Petite plume a trouvée compagnie

Son menton commençait à prendre la forme de ses genoux, elle ressentit de légers picotements mais elle ne bougea pas pour autant, cette position recroquevillée lui apportait une source de chaleur réconfortante, la conversation qui prenait place dans la volière ajoutait du froid supplémentaire dans le vent qui pouvait se monter joueur parfois, en se nichant dans leur cheveux. Loëly ne savait pas quels mots allaient se mêler pour former des phrases, sa petite tête était embrouillée, elle essayait de se remémorer des souvenirs joyeux avec sa mère et elle remarqua le fait qu'il y en avait pas tellement. Depuis toute petite la jeune sorcière vagabondait dehors pour découvrir de nouveaux cours d'eau, de nouveaux endroits à fouiner, de nouvelles pierres à ajouter à sa grande collection. Elle était souvent seule et ça ne la dérangeait pas puisqu'elle faisait tout son possible pour combler ses journées, histoire de ne jamais laisser l'ennui toquer à sa porte. Cependant, aujourd'hui à Poudlard, la solitude parlait plus fort, faisant naître des vibrations secouantes dans sa poitrine. Pourquoi se prendre la tête? Elle n'était pas obligée d'écrire après tout. Elle ouvrit la bouche, bredouillant ses lèvres contre ses genoux.

- Nan, j'suis fille unique et je n'aime pas vraiment mes cousins.. Ils sont toujours embêtants.. surtout le jour de mon anniversaire. Alors j'préfère les éviter. J'aimerai captiver son attention dans ma lettre.. et en même temps j'veux lui faire sentir qu'il y a un problème..

Sa voisine était à l'écoute et ses mots étaient réconfortants, Loëly se sentait bien, étrangement elle n'avait pas peur de déballer son sac, elle se sentait en sécurité, pas rejetée mais au contraire, accueillie sur le rebord de la volière. Elle aurait aimée avoir un frère ou une sœur pour avoir un peu plus de compagnie, certes elle affectionnait sa collection et c'était toujours avec plaisir de l'agrandir mais les cailloux ne communiquaient pas et ils ne pouvaient pas l'entendre non plus. Alors ce moment apaisait les frissons qui poussaient doucement sur sa peau. Elle espérait sincèrement que le temps aiderait cette passade, ou qu'il allait aider à briser cette barrière naissante avec sa mère. Il pouvait parfois être un bon allié dans ce genre de situation, elle allait croiser les doigts avec conviction mais pas trop non plus.

- Merci Enola.. T'as p'têtre raison oui, mais elle est tellement obsédée par son travail.. Parfois j'suis sûre que je suis en trop, pas à la bonne place, ou un truc qui traîne dans ses pattes. Pour les achats scolaires elle m'a laissée seule pour faire ses courses, encore pour son boulot..

Loëly avait parfois des idées noires qui poussaient comme des mauvaises herbes dans ses pensées, est-ce qu'elle était voulue? Est-ce qu'elle avait réellement une famille? Elle soupira longuement, puis regonfla ses poumons, l'air frais arrêta les larmes qui voulaient s'incruster dans leur conversation, elle n'avait pas envie de pleurer, pas devant sa camarade, c'était leur première rencontre, il fallait sourire plutôt non?

- Mais t'as raison, j'pense que j'vais juste raconter la répartition, le trajet et la visite du château, j'ai pas envie de me casser la tête pour la rentrée..

Loëly quitta sa position pour se mettre en tailleur, plume en main, parchemin sur un manuel pour ne pas faire de trou lors de sa rédaction.

"Chère maman, Maman, c'est moi Loëly"

Une larme s'échappa pour transformer ses premières lettres en petites tâches, sa main se crispa contre son parchemin et elle renifla dans un léger silence. Ca faisait du bien de laisser la peine s'envoler un peu.

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La deuxième année comprenait si bien ce que sa cadette ressentait. C'était comme si la nouvelle arrivée au château avait réussi à mettre des mots sur ce qu'elle avait ressenti l'année précédente, alors même qu'elle n'avait jamais trouvé. Essayer d'attirer son attention. C'était exactement ce qu'Enola avait fait des mois durant, en vain. Elle savait d'expérience que ça ne servait à rien et que ça ne marcherait pas. Valait mieux vivre sa vie tranquillement sans se préoccuper de sa famille, qui ne faisait que lui pourrir la vie. Ce conseil s'appliquait autant à elle qu'à sa camarade, visiblement.

Pendant quelques secondes, la deuxième année chercha des mots pour adoucir ses propos avant d'abandonner. Depuis quand se souciait-elle de ça, de toute façon ? Elle se montrait d'habitude si franche que ça pouvait être blessant.

- J'ai pas de cousins mais.. j'imagine, déclara-t-elle. Tu dois t'ennuyer un peu nan, si t'es fille unique ? Et... c'est pas pour te décourager, mais je suis pas sûre que t'arrives à attirer son attention avec une lettre. Si elle est tant plongée dans son travail que ça, ça sera pire maintenant que t'es plus chez toi.

Ses mots avaient résonné plus durement qu'elle ne l'avait voulu, si bien que la brune se mordit la lèvre. Elle ne voulait pas blesser sa cadette, et encore moins la faire se sentir mal. Peut-être aurait-elle mieux fait de se faire, cette fois-ci. Mais valait mieux qu'elle le sache dès à présent, plutôt que lorsque l'espoir se serait trop répandu en elle, non ? En tout cas, c'est ce que la deuxième année aurait préféré. Si seulement quelqu'un avait pu la conseiller, toutes ces années...

Il y avait bien eu son frère, pendant quelques temps. Les premiers jours au château, celui-ci s'était montré très présent. Il lui avait donné quelques conseils et avait même mangé avec elle une fois, alors qu'elle ne s'était pas encore fait d'amis. C'était l'époque où elle ne connaissait ni Kenna ni Minh, et où le château lui semblait trop grand pour pouvoir se faire des amis. Elle se sentait seule les premiers jours -bien que pleine d'espoir- et son frère avait été là pour elle. Puis d'un coup, plus rien. Plus de temps passé ensemble, plus de conseils donnés, plus de paroles échangées, plus de regards encourageants. Tout avait disparu en un clin d'oeil sans même qu'elle ne sache pourquoi. Encore à ce moment-là, la jeune Poufsouffle ignorait ce qu'il s'était passé pour que le blond change ainsi de comportement. C'était tellement étrange !

- Mais tu sais, faut pas que tu lui accordes trop d'importance, ajouta-t-elle. Y a plein d'autres gens qui sont là pour toi, et si elle non, bah tant pis ! C'est elle qui perd quelque chose, pas toi.

Ce n'était peut-être pas les paroles les plus encourageantes du siècle, mais c'était déjà mieux. Elle s'améliorait.

Sa cadette changea de position pour pouvoir écrire, frottant sa plume contre le papier. Enola l'observa avec attention, remarquant une larme tomber sur le papier. La brune sentit son coeur se serrer à cette vue, malgré son silence. Personne n'aurait du souffrir à cause de sa famille. C'était tout simplement inhumain. Si elle avait pu le faire, la brune aurait arraché toute la tristesse de sa camarade pour la jeter sur la mère de celle-ci. Malheureusement pour les deux, c'était impossible et elle le savait.

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Les mots de sa voisine percutaient son cœur, comme si un oiseau avait foncé dessus avec son bec, ça faisait mal mais dans le fond, ça faisait mal par ce que c'était la vérité. C'était marrant au départ de cracher sur l'ennui en disant qu'elle en avait rien à faire, qu'elle passait au dessus grâce à toutes ses belles passions et occupations, oui, c'était bien drôle au début mais à un moment donné, il fallait ouvrir grands les yeux, l'ennui avait toujours fait parti de son quotidien, invisible mais présent dans l'air, comme une mauvaise odeur qu'on a du mal à chasser. C'était juste plus facile de faire comme si rien ne l'a touchait, comme si tout était normal. Les mots d'Enola étaient vrais, c'était parfois profondément ennuyant d'être seule et en plus, jamais elle ne réussirait à capturer l'attention de sa mère, ou alors il fallait que ça concerne son travail. Mais c'était trop, elle ne pouvait plus faire semblant. Elle renifla grossièrement.

- L'truc c'est que je pensais que tout allait bien, tout l'temps. J'pensais que c'était normal. J'étais seule, j'sortais dehors, je rentrais le soir et hop. Mais ici je me pose des questions, surtout depuis que j'ai sus que j'serais pas chez moi pour Noël. Alors oui t'as raison, je m'ennuyais, enfant unique c'est lourd.. J'parle à personne..

Sa mère.. Son attention.. C'était un bagage qu'elle ne voulait plus porter à bout de bras, c'était un boulet qu'elle ne voulait plus traîner à son pied. Il fallait que ça cesse.

- T'as raison pour le reste aussi. Pour avoir son attention faudrait que je l'achète. J'vais rien envoyer à ma mère aujourd'hui. J'vais m'écrire une lettre à moi.

Sa main se crispait davantage sur la plume qui n'avait rien demandée, le papier était décoré par d'innombrables plis, les larmes en revanche, malgré elles, faisaient de jolies tâches bleues, ça formait des fleurs, des flaques d'eau, c'était doux à regarder. En cet instant Loëly comprit qu'elle ne devait pas se laisser tomber dans le fond de l'océan, dans un léger silence elle leva le menton vers le haut comme pour remonter à la surface, c'était compliqué d'être une enfant, c'était compliqué d'avoir 11 ans. Elle comptait bien se faire des amis, elle ferait de son mieux en tout cas pour y parvenir. Dans le fond la sorcière savait qu'elle avait besoin d'épaules, d'oreilles, elle n'aurait plus besoin de discuter avec ses cailloux qui ne donnaient d'ailleurs, jamais de réponse. La solitude prenait son envol, certes elle n'était jamais bien loin mais elle laissait Loëly tranquille. Ce moment avec Enola lui faisait grandement du bien, elle se sentait comprise. La sorcière fronça le nez, pourquoi justement elle était si bien comprise? Elle baissa la tête pour se tourner vers sa voisine, les yeux dans les yeux, elle avait sans cesse raison. Ce n'était jamais de fausses notes. Est-ce qu'elle avait été blessée par ses parents?

- J'vais vraiment essayer.

Elle desserra doucement ses étreintes autour du parchemin et de sa plume, elle porta sa grande manche à ses yeux pour les frotter. Puis dans un léger sourire elle ouvrit de nouveau la bouche.

- Dis Enola, toi aussi t'as eu mal?

Loëly n'attendait pas vraiment d'histoires, pas une confidence, ou même une phrase bien élaborée, mais une réponse. Elle sentait déjà qu'elles partageaient quelque chose de profond. Une déception.

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Les paroles de la fillette arrachèrent un sourire triste à la deuxième année, qui ne savait que dire face à cette déclaration. Elle ne pouvait qu'imaginer à quel point ça avait être dur -encore plus que pour elle, puisqu'elle avait toujours été soutenue par son frère pendant leur enfance. S'imaginer un quotidien vide, seule au milieu du cottage tandis que sa mère travaillait... Ça sonnait comme un de ses pires cauchemars.

Ne sachant pas quoi dire, la deuxième année mit quelques secondes avant de répondre. Elle n'était pas très forte pour remonter le morale des gens, encore plus lorsqu'elle ne les connaissait pas très bien. Ce qui était le cas de sa cadette, qu'elle n'avait encore jamais vu avant ce jour-là. Hors de questions de la prendre dans ses bras dans un geste maladroit -elle-même avait horreur de ça- ou de se lancer dans un discours enflammé. La meilleure solution était certainement de répondre par une question, pour montrer son intérêt sans avoir à chercher trop longtemps. Déjà, les secondes de silence sans qu'elle ne réponde s'éternisaient.

- J'suis désolée, déclara-t-elle avant de demander. Tu rentres par pour Noël ? Pourquoi ?

Si l'anglaise n'appréciait pas de rentrer chez elle pendant les vacances, en majorité parce qu'elle se sentait mieux à Poudlard, elle savait que ce n'était pas le cas de ses camarades. En général, les élèves attendaient les vacances avec impatience, ravis de revoir leur famille. Même si sa cadette ne semblait pas s'entendre particulièrement bien avec sa mère, elle devait sans doute avoir envie de la voir quand même. Alors pourquoi ne pas rentrer ?

La sang-mêlée hocha la tête, ravie de voir sa camarade reprendre confiance. Elle semblait plus enthousiaste, plus joyeuse aussi. Peut-être avait-elle réussi à l'aider, même si ce n'était qu'un tout petit peu. C'était tout ce qui comptait.

- Oui ! fit-elle avec entrain. C'est toi que tu dois vouloir impressionner, pas ta mère.

*Plus facile à dire qu'à faire* songea la fillette amèrement en se rappelant qu'elle même ne suivait pas ces conseils. Si seulement son coeur et son cerveau étaient sur la même longueur d'onde, les choses seraient tellement plus simples ! Malheureusement pour elle, ça ne semblait pas être le cas. Alors que son cerveau semblait ravi chaque fois que sa mère s'énervait à cause d'elle, son cœur, ce traître, se brisait chaque fois un peu plus. Comment faire pour éviter ça ? La brunette n'avait pas encore trouvé de méthode efficace.

Les yeux de sa camarade s'accrochèrent aux siens pendant quelques secondes, lui posant une question à laquelle elle ne s'était pas attendue. Elle était presque sûre d'avoir bien compris, même si elle ne le souhaitait pas. Elle pouvait toujours jouer l'incompréhension après tout. Elle détestait tellement parler de ça.

- Mal ? Répéta-t-elle. Où ?

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Les brises fraîches caressaient les traces rouges laissées derrière les frottements de sa manche, ça faisait du bien, c'était presque comme la sensation d'un câlin, c'était peut-être un goût de renouveau, il était temps de grandir pour de bon sans trop se poser de question. C'était moche d'être triste à la rentrée. Le silence ne la dérangeait pas, les battements d'ailes recouvraient le calme. Loëly se mit à repenser aux paroles de son père concernant Noël. "Tu sais ma chérie, ça fait longtemps qu'on a pas prit du bon temps avec maman, je vais lui faire plaisir et l'emmener faire une tournée de matchs de Quidditch. J'espère que tu comprends, et puis t'es grande, on rattrapera le temps plus tard." Il avait fini en beauté cette conversation avec une petite tape sur l'épaule et un bisou sur son front, qu'elle avait bien vite effacé une fois seule. Elle soupira longuement, les yeux dans le vide.

- Mes parents veulent passer du temps ensemble et sans moi. Mon père va faire voyager ma mère. J'sais pas, une sorte de seconde lune de miel tu sais.

"La lune c'est même pas du miel, encore une expression bizarre." De toute façon c'était pas si grave, cette peine creusée au fond de sa poitrine et qui laissait une note amère sur sa langue serait vite balayée par de nouveaux souvenirs, elle n'était pas la seule à ne pas rentrer chez elle pour les fêtes. C'était l'occasion de faire de nouvelles rencontres, de se faire des amis, de partager ses envies et ses passions. Elle savait qu'elle était un personnage atypique, aimer les araignées n'était pas un trait commun, mais rare apparemment. Bientôt, la jeune fille aurait son animal à pattes velues, avec ou non l'accord de sa mère qui détestait cette bestiole. Après tout, les petites bêtes ne mangeaient pas les grosses. Ces nouvelles pensées naissantes chassaient le noir qui s'était incrusté dans son esprit, tâchant son humeur et son sourire. Les paroles de sa voisine l'aidaient beaucoup, elles semblaient partager un morceau de sentiment ensemble, comme un bonbon. Elle avait raison, ça ne servait à rien de courir derrière une quête déjà perdue, Loëly n'avait pas besoin d'impressionner sa mère et puis surtout elle n'avait pas à le faire. Cette idée tout de même était compliqué à écrire dans sa tête. Alors elle prit sa plume, droite, la mine bien bleue, elle lissa le parchemin pour le rendre présentable et elle traça une simple ligne.

Souris en jaune et mange des bonbons. Après ça ira mieux. Le reste, pas grave. Si t'as mal demain, rappelle toi que t'es pas seule.

C'était parfait. Elle le montra à Enola dans un petit sourire, jaune cette fois, pas noir, plus de noir. Elle sentait que sa camarade se cachait, gardait ses mots et ce n'était pas grave, peut-être que plus tard les deux élèves pourraient en parler pleinement sans se retenir, sachant qu'elles étaient comprises. Loëly ne forçait jamais les gens à parler, ça ne se faisait pas, il y avait bien d'autre façons d'être présent pour quelqu'un. Elle rangea sa plume dans son sac et fouilla un moment dans celui-ci pour en sortir une pochette contenant des plumes en sucre. La fillette relut son morceau de parchemin et le tendit à Enola avec une plume en sucre.

- Peu importe où s'trouve le mal, on le chassera. Tiens j'te donne le papier, j' m'en ferai un autre. Et puis c'est nul d'avoir mal, et y'a un truc encore mieux que toutes ces histoires de parents, les sucreries. C'est magiques ces trucs, ça donne le sourire direct! Alors plus de mauvaises pensées à la bouse de troll et mangeons des plumes en sucre.

Loëly se laissa pleinement sourire, amusée par ce qu'elle venait de dire.

- Ca fait slogan non?

Elle tenait quelque chose. Il était peut-être temps de lancer un business avec cette phrase. Même à 11 ans.

- En tout cas, si un jour t'as besoin de papoter, hésites pas, et puis j'ai toujours des bonbons sur moi.

Loëly fit un clin d'œil, s'accrochant à ses yeux puis dévora sa gourmandise, savourant les grains de sucre qui se logeaient contre son palais, c'était réconfortant comme sensation.

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Une grimace se dessina sur le visage de la Poufsouffle quand elle entendit la réponse de sa cadette, attristée. C'était dur, de faire vivre ça à ses enfants. Si Enola ne pouvait pas vraiment se mettre à la place de sa camarade -son père était partie alors qu'elle était si jeune qu'elle ne se souvenait même pas avoir vu ses deux parents s'aimer- elle pouvait facilement deviner que ça ne devait pas être très agréable. La brune devait sans doute se sentir en trop, rejetée dans la famille. À quoi bon faire des enfants, si c'est ensuite pour se débarrasser d'eux ? Enola ne comprendrait jamais, que ce soit pour ses parents ou pour ceux d'autres élève. Faire un enfant était un choix, une responsabilité. Certaines personnes n'auraient jamais dû avoir cette opportunité, gâchant chaque jour un peu plus la vie de leur propre famille.

Le ton de sa camarade était tellement triste, la deuxième année l'aurait facilement serré dans ses bras. Enfin, si elles se connaissaient plus. Ou si elle était plus tactile. Ce qui n'était pas le cas, aussi la brune se contenta-t-elle d'un sourire maladroit.

- Ça craint, commenta-t-elle avec son honnêteté habituelle.

Son regard alternant entre la vue depuis la tour et sa camarade, la sang-mêlée regardait d'un air curieux sa cadette écrire. Elle écrivait donc pour elle. Mais quoi ? Enola aimait écrire, raconter ses journées coucher ses sentiments sur du papier. Elle avait un petit carnet, où elle écrivait à peu près tout ce qui lui passait par la tête, du goût de son petit-déjeuner ce matin-là à ses sentiments les plus profonds. Elle aimait écrire, avait l'habitude même. Mais l'idée de s'écrire une lettre ne lui était jamais venue à l'esprit, si bien qu'elle étudia avec attention ce que faisait la petite brune. Ça pouvait toujours lui être utile, après tout.

Un sourire amusé se dessina sur ses lèvres quand elle lut le papier, après que sa camarade le lui ait tendu avec une plume en sucre. Elle l'aimait bien, cette première année. Elle paraissait différente. Plus mature. Plus réfléchie. Peut-être qu'elles deviendraient amies, un jour. Qui savait ? Tout pouvait arriver.

- T'as raison, merci, dit-elle avec un petit signe de tête vers la plume en sucre, dans laquelle elle s'empressa de croquer avant de pouffer. J'avoue ! Tu devrais le vendre...

C'était plus facile de parler slogan que de parler de ce qui n'allait pas. Après avoir passé deux mois entiers à broyer du noir, la deuxième année n'avait plus envie de penser à ce qui la rendait triste. Toutes les choses mauvaises, elle voulait qu'elles disparaissent. Penser à sa mère, à son frère ou à son père, c'en était terminé ! Elle allait se mettre à sourire jaune, comme disait sa cadette. Et puis, si ça s'accompagnait de nourriture, c'était toujours mieux. Rares étaient les fois où la jeune anglaise était capable de refuser une quelconque sucrerie. Elle était bien trop gourmande pour ça.

Elle hocha la tête, ne sachant pas trop quoi répondre. Qu'est-ce qu'elle n'aimait pas parler de ses sentiments ! Avec quelqu'un qu'elle avait rencontré dix minutes auparavant, en plus de ça. Même si la fille lui inspirait confiance, qu'elle paraissait gentille, Enola n'avait pas envie d'en parler. Elle n'aurait jamais envie d'en parler.

- J'suis là aussi si t'as besoin, fit-elle avec un petit rire quand elle entendit la fin de la phrase de sa camarade. J'ai pas de bonbons mais... j'pourrais peut-être te donner des conseils, si tu te sens seule au château ou quoi.

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Le vent s'atténua, le temps passait, il coulait comme une larme au départ et puis peu à peu il s'étira comme un sourire, enfin il maquillait Loëly de sa plus belle parure, les pensées noires furent chasser pour laisser la place à de nouveaux souvenirs, comme celui-là, avec Elona au sommet de la volière. C'était comme si de sa petite main elle avait broyée les mauvais instants de son début de vie pour les laisser partir, où? Elle n'en savait rien, mais Poudlard devait sonner la cloche d'un nouveau départ, d'une nouvelle apparence, d'un nouvel esprit. Après tout, le jardinage fonctionnait de la même manière, on enlevait les mauvaises herbes pour qu'une jolie fleur pousse paisiblement dans son environnement. Elle devait être cette fleur calme et tranquille, mettant de côté les sombreurs et les périples de la vie. Le monde était grand, mais tout de même étroit pour une enfant de 11 ans, elle ne devait pas s'arrêter sur quelques tristes péripéties. La fillette hocha ses épaules, tant pis pour Noël, maintenant il y avait de la place pour accueillir de nouveaux souvenirs, ça bercerait ses nuits comme une veilleuse. Elle tendit ses jambes, les avoir crispées ne leur avait pas fait de bien, au contraire, elles étaient toute engourdies, comme quoi c'était vraiment pas bon de ressentir ce genre d'émotion, berk, c'était comme croquer dans une tartine trop cuite, c'était dur et amère en bouche.

- Si j'parviens à me faire une place au chemin de traverse, j'te jure que tu recevras une boîte entière de plumes. J'en ferais au bacon j'pense!

Cette pensée fit frétiller ses papilles qui ne demandaient qu'à goûter cette recette, elle allait vivement essayer un jour. Elle sourit grandement, enfin débarrassée du boulet qui s'était accroché à sa cheville. Dans des mouvements lents elle rangea dans son sac ses feuilles de parchemin ainsi que sa plume, sans oublier celle qu'elle avait ramassé un peu plus tôt, avec de jolies couleurs qui formaient des tâches. Loëly se leva en douceur après avoir laissée ses jambes se reposer, ses bras aussi devaient s'étirer alors elle leva ses mains vers le haut et un léger craquement se fit entendre, c'était sans doute le signe que ses membres avaient subis les conséquences de ses mauvaises pensées. Ca faisait du bien de ressentir pleinement son corps à nouveau. La fillette regarda sa camarade tout en souriant, son brin enfantin dans les yeux.

- Merci pour ce moment Enola. J'crois que ça m'a vraiment fait du bien. J'ai comprit certains trucs et maintenant je vais vivre pour moi en profitant d'cette première année comme il faut. Rejoignons nous si la solitude s'fait trop grande.. Je vais précieusement garder tes conseils, comme mes bonbons!

Cette phrase sonnait comme une promesse, elle résonnait entre les murs de l'endroit, se mêlant au vent. Elle sautilla sur place pour mettre son sac sur le dos. Puis elle se retourna une nouvelle fois avant de quitter la volière.

- Ca m'a donné faim! J'vais aller goûter. J'espère vraiment qu'on se croisera souvent, ça m'fera plaisir de papoter avec toi!

Elle n'oublierait pas ce moment de si tôt. Enola s'était faite une place dans l'esprit de la petite gourmande et ce n'était pas qu'une simple connaissance, peut-être était ce le début d'une amitié nouvelle. En tout cas Loëly quitta la volière le cœur ravit et serein, avec de nouveaux projets et une destination qui lui correspondait. A l'avenir elle serait tout aussi présente pour sa camarade, à l'écoute, attentive, essayant de chasser ses tourments, il était encore trop tôt pour agir mais le futur réservait parfois des surprises. Peut-être qu'un jour la jeune poufsouffle laissera sa trace également, dans l'esprit de celle qui se cache, dans l'esprit de celle qui trouve les mots, dans l'esprit de celle qui sourit malgré ses malheurs. Finalement elle n'était pas si mal cette rentrée, elle était jaune. La fillette accéléra le pas vers le château, son ventre menaçant de sortir de son corps s'il n'était pas rapidement nourrit.

Fin de Rp pour moi. Merci beaucoup Enola, j'ai vraiment aimée ce moment d'écriture avec toi! Au plaisir d'écrire ensemble à nouveau! :D

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Un sourire amusé précéda un hochement de tête, à mesure que la fillette croquait de nouvelles fois dans la confiserie. C'était vraiment bon, à son plus grand étonnement. Peut-être bien que Loëly finirait par ouvrir sa boutique et là, Enola pourrait se dire qu'elle avait un peu participé à ce projet. Enfin, c'était peu probable que ça arrive. Sa cadette passerait probablement par cinq millions de projets avant de décider ce qu'elle voulait faire de sa vie. Enola elle-même n'avait aucune d'idée de ce qu'elle ferait une fois qu'elle sortirait de Poudlard. Elle n'y avait pas encore pensé pour le moment et ne souhaitait pas le faire. Elle avait encore tellement de temps !

- Je serais ta première cliente alors, annonça-t-elle.

Son coeur s'allègea quand la brune entendit la voix de sa camarade s'élever à nouveau, les joues rosies par le plaisir. Elle était contente d'avoir pu aider, même si ce n'était que quelques mots. Si elle avait pu aider Loëly, même qu'un tout petit peu, elle était contente. Personne ne l'avait fait pour elle, mais elle pouvait toujours le faire pour les autres.

Elle hocha la tête avec entrain, même si elle doutait qu'elle puisse vraiment suivre ce que disait sa camarade. Enola n'avait pas le réflexe de parler à quelqu'un, quand elle n'allait pas bien, mais plutôt l'habitude de se refermer sur elle-même. Alors aller chercher sa cadette pour lui raconter sa vie, ça ne lui donnait pas vraiment envie. Mais elle aurait toujours une oreille attentive pour celle-ci en tout cas, si elle voulait parler. Elle avait beau ne pas être très bavarde, elle savait toujours écouter.

- J'suis contente alors, déclara-t-elle. Ça marche ! Et continue, c'est trop bon les bonbons !

Elle sourit légèrement et salua sa camarade de sa main, regardant peu à peu la petite Poufsouffle s'éloigner. Elle préférait rester là-haut, endroit où elle se sentait plutôt bien. Elle ne voulait pas partir pour l'instant, surtout si elle pouvait rester seule. Demain, les cours reprendraient et le rythme effréné ne lui laisserait plus le temps de prendre de telle pause. Elle allait profiter, encore un peu.

Fin pour moi également, merci beaucoup pour ce RP ! C'était un plaisir :)

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