salle sensorielle OS Trop tard, t'arrives bien trop tard

MARDI 11 OCTOBRE 2050
QUATRIEME ANNEE
SALLE SENSORIELLE
DE : 11H00 A 12H00

Et puis quoi encore ? Tirer un trait sur le passé, laisser la stèle d'Aydan retourner à l'état sauvage sans jamais plus y retourner ? Ne plus jamais y passer, ne plus jamais la nettoyer, passer ses doigts sur les mots gravés en doré dans le marbre blanc, d'une écriture familière et soignée. Ne plus jamais disposer de fleurs arrangée par ses soins, ne plus jamais s'agenouiller face à cette pierre froide et stoïque, dressée vers le ciel et dernier vestige d'un Etre qu'elle regrettait de ne pas avoir assez chéri. Non, non, non. Laisser un visage disparaitre des mémoires, oublier un Etre qui avait existé et fait la joie de tant, enterrer le souvenir après avoir enterré le corps. Non, impossible.

Parce qu'Aydan n'était pas juste un prénom, pas juste un souvenir. Il était une voix, une odeur, un rire, une présence. Il était ce garçon aux cheveux sombres et aux yeux bleu-vert, à la peau claire et aux mèches emmêlées. Il était cet élève qu'avaient connus les professeurs, ce camarade qu'avaient côtoyés certains élèves, cet ami qui avait été aimé de beaucoup. Cette absence qui avait affectée plus d'un coeur, qui avait peinée plus d'une âme. Il était un fils, un neveu, un filleul, un cousin, un frère. Il était cet Etre qu'Etoile avait perdu tôt, tellement trop tôt. Il l'avait bercée, nourrie, protégée, réconfortée, éduquée, rassurée. Pendant des années il avait été son modèle, le point d'ancrage de sa vie, son repère de petite fille effrayée par le grand monde. Son grand frère.
Il lui avait appris à nouer ses lacets, à manger sa soupe sans râler, à grimper aux arbres, à faire du skate, à tenir tête aux méchants, à réussir les contrôles de mathématiques, à s'améliorer en gaélique, à gagner à cache-cache. Il lui avait tenu la main quand elle pleurait, quand elle riait, quand elle avait peur, quand elle était malade, quand elle était au comble du bonheur. Il était ce visage qu'elle pouvait reconstituer les yeux fermés, cette voix qu'elle entendait encore par quelques illusions, cette odeur familière qu'elle connaissait, cette présence qui ne la quittait jamais.

Aydan avait vécu sur cette terre, il avait fait parti d'une famille, il était allé à l'école. Puis un jour il lui avait été arraché. Et maintenant, maintenant qu'un Traitre arrivait dans la famille ses parents attendaient d'elle qu'elle oublie tout. Qu'elle tourne la page. Non, mieux, ils attendaient d'elle qu'elle brûle la page, le chapitre s'il fallait, voire même le livre entier ! Dans leur immense égoïsme ils leur demandaient d'oublier, d'effacer sa mémoire. De remettre à jour sa conscience, comme ils l'avaient eux même faits. Ils s'attendaient à ce qu'elle leur obéisse aveuglément, à ce qu'elle sacrifie la mémoire de son frère. Pour eux, parce qu'elle était leur fille, parce que maintenant elle était leur aînée, parce qu'ils avaient toujours compté sur elle. De quel droit se permettaient-ils de la maltraiter ainsi, qui leur avait permis de la blesser aussi impunément ? Juste parce qu'elle était leur enfant ne voulait pas dire qu'ils avaient tous les droits sur elle, juste parce qu'ils étaient ses géniteurs n'étaient pas synonyme de pleine puissance, Stella refusait de le croire.

Dans un monde différent, elle aurait quitté Londres pour vivre avec Helen et Allison, loin de cette ville de cauchemar, loin des vestiges de sa première vie. Dans un univers différent, elle n'aurait pas désobéie aux parents ce soir-là et elle n'aurait jamais provoqué elle-même la destruction de sa vie.

Dans un monde différent, les dieux auraient été cléments avec moi, souffla-t-elle les yeux clos, allongée en étoile sur la pelouse. Dans une autre vie, peut-être que je ne serais pas une Ruewen...

Peut-être qu'elle aurait été une Hendrick, qu'elle aurait grandis en Irlande et qu'elle aurait été une Autre banale. Peut-être qu'elle aurait été de ces cœurs légers et colorés, de ceux qui jamais n'avaient rencontré la douleur. Surement que, dans un autre univers, dans d'autres circonstances, elle n'aurait été personne. Juste une humaine, un assemblement d'os, de chair, de muscles et de nerfs, juste une fille passionnée et curieuse, une fille qui n'aurait jamais pu s'imaginer ce que c'était que de douter d'elle-même, de sa propre existence. Elle aurait voulu enfiler un masque et changer d'identité, abandonner Stella derrière elle pour devenir un simple Visage, juste deux yeux, un nez, une bouche, une chevelure. Un nom, un prénom, une identité civile, une identité sorcière. Et jamais elle n'aurait reçut de missive de ses parents lui annonçant l'arrivée d'un Imposteur, jamais ses géniteurs n'auraient tenté de la duper et de la manipuler pour faire d'elle leur fille parfaite.
Une fille docile, naïve et détestable. Une fille capable de tirer un trait sur une personne, une fille qui n'aurait pas cillé à l'idée de devoir abandonner un Etre aimé pour accueillir un Traitre, un Faux. Une pâle Copie, un Double pathétique et misérable. Un mensonge éhonté, répugnant.

Rien, il ne sera rien pour moi, laissa échapper Stella entre ses dents serrées, des larmes prêtes à s'échapper de ses yeux. Il ne sera jamais rien d'autre qu'une fraude, un Imposteur et un menteur !

Pourquoi.
Pourquoi ?
Pourquoi !

Pourquoi ?! Rien n'avait de sens, parce que pourquoi torturer sa fille ainsi ? Et surtout comment ? Comment être capable de torturer ainsi sa fille sans avoir le moindre remord ?

Comment.
Comment ?
Comment !

Jamais elle ne comprendrait que ses parents aient pu faire ça, jamais elle ne leur pardonnerait de lui avoir fait ça. Par lettre, ils le lui avaient annoncé par lettre. Et le prénom. La date. Tout était trop parfait pour que la quatrième année ne se demande pas si ses géniteurs n'avaient pas simplement tout orchestré dans le simple objectif de lui nuire. De la briser complètement, de la réduire à néant. Ils voulaient la voir plier le genou devant eux, ils voulaient qu'elle se sente coupable de leur malheur, ils voulaient qu'elle vienne jusqu'à eux en rampant, qu'elle les supplie pour leur pitié, pour leur pardon. Parce qu'il ne pouvait pas avoir d'autre raison à leurs actes insensés, à leurs paroles absurdes et à leur raisonnement cruel. Parce que sinon, Etoile refusait de croire que ses parents étaient humains. Des montres sans cœur et sans la moindre once de compassion, voilà ce qu'ils étaient. Rien d'autre. Deux Etres abjects qui avaient décidé de voler la première vie de leur premier fils pour la donner à un Imposteur ridicule qui ne serait rien d'autre qu'une mauvaise version d'Aydan. Et elle dans tout ça, elle était aussi pathétique qu'eux. Parce qu'elle n'avait rien vu venir, parce qu'ils lui avaient imposé cette arrivée soudaine et brutale, cette trahison indescriptible. Parce qu'elle avait été inutile, incapable de protéger la mémoire de son frère, incapable de devenir ne serait-ce qu'un quart du cinquième de la personne merveilleuse qu'il avait été, parce qu'il devait avoir honte d'elle où qu'il était. « Je suis désolée, tellement, tellement, tellement désolée » murmura-t-elle dans le vide en soulevant les paupières. « Je voulais tellement faire de mon mieux que je n'ai pas vu le pire qui se profilait » Au fil de sa phrase, sa voix se fit plus rauque, ses respirations plus douloureuses, son chagrin plus intense et plus pesant.

Et, enfin, après avoir tant lutté, ses yeux cédèrent le passage à la pluie.

Allongée là, en proie à ses pensées et ses remords, elle pleuvait sur l'herbe. Le regard dans le vide, elle fixait les souvenirs qui défilaient devant ses yeux, tel le court-métrage de ce qu'avaient été ses quatorze années de vie jusqu'ici. En somme, un amas d'échecs et de déceptions.

Ce n'était pas juste, rien de tout cela n'était juste.

Parce que comment est-ce que ses parents pouvaient s'imaginer qu'avoir de nouveau un frère pourrait l'aider à faire quoi que ce soit ? Comment est-ce qu'ils avaient pu songer que l'appeler Ayron serait une bonne idée ? Ce n'était pas possible qu'ils ne voient pas les similarités, qu'ils n'aient pas réfléchis à tout ça, qu'ils ne soient pas les complices du diable. Non, jamais Satan n'aurait osé faire ça, c'était trop — même pour lui, Maitre des Enfers et huitième pêché capital. Que dire, que faire, qui appeler lorsque les traitres se révélaient être ses propres parents ? Comment appeler à l'aide lorsque c'était l'ennemi lui avait donné la vie — non, lorsque c'était l'ennemi lui avait infligé la vie —, qui appeler à l'aide lorsque le monde s'effondrait sous ses pieds, lorsque ses poumons étaient déjà trop pleins de cris de peur, lorsque ses mains s'écorchaient déjà à se retenir au précipice ? Que faire, quand la menace était cachée dans le giron de sa mère ?

Pas juste.

Pas juste.
Pas juste.
Pas juste !

Pourquoi !

« Pourquoi ! »

Pourquoi est-ce que tout allait de travers, pourquoi est-ce que tout lui échappait, lui glissait des mains avec amusement, comme pour la narguer ? Et puis, comment. Comment guérir de tout ça ?

Comment
survivre
à tout
ça
?

15 ans / 5eme Année RP / fiche PR / / #004d65 / RDD / coucou rappeltout
"Am I boring ? Sure. Social skills ? None. But I’m loyal if you feed me and will never leave you cuz, well…. I need the food."