Esquisse d'une surprise, et une enfant kidnappée

Mercredi 11 mai 2050
Près des serres de Botanique
Avec @Yggie Prince

« Pssst ! » héla le professeur de botanique. Il tenait sa baguette à la main, penchée vers un arbrisseau autofertilisant qu'il arrosait abondement, quand la petite Yggie Prince était entrée dans son champ de vision. Achevant rapidement son arrosage, il enfonça sans ménagement sa baguette dans une poche de son pantalon avant de galoper jusqu'à l'élève, un air joyeux imprimé sur ses traits. « Yggie ! » chantonna le professeur de botanique en lui adressant un chaleureux sourire. Il l'observa un instant, indécis. Où se dirigeait-elle ainsi ? Allait-elle jouer avec des amis ? Il ne voyait personne autour d'elle, donc elle était seule, donc elle s'ennuyait. Sigmund ressentait toujours un profond ennui quand il n'avait aucun collègue avec qui parler branchiflore et baguette magique, alors il pensait que c'était plus ou moins la même chose pour les autres.

« J'ai besoin d'un enfant créatif et qui dessine bien. Tu as du temps libre devant toi ? Tu fais de jolis dessins toi, pas vrai ? » s'enquit celui qui n'avait été son directeur de maison qu'un petit mois, mais qui fouinait suffisamment dans le quotidien de ses élèves pour connaître une partie des centres d'intérêt de certains. « Tu vas m'aider. » conclut-il, et ce n'était pas réellement une question : quel enfant oserait contredire un adulte, qui a déjà décidé que les choses se passeraient ainsi ?

Code couleur : #783f04 - Autre personnage : Enid Wathen

Esquisse d'une surprise, et une enfant kidnappée
Yggie marchait doucement le long du sentier terreux, presque en flânant, les yeux fixés sur l'horizon. Sa sortie du jour n’avait pas vraiment d’objectif. Elle n'avait pas de classe aujourd'hui, alors la brune n'a pas hésité à sortir pour sentir l’air frais lui effleurer le visage. Écouter les bruits du vent dans les feuilles, les oiseaux chanter, c'était un truc qu'elle adorait. La nature n'attendait jamais quoi que ce soit d'elle. Sa main caressait distraitement le cuir de son sac en bandoulière, l'air se réchauffait petit à petit. Elle se sentait bien ici. Il n’y avait pas trop de monde, pas de cris, pas de bousculades...

Alors quand elle entendit le « Pssst ! » qui fusa à quelques mètres devant elle, elle sursauta, s’arrêtant net. Ses épaules se haussèrent malgré elle. Son regard glissa lentement vers la silhouette qui s’agitait près d’un arbrisseau particulièrement vigoureux.

Le professeur Charleston.

Il lui fallut une seconde pour comprendre qu’il s’adressait bien à elle, sa certitude s'ancrant lorsque l'homme prononça son prénom. Il avait toujours cet air enthousiaste un peu trop lumineux. C'était pourtant la raison pour laquelle elle l'appréciait tant. Gentil et épuisant, il avait l'air d'être un rayon de soleil ambulant. Un rayon de soleil avec une super moustache.

La Poufsouffle cligna des yeux, pas préparée à être regardée de façon si directe. Elle fit un petit pas sur le côté, un peu incertaine. Elle n'avait rien fait de mal, elle en était sûre. Mais pourquoi l'homme l'avait-il interpellé de façon aussi secrète ?

Puis il parla de dessin.

Le regard d'Yggie changea instantanément. Légèrement, mais c’était visible. Bien sûr qu'elle dessinait. Des animaux, des plantes, notamment. Des formes bizarres qui lui passaient par la tête. Elle n'étais pas certaine de pouvoir dire qu'elle dessinait "bien", mais... elle dessinait, ça c'était certain. Et elle adorait ça. Alors, quand le professeur Charleston ajouta avec assurance qu’elle allait l’aider, elle ne tiqua même pas sur le ton. Elle n’entendit pas l’ordre, seulement qu'une idée traversait la tête du sorcier et qu'elle pouvait y prendre part. La brune hocha la tête sans réfléchir, un sourire aux lèvres.

- D’accord, souffla-t-elle.

Yggie n'avait pas l'habitude de participer à des projets imprévus. Cependant, l'enthousiasme du botaniste créait un sentiment de confiance chez la jeune fille. Elle était même plutôt excité par la nature de ce projet mystérieux. Se rappelant qu'il fallait parler pour se faire entendre, elle reprit la parole.

- J'ai des crayons là dedans, commença t-elle en tapotant son sac. C'est toujours bien à avoir sur soi. Ils sont bien, ils ont des mines grasses. J'ai aussi encore un peu de place dans mon carnet, si vous en avez besoin.

Le basculement a été immédiat. L'idée avait déjà germé dans l'esprit de la jeune fille dont le regard brillait. Son cerveau, sans bruit, avait pris une nouvelle feuille. Toujours avoir ses affaires sur soi. Cette règle avait décidément tout son sens, aujourd'hui. Yggie ne savait jamais quand elle déciderait de se poser contre un arbre pour dessiner un papillon. Ses envies de dessiner étaient aussi spontanées que le saut des sauterelles.

Elle fit un pas vers le botaniste mais s’arrêta à nouveau. La brune tourna la tête vers lui, un peu curieuse.

- C’est pour dessiner quoi, Professeur ?

En réalité, la réponse lui importait peu. Elle allait dessiner, c'était suffisant. Mais Yggie savait quels étaient ses points forts en dessin, et aussi et surtout ses points faibles. Elle pourrait s'adapter plus facilement en prenant conscience de la tâche qu'on lui proposait. Dans tous les cas, le fait que le professeur Charleston ait pensé à lui demander lui donnait une agréable sensation de satisfaction.
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@Sigmund Charleston et c'est parti ;)

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« Si ça, ce n'est pas parfait ! » s'exclama le professeur de botanique avec bonheur. Non seulement la petite Yggie voulait bien lui offrir un peu de son talent en dessin, mais l'enfant était également fournie avec tout son matériel d'utilisation. Sigmund, qui aimait beaucoup exploiter plus jeune que soi – et tout le monde était plus jeune que lui à Poudlard – était ravi. Lui qui était pourtant plutôt manuel n'était pas très doué en dessin. Ça lui importait peu : à ses yeux, l'important n'était pas un travail irréprochable, mais un travail fait avec le cœur. En somme, les compétences en dessin de Yggie lui importaient peu. C'était un sourire sur ses lèvres qu'il voulait voir, sa gaieté quand elle tiendrait un crayon dans ses mains. Avec son aide, il espérait partager un bout de ces joyeux sentiments à Peony, la destinatrice de ce petit projet.

« Une pancarte d'anniversaire pour la professeure Soulton. C'est dans cinq jours. J'aimerais bien l'accrocher à un petit quelque part, discrètement. » lui expliqua-t-il. Quand il avait appris que l'anniversaire de sa nouvelle collègue approchait, il avait eu bien de la peine à contenir son excitation. S'il n'avait pas encore réussi à faire de Peony son amie, elle ne lui paraissait pas fermée à la conversation avec lui. Il guettait encore pour trouver des points communs avec elle, des centres d'intérêt qu'ils pourraient partager. Aussi, il lui tenait à cœur qu'elle se sente appréciée.

Sigmund invita Yggie. « On s'installe dans la serre N°6 ? Tu me montreras tes crayons. J'ai déjà prévu ce qu'il faut en terme de papier, mais mes crayons à moi, ils sont vieux et abîmés. C'est une chance que tu aies tout ce qu'il faut. »

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La Poufsouffle sentit ses joues chauffer quand le professeur Charleston s’exclama avec tant d’enthousiasme. Elle baissa légèrement la tête, un petit sourire timide flottant sur ses lèvres, tandis que ses pieds suivaient machinalement le chemin que le sorcier empruntait. Il avait l’air content. Vraiment content. Et même si Yggie avait encore ce doute silencieux qui venait souvent avec les compliments -est-ce qu’il disait ça juste pour être gentil ? Est-ce qu’elle ferait un dessin à la hauteur ?- elle se sentait tout de même un peu plus légère à l’idée de participer à ce projet.

L'anniversaire de la professeure Soulton... La jeune fille était plutôt nulle pour se souvenir des dates d'anniversaire de ses proches, alors elle n'a jamais envisagé l'idée d'apprendre celles de ses professeurs. La date d'anniversaire de sa professeure d'Histoire de la Magie se reperdrait dans ses souvenirs la semaine suivante, c'était certain. Néanmoins, Yggie était pour l'instant emballée. Elle leva les yeux vers le professeur Charleston et ouvrit la bouche pour lui demander quel âge la femme allait avoir, puis se ravisa aussitôt et la referma un peu maladroitement. Non, on lui avait déjà dit que ça ne se faisait pas, ça. Surtout chez les adultes. À la place, elle resta silencieuse et se demanda si le professeur de botanique, lui, aimait qu’on lui fasse des pancartes. Avec des fleurs dessinées en guirlande, ou des Mandragores qui soufflaient sur des bougies, pourquoi pas. Elle se fit la note mentale de lui poser la question plus tard. Peut-être. Si le moment était bon. Si ce n'était pas trop bizarre.

- Est... est-ce que Miss Soulton verra la pancarte si elle est trop discrète ? Peut-être qu'il faut faire en sorte qu'elle regarde dans la bonne direction ? Proposa-t-elle avec une légère incertitude.

Yggie n'attendit pas de réponse et emboîta le pas au professeur en direction de la serre numéro N°6. Elle avait l'habitude d'emprunter le chemin de la serre. Y dessiner accompagnée, cependant, allait être une nouvelle expérience. La brune hocha la tête aux instructions, tentant de repérer du regard le papier mentionné par son professeur, puis sortit ses crayons de couleur de son sac. Les dits crayons étaient rangés dans une pochette de tissu bleu nuit semblant représenter un espace et des planètes fictives.

- Ce n'est pas vraiment de la chance, dit alors Yggie avec un petit rire. J'aime dessiner, donc... je les garde avec moi quand j'ai envie de le faire. C'est mieux que de devoir attendre de pouvoir aller les chercher.

La jeune fille avait le regard perdu sur les différentes plantes qui l'entouraient et les oreilles attentives au moindre son qui pourrait sortir de la bouche de Sigmund. Étaient-ils proches ? En tout cas, une pancarte comme ça... c'était vraiment gentil. Elle espérait que Miss Soulton l'aimerait.

- Quelle taille vous vouliez faire ? demanda-t-elle doucement. Puis, plus vite, comme si une idée venait de pousser d’un coup dans sa tête : Est-ce que vous aviez des idées ? Je me dis qu'on pourrait peut-être écrire un mot en plein milieu, avec une jolie écriture ? Peut-être des petites fleurs sur les côtés -oh, de la lavande ! Ou des nuages ? Je ne sais pas ce que Miss Soulton aime...

Elle parlait un peu plus vite qu’à son habitude, avec de larges gestes se voulant illustratifs. C'était plus facile, de spatialiser ainsi. Le professeur Charleston comprendrait peut-être ce qu'elle voulait dire !
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@Sigmund Charleston

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Si Peony apercevrait bien la pancarte ? « Oh, ne t'inquiète pas trop pour ça. » répondit distraitement le professeur de botanique qui avait déjà sa petite idée. Sa conception de la discrétion ne permettait jamais un résultat passant réellement inaperçu, même si tel était son souhait. Mais pour l'heure, ce n'était pas leur problème : cette pancarte n'allait pas se fabriquer toute seule !

Alors qu'Yggie sortait ses crayons de son sac, le professeur se hâta de récupérer un rouleau de papier épais. Il le déroula sur la table à laquelle ils s'installaient et bloqua chaque extrémité du papier avec un livre pour que le parchemin, un peu rigide de par son épaisseur, ne s'enroule pas sur lui-même. Il était à peine plus grand qu'un parchemin standard, mais le professeur de botanique avait déjà tout planifié. La taille ne serait pas longtemps un problème, une fois qu'ils auraient achevé leur œuvre.

« Cette taille-là. » indiqua-t-il en réponse, face au parchemin qui parlait de lui-même. « On pourrait écrire Joyeux anniversaire Miss Soulton sur toute la longueur, oui. C'était comme ça que je voyais les choses aussi. Tu es une vraie petite Legilimens, crapule. » Encore fallait-il déterminer qui des deux écrirait : c'était à celui ou celle qui avait la plus jolie écriture. Si celle de l'une paraissait enfantine - plutôt normal à son âge, l'autre ressemblait à de petits pâtés informes noyés sous une ponctuation excessive. Décidant que pour plaire à une professeure, l'écriture mignonne d'une enfant aurait sans doute plus d'effet que la sienne, Sigmund invita la jeune Poufsouffle à débuter le travail. « C'est toi qui écris, si ça te va ? On peut commencer par ça, comme ça, on voit directement quelle place il nous reste pour des dessins. Si tu n'as pas de gros feutres, tu peux peut-être faire les contours des lettres puis on coloriera à l'intérieur ? »

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Yggie observa le botaniste dérouler le rouleau de papier avec une sérénité qu’elle ne prit pas la peine de cacher. Il savait ce qu’il faisait - ou en tout cas, il en donnait l’air - et c’était quelque chose qu’elle appréciait beaucoup. Elle n’avait pas besoin de guider ou de décider pour deux. Elle pouvait juste se laisser porter et faire ce qu'elle savait faire. Cette assurance était rare en dehors d'une salle de classe.

La première année pencha légèrement la tête, évaluant silencieusement la taille du parchemin. Pas immense, mais si Monsieur Charleston savait ce qu'il faisait, cela lui convenait amplement. Il allait falloir faire attention à ne pas prendre trop de place avec les lettres. Heureusement, la brune était habituée aux carnets à petits carreaux et aux pages qu’il fallait optimiser. Une lettre trop large et pas assez centrée, et tout tombait de travers. Alors que l'homme fixait le papier, elle décida de sortir ses crayons de couleur. La compulsion de les aligner en fonction des teintes était... forte, mais néanmoins, Yggie parvint à l'éviter. Elle posa sa trousse sur un coin libre de la table et n'en sortit qu'une gomme, un taille crayon et des crayons de papier, qu'elle disposa un peu plus loin. Un petit crayon gris à la mine bien taillée resta dans sa main, prêt à l'usage.

Un gloussement amusé s'échappa de sa bouche lorsqu'elle entendit le sorcier l'appeler "crapule". C'était un drôle de mot, tiens ! Avec un peu d'embarras, elle baissa le regard et murmura en souriant :

- Légili-quoi ?

Elle n’attendait pas forcément une réponse tout de suite. C’était une question à demi posée, un mot de plus qu'elle n'avait pas compris. Elle verrait plus tard ce qu’il voulait dire par là. En attendant, elle accepta sa mission d’écriture. C’était logique, clair, net. Et puis, Yggie aimait bien écrire les lettres comme ça.

- D'accord, je vais faire les contours. Comme ça, on pourra colorier l’intérieur de plusieurs façons, ça devrait être joli.

Elle s’installa sans bruit, se penchant doucement sur le papier. Sa main guida le crayon de manière minutieuse. Chaque lettre prenait forme, légèrement arrondie, plus ou moins espacée. C’était bien différent de son écriture habituelle, qui était plus anguleuse, serrée et maladroite. Là, Yggie faisait un effort. C'était loin d'être parfait, mais les courbes qu'elle dessinait étaient jolies. Elle tentait de faire les choses assez larges pour laisser la place à la couleur à venir. Elle s’arrêta au milieu de la deuxième lettre, leva un peu la tête, puis tourna ses yeux vers le professeur Charleston.

- Est-ce que... est-ce que vous voudriez repasser au crayon de couleur par dessus, une fois que j'aurai fait les formes au crayon de papier ? Proposa-t-elle.

C’était leur pancarte après tout, pas la sienne. Elle voulait que ce soit fait à deux.

472 mots
@Sigmund Charleston

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« C'est super, tu es très douée ! » encouragea le professeur de botanique alors que la petite Poufsouffle s'appliquait à dessiner les contours. Elle avait un sacré coup d'œil pour ne pas avoir débordé au bout de la feuille. L'écriture lui paraissait parfaitement bien placée, en plus des lettres joliment dessinées. Il avait eu raison de lui faire confiance, cette affiche serait parfaite. Peony allait être très contente.

Il avait acquiescé à l'idée de colorier l'intérieur des lettres de différentes couleurs — c'était justement l'idée qu'il avait cherché à transmettre. Une pancarte d'anniversaire, ça se devait d'être festif. Il était presque indispensable d'utiliser, au moins, la moitié des crayons que son élève avait gentiment mis à disposition. Petit défi... et s'ils utilisaient justement tous les crayons ?

À sa demande, il s'appliqua à repasser au crayon les formes initialement dessinées par Yggie. Entre le changement de crayon à chaque lettre et l'intérieur de ces dernières qui connaîtrait aussi toute une palette colorée, l'écriture ne manquerait pas de panache.

« Regarde comme c'est joli. Ce sera très beau quand on aura fini de colorier et quand on aura fait des petits dessins autour. Tu as une idée de ce que tu voudras dessiner ? » Lui avait plutôt imaginé des petits animaux... mais peut-être devait-il trouver quelque chose en lien avec l'histoire de la magie. Quelles étaient les passions de Peony, d'ailleurs ? Il y avait tout un monde entre un choix de métier et les passe-temps d'une personne. Pourquoi n'avait-il pas cherché à faire davantage connaissance avec elle ? « Oh sinon, comment te débrouilles-tu en portrait ? » Ivy était plus âgée que Yggie, mais avec un peu de chance, elle voyait peut-être à peu près qui elle était.

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Yggie sentit ses joues chauffer dès les premiers mots du professeur Charleston. Elle ne leva pas tout de suite les yeux, mais un petit sourire gêné étira le coin de ses lèvres. Elle n'était pas très douée pour recevoir les compliments. Pas parce qu’elle ne les aimait pas -au contraire- mais parce qu’elle ne savait jamais trop quoi répondre.

- Merci, souffla-t-elle finalement, presque dans un murmure. J’ai un peu débordé sur le haut du E, quand même.

Elle le disait sans dévalorisation, juste avec cette lucidité caractéristique des moments où elle parlait de ses propres productions. Yggie voyait bien tout ce qu’elle aurait pu améliorer. Ce n’était pas exactement comme elle l’avait imaginé dans sa tête, comme souvent. Mais si le professeur était content, alors c’était déjà beaucoup. C’était suffisant, elle n'avait pas à performer, juste à s'amuser.

La poursuite de sa tâche -à savoir, tracer les lettres au crayon de papier- fut quelque peu sabotée par son observation des tracés de Sigmund. La brune se trouvait curieuse, presque fascinée par sa manière de choisir les couleurs pour les contours. Le sorcier les alternait avec audace, une idée qu'elle n'avait pas eu. C'était éclatant, vivant, et la première année était certaine que cela allait plaire à Miss Soulton.

Yggie finit par cligner des yeux, réalisant qu'à ce rythme, le botaniste n'allait pas tarder à la rattraper. Elle poursuivit alors sa tâche et continua le V qu'elle avait commencé à tracer. Elle hocha la tête avec véhémence quand le professeur Charleston déclara que leur œuvre serait très belle et lui répondit sans attendre.

- Oui, je suis tout à fait d'accord. Les couleurs rendent ça vraiment joli, souffla-t-elle avec un sourire plus ouvert, enfantin. La sorcière prit quelques instants pour réfléchir à la demande suivante, le regard perdu dans un coin vide du parchemin. Un hibou, peut-être ? Dans un coin... sur une branche qui sortirait du bord de la pancarte. Il pourrait tenir un petit rouleau dans le bec.

Elle plissa un peu les yeux, imaginant déjà la forme. Puis enchaîna, plus audacieuse.

- Pourquoi pas un champignon ? Un qui sourit, bien sûr. Et une lune, quelque part là haut ? Avec des étoiles... peut-être des étoiles filantes ? Yggie déplaça son crayon sans réfléchir, oubliant presque immédiatement sa tâche en cours. Elle esquissa une courbe dans un coin libre mais s’arrêta en entendant la question suivante. Un portrait ?

- Je "peux" en faire. Mais c’est pas très joli, dit-elle finalement, un peu à contrecœur. Je trouve les visages compliqués. Y’a trop de choses à faire tenir en même temps. Les yeux doivent pas être trop hauts, ni trop ronds. Et les nez... les nez sont toujours trop bizarres. Donc j'en fait pas souvent. Elle releva les yeux vers lui, intriguée à son tour. Pourquoi ? Vous voudriez qu’on dessine la professeure Soulton sur la pancarte ?

C’était inattendu. Mais pas impossible. Il suffisait juste qu’elle comprenne pourquoi. Pour quoi faire.
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@Sigmund Charleston

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Du vert, du bleu, du rouge puis du violet... tous les crayons qui tombaient sous la main de Sigmund finissaient par trouver leur utilité pour le dessin des contours. Il avait repassé chaque trait avec soin, prenant le temps de les épaissir avec des coups de crayons répétés. C'était un long travail qui commençait doucement à prendre forme. Le professeur de botanique était plutôt content d'eux, même si son élève voyait un défaut à l'une des lettres. À ses yeux à lui, c'était juste parfait.

Il hocha doucement la tête à la mention de toutes les idées d'Yggie. Cette enfant avait l'esprit fertile. Pas question de faire un tri quand toutes les propositions étaient aussi intéressantes les unes que les autres : avec un peu d'organisation, il était tout à fait possible de tout faire rentrer sur la pancarte.

« Tu vas dessiner toutes tes idées pendant que je colorie l'intérieur des lettres, si ça te convient ma grande. »

La seule concession serait sans doute sur le portrait. Lui ne se sentait pas capable de rendre justice au joli minois de la petite Ivy. Si Yggie, qui ne la connaissait sans doute pas plus que ça, n'était pas non plus très à l'aise avec le dessin de visages, alors il valait mieux abandonner la mission. Quoi que... Tout en passant une main songeuse dans les poils de sa moustache, Sigmund se fit la réflexion qu'un portrait, ça n'avait aucunement besoin d'être réaliste. Tant que le compte était bon sur le nombre d'yeux, d'oreilles et que les cheveux étaient de la bonne couleur, il ne suffisait que d'un peu d'imagination pour associer le dessin à la bonne personne.

« Pour le portrait, c'était pour représenter sa fille. Je ne sais pas si tu vois qui c'est. Ivy, cheveux châtains, yeux bleus, un peu plus grande que toi mais aussi à Poufsouffle. »

Elle devait au moins la connaître de vue, mais savoir son prénom et son affiliation avec la professeure d'histoire de la magie, c'était une autre affaire.

« Je vais le faire, si tu veux. Prends l'espace qu'il te faut pour tes dessins... laisse-moi juste deux petits coins, pour le portrait d'Ivy. Et un Veaudelune, que je verrais bien aussi juste à côté de la lune et des étoiles. »

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Yggie sentit une petite vague d’excitation lui grimper dans la poitrine à mesure que Sigmund validait chacune de ses idées sans les contredire ni les réduire. C'était particulièrement agréable, voir grisant, d'être pleinement écoutée et prise au sérieuse pour ce genre de choses. Et là, non seulement on la laissait s’exprimer, mais en plus, on lui faisait confiance pour tout dessiner.

La jeune fille termina le O puis le N de “Soulton”, puis recula légèrement pour regarder ce qu’ils avaient déjà accompli. Ça commençait vraiment à ressembler à quelque chose. Le mot entier, repassé de toutes les couleurs que le professeur piochait avec enthousiasme, vibrait sur le papier comme un feu d’artifice. C’était... génial. Elle le pensa très fort, tellement que le grand sourire qu'elle abordait ne laissait place à aucune confusion.

Quand le botaniste proposa qu’elle passe au reste pendant qu’il colorierait les lettres restantes, Yggie acquiesça d’un hochement de tête rapide, presque automatique. Elle glissa son crayon le long de la feuille jusqu’à un coin supérieur, laissant la zone en bas à droite libre, comme demandé.

- Oui… je vois qui c’est. Ivy, commença-t-elle distraitement. Elle ressemble à sa mère... puis... bah même si elles n'ont pas le même nom, j'entend les gens parler. C’était une évidence, une fois qu’on le savait. Elle n'avait peut-être jamais côtoyé son ainée, et n'avait même pas fait le lien entre elle et sa professeure. Cependant, après avoir entendu dans un couloir qu'elle était la fille de Miss Soulton... Yggie y avait fait un peu plus attention. Ca devait être cool, d'avoir sa mère aussi proche de soi toute l'année. Mais peut-être qu'Ivy ne pensait pas de la même façon, elle n'en savait rien.

Penchée sur la feuille, la brune commença à dessiner la lune. Un croissant net, un peu allongé, qui prenait parfaitement place contre le coin de la feuille. Dessiner des cratères, c'était une chose, mais... pourquoi ne pas faire un peu plus ? Yggie décida alors d'y ajouter deux petits yeux fermés et un sourire discret au coin. Pas un visage complet, surtout qu'on ne voyait que le profil du satellite, mais... juste de quoi lui donner un air complice.

Lorsque Sigmund proposa d’y dessiner un Veaudelune, Yggie releva la tête, ravie. Oh, oui. Juste là, à côté de la lune. Ça ira super bien. Je laisse de la place.

Elle entama ensuite les étoiles. Certaines à cinq branches, d'autres... un peu plus larges. Yggie ajouta de longues trainées fines et ondulées sur trois d'entre elles. Elle attrapa ensuite un crayon jaune, un autre rose, puis un bleu pâle, pour varier les couleurs, puis coloria les étoiles filantes en essayant un dégradé maladroit.
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@Sigmund Charleston

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