La Ballade du Kleptomage PV Diarmuid O'B.

« Je vous en prie, faites », autorisa-t-il, l'air toujours un peu éteint - mais l'œil pétillant.

Le Maestro se sentait examiné de toute part, entouré du flux magique d'une baguette qui devait inspecter de nombreux sorciers malades. Bien qu'il y était assez habitué, la sensation lui provoquait au départ toujours un certain malaise. Heureusement, le soigneur le déviait de ce sentiment par quelques interrogations qui visaient sans doute à établir une anamnèse correcte. Il lui fallait donc se montrer plus précis que ses petites jérémiades en faisant fi un instant de sa perception personnelle des choses.

« Disons plutôt que vos collègues ont su limiter les dégâts au maximum étant donné la puissance du poison. Le premier soigneur arrivé sur les lieux avait l'air très surpris en inspectant la coupe qui le contenait. Malgré mon état à ce moment-là, j'ai bien compris qu'il s'étonnait de me voir encore vivant... »

Son regard se perdit de nouveau en direction du bureau, comme si quelque chose arrivait à l'apaiser un peu durant son récit du passé.

« Ce qui m'a sauvé - je l'ai su après l'enquête - c'est le fait que le poison a été mélangé dans une coupe contenant déjà une potion : une décoction que je buvais pour soulager mes cordes vocales. Certains ingrédients actifs de la potion et du poison mélangés sont entrés en opposition et les effets s'en sont retrouvés modifiés... Et même sûrement grandement atténués. »

Sa voix s'était perdue dans un murmure. Il ne savait toujours pas quelle avait été la finalité voulue par l'empoisonneur : mettre fin à sa carrière, à son existence ? Même la thèse de l'accident n'avait pas été rejetée, malgré le degré de sophistication du poison. A priori, sans l'erreur commise par cet être malveillant, ses cordes vocales n'auraient pas été les seules victimes : il y aurait probablement eu une combustion interne ou quelque chose de cet ordre.

« Vous en savez bien plus que moi à ce sujet, concéda le sorcier bien volontiers en déposant le bout de ses doigts fins sur son cou. Il avait subi beaucoup trop de piqûres à cet endroit. A présent, il lui fallait entamer le rapport de ses multiples examens - ou du moins ce qu'il en avait retenu. Mes cordes vocales ont brûlé et, malgré les traitements réussis, des nodules - heureusement bégnines - ont proliféré. Ma voix avait totalement disparu après... L'incident. Alors c'était déjà une grande victoire pour tout le monde que je récupère autant de mes capacités vocales. »

Cela ne sonnait pas réellement comme une victoire dans sa bouche. Il laissait de côté l'aspect psychosomatique de ce mutisme qui avait joué les prolongations. Le Maestro accepta que le jeune infirmier inspecte lui-même la zone, remettant ses propres mains sur ses genoux.

« Cinq années de traitement ont été nécessaires pour obtenir un tel résultat mais... J'estime toujours me trouver en rémission. Peut-être par espoir de retrouver la voix qui m'a offert ma fulgurante carrière, oui. Elle était magnifique, vous savez... »

Excepté auprès des Médicomages, le Maestro n'entrait jamais dans tous ces détails. Il oubliait presque que Diarmuid n'était pas que le Soigneur émérite de Poudlard, mais aussi son collègue. C'était un peu comme se confier à une personne lambda... mais une personne lambda qui avait le potentiel de s'inquiéter pour son sort. C'était peut-être la définition d'un ami, mais Tripplehorn n'en avait pas eu réellement pour pouvoir s'en faire la réflexion. A ses yeux peu éclairés, Diarmuid O'Belt était un collègue qui avait une grande importance pour le bien-être des pensionnaires du château - et donc le sien. Pour qualifier auprès de lui ce qu'il considérait encore clocher avec sa voix, le Maestro disposait de quelques images bien à lui.

« Est-ce que vous voyez ces chanteurs italiens nodulés..? J'avais cette voix éraillée il y a encore quelques années. Aujourd'hui, elle a certes regagné de sa matière, mais elle reste... voilée. Je ne saurai mieux décrire ce phénomène, mais je sens à de rares occasions qu'elle pourrait retrouver sa richesse. Disons qu'un amateur m'ayant connu il y a quinze ans ne distinguerait pas les différences si je lui interprétais un morceau d'opéra aujourd'hui. Par contre, il finirait par les entendre si j'essayais d'interpréter un opéra entier comme je savais le faire. Je finis toujours par ne plus pouvoir tenir les notes comme il le faudrait. »

Son problème résidait donc avant tout dans ses attentes, peut-être trop poussives, envers lui-même. Il était toujours brillant en chant, mais pas aussi brillant qu'avant le drame de sa vie survenu il y a quinze ans. Sa carrière au-dehors de l'Opéra demeurait plus que respectable, mais il continuait de ne voir qu'à travers le prisme de ce carcan.

« Ma voix a perdu son éclat et aucun de vos collègues ne veut intervenir pour la lui redonner : le risque n'en vaut pas la chandelle, d'après eux. Mon seul espoir, ce sont les jeunes érudits tels que vous mon cher Diarmuid. Je rêve qu'un jour un sirop ou un sort fera son apparition pour que le Chardonneret élégant puisse de nouveau chanter comme il le souhaite. »

Toujours droit sur la table d'examen, le Maestro accorda un geste du visage plus lumineux - et peut-être plus humain - au sorcier qui l'auscultait à présent.

Il en avait des choses à dire celui-là, mais ça aura mis beaucoup de temps, toutes mes excuses. :blush:

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L'IA m'a tuer

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Bien qu'il soit en plein examen par sortilège de l'état de son collègue et patient, Diarmuid resta attentif à ses mots. Bien que l'homme soit autocentré, il avait pris les détails de ce qui lui était arrivé à leur juste valeur; importants. Aussi, il était capable de décrire assez précisément ce qu'il s'était passé mais aussi les conséquences. Plusieurs fois au cours de son récit, Diarmuid hocha la tête. Il comprenait beaucoup des quelques sous-entendus et, grâce à sa passion pour les potions et, grâce à son passage par le service des empoisonnements de l'hôpital de campagne. Après tout, la pédiatromagie n'avait pas été sa seule option. Longtemps il avait voulu faire de la recherche. Et ce n'était pas quelque chose auquel il avait renoncé. Il continuait à se renseigner, à vouloir se former et à expérimenter de son côté.

Une fois qu'il eut terminé, le médicomage passa à l'auscultation par le flux magique. Une main sur chacune des épaules de l'anglais, il laissa sa magie lui rapporter les informations qu'elle pourrait lui transmettre. L'examen, bien que focalisé sur la gorge, prit un peu de temps. Bien qu'intéressé par tout un tas de domaine dans le monde médicale, les pédiatromages restaient des généralistes. Et le problème du chef de chœur relevait à son sens de la magico-chirurgie désormais.

Les mains de Diarmuid se détachèrent doucement des épaules de son collègue. L'irlandais refit le tour de la table pour lui faire face et entreprit de lui dire ce qu'il avait perçu. "
J'ai bien senti la présence des nodules mais aussi que vos cordes vocales étaient en parfaite santé aujourd'hui. On sent qu'elles ont souffert mais maintenant elles ont de bonnes mobilité et souplesse." Ca c'était ses constats à lui. Sauf que l'homme en face de lui pointait un problème à son sens. "La reformulation est probablement maladroite mais... C'est bien de l'endurance qu'il manque selon vous?" Pour lui c'était ce dont il parlait en mentionnant des morceaux d'opéra ou un opéra complet.

Il se tut un instant, réfléchissant à comment aider l'homme qui souffrait de la situation. Car même s'il lui avait paru un tantinet exaspérant, il ne pouvait pas ne pas prendre en compte le mal-être exprimé. "
J'ai des bases solides en antipoison mais ce n'est plus le problème actuel donc en l'état je ne peux pas vous aider à essayer de retrouver vos capacités. En revanche, je connais une magico-chirurgienne, elle était dans la promotion précédent la mienne à l'IMSM, je peux vous donner son nom, elle saura vous en dire plus sur ce qu'il est possible ou non de faire pour ces nodules." Il ne pouvait rien faire de plus à l'instant T que cette offre de contact, aussi infime puisse-t-elle être.

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Les mains du Soigneur le massaient presque au niveau des épaules, fort peu longtemps hélas. Lorsqu'il revint analyser sa gorge en face de lui son regard se détacha du bureau où était restée la jolie montre et que le Maestro n'avait, semblait-il, pas oublié.

Bien que le diagnostic n'était rien d'autre qu'un diagnostic, le sorcier était très fier de la description que produisait O'Belt de ses cordes vocales. En fait, il s'en trouvait même flatté. Non seulement elles étaient en parfaite santé, mais elles étaient aussi mobiles et souples. Un sourire se dessina sur ses lèvres. C'était le genre de diagnostic qui lui permettait de garder un peu d'espoir pour retrouver toutes ses capacités à la normale - bien qu'on s'efforçait toujours de limiter ses espérances.

« Elles manquent d'endurance, oui voilà !, s'étonna-t-il. C'était exactement ce dont il souffrait. Avant, je sentais que je pouvais chanter sans réserve même en épuisant les techniques les plus corsées. Après cette terrible chose, je n'ai jamais pu finir une aria sans sentir que ma voix perdait en substance... »

Voilà que son visage s'assombrissait de nouveau à la mention du poison qu'il appelait "chose". Le sorcier lui confirma que le problème ne serait pas réglé de sitôt, ce qui ne surprenait pas vraiment Tripplehorn, hélas habitué. La mention d'une magico-chirurgienne retint toutefois toute son attention, car il avait déjà rencontré un soigneur de ce genre auparavant qui n'avait pas voulu tenté quoi que ce soit au risque d'aggraver son problème. Il fallait dire qu'à l'époque, il y avait eu présence de plusieurs problèmes : à fleur de peau, le Maestro avait failli agresser le sorcier à cette annonce pour le forcer à l'opérer. Aujourd'hui, il prendrait la nouvelle avec un peu plus de parcimonie. Il fallait dire qu'O'Belt prenait soin de sa personne, et que cela se faisait rare. Il était hors de question de l'embarrasser devant ce contact qu'il connaissait depuis ses études.

« Je serai ravi de la rencontrer, sourit le sorcier, prompt à recevoir tous les avis médicomagiques du monde. Je pourrais bien offrir un château à celui ou celle qui me fera retrouver ma voix d'antan. Elle était réellement merveilleuse, vous savez... »

Ses yeux fixèrent un point vide - que l'on pouvait imaginé être en réalité dirigé vers le bureau.

« Si vous voulez bien noter son nom sur un bout de parchemin, que je puisse lui écrire... »

Tripplehorn, depuis un moment maintenant, avait une envie pressante, sans qu'il ne puisse rien y faire, de triturer quelque chose dans ses mains. Quelque chose qui pouvait briller un peu et qu'il voulait absolument soutirer du vide-poche. A chaque fois c'était la même chose quand un objet retenait son attention il ne pouvait se défaire de l'envie de le posséder. La Psychomage lui aurait sûrement détecté une envie de reprendre ce qu'on lui avait volé il y a quinze ans à travers tous ces petits trophées qui complétaient sa grande collection inexplicable - car lui-même ne comprenait pas parfois comment certaines choses se retrouvaient dans ses affaires, bien qu'il s'en accommodait bien rapidement il fallait bien l'avouer. Le sorcier venait pourtant d'offrir la plus belle de ses fioles à son collègue, et il avait même estimé qu'il la méritait plus que jamais à présent qu'il l'aidait à soulager sa peine... Parmi les objets qu'il préférait collecter, ceux qui contenaient une certaine valeur émotionnelle à leurs propriétaires. Il leur portait une attention toute particulière au point de les dissimuler dans un coffre verrouillé.

Voilà qu'à présent il en venait à espérer qu'O'Belt se retourne juste assez longtemps en lui écrivant le nom de la spécialiste pour faire voler jusqu'à lui l'un des occupants du vide-poche à l'aide de sa baguette magique. Les joues empourprées, tout était une question de timing, et peu importe s'il le faisait à la vue de l'infirmier puisque le plaisir venait du fait de soutirer la chose pour la tester et en analyser toutes ses significations. Il savait toutefois les gens susceptibles, même quand montres et bracelets lui allaient bien davantage qu'à leurs propriétaires initiaux, alors il tentait toujours la méthode délicate en premier lieu.
<3

Maestro Piccolo inRP (Fut chef de chœur à Poudlard de janvier 2048 à juin 2050)
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Si Diarmuid n'avait pas vraiment idée de ce que pouvaient être les techniques corsées dont parlait son collègue, il comprit toutefois qu'il avait bien cerné le problème qu'il lui décrivait. Cependant, cela ne lui permettait pas d'aller plus loin dans le soin de la gorge de son aîné. Il était ici face à une limite très claire de ses compétences. Une chose qu'il venait de dire ouvertement au chanteur et que ce dernier ne semblait pas mal prendre. "Je n'en doute pas." commenta, par politesse plus que réel connaissance de la voix de l'homme, Diarmuid avec un sourire - tout aussi poli que son commentaire. Il ne s'agissait là que d'une formule pour donner le change, un automatisme.

Par contre, lorsqu'il s'agit de prendre de quoi transmettre le nom de son ancienne camarade à Placido, le sourire du pédiatromage devint plus chaleureux, vivant. En effet, il ressentait une forme de reconnaissance à la compréhension de l'anglais, qui ne lui tenait pas rigueur de son aveux d'incompétence concernant son cas tout en acceptant d'être référée à cette consœur. "
Bien sûr." Accéda-t-il avant d'ajouter, "je vous laisse vous assoir." Il avait désigné les chaises côté visiteur du bureau. Lui même se dirigea vers ce dernier et contourna sa chaise pour ouvrir le tiroir où il laissait ses parchemins à en-tête. Il souleva plusieurs papiers sans les trouver. Il avait de toute évidence oublié d'en remettre. Aussi il s'éloigna jusqu'à un meuble haut, à quelques pas derrière, tournant ainsi le dos à ce qu'il se passait ailleurs dans le bureau.

Il n'eût pas bien longtemps à chercher avant de les trouver et de pouvoir s'asseoir en face de son patient et d'attraper sa plume afin de noter l'identité de la magico-chirurgienne à laquelle il pensait ainsi que quelques informations utiles pour la trouver. Il agita quelques secondes le vélin pour laisser l'encre sécher puis le plia en quatre avant de le tendre à celui qui avait besoin des informations qui y étaient inscrites.

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