16 juil. 2025, 22:38
Une table, deux tasses, ses yeux par-dessus la théière PV
Elle s'éloigne, libère la main. C'est plus fort que moi, mes yeux palpitent dans sa direction ; j'aimerais n'avoir pas parlé, être restée dans cette étreinte qui ne contenait pas de désespoir, j'aurais voulu que ça se poursuive pour toujours. Je ne sais pas pourquoi j'y ai mis un terme. Ou alors je le sais. Je sais que si je ne m'étais pas arrêtée maintenant, je ne me serais jamais arrêtée. L'étreinte aurait fini par se transformer, mon bras aurait serré plus fort, mon visage aurait été déformé par le désespoir et tout aurait été différent. Oui, c'est mieux que ça ce soit terminé maintenant. Je ramène ma main blessée vers moi, petite boule glacée qui pulse doucement sous sa poche protectrice ; les frissons remontent le long de mes bras maintenant que ses mains ne réchauffent plus la mienne. Je sens la fraîcheur de son absence.

Elle se racle la gorge. Elle se tient devant moi sans s'éloigner. Moi, je ne bouge pas. Je suis de nouveau affalée contre le mur, puisqu'elle ne me retient plus, et je ne peux pas m'éloigner davantage. Alors je ne bouge pas et je la regarde, je suis le mouvement de ses yeux, j'observe ses lèvres quand elle parle, je me demande quelle expression elle avait quand je la serrais contre moi. Mais quand elle ramène ses yeux sur moi, je baisse pudiquement les miens sur ma main blessée. Ce n'est pas que j'ai honte, c'est que je sens encore mon cœur déborder ; et si je croise son regard, je crois que j'aurais plus de mal encore à le retenir. C'est comme une tasse d'eau trop chaude qu'on me verserait à l'intérieur ; ça réchauffe de partout, mais c'est presque douloureux. C'est douloureux, parce que c'est agréable.

Elle me parle du buffet, du thé. Je tourne brièvement les yeux vers le haut des escaliers. Ces sujets si terre à terre après ce que nous venons de vivre, ça ressemble à la plus grosse incohérence que le monde ait porté. Pourtant, c'est quelque chose, ce sont des mots, c'est une discussion, et il n'y a pas de cri, il n'y a rien à reprocher, rien qui me bouscule, rien qui s'immisce en moi pour foutre le bordel dans mes émotions. Alors soit, parlons du thé, de son énorme buffet préparé pour moi.

Elle me propose de ramener quelque chose à la maison. Je tique. Les aider à écouler tout cela entre le dessert de ce soir et le petit-déjeuner ? Je tourne plusieurs fois la phrase dans ma tête sans réussir à me persuader de ce que j'ai cru comprendre. Je suis censée venir sur l'heure du thé, comment pourrais-je les aider si je dois partir après l'heure du thé ? Sans parler du petit-déjeuner de demain. Et puis son regard tombe le long de mon corps. Perturbée, moi aussi je le regarde, ce corps, et je pense à toutes ces fois où la nourriture ne passait pas, toutes ces fois où je me suis couchée sans manger. Toutes ces fois où manger me paraissait si dérisoire face à ce qui m'accablait.

« Je mange correctement, je... »

Et puis soudain, entre deux pensées à propos de mes habitudes culinaires, ça me frappe. Sa drôle de proposition de les aider à écouler le buffet sur le repas du soir et le petit-déjeuner du lendemain. Mon coeur est soulevé par une grande vague dangereuse à l'idée de ce qu'elle est en train de proposer. Du genre à le détruire s'il venait à chuter de tout là haut. Mais j'ai encore la sensation de son corps dans le creux de mon bras et son odeur danse toujours dans mes narines. Et puis nous sommes toujours dans les escaliers, protégées par son obscurité, par notre proximité, et même si j'ai du mal à la regarder dans les yeux parce que j'ai peur d'y sombrer, je ne crains pas de lui demander :

« Vous me proposez de... Vous voulez que je... »

Et je découvre que je suis incapable de terminer ma phrase. Absolument incapable de prononcer un simple mot, pourtant pas bien difficile. Il comporte cinq lettres, c'est un mot assez commun, que j'emploie régulièrement. Mais là, il est incapable de sortir et de m'aider à formuler la phrase que j'essaie d'articuler. Alors je remue d'inconfort contre le mur, tout à coup désireuse d'avoir l'opportunité de faire un pas en arrière, de mettre un peu de distance pour pouvoir croiser les bras sur mon buste, pouvoir me cacher derrière une attitude un peu plus bravade. L'envie me force à planter mes dents dans ma lèvre inférieure, mais elle disparaît très rapidement, au moment où mes yeux se lèvent pour partir en quête des siens. C'est à travers mon regard que le mot passe. Est-ce que vous désirez que je reste ? Plus longtemps que le thé, pour le repas, pour le petit-déjeuner ? Que je reste ?

16 juil. 2025, 23:46
Une table, deux tasses, ses yeux par-dessus la théière PV
Je n’aurais su dire si son trouble était causé par notre étreinte ou s’il était la conséquence logique de ma proposition à peine cachée. En tout cas, Aelle proféra un nouveau mensonge – non, elle ne mangeait pas bien, ça crevait les yeux ! – mais il me semblait moins grave que ceux qu’elle avait énoncés quelques minutes plus tôt, même si je me promis de veiller à son alimentation dans les mois à venir. Étrangement, je voulais qu’elle mange bien, qu’elle dorme bien, qu’elle fasse un peu d’exercice physique et peut-être même qu’elle pratique un peu la relaxation, cela ne pouvait pas lui faire de mal. En ce sens, je n’étais pas nécessairement un bon exemple, mais les grandes personnes sont toujours promptes à prodiguer des conseils aux plus jeunes sur la façon dont est censé prendre soin de soi. Encore une fois, fais ce que je dis, pas ce que je fais. Pourtant, je le ne la jugeais pas sur la façon dont elle choisissait de mener sa vie. Une grande personne plus raisonnable ne lui aurait pas proposé de noircir ses poumons, par exemple. Je voulais simplement qu’elle soit bien. Ou au moins qu’elle soit mieux. Parce que même si j’avais un instant envisagé de ne plus m’inquiéter pour elle, parce qu’elle ne le méritait pas toujours avec ses accès de colère et des crises de larmes, je ne pouvais simplement pas contrôler ce que je ressentais. Où était-il, cet instinct maternel, quand mon fils en avait eu besoin ?

Un sourire amusé se dessina sur mes lèvres quand elle peina à reformuler ma proposition. Elle ne devait pas comprendre que, moi qui avais menacé de la mettre dehors si elle continuait à faire son huître sur mon canapé, je lui proposais maintenant de rester un peu plus longtemps que prévu. Elle avait l’air si perdue que si elle avait traversé les dimensions pour se retrouver dans une réalité alternative sans s’en rendre compte.

« Que tu restes, oui. Si tu le souhaites. »

Je haussai les épaules avec désinvolture.

« Il faudra simplement supporter Marshall le temps du dîner. En général, c’est lui qui cuisine. Je dois reconnaître qu’il est plutôt doué et c'est un gentil garçon. Quoique, si cela te gêne, je peux aussi t’inviter au restaurant. »

Je m’aperçus que mon prétexte des pâtisseries excédentaires ne tenait plus debout, alors j’ajoutai :

« Mais on prendrait le dessert ici, j’insiste. Les tartelettes sont meilleures quand elles sont encore fraîches. »

C’était absolument vrai, les tartelettes sèches étaient immangeables et révélaient trop vite les lacunes de la pâtisserie anglaise. Je pensais un instant qu'il devait exister, parmi la gamme de sortilèges utilisée par les sorciers, un enchantement quelconque qui permettait de mieux conserver la nourriture. Ce n'était pas mon travail au restaurant, alors je n'en savais rien... Et de toute façon, je n'avais pas envie de soumettre cette hypothèse.

« Qu’en penses-tu ? »

Équipe Modératus - Avatar cosmique par L. Vance
Mère du dragon - Justice funèbre - Grande Prêtresse Noire - DJ Kraken |

17 juil. 2025, 08:23
Une table, deux tasses, ses yeux par-dessus la théière PV
Que je reste. Voilà, elle le dit. Que je reste. Le mot a un effet bizarre sur moi. J'ai besoin de m'appuyer davantage sur le mur, alors en plus de mes fesses et de mon dos je viens y plaquer mes mains, ou plutôt ma main, celle qui n'est pas bloquée sous un immense torchon remplit de glace, celle que je sens encore, contrairement à l'autre. Que je reste. Elle agit comme si tout cela coulait de source, en haussant les épaules. Elle le dit comme si quelques minutes auparavant elle n'avait pas essayé de me sortir d'un canapé à grand renfort de mots qui font mal. Elle se met à parler de Marshall, son colocataire, et ceci aussi ça lui semble très logique, comme si là, j'étais en état de me préoccuper de cet homme un peu bizarre qui mange ses burgers comme s'il n'existait rien de meilleur au monde et qui a le corps recouvert de tatouages. Et puis elle...

J'avale une brusque bouffée d'air ; un hoquet surpris. Vient-elle de m'inviter au restaurant ? J'arrondis les yeux tandis qu'elle embraye sur le dessert et qu'elle me demande mon avis. Deux grands yeux arrondis et écarquillés qui se fixent sur elle et qui ne se détournent plus. Quelques secondes passent ainsi, sans que je fasse le moindre mouvement. Je fouille son visage à la recherche d'une preuve que tout ceci est un mensonge ou une blague ; les prémisses d'un rire peut-être ou un éclat malicieux dans le regard ? Mais non, rien de tout cela, son visage est même plutôt sérieux, de cette façon qu'elle a d'être sérieuse et qui n'appartient qu'à elle, qui était aussi la sienne lorsqu'elle avait son corps à elle : le regard qui parvient à regarder un peu de haut alors que nous sommes à la même hauteur, le menton légèrement dressé et cet air attentif, concentré qui dit : « Et bien ? ».

Pendant une fraction de seconde, une fraction qui dure une petite éternité, mon cœur se renverse, l'effroi m'envahit, la glace remplace le sang dans mes veines et je me dis : est-ce que c'est Yshre que j'ai devant moi ? Pendant le peu de temps que dure ce moment, je ressens une si grande crainte que je me vois l'attraper de nouveau et la serrer très fort pour la ramener. J'ai peur qu'elle disparaisse tout à coup, elle ne peut pas disparaître tout à coup après ce qui vient ce passer, après sa voix qui ne criait pas quand elle a avoué « ce qu'on peut être bêtes quand on se fait la guerre comme ça » pendant que je sentais son souffle sur mon oreille, que je sentais son odeur et rien d'autre, que sa chaleur se mêlait à la mienne, que mon bras la serrait. Non, elle ne peut pas. Et puis la seconde passe aussi rapidement qu'elle est arrivée, je plonge mes yeux tout au fond de la pupille de Kristen et deux vérités toutes simples s'imposent à moi : c'est indéniablement Kristen Loewy, sinon son regard ne me perforerait pas sur place ; et même si ce n'était pas le cas, pour l'instant, je n'ai pas envie d'y réfléchir.

Sur ce constat, je papillonne des yeux et me remets à respirer. Je gigote un peu contre le mur qui me coince autant que le corps de Kristen me coince et je me souviens qu'elle vient de m'inviter à dîner au restaurant. Quand j'étais étudiante à Poudlard et qu'elle était cette femme qui se disait directrice mais qui ne l'était pas tant pour moi, je n'imaginais pas un instant que nous pourrions nous voir en dehors de l'école. C'était une pensée naïve, parce que même à l'époque j'avais l'espoir que notre relation dure au-delà de mon diplôme, mais je n'imaginais tout simplement pas que ça pourrait concrètement arriver. Et maintenant, voilà que je nous imagine l'une en face de l'autre dans un restaurant, Au Cabalistique Festin des Mages par exemple, à écouter une petite musique d'ambiance fracturée par la conversation des autres clients, à être régulièrement interrompues pour qu'on nous demande ce que nous préférons entre du poulet aux légumes et du pain de viande en sauce, à s'échanger quelques paroles feutrées, nos regards se côtoyant d'un bout à l'autre de la table. Peut-être me sens-je légèrement rougir à cette idée. Légèrement. D'un rougissement qui veut dire : Merlin, je ne sais pas si j'en crève d'envie ou si je mourrais de honte si cela arrivait. Pourquoi ? J'aimerais sortir dans le grand monde avec elle, traverser une rue en me sentant puissante à ses côtés, rentrer dans un magasin et rire au nez des gens parce qu'ils ne savent pas, eux, ils ne savent pas combien je suis riche de ce lien, aller au restaurant et parler des mystères de la magie et des effrois de la magie noire au nez et à la barbe des elfes serveurs et de tous ces idiots de clients. Oh oui, j'aimerais. Mais tout de même, ce rougissement et l'idée qu'elle aussi n'est pas rebuté par cette idée. Se sentirait-elle puissante à mes côtés ? J'en doute. Mais un jour je lui prouverai ce que je suis capable de faire et bientôt elle marchera fièrement près de moi.

Et il me faut parler, parce qu'à force de la regarder avec ces yeux ronds comme si des cornes lui avait poussé sur la tête, elle va croire que j'ai perdu la tête dans notre étreinte, ce qui serait véritablement honteux, pour le coup.

« Le dessert ici, réponds alors enfin d'une voix rauque, c'est bien, oui. »

Le restaurant ou Marshall ? Marshall ou le restaurant ? Au restaurant, il y aura des dizaines d'inconnus, tous avec leur sale regard qu'ils poseront sur elle, sur nous. Au restaurant, je serais puissante, mais ils seront tous là, leur voix, leur yeux, leur présence. Mais ici, il y a lui, il y Zikomo. Lui la connait certainement très bien (lui a-t-elle confié certains secrets dont elle me garde éloignée ?) et Zikomo me connaît par cœur. Ce ne sera, au final, que deux paires d'yeux à contrôler, tandis que l'étroitesse des lieux nous empêcherait de trop nous... Je ne sais pas comment terminer cette pensée. Alors la petite voix qui murmure parfois des choses qui ne me plaisent pas se permet de le faire à ma place : éloigner.

« Ici, c'est bien. »

Je détourne le regard et sans en prendre conscience je glisse mon pouce entre mes dents et commence à le mordiller. J'ai le mal de mer. Ou peut-être le vertige, je ne sais pas. Une sensation qui me fait tourner la tête, avec le cœur qui tamponne dans le corps et les tempes. Ça prend de plus en plus d'ampleur, ça m'empêche de la regarder, ça fait s'accélérer ma respiration. Pire : ça encourage mes lèvres à s'étirer sur les côtés. Je les retiens.

« Mais le restaurant un autre jour, » rajouté-je d'une voix plus basse en coulant un regard très rapide vers elle.

J'essaie de me redresser sur le mur, mais c'est difficile avec elle si proche et ma main qui n'existe plus sous la poche de glace. Parce qu'en me penchant pour essayer d'être un peu plus droite, je la frôle et que ça fait bondir mon cœur. Alors je me racle la gorge, j'essaie de lutter contre le vertige qui me donne envie de sourire comme si Kristen venait de m'offrir l'univers et je dis d'une voix qui s'espère sûre d'elle mais qui est peut-être un peu tremblante :

« Je reste. »

Mais je compense ma voix maladroite par un menton dressé et ça, c'est indéniablement une preuve que je suis sûre de moi, elle ne saurait en douter puisque c'est elle qui m'a appris le geste.


OH MON DIEU ELLE EST HEUREUSE ! C'est donc possible ?!

17 juil. 2025, 14:22
Une table, deux tasses, ses yeux par-dessus la théière PV
J'observai les réactions d'Aelle avec un certain amusement : son hoquet de surprise, les légères contractions de son corps, sa respiration coupée, les doigts portés à sa bouche, ses yeux d'abord ronds de surprise puis fuyants, ses joues un peu rosées et sa voix rauque... Si j'avais su ce que je représentais vraiment pour elle, j'aurais trouvé ses réactions encore plus attendrissantes. Elle ne m'offrit que des réponses très courtes et je la soupçonnai de contrôler le flux de ses mots pour ne pas laisser paraître les traces d'enthousiasme et d'excitation que j'avais relevées dans son attitude. Je hochai la tête.

« Bien, le restaurant un autre jour, confirmai-je. »

Elle avait fourni tous les efforts pour habiller sa voix d'assurance quand elle affirma qu'elle restait. Je ne fis presque pas attention aux tremblements qui l'agitaient un peu : j'avais conscience de l'intention derrière ces deux mots, je reste. C'était plus qu'un choix ou que l'acceptation d'une invitation, c'était une revendication. Je crois bien que même si je ne lui avais rien proposé de tout cela, elle aurait fini par me dire, à un moment ou à un autre de l'après-midi : je reste, Kristen Loewy, vous ne vous débarrasserez pas de moi si facilement cette fois.

Mes yeux plissés, mon menton légèrement redressé et le coin de mes lèvres à peine relevé témoignaient de mon contentement face à cette affirmation qui effaçait presque l'image de la Aelle apeurée et renfermée sur elle-même que j'avais pu observer quelques minutes plus haut.

Ainsi, nous passerions la fin d'après-midi ensemble, nous irions finir nos thés refroidis, nous consulterions les quelques ouvrages de ma bibliothèque, nous resterions silencieuses parfois, nous noircirions nos poumons, nous échangerions quelques mots sur la magie, je réapprendrais de petits morceaux de ce que j'avais oublié, et nous veillerions à ne pas briser le cessez-le-feu de notre guerre pour aujourd'hui.

Aelle n'eut pas besoin de renfiler ses bottes.


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