Pour arriver à moi



S O M M A I R E
I - LE COMMENCEMENT D'UNE NOUVELLE ÈRE | SOLO
II - PREMIERS SOUFFLES | SOLO
III - DEUX ÉTOILES, UNE ORBITE | SOLO
IV - L'EMBRASEMENT | SOLO
V - LE MURMURE D’UN GESTE | SOLO
• Votre PJ est présent ? Oui
• Nom et prénom du PNJ (+ lien avec votre PJ + utilisation "actif" ou "prétexte") : Adelaide Dunn, Iola Conway, Akane Archdale, Lee Hyun-Su, Grace Carteret, Simon Kleven - Camarade de dortoir ou de classe d'Eileen - Actifs
- Lien vers la fiche du PNJ : PNJ
- Intérêt d'utiliser ce(s) PNJ dans ce RP précis pour votre PJ : Développer la vie d'Eileen à la GEAD.
Reducio
Dans ce recueil seront répertoriés différents OS et RPs tournant autour de la vie d'Eileen durant sa scolarité à la GEAD.
Dernière modification par Eileen Shelby le 1 juin 2026, 23:29, modifié 10 fois.
« Free will does exist, it's just fucking hard.»
Étudiante à la GEAD - Membre de l’UDS [#601070]
Étudiante à la GEAD - Membre de l’UDS [#601070]
Pour arriver à moi

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☽ Forêt d’Abernethy, devant les grilles de la Grande École de l’Art du Duel. ☾
5 septembre 2049, dans la matinée
5 septembre 2049, dans la matinée
Ce dimanche cinq septembre était un jour que l’Irlandaise avait à la fois attendu et redouté. C’était aujourd’hui que débutait sa vie d’étudiante dans l’enseignement supérieur. Bien que cela faisait maintenant presque deux mois qu’elle avait dit adieu à la sécurité et au confort de sa routine à Poudlard, ce ne fut qu’à ce moment précis, alors qu’elle se tenait devant les grilles de sa nouvelle école, qu’elle en prit pleinement conscience. Ici, elle ne connaissait rien ni personne. Cependant, contrairement à sa rentrée à Poudlard, sept ans auparavant, elle n’avait pas peur, elle était prête. Prête à commencer ce nouveau chapitre de sa vie, prête à acquérir de nouvelles connaissances, celles qui lui permettraient d’exercer le métier dont elle rêvait.
Les mains dans les poches de son blazer en cuir noir, Eileen attendait, parmi celles et ceux qui seront à partir de demain ses camarades, que quelqu'un vienne à leur rencontre pour leur donner accès au domaine qui se trouvait par-delà le portail. Si elle en croyait les aiguilles de sa montre, cela ne devrait d’ailleurs plus tarder. En effet, ils n'étaient plus qu’à quelques minutes de l’heure du rendez-vous donné dans la lettre qui leur avait envoyée pour confirmer leur admission à la GEAD C’est donc sans surprise que le bruit caractéristique d’une personne arrivant par transplanage résonna dans la partie de la forêt dans laquelle ils se trouvaient.
Devant le portail menant au manoir, se tenait désormais un homme aux cheveux poivre et sel vers qui tout le monde se tourna. Si jusque-là le silence avait été des plus banals, une certaine tension s’était installée dès l’arrivée du quarantenaire, et les mots qu’il eut par la suite, n'arrangèrent rien.
« Bonjour, jeunes gens ! Je suis Jude Finley, secrétaire de la Grande École de l’Art du Duel, et c’est à moi que revient la tâche de vous guider jusqu’à la cérémonie d’inscriptions aux filières. Mais avant ça, je vous prie de franchir le portail un par un afin que je puisse enregistrer votre baguette de sorte à ce que ce dernier vous reconnaisse et vous laisse entrer. Il serait en effet fort dommage que les portes de l’école vous restent à jamais fermées. »
La jeune femme resta de marbre face au semblant de plaisanterie du secrétaire qui était, selon elle, de mauvais goût. Cependant, elle ne se fit pas prier et rejoignit la file qui était en train de se former devant les grilles en fer noir. Eileen, dont les traits du visage reflétaient toujours une certaine neutralité, avança doucement jusqu’à se retrouver devant Monsieur Finley à qui elle tendit sa baguette. Par un procédé auquel elle ne prêta pas attention, le sorcier connecta sa magie à celle du portail afin que ce dernier puisse la reconnaître et lui ouvrir le passage lorsqu’elle le souhaitait.
Dès qu’il en eut fini, l’homme s’écarta pour la laisser passer, mais pas avant de lui avoir souhaité la bienvenue, ce à quoi elle répondit un simple, « Merci, Monsieur, » avant de laisser la place à la personne suivante.
Il ne fallut pas plus d’une dizaine de minutes pour que tout le monde soit enregistré et qu’ils puissent enfin fouler le domaine écossais qui s’ouvrait à eux. Eileen était l’une des premières à quitter l’ombre offerte par les arbres qui surplombait la grille pour s’élancer sur le chemin de gravier qui menait au bâtiment dans lequel était établi l’école. Le jardin de buis que la jeune femme et ses nouveaux camarades traversaient était resplendissant, d’autant plus qu’il était baigné par le soleil qui éclairait le ciel écossais en cette fin de matinée, contrastant ainsi avec la beauté austère du manoir.
Les nouveaux étudiants de la GEAD gagnèrent assez rapidement les quelques marches qui menaient vers le perron de leur nouvelle demeure. Dès lors qu’ils furent tous réunis devant l’entrée du manoir, dans un silence absolu, Monsieur Finley ouvrit la porte à deux vantaux. À l’invitation du secrétaire, Eileen rentra dans le hall où les attendait une femme d’une élégance sans pareil. Bien qu’elle paraissait relativement jeune, Eileen ne lui aurait pas donné plus de quarante-cinq ans, l’expression sérieuse et l’aura qu’elle dégageait ne pouvait tromper personne. Il s’agissait bien de la directrice de l’école.
« Bienvenue à la Grande École de l’Art du Duel, » elle commença sous les regards attentifs des adolescents. « Dès à présent, vous faites partie des étudiants de notre école. Je compte sur vous pour que, dès demain, vous vous montriez à la hauteur de l’excellence et de la rigueur qui font de cette école l’une des plus réputées du monde sorcier. J’attends de votre part de l’implication dans chaque cours qui vous sera dispensé, montrez-nous que vous méritez ces enseignements, soyez-en digne. Bonne rentrée à tous. »
Le discours de la directrice avait à peine duré deux minutes et pourtant, le ton était donné. Mais au lieu de s’effondrer sous la pression, Eileen prit les mots de Miss Shaine comme source de motivation. L’Irlandaise était prête à se dépasser, à s’affranchir de ses limites pour devenir encore meilleure.
Après le départ de la directrice, Monsieur Finley conduisit le groupe d'adolescents vers ce qui semblait être une salle de classe où les attendait le corps professoral au complet. Devant les professeurs, se trouvait une table sur laquelle étaient disposés cinq parchemins l’un à côté de l’autre. Cependant, ces dernières restèrent ignorées le temps que celle qui s’était présentée comme étant Miss Patterson, professeur de sortilèges d’attaque et maléfices expliquent à la nouvelle promotion de la GEAD le déroulement de l’année. Entre les examens, les stages et les rapports qui allaient avec ses derniers, Eileen comprit rapidement que les douze prochains mois allaient être chargés et rudes.
Mais avant d’en arriver là, le moment tant attendu par les nouveaux étudiants de l’école était enfin sur le point de commencer. La voix du Professeur O’Niels, qui avait été l’un des deux jurés lors de son entretien d'admission, s’éleva dans la salle. Dans un premier temps, il présenta les deux filières proposées par la Grande École de l’Art du Duel et les cinq spécialités qui en découlaient. En réalité ce n’était qu’une formalité puisqu’il leur avait été demandé lors de leur candidature de faire une liste des spécialités par préférence. Bien que la châtain écoutait attentivement les paroles de l’homme, son choix était déjà tout fait et rien, hormis le manque de place, ne pourrait l’empêcher d’y accéder.
Enfin, c’est la voix du secrétaire qui retentit de nouveau, « Les cinq parchemins qui se situent sur la table devant nous correspondent chacun à l’une des spécialités dispensés par notre établissement ; l'enseignement de l'art du duel, l'art du duel en compétition, l'enseignement des Défenses contre les Forces du Mal, l'action par l'investigation, et l'action par l'intervention. Lorsque j'appellerais votre nom, selon votre classement aux entretiens, je vous prierais de vous avancer et de venir inscrire votre nom sur le chemin correspondant à la spécialité de votre choix. Je tiens à vous rappeler qu’il y a un nombre de places limité pour chacune et que votre choix est définitif. »
Après un léger moment de flottement, le temps qu’ils digèrent toutes et tous les informations qu’ils venaient de recevoir, Monsieur Finley déroula le parchemin qu’il tenait entre ses mains. Le silence était tel dans la salle, qu’on aurait facilement pu entendre une mouche voler. Les jeunes adultes retenaient leur souffle, anxieux de savoir si c’étaient eux qui étaient à la première place.
« Simon Kleven. »
Alors que murmures et bruissements de vêtements résonnaient dans la pièce, reflétant les mouvements des nombreux néo-étudiants qui regardaient autour d’eux pour trouver celui qui était arrivé premier au classement, Eileen resta immobile. Assise droite sur sa chaise, la jeune femme bouillonnait de l’intérieur, déçue de ne pas avoir entendu son nom être prononcé, mais celui d’un autre. Elle ressassa alors son entretien, décortiquant chaque moment pour essayer de trouver ce qu’elle avait mal fait, mal dit. Mais son entreprise fut coupée court lorsque le grincement d’une chaise sur le parquet se fit entendre. Tournant sa tête vers la source du bruit, l’Irlandaise posa les yeux sur un jeune homme aux cheveux bruns, presque noirs, qui s’avançait d’un pas ferme vers les professeurs. Puis, après avoir apposé son nom sur l’un des parchemins, le prénommé Simon retourna à sa place. Rapidement, un deuxième nom fut prononcé par le secrétaire.
« Eileen Shelby. »
La châtain mit quelques secondes avant de comprendre que c’était elle qui avait appelé par le quarantenaire. Partagée entre la déception d’échouer si près de la première place et le soulagement d’être tout de même bien classée, Eileen se leva de son siège et se dirigea à son tour vers le corps professoral.
Une fois arrivée devant ceux qui lui dispenseraient très bientôt des cours, la jeune femme fut saluée et félicitée par les différents professionnels avant d’être invitée par l’un d’entre eux à inscrire son nom sur le parchemin correspondant à la filière qu’elle souhaitait intégrer.
« Merci, » répondit-elle simplement alors qu’un léger sourire se dessina sur ses lèvres.
Les yeux bleus de l’Irlandaise survolèrent un à un les parchemins qui se trouvaient devant elle, jusqu’à ce qu’elle trouve celui dont le titre était ‘Action - Intervention’. Quelle ne fut pas sa surprise lorsqu’elle remarqua que celui qui l’avait précédé avait également choisi la même spécialité qu’elle. Un sourire se dessina alors sur les lèvres de la jeune femme. Bientôt, sous le nom de Simon Kleven, se trouvait celui d’Eileen.
« Encore félicitations, Miss Shelby. Ça ne s’est pas joué à grand chose entre vous et Monsieur Kleven, » dénota Miss Mason.
« Merci Professeur, » remercia-t-elle avant de regagner sa place avec une seule envie en tête, leur montrer qu’ils s’étaient trompés dans leur classement.
Les mains dans les poches de son blazer en cuir noir, Eileen attendait, parmi celles et ceux qui seront à partir de demain ses camarades, que quelqu'un vienne à leur rencontre pour leur donner accès au domaine qui se trouvait par-delà le portail. Si elle en croyait les aiguilles de sa montre, cela ne devrait d’ailleurs plus tarder. En effet, ils n'étaient plus qu’à quelques minutes de l’heure du rendez-vous donné dans la lettre qui leur avait envoyée pour confirmer leur admission à la GEAD C’est donc sans surprise que le bruit caractéristique d’une personne arrivant par transplanage résonna dans la partie de la forêt dans laquelle ils se trouvaient.
Devant le portail menant au manoir, se tenait désormais un homme aux cheveux poivre et sel vers qui tout le monde se tourna. Si jusque-là le silence avait été des plus banals, une certaine tension s’était installée dès l’arrivée du quarantenaire, et les mots qu’il eut par la suite, n'arrangèrent rien.
« Bonjour, jeunes gens ! Je suis Jude Finley, secrétaire de la Grande École de l’Art du Duel, et c’est à moi que revient la tâche de vous guider jusqu’à la cérémonie d’inscriptions aux filières. Mais avant ça, je vous prie de franchir le portail un par un afin que je puisse enregistrer votre baguette de sorte à ce que ce dernier vous reconnaisse et vous laisse entrer. Il serait en effet fort dommage que les portes de l’école vous restent à jamais fermées. »
La jeune femme resta de marbre face au semblant de plaisanterie du secrétaire qui était, selon elle, de mauvais goût. Cependant, elle ne se fit pas prier et rejoignit la file qui était en train de se former devant les grilles en fer noir. Eileen, dont les traits du visage reflétaient toujours une certaine neutralité, avança doucement jusqu’à se retrouver devant Monsieur Finley à qui elle tendit sa baguette. Par un procédé auquel elle ne prêta pas attention, le sorcier connecta sa magie à celle du portail afin que ce dernier puisse la reconnaître et lui ouvrir le passage lorsqu’elle le souhaitait.
Dès qu’il en eut fini, l’homme s’écarta pour la laisser passer, mais pas avant de lui avoir souhaité la bienvenue, ce à quoi elle répondit un simple, « Merci, Monsieur, » avant de laisser la place à la personne suivante.
Il ne fallut pas plus d’une dizaine de minutes pour que tout le monde soit enregistré et qu’ils puissent enfin fouler le domaine écossais qui s’ouvrait à eux. Eileen était l’une des premières à quitter l’ombre offerte par les arbres qui surplombait la grille pour s’élancer sur le chemin de gravier qui menait au bâtiment dans lequel était établi l’école. Le jardin de buis que la jeune femme et ses nouveaux camarades traversaient était resplendissant, d’autant plus qu’il était baigné par le soleil qui éclairait le ciel écossais en cette fin de matinée, contrastant ainsi avec la beauté austère du manoir.
Les nouveaux étudiants de la GEAD gagnèrent assez rapidement les quelques marches qui menaient vers le perron de leur nouvelle demeure. Dès lors qu’ils furent tous réunis devant l’entrée du manoir, dans un silence absolu, Monsieur Finley ouvrit la porte à deux vantaux. À l’invitation du secrétaire, Eileen rentra dans le hall où les attendait une femme d’une élégance sans pareil. Bien qu’elle paraissait relativement jeune, Eileen ne lui aurait pas donné plus de quarante-cinq ans, l’expression sérieuse et l’aura qu’elle dégageait ne pouvait tromper personne. Il s’agissait bien de la directrice de l’école.
« Bienvenue à la Grande École de l’Art du Duel, » elle commença sous les regards attentifs des adolescents. « Dès à présent, vous faites partie des étudiants de notre école. Je compte sur vous pour que, dès demain, vous vous montriez à la hauteur de l’excellence et de la rigueur qui font de cette école l’une des plus réputées du monde sorcier. J’attends de votre part de l’implication dans chaque cours qui vous sera dispensé, montrez-nous que vous méritez ces enseignements, soyez-en digne. Bonne rentrée à tous. »
Le discours de la directrice avait à peine duré deux minutes et pourtant, le ton était donné. Mais au lieu de s’effondrer sous la pression, Eileen prit les mots de Miss Shaine comme source de motivation. L’Irlandaise était prête à se dépasser, à s’affranchir de ses limites pour devenir encore meilleure.
Après le départ de la directrice, Monsieur Finley conduisit le groupe d'adolescents vers ce qui semblait être une salle de classe où les attendait le corps professoral au complet. Devant les professeurs, se trouvait une table sur laquelle étaient disposés cinq parchemins l’un à côté de l’autre. Cependant, ces dernières restèrent ignorées le temps que celle qui s’était présentée comme étant Miss Patterson, professeur de sortilèges d’attaque et maléfices expliquent à la nouvelle promotion de la GEAD le déroulement de l’année. Entre les examens, les stages et les rapports qui allaient avec ses derniers, Eileen comprit rapidement que les douze prochains mois allaient être chargés et rudes.
Mais avant d’en arriver là, le moment tant attendu par les nouveaux étudiants de l’école était enfin sur le point de commencer. La voix du Professeur O’Niels, qui avait été l’un des deux jurés lors de son entretien d'admission, s’éleva dans la salle. Dans un premier temps, il présenta les deux filières proposées par la Grande École de l’Art du Duel et les cinq spécialités qui en découlaient. En réalité ce n’était qu’une formalité puisqu’il leur avait été demandé lors de leur candidature de faire une liste des spécialités par préférence. Bien que la châtain écoutait attentivement les paroles de l’homme, son choix était déjà tout fait et rien, hormis le manque de place, ne pourrait l’empêcher d’y accéder.
Enfin, c’est la voix du secrétaire qui retentit de nouveau, « Les cinq parchemins qui se situent sur la table devant nous correspondent chacun à l’une des spécialités dispensés par notre établissement ; l'enseignement de l'art du duel, l'art du duel en compétition, l'enseignement des Défenses contre les Forces du Mal, l'action par l'investigation, et l'action par l'intervention. Lorsque j'appellerais votre nom, selon votre classement aux entretiens, je vous prierais de vous avancer et de venir inscrire votre nom sur le chemin correspondant à la spécialité de votre choix. Je tiens à vous rappeler qu’il y a un nombre de places limité pour chacune et que votre choix est définitif. »
Après un léger moment de flottement, le temps qu’ils digèrent toutes et tous les informations qu’ils venaient de recevoir, Monsieur Finley déroula le parchemin qu’il tenait entre ses mains. Le silence était tel dans la salle, qu’on aurait facilement pu entendre une mouche voler. Les jeunes adultes retenaient leur souffle, anxieux de savoir si c’étaient eux qui étaient à la première place.
« Simon Kleven. »
Alors que murmures et bruissements de vêtements résonnaient dans la pièce, reflétant les mouvements des nombreux néo-étudiants qui regardaient autour d’eux pour trouver celui qui était arrivé premier au classement, Eileen resta immobile. Assise droite sur sa chaise, la jeune femme bouillonnait de l’intérieur, déçue de ne pas avoir entendu son nom être prononcé, mais celui d’un autre. Elle ressassa alors son entretien, décortiquant chaque moment pour essayer de trouver ce qu’elle avait mal fait, mal dit. Mais son entreprise fut coupée court lorsque le grincement d’une chaise sur le parquet se fit entendre. Tournant sa tête vers la source du bruit, l’Irlandaise posa les yeux sur un jeune homme aux cheveux bruns, presque noirs, qui s’avançait d’un pas ferme vers les professeurs. Puis, après avoir apposé son nom sur l’un des parchemins, le prénommé Simon retourna à sa place. Rapidement, un deuxième nom fut prononcé par le secrétaire.
« Eileen Shelby. »
La châtain mit quelques secondes avant de comprendre que c’était elle qui avait appelé par le quarantenaire. Partagée entre la déception d’échouer si près de la première place et le soulagement d’être tout de même bien classée, Eileen se leva de son siège et se dirigea à son tour vers le corps professoral.
Une fois arrivée devant ceux qui lui dispenseraient très bientôt des cours, la jeune femme fut saluée et félicitée par les différents professionnels avant d’être invitée par l’un d’entre eux à inscrire son nom sur le parchemin correspondant à la filière qu’elle souhaitait intégrer.
« Merci, » répondit-elle simplement alors qu’un léger sourire se dessina sur ses lèvres.
Les yeux bleus de l’Irlandaise survolèrent un à un les parchemins qui se trouvaient devant elle, jusqu’à ce qu’elle trouve celui dont le titre était ‘Action - Intervention’. Quelle ne fut pas sa surprise lorsqu’elle remarqua que celui qui l’avait précédé avait également choisi la même spécialité qu’elle. Un sourire se dessina alors sur les lèvres de la jeune femme. Bientôt, sous le nom de Simon Kleven, se trouvait celui d’Eileen.
« Encore félicitations, Miss Shelby. Ça ne s’est pas joué à grand chose entre vous et Monsieur Kleven, » dénota Miss Mason.
« Merci Professeur, » remercia-t-elle avant de regagner sa place avec une seule envie en tête, leur montrer qu’ils s’étaient trompés dans leur classement.
« Free will does exist, it's just fucking hard.»
Étudiante à la GEAD - Membre de l’UDS [#601070]
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Pour arriver à moi

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- 1 -
☽ Grande École de l’Art du Duel, Dortoir des filles, Chambre n°8 ☾
5 septembre 2049, début de soirée.
5 septembre 2049, début de soirée.
Contrairement à nombre de ses camarades, Eileen n’avait pas pris le chemin des sous-sols de la bâtisse après la fin de la répartition des élèves de sa promotion aux différentes filières proposées par la GEAD. L’Irlandaise avait, en effet, préféré explorer les lieux en commençant par l’imposant hall d’entrée par lequel ils étaient arrivés et qui donnait accès à tout le reste du manoir. Elle monta ensuite au premier étage où l’on trouvait à la fois un espace réservé pour les élèves, lors de leur temps libre, mais aussi un grand nombre de salles de classe. Finalement la châtain, ne sachant pas s’ils avaient le droit d’accéder à l’aile du bâtiment réservé aux entraînements et aux cours pratiques, se dirigea vers l’extérieur du domaine et ses jardins. C’est d’ailleurs là, assise sur un banc en pierre, entourée par les haies de buis, que l’adolescente passa une bonne partie de son après-midi. Le calme et la solitude du petit cocon dans lequel elle se trouvait lui permirent de reprendre son souffle et de vraiment assimiler les événements de la matinée.
Enfin, Eileen était une élève de la prestigieuse Grande École de l’Art du Duel.
Un sourire, qui reflétait la fierté et le sentiment d’accomplissement qu’elle ressentait s’était alors dessiné sur les lèvres d’Eileen. La lettre d’acceptation qu’elle avait reçue, l'entretien qu'elle avait passé durant l’été, rien n’était plus tangible que le pin’s qu’elle arborait désormais sur son blazer en cuir. Une loupe surmontant des petites étoiles. Le symbole de la filière Investigation dont elle faisait désormais partie.
Ce n’est qu’après son dîner pris dans le réfectoire de l’école que la châtain emprunta les escaliers qui menaient vers les sous-sols et les dortoirs. Après avoir passé le petit hall où l’on retrouvait sièges et canapés, elle franchit la porte qui menait au dortoir des filles. Il ne lui fallut pas beaucoup de temps pour trouver la porte sur laquelle était inscrite le numéro huit, le numéro de sa chambre pour l’année. Par politesse, Eileen toqua sur le battant avant de rentrer dans la pièce. La porte qu’elle venait de franchir ouvrait sur une sorte de petit couloir, délimité de part et d’autre par deux cloisons en bois, qui menait à un espace de vie commun constitué d’une table basse rectangulaire entourée de quelques poufs d’un velours rouge grenat foncé. Trois de ces derniers étaient d’ailleurs occupés par celles qui étaient sûrement ces nouvelles camarades de chambre. Sans doute alertées par le bruit de la porte, les adolescentes étaient tournées vers Eileen.
« Tu dois être notre quatrième colocataire, » parla celle qui était la plus éloignée d’elle. Sa peau était d’un acajou chaud, et ses longs cheveux d’ébène formaient des boucles qui effleuraient le bas de ses omoplates. Sa posture et sa voix détendues portaient à croire que la jeune femme n’était pas une nouvelle arrivante. « Nous commencions à croire que tu t’étais perdu, » confia la sûrement deuxième année, un doux sourire sur ses lèvres.
« Désolée, » s’excusa l’Irlandaise. « J’avais besoin de prendre l’air et j’en ai profité pour visiter un peu les lieux. »
« Je comprends, tout peut paraître… Suffocant le premier jour. Mais tu t’y feras avec le temps, » rassura la jeune femme. « Enfin, où sont mes manières ? Je m’appelle Adelaide, je suis en deuxième année, en Enseignement de l’Art du Duel. » Elle se leva et fit le tour de la table pour se rapprocher de l’Irlandaise. « Ton lit est celui au fond à droite. Mon lit est celui à droite de la porte d’entrée, celui dans le renfoncement au fond à gauche, c’est celui d’Iola, » la fille aux cheveux roux lui adressa un petit geste de la main. « Et celui à gauche de la porte d’entrée- »
« C’est le mien ! » S’exclama la seule personne dont elle ne connaissait pas encore le prénom. « Akane Archdale, première année, filière Investigation. » Eileen ne pouvait s'empêcher de noter l’accent japonais qui s'entremêlait avec l’élocution notoire aux personnes venant de la capitale anglaise.
« Eileen Shelby, » se présenta enfin la châtain. « Il semblerait qu’on soit dans la même filière, » ajouta Eileen à l’intention d’Akane.
Le visage de cette dernière s’illumina soudainement, comme si elle venait d’avoir une épiphanie, « Je me disais bien que ton visage m’était familier. C’est toi qui est arrivé deuxième au classement. »
Un léger silence s’installa dans la pièce, et qui dura jusqu’à ce qu'Eileen acquiesce.
« Vraiment ? » S’étonna la rousse. « Intéressant. J’ai hâte de voir ce que tu nous réserves, enfin étant donné que je ne suis ni dans ta promotion, ni dans ta filière, j’ai surtout hâte d’entendre ce qu’on dira de toi aux détours des couloirs, » expliqua-t-elle, non sans un sourire amusé.
« Je ferais en sorte que ce ne soit que des bonnes choses, » rétorqua la châtain, ce qui eut le don de faire sourire ses trois colocataires qui comprirent bien vite que la pression ne lui faisait pas peur.
La conversation s’estompa naturellement, donnant l’occasion à Eileen de prendre enfin possession de sa partie du dortoir et de s’installer tranquillement. Mais il ne fallut pas longtemps pour que les quatre étudiantes se retrouvent de nouveau autour de la table basse au centre de la pièce où elles continuèrent de faire connaissance jusqu’à ce qu’il soit l’heure d’aller dormir. Une heure raisonnable, car une grosse journée les attendait le lendemain. La première de la vie d’étudiante d’Eileen.
Enfin, Eileen était une élève de la prestigieuse Grande École de l’Art du Duel.
Un sourire, qui reflétait la fierté et le sentiment d’accomplissement qu’elle ressentait s’était alors dessiné sur les lèvres d’Eileen. La lettre d’acceptation qu’elle avait reçue, l'entretien qu'elle avait passé durant l’été, rien n’était plus tangible que le pin’s qu’elle arborait désormais sur son blazer en cuir. Une loupe surmontant des petites étoiles. Le symbole de la filière Investigation dont elle faisait désormais partie.
Ce n’est qu’après son dîner pris dans le réfectoire de l’école que la châtain emprunta les escaliers qui menaient vers les sous-sols et les dortoirs. Après avoir passé le petit hall où l’on retrouvait sièges et canapés, elle franchit la porte qui menait au dortoir des filles. Il ne lui fallut pas beaucoup de temps pour trouver la porte sur laquelle était inscrite le numéro huit, le numéro de sa chambre pour l’année. Par politesse, Eileen toqua sur le battant avant de rentrer dans la pièce. La porte qu’elle venait de franchir ouvrait sur une sorte de petit couloir, délimité de part et d’autre par deux cloisons en bois, qui menait à un espace de vie commun constitué d’une table basse rectangulaire entourée de quelques poufs d’un velours rouge grenat foncé. Trois de ces derniers étaient d’ailleurs occupés par celles qui étaient sûrement ces nouvelles camarades de chambre. Sans doute alertées par le bruit de la porte, les adolescentes étaient tournées vers Eileen.
« Tu dois être notre quatrième colocataire, » parla celle qui était la plus éloignée d’elle. Sa peau était d’un acajou chaud, et ses longs cheveux d’ébène formaient des boucles qui effleuraient le bas de ses omoplates. Sa posture et sa voix détendues portaient à croire que la jeune femme n’était pas une nouvelle arrivante. « Nous commencions à croire que tu t’étais perdu, » confia la sûrement deuxième année, un doux sourire sur ses lèvres.
« Désolée, » s’excusa l’Irlandaise. « J’avais besoin de prendre l’air et j’en ai profité pour visiter un peu les lieux. »
« Je comprends, tout peut paraître… Suffocant le premier jour. Mais tu t’y feras avec le temps, » rassura la jeune femme. « Enfin, où sont mes manières ? Je m’appelle Adelaide, je suis en deuxième année, en Enseignement de l’Art du Duel. » Elle se leva et fit le tour de la table pour se rapprocher de l’Irlandaise. « Ton lit est celui au fond à droite. Mon lit est celui à droite de la porte d’entrée, celui dans le renfoncement au fond à gauche, c’est celui d’Iola, » la fille aux cheveux roux lui adressa un petit geste de la main. « Et celui à gauche de la porte d’entrée- »
« C’est le mien ! » S’exclama la seule personne dont elle ne connaissait pas encore le prénom. « Akane Archdale, première année, filière Investigation. » Eileen ne pouvait s'empêcher de noter l’accent japonais qui s'entremêlait avec l’élocution notoire aux personnes venant de la capitale anglaise.
« Eileen Shelby, » se présenta enfin la châtain. « Il semblerait qu’on soit dans la même filière, » ajouta Eileen à l’intention d’Akane.
Le visage de cette dernière s’illumina soudainement, comme si elle venait d’avoir une épiphanie, « Je me disais bien que ton visage m’était familier. C’est toi qui est arrivé deuxième au classement. »
Un léger silence s’installa dans la pièce, et qui dura jusqu’à ce qu'Eileen acquiesce.
« Vraiment ? » S’étonna la rousse. « Intéressant. J’ai hâte de voir ce que tu nous réserves, enfin étant donné que je ne suis ni dans ta promotion, ni dans ta filière, j’ai surtout hâte d’entendre ce qu’on dira de toi aux détours des couloirs, » expliqua-t-elle, non sans un sourire amusé.
« Je ferais en sorte que ce ne soit que des bonnes choses, » rétorqua la châtain, ce qui eut le don de faire sourire ses trois colocataires qui comprirent bien vite que la pression ne lui faisait pas peur.
La conversation s’estompa naturellement, donnant l’occasion à Eileen de prendre enfin possession de sa partie du dortoir et de s’installer tranquillement. Mais il ne fallut pas longtemps pour que les quatre étudiantes se retrouvent de nouveau autour de la table basse au centre de la pièce où elles continuèrent de faire connaissance jusqu’à ce qu’il soit l’heure d’aller dormir. Une heure raisonnable, car une grosse journée les attendait le lendemain. La première de la vie d’étudiante d’Eileen.
- 2 -
☽ Grande École de l’Art du Duel, Premier étage, Salle de cours ☾
6 septembre 2049, aux alentours de dix heures.
6 septembre 2049, aux alentours de dix heures.
Les rayons du soleil encore chaleureux de ce début septembre perçaient à travers les vitres des fenêtres cintrées qui composaient la majeure partie du mur nord de la pièce. Ils illuminaient les rangées de pupitres simples qui faisaient face au mur est où se trouvait un imposant tableau noir qui permettait aux professeurs de noter des informations.
C’est au deuxième rang que l’on retrouvait Eileen. Derrière son pupitre, elle attendait, à l’image du reste de ses nouveaux camarades, dans un mélange de patience et d’excitation, l’arrivée de leur professeur. L’effervescence était palpable. Le silence qui, auparavant, englobait la pièce, avait fait place à un doux brouhaha mélangeant conversations et le bruit d’affaires que l’on déposait sur le bois du pupitre.
Machinalement, la pulpe des doigts de l’Irlandaise rencontrait la surface du bureau, traduisant la tension qui habitait son corps. Ce ne fut que lorsque Akane posa délicatement sa main sur celle d’Eileen que cette dernière se rendit compte de ses mouvements involontaires. La châtain tourna la tête vers la gauche, ses yeux bleus rencontrant les yeux marron de sa voisine. L’anglo-japonaise la regardait avec un regard curieux.
« Désolée, » s’excusa l’Irlandaise avec un petit sourire gêné. « Je suis un peu nerveuse. »
« J’avais cru comprendre, » sourit à son tour Akane qui compatissait avec sa camarade de chambre, elle aussi avait hâte que le cours commence. « Il est 9h59, » continua l’adolescente après avoir jeté un coup d’œil à sa montre. « Le professeur ne devrait pas tarder à arriver. »
Et elle avait raison, car à peine furent-elles plongées dans leur conversation que la porte qui donnait accès à la salle s’ouvrit. La pièce qui quelques secondes auparavant regorgeait de vie, semblait désormais retenir son souffle. Entra alors une femme d’une cinquantaine d’années dont les cheveux étaient d’un noir profond, faisant ainsi ressortir ses yeux clairs qu’Eileen n’arrivait pas à déterminer s’ils étaient bleus ou verts. Malgré le poids des regards des étudiants, la cinquantenaire s’avança d’un pas calme et assuré vers le bureau qui devançait le tableau noir.
« Bonjour, » elle leur faisait maintenant face, ses orbes considérant les visages devant elle. « Je suis Miss McQueen, votre professeur d’art du duel. Bien que je sois présentement seule, nous serons trois à vous donner des cours dans le cadre de cette unité d’enseignement. Miss Connor s’occupera de tout ce qui a trait à la défense, tandis que Miss Patterson vous enseignera les outils nécessaires pour attaquer lors d’un duel. J’aurais, quant à moi, la tâche de vous apprendre l’éthique d’un duel, la discipline et la stratégie que ces derniers demandent, qu’ils soient encadrés ou en situation réelle. Je vous apprendrais également à mettre en usage et allier les sortilèges que vous aurez étudiés avec mes collègues. »
La voix cristalline de Miss McQueen continua de résonner entre les murs en pierre de la salle. Alors que le professeur expliquait les modalités de la matière, des parchemins ondoyèrent de son bureau vers les pupitres de chacun des élèves. Lorsque la feuille arriva devant Eileen, cette dernière se pencha pour pouvoir en lire le contenu. « Discipline intérieure et expression magique ». « Art de l’offensive magique ». « Maîtrise des arts protecteurs ». « Architecture d’un duel - tactiques et stratégies ». « L’éthique d’un duel ». Voilà les cinq thématiques qui allaient rythmer la vie de l’Irlandaise dans cette unité d’enseignement. Bien que le programme semblait infiniment dense, son emploi du temps n’avait indiqué que quatre autres matières. Et même si elle se doutait qu’elles seraient toutes aussi chargées que celle dont elle suivait présentement le cours, Eileen n’était pas le moins du monde effrayée par la charge de travail qui l’attendait.
C’est au deuxième rang que l’on retrouvait Eileen. Derrière son pupitre, elle attendait, à l’image du reste de ses nouveaux camarades, dans un mélange de patience et d’excitation, l’arrivée de leur professeur. L’effervescence était palpable. Le silence qui, auparavant, englobait la pièce, avait fait place à un doux brouhaha mélangeant conversations et le bruit d’affaires que l’on déposait sur le bois du pupitre.
Machinalement, la pulpe des doigts de l’Irlandaise rencontrait la surface du bureau, traduisant la tension qui habitait son corps. Ce ne fut que lorsque Akane posa délicatement sa main sur celle d’Eileen que cette dernière se rendit compte de ses mouvements involontaires. La châtain tourna la tête vers la gauche, ses yeux bleus rencontrant les yeux marron de sa voisine. L’anglo-japonaise la regardait avec un regard curieux.
« Désolée, » s’excusa l’Irlandaise avec un petit sourire gêné. « Je suis un peu nerveuse. »
« J’avais cru comprendre, » sourit à son tour Akane qui compatissait avec sa camarade de chambre, elle aussi avait hâte que le cours commence. « Il est 9h59, » continua l’adolescente après avoir jeté un coup d’œil à sa montre. « Le professeur ne devrait pas tarder à arriver. »
Et elle avait raison, car à peine furent-elles plongées dans leur conversation que la porte qui donnait accès à la salle s’ouvrit. La pièce qui quelques secondes auparavant regorgeait de vie, semblait désormais retenir son souffle. Entra alors une femme d’une cinquantaine d’années dont les cheveux étaient d’un noir profond, faisant ainsi ressortir ses yeux clairs qu’Eileen n’arrivait pas à déterminer s’ils étaient bleus ou verts. Malgré le poids des regards des étudiants, la cinquantenaire s’avança d’un pas calme et assuré vers le bureau qui devançait le tableau noir.
« Bonjour, » elle leur faisait maintenant face, ses orbes considérant les visages devant elle. « Je suis Miss McQueen, votre professeur d’art du duel. Bien que je sois présentement seule, nous serons trois à vous donner des cours dans le cadre de cette unité d’enseignement. Miss Connor s’occupera de tout ce qui a trait à la défense, tandis que Miss Patterson vous enseignera les outils nécessaires pour attaquer lors d’un duel. J’aurais, quant à moi, la tâche de vous apprendre l’éthique d’un duel, la discipline et la stratégie que ces derniers demandent, qu’ils soient encadrés ou en situation réelle. Je vous apprendrais également à mettre en usage et allier les sortilèges que vous aurez étudiés avec mes collègues. »
La voix cristalline de Miss McQueen continua de résonner entre les murs en pierre de la salle. Alors que le professeur expliquait les modalités de la matière, des parchemins ondoyèrent de son bureau vers les pupitres de chacun des élèves. Lorsque la feuille arriva devant Eileen, cette dernière se pencha pour pouvoir en lire le contenu. « Discipline intérieure et expression magique ». « Art de l’offensive magique ». « Maîtrise des arts protecteurs ». « Architecture d’un duel - tactiques et stratégies ». « L’éthique d’un duel ». Voilà les cinq thématiques qui allaient rythmer la vie de l’Irlandaise dans cette unité d’enseignement. Bien que le programme semblait infiniment dense, son emploi du temps n’avait indiqué que quatre autres matières. Et même si elle se doutait qu’elles seraient toutes aussi chargées que celle dont elle suivait présentement le cours, Eileen n’était pas le moins du monde effrayée par la charge de travail qui l’attendait.
- 3 -
☽ Grande École de l’Art du Duel, Rez-de-chaussée, Bibliothèque ☾
16 septembre 2049, vers treize heures trente.
16 septembre 2049, vers treize heures trente.
« Ça fait même pas deux semaines qu’on est là, je suis déjà fatiguée et j’ai des courbatures partout. »
Eileen releva les yeux de son livre pour les poser sur le dessus de la tête de l’adolescente qui était assise en face d’elle. Un sourire mi-attendri, mi-amusé se dessina sur les lèvres de l’Irlandaise devant le comportement d’Akane, dont le visage était enfoui parmi les nombreux parchemins qui se trouvaient devant elle. Car malgré la dramatisation de l’anglo-japonaise, une part de vérité se cachait derrière ses mots. Cela faisait seulement treize jours que les deux jeunes femmes avaient commencé leur cursus à la GEAD, et pourtant, leur charge de travail était déjà conséquente. Tous les professeurs de leur filière leur demandaient de la rigueur et de la régularité, que ce soit dans les révisions des cours théoriques ou dans l’entraînement aux gestes enseignés lors des cours pratiques.
Il n’était donc pas étonnant de retrouver les deux étudiantes, une fois leur déjeuner pris, assises à l’une des nombreuses tables présentes dans la bibliothèque. Situées au fond de la pièce, elles étaient éloignées des quelques chuchotements qui résonnaient dans l’air, leur permettant ainsi de mieux se concentrer. Mais c’était sans compter sur l’interruption d’Akane.
« C’est sûrement le changement de rythme, tu vas finir par t’habituer, » sourit Eileen à sa nouvelle amie.
« Comment tu fais toi ? » Demanda Akane en faisant la moue.
L’Irlandaise haussa simplement les épaules en guise de réponse. Bien qu’elle appréciait sincèrement sa nouvelle amie, elle n’avait pas envie de replonger dans son passé et de dévoiler la raison pour laquelle elle était aussi studieuse. Elle n’allait pas non plus lui révéler les secrets de sa forme physique; les heures passées à s’entraîner avec Suileabhan, celles passées à travailler les muscles de son corps pour qu’ils puissent la servir autant elle, que sa magie. Malgré tout, Eileen aussi ressentait une certaine fatigue, mais elle arrivait sûrement à mieux le cacher que sa camarade.
« Je… »
« Excusez-moi, » une voix masculine, dont le timbre était doux et discret, interrompit l’Irlandaise.
Le regard des deux adolescentes se posèrent alors sur un jeune homme. Silencieusement, Eileen l’observa, détaillant les traits fins de son visage marqué par l’élégance de ses pommettes hautes et de ses paupières légèrement étirées. Le soleil, qui éclairait la pièce à travers les nombreuses fenêtres, se reflétait sur sa peau dorée.
« Est-ce que je peux m’asseoir ici ? Les autres tables sont pleines, » expliqua-t-il en désignant du menton le reste de la bibliothèque.
« Oui, bien sûr, » accepta aisément Akane, amenant les deux jeunes femmes à rassembler les affaires qu’elles avaient étalées autour d’elles.
Alors qu’il s’installait à côté de l’angle-japonaise, un éclat lumineux attira les orbes gris bleuté d’Eileen vers la poitrine de l’homme. Là, attaché à son col roulé blanc, trônait le pin’s de la filière Investigation, sa filière. Presque immédiatement, ses yeux retrouvèrent le visage de l’adolescent qu’elle découvrait pourtant pour la première fois aujourd’hui. Avait-elle été si obnubilée par les cours qu’elle n’avait pas pris le temps d’au moins apprendre le visage de ses camarades de classe ?
« Toi aussi, t’es en Investigation, » remarqua la châtain.
« Comme vous deux, » acquiesça-t-il dans un hochement de tête. « N’est-ce pas, Eileen Shelby ? » Termina-t-il avec un petit sourire en coin.
La jeune femme en question écarquilla les yeux, poussant le brun à reprendre la parole, « Difficile d’oublier le visage et le nom de la personne qui est arrivé deuxième au classement d’entrée. Surtout lorsque cette dernière démontre rapidement pourquoi en cours. »
Eileen sentit ses joues chauffer, sa peau claire désormais sûrement colorée par une teinte rosée. Bien qu’elle avait à cœur de montrer ce qu’elle valait, de se prouver à elle-même et à ses nouveaux professeurs qu’elle méritait cette deuxième place, voire mieux, elle n’avait pas pris en compte le fait que ses camarades de promotion la remarqueraient. Même si cela allait de soi.
« Merci- »
« Hyun-Su, Lee Hyun-Su, » offra l’étudiant, qui avait rapidement compris ce que la native de Cork cherchait.
« Merci Hyun-Su, » remercia sincèrement Eileen. « Tu veux te joindre à nous, avec Akane on est en train de revoir nos notes du dernier cours de Défense contre la magie noire ? »
Un large sourire adornait le visage de l’Irlandaise alors que cette dernière était allongée dans son lit, prête à dormir. Ressassant les moments passés après sa rencontre avec Hyun-Su, les trois étudiants de première année avaient passé le reste de leur temps libre avant leur prochain cours à discuter et faire connaissance entre deux notes. Eileen était heureuse, elle avait trouvé, en l’espace de quelques jours, deux personnes qui lui semblait digne de confiance et avec qui elle se voyait rester amis longtemps.
Eileen releva les yeux de son livre pour les poser sur le dessus de la tête de l’adolescente qui était assise en face d’elle. Un sourire mi-attendri, mi-amusé se dessina sur les lèvres de l’Irlandaise devant le comportement d’Akane, dont le visage était enfoui parmi les nombreux parchemins qui se trouvaient devant elle. Car malgré la dramatisation de l’anglo-japonaise, une part de vérité se cachait derrière ses mots. Cela faisait seulement treize jours que les deux jeunes femmes avaient commencé leur cursus à la GEAD, et pourtant, leur charge de travail était déjà conséquente. Tous les professeurs de leur filière leur demandaient de la rigueur et de la régularité, que ce soit dans les révisions des cours théoriques ou dans l’entraînement aux gestes enseignés lors des cours pratiques.
Il n’était donc pas étonnant de retrouver les deux étudiantes, une fois leur déjeuner pris, assises à l’une des nombreuses tables présentes dans la bibliothèque. Situées au fond de la pièce, elles étaient éloignées des quelques chuchotements qui résonnaient dans l’air, leur permettant ainsi de mieux se concentrer. Mais c’était sans compter sur l’interruption d’Akane.
« C’est sûrement le changement de rythme, tu vas finir par t’habituer, » sourit Eileen à sa nouvelle amie.
« Comment tu fais toi ? » Demanda Akane en faisant la moue.
L’Irlandaise haussa simplement les épaules en guise de réponse. Bien qu’elle appréciait sincèrement sa nouvelle amie, elle n’avait pas envie de replonger dans son passé et de dévoiler la raison pour laquelle elle était aussi studieuse. Elle n’allait pas non plus lui révéler les secrets de sa forme physique; les heures passées à s’entraîner avec Suileabhan, celles passées à travailler les muscles de son corps pour qu’ils puissent la servir autant elle, que sa magie. Malgré tout, Eileen aussi ressentait une certaine fatigue, mais elle arrivait sûrement à mieux le cacher que sa camarade.
« Je… »
« Excusez-moi, » une voix masculine, dont le timbre était doux et discret, interrompit l’Irlandaise.
Le regard des deux adolescentes se posèrent alors sur un jeune homme. Silencieusement, Eileen l’observa, détaillant les traits fins de son visage marqué par l’élégance de ses pommettes hautes et de ses paupières légèrement étirées. Le soleil, qui éclairait la pièce à travers les nombreuses fenêtres, se reflétait sur sa peau dorée.
« Est-ce que je peux m’asseoir ici ? Les autres tables sont pleines, » expliqua-t-il en désignant du menton le reste de la bibliothèque.
« Oui, bien sûr, » accepta aisément Akane, amenant les deux jeunes femmes à rassembler les affaires qu’elles avaient étalées autour d’elles.
Alors qu’il s’installait à côté de l’angle-japonaise, un éclat lumineux attira les orbes gris bleuté d’Eileen vers la poitrine de l’homme. Là, attaché à son col roulé blanc, trônait le pin’s de la filière Investigation, sa filière. Presque immédiatement, ses yeux retrouvèrent le visage de l’adolescent qu’elle découvrait pourtant pour la première fois aujourd’hui. Avait-elle été si obnubilée par les cours qu’elle n’avait pas pris le temps d’au moins apprendre le visage de ses camarades de classe ?
« Toi aussi, t’es en Investigation, » remarqua la châtain.
« Comme vous deux, » acquiesça-t-il dans un hochement de tête. « N’est-ce pas, Eileen Shelby ? » Termina-t-il avec un petit sourire en coin.
La jeune femme en question écarquilla les yeux, poussant le brun à reprendre la parole, « Difficile d’oublier le visage et le nom de la personne qui est arrivé deuxième au classement d’entrée. Surtout lorsque cette dernière démontre rapidement pourquoi en cours. »
Eileen sentit ses joues chauffer, sa peau claire désormais sûrement colorée par une teinte rosée. Bien qu’elle avait à cœur de montrer ce qu’elle valait, de se prouver à elle-même et à ses nouveaux professeurs qu’elle méritait cette deuxième place, voire mieux, elle n’avait pas pris en compte le fait que ses camarades de promotion la remarqueraient. Même si cela allait de soi.
« Merci- »
« Hyun-Su, Lee Hyun-Su, » offra l’étudiant, qui avait rapidement compris ce que la native de Cork cherchait.
« Merci Hyun-Su, » remercia sincèrement Eileen. « Tu veux te joindre à nous, avec Akane on est en train de revoir nos notes du dernier cours de Défense contre la magie noire ? »
Un large sourire adornait le visage de l’Irlandaise alors que cette dernière était allongée dans son lit, prête à dormir. Ressassant les moments passés après sa rencontre avec Hyun-Su, les trois étudiants de première année avaient passé le reste de leur temps libre avant leur prochain cours à discuter et faire connaissance entre deux notes. Eileen était heureuse, elle avait trouvé, en l’espace de quelques jours, deux personnes qui lui semblait digne de confiance et avec qui elle se voyait rester amis longtemps.
« Free will does exist, it's just fucking hard.»
Étudiante à la GEAD - Membre de l’UDS [#601070]
Étudiante à la GEAD - Membre de l’UDS [#601070]
Pour arriver à moi

______________________________
☽ Grande École de l’Art du Duel ☾
Mardi 8 novembre 2049, un peu avant 8h
Mardi 8 novembre 2049, un peu avant 8h
Cela faisait maintenant deux mois qu’Eileen et les autres élèves de sa promotion foulaient le parquet du manoir abritant la Grande École de l’Art du Duel. Chacun commençait à prendre ses marques, à se faire une place dans ce prestigieux établissement, à établir une routine qui leur permettait de trouver un juste équilibre entre les cours, les révisions et, pour certains, dont Eileen, les entraînements dans les salles mises à leur disposition. Mais au fur et à mesure que les semaines passaient, l’équilibre trouvé se retrouvait fragilisé par l’intensification des cours, aussi bien les théoriques que les pratiques, en coïncidence avec l’arrivée des premiers examens au mois de décembre. Au-delà d’être rythmée par la cadence infernale de leur nouveau cursus scolaire, la vie des étudiants de la promotion 2049-2050 qui avaient choisi la filière Investigation était également agitée par le développement d’une rivalité. Mais était-ce vraiment étonnant lorsque les deux premiers arrivés au classement d’admission avaient choisi la même filière ? Personne ne fut alors vraiment surpris lorsqu’une certaine tension s’installa entre Simon Kleven et Eileen Shelby.
L’adolescente se laissa tomber sur l’un des bancs en bois situés le long des murs de la salle où ils se retrouvaient souvent pour leurs cours pratiques. Déposant son sac à ses pieds, elle fut rapidement rejointe par ceux avec qui elle formait désormais un trio, Akane et Hyun-Su. Après leur rencontre avec le Sud-Coréen dans la bibliothèque du manoir, les trois étaient rapidement devenus inséparables. Alors que ses deux cadets se lancèrent dans un débat dont elle n’avait pas pris la peine de connaître le sujet, Eileen jeta un coup d'œil à sa montre. Dix minutes, c’était le temps qui restait avant que leur professeur n'arrive.
Les mains en appui derrière elle, les yeux perdus dans le vide, l’Irlandaise se perdit dans ses souvenirs. Ceux qui retraçaient sa relation avec Simon, enfin, si elle pouvait qualifier leur rivalité de relation.
Eileen se rappelait encore comme si c’était hier des jours qui suivirent sa rentrée à la GEAD. Elle se rappelait, alors que nombre d’entre eux commençaient à peine à s’adapter aux exigences de l’école, à quel point il se détachait du reste. L’adolescente ne se l’avouera jamais, mais, elle avait été surprise et peut-être envieuse de la manière dont par sa prestance, son intelligence et sa discipline, Simon excellait, et ce, dans tous, ou presque, les domaines qui leur étaient enseignés. Il était même accoutumé d’entendre au moins une fois par jour un, ou une, professeur complimenté le Norvégien. Alors, rapidement, il s’était formé deux clans dans la promotion : ceux qui l'admiraient, ouvertement ou non, et ceux dont la jalousie était attisée tel un feu de cheminée en plein hiver. Eileen, quant à elle, n'appartenait à aucun des deux. Seul un désir profond d’atteindre et d’égaler le niveau du brun, de prouver qu’elle n’était pas arrivée deuxième au classement par erreur, de montrer qu’elle avait même le potentiel pour le dépasser, bouillonnait en elle.
L’adolescente n’aurait pas su dire d’où venait cette envie. Peut-être provenait-elle de la Eileen qui s’était jetée corps et âme dans ses études, alors que tout autour d’elle reflétait le vide qu’elle avait provoqué, et qui, par conséquent, refusait d’être autre chose que la meilleure. Où peut-être était-ce la petite fille, abandonnée par son père, qui, malgré l’amour donné par le reste de sa famille, avait besoin de se sentir vue et reconnue ? Tout ce qu’elle savait, c’était qu’elle voulait atteindre le sommet, même si elle savait qu’elle partait de loin. Malgré ses excellents résultats à Poudlard et, plus récemment, ses entraînements auprès de Suileabhan, la châtain n’avait aucune réelle expérience du duel. Elle n’avait jamais rejoint le club existant au sein du collège de magie écossais, non pas par manque d’envie, loin de là. Le temps lui avait manqué. Après avoir rapidement rejoint l’équipe de Quidditch de Poufsouffle, elle ne s’était pas vu rajouter une autre activité extrascolaire à son emploi du temps déjà bien chargé. Puis vint sa mise en retrait de la vie Poudlardienne où elle n’avait pas osé rejoindre le club de duel alors qu’elle avait entrepris de disparaître de la vie de ses proches. Enfin, lorsqu’elle fut libérée de l’emprise de son géniteur, sa septième année et les ASPICs occupaient bien trop son esprit.
Cependant, s’il y avait bien une chose en laquelle Eileen avait cent pour cent confiance, c’était sa magie et la connexion qu’elle avait lié avec elle. Jusqu’à présent, cette dernière ne lui avait jamais fait défaut, elle avait toujours répondu à ses attentes et sa maîtrise du flux magique qui la traversait était assez impressionnante, en attestait sa capacité à faire apparaître un patronus corporel. Un tendre sourire illumina son visage au souvenir de la première fois où elle avait vu son Lynx. Forte de sa magie et de la confiance qu’elle pouvait s’accorder, plus les jours passaient, plus les cours s’enchaînaient et plus l’adolescente s’améliorait. Si bien qu’à la fin du mois de septembre, Eileen était devenue une adversaire redoutable et difficile à battre. Le style de combat qu’elle s’était approprié était différent de celui de ses camarades, et ce, notamment grâce à son apprentissage du Sayokan auprès de son mentor qui lui donnait une approche différente, plus physique, bien qu’elle essayait de ne pas trop l’utiliser pour garder un atout dans sa manche. Même sans l’utilisation de l’art martial, ses capacités magiques, combinées à son intelligence situationnelle, ainsi qu’à ses aptitudes physiques lui permettaient de souvent prendre l’ascendant lors des mises en pratique.
Ses progrès furent si époustouflants, son niveau rejoignant en peu de temps celui de Simon, qu’elle égalait presque dès la fin du mois d’octobre, que les professeurs n’eurent d’autres choix que de remarquer Eileen. C’est alors dans le plus grand des silences qu’émergea une rivalité que ni Eileen, ni Simon ne pouvait vraiment nier, même s’ils feignaient de l’ignorer. Chacun avait pris conscience de l’autre, observant ses moindres faits et gestes, les compliments recueillis, les réussites. Pour autant, ils ne s’adressaient que très rarement la parole, au grand dam de leurs camarades qui suivaient avec attention l’éclosion de leur opposition ; ni piques, ni moqueries n’étaient échangées entre les deux, seul le silence prévalait. Les taquineries, elles, venaient d’ailleurs, d’Akane et Hyun-Su notamment, qui ne perdaient jamais une occasion de titiller l’Irlandaise à propos du Norvégien. Elles prenaient également la forme de commérages, lancés par leurs condisciples toujours prompts à saisir la moindre occasion de bavasser à leur sujet.
Le bruit d’une porte qui venait de s’ouvrir ramena la jeune femme au présent. Alors qu’elle se redressait sur le banc sur lequel elle était assise, les yeux de l’Irlandaise étaient fixés sur Mrs. Harper qui se dirigeait vers le centre de la pièce. Lorsqu’elle eut capté l’attention de tous les étudiants présents dans la salle d’entraînement, la professeur de sortilèges de défense et de protections laissa sa voix s’élever dans les airs.
« Bonjour, jeunes gens. Aujourd’hui nous allons apprendre un art subtil, une pratique souvent négligée par les sorcières qui considèrent souvent que seule la puissance mène à vaincre. Mais c’est une erreur. Le duel, sous toutes ses formes, n’est pas une épreuve de brutalité, mais d’esprit. » Mrs Harper tournait doucement sur elle-même, captant le regard de chacun de ses élèves, « Le principe de l’exercice d’aujourd’hui est simple… »
Le principe était certes simple, mais l’exécution s’avérerait sûrement plus ardue. Par groupe de deux, ils allaient devoir, pour l’un, ériger une défense assez solide afin de pouvoir repousser son binôme qui devra essayer de la briser. Non pas en attaquant de front, ce qui serait considéré comme un échec, mais en essayant de trouver une faille dans la défense. Le but final de l’exercice étant pour la moitié du binôme de neutraliser l’autre moitié, soit en le désarmant, soit en l’empêchant d’utiliser sa baguette. La mise en pratique semblait déjà intéressante, mais à en juger par les murmures excités qui fusèrent, elle le devint encore plus lorsque la professeur annonça les groupes, et notamment celui qui clôturera le cours.
Eileen et Simon.
L’adolescente se laissa tomber sur l’un des bancs en bois situés le long des murs de la salle où ils se retrouvaient souvent pour leurs cours pratiques. Déposant son sac à ses pieds, elle fut rapidement rejointe par ceux avec qui elle formait désormais un trio, Akane et Hyun-Su. Après leur rencontre avec le Sud-Coréen dans la bibliothèque du manoir, les trois étaient rapidement devenus inséparables. Alors que ses deux cadets se lancèrent dans un débat dont elle n’avait pas pris la peine de connaître le sujet, Eileen jeta un coup d'œil à sa montre. Dix minutes, c’était le temps qui restait avant que leur professeur n'arrive.
Les mains en appui derrière elle, les yeux perdus dans le vide, l’Irlandaise se perdit dans ses souvenirs. Ceux qui retraçaient sa relation avec Simon, enfin, si elle pouvait qualifier leur rivalité de relation.
Eileen se rappelait encore comme si c’était hier des jours qui suivirent sa rentrée à la GEAD. Elle se rappelait, alors que nombre d’entre eux commençaient à peine à s’adapter aux exigences de l’école, à quel point il se détachait du reste. L’adolescente ne se l’avouera jamais, mais, elle avait été surprise et peut-être envieuse de la manière dont par sa prestance, son intelligence et sa discipline, Simon excellait, et ce, dans tous, ou presque, les domaines qui leur étaient enseignés. Il était même accoutumé d’entendre au moins une fois par jour un, ou une, professeur complimenté le Norvégien. Alors, rapidement, il s’était formé deux clans dans la promotion : ceux qui l'admiraient, ouvertement ou non, et ceux dont la jalousie était attisée tel un feu de cheminée en plein hiver. Eileen, quant à elle, n'appartenait à aucun des deux. Seul un désir profond d’atteindre et d’égaler le niveau du brun, de prouver qu’elle n’était pas arrivée deuxième au classement par erreur, de montrer qu’elle avait même le potentiel pour le dépasser, bouillonnait en elle.
L’adolescente n’aurait pas su dire d’où venait cette envie. Peut-être provenait-elle de la Eileen qui s’était jetée corps et âme dans ses études, alors que tout autour d’elle reflétait le vide qu’elle avait provoqué, et qui, par conséquent, refusait d’être autre chose que la meilleure. Où peut-être était-ce la petite fille, abandonnée par son père, qui, malgré l’amour donné par le reste de sa famille, avait besoin de se sentir vue et reconnue ? Tout ce qu’elle savait, c’était qu’elle voulait atteindre le sommet, même si elle savait qu’elle partait de loin. Malgré ses excellents résultats à Poudlard et, plus récemment, ses entraînements auprès de Suileabhan, la châtain n’avait aucune réelle expérience du duel. Elle n’avait jamais rejoint le club existant au sein du collège de magie écossais, non pas par manque d’envie, loin de là. Le temps lui avait manqué. Après avoir rapidement rejoint l’équipe de Quidditch de Poufsouffle, elle ne s’était pas vu rajouter une autre activité extrascolaire à son emploi du temps déjà bien chargé. Puis vint sa mise en retrait de la vie Poudlardienne où elle n’avait pas osé rejoindre le club de duel alors qu’elle avait entrepris de disparaître de la vie de ses proches. Enfin, lorsqu’elle fut libérée de l’emprise de son géniteur, sa septième année et les ASPICs occupaient bien trop son esprit.
Cependant, s’il y avait bien une chose en laquelle Eileen avait cent pour cent confiance, c’était sa magie et la connexion qu’elle avait lié avec elle. Jusqu’à présent, cette dernière ne lui avait jamais fait défaut, elle avait toujours répondu à ses attentes et sa maîtrise du flux magique qui la traversait était assez impressionnante, en attestait sa capacité à faire apparaître un patronus corporel. Un tendre sourire illumina son visage au souvenir de la première fois où elle avait vu son Lynx. Forte de sa magie et de la confiance qu’elle pouvait s’accorder, plus les jours passaient, plus les cours s’enchaînaient et plus l’adolescente s’améliorait. Si bien qu’à la fin du mois de septembre, Eileen était devenue une adversaire redoutable et difficile à battre. Le style de combat qu’elle s’était approprié était différent de celui de ses camarades, et ce, notamment grâce à son apprentissage du Sayokan auprès de son mentor qui lui donnait une approche différente, plus physique, bien qu’elle essayait de ne pas trop l’utiliser pour garder un atout dans sa manche. Même sans l’utilisation de l’art martial, ses capacités magiques, combinées à son intelligence situationnelle, ainsi qu’à ses aptitudes physiques lui permettaient de souvent prendre l’ascendant lors des mises en pratique.
Ses progrès furent si époustouflants, son niveau rejoignant en peu de temps celui de Simon, qu’elle égalait presque dès la fin du mois d’octobre, que les professeurs n’eurent d’autres choix que de remarquer Eileen. C’est alors dans le plus grand des silences qu’émergea une rivalité que ni Eileen, ni Simon ne pouvait vraiment nier, même s’ils feignaient de l’ignorer. Chacun avait pris conscience de l’autre, observant ses moindres faits et gestes, les compliments recueillis, les réussites. Pour autant, ils ne s’adressaient que très rarement la parole, au grand dam de leurs camarades qui suivaient avec attention l’éclosion de leur opposition ; ni piques, ni moqueries n’étaient échangées entre les deux, seul le silence prévalait. Les taquineries, elles, venaient d’ailleurs, d’Akane et Hyun-Su notamment, qui ne perdaient jamais une occasion de titiller l’Irlandaise à propos du Norvégien. Elles prenaient également la forme de commérages, lancés par leurs condisciples toujours prompts à saisir la moindre occasion de bavasser à leur sujet.
Le bruit d’une porte qui venait de s’ouvrir ramena la jeune femme au présent. Alors qu’elle se redressait sur le banc sur lequel elle était assise, les yeux de l’Irlandaise étaient fixés sur Mrs. Harper qui se dirigeait vers le centre de la pièce. Lorsqu’elle eut capté l’attention de tous les étudiants présents dans la salle d’entraînement, la professeur de sortilèges de défense et de protections laissa sa voix s’élever dans les airs.
« Bonjour, jeunes gens. Aujourd’hui nous allons apprendre un art subtil, une pratique souvent négligée par les sorcières qui considèrent souvent que seule la puissance mène à vaincre. Mais c’est une erreur. Le duel, sous toutes ses formes, n’est pas une épreuve de brutalité, mais d’esprit. » Mrs Harper tournait doucement sur elle-même, captant le regard de chacun de ses élèves, « Le principe de l’exercice d’aujourd’hui est simple… »
Le principe était certes simple, mais l’exécution s’avérerait sûrement plus ardue. Par groupe de deux, ils allaient devoir, pour l’un, ériger une défense assez solide afin de pouvoir repousser son binôme qui devra essayer de la briser. Non pas en attaquant de front, ce qui serait considéré comme un échec, mais en essayant de trouver une faille dans la défense. Le but final de l’exercice étant pour la moitié du binôme de neutraliser l’autre moitié, soit en le désarmant, soit en l’empêchant d’utiliser sa baguette. La mise en pratique semblait déjà intéressante, mais à en juger par les murmures excités qui fusèrent, elle le devint encore plus lorsque la professeur annonça les groupes, et notamment celui qui clôturera le cours.
Eileen et Simon.
« Free will does exist, it's just fucking hard.»
Étudiante à la GEAD - Membre de l’UDS [#601070]
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Mardi 8 novembre 2049, matinée
Mardi 8 novembre 2049, matinée
Lorsque vint leur tour, l’immense salle d’entraînement sombra dans un lourd silence. Seul le bruit des respirations maîtrisées, mais impatientes, de celles et ceux massés sur les bancs repoussés contre les murs pour l’occasion, pouvait encore être entendu. Même la professeure demeura muette, consciente de la pression qui montait doucement, inexorablement, autour des deux protagonistes vers lesquels tous les regards convergeaient.
Eileen fut la première à se lever.
Son mouvement, pourtant simple, suffit à capturer l’attention de l’entièreté de ses camarades. Elle ne leur accorda pas un seul regard. Pas même à Hyun-Su et Akane. Elle n’en avait pas besoin, elle savait ce qu’elle verrait dans les orbes de ses amis, derrière les encouragements serait apparu la même excitation qui les parcourait tous à l’idée de voir les deux meilleurs de la classe s’affronter. Son visage resta neutre, pas la moindre trace d’émotion apparente sur ses traits, tandis qu’elle s’avançait vers le centre de la pièce. Le bruit de ses Doc Martens résonnait avec chacun de ses pas dans l’immensité du vide et du calme qui l’entourait, comme le compte à rebours d’un événement inévitable.
Ce ne fut qu’une fois arrivée à la hauteur de Miss Harper que l’Irlandaise s’arrêta. Son profil gauche se présenta alors aux autres, tandis que ses yeux restèrent fixés devant elle.
Seules quelques secondes passèrent avant que Simon ne se lève à son tour. Aussitôt, le regard d’Eileen fut attiré par la silhouette du Norvégien. Ce n’était pas son mètre quatre-vingts qui le rendait si immanquable, mais l’aura qui émanait de sa personne, empreinte d’une maîtrise silencieuse, bien que considérable, alors même que l’année scolaire n’avait débuté que depuis deux mois. Prétendre ne pas ressentir la moindre appréhension aurait été se mentir à elle-même. Face à lui, la jeune femme ne pouvait ignorer la tension qui parcourait son corps, une tension qu’elle refusait de laisser transparaître. Pourtant, en cet instant précis, dans ce premier affrontement qui allait bientôt les opposer, Eileen entrevoyait une chance de renverser les rôles établis. Peut-être que pour la première fois, elle parviendrait à prendre l’avantage sur lui.
Miss Harper brisa alors le silence électrique qui régnait sur la pièce, « Mr Kleven, vous commencerez en défense, Miss Shelby, en attaque. À vos places, jeunes gens. »
L’ordre avait été donné, et pourtant, aucun des deux étudiants ne bougea. Eileen et Simon restèrent immobiles, leurs regards solidement ancrés l’un dans l’autre, s’observant, se jaugeant, chacun cherchant à prendre l’ascendant psychologique sur son adversaire. Ce fut finalement Simon qui céda en premier, sans jamais détourner les yeux de l’Irlandaise, il recula de quelques mètres, s’octroyant l’espace nécessaire pour pouvoir laisser exprimer sa magie. Tous le regardaient, pantois, tandis qu’il érigeait sa barrière magique.
Un Protego Duo.
Le sort se matérialisa dans un frémissement lumineux. Les chandeliers qui éclairaient la salle d’entraînement se reflétaient doucement à la surface du bouclier, dessinant des ondulations dorées presque imperceptibles. Elles étaient tout de fois suffisantes pour qu’Eileen en aperçoive les contours et en devine les limites.
La jeune femme sourit alors intérieurement, ils voulaient voir, n’est-ce pas ?
Elle disparut aussitôt dans un nuage de fumée, la brume anthracite s’enroulant autour de la bulle que le Norvégien avait créée, l’arrachant ainsi à la vue du Norvégien. Si, aux yeux de ses camarades, l’Irlandaise était toujours visible, elle ne le resta qu’un court instant. Sa silhouette vacilla dans le clair-obscur enfumé, avant qu’un sortilège de désillusion, exécuté avec une maîtrise irréprochable, ne la fasse entièrement disparaître. Seuls ses mouvements pouvaient encore trahir sa présence, sa trajectoire pouvant tracer un chemin dans la fumée. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’elle en sortit, refusant de donner à son adversaire le moindre indice sur sa position.
Eileen commença alors à contourner la bulle, cherchant à se glisser dans le dos de Simon. À mi-chemin, elle s’arrêta, consciente que le bruit de ses Doc Martens résonnait dans le silence de la pièce. Sans hésiter, l’Irlandaise se déchaussa avant de reprendre silencieusement sa route, ses chaussettes glissant sur le sol. Lorsqu’elle se retrouva dos à l’horloge qui lui faisait face à l’origine, la jeune femme s’enfonça doucement dans le nuage, avançant avec une lenteur calculée jusqu’à n’être plus qu’à quelques centimètres de la barrière, toujours dissimulée par la nuée anthracite et par son Mirarum.
La jeune femme commençait à sentir les prémices d’une fatigue liée à une utilisation trop importante de sa magie s’insinuer en elle. Elle n’y prêta pourtant aucune attention, choisissant au contraire de puiser dans ses ressources. Elle canalisa son énergie au cœur de sa baguette, avant de libérer son flux de magie dans un Destructum assez puissant pour faire voler le bouclier de Simon en éclat. Il eut à peine le temps de se retourner qu’Eileen jaillissait déjà de l’ombre, la pointe de son catalyseur à quelques millimètres sous le menton de son adversaire.
Cette fois, Eileen ne retint pas le sourire qui étira ses lèvres lorsqu’elle vit la surprise momentanément froissée les traits de Simon. Elle l’aurait sans doute manqué si ses yeux n’étaient pas restés plongés dans les siens. Mais cela ne dura pas, son visage se referma presque aussitôt, laissant place à sa froideur habituelle.
Ce que l’Irlandaise, en revanche, ne montrait pas, c’étaient les gouttes de sueur qui perlaient sur la peau de sa nuque, dissimulées par ses cheveux. Elle avait trop puisé dans sa magie, et elle commençait à en payer le prix.
C’était toujours dans le même silence assourdissant que l’exercice prit fin, Eileen reçut alors les compliments de Miss Harper qui félicita son ingéniosité. L’étudiante ne put la remercier que par un hochement de tête, accompagné d’un sourire exprimant sa gratitude, le reste de son énergie concentrée à maintenir une respiration normale. Elle se préparait déjà à récupérer en vue du nouvel affrontement qui les attendait, avec cette fois Simon en attaque, et Eileen en défense. D’autant plus qu’il ne la ménagerait pas. Pas après un tel revers.
Son salut, elle le devait seulement à la professeur qui annonça la fin du cours. Eileen n’avait pas vu le temps passer, d’autant que certains binômes l’ayant précédée s’étaient montrés un peu trop gourmands sur le temps qui leur avait été imparti. Elle ne pouvait que les remercier, sentant ses jambes commencer à trembler.
Mais ce ne fut que quelques minutes plus tard, assise derrière son pupitre pour assister à son cours sur les Théories de la Magie Noire, que l’Irlandaise prit pleinement conscience de la raideur de ses muscles et de la fatigue qui les alourdissaient. Si elle devait tirer une leçon de l’exercice, c’était qu’elle allait devoir apprendre à mieux connaître, et à repousser, les limites de sa magie.
Eileen fut la première à se lever.
Son mouvement, pourtant simple, suffit à capturer l’attention de l’entièreté de ses camarades. Elle ne leur accorda pas un seul regard. Pas même à Hyun-Su et Akane. Elle n’en avait pas besoin, elle savait ce qu’elle verrait dans les orbes de ses amis, derrière les encouragements serait apparu la même excitation qui les parcourait tous à l’idée de voir les deux meilleurs de la classe s’affronter. Son visage resta neutre, pas la moindre trace d’émotion apparente sur ses traits, tandis qu’elle s’avançait vers le centre de la pièce. Le bruit de ses Doc Martens résonnait avec chacun de ses pas dans l’immensité du vide et du calme qui l’entourait, comme le compte à rebours d’un événement inévitable.
Ce ne fut qu’une fois arrivée à la hauteur de Miss Harper que l’Irlandaise s’arrêta. Son profil gauche se présenta alors aux autres, tandis que ses yeux restèrent fixés devant elle.
Seules quelques secondes passèrent avant que Simon ne se lève à son tour. Aussitôt, le regard d’Eileen fut attiré par la silhouette du Norvégien. Ce n’était pas son mètre quatre-vingts qui le rendait si immanquable, mais l’aura qui émanait de sa personne, empreinte d’une maîtrise silencieuse, bien que considérable, alors même que l’année scolaire n’avait débuté que depuis deux mois. Prétendre ne pas ressentir la moindre appréhension aurait été se mentir à elle-même. Face à lui, la jeune femme ne pouvait ignorer la tension qui parcourait son corps, une tension qu’elle refusait de laisser transparaître. Pourtant, en cet instant précis, dans ce premier affrontement qui allait bientôt les opposer, Eileen entrevoyait une chance de renverser les rôles établis. Peut-être que pour la première fois, elle parviendrait à prendre l’avantage sur lui.
Miss Harper brisa alors le silence électrique qui régnait sur la pièce, « Mr Kleven, vous commencerez en défense, Miss Shelby, en attaque. À vos places, jeunes gens. »
L’ordre avait été donné, et pourtant, aucun des deux étudiants ne bougea. Eileen et Simon restèrent immobiles, leurs regards solidement ancrés l’un dans l’autre, s’observant, se jaugeant, chacun cherchant à prendre l’ascendant psychologique sur son adversaire. Ce fut finalement Simon qui céda en premier, sans jamais détourner les yeux de l’Irlandaise, il recula de quelques mètres, s’octroyant l’espace nécessaire pour pouvoir laisser exprimer sa magie. Tous le regardaient, pantois, tandis qu’il érigeait sa barrière magique.
Un Protego Duo.
Le sort se matérialisa dans un frémissement lumineux. Les chandeliers qui éclairaient la salle d’entraînement se reflétaient doucement à la surface du bouclier, dessinant des ondulations dorées presque imperceptibles. Elles étaient tout de fois suffisantes pour qu’Eileen en aperçoive les contours et en devine les limites.
La jeune femme sourit alors intérieurement, ils voulaient voir, n’est-ce pas ?
Elle disparut aussitôt dans un nuage de fumée, la brume anthracite s’enroulant autour de la bulle que le Norvégien avait créée, l’arrachant ainsi à la vue du Norvégien. Si, aux yeux de ses camarades, l’Irlandaise était toujours visible, elle ne le resta qu’un court instant. Sa silhouette vacilla dans le clair-obscur enfumé, avant qu’un sortilège de désillusion, exécuté avec une maîtrise irréprochable, ne la fasse entièrement disparaître. Seuls ses mouvements pouvaient encore trahir sa présence, sa trajectoire pouvant tracer un chemin dans la fumée. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’elle en sortit, refusant de donner à son adversaire le moindre indice sur sa position.
Eileen commença alors à contourner la bulle, cherchant à se glisser dans le dos de Simon. À mi-chemin, elle s’arrêta, consciente que le bruit de ses Doc Martens résonnait dans le silence de la pièce. Sans hésiter, l’Irlandaise se déchaussa avant de reprendre silencieusement sa route, ses chaussettes glissant sur le sol. Lorsqu’elle se retrouva dos à l’horloge qui lui faisait face à l’origine, la jeune femme s’enfonça doucement dans le nuage, avançant avec une lenteur calculée jusqu’à n’être plus qu’à quelques centimètres de la barrière, toujours dissimulée par la nuée anthracite et par son Mirarum.
La jeune femme commençait à sentir les prémices d’une fatigue liée à une utilisation trop importante de sa magie s’insinuer en elle. Elle n’y prêta pourtant aucune attention, choisissant au contraire de puiser dans ses ressources. Elle canalisa son énergie au cœur de sa baguette, avant de libérer son flux de magie dans un Destructum assez puissant pour faire voler le bouclier de Simon en éclat. Il eut à peine le temps de se retourner qu’Eileen jaillissait déjà de l’ombre, la pointe de son catalyseur à quelques millimètres sous le menton de son adversaire.
Cette fois, Eileen ne retint pas le sourire qui étira ses lèvres lorsqu’elle vit la surprise momentanément froissée les traits de Simon. Elle l’aurait sans doute manqué si ses yeux n’étaient pas restés plongés dans les siens. Mais cela ne dura pas, son visage se referma presque aussitôt, laissant place à sa froideur habituelle.
Ce que l’Irlandaise, en revanche, ne montrait pas, c’étaient les gouttes de sueur qui perlaient sur la peau de sa nuque, dissimulées par ses cheveux. Elle avait trop puisé dans sa magie, et elle commençait à en payer le prix.
C’était toujours dans le même silence assourdissant que l’exercice prit fin, Eileen reçut alors les compliments de Miss Harper qui félicita son ingéniosité. L’étudiante ne put la remercier que par un hochement de tête, accompagné d’un sourire exprimant sa gratitude, le reste de son énergie concentrée à maintenir une respiration normale. Elle se préparait déjà à récupérer en vue du nouvel affrontement qui les attendait, avec cette fois Simon en attaque, et Eileen en défense. D’autant plus qu’il ne la ménagerait pas. Pas après un tel revers.
Son salut, elle le devait seulement à la professeur qui annonça la fin du cours. Eileen n’avait pas vu le temps passer, d’autant que certains binômes l’ayant précédée s’étaient montrés un peu trop gourmands sur le temps qui leur avait été imparti. Elle ne pouvait que les remercier, sentant ses jambes commencer à trembler.
Mais ce ne fut que quelques minutes plus tard, assise derrière son pupitre pour assister à son cours sur les Théories de la Magie Noire, que l’Irlandaise prit pleinement conscience de la raideur de ses muscles et de la fatigue qui les alourdissaient. Si elle devait tirer une leçon de l’exercice, c’était qu’elle allait devoir apprendre à mieux connaître, et à repousser, les limites de sa magie.
Novembre 2049
Les retombées de l’affrontement entre Simon et Eileen ne se firent pas attendre. Si les deux étudiants n’avaient, jusque-là, pas joués à armes égales, c’était désormais le cas. Ils se livraient une bataille acharnée, chacun cherchant à surpasser l’autre. Simon, blessé dans son orgueil, se démena pour être encore meilleur qu’il ne l’était déjà, mais Eileen en fit de même, elle ne cillait plus du regard face à lui.
Leur duel n’avait en réalité jamais pris fin, il s’était simplement exporté hors de la salle d’entraînement. Au-delà de la victoire en exercice pratique, le véritable duel était désormais sur les bancs de l’école, à qui obtiendrait les meilleures notes, à qui attirerait le plus l’attention et la reconnaissance des professeurs.
Le corps professoral observa la rivalité de loin. Tant qu’aucune limite n’était franchie, qu’aucune règle n’était enfreinte, ils les laissèrent se tirer vers le haut. Il avait cependant été décidé de les associer plutôt que de les opposer, convaincus qu’ils gagneraient davantage à travailler ensemble, mêlant ainsi leurs deux styles de duel différents.
Cependant, comme beaucoup de leurs camarades l’avaient anticipé, leur association fit des étincelles. S’ils finissaient toujours par l’emporter, leurs différends manquèrent, à plusieurs reprises, de leur coûter la victoire. Loin d’apaiser les tensions, leurs accrocs ne firent que les aviver davantage. Simon reprochait à Eileen d’être trop téméraire, trop impulsive, de ne pas être digne de confiance ; Eileen reprochait à Simon d’être trop prévisible, trop ancré dans les règles, ce qui l’en rendait presque ennuyeux.
S’installa alors, entre les deux jeunes adultes, une tension qui semblait aller au-delà de leur rivalité académique.
Leur duel n’avait en réalité jamais pris fin, il s’était simplement exporté hors de la salle d’entraînement. Au-delà de la victoire en exercice pratique, le véritable duel était désormais sur les bancs de l’école, à qui obtiendrait les meilleures notes, à qui attirerait le plus l’attention et la reconnaissance des professeurs.
Le corps professoral observa la rivalité de loin. Tant qu’aucune limite n’était franchie, qu’aucune règle n’était enfreinte, ils les laissèrent se tirer vers le haut. Il avait cependant été décidé de les associer plutôt que de les opposer, convaincus qu’ils gagneraient davantage à travailler ensemble, mêlant ainsi leurs deux styles de duel différents.
Cependant, comme beaucoup de leurs camarades l’avaient anticipé, leur association fit des étincelles. S’ils finissaient toujours par l’emporter, leurs différends manquèrent, à plusieurs reprises, de leur coûter la victoire. Loin d’apaiser les tensions, leurs accrocs ne firent que les aviver davantage. Simon reprochait à Eileen d’être trop téméraire, trop impulsive, de ne pas être digne de confiance ; Eileen reprochait à Simon d’être trop prévisible, trop ancré dans les règles, ce qui l’en rendait presque ennuyeux.
S’installa alors, entre les deux jeunes adultes, une tension qui semblait aller au-delà de leur rivalité académique.
« Free will does exist, it's just fucking hard.»
Étudiante à la GEAD - Membre de l’UDS [#601070]
Étudiante à la GEAD - Membre de l’UDS [#601070]
Pour arriver à moi

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TW - Violence, utilisation de la magie dans l’intention de blesser quelqu’un (à la fin)[/reducio]
☽ Dans une forêt à quelques kilomètres du domaine de la GEAD, Écosse ☾
Jeudi 30 mars 2051, aux alentours de 8h45
Jeudi 30 mars 2051, aux alentours de 8h45
Au fil des minutes, l’épaisse masse de nuages qui recouvrait le ciel écossais commença enfin à se disperser, laissant les rayons du soleil percer pour la première fois depuis le début de la semaine. Eileen leva légèrement son visage vers l’azur retrouvé, savourant la chaleur timide qui réchauffait sa peau.
Le répit face au temps maussade de ces derniers temps ne dura cependant pas longtemps. Une bourrasque traverse brutalement la cour qui attenait à l’escalier à double volée menant aux immenses portes d’entrée du manoir de la GEAD, lui rappelant aussitôt que, malgré l’arrivée du printemps, elle allait devoir attendre encore un moment avant que les températures ne se montrent plus clémentes. Le vent glacial la frappa de plein fouet, arrachant un frisson à son corps tout entier tandis que le haut de ses joues et le bout de son nez rosirent sous l’effet du froid. D’un geste devenu bien trop familier dernièrement, l’Irlandaise réajusta son écharpe et son long manteau en laine noire dans l’espoir de préserver un peu de chaleur.
Au moins, pensa Eileen, leur cours pratique n’aurait pas lieu sous la pluie comme elle avait pu le craindre. Car aujourd’hui, Monsieur Sangblanc avait prévu de les faire participer à un exercice grandeur nature. Voilà pourquoi elle attendait depuis quelques minutes, aux côtés de ses camarades, que ledit professeur arrive. Celui-ci ne tarda d’ailleurs par à apparaître et, peu après, ils empruntèrent le portoloin enchanté chargé de les transporter vers leur destination.
La première chose qu’Eileen perçut en arrivant fut l’odeur du pétrichor. La pluie avait cessé depuis plusieurs heures déjà, et pourtant, son passage semblait encore imprégner chaque parcelle de la forêt. Cette fragrance si particulière de nature détrempée flottait dans l’air, à la fois lourde mais fraîche, déposée sur chaque feuille, chaque pierre, chaque lopin d’herbe et de terre qui recouvrait le sol.
C’était donc ici que leur exercice allait se dérouler.
Eileen ignorait encore la nature de l’épreuve, mais elle appréciait déjà le choix du lieu. Une forêt pouvait sembler être un terrain d’entraînement banal. Pourtant, cette pinède avait tout du cadre parfait, des chemins de terre tortueux qui se perdaient dans une végétation dense, des reliefs abrupts qui découpaient l’espace en recoins obscurs noyé dans une légère brume qui limitait encore plus leur vision.
Leur professeur les avait laissés observer leur environnement un instant. Puis, jugeant que la forêt avait suffisamment parlé d’elle-même, il attira l’attention du groupe. Après un dernier regard porté sur l’écrin de nature à l’état brut, Eileen se tourna vers Monsieur Sangblanc qui entreprit alors de leur expliquer l’exercice du jour. Par groupe de trois, ils devront retrouver les traces d’un criminel s’étant retranché dans la forêt, incarné pour l’occasion par un mannequin d’entraînement. La mission aurait pu paraître relativement simple si leur professeur d’infiltration et d’investigation magique n’avait pas ajouté une subtilité de taille. Au sein de chaque trio, un infiltré sera désigné en secret, avec pour mission de brouiller les pistes menant au criminel, tout en veillant à ne pas se faire démasquer par ses coéquipiers.
Une heure passa avant qu’Eileen ne soit enfin appelée par Monsieur Sangblanc. Elle manqua de trébucher sur une branche à moitié dissimulée sous le tapis de végétation lorsqu’elle entendit les noms des deux élèves qui compléteraient leur trio.
Grace Carteret.
Eileen n’appréciait pas particulièrement la blonde. Plusieurs différends avaient déjà opposé les deux jeunes femmes, toujours à l’initiative de Grace, et même si Eileen refusait d’y accorder trop d’importance, ces derniers avait laissé leurs traces. Ignorer sa camarade lui avait alors sembler être la meilleure option.
Et Simon.
L’Irlandaise soupira intérieurement. Malgré leur rivalité, elle éprouva un certain soulagement à l’idée d’être de nouveau associé avec le Norvégien. Au moins, elle pourrait continuer de lui prouver qu’elle avait désormais pris l’ascendant, que c’était lui, à présent, qui devait tenter de la rattraper.
À peine Monsieur Sangblanc avait-il annoncé le début de leur passage que Grace proposa de se séparer, avançant l’argument qu’ils couvriraient davantage de terrain et qu’ils multiplieraient ainsi leurs chances de retrouver rapidement la trace du criminel. L’idée, en soi, n’était pas illogique, Eileen la trouvait même intéressante. Pourtant, la jeune femme demeura méfiante. Elle savait, avec certitude, qu’un infiltré se trouvait parmi eux, puisqu’elle ne l’était pas. Le problème qui se posait alors à l’Irlandaise, fut l’accord de Simon à la proposition de Grace. Eileen tenta alors de défendre sa position, seulement, à deux contre un, la châtain réalisa qu’elle n’avait pas le choix, et se résigna donc à accepter leur proposition. La jeune femme partit alors, seule, non sans se promettre de les retrouver dès que l’occasion se présenterait. Elle refusait de les laisser seuls plus longtemps que nécessaire, car elle savait que leur séparation laissait le champ libre à l’infiltré.
Sa promesse en tête, elle se concentra sur sa mission. Elle appliqua méthodiquement les techniques de pistage apprises en cours, analysant le terrain, recherchant les éventuelles traces de magie que le criminel aurait pu laisser derrière lui, essayant de reconstituer les déplacements de leur cible à travers les bois. Après plusieurs longues minutes de recherches minutieuses, la châtain pensait enfin avoir trouvé une piste prometteuse. Cependant, à son plus grand désarroi, cette dernière disparue subitement. À sa place, apparurent d’autres traces de magie, dispersées de manière éparse quelques dizaines de mètres plus loin, dans des endroits dénués de toute logique. Malgré leur incohérence, Eileen décida tout de même de les suivre, n’ayant pas d’autres choix. Et peut-être, pensa-t-elle, que ces dernières pourraient la mener vers l’infiltré si celui-ci était réellement à l’origine de ce chaos.
Eileen marcha de longues minutes à travers le terrain escarpé, enjambant des troncs couchés au sol, contournant des formations rocheuses jusqu’à se retrouver dans une petite clairière. Des bruits de pas derrière elle la firent aussitôt se retourner. Simon apparut entre les arbres, empruntant le même sentier qu’elle quelques minutes plus tôt.
« Qu’est-ce que tu fais là ? Seule, » la méfiance dans la voix du Norvégien était impossible à manquer.
« Je pourrais te retourner la question, » répliqua Eileen en fronçant les sourcils.
Simon s’apprêtait à renchérir lorsqu’une troisième silhouette fit son apparition dans la clairière. Grace. La blonde surgit d’un sentier qui prenait racine à l’opposé de celui par lequel Eileen et Simon étaient arrivés. Elle s’arrêta brièvement en les apercevant. Ce que la châtain trouva immédiatement bizarre. Pendant une fraction de seconde, elle eut même l’impression de la voir ranger précipitamment sa baguette dans son fourreau. Mais sa vision, avec la distance, lui jouait peut-être des tours. Les sourcils légèrement froncés, l’Irlandaise suivit du regard sa camarade tandis qu’elle s’approchait d’eux.
« T’as trouvé quelque chose ? » Demanda Simon à la blonde d’un ton étonnamment neutre, dénué de toute la tension qu’il laissait habituellement transparaître avec Eileen.
Cette dernière préféra rester silencieuse, observant les deux autres membres de son trio. L’Irlandaise avait déjà quelques soupçons concernant l’identité de l’infiltré, mais elle se garda bien de les partager. Pour l’instant.
« Non, » répondit simplement Grace avec une nonchalance presque suspecte. « Mais on pourrait aller chercher par là-bas, » proposa-t-elle en désignant la direction d’où Eileen et Simon venaient d’arriver.
Le muscle de son sourcil se contracta soudainement, un tic qui n’apparaissait que lorsque la native de Cork voyait sa patience atteindre ses limites.
« Il n’y a rien de ce côté-là. Par contre, j’aimerais bien voir ce qu’il y a d’où tu viens, » lança Eileen en plantant son regard perçant dans celui de Grace.
« Je suis d’accord. »
La réponse de Simon, prit l’Irlandaise totalement au dépourvu. Si bien qu’elle eût même du mal à masquer sa surprise. C’était bien la première fois que les deux se retrouvaient d’accord sur quelque chose sans avoir à longuement en débattre.
Comme ce fut le cas pour Eileen au début de l’exercice, Grace n’eut d’autre choix que d’accepter la volonté de l’Irlandaise et de voir ses camarades retracer ses propres pas par-delà la clairière pour de nouveau rejoindre la forêt. Elle les suivit en silence, en retrait, observant avec une irritation croissante les deux majors de la promotion évoluer côte à côte avec une facilité presque déconcertante. Surtout si on prenait en compte la rivalité qui les opposait.
Peu à peu, Grace eut l’impression d’être devenue invisible. Sans même s’en rendre compte, Eileen et Simon avaient naturellement pris les devant, ils échangeaient des observations, rebondissaient, parfois assez véhéments, sur les conclusions de l’autre, anticipaient les mouvements de l’autre avec une fluidité qui reléguait involontairement la blonde au second plan. Elle ignorait si cela venait du fait qu’ils la soupçonnaient d’être l’infiltrée ou s’ils n’avaient pas confiance en ses compétences. Mais dans les deux cas, son orgueil en ressortait profondément atteint.
Elle avait pourtant travaillé si dur. Chaque fausse piste, chaque trace de magie semée au hasard dans les bois avait été placées avec soin afin de les guider vers des secteurs inutiles de la forêt. Elle avait tout fait pour les déboussoler. Et malgré cela, Eileen et Simon défaisaient son travail avec une facilité frustrante. Le plus insupportable restait qu’ils ne semblaient même pas en avoir conscience, comme si c’était aussi pour eux que de respirer. Ils semblaient ignorer à quel point leurs capacités individuelles se retrouvaient renforcer dès lors qu’ils travaillent ensemble.
Plus les secondes s’égrainèrent, plus Grace se vit sombrer dans le désespoir. C’est lorsqu’elle les vit retrouver un indice crucial qu’elle réalisa la triste vérité. Elle n’aurait jamais pu rivaliser avec eux. Peu importe les stratégies qu’elle aurait imaginées, peu importe les efforts qu’elle aurait fournis, ses deux camarades auraient fini par retrouver ce qu’elle aurait passé de longues minutes à dissimuler. Elle n’aurait seulement ralenti leur réussite de quelques instants. Et pire encore. Même s’il n’y avait pas eu d’infiltré parmi eux, Eileen et Simon n’auraient probablement jamais eu besoin d’elle.
La pensée la frappa avec une violence inattendue. Au-delà du désespoir et de la frustration, la blonde se sentait humiliée. Et Grace Carteret n’était pas le genre de personne qui acceptait l’humiliation sans réagir.
La blonde s’arrêta d’un coup, elle resta immobile quelques instants, au milieu des ombres des pins qui l’entouraient. Toute trace de lucidité semblait avoir déserté son regard désormais rivé sur ceux qui avait fait d’elle la risée de la promotion. Sur ceux qui, trop concentrés sur leur mission, n’avaient même pas remarqués qu’ils avaient laissés leur camarade plusieurs mètres derrière eux.
Quelque chose céda alors dans l’esprit de Grace. La colère, la frustration et cette humiliation cuisante finirent pas étouffer la dernière once de raison qui lui restait. Profitant de l’épaisse végétation et des reliefs du terrain, elle s’éclipsa. La blonde s’enfonça dans le décor, progressant sous le couvert des arbres jusqu’à trouver refuge derrière un amas de pierres adossé au tronc massif d’un pin centenaire. Elle risqua alors un regard au-delà de l’arbre. Parfait. Elle se trouvait dans l’angle mort d’Eileen. Depuis cette position, l’Irlandaise ne la verrait pas venir.
Le regard d’Eileen, auparavant posé sur l’indice au cœur de leur discussion, plongea dans celui du Norvégien. Quelque chose avait changé.
Une tension oppressante, bien que presque imperceptible, s’installa autour d’eux. Comme si la forêt elle-même avait soudainement retenu son souffle. Pourtant, elle continuait de vivre. Le vent faisait toujours frémir les branches et les aiguilles des conifères qui les entouraient, et l’eau du ruisseau, au loin, poursuivait tranquillement sa course.
Son corps compris avant même son esprit que quelque chose n’allait pas. Elle sentit ses muscles se raidir, son cœur cogner contre sa cage thoracique, ses poils se hérisser le long de ses bras. Eileen ne l’avait peut-être pas encore identifié, mais son instinct, lui, l’avait déjà reconnu. Il ne connaissait que trop bien cette sensation. Celle qui précédait l’arrivée d’un danger imminent.
Son regard quitta celui de Simon et parcourut les alentours. Les arbres, les reliefs escarpés, les ombres créées par ces derniers. Rien.
Puis, la réalisation la frappa de plein fouet. Grace n’était plus avec eux.
C’est alors qu’elle la sentit.
Cette sensation si spéciale que provoquait l’usage de la magie à proximité de soi. D’ordinaire, elle lui apportait une forme de réconfort, mais cette fois, elle fut saisie par la violence qui s’en dégageait. Son cœur rata un battement. Le temps sembla alors s’arrêter tandis que l’Irlandaise se tournait vers la source de magie. Lorsqu’elle aperçut Grace qui était cachée entre un arbre et un énorme rocher recouvert de mousse, baguette pointée dans leur direction, le sort était déjà lancé.
Le Confringo fendit l’air, illuminant le bois d’un éclat violacé.
Instinctivement, Eileen leva sa propre baguette tout en essayant de se décaler de la trajectoire du maléfice. C’est alors qu’elle sentit une main se refermer sur son bras gauche avec une force qui lui arracha un petit râle de douleur avant qu’elle ne soit violemment tirée sur le côté. Le sol sembla se dérober sous les pieds d’Eileen qui perdit l’équilibre. Alors qu’elle se préparait à rencontrer le sol, un corps vint s’écraser contre le sien, et la main qui lui tenait auparavant le bras, glissa jusque dans son dos, la plaquant contre un torse ferme. Eileen n’eut pas le temps de comprendre ce qu’il se passait, qu’un dôme de magie se déploya autour d’eux. Le bouclier translucide était à peine érigé que le Confringo en effleura la surface avant d’aller s’écraser avec violence contre un pin situé quelques mètres derrière eux.
L’explosion fit trembler l’air. Son souffle balaya la forêt sur une dizaine de mètres autour du point d’impact. Bien qu’elle fût protégée, Eileen eut l’impression que la déflagration avait fait vibrer chacun de ses os, tandis que la chaleur du souffle vint lui mordre la peau du visage. Le regard perdu dans le vide, elle ne vit même pas les morceaux d’écorces arrachés au tronc de l’arbre retomber sur le dôme de magie dans une pluie de bois et de poussière.
Un silence accablant pesa sur les secondes qui suivirent. Personne ne parla, personne ne bougea. Eileen en était, de toute façon, bien incapable. Les jambes tremblantes, elle peinait à retrouver une respiration normale, tout comme son esprit peinait à assimiler les événements. Elle revoyait encore l’image de Grace, à moitié dissimulée par les éléments, baguette levée dans sa direction, et l’éclat de lumière rouge violet qui avait inonder son champ de vision.
Eileen avait du mal à comprendre.
Elle ne comprenait pas ce qui avait bien pu pousser Grace à agir ainsi. Elle savait pourtant que les deux jeunes femmes ne s’entendaient pas. Elles n’avaient jamais été amies, et n’avaient jamais cherché à le devenir. Pour la simple et bonne raison que l’existence de Grace lui était largement indifférente. Elle ne la détestait pas, ne l’appréciait pas non plus, elle faisait simplement partie des camarades avec lesquels elle partageait cours et entraînements. Rien de plus, rien de moins. Mais peut-être que son erreur se trouvait précisément là. Car bien qu’Eileen n’avait accordé que peu d’importance à leur relation, cela n’était apparemment pas le cas de Grace. Maintenant qu’elle y pensait, certains gestes, des regards trop insistants, des remarques plus acerbes que nécessaire, lui revenait à l’esprit. Ces signes, qu’elle avait ignorés sur le moment, car la blonde ne l’intéressait pas assez pour y prêter attention, auraient dû l’interpeller. L’Irlandaise réalisa alors qu’elle n’avait sans doute jamais pris la mesure de ce que la blonde pouvait ressentir à son égard. Peut-être qu’en y faisait plus attention, elle aurait pu éviter cette situation. Ou peut-être que non.
Elle ne le saura jamais.
Ce ne fut que lorsque des bruits de pas résonnèrent à travers la forêt qu’Eileen reprit véritablement ses esprits, émergeant peu à peu de la torpeur dans laquelle le geste de Grace l’avait plongé. Eileen aurait été incapable de dire combien de temps s’était écoulé depuis l’incident, elle avait perdu toute notion du temps. Quelques minutes, probablement, même si cela lui avait semblé bien plus long. Des minutes que la jeune femme passa, elle ne s’en rendit compte qu’à ce moment-là, blottie contre la personne qui l’avait sauvé.
Lorsqu’elle releva lentement la tête, son regard plongea dans une paire d’yeux noisette. Son souffle mourra sur ses lèvres. L’Irlandaise ne savait pas pourquoi elle était si surprise, cela n’aurait pu être personne d’autre que lui.
Simon.
Leurs regards restèrent accrochés l’un à l’autre pendant quelques secondes. Puis, Eileen relâcha progressivement le pan du manteau du Norvégien qu’elle tenait toujours entre ses doigts crispés. Simon l’imite, presque à contrecœur. Il ne retira sa main qu’une fois certain qu’elle ne s’effondrerait pas.
C’est à ce moment-là que Monsieur Sangblanc les rejoignit, mettant immédiatement un terme à leur passage. Derrière lui arrivaient déjà le reste de leur camarade.
Le professeur prit aussitôt Grace à part.
Eileen ne prêta qu’une attention distraite à l’échange, n’entendant que des bribes à propos d’une perte de contrôle, et d’un avenir professionnel en péril. Rien qu’elle ne parvienne réellement à enregistrer. Son attention était ailleurs. Elle suivait Simon du regard tandis qu’il rejoignait silencieusement les autres élèves, la laissant seule. Du mouvement à sa droite finit par la ramener au présent. Monsieur Sangblanc se dirigeait à présent vers elle après avoir congédié Grace qui partit s’asseoir sur une souche d’arbre, à l’écart du groupe. Arrivée à sa hauteur, le professeur s’enquit de son état. Eileen le rassura rapidement, hormis le choc et les émotions encore vives, elle allait bien. Du moins, c’est ce qu’elle affirma. Elle ne savait pas si le professeur la croyait ou non, mais il hocha la tête avant de l’autoriser à rejoindre les autres, où elle fut bien vite rejointe par Hyun-Su et Akane, qui était visiblement inquiet. Là encore, elle minimisa l’incident.
Lorsque le cours reprit avec un autre trio d’élèves, Eileen ne parvint pas à se concentrer et à observer ses camarades. Son esprit revenait sans cesse au geste de Simon. Pourquoi ? Pourquoi l’avait-il aidé ? Pourquoi avoir réagi aussi vite ? N’aurait-elle pas pu se défendre elle-même ? Une partie d’elle s’obstinait à penser qu’elle aurait pu s’en sortir seule. Après tout, elle possédait les réflexes et les compétences nécessaires. Sans même sans apercevoir, son regard dériva vers l’endroit où le Norvégien s’était installé.
À sa grande surprise, il la regardait déjà. Et bien qu’elle n’aurait su mettre des mots sur ce qu’elle lisait dans ses yeux, quelque chose y était différent, quelque chose qu’elle n’avait jamais vu auparavant.
Eileen ne s’en rendait pas encore compte. Mais ce qu’il venait de se passer dans cette forêt, avait changer quelque chose entre eux.
Le répit face au temps maussade de ces derniers temps ne dura cependant pas longtemps. Une bourrasque traverse brutalement la cour qui attenait à l’escalier à double volée menant aux immenses portes d’entrée du manoir de la GEAD, lui rappelant aussitôt que, malgré l’arrivée du printemps, elle allait devoir attendre encore un moment avant que les températures ne se montrent plus clémentes. Le vent glacial la frappa de plein fouet, arrachant un frisson à son corps tout entier tandis que le haut de ses joues et le bout de son nez rosirent sous l’effet du froid. D’un geste devenu bien trop familier dernièrement, l’Irlandaise réajusta son écharpe et son long manteau en laine noire dans l’espoir de préserver un peu de chaleur.
Au moins, pensa Eileen, leur cours pratique n’aurait pas lieu sous la pluie comme elle avait pu le craindre. Car aujourd’hui, Monsieur Sangblanc avait prévu de les faire participer à un exercice grandeur nature. Voilà pourquoi elle attendait depuis quelques minutes, aux côtés de ses camarades, que ledit professeur arrive. Celui-ci ne tarda d’ailleurs par à apparaître et, peu après, ils empruntèrent le portoloin enchanté chargé de les transporter vers leur destination.
La première chose qu’Eileen perçut en arrivant fut l’odeur du pétrichor. La pluie avait cessé depuis plusieurs heures déjà, et pourtant, son passage semblait encore imprégner chaque parcelle de la forêt. Cette fragrance si particulière de nature détrempée flottait dans l’air, à la fois lourde mais fraîche, déposée sur chaque feuille, chaque pierre, chaque lopin d’herbe et de terre qui recouvrait le sol.
C’était donc ici que leur exercice allait se dérouler.
Eileen ignorait encore la nature de l’épreuve, mais elle appréciait déjà le choix du lieu. Une forêt pouvait sembler être un terrain d’entraînement banal. Pourtant, cette pinède avait tout du cadre parfait, des chemins de terre tortueux qui se perdaient dans une végétation dense, des reliefs abrupts qui découpaient l’espace en recoins obscurs noyé dans une légère brume qui limitait encore plus leur vision.
Leur professeur les avait laissés observer leur environnement un instant. Puis, jugeant que la forêt avait suffisamment parlé d’elle-même, il attira l’attention du groupe. Après un dernier regard porté sur l’écrin de nature à l’état brut, Eileen se tourna vers Monsieur Sangblanc qui entreprit alors de leur expliquer l’exercice du jour. Par groupe de trois, ils devront retrouver les traces d’un criminel s’étant retranché dans la forêt, incarné pour l’occasion par un mannequin d’entraînement. La mission aurait pu paraître relativement simple si leur professeur d’infiltration et d’investigation magique n’avait pas ajouté une subtilité de taille. Au sein de chaque trio, un infiltré sera désigné en secret, avec pour mission de brouiller les pistes menant au criminel, tout en veillant à ne pas se faire démasquer par ses coéquipiers.
Une heure passa avant qu’Eileen ne soit enfin appelée par Monsieur Sangblanc. Elle manqua de trébucher sur une branche à moitié dissimulée sous le tapis de végétation lorsqu’elle entendit les noms des deux élèves qui compléteraient leur trio.
Grace Carteret.
Eileen n’appréciait pas particulièrement la blonde. Plusieurs différends avaient déjà opposé les deux jeunes femmes, toujours à l’initiative de Grace, et même si Eileen refusait d’y accorder trop d’importance, ces derniers avait laissé leurs traces. Ignorer sa camarade lui avait alors sembler être la meilleure option.
Et Simon.
L’Irlandaise soupira intérieurement. Malgré leur rivalité, elle éprouva un certain soulagement à l’idée d’être de nouveau associé avec le Norvégien. Au moins, elle pourrait continuer de lui prouver qu’elle avait désormais pris l’ascendant, que c’était lui, à présent, qui devait tenter de la rattraper.
À peine Monsieur Sangblanc avait-il annoncé le début de leur passage que Grace proposa de se séparer, avançant l’argument qu’ils couvriraient davantage de terrain et qu’ils multiplieraient ainsi leurs chances de retrouver rapidement la trace du criminel. L’idée, en soi, n’était pas illogique, Eileen la trouvait même intéressante. Pourtant, la jeune femme demeura méfiante. Elle savait, avec certitude, qu’un infiltré se trouvait parmi eux, puisqu’elle ne l’était pas. Le problème qui se posait alors à l’Irlandaise, fut l’accord de Simon à la proposition de Grace. Eileen tenta alors de défendre sa position, seulement, à deux contre un, la châtain réalisa qu’elle n’avait pas le choix, et se résigna donc à accepter leur proposition. La jeune femme partit alors, seule, non sans se promettre de les retrouver dès que l’occasion se présenterait. Elle refusait de les laisser seuls plus longtemps que nécessaire, car elle savait que leur séparation laissait le champ libre à l’infiltré.
Sa promesse en tête, elle se concentra sur sa mission. Elle appliqua méthodiquement les techniques de pistage apprises en cours, analysant le terrain, recherchant les éventuelles traces de magie que le criminel aurait pu laisser derrière lui, essayant de reconstituer les déplacements de leur cible à travers les bois. Après plusieurs longues minutes de recherches minutieuses, la châtain pensait enfin avoir trouvé une piste prometteuse. Cependant, à son plus grand désarroi, cette dernière disparue subitement. À sa place, apparurent d’autres traces de magie, dispersées de manière éparse quelques dizaines de mètres plus loin, dans des endroits dénués de toute logique. Malgré leur incohérence, Eileen décida tout de même de les suivre, n’ayant pas d’autres choix. Et peut-être, pensa-t-elle, que ces dernières pourraient la mener vers l’infiltré si celui-ci était réellement à l’origine de ce chaos.
Eileen marcha de longues minutes à travers le terrain escarpé, enjambant des troncs couchés au sol, contournant des formations rocheuses jusqu’à se retrouver dans une petite clairière. Des bruits de pas derrière elle la firent aussitôt se retourner. Simon apparut entre les arbres, empruntant le même sentier qu’elle quelques minutes plus tôt.
« Qu’est-ce que tu fais là ? Seule, » la méfiance dans la voix du Norvégien était impossible à manquer.
« Je pourrais te retourner la question, » répliqua Eileen en fronçant les sourcils.
Simon s’apprêtait à renchérir lorsqu’une troisième silhouette fit son apparition dans la clairière. Grace. La blonde surgit d’un sentier qui prenait racine à l’opposé de celui par lequel Eileen et Simon étaient arrivés. Elle s’arrêta brièvement en les apercevant. Ce que la châtain trouva immédiatement bizarre. Pendant une fraction de seconde, elle eut même l’impression de la voir ranger précipitamment sa baguette dans son fourreau. Mais sa vision, avec la distance, lui jouait peut-être des tours. Les sourcils légèrement froncés, l’Irlandaise suivit du regard sa camarade tandis qu’elle s’approchait d’eux.
« T’as trouvé quelque chose ? » Demanda Simon à la blonde d’un ton étonnamment neutre, dénué de toute la tension qu’il laissait habituellement transparaître avec Eileen.
Cette dernière préféra rester silencieuse, observant les deux autres membres de son trio. L’Irlandaise avait déjà quelques soupçons concernant l’identité de l’infiltré, mais elle se garda bien de les partager. Pour l’instant.
« Non, » répondit simplement Grace avec une nonchalance presque suspecte. « Mais on pourrait aller chercher par là-bas, » proposa-t-elle en désignant la direction d’où Eileen et Simon venaient d’arriver.
Le muscle de son sourcil se contracta soudainement, un tic qui n’apparaissait que lorsque la native de Cork voyait sa patience atteindre ses limites.
« Il n’y a rien de ce côté-là. Par contre, j’aimerais bien voir ce qu’il y a d’où tu viens, » lança Eileen en plantant son regard perçant dans celui de Grace.
« Je suis d’accord. »
La réponse de Simon, prit l’Irlandaise totalement au dépourvu. Si bien qu’elle eût même du mal à masquer sa surprise. C’était bien la première fois que les deux se retrouvaient d’accord sur quelque chose sans avoir à longuement en débattre.
Comme ce fut le cas pour Eileen au début de l’exercice, Grace n’eut d’autre choix que d’accepter la volonté de l’Irlandaise et de voir ses camarades retracer ses propres pas par-delà la clairière pour de nouveau rejoindre la forêt. Elle les suivit en silence, en retrait, observant avec une irritation croissante les deux majors de la promotion évoluer côte à côte avec une facilité presque déconcertante. Surtout si on prenait en compte la rivalité qui les opposait.
Peu à peu, Grace eut l’impression d’être devenue invisible. Sans même s’en rendre compte, Eileen et Simon avaient naturellement pris les devant, ils échangeaient des observations, rebondissaient, parfois assez véhéments, sur les conclusions de l’autre, anticipaient les mouvements de l’autre avec une fluidité qui reléguait involontairement la blonde au second plan. Elle ignorait si cela venait du fait qu’ils la soupçonnaient d’être l’infiltrée ou s’ils n’avaient pas confiance en ses compétences. Mais dans les deux cas, son orgueil en ressortait profondément atteint.
Elle avait pourtant travaillé si dur. Chaque fausse piste, chaque trace de magie semée au hasard dans les bois avait été placées avec soin afin de les guider vers des secteurs inutiles de la forêt. Elle avait tout fait pour les déboussoler. Et malgré cela, Eileen et Simon défaisaient son travail avec une facilité frustrante. Le plus insupportable restait qu’ils ne semblaient même pas en avoir conscience, comme si c’était aussi pour eux que de respirer. Ils semblaient ignorer à quel point leurs capacités individuelles se retrouvaient renforcer dès lors qu’ils travaillent ensemble.
Plus les secondes s’égrainèrent, plus Grace se vit sombrer dans le désespoir. C’est lorsqu’elle les vit retrouver un indice crucial qu’elle réalisa la triste vérité. Elle n’aurait jamais pu rivaliser avec eux. Peu importe les stratégies qu’elle aurait imaginées, peu importe les efforts qu’elle aurait fournis, ses deux camarades auraient fini par retrouver ce qu’elle aurait passé de longues minutes à dissimuler. Elle n’aurait seulement ralenti leur réussite de quelques instants. Et pire encore. Même s’il n’y avait pas eu d’infiltré parmi eux, Eileen et Simon n’auraient probablement jamais eu besoin d’elle.
La pensée la frappa avec une violence inattendue. Au-delà du désespoir et de la frustration, la blonde se sentait humiliée. Et Grace Carteret n’était pas le genre de personne qui acceptait l’humiliation sans réagir.
La blonde s’arrêta d’un coup, elle resta immobile quelques instants, au milieu des ombres des pins qui l’entouraient. Toute trace de lucidité semblait avoir déserté son regard désormais rivé sur ceux qui avait fait d’elle la risée de la promotion. Sur ceux qui, trop concentrés sur leur mission, n’avaient même pas remarqués qu’ils avaient laissés leur camarade plusieurs mètres derrière eux.
Quelque chose céda alors dans l’esprit de Grace. La colère, la frustration et cette humiliation cuisante finirent pas étouffer la dernière once de raison qui lui restait. Profitant de l’épaisse végétation et des reliefs du terrain, elle s’éclipsa. La blonde s’enfonça dans le décor, progressant sous le couvert des arbres jusqu’à trouver refuge derrière un amas de pierres adossé au tronc massif d’un pin centenaire. Elle risqua alors un regard au-delà de l’arbre. Parfait. Elle se trouvait dans l’angle mort d’Eileen. Depuis cette position, l’Irlandaise ne la verrait pas venir.
Le regard d’Eileen, auparavant posé sur l’indice au cœur de leur discussion, plongea dans celui du Norvégien. Quelque chose avait changé.
Une tension oppressante, bien que presque imperceptible, s’installa autour d’eux. Comme si la forêt elle-même avait soudainement retenu son souffle. Pourtant, elle continuait de vivre. Le vent faisait toujours frémir les branches et les aiguilles des conifères qui les entouraient, et l’eau du ruisseau, au loin, poursuivait tranquillement sa course.
Son corps compris avant même son esprit que quelque chose n’allait pas. Elle sentit ses muscles se raidir, son cœur cogner contre sa cage thoracique, ses poils se hérisser le long de ses bras. Eileen ne l’avait peut-être pas encore identifié, mais son instinct, lui, l’avait déjà reconnu. Il ne connaissait que trop bien cette sensation. Celle qui précédait l’arrivée d’un danger imminent.
Son regard quitta celui de Simon et parcourut les alentours. Les arbres, les reliefs escarpés, les ombres créées par ces derniers. Rien.
Puis, la réalisation la frappa de plein fouet. Grace n’était plus avec eux.
C’est alors qu’elle la sentit.
Cette sensation si spéciale que provoquait l’usage de la magie à proximité de soi. D’ordinaire, elle lui apportait une forme de réconfort, mais cette fois, elle fut saisie par la violence qui s’en dégageait. Son cœur rata un battement. Le temps sembla alors s’arrêter tandis que l’Irlandaise se tournait vers la source de magie. Lorsqu’elle aperçut Grace qui était cachée entre un arbre et un énorme rocher recouvert de mousse, baguette pointée dans leur direction, le sort était déjà lancé.
Le Confringo fendit l’air, illuminant le bois d’un éclat violacé.
Instinctivement, Eileen leva sa propre baguette tout en essayant de se décaler de la trajectoire du maléfice. C’est alors qu’elle sentit une main se refermer sur son bras gauche avec une force qui lui arracha un petit râle de douleur avant qu’elle ne soit violemment tirée sur le côté. Le sol sembla se dérober sous les pieds d’Eileen qui perdit l’équilibre. Alors qu’elle se préparait à rencontrer le sol, un corps vint s’écraser contre le sien, et la main qui lui tenait auparavant le bras, glissa jusque dans son dos, la plaquant contre un torse ferme. Eileen n’eut pas le temps de comprendre ce qu’il se passait, qu’un dôme de magie se déploya autour d’eux. Le bouclier translucide était à peine érigé que le Confringo en effleura la surface avant d’aller s’écraser avec violence contre un pin situé quelques mètres derrière eux.
L’explosion fit trembler l’air. Son souffle balaya la forêt sur une dizaine de mètres autour du point d’impact. Bien qu’elle fût protégée, Eileen eut l’impression que la déflagration avait fait vibrer chacun de ses os, tandis que la chaleur du souffle vint lui mordre la peau du visage. Le regard perdu dans le vide, elle ne vit même pas les morceaux d’écorces arrachés au tronc de l’arbre retomber sur le dôme de magie dans une pluie de bois et de poussière.
Un silence accablant pesa sur les secondes qui suivirent. Personne ne parla, personne ne bougea. Eileen en était, de toute façon, bien incapable. Les jambes tremblantes, elle peinait à retrouver une respiration normale, tout comme son esprit peinait à assimiler les événements. Elle revoyait encore l’image de Grace, à moitié dissimulée par les éléments, baguette levée dans sa direction, et l’éclat de lumière rouge violet qui avait inonder son champ de vision.
Eileen avait du mal à comprendre.
Elle ne comprenait pas ce qui avait bien pu pousser Grace à agir ainsi. Elle savait pourtant que les deux jeunes femmes ne s’entendaient pas. Elles n’avaient jamais été amies, et n’avaient jamais cherché à le devenir. Pour la simple et bonne raison que l’existence de Grace lui était largement indifférente. Elle ne la détestait pas, ne l’appréciait pas non plus, elle faisait simplement partie des camarades avec lesquels elle partageait cours et entraînements. Rien de plus, rien de moins. Mais peut-être que son erreur se trouvait précisément là. Car bien qu’Eileen n’avait accordé que peu d’importance à leur relation, cela n’était apparemment pas le cas de Grace. Maintenant qu’elle y pensait, certains gestes, des regards trop insistants, des remarques plus acerbes que nécessaire, lui revenait à l’esprit. Ces signes, qu’elle avait ignorés sur le moment, car la blonde ne l’intéressait pas assez pour y prêter attention, auraient dû l’interpeller. L’Irlandaise réalisa alors qu’elle n’avait sans doute jamais pris la mesure de ce que la blonde pouvait ressentir à son égard. Peut-être qu’en y faisait plus attention, elle aurait pu éviter cette situation. Ou peut-être que non.
Elle ne le saura jamais.
Ce ne fut que lorsque des bruits de pas résonnèrent à travers la forêt qu’Eileen reprit véritablement ses esprits, émergeant peu à peu de la torpeur dans laquelle le geste de Grace l’avait plongé. Eileen aurait été incapable de dire combien de temps s’était écoulé depuis l’incident, elle avait perdu toute notion du temps. Quelques minutes, probablement, même si cela lui avait semblé bien plus long. Des minutes que la jeune femme passa, elle ne s’en rendit compte qu’à ce moment-là, blottie contre la personne qui l’avait sauvé.
Lorsqu’elle releva lentement la tête, son regard plongea dans une paire d’yeux noisette. Son souffle mourra sur ses lèvres. L’Irlandaise ne savait pas pourquoi elle était si surprise, cela n’aurait pu être personne d’autre que lui.
Simon.
Leurs regards restèrent accrochés l’un à l’autre pendant quelques secondes. Puis, Eileen relâcha progressivement le pan du manteau du Norvégien qu’elle tenait toujours entre ses doigts crispés. Simon l’imite, presque à contrecœur. Il ne retira sa main qu’une fois certain qu’elle ne s’effondrerait pas.
C’est à ce moment-là que Monsieur Sangblanc les rejoignit, mettant immédiatement un terme à leur passage. Derrière lui arrivaient déjà le reste de leur camarade.
Le professeur prit aussitôt Grace à part.
Eileen ne prêta qu’une attention distraite à l’échange, n’entendant que des bribes à propos d’une perte de contrôle, et d’un avenir professionnel en péril. Rien qu’elle ne parvienne réellement à enregistrer. Son attention était ailleurs. Elle suivait Simon du regard tandis qu’il rejoignait silencieusement les autres élèves, la laissant seule. Du mouvement à sa droite finit par la ramener au présent. Monsieur Sangblanc se dirigeait à présent vers elle après avoir congédié Grace qui partit s’asseoir sur une souche d’arbre, à l’écart du groupe. Arrivée à sa hauteur, le professeur s’enquit de son état. Eileen le rassura rapidement, hormis le choc et les émotions encore vives, elle allait bien. Du moins, c’est ce qu’elle affirma. Elle ne savait pas si le professeur la croyait ou non, mais il hocha la tête avant de l’autoriser à rejoindre les autres, où elle fut bien vite rejointe par Hyun-Su et Akane, qui était visiblement inquiet. Là encore, elle minimisa l’incident.
Lorsque le cours reprit avec un autre trio d’élèves, Eileen ne parvint pas à se concentrer et à observer ses camarades. Son esprit revenait sans cesse au geste de Simon. Pourquoi ? Pourquoi l’avait-il aidé ? Pourquoi avoir réagi aussi vite ? N’aurait-elle pas pu se défendre elle-même ? Une partie d’elle s’obstinait à penser qu’elle aurait pu s’en sortir seule. Après tout, elle possédait les réflexes et les compétences nécessaires. Sans même sans apercevoir, son regard dériva vers l’endroit où le Norvégien s’était installé.
À sa grande surprise, il la regardait déjà. Et bien qu’elle n’aurait su mettre des mots sur ce qu’elle lisait dans ses yeux, quelque chose y était différent, quelque chose qu’elle n’avait jamais vu auparavant.
Eileen ne s’en rendait pas encore compte. Mais ce qu’il venait de se passer dans cette forêt, avait changer quelque chose entre eux.
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