22 juil. 2025, 15:00
Une table, deux verres, ses yeux par-dessus la bouteille PV PNJ
Je ne sentis que le frottement du filtre contre mes phalanges quand Aelle échangea ma cigarette quasi-morte contre une autre, entière, qu’elle avait pris le soin d’allumer pour moi. Je baissai les yeux sur les volutes de fumée blanche, préférant hypnotiser mes yeux des mouvements grâcieux de la fumée plutôt qu’affronter son regard, à elle, même quand sa voix finit par briser le silence. Ainsi, cette île peuplée de créatures assoiffées de sang n’était qu’une étape dans son parcours pour me retrouver. Une vulgaire étape, pour quoi ? Pour la défier, tester son aptitude à survivre dans un environnement hostile, voir jusqu’où elle était prête à aller pour me rejoindre, si elle était prête à risquer sa vie ? En tout cas, elle avait réussi à s’en sortir. Peu importait la dangerosité (et l’absurdité) du défi que je lui avais lancé, elle l’avait relevé. Et elle n’avait pas été récompensée pour cela. Au bout du chemin, elle avait trouvé ma cachette, ce bunker qui clignotait dans mon propre esprit, mais je n’y étais pas ; il n’y avait pas de vie là-bas, pas même des créatures atroces (des Quintapeds ?) qui avaient au moins le mérite de respirer. Il n’y avait eu qu’elle et des traces de moi renforçant mon absence et sa solitude. Je pouvais très bien l’imaginer.

Je serrai le filtre de ma cigarette entre mes doigts, je l’écrasai à la force de mes phalanges et je fronçai les sourcils.

« C’est dégueulasse, fis-je tandis que ma bouche se tordait dans une grimace qui se moquait de moi-même. »

Je secouai la tête et je parvins enfin à trouver la force de lever le bras pour prendre une longue bouffée de tabac. Je m’en remplis les poumons au maximum et je soufflai longtemps.

« Tu ne méritais pas cette injustice. »

Alors que ces mots sortaient de ma bouche, je me flagellai un peu plus, me répétant que c’était injuste, qu’Aelle aurait dû récolter le fruit de ses efforts, que toute quête devait avoir une fin digne de ce nom, que son courage aurait dû être loué, que sa loyauté aurait dû être célébrée, que… que j’aurais dû être là-bas, tout simplement. Je me décidai enfin à affronter son regard.

« Et moi, je ne mérite pas… »

Ta loyale détermination, ton attachement, tes étreintes, tes maigres sourires complices que j'estimais trop rares, je ne mérite même pas ta colère ou tes pleurs : je ne mérite que ton indifférence et ton oubli.

« Tout ça, conclus-je pour ne pas dire autre chose, tandis que je l’englobais d’un mouvement de la main, encadrant son visage de la fumée de ma cigarette. »

Je détournai mon visage à nouveau, honteuse, et je tirai une nouvelle taffe pour avoir l’occasion de rester silencieuse quelques secondes si Aelle se décidait à parler à nouveau. J’imaginais tomber la sentence et je me préparai à l’encaisser.

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22 juil. 2025, 16:12
Une table, deux verres, ses yeux par-dessus la bouteille PV PNJ
Accrochée au regard de Kristen qui ne veut toujours pas se tourner vers moi, je tâtonne la table jusqu'à pouvoir attraper ma cigarette abandonnée. Je m'immobilise sur le chemin du retour, cependant, ma main appuyée contre la table. Je suis complètement foudroyée par le mot qui vient de sortir de la bouche de Kristen. Et cette grimace qui déforme ses traits... C'est comme si elle avait plongé ses mains dans mon cœur et qu'elle l'avait ouvert en deux pour foutre le bordel dedans. Si j'avais été sobre, j'aurais peut-être senti ma gorge se nouer et je me serais braquée sous l'afflux de toutes ces émotions. Mais je ne suis pas sobre, aussi me contenté-je de profiter de ce sentiment qui prend toute la place, au point de donner l'impression d'écarteler les parois de mon cœur pour occuper toujours davantage d'espace.

Elle s'en veut. Elle n'arrive même pas à me regarder et elle s'en veut. Je me gorge de cette culpabilité sans réussir à vraiment y croire. Pourtant, elle se dessine sur ses traits, elle modifie sa voix, elle tord même sa bouche dans une grimace qui ressemble fort à de la rancune — dirigée envers elle-même. Kristen Loewy qui s'en veut de m'avoir fait subir tout cela, qui affirme que ce qu'elle a fait est « dégueulasse », que je ne mérite pas « cette injustice », qu'elle-même ne mérite pas... Quoi... Moi ?

Malgré l'alcool qui coule dans mon sang, je sens les larmes qui grimpent jusque dans mes yeux. C'est soudain, une bouffée de chaleur qui me monte à la tête et qui noie mes yeux sous les larmes. Pour la toute première fois depuis mon escapade sur l'île de Drear, j'ai l'impression que toutes ces douleurs ont servi à quelque chose. Pour la toute première fois, je suis contente d'avoir vécu tout cela. Et pour la toute première fois, j'ai envie de balayer les mots de Kristen d'un geste de la main et d'affirmer que ce n'est pas grave, sous-entendant ainsi que je suis prête à la pardonner. La pensée passe vaguement dans mon esprit avant que je ne n'expulse d'une pichenette mentale. Bourrée, peut-être, mais pas complètement idiote. Mais tout de même... Tout de même ces larmes, tout de même cette impression qu'une couverture confortable et chaude vient d'être posé sur ces souvenirs qui sont depuis le début extrêmement douloureux et qui me torturent jusque dans mes cauchemars.

Moi aussi j'aspire une longue taffe, moi aussi je la recrache pour nourrir l'air que l'on respire de ces volutes grisâtres qui camouflent les odeurs qu'il restait du dîner. Elle ne me regarde plus, mais moi je continue de l'observer. Mes pensées forment un amas compact dans ma tête, je n'arrive pas à les démêler les unes des autres. J'ai vaguement conscience que je devrais être heureuse, là, mais en même temps j'ai aussi conscience qu'il ne faut pas trop que je le sois, parce qu'on ne sait jamais. Au final, je ne sais plus trop que ressentir. Alors je bats des paupières pour ravaler les larmes, je déglutis péniblement et je décide de faire comme si je ne venais pas d'entendre exactement tout ce que j'avais besoin d'entendre depuis deux putains d'années.

Je ne réponds pas tout de suite parce que j'ai encore envie de ses yeux qui n'osent pas me regarder, de cette torture qui s'inscrit sur ses traits, de cette culpabilité qui déborde de son visage. J'ai envie d'en profiter, de les apprendre par cœur pour me les remémorer au sortir du prochain cauchemar qui me réveillera en sursaut. J'ai envie de graver ce moment dans mon âme, de faire en sorte qu'il remplace tout le reste, ces jours sans fin dans le bunker, ces peurs quand je sillonnais l'île de Drear. J'ai envie que ça prenne la place de la rancœur qui grignote constamment chaque partie de mon âme, de mes pensées désespérées quand je me souviens de tout le vain chemin parcouru pour la retrouver. J'ai envie que ça remplace la douleur de la solitude, le souvenir déchirant de mes cris esseulés dans le bunker. Je veux qu'il n'existe plus que cela : le souvenir de sa culpabilité qui apaise légèrement la plaie qui s'est ouvert en grand dans mon cœur le jour où j'ai reçu la lettre dans laquelle elle m'annonçait son départ. C'est étrange comme la guérison peut être difficile. À présent que j'ai l'occasion de voir se refermer cette blessure, j'ai l'impression que c'est presque trop facile et que je devrais lutter pour que ça n'arrive pas trop rapidement.

Je finis par m'arracher à ma contemplation en secouant doucement la tête ; je suis bien trop alcoolisée pour décider de tout cela maintenant. C'est comme si se dressait entre moi et la réalité une barrière transparente qui me protégeait des effets néfastes du vrai monde. C'est bon. C'est bien. Je préfère ça au le reste. Le reste reviendra très vite dès le demain.

J'aspire une nouvelle taffe en même temps que je pousse sur mes genoux pour me lever. Je récupère la chaise que j'ai traînée jusqu'ici tout à l'heure et je fais le chemin inverse pour la ramener à sa place, de l'autre côté de la table.

« Y'a que moi qui puisse décider de ce que vous méritez que je vous donne, » affirmé-je finalement d'une voix traînante.

Lorsque je la lâche, les pieds de ma chaise font un bruit sourd en frappant le parquet. Je me laisse tomber dessus, croise les jambes sous la table et dépose mon regard flouté sur le visage caché derrière la fumée de cigarette de Kristen.

« Mais c'est vrai que c'était dégueulasse, » répliqué-je en étirant un sourire narquois que je camoufle rapidement derrière ma main et ma cigarette.

Il n'y a pourtant rien de drôle à ce que je viens d'affirmer, comme le prouve la glace qui rode à l'orée de mon esprit — il suffirait de peu pour que je me drape de nouveau dans ma rancœur. Mais ce soir, ce n'est pas le soir. À cause de l'alcool ou de ce qui s'est passé plus tôt dans les escaliers ? Sûrement un peu des deux. Alors je ponctue ma phrase moqueuse par un haussement d'épaules qui pourrait laisser croire que je me fiche de tout ça. Et quelque part c'est vrai. À cet instant précis, je m'en fiche ; je ne veux que son regard, que sa voix, que sa présence. J'ai tout cela pour moi, ce soir, et je ne désire rien de plus.

24 juil. 2025, 15:06
Une table, deux verres, ses yeux par-dessus la bouteille PV PNJ
Ses mouvements à l’orée de mon regard honteux me poussèrent à l’observer à nouveau : elle reprenait sa chaise et elle s'en allait rejoindre sa place initiale tandis que je pensais : non, ne t’éloigne pas de moi. Et puis, ses mots qui infiltrèrent mes oreilles assourdies par la culpabilité et qui firent vrombir mon palpitant, qui figèrent ma main sur le rebord de la table : c’était à elle de décider ce que je méritais qu’elle me donne. J’aurais pu m’en offusquer, parce qu’elle me donnait des pleurs et des cris, des insultes et des étreintes, et je n’avais pas le choix que d’accepter le meilleur comme le pire. J’avais la fâcheuse habitude de vouloir choisir à la place des autres : je ne te mérite pas, donc je te fuis ; c’est pour ton bien après tout et tu n’as pas ton mot à dire là-dessus. Aelle balayait l’idiotie de ma pensée avec beaucoup de facilité. Je fus frappée par la maturité de ses propos et j’eus l’impression, pour une fois, que c’était moi la gamine face à l’adulte. Je hochai lentement la tête.

« Tu as raison, chuchotai-je. »

Je me replongeai dans la fumée de mon tube-à-cancer et je souris presque tendrement.

« Merci. »

Je sentis que je perdais mes mots, car j’aurais pu développer : merci d’être là, d’accepter de me donner ce que tu me donnes, merci de ne pas m’avoir définitivement oubliée, merci de nous supporter, moi et mon égoïsme, merci de ne pas fuir quand je me comporte comme une merde, merci pour les jeudis à venir qui briseront la solitude de mon absurde quotidien…

En quelques longues bouffées, je terminai ma cigarette et je l’écrasai dans le cendrier avant d’agiter l’air de la main pour disperser les restes de fumée dans l’air. Puis, je me levai et je dus prendre quelques secondes pour retrouver l’équilibre d’une position debout, l’alcool me faisant légèrement tanguer. Je restai appuyée sur la table le temps d’appréhender la gravité. Je pris une longue inspiration qui se conclut par un soupir plus profond encore.

« Je vais te préparer le lit et chercher les draps du canapé, annonçai-je. »

J’expirai un petit rire moqueur mais usé par les émotions de la fin de journée.

« À te voir, de nous deux, c’est toi qui mérites le meilleur matelas. »

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24 juil. 2025, 17:38
Une table, deux verres, ses yeux par-dessus la bouteille PV PNJ
Ce sourire qu'elle me lance par-dessus sa cigarette m'arrache littéralement le cœur. Je ne suis peut-être pas bonne pour comprendre les sourires, les expressions des visages et ce genre de choses, mais je suis tout de même capable de les ressentir. Et ce sourire-là, associé à ses mots, m'ouvre le cœur et s'y enfonce profondément. Tellement profondément que je ne sais pas jusqu'où il va. Je sais qu'il se cache quelque part là-dedans et qu'il n'en ressortira plus jamais. Je me fige de l'autre côté de la table, mon regard bloqué sur son visage. Mon cœur s'agite comme un oiseau enfermé dans une cage et rebondit contre les parois mon corps. Je ressens comme tout à l'heure cette impression de vertige, celle qui fait tourner la tête et qui donne l'impression que le monde pourrait bien exploser maintenant que ça n'aurait pas la moindre importance. C'est un sentiment immense, qui n'a aucune limite et qui m'étonne parce qu'il me semble avoir la même puissance que la colère que je ressens parfois et qui me donne l'impression d'être surpuissante. Comment un sentiment d'une telle douceur peut-il être aussi violent ? C'est incohérent.

Le silence retombe autour de la table. Kristen n'ajoute rien de plus et moi je suis de toute manière incapable de dire quoi que ce soit. Alors je recommence à fumer, moi-aussi, tout en la regardant de l'autre côté de la table, par-dessus nos verres. Son regard dans le vide, ses gestes qui deviennent ses seules paroles. Je ne cherche pas à combler le silence, je n'ai rien à dire. J'essaie seulement de ne pas me noyer dans ce que je ressens. J'essaie de ne pas penser à demain, quand ce vertige me paraîtra si loin et que le remplacera le monstre qui enrage et force mes entrailles à se nouer d'une angoisse qui prend toute la place.

Kristen se lève. Je la suis du regard, prend note du temps dont elle a besoin pour retrouver son équilibre, questionne le long soupir qui sort de ses lèvres. J'ai du mal à accommoder sur elle avec mes paupières lourdes et mon regard flou. Mes pensées, elles, flottent en toute liberté dans ma tête parce que je ne leur donne aucune direction. C'est agréable et j'aurais aimé que cela dure un peu plus longtemps.

Pourquoi s'est-elle levée ? Quand elle me l'explique, je ne comprends d'abord pas où elle veut en venir. Personne n'a jamais préparé mon lit si ce ne sont les membres de ma famille. Et elle, celle qui fut ma directrice, elle veut préparer mon lit ? Je trouve ça très bizarre qu'elle veuille faire ça, tout en sachant que je n'avais de toute manière pas l'intention de dormir sur cette chaise. Oui, mais je n'avais pas non plus pensé au fait que j'allais dormir dans un lit ne m'appartenant pas. Le sien ? Et elle... Mes yeux se dirigent vers le canapé. Alors c'est là qu'elle veut dormir ? Et moi dans la pièce du dessous, dans sa chambre ? Parce que je mérite un meilleur matelas ? Parce que j'ai une sale tête, comme elle me l'a déjà dit à plusieurs reprises, et que j'ai l'air de ne pas suffisamment manger ? Je trouve cela parfaitement injuste et mes sourcils ne s'en froncent que plus fort.

Elle attend une réponse et la seule chose que je trouve à dire c'est :

« Ok, » de cette voix un peu pâteuse qui est celle de toutes les personnes qui boivent de l'alcool.

Quand elle commence à se diriger vers les escaliers, je pousse sur mes genoux pour me redresser. Contrairement à tout à l'heure quand j'ai ramené ma chaise à sa place, c'est moins facile et je sens mon estomac protester. Je l'empêche de trop se plaindre en inspirant profondément par le nez. Je dédaigne toujours le verre qu'elle a rempli d'eau pour moi un peu plus tôt. Il est encore trop tôt pour boire de l'eau et tant pis si j'ai mal au crâne demain matin. J'écrase ma cigarette dans le cendrier, la tête tournée vers les escaliers où elle a déjà disparu. Je m'empresse de faire disparaître les cendres et les mégots d'un coup de baguette pour pouvoir la rejoindre plus rapidement.

Dans la cage d'escalier, je me cogne contre les murs. En bas, je l'entends farfouiller dans sa chambre. Lorsque j'atteins le palier du premier étage, mes entrailles sont tellement entortillées que j'ai l'impression que jamais elles ne se délieront. Je pénètre dans sa chambre ; la lumière est allumée. Le lit m'attend, juste là. Je m'immobilise sur le pas de la porte. J'imagine la lumière qui s'éteint, le silence dans cette pièce qui m'est inconnue et sa respiration à elle, loin de la mienne. J'imagine le noir qui m'engloutit, les pensées qui m'envahissent et ma peur du lendemain. Je déglutis péniblement en jetant un regard à Kristen qui est déjà en train de récupérer des draps dans son armoire.

Elle se retourne déjà, certainement dans l'intention d'enlever les draps du lit pour les changer par des propres. C'est comme ça que ça fonctionne, non ? Donner à son invité un lit tout propre qui sent bon. Je le sais, pourtant je n'ai jamais eu le moindre invité. Jamais. Pas même quand j'étais petite. Jamais je n'ai accueilli quelqu'un chez moi. Cette fois où Ashley a dormi chez Narym ne compte pas. Les invités étaient toujours à mes frères. Je ne sais pas comment ça fonctionne normalement. Mais je sais comment moi je veux fonctionner.

« Attendez, ordonné-je d'un geste de la main à Kristen pour qu'elle reste dans le coin où il y a l'armoire. Restez là. »

Je dégaine ma baguette magique et ferme les yeux sans chercher à réfléchir davantage. Je songe à ma chambre dans le grenier, au Domaine Bristyle. Je visualise mon lit, celui dans lequel je dors depuis que j'ai six ans, celui que papa et maman agrandissaient magiquement à chaque fois que mes pieds commençaient à s'approcher du bout du matelas. Je dois me concentrer sur mon sortilège alors que d'habitude c'est assez instinctif ; mais d'habitude, je n'ai pas d'alcool dans le sang. Là, je n'ai vraiment pas envie de me ridiculiser et d'échouer devant Kristen Loewy, toute novice soit-elle avec la magie dans ce nouveau corps qu'elle a décidé de faire sien.

« Aperecio, » murmuré-je finalement en pointant de mon catalyseur le centre de la pièce.

Le lit apparaît au milieu de la chambre comme s'il y avait toujours été. Poussé par l'apparition soudaine du meuble, la chaise roule et cogne contre le bureau. Peut-être qu'un ou deux objets se renversent. Et c'est vrai qu'il n'y a guère d'espace pour circuler. Alors gênée, les joues un peu rouges et refusant absolument de regarder en direction de Kristen, je lance un nouveau sortilège pour pousser le nouveau lit afin de l'éloigner de l'autre.

Mon cœur bat un peu étrangement dans mon corps. Je ne sais pas ce que je suis en train de foutre. Dormir dans la même pièce que Kristen Loewy, ça me parait aussi fou que de dire : j'ai pris le thé avec Kristen Loewy aujourd'hui ! C'est bizarre et incohérent. C'est même franchement malaisant en fait, parce que je suis à peu près certaine que lorsqu'il fera nuit et que j'aurais tout le loisir d'imaginer la personne qui respire à côté de moi, ce ne sera pas ce corps que je verrais, mais celui qu'elle avait avant, et je n'ai pas envie de l'imaginer dans un pyjama. Mais en fait je le fais déjà. Dans ce même pyjama que maman porte parfois, celui qui est tout noir, qui est en soie et qui est doux. Comment je le sais ? Elle l'a depuis très longtemps et je me souviens de la sensation du tissu sur ma joue quand je plaquais ma tête contre son ventre pour me serrer contre elle — j'étais vraiment très petite.

Une brusque bouffée de chaleur me monte aux joues. Je me racle la gorge. Pourquoi ai-je ces pensées idiotes dans la tête ? Peut-être aurais-je dû boire ce verre d'eau, finalement.

« A-apparemment il est déjà fait, » marmonné-je en désignant le lit d'un geste vague.

Effectivement, le lit est déjà fait, dans des draps qui me sont familiers puisque j'y ai déjà dormi dedans. Ça me touche de savoir que même quand je ne suis pas à la maison, papa fait mon lit comme si je pouvais revenir d'un instant à l'autre.

« Je vais dormir là, affirmé-je alors comme si ce n'était pas déjà parfaitement évidement ; j'ajoute du bout des lèvres : vous pouvez garder votre lit. »

26 juil. 2025, 16:09
Une table, deux verres, ses yeux par-dessus la bouteille PV PNJ
J’avais les draps, la housse de couette et les taies d’oreiller dans les bras quand Aelle m’ordonna de tout arrêter. Je baissai bêtement les yeux sur mon linge propre avant de les reporter sur elle, haussant un sourcil d’incompréhension. Je me sentais immensément bête, coincée dans le petit coin de la pièce, ayant reçu l’ordre de ne pas faire un geste de plus. Par esprit de contradiction, j’aurais pu ignorer l’injonction d’Aelle, la pousser de mon chemin et déplier les draps dans de grands gestes qui ne lui auraient pas laissé le choix. Mais j’avais bu, alors la soudaineté de sa sommation me laissa interdite. Elle dégaina sa baguette magique et je me sentis plus imbécile encore : évidemment, elle allait ôter le linge de mes bras, le faire voler jusqu’au lit et tout arranger en deux mouvements du poignet, comme toute sorcière qui se respecte ; et alors je me sentirais encore plus misérable. Discrètement, je serrai les draps contre mon corps comme pour empêcher sa manœuvre d’aboutir et m’éviter la honte de devoir me servir de mes mains pour accomplir quelque tâche si banale.

Elle prononça une formule magique et tout à coup, un petit lit d’une place fit son apparition au centre de ma chambre décidément pas conçue pour accueillir un meuble supplémentaire d’une telle envergure. L’endroit me parut soudainement beaucoup plus étroit qu’il ne l’était déjà. Aelle repoussa le lit vers un coin de la pièce et je le suivis du regard, encore plantée dans mon coin de chambre, les draps blottis contre moi, comme une statue qui ne savait pas ce qu’elle fichait là. Si les lits étaient un peu plus éloignés, la taille et la configuration de la pièce ne laissaient pas énormément d’espace pour circuler : on pouvait à peine se glisser entre les deux lits en faisant preuve d’un peu de souplesse.

« Que…, commençai-je d’une voix trop basse pour être perçue. »

Je tournai les yeux vers un lit, puis vers l’autre. Mon plan consistait à offrir le meilleur gîte possible à mon invitée, quitte à dormir sur le canapé trop mou de Marshall – ce qui ne m’aurait pas posé de souci, juste pour une nuit. Je n’avais pas le dos d’une vieille femme, après tout. À vingt ans, on peut même dormir dans une baignoire ou sur un tapis, surtout si l’alcool a rendu le corps lourd – je n’avais pas tant bu, mais si quelques gouttes avaient pu améliorer ma sensation de confort pour cette nuit, je n’aurais pas hésité à me resservir un verre une fois Aelle endormie. Pourtant, mon plan ne tenait plus. Il y avait deux lits dans ma chambre : le mien et celui qu’Aelle venait de faire apparaître.

Le petit lit une place qui s’était rangé contre le mur était couvert d’une hausse de couette bleu foncé avec de petits motifs répétitifs de calmar dorés. Je compris tout de suite qu’il s’agissait du lit d’une enfant ou d’une adolescente : les adultes manquent souvent de fantaisie quand il faut choisir la décoration d’une chambre. Je souris légèrement en fixant mon regard sur les calmars arrondis du drap et je me retournai pour ranger les draps dans l’armoire d’où ils venaient. Je n’avais pas eu le courage de contrecarrer les plans d’Aelle, lui dire que je n’avais aucune intention de dormir dans la même pièce qu’elle, inventer que de toute façon je ronflais, et puis que mes cauchemars risquaient de la réveiller. Il était trop tard pour déclencher une nouvelle tempête.

« D’accord, validai-je simplement. »

Je récupérai mon pyjama sous l’oreiller de mon lit et j’annonçai mon départ pour la salle de bain, histoire de me décrasser de ma journée, me laver les dents, enfiler mes vêtements de nuit et faire toutes ces choses que l’on fait dans une salle de bain avant d’aller se coucher. Je me retins d’ironiser sur le fait que, promis, je n’allais pas en profiter pour m’enfuir par la fenêtre à bord d’un balai volant que je garderais caché dans le placard. Encore une fois, pas de tempête pour ce soir : mon abandon et la vanité de la quête d'Aelle pour me retrouver n'avaient rien d'une bonne plaisanterie, je l'avais définitivement compris en sombrant dans l'illusion de ses aventures pleines de grosses bêtes aux dents pointues qui claquent et qui se plantent dans les mollets.

En regagnant la chambre, j’avais revêtu mon pyjama qui n’en était pas vraiment un : legging noir qu’Yshre n'avait pas honte de porter en extérieur et t-shirt gris d’une telle banalité que j’eus l’impression de m’être définitivement transformée en Moldue. Je ne me sentais absolument pas à l’aise de me montrer ainsi face à Aelle et je prétendis très vite me laisser emporter par la lecture d’un quelconque ouvrage de magie pour éviter d’avoir à dire quoi que ce soit, le temps qu’elle s’occupe elle aussi de ses affaires et qu’elle puisse se coucher, que nous puissions éteindre la lumière pour que ma gêne et moi disparaissions enfin dans l’obscurité de la nuit.

Plus tard, je ferais semblant d’ignorer le bruit régulier de son souffle et de son corps se retournant dans les draps, et plus simplement d'évacuer l'idée de sa simple présence à trois mètres de moi. Je me sentais moins seule, quand Aelle était près de moi. Mais la nuit, je n’avais plus le contrôle, mon corps m’échappait, les démons m’agitaient. Autant que possible, je voulais être pleinement maîtresse de moi-même quand Aelle était dans le coin. Rien ne devait échapper à ma vigilance. La nuit, on est vulnérable, tout peut arriver, c’est pour cela qu’on dit qu’un animal domestique dormant calmement près de son maître lui accorde toute sa confiance ; il le voit comme un protecteur et non comme un prédateur. Et moi, je n’avais pas le droit d’être vulnérable face à Aelle, n’est-ce pas ? Et puis, malicieuse question : qui de nous deux protégeait l’autre des prédateurs ?

Puisque la crainte n’empêche pas le danger, mes cauchemars allaient effectivement réveiller Aelle ; parmi eux, le sourire aux dents trop blanches qui reviendrait me hanter, le visage de Baldur rajeunissant et prenant les traits que j’imaginais pour mon fils, sa voix sournoise qui disait encore : tu as perdu quelque chose, je crois, et moi, criant désespérément : rends-le-moi ! comme s’il était question d’un joujou que deux gamins se disputent. Il était trois ou quatre heures du matin quand ma voix perça le silence nocturne : NON, JE NE VEUX PAS, et je me réveillai en sursaut, un poids oppressant ma poitrine, comme la masse lourde d’un corps invisible étalé de toute sa longueur sur le mien. J'étais en nage, mon souffle était trop court et je ne savais plus si je m’étais débattue contre l’homme de mon cauchemar ou contre le poids de ma couverture.

1140 mots

Équipe Modératus - Avatar cosmique par L. Vance
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28 juil. 2025, 10:02
Une table, deux verres, ses yeux par-dessus la bouteille PV PNJ
Je la suis du regard quand elle quitte la pièce, pyjama en mains. Sans savoir pourquoi, je fais un pas en avant moi aussi, comme si j'allais la suivre jusqu'à la salle de bains. Je m'immobilise à un mètre de la porte, le bras à moitié levé, les dents plantées dans la lèvre. Je ne sais pas pourquoi mon regard ne veut pas se détourner de cette porte fermée. Je ne sais pas pourquoi je suis immobile au milieu de la pièce, tout à coup. Je ne sais pas pourquoi j'ai envie d'avancer, d'ouvrir la porte, d'aller jusqu'à la salle de bains, de poser l'oreille sur la porte et de surveiller. Surveiller quoi ? Je me demande s'il y a une fenêtre dans la salle de bains. Cette pensée est tellement idiote que je jure entre mes dents. Elle ne va pas s'enfuir en passant par la fenêtre, n'est-ce pas ? Si Kristen Loewy veut s'enfuir, elle passera par la porte, la tête haute, le regard porté sur l'horizon et elle dira simplement : « je m'en vais ». Ou elle me laissera une lettre sur le lavabo de la salle de bains que je découvrirai en allant la chercher après une heure d'attente. Cette pensée n'est absolument pas rassurante, mais elle me permet au moins de prendre conscience d'une chose : je suis ridicule avec mes entailles nouées et mes yeux qui ne peuvent pas se détourner de la porte d'entrée. Vraiment ridicule.

Je recule jusqu'à ce que mes mollets cognent contre le sommier de mon lit. Je m'assieds lentement sur le matelas. Les yeux toujours tournés vers la porte. Puis j'attends. Les mains liées, les doigts qui se tiraillent les uns les autres. J'attends. Elle est partie si soudainement et puis elle avait ce regard qu'elle a parfois, celui qui ne regarde pas en face. Elle a dit qu'elle partait pour la salle de bains. Je me le répète en boucle. Ça m'est tombé dessus tout à coup. Cette peur écrasante. Cette incapacité à savoir que faire de mon corps. Ces yeux qui ne se détournent pas. Je me trouve idiote et pourtant je suis incapable d'agir. Alors je reste là, sans savoir que faire de moi, en priant quelque chose, peut-être la magie, pour qu'elle revienne vraiment.

Jusqu'à ce qu'elle ouvre la porte. Je fais un bond et me lève aussitôt, le cœur battant et les joues un peu rouges pour faire mine que je cherche mon pyjama moi aussi. Sauf que je n'ai pas de pyjama car je ne suis pas chez moi. Par contre, elle, elle en a un. Il ne ressemble pas à celui en soie de maman. Il ne ressemble à rien qu'aurait pu porter Kristen Loewy, en fait. Après quelques paroles marmonnées dans ma barbe pour l'informer, à mon tour de disparaître dans la salle de bains pour faire ce que j'ai à faire. Je bâcle tout, je ne fais rien très sérieusement, peut-être même boutonné-je mon pyjama de travers — j'en ai choisi un sobre quand je l'ai fait apparaître magiquement, et il est noir. Mais pas en soie.

Quand je reviens dans la chambre, je me glisse sous les draps sans un regard pour elle. Je suis soulagée d'être de retour dans la même pièce qu'elle, mais j'essaie de ne pas y faire trop attention. Bientôt, la lumière s'éteint, le noir devient le seul support pour mes yeux et là... Sa respiration. De l'autre côté de l'espace qui sépare nos deux lits. Le silence apaisant, la nuit et sa respiration. Les yeux grands ouverts sur le noir, je sens mes épaules se détendre. Les nuits précédentes ont été horribles. Quand j'étais seule chez moi, seule avec Zikomo j'entends, c'était terrible. Les cauchemars, le sommeil qui ne vient pas, les réveils soudains en proie à une panique intense. Sans parler de ces nuits-là, celles que j'ai passé chez Rockfield, la tête aussi lourde qu'un bloc de ciment, la bouche pâteuse, le corps pilonné par des douleurs, l'odeur d'alcool dans l'air moite du salon. Cette nuit-là, celle que je suis en train de vivre, ne ressemble à aucune autre. Je ne me sens ni profondément seule, ni mal au point d'avoir envie de vomir. Je me sens juste moi. Et je l'entends elle de l'autre côté de l'espace qui sépare nos deux lits.

Je lutte pour ne pas fermer les yeux malgré mes paupières lourdes. Je ne veux pas m'endormir, je ne veux pas que cette journée touche à sa fin. Trop de mauvaises choses, demain. Moi qui m'en vais, elle qui reste ici. Je ne veux pas penser à demain et je ne veux pas m'endormir, alors je garde les yeux grands ouverts sur le noir et je me concentre sur sa respiration. Sa respiration à elle. Elle respire calmement, de ce souffle que l'on a lorsque l'on s'endort et qui devient de plus en plus profond. Kristen Loewy respire à côté de moi. Cette pensée me donne le vertige. Il y a un peu plus d'une semaine, j'étais persuadée qu'elle ne respirerait plus jamais dans mon horizon, qu'elle respirait à des lieues de mois, heureuse avec sa femme et son enfant, sans ne serait-ce que penser à ce qu'elle avait laissé derrière elle. La semaine dernière, je pensais la tuer quand je la retrouverais. Et aujourd'hui, voilà qu'elle respire à côté de moi. Elle, ma directrice. La tête me tourne à cette pensée. Ou c'est peut-être l'alcool, à ce niveau-là je ne sais plus très bien, je me contente de ressentir sans me poser de question.

Le sommeil me prend sans préavis. Je m'en rends compte car je me réveille brusquement quand elle se met à crier. Elle m'extirpe de limbes épaisses comme je n'en ai pas connues depuis une éternité. Le cœur battant, je me redresse sur le lit, les yeux écarquillés sur le noir. Dans ma tête tournent les mots qu'elle vient de crier, je peine à leur donner un sens. J'ai besoin de plusieurs minutes avant de réussir à les comprendre et même quand je réussis, ça ne me permet pas de me faire une idée sur le cauchemar qui l'a réveillée. Parce que oui, c'était un cauchemar, je le sais parce qu'elle a la respiration qui s'agite et que je me rappelle l'avoir entendue se débattre juste avant que son cri ne la réveille elle aussi. Maintenant, même si je ne la vois pas je sais qu'elle est allongée et qu'elle essaie juste de se calmer en essayant de ne pas imaginer des horreurs dans le noir. Si je le sais, c'est parce que je suis bien familière des cauchemars et que je sais exactement ce qu'ils sont capables de nous faire et comment ils peuvent nous soumettre à eux.

Je me retourne sur le dos après avoir glissé ma main sous mon oreiller pour attraper ma baguette magique. Je ne prononce pas un mot, mais dans le noir je décris un geste d'un poignet. Un instant plus tard une petite boule de lumière d'un jaune chaud s'élève au-dessus de mon lit et vole jusqu'à celui de Kristen. Je contrôle son éclat pour que la lumière ne soit pas trop forte et qu'elle ne la dérange pas. Grâce à elle, la chambre se pare d'un habit jaunâtre qui dessine les contours des meubles. Sur une impulsion soudaine, je créé une deuxième boule de lumière minuscule, puis une troisième que je place à des endroits stratégiques pour qu'il n'y ait pas d'ombre menaçante sur les murs. Mais la sphère lumineuse de Kristen, je la laisse juste au-dessus de son lit.

En me redressant, je lui jette discrètement un coup d’œil. Sa silhouette se dessine sur le matelas. Puis, pour respecter son intimité, je me tourne de l'autre côté et lui présente mon dos. Quand on se réveille d'un cauchemar, on n'a pas envie de sentir sur nous le poids d'un regard que l'on craint lourd de jugement. On n'a pas non plus envie que l'on nous presse de questions sur ce que l'on vient de vivre. On a juste envie de s'assurer qu'il n'y a pas de monstre qui se cache dans les ombres et se rendormir. Kristen Loewy est peut-être une femme bien plus âgée que moi dans sa tête, elle a peut-être été la grande directrice de Poudlard, une grande sorcière noire, une grande sorcière tout court, détentrice de deux merveilles de la magie, n'en reste pas moins qu'elle est sujette aux cauchemars, elle aussi, donc sensible aux lumières qui rassurent.

Je ne sais pas quand je me rendors exactement. Si je lutte cette fois-ci ce n'est plus pour l'écouter respirer, mais c'est parce que je suis à l'affût du moindre bruit qui signifiera qu'elle n'arrive pas à surmonter son cauchemar. Je ne sais pas ce que je ferai alors, parce que je n'ai jamais eu à rassurer qui que ce soit après un cauchemar, mais je sais que je ferai quelque chose. Alors j'attends, j'attends longtemps et je finis par m'endormir sans le sentir, emportée par une grande fatigue que je cumule depuis plusieurs mois, peut-être même depuis cinq cent quatre-vingt treize jours.

Demain lorsque je me réveillerai avec un léger mal de tête dans les tempes qui me rappellera que j'aurais dû le boire, ce verre d'eau qu'elle m'a servi, il ne restera plus rien de cette étincelle qui m'a maintenue dans un autre monde beaucoup plus léger l'espace de quelques heures. Demain, lorsque je me réveillerai et que je la verrai endormie dans son lit, sa silhouette à peine visible dans l'aube qui se lèvera derrière les rideaux, je la regarderai pendant un moment, le ventre noué, avant de me lever. Demain, lorsque je serai réveillée et que j'allumerai ma première cigarette en regardant l'aube éclaircir le ciel derrière la vitre de la cuisine alors que je sais très bien qu'elle me donnera envie de vomir et que je n'ai pas envie de fumer, je me sentirai sombrer dans une mélasse de sentiments poisseux et douloureux, mais aussi très familiers. Le genre de sentiments contre lesquels on ne peut pas lutter, ceux qui avalent les sourires et qui écrasent le cœur.

Mais pour l'instant, je suis une enfant qui s'endort en écoutant la respiration de la personne qu'elle aime le plus sur cette terre et rien ni personne ne peut m'enlever la douceur de ces dernières heures ou le bonheur tout simple de se sentir exactement à sa place, entourée et jamais abandonnée.

Fin


Ne cesserons-nous donc jamais d'écrire des RP intenses et géniaux ? Oh que non. À bientôt pour le prochain.