Nos peaux se souviennent PV PNJ


Mercredi 26 janvier 2050 — fin de matinée
180 Buck Street, Camden Town — Londres
20 ans



Depuis des jours, la pluie s’abat sans discontinuer sur la capitale moldue. Ce matin, elle martèle les rues de Camden Town avec violence. J’avance tête nue et baissée : la seule cape qui pourrait passer pour un manteau moldu que je possède n’a pas de capuche. Zikomo se cache dans un repli du vêtement, près de mon cou. J’avais prévu instinctivement de venir seule, mais puisqu’il est au courant de tout cela m’a paru cohérent de l’amener avec moi, une fois avoir dépassé le malaise de mélanger deux pans de ma vie que je garde séparés depuis si longtemps.

L’appréhension me noue l’estomac, mais je ne peux pas repousser ce moment plus longtemps. Je n’en peux plus d’attendre. Je sais que ces étranges retrouvailles ne seront pas agréables, ni pour elle ni pour moi. Mais s’il le faut, je suis prête à m’excuser devant elle, même si ce n’est pas sincère. Qu’importe ? Tant qu’elle répond à mes questions. J’éprouve une réticence, cependant, à croiser une nouvelle fois son chemin. La dernière fois, je n’ai pas aimé sa façon de me parler. Elle m’a semblé hautaine, directive, irrespectueuse. Je ne l’ai pas aimé elle et je regrette de devoir m’allier à elle pour avancer dans ma quête. Qu’est-ce qu’a bien pu lui trouver Kristen ? Cette question va finir par me rendre folle.

Je tourne au carrefour et le 180 Buck Street m'apparaît de l’autre côté de la route. Je me fige sur le trottoir et me rapproche du mur dans un effort de discrétion, les yeux grands ouverts.

« Un salon de tatouage ? » marmonné-je à mi-voix, étonnée de trouver une boutique alors que je pensais arriver devant un immeuble d’habitation.

Sur la façade en briques grises est inscrit dans une écriture stylisée le nom du salon. Derrière la vitre, j'aperçois du matériel professionnel, un comptoir, la silhouette de deux personnes. C’est donc ici que vit Yshre, l’inconnue sans intérêt qui a un jour côtoyé Kristen Loewy ? Je pince les lèvres, croise les bras sur ma poitrine et m’adosse au mur malgré la pluie qui m'inonde, les yeux braqués sur la vitrine.

Elle est passée par trois services différents, dont celui de ma mère. Se pourrait-il qu’elle l’ait eue comme patiente mais qu’elle me l’ait caché ? Peut-être, je n’en sais rien et cela n’a aucune importance. Le service d’empoisonnement, le service de pathologie des sortilèges, le service de psychomagie où elle a passé le plus de temps. Que conclure de ce dossier ? Zikomo n’a pas voulu m’en dire davantage, car s’il est capable de voler des informations confidentielles, il ne peut apparemment pas me confier le contenu de son dossier médical — « Ma morale me l’empêche, n’insiste pas, s’il-te-plaît ». J’ai trouvé ça idiot, mais je n’ai pas insisté. Après tout, je me fiche comme de mon premier chaudron des symptômes de cette Yshre. La seule chose qui m’inquiète, c’est que son souci de mémoire n’a semble-t-il pas été résolu, sinon elle n’aurait pas enchaîné autant de services.

Derrière la vitrine, quelques silhouettes s’activent, mais aucune ne ressemble à la fille que je cherche. J’aurais pu rester longtemps dehors à les observer jusqu’à la voir apparaître. Analyser, comprendre, surveiller les allers-venus. Mais à la place, je lance un regard à droite et à gauche puis je traverse la rue d’un pas déterminé. J’ai assez attendu.

Trempée de la tête au pied, je pousse la porte d’entrée du salon de tatouage Cursed Sigils Tattoo. Je rentre après m’être essuyée les pieds. Mes yeux partent en quête des deux personnes installées sur le canapé. Laquelle s’occupe de cet endroit ? Mon regard navigue de l’un à l’autre, de l’homme à la longue chevelure à la femme rousse au visage étroit. Je décide d’être directe.

« Bonjour, dis-je en refermant la porte derrière moi. Je cherche Yshre. »

Que je prononce Waïshri, persuadée que c’est la bonne façon de faire.

Reducio
- Votre PJ est présent ? oui
- Nom et prénom du PNJ (+ lien avec votre PJ) : Zikomo, compagnon Mngwi, actif
- Lien vers la fiche du PNJ
Intérêt d'utiliser ce(s) PNJ dans ce RP précis pour votre PJ : accompagne Aelle car il est h24 avec elle. Ce que ça apporte à Aelle qu'il soit là : soutien émotionnel, l'ancre dans la réalité à un moment où elle ferait tout pour la quitter, l'aide à traverser ces moments difficiles, et même s'il ne servait à rien ça ne changerait pas qu'il serait quand même là.
Dernière modification par Aelle Bristyle le 19 mai 2025, 18:22, modifié 6 fois.

Nos peaux se souviennent PV PNJ
Reducio
- Votre PJ est présent ? oui
- Nom et prénom du PNJ : Marshall Rose, colocataire d'Yshre (Kristen), prétexte
- Lien vers la fiche du PNJ : par là !
- Intérêt d'utiliser ce(s) PNJ dans ce RP précis pour votre PJ : Il est nécessairement présent car il est propriétaire du bâtiment (shop et appartement au-dessus)



Était-ce la luminosité grisâtre des jours de pluie londoniens, le reflet des néons du salon de tatouage Cursed Sigils Tattoo ou le contraste avec les tags colorés de la rue qui faisaient paraître cette fille trempée si pâle et maladive ? Il ne manquait qu’un coup de tonnerre pour ajouter au spectacle de son entrée brutale.

Quand elle pénétra dans le shop, Marshall Rose, tatoueur de profession et batteur de passion, interrompit sa conversation avec Billie, l'une de ses clientes les plus fidèles qui avait ce matin pris rendez-vous pour combler le peu d'espace vide qui lui restait sur la peau en se faisant graver sur la fesse gauche le portrait de son bouledogue Kiki, petit ange parti trop tôt d'une infection respiratoire. Marshall avait bien sûr émis quelques réserves quant à ce choix et s’était appliqué à proposer une version zombifiée de l’animal, ce qui lui semblait à la fois plus fun et moins risqué. Il était suffisamment doué pour réaliser des portraits de qualité mais il en avait horreur. Cela manquait trop de fantaisie et de créativité à son goût, sans compter qu'un seul mouvement du client pouvait tout faire capoter. Un simple éternuement et Kiki se retrouvait immortalisé sur une fesse avec la mâchoire de travers. Heureusement, il aimait bien Billie, et par chance, un bouledogue était de toute façon un être ignoble et disproportionné. En lui ajoutant quelques éléments morbides, il ne prendrait aucun risque.

Il referma son carnet de dessins et s’excusa auprès de Billie pour l’interruption. S’il ne s’agissait que de prendre rendez-vous pour développer un projet de tatouage, Marshall pouvait bien prendre quelques minutes pour accueillir sa nouvelle cliente. Cependant, la jeune femme ne semblait pas tout à fait parler anglais. Si ses salutations étaient parfaites, elle prononça un mot incompréhensible dans une langue étrangère que Marshall devait éclaircir.

« Bonjour, répondit-il poliment et suffisamment lentement pour espérer se faire comprendre. Waïshri, tu dis ? »

Il réfléchit un instant. Malingre comme elle était, cette fille devait avoir besoin de manger un bout. Il y avait bien un restaurant de sushis qui devait prochainement ouvrir, un peu plus au nord dans le quartier, là où les touristes étaient les plus nombreux et les plus disposés à dépenser leur argent dans de la nourriture pseudo-japonaise de mauvaise qualité. Marshall détestait les sushis anglais. On ne pouvait pas prétendre maîtriser l’art du poisson frais quand la tradition nationale s’obligeait à le frire pour le rendre mangeable…

« C’est le nouveau restau japonais ? demanda-t-il. »

Quelque chose le perturbait avec cette jeune femme. Il avait l’impression d’avoir déjà vu son visage quelque part, il n’y avait pas si longtemps que cela. Il faut dire qu’il croisait beaucoup de monde, entre les clients suffisamment nombreux pour témoigner de son indéniable talent, les fêtards amateurs de hard rock rencontrés dans les bars où se produisait son groupe, les Arcane Riot, et les simples habitués du quartier.

Billie fit remarquer que le nouveau restaurant japonais se nommerait Su’ship et qu’il n’avait pas encore ouvert, mais qu’il proposerait plusieurs modèles de navires de sushis de cinquante à soixante-dix livres sterling (ce qui était une véritable honte), tout ça pour du poisson pollué aux microplastiques tout droit issu du Mersey et venu en camion mal réfrigéré de Liverpool. Billie avait quelques tatouages qui faisaient référence à ses mangas préférés sur le corps et elle avait un avis aussi tranché que celui de Marshall sur la cuisine japonaise servie en Angleterre. Elle conclut en ajoutant que le restaurant devrait plutôt s'appeler Su'shit et elle sembla assez fière de sa trouvaille. Le tatoueur approuva les dires de sa cliente d’un hochement de tête, sans pour autant montrer plus d'appréciation pour son trait d'humour (il aurait pu la trouver aussi, celle-là). Il s’adressa à la jeune femme avec toute la patience, la gentillesse et la serviabilité qui le caractérisait :

« Désolé, je n’ai pas compris ce que tu cherchais. Qu’est-ce que c’est, Waïshri ? »

Mon PJ sera bien présent dans ce RP. ;)

Équipe Modératus | UTC+8 à partir du 07/08
Mère du dragon - Justice funèbre - Grande Prêtresse Noire - DJ Kraken |

Nos peaux se souviennent PV PNJ
L'eau me dégouline sur le visage et glisse le long de mon cou. Je passe la main sur mon front et ramène mes cheveux trempés vers l'arrière pour les laisser mieux s'égoutter sur le sol derrière moi. Par principe, je reste sur le tapi devant l'entrée, ne serait-ce que pour ne pas voir s'étaler sous mes pieds une flaque d'eau. Ma baguette me démange ; que ne puis-je la dégainer pour me débarrasser de toute cette eau ! Mais chez les moldus, c'est la règle, alors je garde mes mains sagement rangées le long de mon corps tandis que l'homme — le responsable de ce lieu ? — se lève pour m'accueillir.

Je m'attendais à ce qu'il me déroule Yshre sur un tapis rouge, qu'il l'appelle pour qu'elle descende des escaliers que j'aperçois ou qu'il m'explique par le menu que madame est sortie et qu'elle ne tardera pas à rentrer. Souhaitez-vous l'attendre ici ? m'aurait-il dit, et je me serais installée sur son canapé que j'aurais trempé de la pluie de Londres. Mais rien ne se passe ainsi, il se contente de répéter le prénom comme un jobarbille sur le trépas.

Je cligne des paupières, perdue. Un restaurant japonais ? Qu'est-ce que la gastronomie japonaise a-t-elle à voir dans cette conversation ? Pendant un moment, je crains m'être trompée d'endroit et envisage de sortir dans la rue pour m'assurer que le numéro sur le bâtiment est bien le 180. Je m'en empêche au dernier moment, alors que celle qui doit être une cliente y va de son petit commentaire — je me fais suffisamment confiance pour savoir que je suis au bon endroit. Le trait d'humour de la dame me laisse de marbre. Mon regard sombre passe d'elle à l'homme à la chevelure soyeuse qui me répète sa question.

Je fronce les sourcils, penaude sur mon petit paillasson qui se gorge de l'eau sale de l'extérieur.

« Non, rétorqué-je d'une voix froide, je ne parle pas d'un restaurant. »

Mes yeux partent une nouvelle fois en quête de l'escalier dont les marches disparaissent dans l'obscurité de l'étage.

« Je cherche une fille, » précisé-je d'une voix lente pour être certaine de bien me faire comprendre.

Avec les Londoniens, on ne sait jamais. J'ai appris de mes balades dans les rues de cette ville gargantuesque, l'année dernière, qu'il n'est pas toujours facile de se faire comprendre des Londoniens, surtout les moldus. On ne m'a pourtant jamais fait remarquer le moindre accent, moi qui vient d'une Angleterre pas si profonde que ça et qui parle un anglais tout à fait correct. Se pourrait-il qu'Yshre ait donné un faux nom à l'hôpital ? Ou à cet homme ? Mes sourcils se froncent un peu plus fort.

« Yshre, répété-je de la même manière, au cas où il ait oublié, par je ne sais quelle sorcellerie, le nom de la personne qui vit ici, peut-être avec lui. Elle vit ici. »

Mes yeux parcourent le salon de tatouage et s'arrêtent un instant sur le fauteuil barbare qui occupe un coin de la pièce, avec ses pièces molletonnées modulables et tout l'équipement qui l'accompagne.

« Normalement, » ajouté-je à mi-voix, parce que cet endroit me semble étrange pour choisir d'en faire son lieu de vie.

Je ramène mon regard sur l'homme. Malgré son incompréhension, son ton reste professionnel, agréable. Je ne doute pas un instant qu'il s'agit d'un artifice de vendeur. Je reste proche de la porte, comme si le paillasson constituait la seule zone sûre des environs et qu'il ne me fallait surtout pas poser le pied sur le sol. En vérité, je me sens mal à l'aise dans cet environnement, face à ces inconnus. Je regrette qu'Yshre n'ait pas été seule : ces gens me compliquent la tâche.

Nos peaux se souviennent PV PNJ
La jeune femme semblait focalisée sur les escaliers menant à l’appartement de Marshall, juste au-dessus du salon. Quand elle éclaircit l’objet de sa présence, les neurones du tatoueur se connectèrent et son visage s’illumina.

« Aaaah, Yshre ! s’exclama-t-il en corrigeant la prononciation de sa visiteuse. »

Il pensa qu’elle n’avait pas l’air bien aimable et que ce n’était probablement pas dû uniquement au temps morose de l’hiver anglais. Il la dévisagea longuement, un sourire légèrement figé aux lèvres, cherchant dans sa mémoire où il avait vu ce visage renfrogné et sévère. Cela avait donc un rapport avec sa nouvelle colocataire. Soudain, il lui sembla se souvenir. Il n’était pas sûr d’apprécier la réponse qu’il venait de trouver dans sa mémoire mais il n’en laissa rien paraître. Il invita la jeune femme à entrer, réitéra ses excuses auprès de Billie et se dirigea vers les escaliers. Il grimpa sur la deuxième marche et s’écria :

« Yshre ! Viens voir ! »

Il attendit quelques secondes. Il n’y avait aucun bruit, là-haut, aucun mouvement. Il réessaya d’appeler sa colocataire avant de se décider à monter les marches deux à deux, avec une vigueur athlétique. Marshall toqua à la porte de la chambre de son amie et n’obtint toujours pas de réponse. Il finit par pousser la porte en se cachant les yeux et en tournant la tête, au cas où elle serait en train de se changer. Il se risqua à jeter un coup d’œil et vit sa colocataire assise en tailleur sur son lit, une planche sur les genoux et des crayons étalés sur les draps. Elle avait un gros casque sur les oreilles et n’avait visiblement pas remarqué sa présence. Quand elle le vit enfin, elle sursauta et lui lança un regard désapprobateur.

« Tu aurais pu toquer !
- J’ai toqué, j’ai même crié, mais comme tu es à moitié sourde…
- Qu’est-ce qu’il y a ? Il est quelle heure ? demanda-t-elle, ignorant la remarque.
- L’heure de sortir de ton antre. Tu as de la visite.
- Bien sûr, soupira-t-elle en renfonçant son casque sur sa tête.
- C’est pas une blague, dit Marshall en lui confisquant l’engin. »

Il se dirigea vers un petit bureau plein de dessins dans un coin de la pièce. Il fouilla parmi les œuvres et en retira le portrait d’une jeune femme. Il l’observa un instant pour vérifier son hypothèse et l’envoya sur le lit d’Yshre.

« Elle est là. »

La jeune amnésique regarda troublée le portrait qu’elle avait fait d’Aelle lorsqu’elle était à l’hôpital, d’après les souvenirs qu’elle avait pu rassembler de leur rencontre. Son cœur se mit à battre plus fort et elle fut d'abord incapable de bouger. Elle était partagée entre deux sentiments : celui de l’envoyer bouler en refusant de descendre et celui de courir à sa rencontre pour lui demander ce qu’elle pouvait bien lui vouloir et comment elle l’avait retrouvée. Marshall sentit la tension qui troublait sa colocataire. Il connaissait l’histoire de leur rencontre, au Chaudron Baveur puis dans la forêt, et comment cette sorcière avait défiguré Yshre à cause d’un transplanage raté.

« Je la mets dehors ? demanda-t-il. »

Yshre hésita pendant quelques secondes. Finalement, elle lâcha un profond soupir et se leva.

« J’y vais.
- Je te couvre, sourit le rockeur.
- Je suis une grande fille, tu sais. Et j’ai une baguette, maintenant, fit-elle en le dépassant pour quitter la pièce.
- Hé, j’ai une cliente moldue en bas ! rouspéta-t-il gentiment.
- Pas de souci, je m’en occuperai aussi, il ne restera aucune preuve de mon emportement… ironisa la jeune sorcière. »

***


Je la reconnus tout de suite, avec sa tronche de lémurien en colère. Aelle. Marshall ne s’était pas trompé. J’avais eu le temps de m’habituer à l’idée de son visage, dessiné et maintes fois observé, et si sa présence chez moi me troublait, je me sentais mieux armée pour l’affronter, cette fois. Je me dirigeai vers elle tandis que Marshall retrouvait sa cliente, jetant régulièrement un coup d’œil dans ma direction pour s’assurer que les événements ne prennent pas une tournure désastreuse.

Je brûlais de lui poser une centaine de questions en même temps. J’avais bien envie de lui coller une bonne gifle, aussi. Au lieu de cela, je lâchai sèchement :

« Viens. Tu vas geler, près de la porte. »

Je me dirigeai vers les escaliers et attrapai au passage un sachet de dragées surprise de Bertie Crochue sur le comptoir. Marshall me suivit du regard, inquiet.

Équipe Modératus | UTC+8 à partir du 07/08
Mère du dragon - Justice funèbre - Grande Prêtresse Noire - DJ Kraken |

Nos peaux se souviennent PV PNJ
Lorsqu'il corrige ma prononciation, j'ai la présence d'esprit d'afficher une grimace contrite. Elle n'est pas surjouée : je me sens vraiment désolée d'avoir bêtement perdu du temps à cause d'un incompréhension aussi idiote. Il faut dire que ce prénom n'est pas commun. Je ne sais pas d'où elle le sort, il est aussi étrange qu'elle. Sous le long regard de l'homme, j'affiche un regard neutre, le laissant poursuivre son observation tout en me répétant mentalement la bonne prononciation histoire de ne plus faire d'erreur, passant du Waïshri qui était logique à un Ishré que je sais déjà avoir du mal à prononcer. À ce moment, alors que le tatoueur me libère enfin du joug de son regard pour appeler ladite Yshre, je sens un infime tremblement sur mon épaule : je comprends que Zikomo est en train de se moquer de la scène qui vient d'avoir lieu. Je le désarçonne discrètement en haussant les épaules, le regard braqué sur la cascade de cheveux de l'homme, le dos bien droit. Et si la cliente me trouve des comportements étranges, c'est son problème.

Puisqu'un cri ne suffit pas, l'homme disparaît à l'étage, me laissant avec sa cliente dont je sens le regard braqué sur moi. L'angoisse fourrage dans mes entrailles. Il me semble entendre du bruit, là-haut, mais peut-être n'est-ce que mon imagination. Est-elle réellement là ? Mon ventre me fait mal et ça n'a rien à voir avec ma nausée d'hier soir. Mon coeur bat trop profondément et je sens ses tremblements dans tout mon corps. Merlin, si elle ne descend pas rapidement je crois que mes jambes tremblantes vont me lâcher. Pourquoi suis-je dans cet état ? Qu'est-elle, après tout, si ce n'est le pont qui m'aidera à poursuivre ma quête, mon seul et unique espoir, ma seule lueur d'espoir ? Oh Merlin, elle est absolument toutes ces choses.

Sentant encore le regard de la cliente sur moi, je finis par tourner les yeux vers elle dans l'espoir de me changer les idées. Des dessins parsèment le moindre centimètre carré de peau que j'aperçois, seul son visage est épargné.

« Impressionnants, n'est-ce pas ? »

Je dresse un sourcil. Parle-t-elle de ses tatouages ? Parce que si c'est le cas, c'est loin d'être impressionnant. C'est plutôt étrange, en fait, cette tendance à vouloir cacher sa peau. Je vois ça comme une cape derrière laquelle se camoufler, une cape qui serait ancrée en elle. Ou plutôt encrée. Je me contente d'un léger haussement d'épaules en guise de réponse.

« Il ne me reste pas beaucoup d'espace, s'amuse-t-elle, c'est pour ça que je suis ici : combler le dernier vide. »

Elle a un petit rire étrange, comme si sa phrase contenait une blague qu'elle seule pouvait comprendre.

« Et vous ? me demande-t-elle ensuite, loin d'être intimidée par le regard blasé que je lui lance. Vous en avez, des tatouages ? Sur la peau ou en projet ? »

Des bruits résonnent dans l'escalier. Mon coeur manque un battement.

« Non. »

Sur cette réponse laconique lancée à la va-vite, elle apparaît. Yshre. Je ne la trouve pas changée, mais il faut dire que je ne la connaissais pas tellement, à la base. Mes yeux se verrouillent sur elle lorsqu'elle avance vers moi. Je suis étonnée qu'elle ne brûle pas d'une colère brûlante. De mon côté, j'ai l'impression que mon coeur me remonte dans l'estomac. Je cache mon appréhension derrière un masque colérique et, sans dire un mot, je lui emboîte le pas en me demandant si elle s'inquiète réellement de ma température corporelle ou si sa gentillesse n'est due qu'à la présence des deux autres.

Après un dernier regard à l'homme dont les yeux me suivent, je disparais dans l'ombre des escaliers en essayant de ne pas écouter les battements furieux de mon coeur dont toutes les alarmes s'allument maintenant qu'il est en présence d'une personne en laquelle je n'ai aucune confiance et à qui je vais devoir me confier plus que de raison.

Elle nous emmène dans ce qui semble être sa chambre. Mes poings sont crispés, mes muscles bandés, mes sourcils froncés. J'ai chaud, maintenant que je suis bien à l'abri, pourtant je ne fais pas mine d'enlever ma cape. Je ne quitte pas Yshre des yeux un seul instant. Tendue comme un arc, je me demande pourquoi je ressens ça. Cette envie de la pousser de toutes mes forces pour qu'elle se ramasse par terre, tout en ayant besoin que nous nous asseyions calmement afin de discuter.

Pour m'occuper les mains, j'attrape ma baguette et me sèche d'un sortilège à peine murmuré avant de rengainer. Lorsque je prends la parole, ma voix est rauque, brutale.

« Je me souviens. »

Ces mots prononcés, je détourne les yeux vers les murs de sa chambre, soudainement incapable de soutenir son regard.


Reducio
- Votre PJ est présent ? oui
- Nom et prénom du PNJ (+ lien avec votre PJ) : Inconnue, zéro lien, prétexte
- Lien vers la fiche du PNJ
- Intérêt de ce RP pour votre PJ : Montrer comment Aelle réagit avec des inconnus quand elle est forcée d'être en contact avec eux. Ici, il est notamment question d'une personne présente dans la pièce où elle est, Aelle est forcée d'être en sa compagnie, montrer qu'Aelle ne ressent aucun besoin de faire la conversation ou de se montrer aimable. Donner un tout petit peu de profondeur à ce moment où les deux se retrouvent seules dans la pièce.
Dernière modification par Aelle Bristyle le 27 avr. 2025, 12:32, modifié 2 fois.

Nos peaux se souviennent PV PNJ
Quand nous rejoignîmes ma chambre, je posai les dragées surprise sur ma table de chevet, je ramassai sur le lit le portrait d’Aelle et l’œuvre commencée ce matin qui dépeignait mon cauchemar le plus récent, et je déposai le tout dans un coin de mon bureau, en réorganisant rapidement le tout et en veillant à mettre le portrait de la jeune sorcière en-dessous du tas de dessins. Pendant ce temps, je vis Aelle sécher ses vêtements d’un coup de baguette magique. Ce geste ne m’impressionna pas. Moi aussi, je savais sécher toutes sortes de chose avec ma baguette. J’avais d’ailleurs probablement plus d’expérience qu’elle dans ce domaine, acquise en très peu de temps, à force d’assiettes, de verres et de couverts séchés au bar-restaurant, sans compter le ménage d’après service. Cette pensée me fit plaisir : par rapport à notre dernière rencontre, je me sentais beaucoup moins limitée et novice en matière de magie. De plus, elle était ici dans mon antre, mon espace, et cela me donnait l’impression de pouvoir contrôler la situation. Je la fixai sans laisser paraître la moindre émotion.

Je me souviens, dit-elle simplement. C’était la réponse à la question que je n’avais pas pu poser, en bas, si proche des oreilles curieuses de Billie et Marshall. J’avais voulu rentrer dans le vif du sujet : « alors, tu me remets ? » et voilà qu’elle m’offrait une réponse. Très incomplète, pour l’instant. Je m’assis, cœur battant, sur le bord du lit. J’attendis un instant qu’elle développe, ne pouvant décrocher mon regard de son visage renfrogné. J’avais l’attention d’une enfant qui attend qu’on lui raconte une histoire. Pourtant, Aelle ne semblait pas décidée à expliquer ses souvenirs de but en blanc. Elle faisait vagabonder ses yeux sur les murs de ma chambre, encore couvert des décorations de Marshall : posters de groupes de rock, objets exotiques, guirlandes lumineuses et étagères pleines de livres et de babioles diverses.

Regarde-moi et dis-moi qui je suis, lui ordonnai-je mentalement. Son silence attisait mon impatience, qui aurait pu rapidement se transformer en colère. Je tâchai cependant de rester calme et retint le mouvement nerveux de ma jambe. Je pensais qu’en la fixant suffisamment longtemps, de façon si insistante, elle finirait par parler sans que j’aie besoin de formuler le moindre mot. Je soupirai en me penchant pour attraper une dragée surprise sur la table de chevet, imaginant que son goût préfigurerait la tonalité du récit qu’elle allait me livrer. Œuf pourri. Je contractai le visage en espérant retenir ma grimace. Le goût infect de la dragée parvint à détourner mon attention de l'anxiété qui montait en moi. Je refusai de perdre mes moyens face à cette sorcière qui m'avait hantée, ces derniers mois. Celle que j'avais cessé d'attendre, tout en espérant, sans en avoir conscience, qu'elle finirait par revenir et tout m'expliquer dans les moindres détails.

« Eh bien ? Je t’écoute, dis-je tant que ma patience n’était pas trop entamée. »

Équipe Modératus | UTC+8 à partir du 07/08
Mère du dragon - Justice funèbre - Grande Prêtresse Noire - DJ Kraken |

Nos peaux se souviennent PV PNJ
Mes yeux s'arrachent des affiches qui s'alignent sur le mur et dégringolent sur elle, assise sur le lit. Je ne manque rien de son soupir, de sa gourmandise qui la pousse à prendre une dragée surprise pour combler son impatience. L'est-elle, impatiente ? Malgré moi, je retiens mes paroles pour la pousser à m'inviter à parler. Ce n'est pas seulement de la malice de ma part : l'avoir devant moi, ça m'embrouille les pensées. Tout à coup, je ne sais plus quoi dire. Alors ce silence me fait du bien, me laisse du temps, me donne l'impression d'avoir le contrôle, ne serait-ce qu'un peu. Quand Yshre daigne ouvrir la bouche pour me montrer que ma présence et ce que j'ai à dire l'intéresse, je ne peux donc pas m'empêcher d'esquisser un léger rictus. Puis je me détourne d'elle et vais me planter devant la fenêtre.

Derrière la vitre, le ciel continue de déverser sur la ville ses pleurs colériques. Sur l'asphalte détrempé des flaques se forment. Voici ce que j'ai envie de répondre à son exigence de me voir parler : Je me souviens que je ne te connais pas, dis-moi qui tu es ! Cet élan de violence me fait crisper les poings et bloque ma respiration. J'ai envie de la secouer, de l'ouvrir en deux pour lui arracher ses secrets directement du crâne. Reste calme. Désormais à l'abri de son indiscret regard, mes émotions se permettent de reprendre le dessus. Je ferme les yeux, mes dents malmènent ma lèvre inférieure. Rapidement, la colère laisse place au reste. Une profonde tristesse m'accable. Je n'ai soudainement plus envie de jouer à la plus impatiente, plus envie de la titiller. Je ne sais rien et l'étendue de mon ignorance m'effraie. L'angoisse me noue la gorge : et si elle ne savait rien non, et si elle n'avait pas de réponse ? Je n'en ai pas plus qu'elle ! Je ne peux pas échouer. Pas encore.

Je rouvre les yeux en prenant une longue inspiration tremblante. Le silence commence à peser, je n'aurais aucun intérêt à abuser plus longtemps de sa patience. Je cligne rapidement les paupières pour éclaircir mon regard. Je me fabrique un courage factice avant de me tourner de nouveau vers elle.

Elle est toujours assise sur le lit et j'ai tout le loisir d'observer son visage, ses yeux, ses traits, ses cheveux, sa façon de se tenir, les vêtements qu'elle porte. Je plonge les mains dans mes poches et dresse légèrement le menton en la regardant. Alors c'est elle, n'est-ce pas ? Elle qui a droit aux pensées intimes de Kristen. Sinon, comment saurait-elle, pour ce qu'elle m'a dit la dernière fois ? Merlin..., songé-je, un pincement au coeur, qu'a-t-elle de plus que moi ?

« La dernière fois, commencé-je à mi-voix, une partie de ma mémoire m'était indisponible. Je ne mentais pas quand je disais ne pas me souvenir. Depuis, j'ai récupéré toute ma mémoire... »

Je prends une légère inspiration. Toujours cette angoisse au fond de mon âme. Je lutte contre mon instinct qui me hurle de garder des informations par devers moi, de ne pas tout révéler directement.

« Mais je ne me rappelle pas de toi. »

Je fais un pas en avant, rien qu'un seul avant de m'immobiliser, toujours aussi tendue. J'espère qu'elle ne peut pas voir la détresse dans mon regard, qu'elle ne peut pas entendre mon coeur qui cavale, qu'elle ne peut pas s'imaginer combien mes pensées me torturent, actuellement.

« Comment tu peux connaître mon prénom et mon visage si je ne te connais pas ? »

J'ai mal quand ma voix se brise sur le dernier mot. Alors je me redresse, le menton pointé vers l'avant comme une arme qui me protégerait, et je crispe les mâchoires à m'en faire éclater les dents pour ne pas que déborde toute ma fatigue de ces derniers jours, tout mon désespoir de ces derniers mois.

Nos peaux se souviennent PV PNJ
Face à ces révélations qui n’en étaient pas, je passai successivement par plusieurs émotions que je ne parvins plus à dissimuler. Mon visage afficha d’abord une moue confuse quand Aelle m’avoua avoir perdu une partie de sa mémoire avant de la retrouver (certains avaient plus de chance que d’autres). Je pensai d’abord qu’il s’agissait d’une étrange coïncidence. Ou d’un indice. Comment avait-elle déverrouillé sa mémoire ? Pouvait-elle me le révéler, me partager l’astuce ? Mon instinct me disait que ce serait loin d’être si simple. Puis, mes traits prirent la forme d’une profonde déception quand elle annonça ne pas se souvenir de moi, malgré la complétude de sa mémoire. Elle semblait sincère et j’aurais préféré avoir la certitude qu’elle me mentait. Étrangement, mon cœur ressentait cet aveu comme une effroyable trahison. Comment osait-elle ne pas se souvenir ? Apparemment, elle n’avait plus d’excuse !

Un détail me troublait. Avait-elle vraiment fait tout ce chemin jusqu’à moi (et quelle route avait-elle emprunté pour y parvenir, d’ailleurs ?), juste pour m’annoncer que sa mémoire, à elle, était bien complète, mais que je n’étais pas dedans (et cheh!) ? Et maintenant quoi, allait-elle tirer la langue et s’en aller la tête haute, me laissant misérable avec mes équations non résolues ? Impossible. Elle ne devait pas être le genre de sorcière à faire le trajet pour si peu. C'était une peste, mais probablement pas à ce point.

Je pus percevoir la brisure dans sa voix, qui vint rassurer mes inquiétudes quant aux intentions de la sorcière. Elle avait beau avoir retrouvé l’entièreté de sa mémoire, il restait dans son esprit des questions sans réponse. Des mystères qu’elle avait un besoin viscéral de résoudre. Et elle avait fait tout ce chemin, presque un an après notre première rencontre, en espérant que je pourrais l’aider à compléter le puzzle. La déconfiture sur mon visage s’apaisa : nous nous tenions là en égales, comptant l’une sur l’autre pour nous apporter des réponses. Malgré son air hautain, elle n’avait le dessus sur rien.

Je réfléchis sérieusement à sa question. Comme j’aurais aimé avoir la réponse et me délecter de ne pas lui fournir ! Du moins pas gratuitement. Je cherchai dans mon esprit une réponse qui ne laisserait pas paraître mon ignorance.

« Peut-être que certaines parties de ta mémoire sont encore… indisponibles ? Comment peux-tu si simplement affirmer que tu as récupéré toute ta mémoire ? Si tu avais oublié quelque chose, tu ne le saurais pas. Et si ta mémoire était vraiment complète, tu te souviendrais sûrement de moi. »

Moi aussi, je haussai le menton avec fierté, ravie d’avoir exposé mon implacable raisonnement.

Équipe Modératus | UTC+8 à partir du 07/08
Mère du dragon - Justice funèbre - Grande Prêtresse Noire - DJ Kraken |

Nos peaux se souviennent PV PNJ
Mes yeux parcourent à toute allure son visage brûlant de fierté — elle a l'air certaine de son hypothèse, de sa grande idée. Elle me la propose avec une telle assurance que mon coeur en rate quelques battements. Malgré moi, je doute. À cause des mois passés avec la mémoire tronquée, à me questionner parfois sur le bien-fondé de mes pensées et surtout de mes certitudes, à douter de ce que je savais, parce que je savais ne pas tout savoir... À cause de cela, il m'est facile de douter, aujourd'hui, quand elle me présente avec une si grande assurance cette hypothèse : et si ma mémoire n'était pas totalement revenue ? Me voilà plongée des mois en arrière, ce jour avec elle au Chaudron Baveur ou même cette fois-ci, à Pré-au-Lard, face à une autre inconnue. L'angoisse, ce monstre insidieux, plante ses crocs dans mes entrailles. Je me questionne sur la réalité qui m'entoure, sur la véracité de mes pensées et de mes connaissances. Fouillant son visage, je me remets en question. Cette façon qu'elle a de me regarder, cette manière qu'elle a de dresser le menton, ce caractère qui est le sien... Ne me rappelle-t-il pas quelqu'un ? Ne l'ai pas connue un jour ? Quand ? À l'AESM ? À Poudlard ? Plus tôt encore ?

Cela dure le temps de trois battements coeur. Puis j'émerge de ma peur comme un nageur crèverait la surface d'un lac. Je secoue la tête comme pour me débarrasser de ces pensées, je fronce les sourcils pour me concentrer.

« Non, affirmé-je. Tu te trompes. »

On sent encore le doute dans ma voix — moi, je le sens.

« Tu te trompes, » affirmé-je d'une voix plus sûre.

Et j'en ai la preuve, parce que nos situations sont très différentes, il n'y a rien de commun entre elle et moi. Et pour le lui prouver, je vais devoir me confier. Mais en même temps, je ne suis pas venue ici avec l'idée de tout garder secret. Si je veux des réponses, il faudra bien que j'avoue certaines choses. De cela aussi, j'en suis capable, moi qui ai toujours été si secrète. J'en suis capable, pour arriver au bout de ma quête.

« C'est pas possible, expliqué-je calmement, le ton trop bas, parce que je sais exactement quelle partie de ma mémoire il me manquait. C'est moi qui l'ai fait. Comment dire... » Je garde en mémoire sa grande méconnaissance du monde sorcier. Je n'ai pas envie qu'elle me pose mille questions inutiles, alors autant être la plus claire possible. « J'ai pris certains de mes souvenirs et grâce à la magie je les ai rendus inaccessibles pendant un certain temps. Pour des raisons que j'ai pas envie de partager. »

Je détourne brièvement les yeux et serre les mâchoires. Dans mes poches, mes doigts se resserrent en poings. Je n'ai jamais expliqué cela à quiconque. Nyakane et Zikomo ne comptent pas, eux qui vivaient quotidiennement avec moi. Personne d'autre n'est au courant et aujourd'hui je serais bien incapable d'expliquer en détail pourquoi je suis arrivée à cette solution ultime, il y a un an et demi. Je sais juste que j'en avais besoin. Je ne regrette qu'une seule chose : ne plus avoir réussi, un jour, à me lancer ce sortilège. Je n'ai pas réessayé depuis un moment, je pense qu'aujourd'hui j'y arriverai, malgré tout j'évite. Pour ne pas perdre la raison, j'évite.

« Alors je sais que je ne t'ai pas oubliée, conclus-je en plongeant mes yeux dans les siens. Je t'ai jamais rencontrée. Mais toi tu me connais. Et... T'es pas la seule à me connaître, hein ? La dernière fois, tu... »

Mon coeur tombe tout en bas de mon corps. Toutes mes forces me quittent. Face à elle, je n'arrive pas à prononcer la phrase. Si proche du but, pourquoi suis-je en train de flancher ? Je me force à terminer, le coeur au bord des lèvres.

« Tu as parlé de quelqu'un. »

Mes yeux s'accrochent à elle, à son regard, à ses lèvres, aux traits de son visage. Je suis prête à tout voir, tout surprendre, du plus petit tressaillement au choc le plus grand qui pourrait la traverser. Sur mon épaule, je sens les pattes de Zikomo qui s'enfoncent dans mes muscles, dans une vaine tentative de me réconforter.

Nos peaux se souviennent PV PNJ
Son doute était perceptible quand elle avait affirmé que je me trompais quant à sa mémoire possiblement défaillante : elle avait d'abord cherché à se convaincre elle-même avant de vouloir m'en persuader. Face à ce moment de flottement, je m'empêchai d'esquisser un sourire et mon menton de se hisser davantage, mais mes yeux se plissèrent avec intérêt. Comme si je cherchais à fouiller plus profondément dans les affres de son âme. L'aveu de son amnésie volontaire fit froncer mes sourcils. Je trouvai cette révélation assez indécente : on ne penserait pas dire à un aveugle que l'on s'est jeté de l'acide dans les yeux par choix, tout en sachant que le processus était réversible. Je me battais depuis de longs mois pour reconstituer ma mémoire morcelée, voire, disons-le, inexistante. Qu'elle m'explique avoir brisé la sienne volontairement m'exaspéra. J'essayai d'imaginer les raisons qui avaient pu la pousser à prendre cette décision : fuite d'un traumatisme ? culpabilité ? Dans tous les cas, cela ressemblait à de la lâcheté. Je m'étais battue trop longtemps, envers et contre tout, pour tolérer les fuyards. Il faut lutter, toujours, ou mourir en essayant. L'oubli ne règle rien, il endort, il enterre, il nous fait avancer en boitant dans la mauvaise direction. Moi, j'avais besoin de comprendre qui j'étais, tout le mal et tout le bien que j'avais fait et que j'avais subi.

Nous avions abordé le sujet avec Marshall et nous étions trouvés en désaccord. Il pensait que mon amnésie était une parfaite occasion de recommencer de zéro, j'étais une page blanche et je n'avais plus qu'à écrire mon histoire comme je le souhaitais. C'était une idée alléchante et je l'avais sérieusement considérée. Oublier mon oubli aurait certainement été plus aisé. Pourtant, j'éprouvais ce besoin viscéral de ne laisser aucune question en suspens : je ne prendrai jamais la décision consciente d'ignorer les mystères de ma propre existence. Pour le meilleur et pour le pire. Surtout pour le pire, à en juger par les cauchemars sordides qui hantaient mes nuits.

Je soutenais son regard et quand ses yeux s'accrochaient aux miens, je faisais tous les efforts du monde pour me visser plus profondément dans son âme. Je crois qu'elle essayait de lire en moi et je le lui rendais bien. Quand elle évoqua notre dernière rencontre et ce que j'avais pu lui dire, je ne compris pas où elle voulait en venir et mes sourcils noirs se froncèrent, assombrissant mes yeux bleus et verts. De qui avais-je bien pu lui parler, moi qui ne connaissais alors personne ? Il n'y avait aucun quelqu'un dans mon entourage, j'avais débarqué dans le monde des sorciers parfaitement seule.

À moins que...? Ce n'était pas tout à fait vrai. Je n'étais jamais vraiment seule. Il y avait bien ce fantôme qui s'insinuait dans mon esprit, qui agitait parfois mon coeur, qui me soufflait quelques mots et qui m'envoyait des messages énigmatiques, le jour sous forme d'images quasi-subliminales et la nuit sous forme de cauchemars absurdes et terrifiants. C'était cette force interne qui m'avait poussée vers Aelle. C'était elle qui avait voulu que je m'accroche à elle, malgré le caractère peu affable de la jeune sorcière. C'était elle qui se souvenait et qui l'aimait bien, pour des raisons qui me dépassaient encore.

Je soupirai longuement avant de me résoudre à livrer moi-même quelques-uns de mes secrets.

« Tu dois parler du fantôme. Enfin, de l'esprit. De ça. D'elle, quoi, dis-je en tapotant mon index contre ma tempe. »

J'aurais voulu être plus claire, mais comment expliquer l'inexplicable ?

« Je te connais parce qu'il y a une partie de moi qui te connaît. Mais elle ne veut pas m'en dire plus. Ou bien elle ne peut pas, peut-être à cause de ma mémoire fracassée. Je ressens plus que je ne sais. Je crois que je suis hantée. »

Équipe Modératus | UTC+8 à partir du 07/08
Mère du dragon - Justice funèbre - Grande Prêtresse Noire - DJ Kraken |