24 oct. 2025, 09:15
Origines du bien
Où se situe vraiment la frontière entre nos souvenirs et une vérité que l’on pensait méconnaître ? Pourquoi autrui a sur nous ce pouvoir de nous faire voir ce que nous refusions d’admettre.
Les moitiés de vérité alignées par le doyen de l’Institut Supérieur de Droit Magique, cet homme qui l’avait prise de haut durant leurs longues conversations, elle les avait rejetées. Ce qu’elle venait d’entendre, qui ne comportait que des faits, dans leur sécheresse et leur incomplétude, était d’une limpidité totale. Donc sa sœur avait été empoisonnée… Ivanovna ferait plus tard une analyse bien plus poussée, les lieux ne se prêtant pas à une dissection policière. Elle se concentra sur l’attitude dont elle devait faire preuve. D’abord, remercier. Car elle faisait face à la première personne en trois ans à lui parler franchement. La peine disparaissait au profit d’une gratitude. Immense. Ce n’était pas des larmes qu’il faudrait donner. Pas de sourires non plus. Juste un remerciement. Elle ne voulait en demander davantage. C’eut été indélicat. Se trouvant au vu et au su de toute une société, l’étudiante se doutait qu’il suffirait d’une oreille mal intentionnée pour envenimer l’affaire. Aussi s’approcha-t-elle de cette inconnue si menue et qui pourtant semblait si forte.
- Ma... ma famille vous remercie Madame.
Les mots quelle venait d’entendre résonnaient encore. Empoisonnée. Quelle lâcheté pour un combattant. Jamais elle n’avait apprécié les gens des cachots mais elle voyait là une drôle de fortune.
- Nous avons tous besoin de courage…
… dans la vie aurait-elle ajouté si la volonté de ne pas être mièvre ne l’avait interrompue. Plus rien ne comptait alentour. Sa robe, celle de Circéia. Un mélange de rage et de fatalité naissait en elle. L’envie de faire quelque chose aussi, de donner du sens à ce qui en était dénué. La proximité entre les deux était plus que réelle. Ce qui permit à Ivanovna une dernière parole, prononcée tout bas.
- Merci.
Agir. Une force inattendue l’incita alors à se réfugier dans la cabine d’essayage. Ivanovna aurait tellement eu envie de la serrer fort dans ses bras, comme s’il s’était agi du souvenir de sa sœur, un fantôme réincarné dans un inconnu petit bout de femme . Elle ne prit pas le temps d’essayer sa robe. Ni de contempler celle de sa sœur. Les minutes passèrent, elle se doutait que ce témoin du passé ne serait plus là quand elle se déciderait à sortir enfin. De tout son coeur elle l’espérait mais la raison allait l’emporter. Car la vie est d’une logique implacable, que vous soyez coupable ou innocent.
Les moitiés de vérité alignées par le doyen de l’Institut Supérieur de Droit Magique, cet homme qui l’avait prise de haut durant leurs longues conversations, elle les avait rejetées. Ce qu’elle venait d’entendre, qui ne comportait que des faits, dans leur sécheresse et leur incomplétude, était d’une limpidité totale. Donc sa sœur avait été empoisonnée… Ivanovna ferait plus tard une analyse bien plus poussée, les lieux ne se prêtant pas à une dissection policière. Elle se concentra sur l’attitude dont elle devait faire preuve. D’abord, remercier. Car elle faisait face à la première personne en trois ans à lui parler franchement. La peine disparaissait au profit d’une gratitude. Immense. Ce n’était pas des larmes qu’il faudrait donner. Pas de sourires non plus. Juste un remerciement. Elle ne voulait en demander davantage. C’eut été indélicat. Se trouvant au vu et au su de toute une société, l’étudiante se doutait qu’il suffirait d’une oreille mal intentionnée pour envenimer l’affaire. Aussi s’approcha-t-elle de cette inconnue si menue et qui pourtant semblait si forte.
- Ma... ma famille vous remercie Madame.
Les mots quelle venait d’entendre résonnaient encore. Empoisonnée. Quelle lâcheté pour un combattant. Jamais elle n’avait apprécié les gens des cachots mais elle voyait là une drôle de fortune.
- Nous avons tous besoin de courage…
… dans la vie aurait-elle ajouté si la volonté de ne pas être mièvre ne l’avait interrompue. Plus rien ne comptait alentour. Sa robe, celle de Circéia. Un mélange de rage et de fatalité naissait en elle. L’envie de faire quelque chose aussi, de donner du sens à ce qui en était dénué. La proximité entre les deux était plus que réelle. Ce qui permit à Ivanovna une dernière parole, prononcée tout bas.
- Merci.
Agir. Une force inattendue l’incita alors à se réfugier dans la cabine d’essayage. Ivanovna aurait tellement eu envie de la serrer fort dans ses bras, comme s’il s’était agi du souvenir de sa sœur, un fantôme réincarné dans un inconnu petit bout de femme . Elle ne prit pas le temps d’essayer sa robe. Ni de contempler celle de sa sœur. Les minutes passèrent, elle se doutait que ce témoin du passé ne serait plus là quand elle se déciderait à sortir enfin. De tout son coeur elle l’espérait mais la raison allait l’emporter. Car la vie est d’une logique implacable, que vous soyez coupable ou innocent.
24 oct. 2025, 13:59
Origines du bien
Le regard de Nora se fit aussi solennel que possible, pointant davantage vers le sol. Elle écouta les derniers mots de son interlocutrice, puis la regarda à nouveau. Elle esquissa un faible sourire, pas franc, pas joyeux. Un sourire qui voulait justement dire, "bon courage pour la suite". Ces révélations devaient soulever encore plus de questions que la jeune femme n'en avait à l'origine. Nora lui fit un signe de tête, car il n'y avait plus rien à dire. Elle retourna dans sa cabine se changer. Elle en était vite ressortie, les mains vides : elle n'achèterait rien aujourd'hui. Sa rencontre inattendue du jour lui avait laissé un grand sentiment de nostalgie et de tristesse, et elle n'était pas du genre à se consoler avec du shopping.
Elle retourna au comptoir du magasin pour saluer la vendeuse, qui fit preuve d'un soupçon d'indiscrétion. "À bientôt, Miss Starks" avait-elle dit, sans doute assez fort pour que toute la boutique l'entende. Nora tenait à son anonymat dans cette histoire, ne voulant pas risquer son poste pour cela. Elle n'avait pas la moindre idée si l'inconnue avait entendu, ou si elle avait fait le lien. Peut-être que l'inconnue pourrait demander un prénom à la vendeuse, qui le sortirait de son registre clients. Peut-être qu'en se penchant assez, elle pourrait même le voir d'elle-même s'il était ouvert à la bonne page. Nora ne le saurait certainement pas. Tout ce qu'elle pouvait espérer, c'était de ne pas avoir de souci au travail.
Elle retourna au comptoir du magasin pour saluer la vendeuse, qui fit preuve d'un soupçon d'indiscrétion. "À bientôt, Miss Starks" avait-elle dit, sans doute assez fort pour que toute la boutique l'entende. Nora tenait à son anonymat dans cette histoire, ne voulant pas risquer son poste pour cela. Elle n'avait pas la moindre idée si l'inconnue avait entendu, ou si elle avait fait le lien. Peut-être que l'inconnue pourrait demander un prénom à la vendeuse, qui le sortirait de son registre clients. Peut-être qu'en se penchant assez, elle pourrait même le voir d'elle-même s'il était ouvert à la bonne page. Nora ne le saurait certainement pas. Tout ce qu'elle pouvait espérer, c'était de ne pas avoir de souci au travail.
Dernier post pour moi, merci pour cette rencontre !
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25 oct. 2025, 15:54
Origines du bien
-….Miss Starks…
Cette voix qui l’agaçait quelques minutes plus tôt venait de la sauver. Ainsi cette femme portait le nom de Starks. Dans un lointain passé elle avait dû avoir des responsabilités à Poudlard, ce nom ne lui était pas totalement inconnu. Mais elle se fichait de ce qu’elle avait pu être hier, une seule chose comptait. Ivanovna pourrait le temps venu la recontacter, même pour un hibou sans réponse la jeune écossaise avait le moyen de faire un geste. Ou envoyer… une robe à ses mensurations. L’idée pour le moins saugrenue la fit rire et quitter un état de sidération n’ayant que trop duré.
Elle prit une longue inspiration, décida qu’il fallait quand même essayer cette robe, après tout elle était venue pour. Quant à celle de Circéia… elle lui serait trop petite, Ivanvona décida de la garder en souvenir de ce jour qui s’annonçait, elle le sentait, comme un grand jour dans sa vie.
Entre le malheur de découvrir une mort pour le moins évitable et l'apaisement de ne plus être dans une confusion sur la question, elle savourait une sorte de délivrance. « Je dois faire quelque chose pour elle », se dit-elle. Cette question allait la hanter de longues semaines, elle se connaissait. Mais Ivanovna, en sortant de la cabine, fit un constat surprenant. En altitude oui, elle y était, l’ivresse d’un sommet intime. Mais elle n’avait plus le vertige, son regard dominait le monde avec une acuité renforcée.
- Je vous remercie Madame, ce magasin est le plus beau de Grande-Bretagne…
Elle demanda une livraison, bleue à Newhaven, verte à Wick. Le magasin lui en fit cadeau, sans doute heureux de se délester d’une robe entreposée depuis trop longtemps dans l’arrière boutique. Au regard du prix de l’ensemble, Ivanovna estimait le geste avisé… Plus tard, quand elle se regarda dans la glace avec sa robe flambant neuve, elle eut une pensée pour les deux femmes qui avaient peuplé cette journée. Une sœur qui n’était plus. Et l’incarnation du bien.
Ainsi, le 9 Octobre 2049, Ivanovna Alekhina entra-t-elle dans sa nouvelle vie. Seuls ceux ayant lu ces lignes sont au courant.
Cette voix qui l’agaçait quelques minutes plus tôt venait de la sauver. Ainsi cette femme portait le nom de Starks. Dans un lointain passé elle avait dû avoir des responsabilités à Poudlard, ce nom ne lui était pas totalement inconnu. Mais elle se fichait de ce qu’elle avait pu être hier, une seule chose comptait. Ivanovna pourrait le temps venu la recontacter, même pour un hibou sans réponse la jeune écossaise avait le moyen de faire un geste. Ou envoyer… une robe à ses mensurations. L’idée pour le moins saugrenue la fit rire et quitter un état de sidération n’ayant que trop duré.
Elle prit une longue inspiration, décida qu’il fallait quand même essayer cette robe, après tout elle était venue pour. Quant à celle de Circéia… elle lui serait trop petite, Ivanvona décida de la garder en souvenir de ce jour qui s’annonçait, elle le sentait, comme un grand jour dans sa vie.
Entre le malheur de découvrir une mort pour le moins évitable et l'apaisement de ne plus être dans une confusion sur la question, elle savourait une sorte de délivrance. « Je dois faire quelque chose pour elle », se dit-elle. Cette question allait la hanter de longues semaines, elle se connaissait. Mais Ivanovna, en sortant de la cabine, fit un constat surprenant. En altitude oui, elle y était, l’ivresse d’un sommet intime. Mais elle n’avait plus le vertige, son regard dominait le monde avec une acuité renforcée.
- Je vous remercie Madame, ce magasin est le plus beau de Grande-Bretagne…
Elle demanda une livraison, bleue à Newhaven, verte à Wick. Le magasin lui en fit cadeau, sans doute heureux de se délester d’une robe entreposée depuis trop longtemps dans l’arrière boutique. Au regard du prix de l’ensemble, Ivanovna estimait le geste avisé… Plus tard, quand elle se regarda dans la glace avec sa robe flambant neuve, elle eut une pensée pour les deux femmes qui avaient peuplé cette journée. Une sœur qui n’était plus. Et l’incarnation du bien.
Reducio
Finite RPgiem.
Ainsi, le 9 Octobre 2049, Ivanovna Alekhina entra-t-elle dans sa nouvelle vie. Seuls ceux ayant lu ces lignes sont au courant.