Une cicatrice qui fait tâche
Ce n'était pas si mal, finalement, cet entraînement matinal imposé. Pendant les premiers jours, Lavinia avait été à la traîne, suant à grosses gouttes, se tordant la cheville quand la fatigue l'emportait sur ses articulations. Elle n'était pas bonne dernière pour autant, sans doute grâce au club de course de cette année scolaire, mais son expérience sportive lui semblait très loin derrière elle, alors que ses poumons s'ouvraient désespérément à la recherche d'un maximum d'air frais. Après quelques jours de douleur, la petite vipère avait finalement appris à respirer, et avait l'impression d'être de moins en moins à l'agonie. Aujourd'hui, il lui semblait même trouver cela agréable, la légère fatigue qui agitait doucement ses membres de petites fourmis. Elle était tout de même bien contente de retrouver sa gourde d'eau fraîche, son chapeau de paille, ses lunettes de soleil, et le sol pour lui servir de siège. Au point où elle en était, elle n'avait même pas besoin de coussins.Lundi 26 Juillet 2049 - Camp pédagogique, Belfast
Avec @Edwin Wellhister
Elle observa, comme à son habitude, les élèves-vacanciers qui s'arrêtaient à leur tour pour reprendre leurs souffles. Certains, plus sérieux que d'autres, commençaient même à s'étirer avec méthode. Lavinia les copiait alors, maladroitement, et surtout peu ravie à l'idée de se réimposer du désagréable pour en éviter davantage dans le futur...
Aucun groupe n'avait été imposé par Mr Kohler, les élèves se rapprochaient donc en fonction de leur affinité changeante, ou bien en fonction de leur moment d'arrivée sur le terrain. Aujourd'hui, non loin de Lavinia, une grande perche un peu dégingandée s'efforçait à suivre les recommandations du concierge en vacances et s'étirait avec un plus grand sérieux que la petite vipère. Lavinia l'observait en silence, du coin de l'œil, derrière ses lunettes teintées. Il s'agissait d'un de ses aînés de Serpentard, en sixième année ou septième année, du nom d'Edwin Well-quelques choses si elle en croyait ses souvenirs de discussions qui ne la concernaient en rien, mais qu'elle avait su capter de ses oreilles affûtées.
Son regard glissa sans vraiment s'attarder sur le corps du jeune homme, avant de s'ancrer tout particulièrement sur son avant-bras. Elle avait déjà eu l'occasion d'observer l'étrange tâche qui se dessinait sur sa peau depuis le début du camp, révélée par les choix d'un t-shirt au goût douteux, mais qui avait le mérite d'être à manche courte. Elle avait d'abord pensé à de la terre, et avait fait la moue, exaspérée du peu d’hygiène du garçon. Mais d'un jour sur l'autre, elle était toujours là, et Lavinia due se faire à l'idée que si un jeune homme de son âge ne prenait pas le temps de se toiletter, cela se sentirait. Ce qui n'était pas le cas. La marque était toujours là, et semblait résister à tout, au mouvement, à l'eau, au frottement...
Cette forme était étrange. Elle était bien plus foncée que le reste de la peau blanche du jeune homme, marron et rosé par endroit, et prenait une part importante du bras. Lavinia avait même l'impression d'y voir un relief, comme s'il s'agissait d'une couche de peinture ou d'une fine croûte d'argile. Les contours semblaient striés de petits plis, comme si la peau s'était froissée par endroit. Pourtant, la forme suivait et s'adaptait aux mouvements du jeune homme, avec la même élasticité que le reste de sa peau.
Alors qu'il se retourna, leurs regards se croisèrent. Enfin, c'était difficile à dire, étant donné les lunettes de soleil que portait la petite Campbell, mais elle ne bougea pas, continuant à fixer le garçon avec assurance, sans même chercher à le cacher. Avant qu'un silence gênant ne s'installe trop longtemps, Lavinia lui lança :
- C'est quoi la tâche que tu as sur le bras ?
Pas un bonjour, pas une présentation, pas une formule de politesse. Parce que si Lavinia ne se souvenait pas bien de son nom, elle se souvenait d'autres détails volés aux détours de conversations attrapées au vol. Elle savait qu'elle n'avait pas affaire à un Sparks ou à un Nerrah. Elle savait qu'elle n'avait pas affaire à quelqu'un comme elle. Edwin était dans le camp des moldus, d'une manière ou d'une autre. Et cela ne méritait pas qu'elle prenne des gants pour assouvir sa curiosité.
Bon, j'espère qu'il va pas se braquer tout de suite, Lavinia n'est pas très douée
Dernière modification par Lavinia W. Campbell le 25 nov. 2024, 19:26, modifié 1 fois.
Une cicatrice qui fait tâche
Edwin était en fait assez content d'avoir accepté l'idée d'Owen et d'être venu au camp. C'était étrange parce qu'avant cela, Edwin n'avait jamais fait partie d'un groupe comme celui-ci. A presque 17 ans, on pouvait penser qu'il avait déjà fait du camping ou qu'il avait déjà été en colonie mais la réalité était qu'à part avec Owen et une fois avec Lily-Rose, il n'était jamais vraiment parti en vacances. Ses vacances, avant Poudlard et jusqu'à la deuxième année, c'était se balader à Londres avec de faux copains. C'était faire les poches à quelques passants pour aller s'acheter des clopes et ensuite se poser au bord de la rivière pour jeter des cailloux sur les canards. Edwin faisait toujours attention à viser l'eau, contrairement à certaines de ses connaissances de l'époque, mais même en faisant et en effrayant les animaux à plumes, il n'avait jamais trouvé l'intérêt de ces sorties. En somme, ça n'avait rien à voir avec le camp, ni même avec un truc sympa de près ou de loin.
Parmi toutes les choses négatives dont il s'était fait une liste mentale, il n'y en avait vraiment que deux qui restaient : l'impossibilité pour lui de fumer et le fait de dormir dans une tente avec trop de personnes. A Poudlard il était content de n'avoir qu'au maximum quatre ou cinq personnes dans son dortoir, et surtout de n'y avoir que des gens de son âge. Ici, tout était un peu mélangé et c'était particulier. Avec le temps il avait appris à faire confiance un minimum à ses camarades de dortoir mais ici il n'avait pas vraiment le temps et devait accepter l'idée que des gens puissent le voir dans un état si vulnérable. Heureusement, il n'avait fait aucun cauchemar. Ca aurait été terriblement mortifiant de se réveiller en hurlant et en pleurant et de voir 6 paires d'yeux le fixer. Surtout celle d'Edmund Dale. Il aurait pu demander une chambre individuelle mais avait dégagé l'idée rapidement : ça n'aurait fait que le mettre dans une situation encore pire. Tout le monde aurait su qu'il avait des problèmes mais sans avoir quoi. Une parfaite occasion de faire naître des rumeurs.
Ce qu'il aimait bien - même s'il avait pensé qu'il souffrirait beaucoup à cause de ça - c'était les cours qu'il y avait. Evidemment l'idée travailler encore plus pendant l'été c'était un peu naze mais finalement la pratique était tout à fait satisfaisante. C'était très différent des cours à Poudlard et, franchement, Edwin préférait ça. De très loin même. Il n'aimait pas forcément beaucoup les potions ou l'histoire de la magie, mais le tout restait intéressant. Il préférait cependant les journées où il pouvait apprendre du concierge. Il ne connaissait pas bien l'homme, n'ayant jamais eu l'occasion de le croiser réellement mais il l'appréciait bien. En tout cas, il appréciait ce qu'il lui apprenait et c'était suffisant.
Le meilleur du camp restait tout de même les entrainements matinaux. Il avait l'habitude à Dublin et à Poudlard de faire du sport tous les jours mais c'était surtout le soir. Il lui arrivait assez peu souvent d'être motivé le matin à sortir du lit tout court, alors sortir et être actif ? C'était difficile mais le fait d'être entouré de tout un tas de gens qui suivaient le même emploi du temps que lui c'était sympa. Motivant, même. Ce matin, il s'était donné à fond comme tous les autres jours. Il appréciait la brulure dans ses poumons, la chaleur sur son visage et même le tiraillement de ses mollets qu'il était en train d'étirer soigneusement. Il aimait le sport, ça lui donnait l'impression d'être bien vivant. Etrangement, ça avait toutes les qualités de l'angoisse sans les inconvénients. Le sport l'ancrait à la réalité, lui vidait la tête mais ce n'était pas douloureux. Il faisait battre son cœur, rendait ses membres lourds à terme mais c'était choisi, c'était contrôlé. C'était agréable.
Il laissa échapper un ronron satisfait avant de tirer sur son tee-shirt pour s'essuyer le visage. C'était pas très gracieux mais il n'en avait honnêtement rien à faire. Il abaissa rapidement le tissu noir pour cacher son ventre et tendit les bras vers l'arrière. Il se sentait bien, et surtout libre. Libre des angoisses, libre de ses pensées. Le sport était comme une bonne cigarette, sauf que ça ne lui détruisait pas les poumons. Owen serait sûrement très content que son frère commence à compenser ses cigarettes par des choses plus saines.
Il observa tranquillement autour de lui, son regard passant sur les visages en sueur et les étirements maladroits des autres avant que son regard ne se pose sur une fille. Une fille largement plus jeune qu'il savait être à Serpentard. Jusque là tout va bien, rien d'étrange. Le seul soucis c'est qu'elle le fixait étrangement. Les sourcils froncés Edwin baissa les yeux sur sa tenue. Son tee-shirt était sale, avec une inscription typiquement moldue et il avait remonté son pantalon à mi mollet mais rien de particulièrement bizarre. Son style laissait à désirer, comme d'habitude, mais c'était pour faire du sport. Elle ne devait pas s'attendre à ce qu'il coure en costume, n'est-ce pas ? Alors pourquoi ? Avait-il un truc sur le visage ?
Finalement, elle prit la parole et Edwin s'empressa de regarder ses bras. Il les tourna plusieurs fois sans comprendre. Une tâche ? Finalement, il sembla comprendre ce que l'autre voulait dire et son regard s'éclaira. Ah, la cicatrice ? Ah ? Ca ? fit-il en tendant le bras cicatrisé vers elle. Effectivement, c'était moche. La cicatrice était moins visible que les premiers mois après son apparition, mais ça restait moche. Edwin s'était habitué à la vue mais il comprenait que les autres puissent être dégouté. C'est pour ça qu'il gardait autant que possible sa robe à manche longues à Poudlard. Enfin, c'était peut-être aussi parce qu'il avait peur de montrer cette partie de lui, cette marque de faiblesse. M'enfin, aujourd'hui était un bon jour et durant les bons jours, il se fichait pas mal de ses cicatrices, de son ventre trop plat ou de ses dents mal alignées. Il fit un sourire à l'autre. Elle avait l'air cash, au moins, c'était cool. Il aurait préféré un bonjour mais bon, lui aussi l'oubliait souvent. C'est une cicatrice, t'en as jamais vu ?
Même les enfants privilégiés savaient à quoi ressemblait une cicatrice, non ? Elle devait avoir au moins 12 ou 13 ans... Qui passait toute sa vie sans jamais voir une cicatrice ? Il s'approcha de la plus jeune, baissant les yeux pour lui parler. Elle était, comme tous les autres élèves de Poudlard, minuscule. En tendant son bras sans faire gaffe aussi près d'elle, il pourrait lui foutre une baffe sans faire exprès. Ca vient d'une brulure expliqua-t-il simplement. C'est un peu moche maintenant, mais t'aurais dû voir à l'époque Il haussa les épaules. A l'époque ça avait vraiment été moche, à vomir presque. Il avait mis des mois avant de pouvoir observer la brulure sans avoir la nausée. Sûrement qu'avec un traitement sorcier ça aurait été moins moche à l'arrivée, mais les crèmes et les bandages moldus ne faisaient pas des miracles. Les semaines après la brulure avait été un peu étranges. Entre les passages à l'hôpital et ceux des infirmières, il n'avait pas tout comprit. Il avait juste été content que ce ne soit pas suffisamment grave pour nécessiter une greffe de peau. L'idée de passer sous le billard avait été terrifiante, et au final il préférait garder une cicatrice moche plutôt que d'avoir été pelé comme une orange. C'était pas grave si c'était moche, il l'avait accepté avec le temps. Il profita d'avoir un pantalon bouffant pour le remonter encore un peu, juste au dessus du genou droit pour exposer une ligne blanche. J'ai celle-ci aussi, mais elle vient juste d'une blessure normale donc elle est plus jolie
Parmi toutes les choses négatives dont il s'était fait une liste mentale, il n'y en avait vraiment que deux qui restaient : l'impossibilité pour lui de fumer et le fait de dormir dans une tente avec trop de personnes. A Poudlard il était content de n'avoir qu'au maximum quatre ou cinq personnes dans son dortoir, et surtout de n'y avoir que des gens de son âge. Ici, tout était un peu mélangé et c'était particulier. Avec le temps il avait appris à faire confiance un minimum à ses camarades de dortoir mais ici il n'avait pas vraiment le temps et devait accepter l'idée que des gens puissent le voir dans un état si vulnérable. Heureusement, il n'avait fait aucun cauchemar. Ca aurait été terriblement mortifiant de se réveiller en hurlant et en pleurant et de voir 6 paires d'yeux le fixer. Surtout celle d'Edmund Dale. Il aurait pu demander une chambre individuelle mais avait dégagé l'idée rapidement : ça n'aurait fait que le mettre dans une situation encore pire. Tout le monde aurait su qu'il avait des problèmes mais sans avoir quoi. Une parfaite occasion de faire naître des rumeurs.
Ce qu'il aimait bien - même s'il avait pensé qu'il souffrirait beaucoup à cause de ça - c'était les cours qu'il y avait. Evidemment l'idée travailler encore plus pendant l'été c'était un peu naze mais finalement la pratique était tout à fait satisfaisante. C'était très différent des cours à Poudlard et, franchement, Edwin préférait ça. De très loin même. Il n'aimait pas forcément beaucoup les potions ou l'histoire de la magie, mais le tout restait intéressant. Il préférait cependant les journées où il pouvait apprendre du concierge. Il ne connaissait pas bien l'homme, n'ayant jamais eu l'occasion de le croiser réellement mais il l'appréciait bien. En tout cas, il appréciait ce qu'il lui apprenait et c'était suffisant.
Le meilleur du camp restait tout de même les entrainements matinaux. Il avait l'habitude à Dublin et à Poudlard de faire du sport tous les jours mais c'était surtout le soir. Il lui arrivait assez peu souvent d'être motivé le matin à sortir du lit tout court, alors sortir et être actif ? C'était difficile mais le fait d'être entouré de tout un tas de gens qui suivaient le même emploi du temps que lui c'était sympa. Motivant, même. Ce matin, il s'était donné à fond comme tous les autres jours. Il appréciait la brulure dans ses poumons, la chaleur sur son visage et même le tiraillement de ses mollets qu'il était en train d'étirer soigneusement. Il aimait le sport, ça lui donnait l'impression d'être bien vivant. Etrangement, ça avait toutes les qualités de l'angoisse sans les inconvénients. Le sport l'ancrait à la réalité, lui vidait la tête mais ce n'était pas douloureux. Il faisait battre son cœur, rendait ses membres lourds à terme mais c'était choisi, c'était contrôlé. C'était agréable.
Il laissa échapper un ronron satisfait avant de tirer sur son tee-shirt pour s'essuyer le visage. C'était pas très gracieux mais il n'en avait honnêtement rien à faire. Il abaissa rapidement le tissu noir pour cacher son ventre et tendit les bras vers l'arrière. Il se sentait bien, et surtout libre. Libre des angoisses, libre de ses pensées. Le sport était comme une bonne cigarette, sauf que ça ne lui détruisait pas les poumons. Owen serait sûrement très content que son frère commence à compenser ses cigarettes par des choses plus saines.
Il observa tranquillement autour de lui, son regard passant sur les visages en sueur et les étirements maladroits des autres avant que son regard ne se pose sur une fille. Une fille largement plus jeune qu'il savait être à Serpentard. Jusque là tout va bien, rien d'étrange. Le seul soucis c'est qu'elle le fixait étrangement. Les sourcils froncés Edwin baissa les yeux sur sa tenue. Son tee-shirt était sale, avec une inscription typiquement moldue et il avait remonté son pantalon à mi mollet mais rien de particulièrement bizarre. Son style laissait à désirer, comme d'habitude, mais c'était pour faire du sport. Elle ne devait pas s'attendre à ce qu'il coure en costume, n'est-ce pas ? Alors pourquoi ? Avait-il un truc sur le visage ?
Finalement, elle prit la parole et Edwin s'empressa de regarder ses bras. Il les tourna plusieurs fois sans comprendre. Une tâche ? Finalement, il sembla comprendre ce que l'autre voulait dire et son regard s'éclaira. Ah, la cicatrice ? Ah ? Ca ? fit-il en tendant le bras cicatrisé vers elle. Effectivement, c'était moche. La cicatrice était moins visible que les premiers mois après son apparition, mais ça restait moche. Edwin s'était habitué à la vue mais il comprenait que les autres puissent être dégouté. C'est pour ça qu'il gardait autant que possible sa robe à manche longues à Poudlard. Enfin, c'était peut-être aussi parce qu'il avait peur de montrer cette partie de lui, cette marque de faiblesse. M'enfin, aujourd'hui était un bon jour et durant les bons jours, il se fichait pas mal de ses cicatrices, de son ventre trop plat ou de ses dents mal alignées. Il fit un sourire à l'autre. Elle avait l'air cash, au moins, c'était cool. Il aurait préféré un bonjour mais bon, lui aussi l'oubliait souvent. C'est une cicatrice, t'en as jamais vu ?
Même les enfants privilégiés savaient à quoi ressemblait une cicatrice, non ? Elle devait avoir au moins 12 ou 13 ans... Qui passait toute sa vie sans jamais voir une cicatrice ? Il s'approcha de la plus jeune, baissant les yeux pour lui parler. Elle était, comme tous les autres élèves de Poudlard, minuscule. En tendant son bras sans faire gaffe aussi près d'elle, il pourrait lui foutre une baffe sans faire exprès. Ca vient d'une brulure expliqua-t-il simplement. C'est un peu moche maintenant, mais t'aurais dû voir à l'époque Il haussa les épaules. A l'époque ça avait vraiment été moche, à vomir presque. Il avait mis des mois avant de pouvoir observer la brulure sans avoir la nausée. Sûrement qu'avec un traitement sorcier ça aurait été moins moche à l'arrivée, mais les crèmes et les bandages moldus ne faisaient pas des miracles. Les semaines après la brulure avait été un peu étranges. Entre les passages à l'hôpital et ceux des infirmières, il n'avait pas tout comprit. Il avait juste été content que ce ne soit pas suffisamment grave pour nécessiter une greffe de peau. L'idée de passer sous le billard avait été terrifiante, et au final il préférait garder une cicatrice moche plutôt que d'avoir été pelé comme une orange. C'était pas grave si c'était moche, il l'avait accepté avec le temps. Il profita d'avoir un pantalon bouffant pour le remonter encore un peu, juste au dessus du genou droit pour exposer une ligne blanche. J'ai celle-ci aussi, mais elle vient juste d'une blessure normale donc elle est plus jolie
"T'a Smaug sur son tas d'or et t'as Edwin sur son tas de rédacteurs" - Isaac Powell
Edwin Wellhister (17 ans, cinquième année)
Edwin Wellhister (17 ans, cinquième année)
Une cicatrice qui fait tâche
Une cicatrice ? Lavinia plisse les yeux, surprise, alors que le garçon lui présentait la forme qui rampait sur son bras dans des couleurs inhabituelles. Elle savait ce qu'était une cicatrice, bien sûr. Elle l'avait lu dans des livres, et le terme faisait partie du vocabulaire courant. Pour Lavinia, une cicatrice était comme une salissure. En-tout-cas, c'était ainsi qu'elle avait appris à les voir. On pouvait en recevoir une si on avait été imprudent ou désobéissant, mais il ne fallait pas la laisser s'installer. Chez les Campbell, une blessure n'en était jamais une longtemps. Les bleus et les coupures se réglaient avec un Episkey maîtrisé qui laissait la peau aussi neuve que celle d'un nouveau-né. Ces traces et ces souvenirs douloureux étaient comme une souillure qu'il fallait nettoyer rapidement et ne jamais laissé voir par autrui. Qui sortait en public avec une tâche sur son vêtement ? Personne. Il en allait de même pour les marques sur le corps.TW - Maltraitance infantile
Dans son entourage, personne n'avait été blessé au point qu'un sortilège de soin ne suffise pas à colmater la plaie. Lorsque ses parents les punissaient, les blessures se devaient de n'être que superficielles. Même les mains d'Hector, qui portaient régulièrement des zébrures ensanglantées lorsqu'il mécontentait Madame de Turenne, même ses doigts meurtris finissaient par ne plus garder de traces de ses tourments une fois le sort d'apaisement lancé. Sur le corps de Lavinia, les seules tâches étranges qui s'étaient installées étaient des traits argentés de vergeture au niveau des hanches, arrivés très récemment. Elle n'en avait pas parlé à sa mère. De toute manière, personne d'autres qu'elle ne pouvait les voir, il n'y avait donc pas besoin de les effacer, si ?
Erwin avait raison : sa cicatrice était affreusement laide. Pourtant, Lavinia ne l'observait pas avec dégoût, ni répugnance, mais avec une curiosité un peu étrange, presque fascinée. Ses yeux passèrent de la cicatrice de son bras à celle que lui montrait à présent le jeune homme, au niveau de son genou. Cette dernière lui semblait plus propre, mais la forme était drastiquement différente. Elle était moins disgracieuse que la précédente, bien au contraire. On aurait dit un trait laissé par un pinceau de neige.
- C'est quoi une blessure "normale" ? demanda la vipère, sans détacher ses yeux des cicatrices.
Pourquoi y avait-il une différence si marquante entre les restes de la brûlure et cette ligne claire ? Elle qui n'avait pas jamais vu de cicatrices de cette taille dans sa vie, était surprise que le corps d'Erwin en possède autant. En cachait-il encore ailleurs ? Le regard soutenu de Lavinia glissa sur le corps du garçon, pensive, sans se rendre compte que son insistance pouvait être gênante et indiscrète. La vipère était plongée dans son observation et dans ses réflexions intérieures, qui restaient floues même pour leur propriétaire. Pourquoi ces marques sur le corps l'intriguaient-elles à ce point ?
- Pourquoi tu ne t'es pas soigné pour éviter que ça ne reste ?
En même temps qu'elle posait la question, la réponse lui sembla soudain évidente et celle-ci répondait à d'autres questions restées en suspens. Parce que c'était un né-moldu. S'il s'était blessé dans leur monde de sauvages, faire de la magie l'aurait mis en danger. Si bien sûr, il en avait eu la capacité magique, ce qui restait encore à prouver, étant donné son sang. Il n'avait sans doute pas non plus eu de vrais sorciers autour de lui pour le faire à sa place. Mais même...
- Ou pourquoi tu ne t'es pas fait soigner. Même après. Pourquoi tu les gardes ?
Dans l'esprit de la petite vipère, la magie était toute-puissante. Il lui semblait impossible qu'elle rencontre des limites. Un Episkey suffisait à soigner toutes les blessures qu'elle avait pu avoir. Un Reparo pouvait remettre à neuf une boule de cristal éclatée au sol, dont les milliers de morceaux se seraient dispersés aux quatre coins d'une pièce. Avec des sortilèges de métamorphoses, les sorciers pouvaient changer d'apparence à loisirs. Avec ces savoirs magiques infinis, la disparition d'une cicatrice devrait être un jeu d'enfants...
Une cicatrice qui fait tâche
Son regard, maintenant fixé sur le visage de l'autre, était tout bonnement perdu. Elle n'avait pas l'air particulièrement dégoûtée de sa cicatrice et, honnêtement, c'était un spectacle étrange. Il pouvait probablement compter sur les doigts d'une seule main le nombre de personnes qui n'avaient pas mal réagi quand il leur avait montré. Que la réaction aille d'une peine à u dégoût, les gens en avaient quasiment toujours une. Parfois, Edwin voyait dans leur regard qu'il leur faisait pitié et c'était aussi dérangeant, peut-être même plus, que les fois où il voyait dans leurs yeux un océan de dégoût. Il était un peu pris au dépourvu. L'idée que l'autre ai été dégoûtée par la marque ne lui aurait rien fait parce qu'aujourd'hui il se sentait bien, mais l'idée qu'elle ne ressente en fait rien du tout à part un peu de fascination, c'était étrange. Edwin se sentit soudainement particulièrement mis à nu et il dut se faire violence pour ne pas cacher son bras dans son dos. C'était bizarre comme réaction. Elle avait juste l'air curieuse.
Personne, ou presque, n'avait jamais réagit comme ça. Ils ne se connaissaient pas donc elle n'avait aucune raison d'être inquiète comme ses amis, mais il n'y avait pas une once de méchanceté dans son regard. Elle semblait simplement... observer la chose, comme si tout était normal. Ou comme si elle la voyait dans un livre et pas en vrai. C'était perturbant. Il cligna des yeux quelques fois avant de se reprendre et de répondre à sa question. Euh... "Normale" je dirais que c'est quand ça vient d'une chute ou d'une coupure. Tu sais, quand ta peau est juste griffée ou coupée et que ça se guérit tout seul. Une grosse brûlure comme ça, ça ne se guérit pas tout seul ou avec des points de suture, il a fallu mettre beaucoup de crème et puis attendre pendant des mois et... ouais, c'était chiant.
Une blessure normale, c'était quelque chose qu'on attrapait sans y penser. Quand on se coupait en cuisinant, quand on tombait d'un arbre. Edwin n'avait que la cicatrice sur son genou qui soit normale, ça et sa dent en moins. S'il devait répertorier toutes les autres blessures qu'il avait eu depuis, quasiment aucune d'entre elles ne serait normale. Les bleus n'étaient pas normaux, parce qu'il ne tombait pas pour les avoir, c'était plutôt sa mère qui les peignait sur sa peau. La cicatrice sur sa poitrine, cette large étendue de peau foncée à force d'être grattée, n'était pas normale non plus. Cette foutue brûlure était la moins normale de toute, parce que personne ne devait s'extirper d'une maison en feu avec une mère à moitié shootée par ses médicaments.
Il observa son bras curieusement à la dernière demande de l'autre. J'ai fait effacer une cicatrice avec des baumes magiques, une fois dit-il doucement. Celle sur la joue, cet affreux numéro gravé par Morrigan. Il l'avait gardé pendant des mois, pendant toute la période où il ne se souvenait plus de pourquoi elle était là. Et puis quand il avait repris ses esprits et qu'il avait découvert qui l'avait posé sur sa joue, il s'était précipité pour la faire dégager. Pourquoi n'avait-il pas demandé à retirer celle de son bras aussi ? Ou celle sur sa poitrine ? La honte, peut-être, ou simplement l'habitude. Ou peut-être, simplement, qu'il n'avait pas trouvé utile de retirer les cicatrices qu'il portait sur son corps, sachant que son angoisse les y remettrait bientôt. Pour celle de son bras, par contre... J'y ai jamais pensé pour celle-ci avoua-t-il doucement. Je sais pas, je m'y suis habitué je suppose ? Ça me ferait bizarre de l'enlever maintenant, j'aurais plus l'impression d'être moi. D'un côté, elle me rappelle aussi les choses que j'ai vécues, comme toutes les autres. Je suppose que maintenant j'ai juste plus envie d'effacer tout ce qu'il m'est arrivé.
Se réveiller un matin avec un corps parfait, libre de toute trace de son passé ça l'angoisserait plus qu'autre chose. Il ne saurait plus se reconnaître dans le miroir. Parfois... parfois je les déteste, parce qu'elles sont moches, mais finalement elles font partie de moi depuis super longtemps. Ça me semblerait bizarre de les retirer maintenant. Et puis, je suis même pas sûr que le baume puisse faire quoi que ce soit sur une brûlure, et surtout pas sur une cicatrice aussi étalée. Peut-être qu'à un moment, il avait gardé sa brûlure pour se punir. Pour que les gens le regardent avec le même dégoût qu'il voyait dans son regard chaque matin dans la salle de bain. Edwin était doué pour se faire souffrir, et forcer les autres à le faire souffrir. Il n'était pas étonnant qu'il ai utilisé cette immonde tache pour le faire. Aujourd'hui, cependant, cette marque ne servait plus à ça. Elle servait peut-être simplement à lui rappeler que sa vie était cool maintenant, qu'il avait fait du chemin malgré toutes les erreurs et malgré toutes les blessures qu'on lui avait infligées. Peut-être que maintenant quand il regardait cette cicatrice, il se sentait fort.
Il observa plus en détail la fille devant lui en baissant les yeux. Ses bras, ses jambes, son visage. Toute sa peau était d'une couleur parfaite et d'une uniformité presque étrange. Tu n'en as pas, toi, des cicatrices ? Si elle était si étonnée qu'il ai gardé les siennes, peut-être que... Tu les as fait retirer avec des baumes ?
Personne, ou presque, n'avait jamais réagit comme ça. Ils ne se connaissaient pas donc elle n'avait aucune raison d'être inquiète comme ses amis, mais il n'y avait pas une once de méchanceté dans son regard. Elle semblait simplement... observer la chose, comme si tout était normal. Ou comme si elle la voyait dans un livre et pas en vrai. C'était perturbant. Il cligna des yeux quelques fois avant de se reprendre et de répondre à sa question. Euh... "Normale" je dirais que c'est quand ça vient d'une chute ou d'une coupure. Tu sais, quand ta peau est juste griffée ou coupée et que ça se guérit tout seul. Une grosse brûlure comme ça, ça ne se guérit pas tout seul ou avec des points de suture, il a fallu mettre beaucoup de crème et puis attendre pendant des mois et... ouais, c'était chiant.
Une blessure normale, c'était quelque chose qu'on attrapait sans y penser. Quand on se coupait en cuisinant, quand on tombait d'un arbre. Edwin n'avait que la cicatrice sur son genou qui soit normale, ça et sa dent en moins. S'il devait répertorier toutes les autres blessures qu'il avait eu depuis, quasiment aucune d'entre elles ne serait normale. Les bleus n'étaient pas normaux, parce qu'il ne tombait pas pour les avoir, c'était plutôt sa mère qui les peignait sur sa peau. La cicatrice sur sa poitrine, cette large étendue de peau foncée à force d'être grattée, n'était pas normale non plus. Cette foutue brûlure était la moins normale de toute, parce que personne ne devait s'extirper d'une maison en feu avec une mère à moitié shootée par ses médicaments.
Il observa son bras curieusement à la dernière demande de l'autre. J'ai fait effacer une cicatrice avec des baumes magiques, une fois dit-il doucement. Celle sur la joue, cet affreux numéro gravé par Morrigan. Il l'avait gardé pendant des mois, pendant toute la période où il ne se souvenait plus de pourquoi elle était là. Et puis quand il avait repris ses esprits et qu'il avait découvert qui l'avait posé sur sa joue, il s'était précipité pour la faire dégager. Pourquoi n'avait-il pas demandé à retirer celle de son bras aussi ? Ou celle sur sa poitrine ? La honte, peut-être, ou simplement l'habitude. Ou peut-être, simplement, qu'il n'avait pas trouvé utile de retirer les cicatrices qu'il portait sur son corps, sachant que son angoisse les y remettrait bientôt. Pour celle de son bras, par contre... J'y ai jamais pensé pour celle-ci avoua-t-il doucement. Je sais pas, je m'y suis habitué je suppose ? Ça me ferait bizarre de l'enlever maintenant, j'aurais plus l'impression d'être moi. D'un côté, elle me rappelle aussi les choses que j'ai vécues, comme toutes les autres. Je suppose que maintenant j'ai juste plus envie d'effacer tout ce qu'il m'est arrivé.
Se réveiller un matin avec un corps parfait, libre de toute trace de son passé ça l'angoisserait plus qu'autre chose. Il ne saurait plus se reconnaître dans le miroir. Parfois... parfois je les déteste, parce qu'elles sont moches, mais finalement elles font partie de moi depuis super longtemps. Ça me semblerait bizarre de les retirer maintenant. Et puis, je suis même pas sûr que le baume puisse faire quoi que ce soit sur une brûlure, et surtout pas sur une cicatrice aussi étalée. Peut-être qu'à un moment, il avait gardé sa brûlure pour se punir. Pour que les gens le regardent avec le même dégoût qu'il voyait dans son regard chaque matin dans la salle de bain. Edwin était doué pour se faire souffrir, et forcer les autres à le faire souffrir. Il n'était pas étonnant qu'il ai utilisé cette immonde tache pour le faire. Aujourd'hui, cependant, cette marque ne servait plus à ça. Elle servait peut-être simplement à lui rappeler que sa vie était cool maintenant, qu'il avait fait du chemin malgré toutes les erreurs et malgré toutes les blessures qu'on lui avait infligées. Peut-être que maintenant quand il regardait cette cicatrice, il se sentait fort.
Il observa plus en détail la fille devant lui en baissant les yeux. Ses bras, ses jambes, son visage. Toute sa peau était d'une couleur parfaite et d'une uniformité presque étrange. Tu n'en as pas, toi, des cicatrices ? Si elle était si étonnée qu'il ai gardé les siennes, peut-être que... Tu les as fait retirer avec des baumes ?
Dernière modification par Edwin Wellhister le 13 oct. 2024, 01:08, modifié 1 fois.
"T'a Smaug sur son tas d'or et t'as Edwin sur son tas de rédacteurs" - Isaac Powell
Edwin Wellhister (17 ans, cinquième année)
Edwin Wellhister (17 ans, cinquième année)
Une cicatrice qui fait tâche
Lavinia fronça ses sourcils et plissa son nez. Ces réponses étaient bizarres, et loin de ce qui pouvait imaginer la petite princesse, élevée dans le culte de l'apparence et de l'élégance. S'il l'avait fait pour une cicatrice, pourquoi avait-il laissé les autres ? Qu'avait-elle donc de si spéciale ? Était-elle plus visible que les précédentes, sur son visage, peut-être ? Quand bien même... Quand elle voyait la différence entre les cicatrices "normales" et celles qui ne l'étaient pas, Lavinia n'aurait pas hésité à les faire retirer, celles-ci. Si ce n'était toutes, pour laisser derrière elle des souvenirs honteux de douleurs accidentelles ou non désirées.
Mais la suite des paroles d'Edwin la laissa encore plus perplexe. Il les détestait, mais les gardait ? Parce qu'elle faisait partie de lui ?
- Tu es bizarre, marmonne-t-elle, avant de secouer la tête et de commenter un peu plus fort. ça te satisfait, d'avoir quelque chose de moche sur toi ? C'est comme ça que tu as choisi de te définir ?
Lavinia n'était pas aussi belle que sa mère, et cette dernière le lui faisait comprendre. Ses cheveux étaient trop ternes, d'un blond trop sombre, trop touffus. Ses yeux verts manquaient d'éclat, ses joues avaient encore le côté potelé de l'enfance, quand elle s'asseyait, elle avait de petit bourrelet au niveau du ventre. D'aucuns dirait que c'était sa peau, ses organes, Lavinia répondrait que c'est de la graisse en trop, qu'elle pouvait encore perdre en restreignant sa gourmandise.
Suivant les conseils de sa mère, elle avait accumulé les lotions magiques pour lisser ses cheveux, leur donner la couleur étincelante du blé blanchi au soleil, elle portait des lentilles émeraudes lors des grands événements et s'assurait de corriger la forme de son visage sous le maquillage. Elle mangeait peu, et surveillait régulière sa ligne pour garder un corps fin et élancé, même si ses joues avaient du mal à perdre de leurs rondeurs. Au final, avec les restrictions stupides de Poudlard, Lavinia perdait régulièrement de sa beauté, perdant l'accès à ses artifices esthétiques. Pire, elle se relâchait beaucoup trop en s'accordant des viennoiseries au petit-déjeuner et des déserts concoctés par les elfes de l'école au repas. Elle redevenait banale... Mais hors de question d'accepter que cela la définisse ! Elle devait continuer à viser l'excellence, y compris dans son apparence !
Mais peut-être qu'un sang-moldu ne pouvait pas comprendre ça. Peut-être étaient-ils obligés de se complaire dans un "à peu près", sans magie pour les aider à les faire paraître le meilleur d'eux-mêmes... Peut-être qu'ils étaient condamnés à se complaire dans la banalité... Cela lui aurait presque fait presque de la peine, si elle avait pu en avoir à leur égard.
Devant la question du garçon, la petite vipère sourit avec fierté.
- Bien sûr que non. Je fais attention à moi. J'ai parfois eu des blessures "normales", comme tu les appelles, quand j'étais enfant, mais ma mère est très douée. Un Episkey, et les blessures disparaissent sans laisser de traces. Et pour les petits tracas du quotidien, il y a les lotions cutanées magiques.
Comme celles qu'elle mettait sur ses coudes pour prévenir des poussées d'eczéma, ou celles sur ses joues pour faire disparaître de l'acné naissant. Même la puberté pouvait se passer sans dégâts, chez les familles sorcières qui avaient les moyens de se procurer de telles concoctions.
C'était peut-être ça, le problème d'Edwin. Il était peut-être né-moldu, et pauvre. Ce qui expliquerait la tenue qu'il portait aujourd'hui...
Mais la suite des paroles d'Edwin la laissa encore plus perplexe. Il les détestait, mais les gardait ? Parce qu'elle faisait partie de lui ?
- Tu es bizarre, marmonne-t-elle, avant de secouer la tête et de commenter un peu plus fort. ça te satisfait, d'avoir quelque chose de moche sur toi ? C'est comme ça que tu as choisi de te définir ?
Lavinia n'était pas aussi belle que sa mère, et cette dernière le lui faisait comprendre. Ses cheveux étaient trop ternes, d'un blond trop sombre, trop touffus. Ses yeux verts manquaient d'éclat, ses joues avaient encore le côté potelé de l'enfance, quand elle s'asseyait, elle avait de petit bourrelet au niveau du ventre. D'aucuns dirait que c'était sa peau, ses organes, Lavinia répondrait que c'est de la graisse en trop, qu'elle pouvait encore perdre en restreignant sa gourmandise.
Suivant les conseils de sa mère, elle avait accumulé les lotions magiques pour lisser ses cheveux, leur donner la couleur étincelante du blé blanchi au soleil, elle portait des lentilles émeraudes lors des grands événements et s'assurait de corriger la forme de son visage sous le maquillage. Elle mangeait peu, et surveillait régulière sa ligne pour garder un corps fin et élancé, même si ses joues avaient du mal à perdre de leurs rondeurs. Au final, avec les restrictions stupides de Poudlard, Lavinia perdait régulièrement de sa beauté, perdant l'accès à ses artifices esthétiques. Pire, elle se relâchait beaucoup trop en s'accordant des viennoiseries au petit-déjeuner et des déserts concoctés par les elfes de l'école au repas. Elle redevenait banale... Mais hors de question d'accepter que cela la définisse ! Elle devait continuer à viser l'excellence, y compris dans son apparence !
Mais peut-être qu'un sang-moldu ne pouvait pas comprendre ça. Peut-être étaient-ils obligés de se complaire dans un "à peu près", sans magie pour les aider à les faire paraître le meilleur d'eux-mêmes... Peut-être qu'ils étaient condamnés à se complaire dans la banalité... Cela lui aurait presque fait presque de la peine, si elle avait pu en avoir à leur égard.
Devant la question du garçon, la petite vipère sourit avec fierté.
- Bien sûr que non. Je fais attention à moi. J'ai parfois eu des blessures "normales", comme tu les appelles, quand j'étais enfant, mais ma mère est très douée. Un Episkey, et les blessures disparaissent sans laisser de traces. Et pour les petits tracas du quotidien, il y a les lotions cutanées magiques.
Comme celles qu'elle mettait sur ses coudes pour prévenir des poussées d'eczéma, ou celles sur ses joues pour faire disparaître de l'acné naissant. Même la puberté pouvait se passer sans dégâts, chez les familles sorcières qui avaient les moyens de se procurer de telles concoctions.
C'était peut-être ça, le problème d'Edwin. Il était peut-être né-moldu, et pauvre. Ce qui expliquerait la tenue qu'il portait aujourd'hui...