« On a dit qu'on était pas amis »
AELLE BRISTYLE | ASHLEY ROCKFIELD | OSWALD JOHNSON
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Dans ce sujet seront répertoriés différents OS tournant autour de la relation entre Aelle et deux de ses anciens camarades de l'AESM (ne les appelez pas amis, Aelle le prendrait mal), Ashley Rockfield et Oswald Johnson.
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Dans ce sujet seront répertoriés différents OS tournant autour de la relation entre Aelle et deux de ses anciens camarades de l'AESM (ne les appelez pas amis, Aelle le prendrait mal), Ashley Rockfield et Oswald Johnson.
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Ashley « Ash » Rockfield
L'ancienne colocataire
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Oswald Johnson
L'ancien squatteur de table
Reducio
- Votre PJ est présent ? oui
- Nom et prénom du PNJ (+ lien avec votre PJ) :
Ashley Rockfield, ancienne colocataire — actif
Oswald Johnson, ancien camarade de l'AESM — actif
- Lien vers la fiche du PNJ
- Intérêt de ce RP pour votre PJ : Écrire les déboires d'Aelle dans ses relations avec les autres. Plus généralement, montrer que certaines personnes sont vraiment là pour elle, même si elle persiste à croire que ce n'est pas le cas. Écrire une période où Aelle est ouverte aux autres.
- Nom et prénom du PNJ (+ lien avec votre PJ) :
Ashley Rockfield, ancienne colocataire — actif
Oswald Johnson, ancien camarade de l'AESM — actif
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- Intérêt de ce RP pour votre PJ : Écrire les déboires d'Aelle dans ses relations avec les autres. Plus généralement, montrer que certaines personnes sont vraiment là pour elle, même si elle persiste à croire que ce n'est pas le cas. Écrire une période où Aelle est ouverte aux autres.
Dernière modification par Aelle Bristyle le 10 avr. 2025, 16:50, modifié 2 fois.
« On a dit qu'on était pas amis »
TROIS PITIPONKS DANS UN VERRE DE RHUM
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Le monde des grands ! < Précédemment
Samedi 11 septembre 2049 — fin de soirée
19 ans
Nous nous bousculons près de la station de navette-portoloin où une file de clients passablement éméchés s'étire. Je me laisse tomber contre le mur dans un gloussement incontrôlable. C’est Johnson qui me fait rire ainsi. Son visage me semble flou, mais je vois bien qu’il a un air un peu pincé, malgré le léger sourire qui lui étire les lèvres. Avant de nous faire quitter la table, il a dit : « Vous vous êtes mis dans un sale état, non mais regardez-vous ! Vous ne tenez même pas debout ! ». Ça nous a fait rire, Ashley et moi, alors que d’habitude nous ne rions jamais ensemble. Mais il était là, tout sérieux, avec sa mine pincée, comment ne pas rire ? Il a enroulé son bras autour des épaules de Rockfield qui n’a pas hésité une seule seconde avant de l’attraper à bras le corps pour se retenir à lui car elle n’arrivait pas à tenir debout. Puis Johnson m’a regardé, il m’a demandé si j’avais besoin d’aide pour marcher. J’ai braillé que je n’avais besoin de l’aide de personne, moi, que je pouvais encore tenir debout ! Mais maintenant que nous attendons notre tour pour prendre un portoloin, je suis reconnaissante qu’il y ait un mur parce que je n’ai pas l’impression que je réussirais à tenir debout longtemps. C’était plus facile lorsque nous étions assis ; dès que je me suis levée, la pièce s’est mise à tanguer, mon estomac aussi, et je me suis vue foncer à la Delphillia vers les toilettes pour rendre le contenu de mon ventre — rien, donc, car je n’ai pas mangé ce soir.
Sur le mur d’en face, au-dessus de la tête blonde de Rockfield qui est affalée les yeux fermés contre le torse de Johnson, une pancarte en bois m’hypnotise. Sur sa surface brute passent des messages dont le contenu change à chaque fois. Les lettres apparaissent et disparaissent dans une danse fascinante. Le message scande : « Si t’y vois flou, prends le magicobus, sois pas fou ! » au moment où Ashley réussit à ouvrir les yeux.
« Pourquoi tu m’mates ? bafouille-t-elle.
— J’te r’garde pas, je réponds de la même manière en essayant (en vain) d’accommoder sur elle.
— Si, si, j’t’ai bien vu.
— Et moi j’te dis qu’t’as mal vu.
— J’sais encore c’que j…C’que je v… Ouais, non, je sais plus. »
Elle laisse retomber sa tête sur Johnson avec lequel j’échange un regard. Malgré moi, je sens mes lèvres s’incurver lorsqu’un sourire amusé apparaît sur son visage. Tout à l’heure avant que nous nous levions, il a affirmé qu’il était inquiet de nous laisser rentrer chez nous dans cet état-là. Moi, je lui ai ri au nez : je suis capable de rentrer où je veux, quand je veux ! Mais Ashley, elle, a eu un sourire malin et a dit : « Dans ce cas, tu peux rentrer avec moi, si tu veux ». Je n’ai pas compris pourquoi Johnson a rougi tout à coup, mais il a alors eu l’idée de nous inviter toutes les deux chez lui, « comme ça, on pourra continuer la soirée, mais plus calmement, vous en pensez quoi ? ». Je n’en pensais pas grand chose, à part que je n’avais pas spécialement envie de rentrer dans ma chambre silencieuse de Mochdinam, ni envie de dormir malgré ma tête lourde et mes paupières tombantes, alors nous voilà à attendre devant la station de navette-portoloin qui doit nous ramener à Godric’s Hollow, chez Johnson. Je suis contente qu’il ne nous ait pas proposé d’aller dans sa maison familiale, à Flagley-le-Haut — la discussion que nous avons eue là-bas est encore trop fraîche dans mon esprit, et peut-être dans la sienne également.
Nous n’avons pas évoqué une seule fois notre dispute de cet été. Toute la soirée, Johnson s’est comporté comme d’habitude, comme s’il n’avait pas pris ombrage des insultes que je lui ai lancé lorsque j’étais dans la cuisine de ses mères. Moi, je n’ai rien dit non plus, contente de ne pas avoir à parler de ces choses-là.
« C’est à nous, » prévient Johnson en se détachant du mur contre lequel il était appuyé et en amenant une Rockfield trébuchante vers la vieille botte qui nous attend.
Il lance un regard en arrière pour voir si je suis : je lève le pouce pour lui signifier que je gère, comme toujours. Mais je dois bien avouer que le chemin jusqu’à la botte est un peu maladroit, je ne marche pas droit, je rebondis contre les murs, je glousse sans pouvoir m’arrêter. Derrière moi, les autres clients qui souhaitent aussi se rendre à Godric’s Hollow râlent un peu, mais puisqu’ils sont presque tous dans le même état que moi, ils ne me font pas de reproche.
Difficilement, j’arrive à poser mes doigts sur la botte.
« Est-ce que je peux te tenir, Aelle ? murmure Oswald à mon oreille. J’ai peur que tu lâches la botte en chemin…
— Bristyle, le corrigé-je machinalement.
— Bristyle, soupire-t-il. Tu m’y autorises ? »
Non, en fait. Je ne l’y autorise pas du tout. Mais je me rappelle que je ne supporte pas les transports, et que la dernière fois que j’ai pris un portoloin c’était pour aller retrouver une femme que je n’ai pas retrouvé. Mon coeur tombe tout au fond de mon corps, alors je ne parviens pas à lutter, je secoue la tête de haut en bas. Oui, tu peux. Oswald ne dit rien, me regarde, ne bouge pas. Je comprends qu’il attend de moi que je confirme avec des mots.
« Oui, j’arrive à articuler en levant les yeux au ciel. S’tu veux. »
C’est bien parce que je n’ai pas envie d’atterrir dans un coin perdu de l’Angleterre que j’accepte. N’empêche que je grimace quand son bras se verrouille au mien. Je suis quand même soulagée qu’il ne l’ait pas enroulé autour de ma taille, comme avec Rockfield. Je me sens un peu plus en sécurité, attachée à lui.
Puis le portoloin s’active et les dix personnes accrochées à la vieille botte usée disparaissent, nous compris.
*
La morsure des pavés est douloureuse contre ma joue. J’entends un rire hystérique au-dessus de moi. Quand je lève la tête et que j’essaie, très difficilement, de me relever sur mes jambes, je m’aperçois que c’est Rockfield qui rit à s’en décrocher les côtes, son regard larmoyant dirigé vers moi. Apparemment ma chute en amuse au moins une. Les autres clients du bar se dispersent dans les rues sombres de la capitale, mais nous trois restons sur place, en compagnie de la vieille botte, parce que Rockfield n’arrive plus à tenir sur ses jambes tant elle rigole.
« T’es… T’es… T’es tombée comme une merde ! s’esclaffe-t-elle en s’accroupissant et en se tenant le ventre. C’était… C’était… »
Je ne saurais jamais ce que c’était parce qu’elle part dans un grand éclat de rire, elle rit tellement qu’elle n’arrive bientôt plus à respirer, ni à faire le moindre bruit, elle s’étouffe dans ses éclats, dans un silence entrecoupé d’inspirations aigus. Johnson, debout à côté d’elle, penaud, à les lèvres qui commencent à tressauter. Je lui lance un regard d’avertissement, mais à ce moment-là Rockfield tombe sur le côté, sur les pavés mouillés de la rue dans laquelle nous avons atterris, et se retrouve allongée par terre sous l’assaut de ses rires silencieux. Alors Johnson n’y tient plus : il étouffe son rire derrière sa main, mais ça ne suffit pas à retenir son fou-rire. Moi, je suis en colère qu’ils se moquent, j’ai l’impression que je vais vomir, et j’ai mal au ventre, j’ai mal aux mains car j’ai amorti ma chute… Je suis la première surprise quand un gloussement me secoue les épaules. Je ris avec retenue, avec surprise, mais je ris quand même et les deux autres n’en sont que plus hilares.
Soudain, un bruit de fenêtre qu’on claque résonne dans la petite rue.
« Vous allez la fermer, oui ?! » beugle une voix au-dessus de nous.
Nous nous tordons le cou pour regarder l’homme qui se penche à sa fenêtre, un bonnet de nuit sur la tête. Cela fait redescendre instantanément Johnson, mais Rockfield, elle, rit encore.
« P-pardon m’sieur ! s’écrie Johnson. On va… On va s’en aller !
— Vous avez intérêt, oui ! »
Un nouveau claquement de fenêtre. La rue retrouve son silence, seulement entrecoupé par les éclats hystériques de Rockfield. Johnson et moi échangeons un regard amusé.
« Allez Ashley, relève-toi ! » chuchote le garçon en l’aidant à se relever.
Le cheminement jusqu’à son appartement se perd dans l’oubli de mon esprit embrumé. J’ai vaguement conscience d’un moment passé à courir derrière une blonde surexcitée, puis je me rappelle de mon corps contre le sien lorsqu’elle s’est accrochée à moi, du regard inquiet d’Oswald, du rire insupportable de la blonde qui m’éclatait les tympans. Le reste de la soirée s'écoule dans une drôle de temporalité, les moments se mélangent les uns aux autres. Je me demande si je suis vraiment tombée dans les escaliers qui montaient à l'appartement de Johnson, créant ainsi un énième fou-rire chez Rockfield. Et est-ce qu'elle a vraiment posé la tête sur mes jambes à un moment de la soirée, lorsque nous étions installés autour du canapé à parler de Merlin sait quoi ? Je me rappelle de nos voix qui résonnaient dans la petit salon, de l'odeur de la fumée parce que Johnson m'a autorisé à fumer chez lui, des rires qui n'avaient aucune origine. Tout se mélange.
L’instant d’après, nous sommes affalées sur un canapé, des paquets de biscuits fourrés entre les mains.
« Vous n’avez rien mangé ! nous gronde Johnson. Il faut que vous mangiez quelque chose ! Et je vais vous servir de l’eau, sinon demain vous allez douiller. J’ai pas de potion pour votre mal de tête, moi ! »
Il s’active comme s’il n’avait rien bu, ce qui est peut-être le cas car je ne me rappelle pas l’avoir vu commander le moindre verre d’alcool. Sans utiliser la magie, il sort des couvertures de son placard, pousse la table basse. La seule fois où il utilise la magie, c’est pour faire apparaître un matelas. Et il parle, il parle, il ne s’arrête pas de parler, pas une seule fois.
« L’une de vous devra dormir sur le canapé, l’autre sur le matelas. Mais je vous assure que c’est confortable ! Et il y a des couvertures, mais s’il fait froid n’hésitez pas à me réveiller, d’accord ? Je laisse de l’eau près de vous, il faudra bien boire. La dernière fois que je me suis pris une cuite, j’avais pas assez bu et Merlin j’ai regretté, c’était horrible, vraiment. Il faut toujours manger quand on boit, mais ce soir j’ai un peu zappé, tout s’est passé si vite, j’ai pas fait gaffe au fait que vous aviez rien mangé, c’est pas cool de ma part, mais enfin vous auriez pu faire attention, vous aussi. Et puis aussi, j’ai… »
Nous le laissons parler sans intervenir, sans suivre son incessante logorrhée. Ashley finit par se tourner vers moi, sans lever la tête ni rien, juste en tournant son menton, le crâne abandonné sur le dossier du canapé. C’est à peine si elle arrive à ouvrir les yeux.
« Il parle beaucoup, non ? » chuchote-t-elle.
Moi-même suis affalée par terre devant le canapé, la tête appuyée contre l’assise, les jambes étendues devant moi. Je ne suis pas sûre de réussir à me lever. Je me sens très lourde, comme si quelque chose me tirait vers le bas. Je n’ai plus beaucoup de contrôle sur les muscles de mon cou et ma tête ne fait que glisser sur le côté. J’ai du mal à garder les yeux ouverts. Dans ma tête, c’est le grand bazar. Des pensées de tous les côtés, de la brume qui traîne ci-et-là, je ne sais plus comment on fait pour réfléchir, alors j’arrête de réfléchir. Je ne sais pas si j’ai envie de vomir ou de rire, peut-être un peu des deux.
« Ouais, je fais d’une voix pâteuse après ce qui me semble être une éternité. J’l’écoute pas.
— Moi non plus, avoue Rockfield sans élever la voix, comme si elle n’était pas capable de parler plus fort. Mais sa voix me berce.
— Ouais, c’vrai. Il a une voix douce.
— Mais pas ins’portab’ment douce non plus, renchérit la blonde en fermant les yeux. Oliver a une voix douce aussi, mais tu vois quand il parle on dirait toujours qu'il va... C'est toujours comme ça, il est si… »
J’attends qu’elle termine, mais la fin de sa phrase n’arrive jamais. Alors en grommelant, je rassemble mes forces pour lever la tête vers elle. Son menton est tombé sur sa poitrine. Je crois qu’elle s’est endormie. Je lui balance un coup dans les jambes. Je dois recommencer plusieurs fois, car je n’arrive pas à y mettre suffisamment de force pour l’arracher aux limbes qui l’ont emportée.
Elle se réveille en sursaut. Dans la salle de bains, Oswald parle encore.
« Hein, quoi ? » fait-elle en tournant la tête d’un côté puis de l’autre.
Je réponds d’une voix si pâteuse et embrouillée qu’elle fronce les sourcils.
« Pas compris ? »
Merlin, c’est si dur d’articuler. Je prends une grande inspiration pour me donner du courage. Je parle très lentement pour ne pas à avoir à répéter une seconde fois.
« Tu parlais, puis t’as pas fini ta phrase.
— Ah ouais ?
— Ouais.
— J’disais quoi ?
— J’sais plus.
— Ah. »
La conversation se termine sur ces mots. Quand il revient dans la pièce, Johnson découvre qu’Ashley s’est endormie sur le canapé, dans une position qui sera douloureuse si elle passe la nuit comme ça. Un soupir soucieux aux lèvres, il la soulève magiquement pour l’allonger correctement et dépose une couverture sur elle. Il prend soin de laisser à disposition un verre d’eau. Puis il se tourne vers moi et hausse un sourcil. Comprenant sa question silencieuse, je bafouille une vague réponse :
« Me débrouille.
— T’es sûre ?
— Ouais.
— Bon… Bonne nuit, alors ?
— Ouais. »
Il devra se contenter de cette réponse. Déjà, mes yeux se ferment. J’ai l’impression qu’il s’est passé une éternité lorsque sa voix s’élève de nouveau.
« Tu devrais te mettre sur le matelas, Aelle. »
Ouvrir mes yeux représente l’épreuve la plus difficile de la soirée, mais j’y arrive. Oswald est toujours là, debout dans la pénombre. J’acquiesce. Oui, oui, c’est ça. Mais il attend que je bouge pour partir, alors en soupirant, je me glisse jusqu’au matelas et là, j’abandonne toute tentative pour essayer d’arranger ma condition. Je reste telle que je suis arrivée, sur le ventre, la bouche ouverte, les cheveux par-dessus le visage. Je ferme les yeux, mais je suis encore consciente lorsque je sens la couverture se déposer sur mon corps transi de froid. Entourée de cette agréable chaleur, je sombre instantanément dans un sommeil profond et sans cauchemar, une première depuis longtemps.
Le lendemain, malgré mon effroyable mal de crâne et l’horreur de ne pas me rappeler de la moitié de la soirée, je me rendrai compte que je n’ai pas pensé aux mauvaises choses qui me torturent habituellement depuis de longues heures et j’en remercierai l’alcool.
« On a dit qu'on était pas amis »
QUOI, TU CONNAIS PAS CAPTAIN AMERICA ?!
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Jeudi 23 septembre 2049
Aux Trois balais — Pré-au-Lard
19 ans
Pris d’assaut les jours de sortie scolaire, le pub Les Trois balais est étrangement vide en semaine, notamment au beau milieu de la journée quand les sorciers sont encore en train de travailler ou de digérer leur déjeuner. Presque timides de s’installer alors que la pièce principale n'est guère remplie, Ashley et Oswald prennent place autour d’une table ronde dans le fond de l’établissement et se regardent quelques instants sans savoir que se dire. Cela dure jusqu’à ce que la blonde laisse éclater sa colère.
« Sérieux, je comprends que tu veuilles me revoir, c’était plutôt cool la dernière fois même si j’ai oublié la moitié de la soirée, mais elle ? C’est quoi ton souci ?
— Mais vous étiez colocataires ! se défend Oswald en retenant le sourire qui lui vient aux lèvres, vous deviez bien vous supporter, non ?
— Fais pas le naïf ! le menace Ashley dont le regard flamboie comme une intense flamme bleue. Tu sais très bien qu’on passait notre temps à se prendre la tête. Et tu l’as bien vue la dernière fois. Même bourrées, on se supporte pas. »
Oswald fait la moue. La dernière fois, il était le seul suffisamment en état pour être un minimum objectif et ce qu’il a remarqué l’a motivé à faire ce qu’il a fait aujourd’hui, c’est à dire inviter Ashley et Aelle à boire un verre. Elles ne se supportent pas, c’est un fait, mais il est assez malin pour comprendre que cela n’est dû qu’à de vieilles rancœurs et qu'au-delà de celles-là… Et bien au-delà, il y a quelque chose. Mais ça, il préfère le garder pour lui.
« En tout cas, conclut le jeune homme en se laissant aller contre le dossier de la chaise, tu n’as pas refusé mon invitation alors que tu savais très bien qu’elle serait là.
— Je te signale que tu as bien insisté ! s’exclame la sorcière sur un ton outré. Et que tu m’as…
— Chut ! l’interrompt Oswald en se redressant subitement lorsque la porte du pub s’ouvre. Elle est là ! »
Effectivement, Aelle vient d’apparaître dans l’entrée. Elle nettoie la semelle de ses bottes d’un coup de baguette négligeant, sans prononcer le moindre mot, avant de scanner la salle de son regard froid. Ses yeux ne s'éclairent pas, pas même lorsqu'elle les aperçoit dans le fond. Au contraire, ils semblent même s'assombrir. Oswald entend Ashley gémir à ses côtés et il la comprend : les sourcils d’Aelle viennent de se froncer, ses lèvres de se pincer — a-t-il oublié de lui dire qu’il n’a pas prévenu Aelle qu’une autre personne serait présente aujourd’hui et que cette personne serait Ashley ?
« Dis-moi que tu lui as dit que j’étais là, » le supplie cette dernière en enfonçant ses doigts dans son avant-bras.
Oswald grimace et se dégage au moment où Aelle arrive sur eux. Il sait pertinemment bien qu’elle n’a aucune conscience de ce qu’elle dégage, mais encore une fois il se fait la réflexion que malgré sa taille standard, son corps fin et ses muscles pas très épais, il ne lui suffit que d’un visage taillé dans le marbre et des traits ombrageux pour donner l’impression qu’elle serait capable de tous les évincer d’un méchant coup de baguette. Puisqu’il la connaît, Oswald sait évidemment qu’elle ne le ferait pas, mais cela ne l’empêche pas de déglutir quand ses yeux noirs colériques se posent sur lui.
« Qu’est-ce qu’elle fout là ? »
Sa voix claque comme un fouet. Elle désigne Ashley d’un mouvement du menton et cette dernière se tend aussitôt, prête à lui sauter à la gorge. Oswald déglutit parce qu’il n’avait pas pris en compte le fait qu’il devrait affronter la colère d’Aelle. En fait, il pensait parler à Ashley avant qu’elle n’arrive, mais il avait oublié qu’Aelle était toujours en avance.
Ashley et Aelle s’échangent un regard polaire. La première est persuadée que sa némésis va s’enfuir dans un tournoiement de cape et la seconde convaincue que le regard que la blonde a échangé avec le garçon est la preuve formelle qu’elle n’est pas plus au courant qu’elle de la situation et qu’elle est aussi agacée qu’elle de la voir ici. Et pourtant, voilà qu’Ashley prend la parole pour dire d’une voix traînante :
« Je passais dans le coin, on s’est croisés par hasard. »
Oswald se fige sur place, le regard tourné vers Aelle, son cerveau tournant à gros régime ; impossible qu’Aelle croit ce mensonge, n’est-ce pas ? Seul le silence répond à Ashley, alors le jeune homme se sent obligé de répondre, tétanisé à l’idée de mentir mais persuadé que sans ça Aelle s’en ira :
« O-oui, ahah, balbutie-t-il, alors je lui ai dit de venir avec nous, parce que, je sais pas, parce que…
— On ferait mieux de se voir une autre fois, marmonne Aelle, le regard fuyant, prête à disparaître.
— Non ! s’exclame Ashley. Je veux dire, moi je peux m’en aller… »
Au regard insistant qu’elle lui lance, Oswald comprend qu’elle n’a aucune intention de s’en aller et que c’est à lui d’arranger la situation et de faire en sorte que tout se passe pour le mieux. Il se lève maladroitement, la main dressée comme pour retenir Aelle qui s’est immobilisée à quelques pas de leur table.
« S’il-te-plaît, reste, implore Oswald. On est venu boire la meilleure bièraubeurre du pays, on peut bien rester, même à trois, non ? »
Aelle plisse les yeux, lance un regard méfiant à Ashley. Elle hésite longuement, si bien que la blonde finit par souffler en gonflant les joues, vexée par le comportement de son ancienne colocataire. À croire que c’est tout ce qu’attendait Aelle, parce qu’après ça elle vient s’installer à leur table en haussant les épaules et en s'installant de sorte à avoir au centre de son champ de vision Oswald et personne d’autre. Évidemment, Ashley remarque son petit jeu et lève les yeux au ciel, mais au plus grand soulagement du jeune homme qui regrette d’avoir organisé cette rencontre, elle ne dit rien qui aurait pu ajouter de l’huile sur un feu déjà vrombissant.
« Super ! s’exclame l’ensorceleur en se forçant à paraître plus enjoué qu’il ne l’est réellement. Ça va être trop bien. Alors Ashley, tu as trouvé une place comme briseuse de sort, tu m’as dit ? Comment ça se passe ? »
Ashley consent à donner une réponse au jeune homme, mais ses bras se croisent sévèrement sur sa poitrine et elle ne desserre pas les dents, jetant régulièrement à Aelle des regards sombres. Évidemment, cette dernière ne la calcule pas et se lève au beau milieu d'une phrase pour aller passer commande au bar. Révoltée, Ashley se tourne aussitôt vers Oswald.
« Non mais t'as vu comment elle est ! T'as vu ?! »
Oswald grimace, gêné. Près du bar, Aelle se voit servir trois pintes de bièraubeurre. Il la voit dégainer sa baguette et devine qu'elle va les faire léviter jusqu'ici. Leur a-t-elle payé leur boisson ? Il en doute, elle n'est pas du genre à leur faire ce genre de surprise.
« Je suis sûre qu'elle le fait exprès pour t'embêter, tempère-t-il, tu sais bien comment elle est.
— Et je devrais l'accepter ? fulmine la blonde.
— Pas forcément, accorde Oswald, mais laisse-la faire, elle finira par se lasser. »
Ashley n'est pas convaincu et il faut dire que lui non plus ne l'est pas. Soucieux que ce moment se passe bien, il insiste pour qu'Ashley reprenne la conversation interrompue un peu plus tôt, ce qu'elle finit par faire bon gré mal gré, sans tout à fait réussir à se dérider, surtout lorsqu'Aelle revient avec les boissons et la note divisée en trois.
Ashley ne sait pas très bien pourquoi elle reste alors qu'il lui suffirait de s'en aller pour se libérer de la tension désagréable qu'Aelle fait naître en elle. Si cela ne tenait qu'à elle, ce moment se passerait bien : elle est capable de se retenir de balancer à Aelle des méchancetés, contrairement à l'ancienne Poufsouffle qui n'ouvre la bouche que pour la descendre. Peu à peu, Ashley se persuade qu'Aelle ne peut pas la supporter, ce qu'elle finit toujours par croire quand elle passe trop de temps avec elle. Depuis combien de temps cela la touche-t-elle ? Au début de l'année scolaire dernière, lorsqu'elle a découvert que Bristyle serait sa colocataire, c'est elle qui ne manquait pas une occasion pour lui jeter des regards noirs ou se moquer d'elle. Elle n'avait aucun mal à la détester puisqu'elle la détestait. À présent, tout est compliqué. Et au fond d’elle, Ashley sait très bien pourquoi elle reste alors qu’elle pourrait s’en aller. Pourquoi elle accepte de subir tout ça. Alors pour étouffer sa culpabilité, elle boit une longue rasade de sa boisson et la termine un peu plus rapidement qu’elle n’aurait dû.
Au moment de se séparer, Ashley sent son estomac se nouer. Oswald et Aelle sont plongés dans une conversation complexe à propos d’un sortilège dont le premier aurait besoin pour enchanter un objet qu’il a récemment créé. Aelle le conseille de son éternelle voix froide, la mine revêche. Elle donne toujours l’impression de vouloir frapper celle ou celui qui lui fait face, songe la blonde en consultant sa montre. L’heure approche. Elle pourrait annuler ce qu’elle a prévu, évidemment, rester ici, profiter qu’Aelle n’ait pas encore fui, mais au dernier moment elle prend une autre décision.
« Je dois aller au ciné’, ça vous tente ? »
*
C’est une Aelle agacée et secrètement effrayée de se retrouver dans un cinéma, horrible lieu moldu qu’elle n’a fréquenté qu’une seule fois lorsqu’elle était enfant et dont elle garde un souvenir désagréable, qui s’installe sur le siège rembourré. Elle est entourée d’un Oswald surexcité et d’une Ashley tendue. Cette dernière fourre entre les mains d’Aelle un énorme carton de pop-corn.
« Je n’en veux pas, grommelle Aelle en le faisant passer à Oswald.
— Si, tu en veux, réplique durement Ashley. On ne va pas voir un film de super-héros sans pop-corn !
— On ne devrait même pas aller voir un “film”, déjà. Des super-héros en plus ? C’est vraiment n’importe quoi, marmonne Aelle, vraiment, c’est…
— T’avais pas qu’à venir ! » chuchote furieusement Ashley.
Aelle commence justement à regretter son choix. Se retrouver dans une salle remplie de moldus, devant un écran géant qui lui grillera bientôt les rétines, tout comme le son qui lui cassera les tympans, est-ce réellement plus enviable que de retrouver le silence désagréable de sa chambre ? Enfoncée dans son siège rouge, Aelle n’en est plus très certaine, mais elle ne bougerait d’ici pour rien au monde. Cela ne l’empêche pas de reprocher à son ancienne colocataire ses choix, notamment ses choix de film, quand bien même Aelle ne connaît rien au film, au cinéma, ou à toutes ces choses moldues pour lesquelles elle n’a pas le moindre intérêt.
Les lumières s’éteignent, coupant la réplique qui voulait sortir de la bouche d’Aelle. Pour la forme, Ashley lui chuchote un « chut ! » pour la faire taire. Heureusement pour Oswald dont la patience commence à être émoussée, le son bruyant d’une publicité empêche les filles de poursuivre leur dispute immature.
Bientôt, les sons emplissent la salle ; du coin de l'œil, Oswald voit Aelle se recroqueviller. Il se demande si, comme lui, les sons forts et les images bizarres qui sortent du carré blanc l’effraient. Non, Aelle n’est effrayée par rien, elle est beaucoup plus courageuse que lui, songe-t-il. Alors pour se donner du courage, il se concentre sur les images qui défilent sur l’écran, mettant en scène ce qu’Ashley appelle des "super-héros”.
Aelle ne parvient pas à se détendre. À chaque son fort, elle sursaute. Quand les images défilent trop vite, elle ferme les yeux. Elle est allée au cinéma une fois, quand elle était petite, parce que son père voulait faire découvrir à ses enfants “les bonheurs du monde moldu”. À l’époque, elle avait déjà eu peur des images qui défilaient, persuadée qu’elles allaient sortir de la toile blanche pour sauter sur elle. Désormais adulte et ayant suivi des cours d’Études des moldus, Aelle sait ce qu’est le cinéma et peut même donner la définition d’une “télévision”, mais ce n’est pas pour autant qu’elle apprécie être ici et subir ce déferlement de sons et d’images. Elle subit tout du long sans parvenir à apprécier l’histoire qu’elle ne comprend d’ailleurs pas ; des hommes lancent des boucliers dans les airs, se transforment en monstre vert, manipulent les éclairs avec un marteau à la place d’une baguette magique ; que dire de cette femme qui envoie valser ses ennemis dans le décors, ce qu'Aelle trouve fort impressionnant car c'est le personnage le plus crédible du film ? Qui aime ça, ces incohérences, ces bestioles venues d'autres mondes, ces grosses voitures qui planent au-dessus de l'océan, ces armures ridicules ?
Elle est la première à sortir de la salle lorsque la séance se termine et elle se précipite dans les toilettes pour se rafraîchir le visage, abandonnant derrière elle un Oswald perplexe et une Ashley survoltée.
« C’était trop génial ! » s’exclame cette dernière en tirant son camarade vers les toilettes des femmes.
Autour d'eux s'écoulent les clients qui ont assisté au même film qu'eux, le brouhaha résonne dans le long couloir.
« Le son, les couleurs ! Ouah ! C'était énorme ! Ils l’ont remasterisé, tu sais. C’est un vieux film, sorti en 2012. Une éternité ! C’est vieillot, mais j’adore, et puis c’était les héros à l’ancienne, les mêmes que dans mes bandes dessinées, tu sais ? »
Mais non, Oswald ne sait pas, contrairement à Aelle qui revient à ce moment-là et qui ne se souvient que trop bien de toutes les fois où Ashley a passé des heures sur son lit à lire des bandes dessinées moldues.
« Mais en réalité c’est très différent dans les BD, poursuit Ashley sans faire attention au regard perdu d’Oswald et celui inintéressé d’Aelle. Le fond de l’histoire reste le même, mais les super-héros sont plus nombreux. D’ailleurs dans les BD, Captain America n’est pas censé… Ça va, Bristyle ? » Elle penche la tête sur le côté comme pour mieux analyser celle qui fut sa colocataire. « T’as pas l’air dans ton assiette, s’amuse-t-elle. Il fallait donc un cinéma pour venir à bout de la grande Aelle Bristyle ?
— La ferme, marmonne cette dernière. Bon, je dois y aller.
— Sérieux ? s'exclame bruyamment Ashley, les sourcils froncés, alors qu’Aelle s’éloigne sans demander son reste. On est censé débriefer après un film, dire ce qu’on a pensé et tout ! Eh ! Mais attends !
— J’ai rien à dire, lance Aelle par-dessus son épaule, à part que les m… » Elle se retient au dernier moment. « Que c’est vraiment bizarre, tout ça. »
Oswald ne peut pas s’empêcher de glousser, ce qui pousse Aelle à s’arrêter, au plus grand plaisir des deux autres qui l’avaient vivement suivie à travers l'immense hall bruyant du cinéma.
« Quoi ? grogne-t-elle sur le ton de la colère.
— T’es tellement… Sorcière ! se moque-t-il en baissant la voix, après avoir vérifié que personne ne les écoutait.
— C’est ce que je suis ! rétorque-t-elle sans comprendre l’amusement d’Oswald.
— T’en es un parfait spécimen, oui. »
Une certaine douceur peut se deviner dans les mots d’Oswald, ce que ne manque pas de noter Ashley. Elle coule un regard dans sa direction avant de tourner les yeux vers Aelle qui n’a évidemment rien remarquer et qui se contente de hausser les épaules, persuadée que c’est un compliment que vient de lui faire le garçon. Puis elle poursuit sa route pour sortir du cinéma.
Le hall est rempli à craquer de moldu, la musique résonne contre les murs et sur les parois de grands écrans font la publicité pour les prochains films qui sortiront. Les trois sorciers prennent soin de rester les uns près des autres (ou plutôt Oswald et Ashley près d'Aelle qui file à grands pas) pour ne pas se perdre. Tous sont soulagés lorsqu'une brise fraîche les accueille à la sortie.
Sur le perron, Aelle ne s'attarde pas : elle a mieux à faire, paraîtrait-il. Habituée aux départs souvent brusques de la jeune femme, Ashley ne dit rien, ne répond pas même aux simulacres de salutations qu’elle leur offre et la regarde s’éloigner en écoutant Oswald lui crier quelques dernières recommandations, comme : « Écris-moi si tu as envie qu’on fasse quelque chose ! » ou « Il y a une expo' cool la semaine prochaine ! », phrases auxquelles Aelle ne daigne pas répondre.
Ils se retrouvent tous les deux. Lorsqu’Ashley s’assied sur les marches menant au cinéma, Oswald l’imite sans un mot, comprenant qu’elle a envie de rester encore un peu en sa compagnie. Il accepte avec plaisir de débriefer à propos du film, lui, et même s’il n’a pas tout compris à l’histoire il se force un peu pour le plaisir d’entendre la blonde lui parler de ce sujet qui semble la passionner. Qui aurait cru que cette jeune femme flamboyante qui n’a pas la langue dans sa poche soit une fan invétérée des supers-héros ? Sûrement pas lui, mais il apprécie découvrir cette nouvelle facette d’elle.
Ce n’est que lorsque le sujet s’épuise qu’Ashley trouve le courage de poser la question qui la hante depuis le début de la journée. La tête baissée sur ses converses, elle demande d’une voix qu’elle veut légère :
« Elle te plait ?
— Hein ? fait bêtement Oswald. De quoi tu parles ?
— Aelle, précise Ashley en lui lançant un regard complice. Elle te plait ? »
Elle pensait qu’il allait rire à pleine gorge, se moquer d’elle, lui assurer que non, elle ne lui plaisait pas ; ou alors qu’il allait sourire timidement et lui avouer à mi-voix que oui, évidemment qu’elle lui plaisait, sinon pourquoi il insisterait alors qu’Aelle fait tout pour repousser les gens loin d’elle ? Mais à la place de ça, Oswald se contente d’un long silence, le regard levé vers les panneaux publicitaires qui illuminent la nuit tombant sur les rues de Londres. Comprenant qu’il réfléchit à la meilleure réponse à lui donner tout en restant sincère, Ashley se renferme et croise les bras sur sa poitrine pour essayer de contrôler l'appréhension qui grimpe en elle.
« À un moment je l’ai cru, oui, répond-il enfin d’une voix prudente en essayant de croiser son regard. Au tout début, j’ai… Enfin, je la trouvais intrigante. »
Il l’avoue le rouge aux joues, les yeux fuyants. Sous le regard pénétrant d’Ashley, il se racle la gorge et passe la main sur sa nuque.
« Elle n’en a pas conscience évidemment, mais elle a un côté mystérieux qui intrigue pas mal de gens, poursuit Oswald. Et puis on ne peut pas dire qu’elle ne soit pas agréable à regarder, hein ?
— Non, marmonne Ashley du bout des lèvres, comme si ça lui arrachait la langue de l’avouer.
— Donc ouais, au tout début je crois que j’étais un peu intéressé, mais… »
Il se perd dans un nouveau silence.
« Quoi ? insiste Ashley qui n’en peut plus d’attendre d’avoir le fin mot de cette histoire.
— Je ne suis pas du genre à me lancer dans une histoire perdue d’avance, souffle-t-il soudainement en la gratifiant d’un large sourire. Je n’aime pas les histoires compliquées, j’aime la légèreté, la spontanéité, quoi. Tu vois ce que je veux dire ?
— Je vois parfaitement, oui.
— Donc non, elle ne me plait pas. Pas comme ça. À croire que je suis prêt à ramer pour être son pote parce que je pense qu’elle en a besoin, et moi aussi au fond, mais pas davantage. »
Ashley est impressionné par la sincérité d’Oswald. Elle croise enfin son regard et trouve sur le visage de l’homme un sourire doux qui lui est adressé. Elle lui sourit en retour en s’efforçant de ne pas s’interroger sur le soulagement qu’elle ressent.
« Et toi ? questionne-t-il alors d’une voix amusée.
— Moi quoi ?! s’exclame-t-elle le cœur battant, parce qu’elle voit très bien quoi.
— Elle te plait, non ?
— Quoi, mais jamais de la vie ! »
Oswald lui jette un regard, ce genre de regard qui veut dire “ne te moque pas de moi”, mais il n’ajoute rien de plus, respectant sa réponse. Elle baisse les yeux sur ses chaussures, il remarque ses dents qui se plantent dans sa lèvre et il sent comme si c’était la sienne l’anxiété s’échapper par ses pores. Mais il n’insiste pas, parce qu’il est comme ça, Oswald. Il respecte l’intimité des autres. C’est souvent payant. Comme là, quand Ashley reprend la parole alors qu’il était persuadé qu’elle allait se taire :
« Un peu, » avoue-t-elle d’une voix rauque.
Sentant qu’il peut se le permettre, Oswald pose une main sur son épaule. Il surprend le regard inquiet qu’elle pose sur lui. Pense-t-elle qu’il la jugera ? Pour effacer ces inquiétudes, il lui sourit amicalement.
« Oui, un peu. »
Cela est suffisant, ils ne disent plus rien à propos de ce sujet et Oswald choisit de lui-même de diriger la conversation vers un sujet plus léger et moins gênant pour Ashley.

