refusa toutes avances et tous présents, alors Johann rentra chez lui dans tous ses états. Voilà qu’il échouait pour la première fois, alors que son cœur semblait amoureux pour de vrai. Il ne pensait plus qu’à elle, ne mangeait plus, ne dormait plus. Le sorcier perdit goût à tout, même aux femmes. Comme malade, il déambulait dans son domaine tel un fantôme, sans cesse hanté par le souvenir de la belle demoiselle. Il lui semblait entendre parfois sa voix, ou la voir au détour d’un couloir. Et pour la première fois, il en oublia la promesse faite à son père, manquant une réunion.

Fou de colère, son père tenta donc de lui interdire d’y retourner, jamais il ne devait revoir cette femme maudite. Hypnotiseuse de malheur ! Cependant, Johann ne supporta pas d’entendre tant d’horreur sur celle qu’il aimait et l’idée même de ne jamais la revoir lui donnait envie de mourir. Alors, il s’enfuit !

Au matin, il arriva devant la maisonnée, tremblant tout entier. Il savait son père non loin derrière lui, mais Johann n’avait d’yeux que pour Lore-Line, qui se baignait dans les eaux pures du lac.

« Belle Lore-Line, ne soyez point davantage cruelle avec mes sentiments.

- Venez ! »

La jeune femme souriait, tendant sa délicate main vers lui. Johann avança, un pas après l’autre, comme sous l’emprise d’un charme. Au loin, il entendit son père pestiférer, s’époumoner, mais ne s’arrêta pas. Et à peine le sorcier eut-il un pied dans l’eau, que la belle se métamorphosa : ses yeux devinrent sombres, sa peau grise, ses cheveux de joncs. La créature entraîna le voleur de cœur sous les eaux et on ne le revit jamais.
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Les (autres) Contes de Beedle le Barde
Ma grand-mère cannibale.

Tout commença à la naissance de Juliette dans un idyllique village en bord de mer. La mère de celle-ci avait pris l’habitude de l’emmener partout avec elle, aussi bien au marché qu’au travail.

Le plus souvent, elle déposait le berceau dans un coin à l’ombre, sous un arbre ou sur la plage, et ne revenait que toutes les heures pour vérifier que tout se passait bien. Il en était ainsi dans la région, la confiance était de mise.
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Un beau jour, cependant, la petite Juliette fut enlevée tandis que la mère travaillait au champ. Inquiète de ne pas retrouver son enfant, la femme accourut au village pour demander de l’aide, mais malheureusement, l’enfant demeura introuvable…

À plusieurs bornes de là, l’enfant dormait paisiblement dans les bras d’un homme. Un sorcier, plus exactement, avide d’argent facile. Il avait, depuis plusieurs années, prit un drôle d’engagement avec un village cannibale : de l’or contre des enfants à manger. Lorsqu’il leur présenta Juliette, le village tout entier s’en lécha les babines d’avance. Ils payèrent le sorcier, qui s’en alla sans regarder en arrière. C’est alors que la vieille sorcière du village arriva à son tour. Elle observa le nourrisson un instant, puis décida qu’il ne serait pas mangé, qu’elle l’adopterait plutôt. En colère, le chef du village gronda, mais la sorcière sortit sa baguette magique et fit jaillir des flammes.

« Si quelqu’un touche à cette enfant, je brûlerais ce village ! »

La menace fut suffisante de nombreuses années durant, si bien que Juliette, renommée Mila, eut le temps de devenir une adorable petite fille adorée de sa grand-mère cannibale. Et très tôt, elle commença à s’entraîner à la magie avec celle-ci. La vieille sorcière voulait que l’enfant puisse se défendre, car les villageois rêvaient toujours du festin qu’ils allaient pouvoir faire avec elle.

« Un jour, la vieille sorcière ne sera plus là pour protéger la fillette. Il n’y a qu’à attendre pour faire un bon repas », disaient-ils.

Un jour, alors que Mila était devenue jeune adulte, sa grand-mère cannibale lui demanda de venir la rejoindre. Voilà plusieurs jours qu’elle ne se sentait plus la force de se lever de son lit.

« Je suis vieille Mila, je vais mourir et alors les gens du village viendront pour te manger. Tu dois partir avant que cela n’arrive.

- Non grand-mère. Je veux rester avec toi. »

La vieille sorcière cannibale mourut cette nuit-là et Milla pleura toutes les larmes de son corps. Au petit matin, cependant, les villageois se pressaient déjà à sa porte, torches en main. Encore les yeux rougis d’avoir pleuré si longtemps, la jeune sorcière prit la baguette de sa grand-mère et sortit pour leur faire face. D’un simple geste et assurée, elle fit trembler la terre.

« Si l’un d’entre vous ose s’approcher, vous périrez tous dans un tremblement de terre !

- D’accord, » répondit le chef, « mais laisse-nous au moins manger la vieille sorcière. Elle devrait faire un bon repas. »

Horrifiée, Mila les chassa à coup de sortilèges et retourna s’enfermer à l’intérieur. Là, elle eut l’idée de changer sa grand-mère cannibale en statue de pierre : pour que jamais personne ne puisse la dévorer. Puis elle quitta le village.

Elle traversa la mer pour se retrouver dans son pays natal, à l’endroit même où elle avait été enlevée. Sa mère se tenait toujours là, pleurant la disparition de sa fille. Il ne fut pas difficile pour elles de se reconnaître, car elles se ressemblaient trait pour trait.

« Pourquoi ne pas m’avoir mieux surveillée ? » demanda Mila.

« Juliette, ma douce enfant, ma grande sorcière, il y a des destins qu’on ne peut pas éviter, mais tu m’as manqué à chaque instant. »

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