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Je ne sais que lire sur son visage. Il y a bien des tressaillements, des yeux qui se plissent, qui semblent vouloir sonder mon âme ; et ensuite ? Je ne vois pas de réponses claires sur son visage pale, ni dans ses sourcils froncés, mais je comprends que ma question ne la laisse pas indifférente. Alors mon estomac se noue, mes paumes deviennent moites. Je sors les mains de mes poches dans une vaine tentative de faire diminuer ma température corporelle. Mais l'appréhension me donne chaud, il n'y a rien à y faire. Je suis accrochée à ses lèvres, j'ai envie de la bousculer ; ne comprend-elle pas à quel point j'ai besoin de savoir ? Combien ses réponses me sont essentielles ?! Je suis peut-être pour elle un moyen de se raccrocher à sa mémoire perdue, à son passé disparu, mais pour moi elle est plus que cela, elle est l'aboutissement de plusieurs années d'une quête incessante qui n'a mené à rien ! Je ne peux pas me contenter de demi-réponse !

Elle soupire avant de parler ; mes yeux dégringolent jusqu'à ses lèvres. J'essaie de le retenir car je n'ai vraiment pas envie de la vexer, cela ne l'encouragerait qu'à me cacher la vérité, mais il m'échappe malgré tout : un son très léger, presque indiscernable. C'est le son du rire nerveux qui m'a secoué de l'intérieur au mot fantôme. Le temps d'une seconde, je sens la brûlure de la colère remonter mes veines. Se fout-elle de moi ? Puis mes yeux accrochent son regard, voient son sérieux. Après, ne reste qu'un vide perturbé. C'est que mon cœur m'a lâché au moment où elle a qualifié le fantôme qui habiterait dans sa tête d'elle. Si c'est un fantôme, pourquoi lui donne-t-elle ce pronom-là ? De toute façon, pour le moment je m'en fiche. Moi, je n'ai qu'un "elle" dans la tête. Ce Elle a un prénom, s'appelle Kristen, a un regard glacial comme un hiver sans fin, des traits à couper aux couteaux et des ombres dans les creux de son visage. Mon Elle n'est pas le sien, je le sais. Je le sais, n'est-ce pas ?

Le silence est ma seule réponse à son aveu. Comme si j'avais besoin de quelque chose auquel me raccrocher, je parcoure la pièce des yeux. Là, le bureau. Une chaise. Un nombre conséquent de dessins s'entassent ; des formes sombres attirent mon regard, avant que je ne reparte en quête du visage impossible à lire d'Yshre. Je tire la chaise et m'y laisse tomber.

Je n'arrive pas à concilier toutes les informations. J'essaie de comprendre où se situe Kristen au milieu de tout ça ; de moi, d'Yshre et de son fantôme dans la tête. Où est le lien ? Ce qu'elle m'a dit la dernière fois... Elle t'aimait beaucoup, tu sais... Et elle serait hantée ? Je fronce les sourcils et ferme les yeux, le coude sur le bureau, ma tête retenue par deux doigts qui appuient sur ma tempe pour atténuer le brouillard qui m'envahit l'esprit. Dans le monde magique, il n'y a qu'un seul domaine qui parle de possession. Alors le temps d'un clignement d’œil ou d'un battement de cœur, parce que je suis prompte à imaginer tous les liens possibles qui pourraient raccrocher toute cette histoire à Kristen, je me demande s'il serait possible qu'Yshre soit une victime collatérale des expériences noires de ma directrice, une sorte d'être abîmé, fracturé par ce que l'on a expérimenté sur elle, qui garderait une trace aberrante et incompréhensible de ma directrice en elle. Doux Merlin. C'est invraisemblable, songé-je en ôtant les doigts de mes tempes pour tourner mon regard noir en direction de la jeune femme installée sur le canapé. Tout au fond de moi pourtant, la partie de moi qui aime la magie comme ma propre vie, qui aime les expérimentations, les découvertes, les limites que l'on peut dépasser, cette partie-là continue de se questionner sur la véracité de cette invraisemblable hypothèse née de mon ardent besoin d'avoir des réponses.

« Je ne comprends pas, affirmé-je en plongeant dans le regard d'Yshre. Une partie de toi ? C'est qui, "elle" ? »

Je pince les lèvres pour m'empêcher de prononcer son prénom à Elle, la mienne, qui est bien réelle, elle. Invisible, disparue, lâche, mais bien réelle.

« Comment ça "elle ne veut pas m'en dire plus" ? J'ai besoin de plus de détails, d'explication ! »

L'impatience commence à durcir ma voix. Une douleur soudaine me fait tressaillir : les griffes de Zikomo qui se plantent dans mon épaule. Je fais un mouvement fugace vers lui, que j'interromps avant que ma main n'arrive à destination. Son avertissement est clair : si je l'agresse, elle m'agressera et si elle m'agresse, je vais lui exploser le crâne sur le mur. Ce n'est décidément pas ce que je désire.

« Tu peux m'expliquer plus en détail ? demandé-je plus doucement après avoir pris une longue inspiration par le nez. Moi aussi je t'expliquerai après ce qui m'a poussé à revenir mais... J'ai besoin de comprendre, avant. »

Je fais des efforts incommensurables pour prononcer ces mots et le faire sur un ton aussi contrôlé. C'est comme si je m'arrachais la langue. Ou alors que je saisissais à pleines mains ma fierté et que je la lui offrais pour qu'elle l'éviscère.

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Je restai coite un moment, ravalant ma salive, craignant qu’Aelle me prenne encore pour une détraquée avec mes histoires de fantôme, qu’elle m’accuse d’être une menteuse ou une folle. C’était sans doute ce qu’aurait fait l’Aelle de l’année dernière, avant de me plaquer contre un mur, disparaître, réapparaître, me désartibuler en m’emmenant dans une forêt inconnue et shooter dans des cailloux pour exprimer sa frustration. Je contractai mes muscles en me préparant à encaisser son mépris. Pourtant la sorcière qui me faisait face aujourd’hui ne ressemblait plus vraiment à celle que j’avais rencontrée presque un an plus tôt. Elle semblait mieux contrôler ses impulsions, et si sa curiosité était à peine teintée d’impatience, je sentais qu’elle voulait vraiment comprendre ce qui m’arrivait. Elle poursuivait un but précis. Je me détendis un peu. Demeuraient dans mon esprit quelques questions quant à ses intentions : pourrais-je moi aussi profiter des conclusions de la jeune sorcière ? Nos objectifs se croiseraient-ils ? Lui expliquer mes soucis m’apporterait-t-il plus de compréhension, à moi aussi ? Je n’avais aucune garantie à ce sujet. Elle pourrait aussi bien choisir de drainer les informations qu’elle souhaitait obtenir et transplaner loin d’ici pour ne jamais revenir. Si elle osait m’infliger ça, la peste, je la poursuivrais jusqu’en enfer pour lui faire cracher ce qu’elle ne voulait pas dire.

Je me levai du lit et m’approchai d’Aelle, désormais assise sur ma chaise de bureau. Je fouillai parmi mes dessins et sortis du tas celui qui semblait le mieux expliquer ma situation. Je l’avais réalisé sur du papier cartonné de format A3 à l’encre de Chine - c’était une expérimentation plus ou moins réussie d’un point de vue technique mais les hésitations que ma main avait subies rendaient le résultat un peu tremblant et ajoutaient du mystère à l’œuvre. Ce dessin représentait une silhouette humaine noire, sans visage, avec de longs cheveux ondulés et désordonnés. En son centre, son corps s’ouvrait sur une cage thoracique démesurée, comme éclatée hors du corps. Une grande main noire semblait vouloir écarter les os comme pour tordre les barreaux d'une cellule. Une autre main jaillissait des entrailles de la silhouette pour venir agripper sa tête. De ce deuxième bras se dégageait une sorte de vapeur remplie de symboles étranges qui entouraient la tête de la silhouette. Une troisième main sortait de la bouche grande ouverte de la silhouette. Ne sachant trop si Aelle pouvait être sensible à l’art, je lui expliquai mon intention :

« Ça, c’est moi, dis-je en présentant la silhouette du bout de l’index. Et ça, c’est… elle. Le fantôme, l'autre moi. »

Mon doigt désigna les mains jaillissant de mes côtes écartées.

« Parfois, elle me dit ce qu’elle pense, continuai-je en déplaçant mon doigt vers les vapeurs proches de la tête, mais c’est toujours flou et énigmatique. Elle m’envoie des cauchemars, des commentaires sur ce que je fais, ce que je dis, ou plus généralement sur ce que je vis. Elle fait filtrer ses émotions, aussi. Quand mon cœur s’emballe, il me semble parfois que c’est le sien qui s’agite. C’est comme ça que je t’ai reconnue. Ça m’est aussi arrivé à l’hôpital, avec une vieille femme que j’ai croisée. »

Mon index désigna la troisième main, celle qui sortait de la bouche béante de la silhouette.

« Parfois, j’ai l’impression qu’elle veut parler à ma place. Je veux dire, c’est toujours moi qui parle mais ce ne sont pas les mots que j’aurais choisis. Comme si je ne contrôlais pas ce qui sortait de ma bouche. »

Je sentis une vague de tristesse me traverser. Ce démon qui m’habitait m’avait-il tout simplement volé mes souvenirs ? Je n’avais pas voulu m’en débarrasser, à l’hôpital, et j’avais donné le moins d’indices possibles aux médicomages. Mais c’était elle qui m’avait confortée dans cette idée. Bien sûr, aucun diable ne veut se faire exorciser ! Et s’il me suffisait de tuer cet être qui vivait à l’intérieur de moi pour retrouver d’un coup toute ma mémoire ? Toujours dans mes pensées, je secouai la tête : ce n’était pas une ennemie, elle m’avait protégée en me conférant sa force, elle me poussait vers la vie… Quel bien cela pouvait-il lui faire ? Même si je mourrais, elle pourrait toujours se transférer dans un autre corps, aller posséder le premier imbécile qui croiserait sa route, non ?

Je sentais bien, au fond, que ce n’était pas qu’une question de possession. Nous n’en étions plus vraiment là. Je ressentais si bien ce qu’elle ressentait, dans mon corps, que je ne pouvais pas nous considérer comme deux entités parfaitement distinctes. La frontière était beaucoup plus floue. Pour exprimer ce que j’en pensais, je saisis une feuille de papier calque que je pliais en deux. À gauche de la pliure, je réalisai mon autoportrait. À droite, je traçai le portrait indistinct d’une femme dont les seules caractéristiques qui me semblaient évidentes étaient le regard sévère et la bouche pincée.

« Elle, moi, c’est la même chose. C’est comme deux couches de papier calque qu’on superpose, dis-je en pliant et en dépliant le papier calque, faisant passer nos portraits de côte à côte à un seul visage aux traits superposés. »

Mon explication terminée, je plantai mes yeux dans ceux d'Aelle. À la moindre moquerie de sa part, je lui fracasserais le nez. J'avais rempli ma part du marché, je m'étais livrée en toute sincérité en espérant (bêtement, malgré notre passif) qu'elle pourrait m'aider en retour. J'attendais désormais ses explications et je ne la laisserais fuir sous aucun prétexte.

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Je me tends lorsqu'elle s'approche de moi, persuadée qu'elle va m'agresser alors même qu'aucun signe avant-coureur ne le prouve. Je comprends ma méprise lorsqu'elle se penche sur le bazar qui occupe son bureau ; je ne me détends pourtant pas, même lorsque je suis persuadée qu'elle ne me veut pas le moindre mal. Je la surveille avec méfiance, profitant de notre soudaine proximité pour détailler son visage, ses traits, ses yeux — sont-ils de deux couleurs différentes ? Je crois m'être fait une réflexion semblable la dernière fois que nous nous sommes vues, mais cela remonte à si longtemps. Je me penche légèrement pour mieux regarder... Et me redresse subitement quand elle tire du tas de parchemins un dessin qu'elle veut me montrer. Je reviens à l'instant présent, mes réflexions s'envolant comme des nuages dans un ciel venteux au moment où mes yeux tombent sur les traits noirs qui composent son oeuvre.

Je reste un long moment à regarder le dessin sans ne rien dire, avant de jeter un regard perçant en direction d'Yshre. Oui, un dessin, et alors ? Ce n'est que lorsqu'elle ouvre la bouche, affirmant que cette chose torturée de laquelle sortent plusieurs bras, c'est elle, que je parviens à me concentrer réellement sur le dessin, tout en écoutant ses explications. C'est que moi, les dessins, cela m'a toujours laissé de marbre. Ce que je vois sur ce parchemin, ou cette feuille, c'est une oeuvre savamment dessinée, peut-être, mais qui ne présente rien de trop réel. Après tout, qui a trois bras, dont deux qui sortent de son buste et un troisième de sa bouche ? Mais maintenant que je sais que cette silhouette, c'est Yshre, et que les bras représentent le fantôme qu'elle dit avoir dans le crâne, j'essaie de me concentrer pour comprendre ce que cela signifie réellement.

Je suis soulagée d'arracher mes yeux de son dessin pour la regarder elle. Je n'aime pas cette oeuvre torturée et abstraite, je préfère les mots d'Yshre à son étrange coup de pinceau. Les mots ont quelque chose de réel, de concret, ils signifient tous quelque chose, contrairement à cette oeuvre bizarre. Alors j'écoute, les sourcils froncés j'écoute et mon esprit rationnel essaie de comprendre ce qu'elle dit réellement.

Moi, je n'y connais rien aux troubles qui peuvent atteindre un cerveau, ces troubles-là auxquels ont peut-être pensé les médicomages du service de Psychomagie de l'hôpital. La seule chose à laquelle je pense lorsqu'elle me parle d'une femme qui lui parle dans la tête, qui lui envoie des cauchemars, qui parle à sa place, c'est au chapitre sur les possessions qui se trouve à la toute fin de mon livre de magie noire. Chapitre peu étendu, car l'ouvrage que j'ai choisi était assez général et que ce domaine de la magie noire ne m'intéressait pas spécialement. Mais c'est à cela que je pense en l'observant attraper un papier pour dessiner deux visages et j'y pense encore lorsqu'elle le plie pour expliquer qu'elle est ces deux personnes en même temps, à la fois elle-même et cette femme-fantôme qu'elle a dans la tête.

Quand elle se tait, je me terre dans un profond silence. Sans lui demander son avis, je lui prends la feuille des mains, celle sur laquelle elle a dessiné les deux visages, et je baisse mes yeux froncés par la réflexion dessus, ne prenant pas le temps ni la peine de répondre quoi que ce soit à ses explications.

Je n'arrive pas à détacher mes yeux de la seconde silhouette faite de traits simples ; les yeux et la bouche pincée ressortent particulièrement. De tout mon coeur, j'essaie de voir le lien avec Kristen. Depuis qu'Yshre s'est mise à parler, mon coeur m'est remonté dans la gorge et depuis il ne veut plus retrouver sa place. Je crois que j'ai envie de vomir et cela n'a rien à voir avec le régime drastique que la vie m'a imposé ces derniers jours. Je n'y comprends rien et déjà je sens les tentacules de la tristesse se refermer autour de ma gorge — j'ai peur de ne jamais la retrouver, de me lancer encore dans une quête vaine et frustrante, épuisante.

Je pensais trouver une idiote imbue d'elle-même, cachant au creux de son esprit pernicieux un lien avec Kristen Loewy. Elle aurait été son élève pendant la fuite de Kristen, elle m'aurait remplacé, elle aurait su où se cache ma directrice. Elle aurait dû le savoir. Et à la place, qu'ai-je ? Une fille perdue qui me raconte qu'elle a un fantôme qui la hante. À aucun moment je ne remets en question ce qu'elle me dit, je la pense sincère car la première fois que nous nous sommes vues, elle était trop perdue pour jouer un jeu manipulation. Et je suis tellement désespérée, que je me demande même si c'est Kristen qui la hante. Au cours de ses expériences noires, aurait-elle pu faire quelque chose à cette fille, la posséder ou quelque chose du genre, et un résidu serait resté dans la tête d'Yshre ? Un résidu de Kristen ? Je ne m'y connais pas suffisamment en magie noire pour savoir si cela est possible, mais cette simple idée me glace de l'intérieur : à quoi cela m'avancerait-il de savoir qu'un morceau de Kristen la hante ? Que pourrais-je faire de cette information ? Et puis, comment le prouver ?

J'ai envie d'envoyer balader toutes ces théories fumeuses. J'ai traversé le pays pour retrouver Kristen, j'ai même traversé la mer malgré moi dans ma quête vaine, j'ai passé des mois manipulée par cette femme à suivre une trace au bout de laquelle elle n'existait plus. Alors j'ai envie d'envoyer balader tout ça, de dire à Yshre de remballer toutes ses idioties et de me dire enfin la vérité ! Pourtant, je n'en fais rien. Parce que je n'ai rien à quoi me raccrocher, alors je m'agrippe de toutes mes forces à la seule chose que j'ai. Même si c'est idiot, je m'y raccroche. À son foutu fantôme, la foutue ombre dans son crâne, la voix qui lui parle et qui, apparemment, aurait réagi à ma présence. Je doute, mais je m'y accroche. Désespérément.

J'ai l'impression qu'une éternité est passée lorsque je relève les yeux vers Yshre. D'un geste lent, je laisse tomber la feuille sur le bureau et à la place, j'attrape le dessin aux traits étranges. Je l'observe un court instant avant de lever une nouvelle fois mon regard sombre et cerné sur Yshre. J'ouvre la bouche, la referme. Je déglutis péniblement. Puis je me lance.

« Kristen Loewy, » articulé-je d'une voix lente.

Je prononce ces mots comme je l'aurais fait avec une formule magique. Je fouille le visage d'Yshre, en proie à un certain désespoir.

« Ça te fait quoi ? »

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Dix millions d’années semblent s’être écoulées dans les ténèbres épaisses qui m’oppressent. L’appel émane l’au-delà, il me parvient comme s’il était murmuré à des milliers de kilomètres de moi. Kristen Loewy. Je m’agite, je fais trembler mes chaînes. Un sourire en coin déforme mon visage enragé. Par ces mots, j’existe un peu plus. Je me bats de toutes mes forces, je hurle à pleins poumons. Il faut que je sorte de là.

***


Mon cœur rata un battement avant de furieusement s’emballer. La présence en moi paraissait s’amuser à me tordre l’estomac, contracter tous mes muscles en même temps et presser mon cœur comme une éponge sanguinolente. Mon cerveau semblait vouloir ouvrir les portes de mon front, tapant contre la paroi de mon crâne. Je reculai de quelques pas pour me laisser tomber sur le bord du lit. Soudain, une vague de chaleur embrasa mon corps. Ma respiration se mit à trembler et mes yeux s’humidifièrent. Mes mains étaient secouées de convulsions. Je baissai les yeux sur elles, incapable de contrôler leurs mouvements : elles étaient devenues rouges et poisseuses, couvertes d’un sang que moi seule pouvais voir. Le nom prononcé par Aelle m’avait fait l’effet d’un sombre maléfice et mon esprit embrumé avait du mal à l’intégrer. Kr… Kra… Kris… Krista… Kristen… Krkrkr… Kristen… Ly… Lo… Loe… Lolali… Loewy… Ce nom renversait mes pensées, désordonnait tout, comme s’il avait le pouvoir étrange de faire sombrer mon esprit dans la folie la plus parfaite. Je me sentis incapable de formuler la moindre idée : les sons et les mots se mélangeaient dans mon esprit. J’ouvris la bouche pour essayer de nommer la tempête qui me traversait mais j’avais la certitude que si j’essayais de parler, je ne pourrais produire qu’un charabia bizarre qui ressemblerait davantage aux élucubrations insensées d’un bébé alien qu’à des propos explicatifs. Je refermai lentement la bouche et posai ma main contre ma gorge. Mon souffle se coupait brusquement et je craignais de vomir sur mes genoux.

Mon corps et mon esprit étaient agités de tant de sensations inexplicables qu’il me vint une idée lumineuse : il serait beaucoup plus facile de m’évanouir, là, maintenant, dormir longtemps, lâcher prise. Tant pis pour mes questions. Tant pis si je ne comprenais jamais ce que je ressentais en entendant ce nom. Il m’était trop douloureux. Si on a le choix d’ignorer la souffrance, autant prendre ce parti, non ? Je m’allongeai sur le lit et voulus éteindre mon cerveau, éteindre mon existence tout entière à vrai dire. Couler dans le mou du matelas et disparaître pour toujours. La présence en moi semblait vouloir m’y pousser aussi. Je me maudis d'avoir été si sotte en pensant que d'une certaine manière, elle me voulait du bien. C'était faux : son objectif avait toujours été de m'anéantir, m'effacer. Me remplacer. Prendre pleinement possession de moi, par tous les moyens possibles.

Je fermai les yeux si fort que mon mal de tête s’amplifia. Un éclair vert traversa l’obscurité de mes paupières et tout mon corps se contracta dans un spasme violent. Les images de mes cauchemars se ravivèrent, comme si j’y étais transportée à nouveau. Il me semblait que mes entrailles s’ouvraient et que mes tripes jaillissaient de mon ventre comme des épines incontrôlables. Je me tordais de douleur. Oh, comme j’aurais aimé que cela cesse ! Qu'elle remporte cette victoire sur ma vie, que je n'aie plus à subir sa présence néfaste ! Je luttai contre les images horrifiques qui hantaient mon esprit, ne sachant trop ce qui me poussait encore à me battre. Entre deux souffles saccadés, je murmurai d’une voix désincarnée tout ce dont j'étais capable :

« P… Poison. »

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J'en oublie même de cligner les paupières tant j'ai peur de manquer la petite étincelle de compréhension qui froncera ses sourcils ou qui fera briller d'une teinte différente ses yeux. Je crains que sa réaction ne soit trop discrète, que je ne sois pas capable de lire sur son visage, que je ne sache pas voir les signes, que sa réaction soit de l'ordre du subtil alors que je n'ai jamais su lire ni comprendre la subtilité, surtout quand elle s'inscrit sur un visage. Je suis sur le qui-vive, tendue, prête à tout voir venir, surtout prête à tout louper. Mais je ne m'attendais pas au raz-de-marée qu'elle me propose en guise de lecture de ses émotions. Car c'est bien ainsi que je vis ce qui la bouscule subitement : comme un raz-de-marée, car sa réaction est brutale et soudaine.

Il y a eu des froissements sur son visage, des plis, des creux, des ombres, des étincelles dans ses yeux, tant de signes, mais je ne réagis qu'au moment où elle recule de quelques pas. Quand elle tombe sur son lit, moi je me dresse, en parfaite image contraire. C'est moi désormais qui la domine de ma taille, mais elle ne semble même pas me voir à travers ses yeux flous. Inquiète, je suis le chemin de son regard mais ne trouve rien de suspect sur ses mains qu'elle regarde, si ce n'est leur violent tremblement. Mon cœur se met à battre furieusement, parce que j'ai prononcé un nom et qu'elle y réagit beaucoup plus vivement que ce que j'attendais. Je devrais peut-être faire quelque chose, agir, parler, ramener son attention sur moi, mais à la place je me contente d'observer avec une fascination morbide les émotions s'étaler sur son visage, gronder dans son corps qu'elle n'a plus l'air de contrôler.

C'est cela précisément qui me fait prendre conscience que j'ai déjà vécu avec elle quelque chose de semblable : ce corps qui ne réagit pas, cette réaction vive, presque violente.

« Pas encore..., » gémis-je tout doucement lorsque l'angoisse déforme le visage d'Yshre et qu'elle porte les mains à sa gorge.

Elle m'a déjà fait une crise de panique la dernière fois, quand je l'ai poussée contre le mur pour la faire taire. Et aujourd'hui, c'est la même chose que je crois voir. Qu'est-ce qu'elle peut bien ressentir pour être prise d'une telle panique à la simple évocation de Kristen ? Parle-moi ! Dis-moi ce que tu ressens ! Mais aucun mot ne peut sortir de sa bouche parce qu'elle est totalement et irrémédiablement en train de paniquer.

Et cela me réjouit. Je le sens à mon cœur qui s'agite, à mon souffle qui se bloque, à l'excitation qui balaye toute la tristesse qui pesait sur mon esprit. Une sorte de tempête miraculeuse éclate dans ma tête, une bouffée d'air pur et sain, une éclatante lumière, une libération sauvage ; je pourrais exulter de ce bonheur soudain ! J'exulterai si Yshre n'était pas en train de s'étouffer sur son lit. Pour la première fois depuis deux ans, ma quête de Kristen m'offre une réponse concrète. Une réponse que je ne comprends pas, qui m'inquiète un peu, mais c'est la première fois depuis que j'ai trouvé son énigme sur le tableau de L'ombre de la mort à Poudlard que je ne fais pas face au silence lancinant de son absence. La réaction d'Yshre est une preuve concrète qu'il y a quelque chose à creuser et que je suis au bon endroit pour le faire.

Encore faudrait-il qu'Yshre ne trépasse pas sous mes yeux. Sa voix rauque et douloureuse me ramène à l'instant présent ; j'accommode sur son corps qui se tord de douleur, sur son visage déchiré par une grimace incompréhensible. Avec la peur au ventre de perdre la seule réelle piste que j'ai, je réalise qu'il me faut faire quelque chose, parce qu'elle est en train de se noyer à l'intérieur de son propre corps.

Enfin, je réagis. Je m'accroupis, les mains crispées sur la couette, juste à côté de son corps qui s'agite. Poison, a-t-elle dit, mais je n'en vois aucune trace. Le temps d'un battement de cœur, je me demande si elle a réellement été empoisonnée, si la dragée surprise qu'elle a mangé quelques minutes plus tôt est responsable de son état. Puis finalement, je me rends compte que je n'y crois pas une seule seconde, que j'ai plutôt l'impression que ça vient de sa tête, de son choc d'entendre ce prénom-là, celui qui me bouleverse aussi de l'intérieur, même si c'est bien moins effrayant que ce qu'elle, elle subit. Je ne peux m'empêcher de parcourir du regard son corps crispé et agité, et de me dire qu'il n'y a rien de normal dans cette réaction. Une crise de panique, vraiment ? Encore une fois, je me questionne sur l'hypothèse d'expérimentation de magie noire. Mais ce n'est pas le moment de réfléchir, pas encore.

« Yshre ? » appelé-je à voix haute dans l'espoir qu'elle se concentre sur moi.

Guettant une réponse, j'attrape ma baguette. Elle parle de poison, mais elle m'a prouvé par le passé ne pas avoir une grande connaissance du monde magique. Quand elle dit "poison", j'entends donc "sortilège". Je lance le Sortilège de Scarpin — en vain, aucune réponse. Et Yshre ne réagit toujours pas. Mes dents s'enfoncent dans ma lèvre inférieure.

J'insiste en me penchant sur elle, en essayant de croiser son regard. Je l'appelle une nouvelle fois, plus durement.

« Respire ! lui intimé-je ensuite. Concentre-toi sur ma voix. »

Je me rappelle avec un temps de retard de sa réaction violente, la dernière fois, lorsque le ton est monté et que je me suis montrée brusque avec elle. Je me fais violence pour apaiser le ton de ma voix, pour être une présence plus rassurante qu'angoissante. Plus tard, elle pourra me faire le récit de ce qu'il s'est passé. Pour le moment, je dois la calmer. Plus tard, les questions. Mais je prends intérieurement note de ce que je vois, de ses mouvements saccadés, de sa réaction, ne pouvant empêcher mon esprit d'imaginer des réponses.

« Écoute-moi, répété-je d'une voix plus calme. Tu dois te calmer. »

Mais pourquoi devrait-elle se calmer ? me dis-je ensuite en me redressant légèrement, lorsque j'attends de voir si elle réagit à mes appels. Ne devrais-je pas répéter encore et encore le nom qui l'a fait vriller pour voir ce qu'il en ressort ? N'est-ce pas ainsi que les chercheurs expérimentent, en faisant des tentatives, même si cela échoue ?


Il y a une chance sur deux pour que la vieille technique d'Aelle revienne à se battre contre des mages noirs à coups de jonquilles klaxonnantes — que ce soit inutile, quoi. Mais que veux-tu, on fait avec les armes qu'on a.

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De la même façon que le nom « Kristen Loewy » m’avait plongée dans les abysses de la terreur et de l’angoisse, entendre celui d’Yshre sembla m’offrir l’opportunité d’un retour à la surface, au moyen d’une main aidante tendue vers moi. Je suis toujours là, me répétais-je pour me convaincre de ma propre existence, encore intacte, temporairement épargnée par ce démon que je ne connaissais pas. Je me concentrai sur la voix d’Aelle pour m’empêcher de me noyer dans les eaux troubles de mon esprit dévasté. Je m’extirpai de la violence des images que cette présence malfaisante m’imposait : du sang partout qui m’arrosait comme la pluie, les cadavres semés sur ma route, les doigts accusateurs pointés vers moi, l’éternel sentiment de solitude… rien de tout cela n’était réel, il s’agissait de machinations hallucinatoires envoyées par le démon pour me faire tomber dans son piège morbide.

La chaleur mouillée de mon corps laissa place à quelques frissons glacés et je tremblai de tout mon corps. Cette sensation était réelle et explicable. Je me concentrai sur les phénomènes que je pouvais comprendre. Le froid après le chaud. La voix rassurante d’Aelle. Sa présence, bien réelle, ici, juste à côté de moi. Il me fallait évacuer les songes effroyables destinés à me détruire et ne conserver dans mon esprit que ce qui appartenait au monde matériel.

Je tâchai de contrôler le rythme de ma respiration, calmant progressivement les tremblements de mes inspirations et l’ampleur de mes expirations. Et je comptai : un-deux-trois-quatre ; un-deux-trois-quatre. Encore et encore, jusqu’à ce que mon souffle, bien réel lui aussi, reprenne un rythme naturel.

Quelques fragments d’images atroces cherchaient encore à imprimer leur marque dans mon esprit mais je les repoussai dans des spasmes. Je ne veux pas voir ça, ce n’est pas ma mémoire, tu m’as menti, tout est faux, ce n’est pas ma vie. Mes cauchemars n’ont pas de sens caché, ils ne révèlent rien, pas plus que tous les messages que tu m’envoies. Je tâchai de m’expliquer pourquoi la présence néfaste dans mon être m’avait mise sur la route d’Aelle. Peut-être l’avait-elle connue, effectivement. Peut-être l’avait-elle possédée avant de s’emparer de mon esprit, lui faisant subir le même sort. Peut-être aurions-nous pu nous venger ensemble de cet être maléfique. Après tout, la première fois que j'avais rencontré Aelle, il me semblait lui devoir des excuses pour la façon dont je l'avais traitée. Mais ce n'était pas moi ! C'était elle, cette chose mauvaise et corrompue, qui devait s'excuser. Pas moi ! Pas moi.

Subitement, je me levai du lit et retournai vite vers mon bureau, manquant de tomber sur mes jambes bancales. Je déchirai violemment tous les dessins que j’avais réalisés, y compris le tout dernier, sur papier calque, qui m’avait permis de démontrer à Aelle l’état mental dans lequel je me trouvais. Je n’éprouvais plus que rage et dégoût pour tout ce qui provenait de cette entité malfaisante qui m’habitait. Non, nous n'étions pas une, elle n’était pas moi, c’était simplement ce qu’elle avait voulu me faire croire ; ce que j’avais voulu croire aussi pour ne pas être seule face à ma mémoire décomposée. Je l'avais prise pour une alliée dans ma quête de réponses : elle était simplement un putain de parasite. Je continuai à déchirer mes dessins sans pouvoir m’arrêter, jusqu’à obtenir les plus petits morceaux possibles.

« Tout est faux ! m’écriai-je en retenant des sanglots de colère. »

J’ouvris le tiroir de mon bureau, attrapai ma baguette magique et la pointai sur le tas de confettis. Je l’imaginai s’embrasant dans un formidable feu de joie. Les flammes auraient pu emporter le bâtiment tout entier, cela m’était égal. Brûle en enfer !

« Incendio ! »

Un crépitement décevant s’échappa du bout de ma baguette. Je la secouai rageusement et répétai la formule avec colère. Incendio ! Incendio ! Incendio ! Pour toute réponse, j’obtins un bruit de pétard mouillé. La voix dans ma tête m’offrit un rire sournois : essaie donc de me faire taire et observe le résultat. Dans un mouvement de colère, je lançai ma baguette devant moi. Elle rebondit piteusement contre le mur et roula par terre.

« Je n’ai rien à voir avec elle, soufflai-je, épuisée. »

Je me raccrochai au dossier de la chaise, instable sur mes appuis. Je fixai Aelle d’un air désolé. Je lui avais menti, je ne pouvais rien pour elle, mes explications étaient inutiles. Je ne voulais plus être mêlée à ces histoires.

« Je suis désolée que tu aies souffert aussi... mais je ne peux pas t'aider, admis-je. »

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Quand elle se relève, je l'imite, le cœur battant. Avant de la voir ouvrir les yeux, je ne pensais pas qu'elle entendait ma voix. Je l'imaginais s'enfoncer de plus en plus dans son propre corps, ce qui m'aurait forcé à trouver une autre solution pour l'arracher à sa crise. Solution qu'elle n'aurait pas plus aimé que moi. Mais elle s'est redressée comme elle est tombée : subitement, sans prévenir, et tout s'enchaîne si vite que je ne peux pas réagir autrement qu'en assistant au chaos qu'elle fait régner dans sa chambre. Bientôt, les morceaux de papier s'accumulent au sol, ses œuvres déchirées, réduites en miettes. Je devine à la violence de ses gestes qu'elle ne fait pas cela simplement pour se défouler ; elle a besoin de supprimer toutes traces de ce que je devine être, après l'explication de son précédent dessin, le réceptacle de ses sombres pensées, des traces du fantôme dont elle m'a conté la présence.

Le courant déchainé de mes pensées s'arrête net lorsque la baguette apparait dans sa main. Malgré la tension qui me noue les muscles à la vue de cette arme, je ne peux m'empêcher d'attendre avec une certaine excitation de voir ce qu'elle est capable de faire avec sa magie. Elle qui ne connait rien du monde magique, elle m'en a donné la preuve à plusieurs reprises, que sait-elle de cette force qui coule en elle ?

La réponse me parvient rapidement et elle est brutale : rien. Elle ne sait rien. Le sortilège échoue une fois, deux fois, trois fois. Un monstre de frustration grandit en moi. Alors c'est ça ? C'est de cela dont elle est capable, cette fille que j'ai trouvée sur le chemin de Kristen ? Cette fille capable de si grosses crises à la seule entente de Kristen Loewy ? Incapable de faire brûler un tas de papier ? La déception me noue la gorge. Je crois que je m'attendais à autre chose. À mieux. À une preuve de plus, une trace d'elle. J'en viens à douter de la véracité de tout cela ; et si je me fourvoie depuis le début ? et si je perds mon temps, ici ?

Incapable de parler, je la laisse m'accabler de ses mots. Il me faut un moment pour réussir à former une phrase capable d'exprimer l'immensité de la déception que je ressens.

« Vu de quoi elle était capable, la raillé-je, les yeux toujours braqués sur le tas de confettis qui n'a pas subit l'attaque de la moindre étincelle, c'est sûr que t'as rien à voir avec elle, non. »

Je me souviens de sa magie étouffante, ses démonstrations impressionnantes ; je me souviens du sommet de ce sapin qui a explosé sous une seule de ses impulsions magiques, de l'énergie noire qui a coulé de sa main lorsqu'elle a nourrit sa vouivre. Je me souviens de Kristen Loewy son aisance à plier le monde à sa volonté. Le pétard mouillé d'Yshre, à côté, ressemble à un mauvais tour d'une gamine.

À mon tour je me relève et traverse la pièce jusqu'à elle, marchant sans culpabiliser sur les morceaux de papier déchiré. Je ne peux pas m'empêcher de ressentir une bouffée de colère à son encontre ; je ne sais pas ce que Kristen a fait avec elle, mais je ne comprends pas qu'elle l'ait choisie, qu'elle l'ait voulue. Une sorcière si pitoyable ? Cela a quelque chose de risible, non ? Naturellement, ma baguette trouve le chemin de ma main.

« T'as vraiment essayé de lancer un sortilège, là ? » Je grimace ; appeler cette piètre tentative "sortilège", c'est injurieux. « Sérieusement ? T'as pas fait le moindre effort. »

Je plonge mes yeux dans les siens. Je remarque à peine qu'ils sont de deux couleurs différentes et que cela me perturbe. Je suis trop concentrée sur mon objectif. Je pointe ma baguette magique sur le tas de papier puis, après un dernier regard sévère, j'articule d'une voix claire :

« Incendio. »

Aussitôt, une langue de feu lèche le papier. Celui-ci s'embrase aussitôt, la chaleur monte jusqu'à mon visage. En quelques secondes, ne reste de ses œuvres qu'un tas de cendre inutiles. Exactement comme elle le souhaitait.

« Ça, c'est un sortilège. »

Je n'ai pas besoin de l'aide de quelqu'un qui ne sait même pas manier sa baguette. Quelle aide pourrait-elle m'apporter, à moi qui suit capable de bien plus, bien plus grand, bien plus impressionnant, bien plus destructeur ? Que pourrait-elle bien m'apporter ?



À ton avis, combien de chance pour que ce soit un poisson d'avril ? Spoiler : c'en est un.
Dernière modification par Aelle Bristyle le 1 avr. 2025, 15:44, modifié 1 fois.

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Elle se relève comme elle est tombée : sans prévenir. Je dois à mes réflexes de ne pas me rétamer sur le sol quand elle s'éjecte du lit. Je me rattrape à la couette, les doigts crispés sur le tissu, et me tords le dos pour suivre Yshre des yeux. À peine ai-je le temps de me relever qu'elle s'évertue déjà à déchirer ses dessins. Le cœur battant, j'hésite à intervenir, mais décide finalement de me reculer dans un coin de la pièce pour la laisser exprimer les émotions qui lui donnent l'énergie de tenir debout malgré ses jambes tremblantes.

Je l'ai vue revenir à la surface, j'ai vu l'effet de ma voix sur elle, j'ai vu son visage se décrisper, ses tremblements diminuer, ses crispations disparaître peu à peu. Mais je ne m'attendais pas à une telle réaction, si vive, si violente. Les bruits de déchirement emplissent la pièce, elle déchire comme j'aurais pu frapper à sa place. C'est pour cela que je ne réagis pas, parce que j'ai déjà vécu des situations semblables. Vibrante de rage ou de tristesse, j'ai frappé des murs, des arbres, j'ai attrapé des objets pour les fracasser, les détruire, pour leur faire payer ce que je ressentais, comme si le monde devait souffrir comme moi je souffrais de mes émotions. Ce n'est pas contre moi qu'Yshre en a, c'est contre ces papiers griffonnés ; je n'ai pas peur, au contraire : chacune de ses réactions, aussi vives soient-elles, est une preuve de plus que mes hypothèses ne sont pas si aberrantes : Kristen a quelque chose à voir là-dedans. Je ne sais pas encore quoi, mais elle est liée à tout cela, à elle, cette fille qui s'agite, qui déchire, qui enrage.

Mes yeux tombent sur un morceau de papier qui a glissé sur le sol ; dessus, je reconnais les traits noirs qui ont formé le bras désigné plus tôt, celui qui s'échappait de la bouche de la silhouette qui représentait Yshre. Quoi qu'elle ait vu dans sa tête pendant sa crise, quoi qu'elle ait vécu, quoi que le prénom de Kristen lui ait rappelé, cela a un lien avec ces dessins. Sinon, pourquoi se serait-elle jetée dessus avec une telle rage ? Tout à coup, je renâcle à l'idée de la laisser détruire ces preuves, mais elle met une telle ardeur à les réduire en morceaux que je sais ne rien pouvoir faire pour l'en empêcher — ce ne serait pas dans mon intérêt de la Stupéfixer, je n'ai pas besoin de la braquer contre moi. Surtout pas maintenant que j'ai la preuve qu'elle a un lien avec Kristen. Je le sais, c'est , sous mes yeux. Elle a beau hurler que c'est faux, je n'en crois pas un mot.

Spectatrice peut-être, mais quand subitement elle sort sa baguette magique, je me braque et je fais glisser ma propre arme entre mes doigts. J'assiste à ses échecs sans montrer que cela me désarçonne ; qu'est-ce qui peut expliquer qu'elle en sache si peu sur le monde magique et qu'une personne de son âge ait un niveau magique aussi médiocre ? Car elle est médiocre, son sortilège est médiocre et le tas de papiers déchirés reste intact sous son regard frustré. Le bruit de sa baguette qui rebondit contre le mur résonne un moment dans la chambre, seulement entrecoupé par les mots d'Yshre qui n'ont pas la moindre importance. Je n'ai même pas la force d'être choquée qu'elle traite ainsi son catalyseur.

Je capte enfin son regard. La crise est passée. J'écoute les battements de mon cœur et garde le silence encore un peu, le temps de la laisser finir d'articuler vainement tout ce qu'elle à me dire. Est-elle sincère quand elle affirme qu'elle ne peut m'aider, que tout est faux, qu'elle n'a rien à voir avec Kristen ? Sincère dans son mensonge ? Le croit-elle réellement ? Après tout ce qu'elle vient de vivre, la crise sur son lit, son coup de colère... Peut-elle réellement y croire ?

Je fouille son visage, mes yeux glissent sur les larmes retenues au coin des siens, rebondissent sur les rides d'émotion qui altèrent la plaine lisse de sa peau, s'arrêtent sur sa bouche tordue dans un angle déterminé.

« Me mentir à moi, encore, j'aurais compris, articulé-je doucement d'une voix maitrisée. Mais te mentir à toi-même... ? »

Je laisse ces mots suspendus dans le silence quelques secondes, le temps d'observer le carnage qu'est devenue sa chambre.

« Tu as peur, affirmé-je. Mais ta réaction quand j'ai prononcé son nom... » Je désigne le lit d'un geste large du bras. Puis je baisse les yeux vers le monticule de papiers déchirés. « Ça montre bien que rien de tout ça est faux. »

Je l'affirme avec une ardeur qui m'étonne. Je me rends compte que je ne me contente pas d'y croire : j'en suis persuadée. Désormais, plus rien ne me fera douter. J'ai trouvé un nouveau chemin pour ma quête et rien ne me le fera quitter. Surtout pas la peur d'une seule personne, d'une seule fille. Je ne sais pas si elle est victime de toute cette histoire ou actrice de ma peine, mais qu'importe ? Elle sera l'instrument qui me mènera au terme de ma quête.

Je traverse la pièce pour me planter devant elle, la chaise entre nous, les pieds dans le champ de bataille qui s'étale sur le sol. Je piétine son œuvre qu'elle n'a pas su détruire.

« Rien. N'est. Faux. »

Je le martèle d'une voix claire, concise, mais mon ton est bas et mes yeux ne flamboient pas : je ne menace pas, je veux convaincre. Jamais je ne la laisserai oublier la réaction que le prénom de ma directrice a créé chez elle. Jamais. Pendant un bref instant, un clignement de paupière tout au plus, une colère vive traverse mon visage.

« Tu n'as peut-être rien à voir avec elle, » poursuis-je à mi-voix, mes yeux dévalant son visage, puis son corps. Oui, vraiment rien. « Mais elle, elle a un lien avec toi, et je ferai tout pour découvrir lequel exactement. »

Je suis plus perdue qu'à mon arrivée, quand j'étais encore persuadée qu'Yshre connaissait Kristen et qu'elle allait pouvoir me mettre sur son chemin. Maintenant, je n'en suis plus très sûre, je crois que le lien est beaucoup plus complexe, étrange, sombre. Mais l'obscurité ne m'a jamais fait peur.

Ça, c'est le vrai ! Promis juré !

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Tu sais que je suis tombée dans le panneau. Et voilà, j'assume, que nos lecteurs le sachent ! Encore une fois bien joué. :grin:

If you ever heard what I heard in my mind, never try, you would cry,
that's a lie : you would die

LITTLE SIMZ - VENOM


Peur, moi ? Oui ! Bien sûr que j'avais peur. J'étais même terrorisée. Mon corps avait réagi de façon si violente à un seul petit, tout petit nom. Quels autres déclencheurs pourraient me faire sombrer à nouveau, au moment où je m'y attendrais le moins ? Quels autres noms, quels autres visages, quels souvenirs qui, je le jure ! ne m'appartenaient pas ? Je n'étais pas quelqu'un de fragile : je regardais avec Marshall les films d'horreur les plus gores et terrifiants que le cinéma avait pu produire. Mais ces images, ces cauchemars, ces douleurs ravivées et ces sentiments, c'était complètement différent. Être possédé, cela n'a rien à voir avec une soirée sympathique à manger des pop corn devant L'Exorciste. C'est beaucoup moins drôle en vrai.

Je ne savais pas ce que j’avais fait pour mériter que ma vie fût ainsi gâchée. Je pensai aux cicatrices qui striaient mes avant-bras désormais recouverts de tatouages. Si seulement tout avait pu s’arrêter à ce moment-là… Je ne me souvenais même plus ce qui m’avait poussée à vouloir mourir ce jour-là mais je devais avoir de très bonnes raisons d’en arriver à de telles extrémités. Car mes membres ne mentaient pas : je ne m’étais pas seulement mutilée, j’avais vraiment voulu en finir. Qu’est-ce qui m’avait sauvée ? Ou plutôt : qu’est-ce qui m’avait condamnée à continuer ? Qui ? Qui s’était permis de venir contredire mon choix ? Maintenant, j’avais un nom, une coupable à condamner pour mon malheur. Kristen Loewy. La simple pensée de son nom suffisait à faire violemment cogner mon cœur contre ma cage thoracique. J’en étais sûre, elle était responsable de tous les chamboulements de ma vie. J’ignorais pourquoi elle m’avait infligé cela mais c’était sa présence dans mon esprit qui m’avait empêchée de mourir. Où était-elle, maintenant, à part dans ma tête ? Quelles explications pouvait-elle me fournir ? Je ne la connaissais même pas ! Pourquoi se permettait-elle de hanter mon esprit ? De quel droit m’imposait-elle cet échange : ta vie contre ton âme ! Je ne devais pas être bien loin de la vérité en la qualifiant de démon. Ce pacte ressemblait étrangement aux marchés obscurs que l’on passe avec le diable. Le souci, c’est que je ne me souvenais pas avoir consenti à échanger mon âme contre la poursuite de mon existence.

Cette femme était le lien entre Aelle et moi. Je devais comprendre ce que nous avions de commun, quelles expériences nous avions pu partager. La jeune sorcière avait l’air dans un meilleur état mental que moi : disons qu’elle avait toute sa tête. Elle avait choisi d’oublier certains éléments de sa vie. Quoi, exactement ? Je savais désormais que le démon nommé Kristen Loewy l’avait profondément blessée : Aelle avait-elle été traumatisée au point de vouloir effacer de sa mémoire son existence ? Je commençais à réellement me convaincre que nos parcours étaient très similaires. Forcément, elle avait été meurtrie, hantée, maudite, quelque chose de ce genre-là. Et elle s’en était sortie. Le démon l’avait quittée. Comment s’était-elle débarrassée d’elle ? Se souvenant désormais du traumatisme qu’elle avait subi, elle devait vouloir se venger. Aelle montrait l'insistance de la victime d'un crime enfin prête à en découdre, à réclamer justice. Et moi, étais-je prête à la suivre dans sa quête de vengeance ? Ne valait-il pas mieux effacer le peu de souvenirs qu'il me restait pour oublier que j'étais hantée, comme Aelle avait certainement dû le faire ? J'aurais sans doute préféré être complètement amnésique que possédée !

Les questions tourbillonnant dans mon crâne faisaient battre mes tempes. Je passai le dos de ma main droite, sur lequel dépassait la tête du serpent d’encre noire qui m’enroulait l’avant-bras, contre mon front. Complètement perdue, je soupirai, épuisée par mes propres interrogations.

« Je n’y comprends rien… C’est qui, cette… cette… personne ? Pourquoi elle fait ça ? Pourquoi moi ? Et à toi, qu'est-ce qu'elle a fait ? Pourquoi ça t’intéresse, tout ça ? Elle t'a... montré des choses que tu ne voulais pas voir ? »

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Ses mots me percutent, littéralement. Sous les assauts violent de mon cœur, je fais un pas en arrière. Un pas léger, quasi indiscernable, mais moi je le ressens car pendant une fraction de seconde, je brûle de l'envie, du besoin de m'éloigner d'elle, d'instaurer entre nous une distance de sécurité. Ses dernières questions effacent complètement les premières, qui sont pourtant les plus importantes. Parce qu'à peine a-t-elle évoqué l'hypothèse que Kristen ait pu me faire du mal, que j'ai eu envie, que j'ai encore l'envie, de lui hurler à plein poumons qu'elle ne m'a rien fait, rien fait du tout. Parce que c'est vrai. C'est vrai, n'est-ce pas ? Elle ne m'a rien fait concrètement parlant. Elle m'a peut-être abandonnée... Elle m'a fait espérer des choses qu'elle n'a pas été capable de me donner... Elle m'a jeté dans une quête au bout de laquelle ce qui m'était promis n'existait pas... Elle a laissé derrière elle un horizon de possibilités et pas la moindre chance d'atteindre une seule d'entre elles... Elle inonde mes nuits de cauchemars, mon cœur d'espérance, mon âme d'une tristesse qui ne veut plus me quitter... Mais rien de tout cela n'est réellement concret, rien de tout cela ne ressemble à ce que semble subir Yshre. Alors je crois que je peux affirmer qu'elle ne m'a rien fait. Et c'est exactement cela que je lui reproche. Le vide n'a jamais été une action. Et pour quelqu'un qui affirme que les actes sont plus importants que les mots, cela signifie énormément.

Il me faut batailler pour centrer mon esprit sur ce qui est le plus important, en l'occurrence les seules questions auxquelles je n'ai pas réponse : pourquoi ? Pourquoi Yshre connait-elle son nom ? pourquoi cette réaction anormalement violente ? pourquoi a-t-elle une présence qu'elle associe à Kristen dans la tête ? Pourquoi Kristen aurait-elle pris le risque de laisser quelque chose d'elle-même dans l'esprit d'une totale inconnue ? À moins qu'elle ne soit pas si inconnue que cela. Mais pour comprendre comment une telle chose est arrivée, cette fille doit tout me raconter, je dois comprendre.

« Je ne sais même pas ce qui s'est passé exactement, c'est un peu tôt pour les "pourquoi", » commencé-je d'une voix prudente en fouillant son regard.

Et j'avoue que je doute encore de la véracité de son ignorance, je ne suis pas certaine qu'elle me dise toute la vérité, tout ce qu'elle sait, consciemment ou non. Mais je ferai en sorte que nous y arrivions, à la vérité dans sa totalité. C'est une promesse d'ores et déjà scellée.

« Je t'assure qu'on finira par savoir. Je finis toujours par comprendre. »

Et soudainement, après des mois à ne rien savoir, à ne rien vouloir apprendre, comprendre, à ne pas réussir à focaliser mon esprit sur quoi que ce soit, à douter, même, être capable de faire ce pour quoi j'ai toujours été bonne, à savoir étudier, apprendre, comprendre, après ces longs mois de doute et de vide abyssal, je me rends compte que j'y crois sincèrement : je me sais capable de faire le jour sur cette histoire. Ce n'est pas une foutue question de confiance en soit, ce n'est que de la détermination. Toutes les fibres de mon corps vibrent et convergent vers un même but : Kristen. Je n'ai pas ressenti cela depuis des mois. Je sais que le reste n'est que patience et apprentissage. Mais peu importe ce que je rencontre sur mon chemin, je réussirai à comprendre ce qui est arrivé et pourquoi cette fille est liée à tout cela.

J'aimerais la pousser à parler, j'ai besoin de savoir tout ce qu'il s'est passé depuis le début, depuis quand elle ressent ça, depuis quand elle a compris que cette présence existait dans sa tête, je dois savoir ce qu'elle ressent exactement, ce qu'elle voit, ce qu'elle vit. Je dois tout savoir pour commencer, ne serait-ce que commencer à comprendre et à mettre un peu d'ordre dans le capharnaüm qu'est devenu mon esprit. Je ne sais plus que croire ni penser, ni qu'espérer ni qu'attendre de cette nouvelle relation. Je ne sais rien. Elle doit donc tout me dire, pour que j'arrête de ne rien comprendre. C'est aussi simple que cela.

Mais ce sera un travail ardu, chronophage, elle devra être totalement disponible. Jamais nous ne pourrons nous y mettre sans que je n'ai rempli ma part du contrat. Oui, je dis "nous" car malgré moi, ce coup-ci, ce sera un travail d'équipe. Drôle de coïncidence de se dire que le dernier travail d'équipe que j'ai essayé de mener était avec Kristen. Si je ne réponds pas aux questions d'Yshre maintenant, ce ne sera que cris, violence et injures, elle va renâcler comme une enfant mécontente, exiger de comprendre alors même que je ne peux rien expliquer sans son histoire à elle. Mais si je dois donner, même légèrement, pour avoir la paix et me rapprocher des réponses, alors je le ferai.

Pour gagner du temps, je me détourne pour aller m'asseoir sur le lit. Je me laisse lourdement tomber sur les draps froissés par la crise d'Yshre. Kristen a toujours été un secret précieux, je la gardais cachée dans des recoins discrets de mon âme, sans raconter nos discussions à qui que ce soit, pas même Zikomo. Elle était mon antre secrète, réceptacle de ma haine, parfois de mon attachement, souvent de mes tristes reproches. Personne n'a la moindre idée de notre lien, de ce que nous étions, de ce qu'elle est encore. Je n'ai pas envie de violer notre intimité, pas envie de raconter à cette fille ce qu'il se passait dans le bureau directorial, pas envie de raconter Kristen, ses regards qui me perforaient, ses paroles qui me hantaient, ses reproches qui me tuaient, ses rares compliments qui me faisaient voler. Je veux garder toutes ces choses cachées tout au fond de mon cœur, les emballer sous des couches d'émotions et de rancœur, ne jamais les ressortir, ne jamais les dévoiler.

Alors oui, au moment d'ouvrir la bouche, je bute contre le mystère dont j'ai enveloppé cette femme. Malgré mes lèvres entrouvertes, aucun son ne sort, aucun mot ne se forme. Alors je referme la bouche, baisse les yeux sur mes mains attachées l'une à l'autre et je fronce les sourcils pour me donner le courage de parler de choses qui ne concernent pas cette fille.

« Elle ne m'a rien fait, » murmuré-je alors dans un filet de voix.

Merlin, pourquoi cela sonne-t-il comme le plus gros mensonge que l'univers ait porté ?

« Mais... Je la connaissais et... Je la cherche. Depuis... Longtemps. J'avais... aucune trace d'elle. Jusqu'à toi. »

Je trouve le courage de lever les yeux vers elle.

« Et cette personne était... » Mon cœur s'arrache de ma poitrine. Je grimace. « Est l'une des plus grandes sorcières de sa génération. Elle a été... Directrice... de Poudlard..., » terminé-je d'une voix hachée avant de me taire définitivement parce que ces paroles font remonter une tristesse si pure, si brute qu'elle fige le sang dans mes veines.

Je ne croyais plus possible de ressentir de telles choses, je croyais bêtement que le désespoir avait ses limites.