6 janv. 2026, 17:29
« Je croyais que la magie pouvait sauver tout le monde » France PNJ
Cassis, au cours de l'année 2042

- JE LE DÉTESTE !
Elle l'avait hurlé, avait claqué la porte de toute la force de ses bras de petite fille et avait gravi les escaliers en courant, avant de se précipiter dans sa chambre, dont elle avait là encore claqué la porte.
Puis elle s'était jetée sur son lit, la tête plongée dans les couvertures et les oreillers, et avait pleuré ! de rage, de chagrin, d'incompréhension !
- POURQUOI IL EST SI MÉCHANT ? ! avait-elle hurlé dans les coussins.
Perdue comme elle l'était dans ses larmes, ses cris de rage, la tête enfouie dans les tissus moelleux, elle n'avait pas entendu les petits coups frappés à la porte.
Grand-père était assez respectueux d'une porte fermée, mais là, l'heure était grave, alors comme elle ne répondait pas, il l'avait entrouverte, chuchoté le nom de sa petite-fille, et face à l'absence de réponse persistante et à la poursuite des pleurs et des petits soubresauts, il était entré.
Il avait refermé la porte et s'était approché.
- Cali, avait-il murmuré en posant une main apaisante sur le petit dos tendu et agité.
Elle avait sorti la tête des coussins et tourné vers lui un visage trempé de larmes aux yeux rougis.
- Je peux m'asseoir ? avait-il demandé en désignant le lit.
Elle avait acquiescé en silence.
- Alors... explique-moi la cause de ce gros chagrin.
Tout en hoquetant, elle lui avait raconté.
- Il est méchant ! méchant ! MÉCHANT ! Je le déteste ! je le hais ! avait été la conclusion de son récit.
- Je croyais que vous vous entendiez pourtant bien ? ou pas si mal en tout cas ! Et que vous étiez " une équipe" !
- Moi aussi je le croyais ! Parfois il m'embêtait, mais au fond, souvent il était gentil et je l'aimais bien. Mais en fait, il est méchant et je le déteste ! avait-elle répété tout en martelant de ses petits poings ses propres genoux.
- Peut-être était-il de mauvaise humeur ?
- Oui mais c'est pas une raison !
- C'est... pas faux. Mais... c'est la première fois que tu le trouves aussi méchant ?
- Bah... ces derniers temps il est souvent... moins gentil. Mais là, il était vraiment très méchant. Il faisait sûrement semblant avant d'être un gentil garçon, un " noble chevalier ", pour pas être puni, et là, il dévoile son vrai visage de démon !
Grand-père avait passé une main dans l'abondante chevelure de la fillette, un peu ébouriffée suite à sa course de rage et de larmes.
- Je comprends que tu sois en colère. C'est vrai : Jo n'a pas été gentil.
- Il a été très très vilain ! C'est un monstre ! renchérit-elle.
Grand-père avait esquissé un léger sourire.
- C'est pas drôle ! avait protesté l'enfant.
- Excuse-moi : non tu as raison, ce n'est pas drôle. Écoute, puisqu'on parle de choses pas drôles, même si ça n'excuse pas le comportement de ton cousin, il faut peut-être étudier ça en fonction aussi du contexte actuel...
- Comment ça ?
- Je crois... que même s'il ne le dit pas clairement, ton cousin est triste et inquiet, et que ça le rend... différent.
- Différent ?
- Oui, je ne pense pas que ton cousin soit un démon qui a enlevé son masque, ou alors je me trompe moi aussi depuis des années, mais peut-être qu'en fait... c'est un gentil garçon blessé qui réagit mal. Tu sais, comme un animal affectueux qui a soudain des réactions inattendues et agressives quand il est blessé.
Elle réfléchit : oui, elle voyait ce que grand-père voulait dire.
Un jour, Archi, le hibou de la maison, l'avait pincée violemment alors qu'elle avait juste voulu le caresser parce qu'il avait l'air mal.
Maman lui avait expliqué qu'en fait il était blessé et qu'il avait mal réagi à son contact, par crainte, par souffrance,...
Et par la suite, Archi avait à nouveau agi comme avant, venant picorer des graines dans sa main sans la lui mordiller, voletant autour d'elle en poussant des cris amusés, accourant à tir d'ailes quand elle l'appelait...
- Mais Jo n'est pas blessé ! fit-elle remarquer.
- Il n'a pas de blessure physique, comme quand on se coupe, ou qu'on s'écorche, ou qu'on se fait un gros bobo. C'est une blessure invisible.
- Ça existe ça ?
- Oui bien sûr. Là par exemple, tu es blessée.
Elle examina rapidement ses mains, ses bras, perplexe.
- Non, une blessure invisible. Le comportement de Jo t'a fait de la peine, comme un coup dans ton cœur, une blessure que tu ne vois pas, mais que tu sens là ! avait-il expliqué en pointant la poitrine de l'enfant, là où battait son cœur.
A nouveau, elle réfléchit.
C'est vrai ça, avec cette histoire, elle avait l'impression d'avoir un peu mal, d'une certaine façon, sans pouvoir l'expliquer.
- Et quelqu'un a fait de la peine à Jo ?
- Eh bien pas volontairement mais la santé de sa maman lui fait de la peine et l'inquiète beaucoup.
- Parce que...
Elle avait suspendu sa phrase, comme si une réalité silencieuse faisait peu à peu surface, mais ne parvenait pas encore à prendre corps dans les mots.
- ... c'est grave ? finit-elle d'une voix très basse.
Grand-père avait détourné un instant les yeux, baissant la tête et gardant le silence, avant de la regarder à nouveau :
- Oui.
Silence. La fillette absorbait la nouvelle.
- Très grave ?
- J'en ai bien peur Piccolina.
Nouveau silence. La petite fille regardait ses mains posées sur ses genoux sans vraiment les voir, le cœur serré.
Puis soudain, elle avait relevé la tête, les yeux illuminés d'espoir :
- Mais papa peut la soigner !
- Malheureusement, il semble que non.
- Mais il est très fort tu sais !
- Je n'en doute pas mon ange, mais là... c'est très compliqué, même pour lui.
- Mais... on a la magie !
- La magie ne peut malheureusement pas tout résoudre.
- Mais on peut sauver les gens avec !
- Pas toujours.
La fillette ouvrit de grands yeux incrédules : quoi ? la magie ne pouvait pas tout ?
- Mais, si ni papa ni la magie ne peut la soigner, comment on va faire ?
- On va faire tout ce qui est possible.
- Et on va y arriver ?
Grand-père avait froncé les sourcils avant de reprendre :
- Je le souhaite de tout mon cœur Piccolina, mais... je ne peux pas te garantir qu'on va y arriver...
- Quoi ? mais c'est terrible ! s'était-elle écriée. Tante Ysaline ne va quand même pas mourir ! N'est-ce pas grand-père ?
- Je l'espère mon ange, mais... je n'en sais rien, avait-il finalement lâché, avec toute la difficulté d'admettre ça à un enfant empli d'innocence, de rêves et d'espoir.
- Mais... Jo ne va quand même pas être séparé de sa maman ? !
- Eh bien, je crois que c'est ça qui lui fait très très peur et le rend... différent. Il a peur de perdre sa maman et il est très triste.
Elle réfléchit à nouveau.
- Tu crois ? Tu crois que c'est pour ça qu'il a été méchant tout à l'heure ?
- Je pense que ça influence son comportement et ses réactions.
- Mais pourquoi il ne m'en a pas parlé ?
- Ce n'est pas facile d'en parler. Peut-être même qu'il a dû mal à le réaliser pleinement ou à mettre des mots sur ce qu'il ressent au fond de son cœur.
- Mais moi je suis sa cousine, son amie, sa coéquipière !
C'était là bon nombre des qualificatifs qu'ils employaient entre eux : cousins évidemment, amis, coéquipiers, partenaires, pile et face,...
- Mais même entre amis et coéquipiers, ce n'est pas toujours facile de partager une telle peur. Sois patiente. Je ne te dis pas qu'aujourd'hui il a bien agi, non, ni même que c'est " normal ", mais essaie d'être patiente et indulgente. Je suis sûr qu'il finira par se rendre compte qu'il est allé trop loin, qu'il s'est mal comporté. Peut-être même qu'il s'en veut déjà... mais ne te le dira pas... pas tout de suite.
Elle plissa le front, en pleine réflexion.
- Bon, d'accord, je veux bien lui accorder une autre chance et ne pas le détester à tout jamais, décida-t-elle finalement. Je veux bien aussi essayer d'être patiente et de me dire qu'il a peur et qu'il est "blessé", comme Archi.
- Comme Archi ? interrogea l'adulte.
- Euh oui c'est parce qu'un jour, Archi m'a pincée quand je l'ai touché, parce qu'il était blessé, expliqua-t-elle. Même si la blessure de Jo est invisible.
Grand-père sourit.
- Je suis heureux de ta résolution Piccolina.
- Mais ! il ne faut pas qu'il exagère quand même ! ajouta-t-elle néanmoins.
- Et tu as parfaitement raison, approuva grand-père.
Il déposa un bisou sonore sur la petite joue rose, encore humide.
La fillette reprit :
- Tu crois que là il est encore... " différent " ?
- Euh... je ne sais pas. On peut aller voir. Je t'accompagne tiens.

Ils étaient redescendus et quelques minutes plus tard, les deux enfants couraient dans le sable à la recherche des plus beaux coquillages, réconciliés, formant leur équipe infaillible de Holmes et Marple : les super détectives.

Reducio
(1564 mots)
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" véritable artéfact de stupidité "
La lumière ne nie pas l’ombre, elle la traverse

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