Histoires de garçons
RECUEIL D'OS - Histoires de garçonsOS : One Shot
Désigne un texte (RPG) qui ne comporte qu'un seul message.LA MUE DES SERPENTS
2050 - La veille de rentrée, un regard en arrière sur les années passées, un état d’âme du moment, des inquiétudes, espoirs ou réflexions sur l’année à venir.
- ARTAMIEL SAUL, futur 2A ◈ Rye [29/08/2050]
- ORION BLACKBURN, futur 5A ◈ Résidence des Ruewen [31/08/2050]
- MATTHEW WARREN, futur 2A ◈ Tokavaig [31/08/2050]
- ERNEST STEVENS, futur 4A ◈ Londres [31/08/2050]
- THOMAS DIDLER, futur 2A ◈ région d'Oxford [31/08/2050]
- MATTHEW SERID, futur 4A ◈ Bornemouth [31/08/2050]
- ROWAN PENDERGAST, futur 5A ◈ Nouvelle Sainte-Mangouste [31/08/2050]
- LEO SHELBY, futur 2A ◈ Silverton [31/08/2050]
- ALARIC BLACKWOOD, futur 1A ◈ Londres [31/08/2050]
- PRÉNOM NOM, année RP ◈ Lieu [DATE]LA PREMIÈRE ÉCAILLE DE MAGIE
Premières manifestations de magie.
→ [ARTICLE] - Flux magique, développement des sorciers et médicomagie par Diarmuid O'Belt
- ERNEST STEVENS, 5 ans ◈ Londres, [2041]
- MATTHEW WARREN, 8 ans ◈ Tokavaig [10/2046]
- THOMAS DIDLER, 6 ans ◈ Garsington [17/01/2044]"PÈRE NOËL, RACONTE-MOI UNE HISTOIRE..."
Souvenir d’enfance ou pensée d'adolescent nostalgique : une soirée de décembre, un livre de Noël qui l’a marqué, une histoire qu’on lui lisait toujours au moment du coucher, un jouet qu’il attendait sous le sapin…
- THOMAS DIDLER, 5 ans ◈ Garsington [23/12/2043]
- ORPHEUS WILLOW-WOOD, - ◈ - [-]
- MATTHEW WARREN, 4 ans ◈ Tokavaig [24/12/2042]
- ARTAMIEL SAUL, - ◈ Rye [2045]
- ERNEST STEVENS, 6 ans ◈ Camden Town [12/2040]
Dernière modification par Ernest Stevens le 23 mars 2026, 18:47, modifié 26 fois.
4ème année RP 50-51 - P&O / 15 ans
- PRÉSENCE RÉDUITE -
- PRÉSENCE RÉDUITE -
Histoires de garçons

Légendes :
*Pensées*
Gestes / Narration
*Pensées*
Gestes / Narration
Paroles
Lundi 29 Août
La nuit, à Rye, chez ses pères, près de la plage, 01:12
La nuit, à Rye, chez ses pères, près de la plage, 01:12
Face à la mer, le vent siffle dans mes oreilles, refroidissant le bout de mon nez fin. Assis au milieu des oyats, une dune descend juste devant moi, en direction des grandes vagues frappant plage et rochers comme galets. Le bruit de l’eau en pleine tempête berce mon esprit, m’empêchant de trop réfléchir. Pourtant, ça fait bien trois longues heures que je ne fais que ça. Mes longs cils accrochent une partie du sel marin, mes paupières devenant un peu plus lourdes à chaque fois, comme pour obliger Morphée à venir me chercher. Je glisse l’une de mes mains dans le sable, la relevant devant mon visage, avant de le relâcher dans l’air, qui l’emporte dans le lointain grisâtre. Je lève la tête, la lune enroulée dans son manteau de nuages, illuminant une fois sur deux mon visage épuisé.
*Je ne veux pas y retourner.*
Je ramène mes genoux contre moi, comme pour me protéger du monde, des sons, des sensations. Des changements se font dans ma vie, viennent bousculer le fragile équilibre que je me suis créé, et rien que ça m’empêche tout simplement d’exister. La première année à Poudlard était passable : encaisser les nouveautés à la suite fut laborieux, mais voilà que la deuxième rajoute des difficultés en plus sans même avoir commencée. Un trop plein commence déjà à se former au fond de mon ventre, tant ça me fait mal. Un son de froissement me fais sursauter, et tourner la tête, si fort que ma boucle d’oreille frappe ma joue de plein fouet, y laissant une petite marque rouge. Au milieu des plantes, un petit museau fait son apparition, suivis de Soun, le croup de la famille. Clopin-clopant, mon chien vient coller son museau froid contre mon bras, ses yeux d’amours me regardant avec inquiétude. Comme sortis d’un cauchemar éveillé, je lâche un long soupir que je ne savais même pas que je retenais, avant de glisser mon visage contre sa fourrure. Il sent le caramel, le chaud de la maison. Un rire amer m’échappe, ses petits couinements n’aidant en rien.
"Je ne veux pas partir. J’aimerais rester seul. Me transformer en pierre."
Je tourne mon visage vers Soun, celui-ci me léchant la joue comme un enfant de cinq ans avec sa glace préféré. Je souris, le caresse, et viens gentiment gratter ses oreilles. Sa fourrure couleur chocolat, maintenant parsemée de blanc, glisse entre mes doigts comme de la soie. Je glisse mes bras autour de lui, et le ramène contre moi. Sa chaleur contraste avec ma froideur extrême, autant physique que psychique. Je ferme mes yeux gris de pensées fragmentées, laissant toutes les sensations, du vent, de la mer et de Soun, m’envahir. Son poil doux, son odeur, ses petits aboiements joyeux.
"Comment arrive-tu as rendre tout, moins terrible ?"
Lentement, je me détache du croup, le laissant aller se balader et renifler aux alentours. Habillé d’un simple pantalon de coton bleu marine, et d’un débardeur, mes pieds nus crissent à chaque pas sur le sable, le bout de mes orteils autant que de mes doigts, légèrement rouges de froid. Je siffle mon chien, celui-ci relevant directement la tête. Je marche en direction de chez moi, mon pas se faisant mécanique, comme à mon habitude. Mais un manque se fait sentir. Je m’arrête, et tourne mon visage vers la mer, mes cheveux blonds s’emmêlant devant mes yeux. Soun trottine lentement derrière moi, boitant presque à chaque mouvement de pattes. Je mords l’intérieur de ma lèvre, et reprends ma démarche, plus lente cette fois, permettant à mon chien de se promener à mes côtés. Je le regarde, il lève sa gueule vers moi, grande ouverte, la langue pendante. Je fais un petit sourire, un sourire triste, avant de rigoler doucement, ma posture plus détendue.
"Qu’est-ce que je ferais sans toi, hein ? Espérons que tu me porte-bonheur cette année encore."
Étant le premier garçon à écrire ici, j'espère que mon post vous plaira, et qu'il vous donnera envie d'écrire à votre tour ! : )
650 mots
Dernière modification par Artamiel Saul le 7 janv. 2026, 21:46, modifié 1 fois.
"I don’t belong in the world.
That’s what it is."
That’s what it is."
Histoires de garçons
MERCREDI 31 AOÛT 2050
FIN DE SOIRÉE, RÉSIDENCE DES RUEWEN
FIN DE SOIRÉE, RÉSIDENCE DES RUEWEN
Quel été étrange. Inattendu ? Sans doute. Unique ? Définitivement. Orion regardait le plafond de la chambre de Stella depuis un matelas déposé sur le sol, les mains coincées derrière sa tête, les pensées brinquebalantes. Ses yeux regardaient dans le vide et seule l'odeur florale et familière le ramenait un tant soit peu à la réalité. Demain, cet été serait terminé ; un rêve à oublier, à laisser derrière lui, probablement. Et à la rentrée, que faire ? Il ne préférait pas y penser. Malheureusement, il préférait aussi ne pas dormir pour que le moment s'éternise. Peut-être pouvait-il attendre le trajet dans le Poudlard Express et puis seulement il se torturerait vraiment avec ses pensées. Parce que l'été avait été beau, intense, et qu'il méritait une place dans sa tête encore l'espace d'une journée avant qu'il ne le réduise à néant pour éviter ce qu'il se tramait dans son cœur et hors de sa raison.
Orion poussa une longue expiration. Quel casse-tête. Il préférait se concentrer sur autre chose. Après tout, cette année avait été intéressante, non ? La fin d'année, surtout, vu le bazar qu'elle avait laissé. L'année prochaine serait probablement d'autant plus bancale et Orion ne payait pas cher de sa peau ; s'il arrivait à s'échapper de ce je-ne-sais-quoi qui le tourmentait, cela le rattraperait tôt ou tard, il le savait pertinemment. Et son Aurore qui passait finalement les portes de Poudlard ? Comment allait-il gérer cela ? Lui qui avait toujours pris l'habitude de se rassurer en se disant qu'elle ne craignait rien chez lui, en sécurité. Il pouvait presque l'entendre glousser depuis la chambre de la Maliah, mais il y avait fort à parier que ce n'était que le fruit de son imagination ; un stratagème de la part de son esprit pour lui faire croire qu'elle se moquait de lui. Le Serpent se retourna dans sa couche, voulant faire taire toutes les voix bruyantes qui brouillaient son esprit. Misère. La rentrée allait être tout sauf de tout repos. Orion craignait pour ses cours, pour sa sœur et pour son cœur ; qui donc pouvait revenir à Poudlard dans de telles conditions ? Lui, à priori. À nouveau, il souffla. Pourvu que Stella ne soit pas réveillée ; ses pensées étaient si fortes qu'il était sûr qu'elle aurait pu les entendre.
Orion songea à occuper son esprit différemment ; peut-être pourrait-il mettre un pied à la bibliothèque, se renfermer dans des bouts de parchemin, comme tant de personnes le faisaient. Au moins, cela aurait un impact positif sur ses notes. Il pourrait prendre de l'avance, se perfectionner, devenir le meilleur. L'idée qu'Orion pouvait briller cette année le rassura un peu. Quelque part, tout n'était pas destiné à partir en vrilles. Vraiment ? Non. L'Etoile n'avait jamais aimé ses tendances. Elle s'efforcerait de changer ses plans, il en était convaincu. Il rabatta l'oreiller sur sa tête. Il avait envie de crier. En était-il arrivé au point de perdre le contrôle ? Orion aurait pu se gifler. Après avoir pris quelques longues inspirations, il retira l'oreiller de sa tête et le replaça sous cette dernière. Tout était voué à l'échec, donc. À quoi bon ? Il n'y avait qu'à dormir. Dormir et espérer que tout son monde ne partirait pas en éclats.
Et voilà, je suis notre cher Artamiel en espérant bientôt lire les pensées de vos autres petits...
@Stella Ruewen, pour la mention !
555 mots
Couleur RP : #789586 #556B5F - 5ème année - non inscrit dans la chronologie
Bout De Laitue à ses heures perdues...
Histoires de garçons
La mue des serpents. - 31 août 2050, Tokavaig
Les touches du piano s'abaissaient en rythme, alors que les doigts de Matthew courraient dessus. Le garçon ne réfléchissait pas du tout à la musique, c'était une partition qu'il connaissait par cœur, ses mains semblaient agir par elles-mêmes alors que sa tête était ailleurs.
Demain c'était la rentrée, et si le jeune Warren avait hâte d'y être déjà, il n'avait pas envie de quitter sa maison à nouveau. Il n'avait pas beaucoup été là cet été, juste au début où il avait pu voir Mina et Lilith rapidement. Un sourire se dessina sur son visage alors qu'il y repensait.
Ensuite il avait été au camp pédagogique, ou il avait pu retrouver Mina justement. C'est là qu'il aurait aimé retourner, parce qu'il pouvait passer tout son temps avec sa meilleure amie, ils pouvaient jouer et parler de choses que les autres ne comprenaient pas. De choses qu'il n'avait pas envie de discuter avec les autres.
La partition était finie, mais le garçon continua, enchaînant sur une autre, puis une autre. Il arrêterait quand il serait arrivé au bout des musiques qu'il connaissait au piano. Soria était déjà venue lui souhaiter la bonne nuit. Trois fois.
Mais Matthew n'avait pas envie de se coucher, pas tout de suite. Parce qu'à partir de demain, les cours allaient recommencer, et même s'il aimait apprendre, ce n'était évidemment pas aussi plaisant que de s'amuser. Et puis ici, il pouvait jouer avec Coldren toute la journée si cela lui chantait.
Ce dernier était posté dans son terrarium, juste au-dessus de l'instrument de musique. L'animal était au courant de tout, il lui avait tout dit. Il lui avait confié ses envies et ses peurs. Comme le fait qu'il n'avait pas eu de réponse de Ryan pendant tout l'été. Comme ses propres questions par rapport à sa relation avec ce dernier. Comme a ce qu'il ressentait quand il était là. Et comme c'était si différent d'avec ses autres amis, si différent d'avec Mina.
Mais si semblable que ce qu'il ressentait pour Lilith.
Il avait demandé à Coldren ce que que cela signifiait. Et si c'était normal ? Le lézard lui avait répondu en mangeant l'insecte qu'il venait d'attraper. Loin de trouver cela dégoutant, Matthew l'avait félicité en le trouvant trop mignon. Depuis le temps qu'il réclamait un lézard... il avait toujours été une cause perdue.
Attiré par un mouvement de l'animal, Matthew se déconcentra juste assez pour s'emmêler les doigts, signant enfin l'arrêt de sa cession de musique. Il s'étira longuement et se tourna vers son violon, posé juste à côté. Il voulait encore jouer, laisser la musique l'emporter directement jusqu'au lendemain matin.
Mine de rien, il avait tout de même hâte de retrouver ses amis, la salle de musique de l'école aussi évidemment, mais aussi les enclos et les créatures présentes à l'école. Même le dortoir lui manquait, et la vue depuis la classe d'astronomie.
Coldren sembla se coucher dans un coin, ce que Matthew prit pour un signe qu'il était temps. Il ferma le couvercle du piano, rangea son violon dans son étui et le ramena dans sa chambre, avant de revenir chercher Coldren qu'il plaça à sa place, sur sa table de nuit.
« Bonne nuit. » souffla-t-il au lézard en l'observant à la lumière de la lune. « J'ai hâte que tu vois l'école demain. »
____________________
Voilà pour moi.
@Lilith McKey, @Mina Lee et @Ryan Roach pour les mentions.
Merci Ernest pour ce magnifique avatar !
Histoires de garçons
Une troisième année trop pleine.LA MUE DES SERPENTS
Londres, Camden Town
Mercredi 31 août 2050
La veille de la rentrée
Trop pleine d’émotions. De questions. Trop pleine de contradictions.
Ça avait commencé par un anniversaire. Quatorze ans. Et trop d’attentions. Ou pas assez. C’était ambigu.
L’émoi. L’incompréhension. L’envie. La susceptibilité… ou autre chose.
Ce n’était pas de la jalousie. Pas vraiment. Enfin si. Mais pas celle qu’il aurait voulu avouer.
Il y avait eu tous ces cadeaux dont il ne se sentait pas à la hauteur. Tous ces gestes auxquels il n’arrivait pas à se mesurer.
Oh, Ernest avait pensé à elle. Presque tous les jours.
Et presque à chaque fois, ça faisait battre son cœur un peu plus vite.
Lorsqu’il tombait sur un chapitre qu’elle aurait pu lire, qu’il griffonnait une remarque sur un coin de parchemin à laquelle elle aurait pu penser.
Lorsqu’il observait une créature magique, ou qu’il entendait le chant de l’augurey.
Lorsqu’il cueillait minutieusement des plantes pour lui composer un herbier. Lorsqu’il voyait un objet qu’il aurait pu lui acheter. Une carte qu’il aurait pu lui envoyer.
Des pensées d’Eileen, il en avait probablement eu des centaines. Peut-être même des milliers. Mais il n’avait pas réussi à les pousser assez fort hors de sa tête pour les rendre concrètes. Pour leur donner vie.
Le rythme de son cœur qui s'emballait épousait celui d'une pensée qui n'arrivait plus à trier ce qui la traversait.
Et chacune de ses attentions à elle s’accumulait dans la balance. Lui faisait prendre toujours un peu plus de retard dans la course aux égards. Et s’accompagnait de culpabilité. Mais pas que… Il l’enviait d’être toujours si efficace.
Et au sommet de ce podium imaginaire, il y avait eu l’insigne.
Ernest n’avait jamais voulu d’un badge de préfet. Jusqu’alors, il n’y avait même jamais pensé. D’ailleurs, il l’aurait probablement refusé. Enfin… sans doute. Trop de responsabilités, trop d’attentes. Et ça, il les collectionnait déjà.
Et pourtant, voir Eileen le porter, si naturellement, si fièrement, ça avait planté quelque chose d’inconfortable dans son ventre. Le même sentiment un peu étrange qu’il ressentait lorsqu’ils se réunissaient tous. Celui d’être un peu en marge. Et un inconfort plus sournois encore : celui de devoir partager.
L’exclusivité, Ernest ne la connaissait pas. C’était une émotion qu’il ne savait pas reconnaître. On lui avait toujours appris à partager. Mais dans les faits, l’adolescent était le fils unique de deux mamans qui avaient fait tourner leur monde autour de lui.
Et il avait quatorze ans, et des hormones qui faisaient pousser un peu plus fort sa sensibilité.
Et puis il y avait Etan. Etan et ses blagues, Etan et son naturel à se glisser entre elle et lui comme si c’était sa place depuis toujours. Etan qui la faisait rire trop fort, trop souvent. Qui posait sa tête sur son épaule, qui la câlinait comme si elle avait été sa cousine depuis toujours.
Ernest, lui, aurait juste voulu lui prendre la main. Pour de vrai.
Ou peut-être juste la serrer. Pour de vrai aussi.
Pas comme on serre la main de sa mère ou de sa marraine.
Comme un garçon serre la main d’une fille.
Une fois. Juste ça.
Mais on ne pense pas à ça quand on a un emploi du temps rempli comme une malle sans fond qu’on force à se fermer. Quand on a les hormones en vrac, des preuves à faire, un standing qu’on croit devoir tenir. Quand les expériences magiques tournent mal, que les adultes vont et viennent sans jamais vraiment s’attarder. Sans jamais vraiment répondre.
Ernest s’était battu avec toutes ses émotions.
Avec ses sensations qui lui échappaient, avec les contradictions qui le faisaient tourner dans tous les sens comme un strutoscope, lui faisant perdre la tête, et le fil.
Il avait toujours eu besoin de repères. De points d’ancrage.
Mais quand même votre propre corps vous trahit, quand il se met à agir tout seul, à rougir sans raison, à frémir pour un rien, alors il devient difficile de savoir à quel saint se vouer.
Ou à quel sein…
Et puis, il y avait cette autre chose. Un secret.
Depuis l’été précédent. Une rencontre imprévue, un peu irréelle, dans un Londres chaud, humide, presque moite. Elle avait été sa professeur. Pas longtemps. Assez pour qu’il s’y habitue. Assez pour qu’il l’admire.
Elle l’avait regardé comme peu d’adultes savent regarder les enfants : sans condescendance, sans attente précise, juste… avec un intérêt vrai. Avec une sévérité équitable. Elle lui avait dit qu’il avait quelque chose. Une manière d’envisager la magie différente. Une façon particulière d’appréhender la métamorphose. Un don à travailler. Peut-être qu’elle avait eu autant besoin d’un apprenti que lui avait besoin d’un mentor.
Les lettres avaient commencé peu après. D’abord formelles. Polies.
Puis plus personnelles. Pas intimes. Mais presque.
Elle lui parlait comme à un égal. Un presque égal.
Il n’avait rien dit à personne. Pas pour cacher. Juste…
Parce que c’était bon d’avoir quelque chose à soi. Quelqu’un qui le voyait autrement.
Tout ce trop, s’était transformé en moins. Trop de cours, moins de loisirs. Trop de non-dits, moins de paroles.
Ernest planquait ses réponses entre deux parchemins de cours. Interceptait les hiboux dans la volière, avant qu’ils n’apparaissent dans la Grande Salle. Il trouvait des coins tranquilles pour les lire, les relire, y répondre Des prétextes, des subterfuges. Des détours. Et tout ça, ça prenait du temps. Beaucoup de temps Un temps qu’il n’avait pas envie de partager. Un temps qui pesait, aussi. Qui portait le remords. Mais il ne pouvait pas s’empêcher de cultiver ce secret-là.
Elle sentait la bergamote chaude d’un Finest Earl Grey. La cardamome froide.
Elle sentait le thé noir et la sauge fumés. Et le benjoin ambré. Elle sentait le cuir de tous les carnets qu’elle se trimballait. Et quelque chose d’indéfinissable.
Quelque chose qui le faisait transpirer à des endroits bizarres quand elle s’approchait d’un peu trop près. Ce n’était pas de l’amour. Pas vraiment. Plutôt les premières effluves du désir. Les premières brûlures muettes.
C’était sa troisième année. Et tout devenait trop chargé. Trop compliqué.
Et lui, Ernest, il voulait juste un peu de silence.
Alors il s’était éloigné du bruit, des gens. Il s’était remis à l’écart. Et il avait attendu. Que l’été revienne.
Et l’été était passé…
1049
4ème année RP 50-51 - P&O / 15 ans
- PRÉSENCE RÉDUITE -
- PRÉSENCE RÉDUITE -
Histoires de garçons
Mercredi 31 août
Le soir, dans un petit village près d'Oxford.
Le soir, dans un petit village près d'Oxford.
La table était débarrassée, la vaisselle avait été lavée.
Dans la maison des Didler, la soirée tombait doucement dans un calme familier. Seule la chambre de Thomas semblait encore très vivante et animée.
Assis par terre, à moitié penché sur ses affaires, Thomas pliait le reste de ses vêtements pour l'année qu'il allait entamer. Il avait l'esprit ailleurs et cette malle se remplissait très lentement.
Sur le lit, enroulé sur lui-même, Onyx observait son jeune maître silencieusement. La lueur de la lampe faisait briller ses écailles sombres.
Thomas leva les yeux vers son serpent, un sourire était visible sur ses lèvres :
- J'aimerai t'emmener, tu sais... Mais y a trop de bruit et de monde. Tu seras mieux à la maison.
Thomas vit le serpent onduler lentement sur le lit et il prit ça comme une réponse confirmant ses dires. Cela faisait tant d'années qu'il vivait avec Onyx. L'année dernière avait été longue sans lui mais il avait compris au fil des semaines, qu'Onyx serait plus tranquille par ici. Et puis, de cette manière, il n'avait pas à s'inquiéter pour son jeune ami.
Il se remit à plier ses vêtements, désengorgeant le sol de sa chambre. Il s'était déjà occupé du salon cet après-midi. Ce qu'il pouvait être bordélique d'après sa mère... Mais bizarrement, à Poudlard, tout était bien organisé !
Il se redressa après avoir estimé qu'il avait assez rempli sa malle pour ce soir. Il se dirigea vers son lit et prit Onyx dans les bras. Thomas s'allongea sur le matelas, il déposa Onyx sur son torse et croisa ses bras derrière sa nuque.
Les yeux braqués sur son plafond, sur les étoiles qui brillaient lorsqu'il faisait nuit. Son esprit dériva vers ses souvenirs...
Juillet avait été paisible, ils avaient passé la quasi totalité du mois à la maison. Il avait passé son temps entre les champs, le centre ville de son village, le lac près de leur maison, la forêt entourant ce petit bout de campagne. Il en avait profité pour faire des potions avec sa mère, lire sous un arbre, jardiner avec son père, se baigner dans le lac, faire de la barque avec Onyx.
Thomas s'était senti bien. Il avait juste été heureux de retourner aux sources. Il avait profité du temps passé avec ses parents. Il avait profité du soleil réchauffant sa peau lorsqu'il flemmardait dans le jardin. Il avait profité de l'air bougeant ses cheveux lorsqu'il volait.
Et puis août arriva. Et la promesse de ses parents arrivait aussi à grand pas.
Ses parents lui avaient promis, lors de son anniversaire, d'aller ensemble à la Coupe de Dragonnerie d'Europe. Il avait même réussi à négocier d'y aller avec Amber. Et ses parents avaient évidemment accepté, trop heureux de savoir qu'il s'était fait des amis.
Thomas revoyait encore l'immense arène, ils ressentaient les vibrations des gradins remplis à craquer, ressentait le vent qui faisait bouger les drapeaux colorés.
Ils n'avaient eu qu'une hâte, enfin voir un dragon. Et cela c'était passé. Rien qu'à y penser, Thomas avait les étoiles dans les yeux et ne pouvait s'empêcher de sourire.
Un long sifflement d'Onyx le ramena au présent. Thomas baissa les yeux vers lui et le caressa du bout du doigt. La chambre était silencieuse et Thomas coupa sa lampe de chevet, il n'était plus qu'éclairé par ses étoiles et planètes au plafond.
Il inspira profondément. Demain, il quitterait à nouveau ce cocon, ce calme, son Onyx... Mais ce soir, il avait un dernier moment de calme, loin du bruit, loin de l'agitation ambiant de leur salle commune.
Il était mitigé sur cette rentrée, il avait hâte de retourner à Poudlard, de découvrir de nouveaux sorts, de nouveaux professeurs, de nouvelles habitudes. Mais en même temps, il n'appréciait pas souvent les changements et il ne savait pas si il apprécierait cette nouvelle année donc il était mitigé.
Il baissa à nouveau la tête, observant Onyx lové contre lui, paisible, dans la tranquillité de cette chambre. Thomas sourit à nouveau.
Ses paupières se firent lourdes... Le plafond constellé de ses fausses étoiles se brouillait doucement, mais il continuait de fixer ce ciel imaginaire comme si il voulait s'accrocher encore un peu à ses souvenirs d'été.
Demain, il porterait à nouveau son air détaché et son calme visible en façade. Mais ce soir, il s'autorisait à ressentir la peur, l'excitation, le regret... Et bercé par le souffle régulier de la couleuvre à ses côtés, Thomas finit par se laisser glisser vers le sommeil, un léger sourire flottant sur ses lèvres.
Histoires de garçons
LA MUE DES SERPENTS
CHAMBRE DE MATTHEW, BOURNEMOUTH
Mercredi 31 Août 2050
Mercredi 31 Août 2050
Le 31 août s’étirait doucement, englouti par la chaleur d’été qui s’accrochait encore aux murs de la maison. Dans sa chambre, Matthew s’affairait à remplir sa valise. Les piles de vêtements s’entassaient un peu n’importe comment, les manuels de sortilèges s’éparpillaient entre le bureau et le lit, et il avait cette impression familière de toujours oublier quelque chose d’essentiel.
Ses gestes avaient beau être mécaniques (plier, ranger, vérifier), son esprit était ailleurs. Chaque année, la veille du départ pour Poudlard, il se retrouvait à ruminer.
Il se souvenait encore de l’excitation et du frisson en posant le pied pour la première fois dans le château. Cette excitation teintée de doute et d'appréhension, à l'idée de rencontrer et d’apprendre à vivre avec ces "sorciers".
Malgré ça, Poudlard était censé être une aventure, un rêve éveillé... Mais la magie du début avait vite laissé place à une désillusion sourde. La faute à la différence culturelle, aux a priori sur les nés-moldus ou encore à la petite méfiance d'un Matthew trop jeune et influençable... Le résultat mena à cette désastreuse première année.
Matthew ne se sentit jamais "chez lui" à Serpentard. À la place, il découvrit les regards froids, l'impression de déranger, de ne pas correspondre aux standards...
Sa deuxième année fut la pire. Il se souvenait de la boule au ventre qu'il avait eue la veille de cette rentrée. C'était encore plus dur quand il se disait n'avoir "aucune raison" d'en faire des tonnes de la sorte. Il était dans un déni si fort à l'époque... refusant de se dire qu'il n’avait pas réussi à se faire des amis.
Lui ? Le gamin extraverti, toujours souriant et de bonne humeur ? Impossible qu'il n'ait pas réussi à se faire d'amis... Non, c'était plus simple de remettre la faute sur les autres Serpentards. Chaque chuchotement à peine perceptible était forcément une rumeur, les rires lointains se moquaient de lui, et les regards froids, caractéristiques de certains sangs-purs, venaient confirmer que les Serpentards ne voulaient pas de lui. Et si eux le rejetaient, alors il lui suffisait de ne jamais les côtoyer, comme ça ils lui foutraient la paix.
Ne jamais participer aux projets de sa maison, fuir la salle commune, manger sur les tables de ses amis d'autres maisons... Tant et tant d'habitudes qu'il s'était forcé à prendre lors de sa troisième année.
Tous ces efforts l'avaient-ils aidé à passer une meilleure année ? Absolument pas... même s'il avait essayé de s'en convaincre.
Matthew s’arrêta dans son rangement, fixant sa baguette posée sur le bureau. Trois ans déjà. Trois ans à se terrer, à passer à côté de tout. La gorge un peu serrée, il inspira profondément.
Aujourd'hui, Matthew avait 14 ans, bientôt 15. Et il refusait de continuer à se cacher pour cette 4ème année. Certes, certains Serpentards n'avaient pas facilité les choses quand il avait 11 ans. Mais il n'était plus un enfant maintenant ! Si on ne voulait pas de lui, tant pis, il n'allait plus s'empêcher de vivre pour ça. Il aimait sa salle commune et n'avait plus envie de se forcer à la fuir.
Oui, l'époque où il se démoralisait au moindre commentaire était révolue. Qu'importe s'il dérangeait certains élèves de sa maison, il y avait bien d'autres Serpentards sympas avec qui il pourrait s'amuser !
Il se surprit presque à sourire en pensant à l’année qui l’attendait. Peut-être que tout ne serait pas parfait. Mais au moins, il avait décidé de ne plus laisser la peur décider pour lui.
Le jeune Serpentard ferma enfin sa valise dans un claquement sec. Il la posa près de la porte, jeta un dernier regard vers sa chambre familière. Puis, avant d’éteindre la lumière, il posa sa baguette sur sa table de chevet et s’approcha de la fenêtre. Le ciel d’été commençait à se charger d’étoiles. Demain, il prendrait le Poudlard Express.
Cette fois, pensa-t-il en serrant les poings, il ne laisserait pas l’année lui filer entre les doigts.

Couleur : #00a81c
Histoires de garçons
⎯⎯⎯⎯⎯⎯⎯⎯⎯⎯⎯⎯⎯⎯⎯⎯⎯⎯⎯⎯⎯⎯⎯⎯⎯⎯⎯⎯⎯⎯⎯⎯⎯⎯⎯⎯⎯⎯
La Mue des Serpents
⎯⎯⎯⎯⎯⎯⎯⎯⎯⎯⎯⎯⎯⎯⎯⎯⎯⎯⎯⎯⎯⎯⎯⎯⎯⎯⎯⎯⎯⎯⎯⎯⎯⎯⎯⎯⎯⎯
Mercredi 31 août 2050
Nouvelle Sainte-Mangouste
[TW] : Isolement, hôpital, grand-mère, maladie magique virulente.
ReducioLa grand-mère de Rowan est malade, et son état marque le début d’un chemin qui mènera à sa mort qui se produira quelques semaines après la rentrée. Elle ne meurt pas dans ce RP, mais certains thèmes — l’isolement, l’hôpital, l’attente, l’inquiétude — peuvent être sensibles. Je préfère mettre un TW par précaution, surtout que c’est le commencement d’une fin et que cela peut raisonner différemment selon chacun.e.
⋈—✧—✾—✧—⋈
——— Ce n'était pas ainsi que je voulais commencer la rentrée. J'aurais dû être chez moi, préparant ma malle avec les derniers détails avant des heures de train. Mais non, j'étais loin de mon Irlande natale, loin de mes sœurs, de mon lit. Une odeur stérile me piquait le nez, bien différente de celle de la cuisson de Haddey, notre elfe de maison, qui emplissait le manoir d’un festin chaque veille de rentrée. Ici, il n’y avait ni rires qui résonnaient dans le couloir, ni chamailleries pour une place devant le miroir. Seulement des murs trop blancs et un silence qui semblait mordre plus fort que n’importe quelle remarque.
Trente-six heures s'étaient déjà écoulées. Presque deux journées entières avec rien d'autre que mon badge de préfet et les robes médicales qu'on m'avait offertes. Tout était blanc. Une couleur qui n'était pas une couleur. Elle me brûlait les yeux, surtout avec les rayons du soleil qui entraient. Même avec les rideaux, il n'y avait aucune protection. J'avais beau fermer les yeux, mais la lumière attaquait mes rétines.
Je me sentais bien.
Il n'y avait rien qui n'allait pas avec moi. C'était ma Seanmháthair1 Elowen qui était tombée, pas moi. Heureusement, elle vivait dans un endroit qui avait le meilleur hôpital avec les meilleurs soins au Royaume.
Je suis préfet. La nouvelle que je venais annoncer à ma máthair chríona2.
Je me souviens du sourire d'Elowen, ses cheveux fraîchement retouchés avec un colovaria et coiffés avec volume et boucles. Máthair chríona n'a jamais vraiment aimé vieillir, en fait, elle n'a jamais accepté de se faire appeler autre qu'une mère sage dans ma langue. Elle n'est pas irlandaise, mais mon père lui a donné un certain amour pour le gaélique avec cette designation.
Malgré l'isolement des murs autour de moi, je souris. Quelques jours, et je verrai ma sage Elowen, et on en rira de tout ça.
Je vais bien. Je me sens bien.
Mais chaque fois qu'on vient pour me monitorer, je m'inquiète pour elle. Une Éclabouille Cérébrume. Le nom donne l'impression d'une invention farfelue. Je m'attends quasiment à me faire dire que ma famille m'a joué un tour, mais ma mère a passé toute la journée à terroriser l'aile entière. Surtout pour Elowen, mais aussi pour me libérer de ce donjon.
Au moins j'ai quelques livres pour me tenir compagnie. Bon, ce sont des livres de potions. Le manuel de cette année, et celui que ma mère croit comme une bible du potionniste. Elle ne veut pas que mon temps soit perdu pendant mes soixante-douze heures d'observation.
Il m'en reste dix-huit heures quand on vient me dire qu'Elowen va mieux, et j'en suis si soulagé que je commence mes lectures de potions. Quelques heures et un test négatif, et je serais plus libre qu'un elf de maison avec une chaussette.
Bientôt je commencerai ma cinquième année. J’entrerai sur le terrain de Quidditch. Je porterai le titre de préfet. Rapidement viendra Yule et je reverrai máthair chríona, et le reste de ma famille.
Demain, les heures d’attente s’achèveront. Demain, je quitterai ces murs trop blancs pour retrouver la pierre familière des cachots. Demain, je pourrai dire que ce n’était qu’un contretemps, une parenthèse malvenue.
Demain. J’essaie de m’y accrocher comme on s’accroche au manche d’un balai dans la rafale.
________________________
1 gaélique irlandais pour Old Mother (formel pour grand-mère)
2 gaélique irlandais pour Wise Mother (alternatif pour grand-mère)
———
Histoires de garçons
Il y a des jours qui paraissent anodins. Tout à fait normaux. Presque banals.LA PREMIÈRE ÉCAILLE DE MAGIE
Londres, Camden Town
2041
Mais dans la vie d’un enfant de cinq ans, la routine était comme un cocon rassurant. Ernest se laissait glisser dans les habitudes comme il se glissait dans les bras de ses mères, sans en avoir réellement conscience. Parce que c’était comme ça qu’on faisait chez eux. Ou simplement parce qu’il ne savait pas faire autrement. Et parce que c’était sécurisant.
Ce dimanche avait commencé comme la plupart des autres dimanches.
Dans la cuisine, qui d’ordinaire était plutôt la chasse gardée de Lucy, Elianor couronnait exceptionnellement le tablier. Cheffe Maman aux fourneaux. Si la sorcière travaillait toujours beaucoup, le dimanche restait sacré. Les Méchants pourraient bien attendre jusqu’au lundi. Mais on ne sacrifiait pas un dimanche en famille. C’est qu’on sacrifiait déjà pas mal d’autres choses.
Et de tous les jours normaux, le dimanche était probablement le moins ordinaire pour Ernest. Ou le plus extraordinaire. Le matin, tout le monde restait à flemmarder. Lui dans sa chambre avec ses livres ou ses figurines de dragons. Ses mères au lit, pour une grasse matinée bien méritée.
Le dimanche, Ernest n’était pas obligé de s’habiller. Et Eli quittait la tenue règlementaire du Ministère pour des vêtements de moldus et se glissait nonchalamment dans les vêtements de sa femme. Un jeans et un vieux sweat usé estampillé “Cambridge” à même la peau, le genre qui a été porté et lavé tellement de fois qu’il était probablement aussi doux que de la soie. Ses pieds nus sur le plancher, ses cheveux détachés, elle devenait une autre maman.
La Maman du dimanche.
Cette Maman du dimanche, elle était moins fatiguée. Elle esquissait plus facilement des sourires et adressait même parfois des clins d'œil malicieux. La Maman du dimanche passait plus souvent sa main dans la tignasse brune du garçonnet. La Maman du dimanche plaçait un vinyle sur la platine pour réveiller la maisonnée en douceur avant de partir prendre possession de la cuisine. Toujours pied nu. Et Ernest adorait ça. Le dimanche était son jour préféré.
Alors il se glissait lui aussi dans la cuisine, s'installait à la table du petit déjeuner et la regardait faire en sirotant son chocolat chaud à la paille. Lucy finissait généralement par émerger, cheveux roux non plus en bataille mais carrément en conflit intergalactique. Elle passait subrepticement par la cuisine, embrassant femme et enfant avant de repartir avec une tasse de café bien fumant pour se plonger dans un nouveau livre sur l’utilisation des plantes dans la médecine ayurvédique. Ce moment dans la cuisine, c’était leur moment à eux deux.
La jeune femme jetait toujours un regard en arrière pour observer ce petit garçon, avec ses grands yeux verts, sa tasse cracheuse de feu, sa peluche dragon dont les ailes s’agitaient doucement et son pyjama assorti. Sa graine de tendresse.
Et cette grande blonde décontractée, un brin effrontée, avec ses grands yeux verts, qui remplaçait sa femme d’ordinaire si stricte et contrôlée. Son amour défendu.
Une photo mentale qu’elle rangeait dans le tiroir des souvenirs classés précieux dans son esprit. Le dimanche était son jour préféré.
Dans la cuisine, le bruit régulier du couteau japonais sur la planche à découper accompagnait les airs de jazz ou de swing. C’était selon l’humeur de la cheffe. Ernest, lui, se laissait bercer par les mouvements et la musique. Par les odeurs aussi. Car le dimanche avait aussi ses effluves particulières. Celle des petits oignons qui rissolaient dans la poêle, des émincés de bœuf légèrement grillés. Celle des haricots rouges qui mijotaient dans le wok depuis la veille baignés dans le jus des tomates concassées, de poivrons et de piment.
Le dimanche, c’était le jour du Chili maison. Le Chili d’Eli. Con Carne. Le plat préféré d’Ernest. Le meilleur du monde si vous demandiez l’avis de ce petit bonhomme de cinq ans. Et pour la paix des ménages mais aussi parce qu’il était excellent, Lucy acceptait de manger de la viande. “Exceptionnellement”.
Exceptionnellement, tous les dimanches.
Perché sur un petit tabouret, le petit brun était passé commis. Devant l’évier, Ernest jouait à faire la vaisselle. Et il prenait très au sérieux son rôle de plongeur. Face à lui, juché sur l’égouttoir, Monsieur Lopa-Loeil, son dragon assurait la fonction d’inspecteur des travaux finis. Et parfois, Ernest devait recommencer. C’est que son dragon était un maniaque de la propreté.
Dans le salon, la platine se mit à ronronner sur la fin du disque. Le vinyle crachota quelques craquement avant d’émettre un grésillement continu, signe qu’il était arrivé au bout de la piste. Eli quitta la cuisine un instant. Juste le temps de faire l’aller-retour. Juste le temps de changer de face. Un instant si court. Mais assez long pour permettre à Ernest de se retourner. Assez long pour que les émanations du plat viennent chatouiller ses petites narines. Assez long pour allumer le feu de sa curiosité. Et attiser sa gourmandise.
Quand la sorcière revint dans la cuisine, elle découvrit son garçon penché en équilibre précaire sur son tabouret, armée d’une cuillère en bois et tentant d’atteindre le haut de la grande casserole wok brûlante qui menaçait sérieusement de basculer. Elianor avait d'excellents réflexes et une carrière de tireur d’élite derrière elle. Probablement aussi que dans des moments pareils, l’instinct de survie d’une mère prenait le dessus. Elle n’avait eu besoin que d’une fraction de seconde pour saisir le poignet du garçon. Une fraction de seconde pour laisser échapper un cri. Net. Inhabituel. “NON !”
S'ensuivit un micro-silence. Comme si même les casseroles avaient cessé de frémir. Le corps d’Ernest s’était figé. En suspens au bout de la main de sa mère. Au bout d’une poigne qu’il ne lui connaissait pas. Et le temps aussi s’était suspendu, paraissant se tendre comme un élastique. Tout comme sa peur. Jusqu’à ce qu’on le lâche, et qu’il claque entre les doigts. Ou qu’il se rompt.
Et comme si la peur se cristallisait, l'enfant eut l'impression qu’elle s’échappait de la paume de sa main. Celle qui était encore suspendue. Celle que sa mère n’avait toujours pas lâché. Conjointement avec les larmes qui commençaient à couler sur ses joues de petit garçon. Comme si une fraîcheur piquante s’écoulait depuis son centre, coulant le long de son avant-bras. Cinglante. Comme le regard de sa mère. Ou du moins, c’était comme ça qu’il avait interprété le reflet de sa propre émotion. Car ce n’était autre que la panique qui avait provoqué les cris. Et les pleurs.
Elianor repris pied. Et relâcha le poignet d’Ernest aussi rapidement qu’elle l’avait saisit. Avec tous les efforts du monde, elle tenta de calmer sa respiration, de chasser ses propres démons et passa sa main chaude contre la nuque du petit brun et l’attira contre elle. Pour le rassurer. Et elle autant que lui.
Lucy n’avait pas tardé à rejoindre la cuisine, alertée par une puissance de décibels inégalée dans ce foyer. Eli et elle échangèrent un regard. Ernest avait toujours eu du mal à croire que ses deux mamans n’étaient pas des magiciennes car elles avaient une capacité extraordinaire pour communiquer sans les mots, juste par la force des regards. La rouquine se contenta de les rejoindre, les enveloppant tous les deux dans son étreinte. Ils auraient tous les deux besoin d’être consolés, à un moment ou à un autre.
Serrés contre ses deux mamans, la respiration du garçon était peu à peu redescendue tout comme ses émotions. On avait rassuré. On avait expliqué sans dramatiser. Et détourné l’attention en lui proposant de laisser toutes ses figurines de dragons s’animer dans le salon le temps qu’Eli termine le repas. Et alors que le calme était revenu, la Maman du dimanche posa son regard sur le pot de basilic fraîchement acheté qui trônait sur le plan de travail. Ou plutôt qui avait trôné. Les doigts de la blonde effleurèrent les feuilles complètement flétries de la pauvre plante aromatique.
Il y a des jours qui paraissent anodins. Tout à fait normaux. Presque banals.
Et ce jour banal, la Maman du dimanche était devenue la Maman du petit sorcier.
____________________
LES PLANTES COMME THERMOSTAT DE SES HUMEURS
Chez les Stevens, les plantes écoutent.
C’est Lucy, sa mère qui le disait : “Il faut leur parler, elles savent entendre.” Et si elle le disait, c’est que c’était probablement vrai.
Avec Ernest, cette philosophie était devenue littérale.
Très tôt, sa magie avait trouvé dans la flore un langage simple.
Lorsque son enthousiasme débordait, les tiges se retendaient, une jeune pousse pointait parfois sans prévenir.
Lorsqu’il faisait face à une contrariété, certaines corolles se refermaient, une feuille se piquait de brun, une plante se flétrissait d’un seul coup avant de reprendre une fois le chagrin passé.
Malgré l’eau mesurée, la lumière dosée, les rempotages attentifs et toute l’expertise dont était capable une doctorante en botanique, les plantes finissaient toujours pas exprimer ce que ressentait le petit garçon. Par traduire ce que l’enfant ne disait pas encore.
Chacune d’entre elles était devenue le thermostat de ses humeurs. Comme un baromètre végétal branché sur son flux magique. Elles écoutaient et ressentaient. Et à travers elles, toute la maisonnée comprenait quand une étincelle se préparait.
Ou quand il fallait simplement poser une main douce au creux de la nuque d’Ernest.
____________________
1530
4ème année RP 50-51 - P&O / 15 ans
- PRÉSENCE RÉDUITE -
- PRÉSENCE RÉDUITE -
Histoires de garçons
La première écaille de magie. - Octobre 2046, Tokavaig.
Je m'ennuie.
C'est la première fois que je me retrouve vraiment tout seul à la maison. Enfin, pas vraiment tout seul, il y a toujours un adulte pas loin. Aujourd'hui, c'est tante Suzann qui est là, mais comme toujours, je n'ai pas le droit de la déranger.
Enfin, c'est compliqué de ne pas le faire, parce que TOUT la dérange.
Soria n'est pas là, c'est elle qui me manque le plus. C'est sa première année à l'école de magie, et moi, je dois attendre encore trois ans qu'on m'a dit.
C'est pas juste.
Et trois ans, c'est beaucoup trop long. La vérité, c'est que Soria et Gabriel s'amusent sans moi, et moi, je suis puni à la maison.
Je me promène dans cette dernière en traînant Mister Lizard avec moi. Je raconte tout à ma peluche. Un jour, j'aurai un vrai lézard à moi, il s'appellera aussi Mister Lizard, et lui il me répondra.
Mon précepteur est parti, fini les leçons pour aujourd'hui, et je ne sais pas où se cache tante Suzann. Les Grands sont bizarres. Ils disent souvent qu'ils n'aiment pas travailler, mais ils passent leur journée entière à le faire. Travailler hein, pas râler.
Quoi que... Hywell fait toujours les deux en même temps. Mais une fois, il m'a dit que c'était seulement parce qu'il aimait le son de sa voix. Moi aussi, j'aime bien la sienne, et j'aime bien la mienne aussi même si je l'entends plus résonner dans ma tête que dans mes oreilles.
Tiens... en parlant de son. Je fais demi-tour rapidement, faisant voler Mister Lizard au bout de mon bras. Tante Suzann ne veut pas que je coure dans la maison, mais comme elle n'est pas là... j'en profite !
J'arrive très vite dans ma chambre. J'ai reçu un nouveau vinyle cet été, que j'aime beaucoup. Je l'écoute en boucle depuis. J'avais oublié de l'éteindre d'ailleurs tout à l'heure, avant d'aller étudier avec le précepteur.
Mais, mon gramophone n'est plus là, à sa place, par terre sur le tapis moelleux. Je pose ma peluche et cherche partout, derrière et sous mon lit, sous et dans mon armoire aussi, et même sous le tapis.
C'est quand je commence à lever la tête que je le vois. Posé sur une étagère où seul un Géant peut l'attraper. Ou un Grand peut-être.
C'est certain que c'est tante Suzann qui l'a mit là quand je suis parti. Parce que pour elle, tout doit être parfaitement rangé tout le temps, partout. Mais à quoi ça sert que ce soit rangé, si on ne peut pas l'utiliser ?
J'essaie de me mettre sur la pointe des pieds, de pousser mon coffre dessous pour monter dessus.
Mais rien n'y fait. Je suis toujours trop petit. Tout ce que je peux faire, c'est voir que mon vinyle est toujours installé dessus, ça au moins elle ne l'a pas remis à sa place.
Je me laisse tomber sur le tapis, observant l'objet d'en bas. Il suffirait juste de l'allumer, normalement le son est déjà réglé assez fort pour que je puisse l'entendre.
J'essaie de trouver une solution, une autre que d'attendre que Suzann vienne enfin voir si tout va bien. Une autre que d'attendre que Papa ou Maman arrivent à la maison.
En attendant, le silence s'installe tranquillement autour de moi. Doucement, il prend toute la place. Je ne suis plus vraiment sûr, est-ce que j'entends vraiment ma voix qui tremble, essayant de chanter les paroles de mes chansons préférées, ou bien est-ce seulement dans ma tête ?
Je commence un peu à trembler, et les larmes coulent de mes yeux sans que je n'arrive à les arrêter. Comment on fait pour arrêter d'avoir peur ? Comment on arrête le silence ?
Je regarde mon gramophone, le suppliant en bafouillant de jouer la musique.
Il faut qu'il s'allume, je veux juste qu'il s'allume, par Merlin, quelqu'un...
Soudainement, entre deux sanglots, j'entends une note, puis une autre, et plusieurs qui se mélangent et s'élèvent dans ma chambre. Je relève le nez, l'essuyant avec ma manche, et regarde l'appareil à musique. Le vinyle tourne calmement sur son socle, et diffuse la musique tranquillement. Il s'est mis en route, tout seul.
J'attrape Mister Lizard et le sers fort contre moi.
On dirait que Merlin m'a entendu. Le silence à perdu cette fois encore.
Merci Ernest pour ce magnifique avatar !