Les pages vagabondes

Oh oui, les secondes passaient cruellement long. Quand sans un mot, Niall lui tourna le dos. Quand toujours sans un mot, il fit un pas pour s'éloigner. Un autre. Et que tout ce qu'il avait laissé à Fabio était un petit sourire que celui-ci ne savait comment lire et un hochement de tête dont l'égyptien craignait qu'il voulait signifier quelque chose comme fort bien Monsieur, payez donc et laissez-moi en paix. Fabio avait l'impression qu'il ne s'était pas suffisamment excusé, ou plutôt pas suffisamment bien, que ses excuses avaient été altérées par leur maladresse. Il voulut rajouter quelque chose mais ne sut pas quoi.

Il songea alors que cela ne lui ressemblait pas, cette perte d'assurance soudaine. De douter, de ne pas savoir quoi dire, de repenser à ses mots, de les peser à nouveau et surtout : de les avoir raté en premier lieu ! D'avoir autant de difficulté à cerner son interlocuteur, également. Ce n'était pas très agréable, comme situation. Il se dit qu'il que ce qu'il y avait de mieux à faire était de payer sans plus de cérémonie, de se montrer poli mais sans plus – somme toute, d'enfin commencer à se comporter comme n'importe quel client de la boutique – puis de quitter Fleury et Bott en espérant qu'une fois de l'autre côté de la porte, il parviendrait enfin à remettre de l'ordre dans ses pensées et de comprendre ce qu'il venait de se passer. Et il allait se mettre en mouvement quand Niall se retourna de nouveau. Et qu'il revint dans sa direction, et qu'il rencontra son regard. Pour la première fois, Fabio remarqua que Niall avait les iris d'une étonnante mais belle couleur grise.

Tout à coup, le livre avait changé de mains. Niall avait déjà pris la parole tandis que Fabio sentait encore l'emprunte légère des doigts du sorcier à l'endroit où ils avaient effleuré les siens. Secondes longues ou secondes courtes, cette fois-ci ? Les deux à la fois, était-ce possible ? Fabio était assez certain qu'il s'était agi de secondes au pluriel, en tout cas – et plus qu'il n'en fallait pour récupérer un livre... non ? À moins que ce ne fut que le fruit de son imagination qui après tout, en sentait le souvenir toujours maintenant ?

Ce que Fabio retint, était que Niall ne lui en voulait pas. Alors souriant doucement à son tour, il lâcha avec un soulagement difficilement dissimulable :

Merci.

Il se souvint qu'il n'avait toujours pas bougé depuis qu'il avait annoncé qu'il allait payer. Et depuis qu'il s'était dit qu'après l'avoir annoncé, il ferait bien de l'exécuter. À la différence qu'à présent, il ne tenait plus le livre en question entre les mains. Et que Niall avait repris son tutoiement. Et qu'il ne lui en voulait pas. Alors effectivement, peut-être...

Est-ce qu'il pouvait se permettre de rester encore un moment ? S'il n'évoquait plus le nuage, s'il n'évoquait plus non plus les fameuses curiosités que Niall ne se permettait pas d'avoir (Fabio avait mentalement reporté toute réflexion à ce sujet – et Circé savait qu'il y avait de la matière pour – à plus tard, à quand il aurait à nouveau l'esprit un peu plus clair) ? Histoire ne ne pas quitter la librairie et le libraire sur cette situation aussi étrange. Encore fallait-il trouver quoi dire. Il chercha. Son regard se posa brièvement sur le livre sur les runes que Niall tenait à présent, qu'il désigna d'un faible mouvement de la tête.

Tu l'as lu ? Tu recommandes ?

Quelque chose dans l'enchaînement lui paraissait étrange mais au moins, il ne risquait pas de faux pas. Lui semblait-il, en tout cas. Et la question lui permettait d'échanger encore quelques phrases avec Niall – du moins il l'espérait – tout en laissant la possibilité de se diriger vers la caisse si c'était ce qu'il fallait faire. Oui, ça lui semblait bien. Et Fabio avait l'impression de retrouver un peu de contrôle sur la situation et sur lui même. Et ça aussi, ça lui semblait bien. Et il se détendit un peu, remarquant au passage qu'il ne l'avait pas été toutes ces dernières longues et courtes secondes qui s'étaient écoulées depuis que Niall avait fait un pas de côté.

Fab’ulous
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Les pages vagabondes
Dans les regards, dans les gestes, dans les silences et l’énergie qui les entouraient, Niall semblait s’être divisé en deux. Il y avait le libraire qui donnait bonne figure, qui réceptionnait un livre, écoutait le client, s’apprêtait à le conseiller et à le diriger à la caisse ; et l’homme qui traduisait les non dits, cherchait des sourires, des intentions et des signes, attiré par Fabio Dermott tout entier. Dans son merci, il en entendit son souffle et un certain apaisement. Il s’était alors demandé s’il était possible que… Apportait-il réellement de la valeur à ce que l’Irlandais venait de dire ? Ce merci avait un goût sincère qui le toucha. Encore un mot qu’il lui aurait volontiers demandé de répéter. Pour sa sonorité, pour son souffle, pour son signifiant.

Alors que ses doigts s’étaient finalement agrippés au livre, deux questions destinées au libraire l’avaient fait sortir de ses pensées d’homme. Il avait souri. Le libraire se concentrait sur la réponse. L’homme se concentrait sur le tutoiement.

— Et bien.. Pour être honnête, ce n’est pas le meilleur, avoua-t-il presque en chuchotant, tout en observant sa quatrième de couverture. Si je peux me permettre ? Il désigna le fameux présentoir de l’index, indiquant indirectement à Fabio de se décaler pour le laisser passer — toucher son bras n’était en l’occurrence pas possible, tant la main effleurée plus tôt lui restait en tête — et s’était penché pour attraper l’ouvrage qui l’intéressait. Décalant un petit livre pour les plus débutants, il attrapa celui qui se cachait derrière.

— J’ai toujours préféré.. Amorim1, termina-t-il en lui offrant le nouveau livre.

Un léger silence avant d’énoncer le nom de l’autrice. Un léger regard plongé dans celui du sorcier et le libraire laissait place à l’homme. Il ne savait pas jusqu’où allaient les connaissances runiques de Fabio, mais s’il connaissait ce nom, il ne manquerait pas d’y entendre quelque chose ; si toutefois, il tendait l’oreille.

Niall se rendait bien compte qu’en déposant si vite un livre dans la main d’un client, il finirait par partir. Il ne pouvait pas non plus rester des heures, mais il avait tellement de questions à lui poser, à commencer par le lieu où il pourrait le trouver le plus souvent, puis ce qu’il faisait dans la vie. Car si Fabio était tombé par hasard sur lui dans sa librairie, l’Irlandais n’avait pas l’impression d’avoir été doté d’autant de chance pour espérer subir le même sort. Et après ce qui venait d’arriver, l’interroger lui semblait impensable. Peut-être pouvait-il trouver une excuse ? Un moyen de le faire revenir ?

— Tu étais resté longtemps aux Quadriennales ?

L’urgence du moment avait envoyé la première question qui, selon lui, n’allait lui apporter aucune information personnelle sur Fabio Dermott, mais elle était sortie alors que les secondes silencieuses se faisaient de plus en plus pressantes. Niall en était certain : si l’Egyptien ne l’avait pas pris pour un fou il y a quelques minutes, il allait clairement en venir à cette conclusion avec une telle question sortie de nulle part. Niall fulminait. Plus aucune bonne manière, aucun code, aucune phrase passe partout. Il détestait cela. Peut-être aurait-il dû choisir l’option du silence, dans cette équation où il forçait la main à son interlocuteur, où la balle lui revenait sans cesse. Ainsi, tout était plus facile à contrôler : il suffisait de répondre, se taire, attendre et recommencer. Mais si sa dernière réponse avait été celle de trop ? Après tout, peut-être que Fabio Dermott était tout simplement un homme poli qui pensait que précipiter sa sortie de la boutique était mal vue ? Peut-être que Niall avait senti quelque chose qui n’était, en fait, rien ; cela n’aurait pas été la première fois.

Le libraire espérait toutefois que pour tous les prochains clients qui entreraient chez Fleury & Bott, ce serait Lauren qui s’en occuperait. Et ce, jusqu’à ce que ce client si spécial s’en aille. Peut-être même encore après, le temps que Niall s’en remette.

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1 : Rosana Amorim

Les pages vagabondes
Fabio suivit du regard l'indexe du libraire qui pointait en direction du présentoir et fit un pas en arrière afin de lui laisser la place qu'il fallait pour confortablement passer. Il avait observé avec attention Niall qui s'était penché sur les livres, en avait décalé un en pour y récupérer un autre. Il ne l'avait toujours pas lâché du regard lorsqu'il s'était retourné vers lui. Fabio se demanda s'il avait déjà croisé des yeux gris, avant d’avoir croisé ceux de Niall.

Celui-ci s’était retourné vers lui. Il avait fallu un silence supplémentaire avant que Fabio ne sourie en guise de remerciement pour le conseil et qu’il baissa finalement le regard sur le nouveau livre que le tendait Niall. Il le récupéra. Rosana Amorim lut-il tout en se rendant compte que c’était que venait de dire l’homme à voix haute. Fabio feuilleta quelques pages tandis qu’il fouillait dans sa mémoire. Intensivement. Ce nom lui disait peut-être quelque chose, mais il n’en était pas certain. Il avait quelques livres de runes chez lui, peut-être qu’elle avait été citée dans l’un des ouvrages ? Mais cela faisait trop longtemps qu’il ne les avait pas consultés en profondeur, ainsi il demeura dans l’incertitude. À moins qu’elle n’eut été mentionnée à l’époque de ses études à Poudlard ? Il fallait dire que tout intéressé qu’il était par les runes, avec son départ en Égypte, l’intrigue pour les symboles avait lentement migré des runes aux hiéroglyphes.

Fabio cherchait à entendre quelque chose dans ce nom, une association, un souvenir, quelque chose qui pourrait lui faire dire « ah oui, je vois de quoi tu parles ». Il cherchait tellement qu’il n’entendît absolument pas l’allusion de Niall. Pas sur le moment en tout cas (parce que…). Sur le moment, Fabio voyait les yeux gris de son interlocuteur, les pages lettrées, voyait que le libraire lui avait proposé un autre livre et au milieu de cela, il était soulagé de constater que l’échange – lui paraissait-il, du moins – avait regagné en normalité. Le libraire conseillait son client, recommandait un ouvrage, le terrain auparavant glissant semblait à nouveau sécurisé. Bien, très bien. Et peut-être qu’au fond, il n’était même pas grave que Fabio, en cet instant, n’était plus très certain de qui était cette Rosana Amorim. Peut-être qu’il n’était pas grave de ne pas être à la hauteur des connaissances du libraire, ni d’avoir initialement sélectionné un livre moins recommandable que celui qu’il tenait actuellement. Même s’il aurait aimé être gratifié d’une approbation. Et peut-être même que malgré tout cela, Niall aurait la gentillesse de ne pas pour le prendre pour un ignorant, mais juste pour un client. De toute façon, c’était ce qu’il était.

Mais Fabio n’eut pas le temps de répondre que Niall changea de sujet. Il releva le regard, le livre toujours ouvert entre ses mains, s’invoquant mentalement le souvenir du jour de leur rencontre.

Non, pas vraiment. À vrai dire, je suis rentré assez rapidement – du travail à faire… Mais ce n’était pas mon premier jour de visite. Avec la saison culturelle sur le point de débuter et les Quadriennales, août a été un mois chargé ! Ici aussi, j’imagine.

Fabio pensa à tous les élèves qui étaient probablement venus faire leurs achats pour la nouvelle année à Poudlard. Mais il n’avait pas vraiment – vraiment pas – envie de parler de gamins et de manuels scolaires, alors il s’empressa de rediriger la discussion sur les Quadriennales de la magie.

Est-ce qu’il y a une création qui t’a particulièrement impressionné, aux Quadriennales ?

Autant rester sur le sujet. Comme c’était Niall qui l’avait choisi, il devrait être sûr également.

Fab’ulous
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Fabio répondait à la question de Niall. Il ne répondait pas par un simple oui ou non, il répondait avec des phrases, des détails et des exemples. Son ton donnait l’impression que la réponse donnée n’avait rien de fabriqué, elle était basée sur un souvenir. Il y avait un réel partage, et l’Irlandais fronça légèrement les sourcils. D’abord, parce qu’il était étonné de ne pas avoir eu à faire un effort surhumain pour obtenir une information, mais aussi parce qu’il avait mentionné une saison culturelle. Les premiers réflexes étaient de comprendre de lui-même, sans avoir à interroger, mais il était évident qu’il lui manquait quelques éléments de contexte. Alors il avait écouté patiemment la suite, se disant que peut-être, il y aurait d’autres indices dans ses paroles. Et dans ses paroles, il y eut mieux que des indices. Fabio ne faisait d’ailleurs pas que répondre, il interrogeait également, et sur les impressions de Niall. Par un vieux réflexe ancré depuis dix ans, il avait laissé un léger instant avant de répondre, voulant s’assurer que dans le regard bleu de ce fameux client, il y avait bien un réel intérêt. Intérêt et attente, semblait-il. Sauf qu’avant de parler de lui, le libraire préféra reprendre ce qui l’avait fait tiquer plus tôt.

— Une saison culturelle ? Tu t’intéresses à des représentations ou quelque chose d’artistique ?

Dans son esprit, l’homme venait de marquer dix points. Non seulement, il semblait s’intéresser aux runes, mais en plus, il avait utilisé un mot magique pour Niall : la culture. Peu importe ce qu’il se cachait derrière cette saison, il y avait intérêt. Et même s’il n’y avait rien eu, il y aurait eu intérêt. Le libraire avait baissé le regard sur les mains de Fabio. Des mains qui tenaient un livre, des mains qui feuilletaient, des mains qui —

Un “excusez-moi” entre deux rangées vint sortir Niall de ses pensées et il maudit pour la première fois depuis son arrivée à la librairie, la personne qui venait de l’appeler.

— Excuse-moi. Tu me donnes cinq minutes ?, demanda-t-il à Fabio d’une voix légèrement inquiète.

Il n’avait pas envie que la cliente inintéressante chasse le client intéressant. Il avait encore des questions à poser, des informations à glaner et des mains et des yeux à observer.
Il commença à se diriger vers la maudite cliente et se retourna vers celui qu’il laissait à contre-coeur, les mains tenant toujours un livre, les mains toujours attirantes.

— Tu ne bouges pas, hein ?, avait-il chuchoté en souriant.

Alors qu’il proposa son aide à celle qui ne savait, de toute évidence, pas lire des étiquettes sur les allées et les livres, il jeta discrètement quelques regards vers Fabio pour s’assurer qu’il ne parte pas. Niall sautillait presque sur ses jambes, d’impatience. Cela ne lui ressemblait pas, mais il fallait dire qu’il était assez frustrant de répéter que non, si le nouveau livre de Jenkins n’était pas en rayon, c’était qu’il faudrait le commander. Oui, bien sûr qu’il pouvait le commander. Non, pas besoin d’aller jusqu’à la caisse pour le faire. Oui, elle pouvait repasser demain. Oui, c’était aussi rapide. Non, il n’y aurait pas de frais supplémentaire. Oui, la librairie serait ouverte aux heures habituelles. Bonne journée à vous aussi.

Niall revint à l’homme avec le même sourire qu’il lui avait envoyé plus tôt, ravi de constater qu’il n’était pas parti.

— Pardon ! Tu disais ? Une saison culturelle ?

Par un même réflexe ancré du même nombre d’années, le libraire préférait parler des autres, parler de leurs intérêts à eux. Parce que ce même réflexe avait été créé à la suite de faux intérêts. Ce n’était pas qu’il n’aimait pas parler de lui, mais il avait cette manie de vouloir retourner la discussion sur l’autre. Ne pas parler de lui permettait de ne pas creuser, ne pas trop en dire, ne pas risquer quoi que ce soit. Et puis, il fallait dire qu’il avait déjà oublié que Fabio l’avait interrogé sur ses impressions, tant son intérêt avait été piquée sur cette fameuse saison culturelle.

J’imagine que Fabio ne serait pas parti ? Mais si c’est le cas, dis-moi.

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La question que venait de poser Niall entrait, celle-ci aussi, dans la catégorie des questions faciles. Parler de sa Salle de Spectacle, Fabio le faisait non seulement avec facilité, mais également avec enthousiasme. Il hocha la tête pour annoncer la réponse positive qui allait suivre, esquissa un sourire puis ouvrit la bouche pour effectivement répondre, mais il fut devancé par la voix d'une cliente qui s'éleva un peu plus loin. Alors il la referma, portant un regard interrogateur sur Niall : devait-il y aller ?

Fabio réitéra son hochement de tête : oui, bien sûr qu'il devait y aller, bien sûr qu'il pouvait y aller, bien sûr qu'il pouvait céder cinq minutes à l'autre sorcière. Non, il n'allait pas partir, de toute façon il devait encore payer le livre qu'il avait choisi – ou plutôt, que Niall avait choisi pour lui. De toute façon, s'il était resté jusqu'à présent, ce n'était pas une deuxième cliente à la boutique qui aillait entraîner un soudain départ de sa part. Niall lui tourna le dos et Fabio le suivit du regard alors qu'il s'éloignait. Pour la deuxième fois déjà aujourd'hui, mais au moins cette fois-ci, il n'était pas dans l'inconfort de l'incertitude.

L'homme avait-il senti le regard bleu de l'Égyptien fixé sur ses épaules ? Toujours était-il que Niall se retourna – pour la deuxième fois déjà aujourd'hui. Instantanément, comme pris sur les faits, Fabio baissa le regard au sol avant de se forcer à le relever peu après déjà : il n'y avait strictement rien d'embarrassant dans le fait de suivre pendant quelques instants du regard un interlocuteur qui partait. Fabio se demanda si c'était-ce quelque chose qu'il faisait souvent, Niall : faire mine de partir puis se retourner encore un fois ?

C'est comme si j'avais un coloshoo, rétorqua-t-il en répondant au sourire par un sourire, en répondant à cette question qui au fond peut-être, n'attendait pas réellement de réponse. Il y avait, dans cette deuxième question, cette deuxième demande rester comme si le libraire voulait s'assurer – encore une fois – que Fabio ne parte réellement pas alors qu'aucun signal en suggérait le contraire, quelque chose de légèrement troublant. L'Égyptien ne parvenait pas à mettre le doigt dessus plus précisément.

Niall se retourna et s'éloigna pour de bon et cette fois, Fabio se força à poser son regard ailleurs. Il rouvrit le livre qu'il tenait toujours entre les mains et entreprit la lecture des premières phrases. À travers les rayons, deux voix lui parvenaient en alterné, celle de la cliente et celle du libraire, tandis que ses yeux parcouraient les lignes lettrées non sans intérêt, mais avec une certaine retenue et une concentration limitée car il savait que de toute façon, il n'aurait pas le temps d'y plonger réellement. Et peut-être également parce qu'une partie de son attention était orientée en direction des voix auprès desquelles il laissait traîner une oreille. Ainsi, il entendit le "bonne journée" qui marqua la fin de l'échange. Sachant que Niall allait revenir d'un instant à l'autre, Fabio se concentra un peu plus sur son livre afin de pouvoir relever la tête lorsque les pas du libraire s'étaient suffisamment rapprochés.

Niall posa une nouvelle fois sa question et Fabio nota – non sans joie – que le sujet semblait réellement l'intéresser. Avec un peu moins de joie et une certaine déception, il constata également que Niall semblait totalement avoir balayé sa propre question sur les Quadriennales. Ainsi, les questions se posaient-elles à sens unique ? Il aurait bien aimé en savoir plus sur le sorcier en face de lui, mais visiblement, celui-ci n'avait pas envie de s'attarder sur ses impressions des Quadriennales – un choix que Fabio respectait. Alors malgré sa curiosité, il n'insista pas, restant sur le sujet de la culture que Niall avait repris. Ça ne le dérangeait pas de répondre – au contraire. Car (et au risque de me répéter), Fabio parlait de la Salle de Spectacle avec un enthousiasme qui devrait certainement se lire dans son regard. Refermant le livre, il demanda :

Est-ce que tu connais la Salle de Spectacle, à Godric's Hollow ? J'y travaille.

Fabio s'interrompit un instant, surpris par son propre choix de mots. Non, il n'y travaillait pas simplement. Il hésita un instant supplémentaire, mais vint à la conclusion qu'lui fallait tout de même corriger :

À vrai dire, j'en assure la direction. Depuis environ un an maintenant, avec septembre qui marque la reprise des représentations.

À présent, Niall savait où il travaillait, tout comme lui savait où travaillait Niall. Chacun avait vu une rune de l’autre dans les nuages et dans l’ensemble, Fabio se dit ils étaient plus ou moins à égalité en termes d’informations. Un fait sur lequel s’arrêter lui semblait finalement assez ridicule, mais qui comportait malgré tout quelque chose qui le faisait sourire. D’ailleurs à y penser, l’équilibre ne semblait pas encore totalement au point, car Niall pouvait aisément deviner que visiblement, Fabio avait un certain intérêt pour les livres. Alors il se permit de demander :

C’est un domaine qui t’intéresse un peu ?

Fab’ulous
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Les pages vagabondes
Lorsque Niall observait Fabio, il lui donnait l'impression d'assister à un spectacle. Sa manière de tenir son livre, de tourner la page, de relever sa tête lorsqu'il était revenu vers lui, et de refermer son livre avant de répondre à une question. Ce n'était pas tant qu'il donnait l'impression que tout était réfléchi au point d'y associer une certaine manipulation – cela l'aurait d'ailleurs suffisamment alerté –, mais c'était plutôt terriblement attirant. Niall ne sentait pas non plus que Fabio manquait de spontanéité ; non, ce n'était clairement pas l'idée qui lui traversait l'esprit. C'était tout simplement que Fabio avait une présence qui réclamait l'attention du spectateur, et l'Irlandais n'avait pas l'intention de détourner le regard.

Alors il l'avait observé fermer son livre, relever la tête et Niall avait hoché la tête à la mention de la Salle de Spectacle. Bien sûr qu'il la connaissait. Comment aurait-il pu faire autrement ? Puis, l'excitation que l'information supplémentaire donnée venait de créer dans son cerveau avait arrondi ses yeux sans qu'il ne puisse le contrôler. Sa bouche entrouverte par la surprise et la joie de rencontrer quelqu'un qui y travaillait rendait son travail à lui beaucoup moins intéressant. Non pas qu'il ne l'aimait pas, mais à cet instant, tout ce qu'il aurait voulu lui répondre c'était : "parle-moi de cet endroit" jusqu'à épuisement. Alors lorsque Fabio ajouta qu'il en était le directeur, l'admiration ne pouvait qu'augmenter.

— Depuis un an ?!, s'exclama Niall qui commençait à faire les calculs dans sa tête. Mais... Ca veut dire que c'est toi qui as agendé le spectacle des Contes de Beedle le Barde ? Je suis allé à chacune des représentations ! C'était .. Il réfléchit un instant, les souvenirs plein la tête, pour trouver le mot adéquat.. Absorbant. En bien !, ajouta-t-il conscient que Fabio ne connaissait pas encore sa manie d'utiliser des mots, disons, différents lorsque quelque chose l'inspirait et le transportait.

Alors évidemment, lorsque l'homme l'interrogea sur son intérêt pour le sujet, ses yeux s'illuminèrent davantage.

— Un peu ?!

Niall se dirigea derrière son comptoir et se baissa pour récupérer la liasse de parchemins qu'il gardait là, dans un coin, avant de la brandir en direction de Fabio.

— Je suis les programmes culturels de toute la Grande Bretagne !, plaisanta-t-il. Je pensais d'ailleurs passer à la Salle un jour pour me procurer des billets pour cette saison. Peut-être que tu pourrais me conseiller sur celui que tu as préféré ? Car j'imagine que tu as déjà dû les voir pour décider de les programmer ?

L'euphorie ne diminuait pas. Il repensait à son mois d'avril, se demandant si, en assistant aux représentations, il avait pu le croiser. Par logique — propre à lui —, il se demandait laquelle avait été sa préférée. C'était d'ailleurs ce qu'il cherchait à savoir en le questionnant sur les spectacles à venir de cette année. Certes, il aimait être conseillé, mais il comptait bien assister à toutes les dates. Non, ce qui l'intéressait surtout c'était celle que Fabio Dermott préférait et pourquoi.

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Fabio ne s'était pas attendu à un tel enthousiasme venant de la part du sorcier. Ou peut-être que si ; lorsqu'il tenta de se rappeler de ce à quoi il avait pensé en évoquant son travail, il ne parvint plus à mettre le doigt dessus. Ce qu'il pouvait tout de même retenir, c'était que les gens paraissaient rarement ennuyés ou indifférents lorsqu'il évoquait la Salle de spectacle ou le fait qu'il en était le directeur. Au contraire, même, alors certainement que toute réaction moins enthousiaste que celle à laquelle il venait d’avoir droit l’aurait déçu. Y répondant avec un petit sourire (qui ne reflétait que partiellement la profonde satisfaction du compliment qui redorait son ego), l'Egyptien hocha la tête :

Effectivement. Je suis content que cela t’ait plu, il me tient à cœur de proposer un programme varié.

Profitant du fait que le libraire soit retourné derrière le comptoir, Fabio s’approcha à son tour et y déposa le livre qu’il souhaitait acheter, faisant ainsi comprendre à Niall qu’il était prêt à payer. Prêt mais pas spécialement pressé, non plus. Le regard amusé, Fabio laissa échapper un sifflement admiratif lorsque Niall brandit sa pile de programmes culturels. Il retrouva un peu son sérieux à la question du libraire – qui méritait tant une réflexion sérieuse qu’une réponse sérieuse.

Oh, ce n’était pas la première fois que le Directeur de la Salle de spectacle était confronté à l’exercice de la recommendation . En fait, il était plutôt bon dans l’exercice. Lorsqu’une telle question était posée, il ne s’agissait en réalité pas d’évoquer sa pièce préférée, mais d’observer son interlocuteur, de sonder ses goûts afin d’être en mesure de lui fournir une réponse sur mesure – une suggestion dont on pouvait être quasiment certain qu’elle saurait faire satisfaction. C’était comme ça qu’on satisfaisait les clients. Et pourtant… Niall ne lui avait en réalité pas demandé une recommandation, mais sa propre pièce favorite – nuance ! Et une nuance importante.

En fin de saison, il y aura une série de trois représentations proposant des spectacles venus d’autres pays. Les derniers détails sont toujours peaufinés en cours d’année, mais je peux déjà dire que ce projet-là est mon coup de cœur personnel de la saison.

Un projet qui s’inscrivait également dans cette idée de vouloir diversifier le programme, de faire découvrir des formes artistiques possiblement inattendues tout en osant passer par-dessus les attentes, les contourner ou les prendre par surprise.

Le regard de Fabio se posa un instant sur son livre sur le comptoir, avant de le relever vers le libraire pour ajouter avec un nouveau sourire :

Mais j’espère que cela ne te dissuadera pas de revenir avant !

Il devait admettre que cette idée-là lui plaisait.

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La carte fidélité permet-elle de rester plusieurs mois à la librairie ? :cute:

Fab’ulous
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Lorsque quelqu’un réfléchit, son regard quitte sa cible première pour fixer un point sans importance, laissant alors les souvenirs prendre le relais et défiler. Lorsque quelqu’un laisse ses souvenirs défiler, Niall aime observer les expressions se dessiner sur un visage. Et ce matin-là, c’était celui de Fabio qu’il observait. Souvenirs ou pas souvenirs, finalement. Discrètement, timidement, mais curieux, Niall parvenait à tenir son regard quelques secondes pour remarquer le petit sourire qui allait accompagner les goûts du sorcier. Et il ne manqua pas un mot de ce qui lui était confié. Il entendit le quand, le quoi et le comment. En somme, tout ce qu’il avait demandé — et si la remarque suivante ne l’avait pas fait changé de trajectoire, il aurait sûrement ajouté quelque autres questions que sa curiosité quémandait —, mais ni le quand, ni le quoi, ni le comment amenèrent Niall à répondre.

L’information s’était perdue dans un coin de son esprit, et sûrement — avec une certitude plutôt grande — Niall y repenserait d’ici quelques jours (parler en terme d’heures était d’ailleurs plus juste), mais à cet instant, c’était bien cette remarque suivante qui prenait tout l’espace dans son esprit.

Mais il fallait se résonner. Car c’était bien cela qui perdait l’esprit rêveur du sorcier : plonger dans une remarque, un mot ou un ton qui le ferait sourire bêtement ; une simple virgule aurait pu l’emmener nager dans un monde si celle-ci l’avait fait flotter quelques secondes supplémentaires.

Mais il fallait se résonner.

Niall s’autorisa toutefois un sourire à la suite de ce regard bleu qu’il avait vu passer du livre, puis à lui.

— Cela ne devrait pas, affirma-t-il en se saisissant du livre pour en noter le numéro de série sur son parchemin.

En le tendant à ce client bien particulier, signe qu’il pouvait le récupérer et l’emporter, il s’osa un regard — bien que la raison l’aurait sûrement déconseillé — et oublia évidemment que la tâche suivante aurait été de proposer une carte de fidélité. Il oublia évidemment de parler du programme de la librairie, des cadeaux et des rencontres, car de toute évidence, seule la leur comptait.

— J’espère que cela, dit-il en pointant le livre de son regard et de sa main qui le tenait toujours, ne te dissuadera pas de revenir !

Envolée, la raison. Et il devait admettre que cette idée-là lui plaisait !

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Fin aussi par ici. Merci de rendre ces écrits si doux.

Les pages vagabondes
Cela ne devrait pas. La réponse arracha un sourire immanquable au sorcier. À moins que ce n’était celui de Niall qui avait ravivé une énième fois le sien ? Du regard, Fabio suivit les gestes experts du libraire qui entreprit de le faire passer à la caisse – pour de vrai et pour de bon, cette fois-ci. Il connaissait le processus. L’inscription du numéro de série sur le parchemin serait suivi du transfert définitif du livre dont il avait fait l’acquisition.

Fabio se rappela tout à coup qu’il lui fallait encore payer. Il glissa la main droite dans sa poche pour en sortir une série de pièces – elles y trainaient la plupart du temps librement et tintaient joliment – qu'il inspecta sur sa paume ouverte. Il isola la somme exacte qu'il lui fallait, rangea à nouveau les mornilles en trop dans la poche de sa cape puis referma le poing sur le reste avant de les empiler ente le pouce et l'indexe en petite tour soigneuse sur le comptoir devant Niall, de façon à lui permettre de les récupérer facilement.

Fabio, lui, pouvait récupérer le livre de runes. Le livre de runes et la remarque que le libraire lui avait glissé en accompagnement. Et avec un nouveau sourire, Fabio rétorqua en reprenant à son tour les mots qu'avait employé le sorcier un peu plus tôt :

Cela ne devrait pas.

L'Egyptien adressa encore des salutations au sorcier puis finit par se diriger vers la sortie de Fleury et Bott, le fameux livre de runes aux nuages sous le bras. Fabio posa un premier pas à l'extérieur et reprit la direction du Chaudron Baveur. L'agacement généré par le goblin était envolé et il avançait le pas léger, la cape flottante et avec cette impression si satisfaisante d'avoir fait un achat tout à fait excellent. Quoiqu'à vrai dire, l'ingrédient principal de cette nouvelle bonne humeur n'était certainement pas l'achat.

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Finiiii, merci à toiii
Prochain arrêt : les PR :innocent:

Fab’ulous
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