I- La saison des ombres
Reducio
Issu de mes propres origines terriennes, d’une famille de chasseurs, mais aussi de mon amour pour les oeuvres de fiction fantasy, et du maître de l’image Hayao Miyazaki… À mes longues et inspirantes nuits d’insomnies.

Septembre 2050
Domaine Fleurdelys
Fife - Terres Écossaises
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« L’aube dans la forêt n’était pas un silence, mais une hostilité faite de craquements, de souffles invisibles et de prédateurs aux yeux luisants. »
Patrick Rothfuss - « Le Nom du Vent »
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Une ombre au tableau
Prologue
L’aube s’ouvrait sur le domaine Fleurdelys, lentement, comme une vieille amie dévoilant ses charmes. Le ciel encore pâle se teintait de nuances blanchâtres, un voile de brume ondulait sur les champs comme une mer silencieuse. Les premiers rayons du soleil peinaient à traverser l’humidité dans l’air, jetant des éclats lumineux sur les gouttelettes de rosée accrochées aux épis de blé.
Tout autour, les terres s’étendaient à perte de vue. Les champs de céréales, alignés en longues rangées régulières, semblaient s’incliner au rythme du vent, dans un danse disciplinée. Plus loin, les pâturages s’ouvraient sur de larges clairières, où paissaient encore quelques vaches moldues confiées aux fermiers. Leurs silhouettes blanches se détachaient dans la brume. Des rangées de haies délimitaient les parcelles, constituant un refuge aux oiseaux matinaux qui lançaient leurs petits cris aigus dans le silence du matin. À l’horizon, des bois sombres encadraient les terres comme une muraille, marquant ainsi la frontière du domaine magique.
Angel avançait lentement, drapé dans sa cape de laine sombre qui effleurait l’herbe mouillée. Ses bottes s’enfonçaient légèrement dans la terre, encore imprégnée de pluie. Il respirait à pleins poumons l’odeur de l’humus, des céréales humides, et le parfum de fumée qui s’élevaient de quelques cheminées lointaines dans un hameau moldu.
Il aimait ce moment plus que tout. Depuis son enfance, ces promenades matinales faisaient partie de lui. Son père l’y avait initié, lui répétant inlassablement : « Observe, Angel. Le domaine parle à qui sait écouter. » Depuis près de vingt ans, il s’était fait un devoir de marcher sur ses terres au lever du jour. Non pas seulement comme un héritier, mais comme un gardien.
Car ce n’était pas qu’une propriété familiale. C’était une mémoire vivante. Elle était composée des terres agricoles sur des dizaines et des dizaines d’hectares, sous-traitées et confiées aux mains de nombreuses coopératives de fermiers moldus, avec leurs charrues, leurs machines, leurs troupeaux. Et en son cœur, le domaine enchanté des Fleurdelys, invisible aux yeux moldus, où vivaient des créatures que seuls les sorciers connaissaient. Angel veillait sur les deux, conscient de tenir dans ses mains un héritage qui plongeait ses racines jusqu’au XIe siècle.
Reducio

En longeant la lisière d’un champ, il s’arrêta net. Dans la boue détrempée, d’énormes empreintes s’imprimaient, larges et profondes comme de gigantesques chaudrons. Il s’agenouilla, ses doigts effleurant le contour d’une de ces marques. Pas d’erreur possible.
Un troll avait traversé ses terres.
Angel se redressa lentement. Son regard balaya l’horizon. Devant lui, les empreintes s’enfonçaient vers la forêt ancestrale, un bois dense de chênes et de hêtres dont les troncs millénaires formaient des colonnes protectrices. Entre les arbres, on devinait des clairières d’où s’échappait parfois un souffle argenté : Les Veaudelunes y trouvaient refuge, fragiles et lumineux.
La piste était claire. Il leva sa baguette :
- Homenum Revelio !
Une vague discrète parcourut l’air : Aucun humain à proximité, pas de braconnier, pas de moldu égaré, mais seulement la trace brute d’une créature.
Angel resserra la cordelette de sa cape, et avança. Derrière lui, les champs cultivés s’étendaient encore, mais à mesure qu’il approchait de la forêt, le paysage changeait. Les haies s’épaississaient, l’herbe haute se faisait plus abondante. Les buissons portaient encore les traces de passages sauvages : Branches cassées, feuilles froissées, herbes écrasées. L’air était chargé d’odeurs de mousse humide, et de sève arrachée.
Un battement d’ailes le fit lever la tête. Des Jobarbilles, effrayés, s’envolaient de leur nid de brindilles enchantées, en criant leur angoisse à tue-tête. Leurs plumes argentées scintillaient dans l’aube naissante.
Angel leva sa baguette et murmura :
- Quietus !
Le sort se répandit comme une caresse. Les oiseaux se calmèrent, se blottissant à nouveau dans leur nid. Angel leur adressa un signe de tête. Leur agitation confirmait ce qu’il craignait intèrieurement.
Le sous-bois s’assombrissait à mesure qu’Angel s’enfonçait dans la forêt. C’était le mois de septembre, et l’air avait cette fraîcheur de fin d’été : Assez doux pour faire couler une discrète sueur sur le front, mais traversé de courants froids qui faisaient frissonner la peau dès l’on quittait le soleil. L’humidité nocturne semblait accrochée aux feuilles, et glissait le long des fougères. Par endroits, des effluves âcres, presque suffocantes de terre mouillée et de champignons écrasés, montaient du sol.
Un silence étrange régnait. Plus aucun oiseau ne chantait. Même le vent semblait retenir son souffle, comme si la forêt attendait quelque chose. Les seules notes audibles étaient le froissement de la cape d’Angel, et le craquement de ses bottes sur le tapis de feuilles mortes.
Puis la clairière s’ouvrit soudain devant lui. Une scène de désastre : Un arbre colossal, un chêne peut-être vieux de cinq siècles, gisait arraché, ses racines vers le ciel telles des griffes noires recouvertes de boue. Le tronc brisé suintait d’une odeur de sève fraîche, forte et amère, mêlée à celle de la terre retournée. Angel s’approcha, le cœur battant plus vite. Seule une force brutale, démesurée, pouvait causer un tel ravage.
- Pas un jeune troll…
Ses doigts s’ètaient soudainement crispés sur le manche de sa baguette. Un craquement sec éclata derrière lui. Puis un souffle lourd, accompagné d’une odeur sauvage, âcre, saturée de musc et de poussière. Angel se retourna brusquement.
Un sanglier géant surgit des fourrés.
La bête était monstrueuse : Haute comme un cheval, large comme un rocher, son corps musclé se terminait par une crinière noire le long de son échine. Ses yeux, petits et rouges, luisaient d’une rage aveugle, et chaque expiration s’échappait de ses naseaux, relachant dans l’air frais une vapeur chaude. Ses défenses, recourbées et longues comme des sabres, brillaient d’un éclat sinistre, maculées de boue et de sang séchés, sans doute celui d’un animal malchanceux croisé plus tôt.
Le sol trembla lorsqu’il posa ses sabots massifs, en griffant la terre de la clairière. Angel sentit le froid remonter le long de sa nuque, une sueur glaciale se formant dans son dos. Ce n’était pas un simple obstacle. Cet animal était une sentinelle enragée, hors de contrôle, contrariée des dommages causés par le troll sur son territoire. Un souffle rauque, rugissement étouffé, secoua ses nausaux.
La bête chargea.
La vitesse fut foudroyante. Le sol vibra, les feuilles mortes s’élevèrent tel nuage autour de ses sabots. Angel n’eut qu’une seconde pour se jeter sur le côté, roulant dans la boue humide. Le passage du monstre souleva une bourrasque d’air puante. Une défense éclata l’écorce d’un arbre voisin en mille de copeaux.
Le cœur battant, Angel se redressa, la baguette déjà levée :
- Expulso !
Un jet de lumière explosa dans l’air, puis frappa le flanc du sanglier. La détonation projeta la bête en arrière dans un rugissement de douleur, en soulevant un nuage de terre et de feuilles. Mais elle se releva presque aussitôt, haletante, la bave au bord des lèvres, le regard plus fou encore.
Angel sentit une peur glaciale se resserrer en lui. L’animal fonçait droit sur lui, plus rapide qu’il n’aurait dû l’être pour sa taille. Chaque seconde accentuait le bruit des sabots, comme des tambours sur un champs de guerre.
Il attendit la main ferme, malgré un vertige, et le souffle court. Le sanglier n’était plus qu’à quelques mètres, ses défenses prêtes à l’embrocher. Angel leva sa baguette au dernier instant, sa voix claquant comme un éclair.
- Petrificus Totalus !
La lumière blanche fusa et enveloppa la créature. Le temps sembla suspendu : Le sanglier fut figé en plein bond, ses sabots à quelques centimètres du sol, ses yeux encore injectés de rage, son souffle arrêté net dans l’air. L’image avait quelque chose d’effroyable, comme si la mort elle-même s’était glissée dans tout son être. Angel resta un moment immobile, respirant fort, formant des nuages blancs dans l’air frais. Le silence revint, pesant, presque oppressant. Sa main se posa doucement sur le flanc rigide de la bête.
- Tu n’es qu’une victime…
Rien de bon ne se profilait pour la suite.
Reducio
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- Nom et prénom des PNJ : Angel Fleurdelys (père de Gabryel) → PNJ actifs
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- Intérêt de ce RP pour votre PJ : Le Rp raconte le quotidien du père de Gabryel Fleurdelys, qui sera la futur héritier de ce domaine.
Dernière modification par Gabryel Fleurdelys le 29 mai 2026, 16:33, modifié 3 fois.
Gabryel Fleurdelys
Sorcier diplômé
Médiateur PFR
I- La saison des ombres
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« Une rivière d’eau noire qu’il ne faut pas toucher :
qui y boit s’endort. »
J.R.R. Tolkien - « Le Hobbit »
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La rivière noire
Angel resta un long moment face au sanglier figé, la baguette encore tremblante dans sa main. La créature, suspendue dans son élan, paraissait prisonnière. Pourtant, ses yeux rouges, pleins de rage, semblaient toujours le guetter, immobiles et menaçants. Angel approcha une dernière fois sa paume du flanc de l’animal. Il murmura :
- Pardonne-moi.
Il savait que le sortilège ne durerait pas. Déjà, un soubresaut parcourait le corps de la bête, comme si la magie commençait à céder. Dans quelques instants, elle retrouverait sa liberté, furieuse, et plus dangereuse encore. Angel recula, resserra une nouvelle fois sa cape autour de ses épaules, puis s’éloigna entre les troncs sans un bruit. Il ne se retourna pas. Le craquement d’une branche, loin derrière lui, lui indiqua seulement que le Petrificus Totalus s’était éteint. Le sanglier était de nouveau en vie.
Le sorcier accéléra le pas. La piste du troll, elle, ne l’attendrait pas. Il marchait encore, le cœur battant, lorsque le sous-bois s’éclaircit pour s’ouvrir sur un ruisseau. Il connaissait ce cours d’eau depuis l’enfance : Il serpentait entre les pierres moussues, et reflétait d’ordinaire le ciel et les nuages comme sur un sur miroir. Mais ce matin, la rivière était méconnaissable.
L’eau, gonflée par les récentes pluies, abondait telles de lourdes vagues. Elle n’avait plus la transparence cristalline des jours paisibles, lorsque son fils et lui venaient y pêcher. L’étendue était souillée d’une teinte trouble, verdâtre et brunâtre par endroits, comme si le sol boueux y avait vomi ses entrailles. Le courant charriait des branches brisées, des restes de fougères arrachées et, plus sinistre encore, une odeur âcre, qui lui serra la gorge : Celle du sang.
Angel s’agenouilla au bord de l’eau. Le tissu de sa cape absorba un peu l’épaisse couche de gadoue sur le bord de la rive. Il plongea la main dans le courant. La fraîcheur glaciale lui mordit la peau. Lorsqu’il la ressortit, ses doigts étaient tachés de particules rouges presque invisibles. Il releva les yeux. La berge portait les traces d’un passage violent : Des touffes d’herbe arrachées, de la boue piétinée, des pierres déplacées par un poids gargantuesque. Mais ce n’était pas tout. De légères formes, presque irréelles, attirèrent son regard.
Des plumes argentées.
L’Écossais s’approcha, la respiration suspendue. Trois plumes de Veaudelune gisaient dans la boue, maculées de taches sombres. Il en ramassa une entre ses doigts. Son éclat pâle vibra légèrement à la lumière, comme un reste de magie à l’agonie. Un frisson remonta le long de son bras.
- Non…
Les Veaudelunes, créatures timides, ne s’approchaient jamais de la rivière sans raison. S’ils avaient été chassés jusqu’ici, puis blessés, c’était que quelque chose de plus terrible encore avait troublé leur espace de vie. Angel laissa échapper un souffle tremblotant. Le troll était bien passé là, les lourdes empreintes enfoncées dans la boue en témoignaient. Mais ce n’était pas seulement sa force qui avait bouleversé l’équilibre. Tout l’écosystème semblait atteint : Les oiseaux s’étaient tus, et même l’eau de la rivière avait été souillée par cette intrusion brutale.
Il releva la tête. Ses yeux parcoururent ce qui lui sembla des ombres mouvantes de la forêt. L’air semblait plus lourd, chargé d’électricité silencieuse, comme avant l’éclatement d’un orage. Ses doigts se crispèrent autour de sa baguette. Ce n’était plus seulement un troll égaré. C’était autre chose. Quelque chose qui contaminait les lieux, qui imprégnait la terre, l’eau, et les êtres vivants.
Un bruit sourd, profond, résonna soudain dans la forêt. Pas un pas de troll. C’était plus grave encore, comme un grondement venu des entrailles de la terre. Angel se redressa d’un bond, la plume de Veaudelune serrée dans son poing.
La rivière, désormais, n’était plus qu’un miroir brisé du désordre à venir.
Gabryel Fleurdelys
Sorcier diplômé
Médiateur PFR
I- La saison des ombres
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« Il y avait une chanson dans cette forêt, mais une chanson sauvage, qui murmurait folie, déchirure et rage. »
Naomi Novik - « Déracinée »
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L’appel des racines
Angel serra sa baguette. La flamme pâle de son Lumos trembla. La lumière révélait des éclats d’humidité sur l’écorce. De la buée s’échappait des lèvres du châtelain, dans le froid naissant. Il zigzagua parmi les toiles d’araignées tendues entre les branches. Chacun de ses pas brisait des branches mortes, dont les craquements résonnaient lugubrement dans le silence pesant.
Une odeur âcre de mousse pourrissante saturait l’air. À mesure qu’il avançait, Angel eut la sensation d’entrer dans une cathédrale de bois, où chaque arbre était une colonne, et chaque fougère un vitrail. Un épais tapis de racines entremêlées frémissait sous ses bottes. La respiration oppressante d’un corps vivant souffla à l’oreille du sorcier, composée par les multiples couches d’anciens enchantements de défense et de protection du domaine, gravés depuis des siècles dans les bois par ses ancêtres. Ce n’était plus le paisibe sanctuaire habité par de mystèrieux esprits, sur lequel fantasmait Angel enfant. Ces magies dormantes réagissaient au passage du troll, comme un organisme blessé et gémissant.
Sous ses pieds, le sol vibra, d’abord comme une caresse, puis plus clairement, en pulsations régulières. Fleurdelys sentit ce battement remonter le long de ses jambes, gagner sa poitrine, puis battre avec son propre cœur. L’espace d’un instant, il ne sut plus si c’était lui qui respirait, ou la forêt qui respirait en lui. Un frisson glacial parcourut sa nuque. La lumière de sa baguette sembla perdre de son intensité, avalée par une obscurité plus épaisse qu’une simple nuit. Les troncs se rapprochaient. Leurs écorces craquaient dans une plainte sourde. Une rumeur sembla flotter dans l’air. Angel inspira profondément. Un parfum rence de terre mouillée et de sang séché s’insinua dans ses poumons. Submergé par un malaise grandissant, il continua pourtant d’avancer, attiré malgré lui.
Un craquement plus profond se fit entendre. Sous sa botte, la terre céda. Le sol se liquéfia soudain, et Angel sentit sa jambe s’enfoncer jusqu’au genou dans une boue noire, lourde et vivante. Il voulut se dégager, mais le mouvement précipita sa chute : La glaise l’engloutissait, aspirant chaque effort comme une bête affamée. La panique monta. Plus il bougeait, plus la boue se refermait sur lui, collante et froide, jusqu’à atteindre sa taille. Un instant, il crut entendre la forêt rire, comme un souffle moqueur dans le bruissement des feuilles.
Angel planta sa baguette dans le sol spongieux. La lumière du Lumos vacilla, se reflétant sur les nappes d’eau sombre. Il tendit la main, pour chercher un appui. Ses doigts rencontrèrent une racine, lisse et glissante. Il s’y agrippa de toutes ses forces. Le bois vibrait sous ses doigts, palpitant comme un artère vivante. En tirant, il sentit la boue relâcher lentement son emprise dans un bruit écœurant. Ses bras tremblaient au rythme de son souffle rauque. Le goût de la terre lui brûlait la gorge. Enfin, il roula sur le côté le long de la racine contre laquelle il s’était hissé. L’homme était couvert de vase semblant luire d’un éclat verdâtre, un vestige de magie ancienne.
La forêt demeurait silencieuse. Le sorcier avait traversé son épreuve. Il se releva lentement. Ses bottes dégorgeaient encore une boue sombre. Les battements du sol s’étaient apaisés, comme si le domaine avait reconnu son sang. Derrière lui, le trou gluant s’était refermé, en ne laissant aucune trace de sa lutte. Angel inspira pour repousser son angoisse. Ses doigts crispés sur sa baguette se blanchissaient sous l’effort. Ce n’étaient pas des esprits incarnés, il le savait maintenant, mais les anciens enchantements du domaine, gravés depuis des siècles par ses ancêtres, qui lui murmuraient à ses oreilles. Ces magies dormantes réagissaient au passage du troll.
Angel comprit alors : La forêt le prévenait, non pas avec des mots, mais avec des frissons. Ses pas étaient lourds, ses sens en alerte. Chaque bruissement d’air semblait lui susurrer : « Ne va pas plus loin ». Il s’arrêta, le cœur battant. Autour de lui, les troncs se resserraient en étouffant le moindre souffle de vent. La pâle flamme de son Lumos vibra, projetant des ombres démesurées sur les racines comme si des mains géantes tentaient de saisir ses chevilles. Une peur glacée lui colla à la peau. La voix fantasmagorique du domaine s’intensifia, dans un forme d’avertissement. Au-delà de la peur, Angel perçut autre chose, une vibration étrangère. C’était le passage du troll qui avait réveillé ces forces endormies, perturbé l’équilibre fragile entre la mémoire des Fleurdelys, et l’écho vivant de la forêt.
Angel serra les dents. S’il reculait, il abandonnait le domaine. S’il avançait, il devrait affronter la créature. Dans ce silence vibrant, la forêt ne cessait de l’avertir, cherchant à guider ses pas vers une vérité qu’il n’était pas encore prêt à entendre.
Gabryel Fleurdelys
Sorcier diplômé
Médiateur PFR
I- La saison des ombres

* Merci @Aliosus Nerrah pour sa sublime illustration.
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« Les profondeurs de la terre gardent les secrets des créatures anciennes. »
J.R.R. Tolkien - « Le Seigneur des anneaux »
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La révélation
Angel reprit sa marche. Chaque pas qu’il faisait dans la pénombre lui donnait la sensation d’avancer vers l’antre d’une dangereuse créature endormie. Ses vêtements étaient encore humides contre sa peau. Il empestait la vase et l’odeur de mousse écrasée. Le vieux sentier avait disparu sous d’épaisses racines qui serpentaient à travers la forêt. Fleurdelys connaissait ces bois presque par cœur. Enfant, il y courait derrière son père qui lui apprenait à reconnaître les traces de Sombrals dans la boue, ou les terriers de Niffleurs. Mais ici, quelque chose avait changé.
L’homme arpenta le chemin jusqu’à un étroit passage rocheux. Deux immenses falaises couvertes de lierre lui firent face. Angel s’était toujours imaginé les mâchoires d’un prédateur géant. Il ralentit, sujet à une sensation désagréable qui lui serra l’estomac. L’air ici était différent. Une puanteur infecte régnait, mélange de chair faisandée et de terre humide. Angel retint sa respiration, puis leva lentement sa baguette.
- Lumos Maxima.
La lumière jaillit intensément, révélant un passage étroit. D’énormes griffures fendaient certaines pierres. Elles semblaient récentes. Un peu plus loin, il perçut des morceaux d’écorces et de feuilles déchiquetées accrochés aux parois. Aucun doute, des arbres entiers avaient été traînés jusque-là. Angel avança avec prudence, jusqu’à s’immobiliser. Au sol, il vit un os immense, à moitié enfoncé dans la boue. Tout autour, des carcasses en miettes gisaient contre les rochers. L’Écossais distingua un cerf éventré, et les corps de deux sangliers presque indemnes, abandonnés sur un lit de mousse ensanglantée. Le cœur d’Angel se serra, mais il continua d’avancer avec prudence.
Le passage déboucha sur une sorte de cuvette rocheuse oubliée par le temps. Les arbres s’y faisaient rares. Beaucoup avaient été arrachés ou brisés. Certains troncs avaient été empilés les uns sur les autres, comme pour former une sorte de barrière, terminée par un amas de pierres. Le troll n’avait pas fait qu’errer, il avait cherché à s’installer, et à sécuriser son habitat.
Un souffle d’air froid traversa le dos d’Angel, une sueur glaciale qui coula le long de sa nuque. Les trolls étaient des créatures brutales, instinctivement violentes. Celui-ci avait choisi un refuge caché au cœur du domaine, comme s’il cherchait à se mettre en sécurité. Angel recula. Un bruit résonna soudain au loin, comme un choc lourd. L’ancien Gryffondor s’immobilisa, les yeux fixés sur les restes d’animaux de cette tanière improvisée. Il demeura un long moment sans bouger, son Lumos encore puissant. Ses pupilles se fixèrent sur de larges traces qu’il n’avait pas encore vues jusqu’alors. Elles racontaient l’histoire d’une fuite.
Angel s’accroupit au sol. Les marques étaient profondes. Le troll semblait avoir glissé à plusieurs endroits. La terre avait été labourée comme si la créature avait changé de direction dans la panique. Le sorcier fronça les sourcils. Un troll adulte pouvait réduire un homme en poussière à mains nues. Peu de choses étaient capables de l’effrayer au point de le faire fuir à la hâte. Pourtant, tout ici respirait la peur. La bête avait tenté de sortir avec précipitation, comme happée par une terreur primitive.
Fleurdelys tenta de reprendre son souffle. Une odeur minérale lui rappela les souterrains oubliés du château de Dunfermline, lorsque son père l’y emmenait enfant avec une lanterne. Un nouveau grondement résonna au loin. Quelque chose d’autre rôdait au loin, d’assez ancien pour faire fuir une créature capable d’affronter des géants. Son regard revint sur les traces de fuite. Le troll avait quitté sa couche, et peut-être même le territoire. Angel sentit un nouveau frisson le long de sa colonne vertébrale. Lentement, il abaissa sa baguette. Pour la première fois depuis son entrée dans la forêt, une pensée plus terrible que celle du troll traversa son esprit. Et si le domaine avait cherché à lui montrer quelque chose ?
Le vent souffla soudain entre les falaises. Angel recula. Il comprit que le troll était certainement loin d’ici maintenant, et qu’il n’y trouverait plus aucune réponse. Ces dernières l’attendaient ailleurs, peut-être dans les archives des histoires oubliées du domaine Fleurdelys ? Le Maître des Terres regagna la lumière avec précaution pour reprendre enfin, en contrebas, la direction du château.
Fin de ce premier chapitre.
À venir le chapitre II :
« Le murmure des ancêtres »
Gabryel Fleurdelys
Sorcier diplômé
Médiateur PFR