Echanges entre Inconnus, ou l'art d'écrire le Monde
MARDI 04 OCTOBRE 2050
QUATRIEME ANNEE, 14 ANS
QUATRIEME ANNEE, 14 ANS
Tic-tac. Tic-tac. Assise contre le mur d'un couloir de l'école, perdue dans ses pensées, Stella contemplait le plafond depuis déjà un bon moment. Tic-tac. Tic-tac. Bref coup d'oeil à sa montre, soupir fatigué. Ce serait bientôt l'heure d'aller déjeuner. Du moins, c'était ce qu'elle se disait depuis un certain temps. Que bientôt, l'heure afficherait midi et quelques et qu'elle pourrait descendre pour retrouver ses amis. Tic-tac. Tic-tac. Le temps était lent, toujours bien trop lent.
Machinalement, parce que c'était ce qu'elle faisait le mieux lorsque sa lassitude prenait le dessus sur le quotidien, la jeune sorcière ouvrit sa besace et en sortit de quoi écrire. Parchemin, plume, encrier. C'était de toute évidence mieux que n'avoir rien à faire et continuer d'attendre. Alors, avec les gestes de plus en plus méthodiques de celle qui sait ce qu'elle fait et ce qu'elle a en tête, Etoile aplatit le morceau de papier devant elle, ouvrit précautionneusement son encrier et y trempa l'extrémité de sa plume. L'odeur d'encre qui montait jusqu'à ses narines était à elle-seule un réconfort ; le simple contact de sa plume au creux de sa main la rassurait. Quand elle écrivait, Stella sentait que toutes les pièces du puzzle étaient parfaitement réunies, juste bien emboitées.
Doucement, d'abord en hésitant puis en gagnant petit à petit en confiance, la Serdaigle commença à gratter son parchemin. Ce son familier qui résonnait dans le couloir avait une dimension infinie qu'elle n'aurait pu nommer ; voir les mots prendre forme au fil de l'encre qui s'écoulait était un plaisir inégalable. C'était presque comme si son existence entière trouvait son sens véritable.
A l'Inconnu qui lira ces Mots.
C'est étonnant comme le temps passe aussi lentement, n'est-ce pas ? Et puis, pourquoi va-t-il aussi vite ? Je ne comprends plus rien, un battement de cil me transporte à des années lumières de mon présent pourtant une respiration — pour un peu qu'elle soit consciente — semble durer une éternité.
Et le temps que j'écrive ces mots, est-il quantifiable ? Peut-être qu'il devrait l'être, et peut-être surtout qu'il devrait être quantifié en autre chose que des minutes et des secondes. Parce que, pourquoi tout compter par groupe de soixante ? Et en même temps, est-ce qu'une minute serait toujours une minute si elle durait vingt-sept secondes ? Mais alors, je ne me poserais pas toutes ces questions.
E.
Stella marqua une pause, se relut pour découvrir quels Mots avaient eu besoin de suinter de son âme jusque sur la page et sourit. Voilà qui n'avait aucun sens — mais après tout, qu'est-ce qui pouvait bien définir ce qui avait un sens et ce qui n'en avait pas ? C'était comme faire la différence entre la normalité et la bizarreté. C'était assez risible et n'avait pas de vrai sens — enfin, ce qui comptait surtout c'était que ce qu'elle avait écris résonnait forcément avec les pensées de quelqu'un d'autre. N'est-ce pas ? N'importe qui, juste quelqu'un pour lui assurer qu'avoir un cerveau qui tournait à une telle vitesse n'était pas anormal — que c'était juste.....elle. Etoile. E.
Elle jeta un bref regard à la lettre avec laquelle elle avait signé la missive et un sourire effleura ses lèvres. Etoile avait toujours été son double — ou son reflet, une sorte de miroir auquel elle aimait ou non se confronter. *Mais pourquoi ?* s'interrogea en pliant le morceau de parchemin.
Surement parce que c'était plus simple de se contempler en une Autre que s'observer dans la glace. Stella haussa les épaules et glissa son mot dans une fente du mur pour l'Inconnu qui la trouverait, puis elle rangea ses affaires et descendit — c'est que ce devait être l'heure de déjeuner à présent.
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@Hyacinthe Kyros, promesse tenue !
@Hyacinthe Kyros, promesse tenue !
15 ans / 4eme Année RP / fiche PR / / #004d65 / RDD / coucou rappeltout
"Am I boring ? Sure. Social skills ? None. But I’m loyal if you feed me and will never leave you cuz, well…. I need the food."
"Am I boring ? Sure. Social skills ? None. But I’m loyal if you feed me and will never leave you cuz, well…. I need the food."
Echanges entre Inconnus, ou l'art d'écrire le Monde
MARDI 04 OCTOBRE 2050
C'était une belle journée, pour un mois d'octobre. Hyacinthe avait eu un nombre de séances convenable et terminait sa journée sans se sentir particulièrement exténué. Il avait discuté, avec élèves et collègues, et s'était reposé en milieu d'après-midi accompagné de sa fidèle et douce princesse.
C’était une belle journée, vraiment. Et Hyacinthe se surprenait à être de bonne humeur. Comment aurait-il pu en être autrement, alors qu’il exerçait le métier pour lequel il s’était battu si longtemps, dans un lieu pareil ? Son moral en avait été profondément touché - dans le bon sens, pour une fois. Lui qui vivait habituellement à quelques pas de l’abandon sentait quelque chose s’alléger en lui. Ce n’était pas un bonheur éclatant, non, plutôt une absence de pesanteur familière. Moins mal. Simplement moins mal. Il observait cet état avec une prudence instinctive, teintée de cette lucidité qui ne le quittait jamais tout à fait. Peut-être qu’une part de lui aurait dû s’en méfier. Mais pour l’instant, Hyacinthe choisissait d’y voir une victoire. C'était suffisant.
Le petit mot qu'il trouva fut un véritable accident, une situation inhabituelle dans cet interstice du quotidien qu'il connaissait si bien. C'était au moment où le roux quitta le troisième étage qu'il partageait avec quelques collègues pour prendre son dîner dans la Grande Salle, en descendant les escaliers avec un esprit vagabondant ici et là. Ajustant distraitement le col de ses robes, son regard accrocha le pli irrégulier d'un parchemin. D'abord, le trentenaire cru à une maladresse, à un objet échappé d’un sac trop plein, abandonné à la hâte. Il hésita même à passer son chemin. Puis il vit la fente du mur, faisant plusieurs hypothèses sur une intention derrière ce geste. Quelqu'un avait visiblement voulu laisser quelque chose là, discrètement. La question était surtout : pour qui ?
Hyacinthe s'est alors arrêté. Longuement. Trop longtemps pour quelqu’un qui prétendait ne pas vouloir se mêler de ce qui ne le concernait pas. Il ne se considérait pas comme une personne curieuse, lorsque cela concernait les autres. La curiosité, chez lui, était la plupart du temps intellectuelle, devenant régulièrement viscérale et presque douloureuse. Les seules choses qu'il se permettait concernaient l'exercice de son métier, cherchant à comprendre et soigner la détresse ou l'égarement d'autrui. Il ramassa le mot sans réfléchir davantage, avec cette certitude silencieuse qu’il ne saurait ignorer un message aussi délibéré. Qu'il contienne un mot à un ami, un texte brouillon ou un dessin original, il pensait simplement devoir transmettre le papier à son destinataire d'origine - ou le rendre à celui ou celle qui l'avait écrit.
Il ne le lu qu’une fois installé dans le fauteuil de ses appartements, bien plus tard, après avoir mangé. Une légère musique pouvait être entendue alors qu'il travaillait les dossiers du lendemain, notant de potentielles trames d'entretien qu'il pourrait suivre. Ce n'est qu'une fois cela terminé qu'il se souvint soudainement du papier qu'il avait glissé dans sa poche.
Les mots le saisirent sans violence, mais avec cette lenteur insidieuse qu’il connaissait trop bien. C'était un message similaire à ce qu'il aurait pu trouver dans l'Empath'O'Scope et pourtant, ce doux questionnement et l'absence de destinataire offrait à ce message une dimension toute autre, bien plus personnelle. Il y avait une certaine ironie à la situation. Que ce soit Hyacinthe qui trouve ce mot... Il en avait souri avec beaucoup de tendresse. Plus que cela, il s’était reconnu dans cette manière de disséquer l’évidence jusqu’à l’absurde, de chercher du sens là où il n’y en avait peut-être pas, ou trop.
Ce n'était certainement pas un mot à destination du psychomage. Ainsi, ce n'était pas un mot qui recevrait une telle réponse. Bien sûr, Hyacinthe restait lui-même, et il ne pouvait nier l'évidence que son attitude professionnelle était grandement basée sur la personne qu'il était. C'est pour cela qu'il avait senti une certaine réticence à y répondre. La personne qui avait laissé ce mot, ce mystérieux E, était probablement un élève. (Il ne voyait pas un adulte laisser un tel message dans un endroit comme celui-ci.) Engager une correspondance avec un élève sans pouvoir se cacher derrière son masque de psychomage le mettait mal à l'aise. Parce que c'était bel et bien cela, à partir du moment où une réponse était engagée. Et pourtant, l'idée d'un anonymat pur et simple autour de ces étranges questions était d'une douceur incroyable. Discuter avec la pensée d'autrui, avec les mots qu'ils employaient. C'était tentant.
Il reposa le parchemin sans rien écrire, décidant qu'il était trop tard pour se prendre la tête avec de telles questions. Il avait envie de profiter de sa soirée et de décompresser.
JEUDI 06 OCTOBRE 2050
La journée s’était terminée, puis la suivante avait commencé. Ce ne fut que le lendemain, à la nuit tombée, lorsque le château s’était fait plus silencieux et que la fatigue avait enfin laissé place à une forme de lucidité mélancolique, qu’il y était revenu. Le mot était resté là, sur sa table basse, comme un petit astre immobile autour duquel ses pensées avaient gravité toute la journée.
Alors Hyacinthe s'est assis, a allumé une lampe d’un geste lent, et s'est décidé à écrire. Peut-être devait-il se considérer comme un individu curieux, finalement. Parce qu'il n'avait qu'une envie, c'était de répondre aux questions de cette mystérieuse personne. Il attrapa un parchemin simple, une plume fine, puis prit le temps avant de laisser l'encre couler.
À l'Inconnu(e) qui a laissé ce morceau de parchemin,
J’ai trouvé ton mot. Je ne savais pas trop quoi en faire, au début, alors je l’ai gardé près de moi plus longtemps que prévu. Je me suis dit que si je prenais autant de temps, c’était peut-être parce qu’il méritait une réponse.
Je me pose souvent les mêmes questions. Sur le temps, surtout. Sur ces journées qui passent trop vite alors qu’on a l’impression de ne rien avoir fait, et sur ces moments tout simples (attendre, marcher dans un couloir, regarder l’heure...) qui semblent s’étirer sans raison. Aujourd’hui encore, je me suis demandé où était passée l’après-midi, alors que ce matin me paraissait interminable. Je crois que je n’ai jamais vraiment compris comment ça fonctionnait, mais je profite de ces instants de repos. C'est parfois de l'ennui, bien sûr. Mais cela me permet de réfléchir en paix.
En tout cas, ton mot a été lu.
Merci de l’avoir laissé là.
Renard.
Renard ?
En réalité, cela était venu de façon très spontanée. Le roux n'allait certainement pas signer avec son propre nom, ni même avec ses initiales, qui étaient aisément reconnaissables. Signer H. aurait été envisageable, mais où allait donc la fantaisie dans ce message si personnel ? L'animal était discret, apprécié de beaucoup de personnes. Cela n'aurait certainement pas été un bon choix s'il avait déjà montré son patronus, mais puisque Hyacinthe avait gardé cet aspect de son âme privé... Il pouvait se le permettre, oui.
Le trentenaire laissa sécher l'encre, relu sans prendre la peine de se corriger, puis alla se coucher. Le lendemain matin, avant que le château ne s’éveille pleinement, il avait glissé sa réponse au même endroit avec discrétion. Un sourire ornait ses lèvres alors qu'il continuait son chemin pour aller prendre son petit déjeuner.
Peut-être que cela n’irait nulle part. Peut-être que cela s’arrêterait là. Mais, pour une fois, le temps pouvait bien faire ce qu’il voulait : il avait répondu.
1227 - @Stella Ruewen
J'ai abusé sur le nombre de mots. J'espère que cela te convient !
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Psychomage depuis septembre 2050.
Tonton Hya - #5f957c
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Echanges entre Inconnus, ou l'art d'écrire le Monde
VENDREDI 07 OCTOBRE 2050
Le vendredi était plutôt une chouette journée, si l'on mettait à part le double cours de Potions qui suivait le déjeuner — terrible, elle se surprenait à chaque fois à piquer du nez ! — et ce parce qu'après la récréation de l'après-midi, Stella avait Sortilèges. Oh, certes, elle aimait le cours et sa professeure, mais ce jour-là elle était d'autant plus impatiente qu'elle pourrait passer par le couloir dans lequel elle avait laissé son petit mot. Elle n'avait eu ni l'occasion ni le temps d'y repasser afin de voir si quelqu'un ou quelqu'une avait découvert sa note, et elle avait plus que hâte de découvrir ce qu'il était advenu du morceau de papier plié glissé dans le mur.
Avait-il été lu ? Par combien de personne ? Y avait-on répondu par un autre mot, une nouvelle note à laquelle répondre ? Et qu'en était-il du premier mot alors, un ou une inconnue l'avait-il gardé ?
Toutes ces questions, la quatrième année les subit tout le long de sa journée. Légèrement distraite en cours, elle rata sa potion — sans grande surprise, par Merlin il fallait qu'elle s'y mette un peu plus sérieusement — et manqua de faire la chute la plus ridicule en cours de Vol. Le mot prenait toute la place de ses pensées, elle avait hâte, si hâte, tellement hâte d'en savoir plus.
Et, d'une manière ou d'une autre, cette attente était le plus juste retour des choses, compte tenu des réflexions sur le temps qu'elle avait posées sur le papier.
A seize heures trente, dès la fin de son cours d'Astronomie, l'adolescente s'empressa de ranger ses affaires afin de dévaler au plus vite les escaliers qui la mèneraient vers le couloir dans lequel elle avait dissimulé son mot en début de semaine. Pressée, elle manqua plusieurs fois de finir sa course sur les fesses. Voilà qui serait bien idiot, de finir à l'infirmerie parce qu'elle n'avait pas su prendre son mal en patience. Elle qui était pourtant très patiente, jamais à se précipiter pour faire les choses, nuls doutes qu'elle aurait l'air fine si tout d'un coup elle se cassait une jambe en glissant dans les escaliers. Orion se serait moqué d'elle avec ce sourire en coin qu'elle connaissait si bien et qui lui manquait tant. Lui qui ne cessait de la rattraper à chaque fois qu'elle trébuchait, glissait, chutait, ou manquait de finir par terre, elle ne doutait pas qu'il ne voudrait plus la lâcher si elle finissait par vraiment se blesser. Enfin, s'il acceptait de lui reparler. Cette pensée lui serra le coeur.
Depuis la rentrée, le garçon s'obstinait à l'éviter et l'ignorer. Avait-elle fait quelque chose de mal ? Il regrettait peut-être de l'avoir invitée. A moins qu'il ne regrette...autre chose. Stella mordit sa lèvre et décida que maintenant n'était pas le moment idéal pour penser à cela.
C'est essoufflée mais ravie et avec encore la majorité de la récré devant elle que la jeune sorcière arriva dans le fameux couloir, impatiente d'en savoir plus sur le mot caché. Elle se souvenait très bien de là où elle l'avait dissimulé, et il ne lui fallu pas beaucoup de temps avant de retrouver l'endroit exact. *Là.* Fébrile, le coeur battant, elle déposa sa besace de cours contre le mur et en retira un carré de papier. Etait-ce le même que le sien ? Impossible à dire, rien ne ressemblait plus à un parchemin qu'un autre parchemin. Les doigts tremblants, Etoile déplia le mot...
..et poussa une petite exclamation en découvrant une écriture inconnue, loin d'être la sienne.
Confortablement installée par terre, la quatrième année parcourut les quelques lignes écrites avec un soin particulier. Connaissait-elle cette écriture ? C'était fort peu probable, et c'était tant mieux ainsi. Stella aurait pu être déçue de reconnaitre l'écriture d'une connaissance.
La cloche sonna avant qu'elle n'ait le temps de répondre — mais peut-être était-ce sa faute, peut-être que si elle n'avait pas relu le mot au moins trois fois elle aurait eu le temps de s'atteler à une réponse. Marmonnant dans sa barbe, l'élève rangea soigneusement le morceau de parchemin et le fourra dans son sac, frustrée de ne pas avoir pu répondre. Pour autant, elle avait besoin de réfléchir à ce qu'elle pourrait ajouter à cela. Fallait-il qu'elle renchérisse ? Ou bien pouvait-elle rebondir sur un sujet tout à fait différent ? La réponse de son interlocuteur ou de son interlocutrice la laissait pensive, au point qu'elle se demanda si elle n'avait pas là à faire avec un ou une élève plus âgée, assez mature pour produire cette réflexion. *Tant pis, je répondrais plus tard*
Et en fait elle y répondit beaucoup plus tard.
DIMANCHE 09 OCTOBRE 2050
Tard, si tard ce soir-là dans la salle commune de Serdaigle, alors qu'elle était attelée à ses devoirs, la Serdaigle se souvint du petit mot qu'elle avait si précipitamment rangé dans son sac.
Aussitôt, elle laissa ses révisions de côté et s'empressa de chercher le morceau de papier, dévastée de ne pas y avoir répondu plus tôt. Est-ce que son Inconnu.e lui en avait voulu, de ne pas s'être montrée plus réactive ? A moins que iel n'ai pensé qu'elle n'allait tout bonnement pas répondre du tout, que l'échange s'arrêterait là. *Hors de question* Etoile tenait à en savoir plus sur les pensées de cet.te inconnu.e, et cela ne pourrait se faire que si elle prenait la plume ainsi que le temps nécessaire. Et demain, elle repasserait par le couloirs en se rendant en Sortilège. Parfait.
A l'Inconnu.e qui lit.
Je ne pense pas que le temps soit une chose banale, je pense que nous le considérons avec banalité mais qu'il est l'essence même de ce que nous cherchons. Du temps. C'est le luxe que tous ne possèdent pas, n'est-il pas ? Le temps de tout goûter, de tout essayer, de rencontrer tout le monde. Aurais-je le privilège d'atteindre ce luxe ? Et toi, penses-tu avoir le temps ?
Le temps de goûter tous les mets.
Le temps d'essayer toutes les étoffes.
Le temps d'aimer pleinement tous les autres.
Je me demande si j'ai le temps d'être, parfois.E.
Satisfaite d'elle-même, Etoile reposa sa plume.
LUNDI 10 OCTOBRE 2050
Le cours de Sortilèges n'allait pas tarder à débuter pourtant, au lieu de se trouver juste à la porte de sa salle de cours, Stella était dans le couloir, désireuse d'y enfouir son mot avant de rejoindre sa classe. Après avoir soigneusement plié le petit carré de papier, l'adolescente le glissa dans la même fente que la dernière fois, le coeur battant et plein d'espoir. Désormais la balle n'était plus entre ses mains, il lui faudrait faire confiance à l'Inconnu.e. Merlin elle avait hâte d'en savoir plus.
@Hyacinthe Kyros, toutes mes excuses !
~1109 mots.
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15 ans / 4eme Année RP / fiche PR / / #004d65 / RDD / coucou rappeltout
"Am I boring ? Sure. Social skills ? None. But I’m loyal if you feed me and will never leave you cuz, well…. I need the food."
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Echanges entre Inconnus, ou l'art d'écrire le Monde
LUNDI 10 OCTOBRE 2050
Hyacinthe n'avait pas pensé au mot qu'il avait laissé dans le couloir de tout le week-end. Le temps s'était écoulé avec une rapidité déconcertante, et le roux en avait profité pour se consacrer à lui-même. Sommeil, hobbies, soins ; ce week-end à Blackwood avait été formidablement rafraichissant. De quoi prendre ses distances du poids de la rentrée scolaire et des premières semaines. Les séances s'étaient multipliées, les demandes s'étaient faites plus nombreuses, et voir le succès de ses premiers jours de travail avait ravi Hyacinthe. Les journées étaient longues, denses, mais elles lui apportaient la satisfaction du métier qu'il aimait tant.
C'est ainsi que lundi matin, en descendant vers la Grande Salle pour prendre son petit-déjeuner, le trentenaire interrompu son idyllique routine en apercevant un nouveau morceau de parchemin dépassant de la fente du mur. Alors comme ça, il avait reçu une réponse. Il s'arrêta presque aussitôt, clignant des yeux alors qu'un sourire discret venant étirer ses lèvres. Hyacinthe récupéra le parchemin avec aisance et le glissa dans la poche intérieure de sa robe, se promettant de le lire dans la soirée, une fois rentré.
Ce fut une promesse qui ne dura pas, malgré toute sa bonne volonté.
Car la semaine avait été affreusement remplie, et le roux rentrait chaque soir dans ses appartements avec une fatigue considérable. Il se disait qu'il prendrait quelques minutes pour répondre au petit mot oublié sur la table une fois ses obligations terminées. Puis les minutes se sont transformées en une heure, l'heure devenant ainsi une source de fatigue, pour que Hyacinthe finisse finalement par repousser au lendemain sans même s'en rendre compte. Il s'en voulait un peu, d'ailleurs. Cette correspondance lui apparaissait comme une petite parenthèse qu'il aurait aimé préserver. Une conversation sans visage, sans fonction, sans attente. Une chose étonnamment légère.
VENDREDI 14 OCTOBRE 2050
Ce ne fut que le vendredi après-midi que le silence retrouva enfin sa place dans ses appartements. Le week-end approchait, Hyacinthe avait clôturé les séances et dossiers de la journée. En déposant distraitement ses affaires et se laissant tomber sur le fauteuil de son salon, le pli du parchemin attira son regard. Il demeura quelques instants immobile avant de souffler doucement du nez, dérangé par l'idée d'avoir fait attendre cet.te inconnu.e si longtemps. Pensait-iel qu'il avait abandonné l'idée de lui répondre ? Qu'il n'avait pas trouvé son message ? Ou avait-iel laissé la pensée de côté tout comme le roux l'avait fait cette semaine ?
Le roux se débarrassa des couches extérieures de ses vêtements et d'un coup de baguette, fit tourner le gramophone qui était à l'autre bout de la pièce. Il se fit une tasse de thé et sourit à Lernie, qui profitait de la chaleur des pierres tandis que la pluie d'octobre venait doucement frapper les carreaux. Ce n'est qu'une fois réinstallé, un marcel enfilé, un plaid sur les épaules et les cheveux attachés en un chignon négligé, qu'il déplia le parchemin et prit le temps de lire chaque ligne sans empressement.
Les mots demeuraient les mêmes, curieux, presque joueurs, mais ils semblaient désormais davantage chercher son destinataire qu'une simple réflexion lancée au hasard. Le temps représentait un luxe évident, et une vie entière ne pouvait suffire pour combiner toutes les expériences qu'un individu pouvait vivre. Il comprenait bien cette envie de tout découvrir, lui qui avait passé tant de temps à voyager et à apprendre. C'était quelque chose qui l'avait profondément animé, dans ses jeunes années. Et Hyacinthe arrivait aujourd'hui vers ses trente trois ans avec pour simple objectif de se poser et de construire son nid, en ayant en mémoire l'accumulation des paysages, des rencontres et des saveurs qui avaient constitué sa jeunesse. Avec le recul, il savait que les souvenirs auxquels il revenait le plus souvent étaient rarement les plus extraordinaires. Ils tenaient davantage à une conversation imprévue, à une odeur de pain chaud au petit matin, à une lumière particulière qui reflétait sur la Méditerranée, ou au bruissement du vent dans les oliviers.
"Je me demande si j'ai le temps d'être, parfois."
Il fixa longuement le parchemin toujours ouvert entre ses mains. Hyacinthe ne l'avait pas formulée ainsi, mais la remise à plus tard avait toujours été l'une de ses spécialités - comme le démontrait si bien le temps qu'il avait mis à répondre à son correspondant mystère. Plus tard, lorsqu'il aurait quitté Londres. Plus tard, lorsqu'il aurait terminé ses études. Plus tard, lorsqu'il irait mieux. Plus tard, lorsqu'il serait enfin quelqu'un qui lui plaisait. Ne pas prendre soin de soi était bien une chose qu'il ne souhaitait plus voir et qu'il s'efforçait de ne plus faire. C'était important, nécessaire, à tout moment de la vie. Et même si Hyacinthe avait conscience de ses propres problèmes, il avait appris à la dure que sa durabilité en prenait un coup à chaque fois qu'il ignorait ses besoins.
Le psychomage observa distraitement la pluie tomber derrière les vitres, puis fit venir à lui une feuille de parchemin vierge. Il n'avait pas besoin de réfléchir très longtemps, les mots allaient sans aucun doute se dérouler d'eux même tant cette question était vaste. De toute façon, y réfléchir plus que ça n'aurait pas eu grand intérêt : il n'avait pas à apporter la réponse que le psychomage aurait donné, mais celle que l'individu, derrière, pensait sincèrement.
À E.,
Ton mot est resté plusieurs jours sur ma table avant que je trouve enfin le temps de lui répondre. C'est assez ironique, finalement, vu les questions que tu y poses.
Je ne sais pas si j'ai le temps.
Je ne sais pas si j'aurai le temps de tout goûter, de tout essayer ou de rencontrer toutes les personnes qui mériteraient de l'être. Plus je grandis, plus la liste des choses que j'aimerais découvrir semble s'allonger au lieu de diminuer. J'en conclus que je ne peux choisir qu'une poignée de choses à faire, celles qui m'apporteront le plus de joie.
Je ne suis pas certain.e d'avoir le temps, de façon générale. Cette semaine, j'ai surtout eu l'impression de courir après lui sans jamais parvenir à le rattraper. Pourtant, ces instants n'ont pas été vides de sens, et certains ont laissé des traces évidentes dans ma mémoire. Une conversation agréable, une boisson à la température idéale, l'image des arbres rougissant au fil de la saison. Les paysages qui entourent le château sont magnifiques, n'est-ce pas ? Je prend plaisir à les regarder assez fréquemment.
Peut-être que le temps n'est pas à penser seulement par ce qu'il nous reste, mais aussi par ce que l'on remarque pendant qu'il passe. Ces choses sont simples, mais je crois que j'aurai été triste de passer à côté.
Et toi... si tu pouvais arrêter le temps une seule minute, juste une, à quel moment choisirais-tu de le faire ?
Renard.
Hyacinthe relut son mot sans y apporter la moindre correction. Il était long, bien plus long qu'il ne l'avait envisagé. Les phrases lui semblaient pourtant suffisamment honnêtes ainsi, malgré le soin particulier qu'il accordait à masquer son identité sans mensonge. Il plia soigneusement le parchemin en plusieurs fois, puis le déposa près de la porte afin de ne pas oublier de l'emporter le lendemain matin. Cette correspondance... elle occupait une place bien à elle dans sa semaine, réalisa alors le roux. Discrète, presque insignifiante au regard de tout le reste, mais suffisamment agréable pour qu'il se surprenne à attendre le prochain mot de ce jeune esprit empli de questions.
1240 - @Stella Ruewen
Psychomage depuis septembre 2050.
Tonton Hya - #5f957c
Tonton Hya - #5f957c