Message entre les ailes

Volière, Tour Ouest
Vendredi 3 septembre 2050, 08h37
@Louise Leench


Alma entra dans le bâtiment des hiboux avec une lenteur presque cérémonieuse, la lettre serrée entre ses doigts. L’odeur familière du foin, des plumes et du bois humide l’enveloppa aussitôt, lui rappelant toutes les fois où elle était venue ici, le cœur un peu serré, pour envoyer des nouvelles à la maison. Mais cette fois, elle ne se précipita pas.

Elle s’avança entre les perchoirs, observant les hiboux qui la regardaient d’un air curieux. Certains clignaient lentement des yeux, d’autres tournaient la tête avec une précision presque mécanique. Alma sourit malgré elle. Elle aimait cet endroit, calme et vivant à la fois.

Elle choisit un perchoir libre et s’y installa, posant sa lettre sur ses genoux. Le parchemin était encore tiède de ses mains, soigneusement plié, scellé avec application. Elle aurait pu l’attacher immédiatement à la patte d’un hibou, mais quelque chose la retenait. Peut-être l’envie de relire mentalement ce qu’elle avait écrit. Peut-être la peur d’avoir oublié un détail important. Peut-être simplement le besoin de rester encore un peu dans ce moment avant qu’il ne s’envole — littéralement.

Alma caressa du bout des doigts le bord du parchemin. Elle pensa à ses parents, à ce qu’ils diraient en recevant sa lettre, à leurs sourires, à leurs inquiétudes qu’elle espérait apaiser. Elle inspira profondément, laissant le calme du lieu l’envahir.

Le hibou qu’elle avait choisi l’observait, immobile, comme s’il comprenait qu’elle n’était pas encore prête. Alma hocha doucement la tête, reconnaissante.

Pas encore. Pas tout de suite.

Elle voulait savourer encore un instant ce lien fragile entre ici et là-bas, entre le château et la maison. Puis, quand elle se sentirait prête, elle attacherait la lettre et laisserait le hibou s’envoler. Mais pour l’instant, elle attendait.

Avant de se décider, Alma déplia doucement la lettre, comme si le parchemin pouvait se froisser au moindre geste brusque.
Reducio
Chers Papa et Maman,

Je profite d’un moment de calme pour vous écrire, parce que même si je viens tout juste de reprendre les cours, j’ai déjà l’impression que les journées filent à toute vitesse. Je voulais vous envoyer une lettre rapidement, pour vous rassurer, mais aussi parce que ça me fait du bien de garder ce lien avec vous. Je sais que vous vous inquiétez toujours un peu au début de l’année, alors je préfère vous dire tout de suite que je vais bien, vraiment bien.

Le trajet jusqu’au château s’est déroulé sans encombre. J’ai rencontré quelques camarades sur le chemin, et même si je ne suis pas toujours très bavarde, ça m’a fait plaisir de me faire mes premiers amis. En arrivant, j’ai eu cette sensation étrange mais agréable de rentrer “chez moi”, comme si les murs du château me reconnaissaient. Je crois que c’est ce que j’aime le plus ici : cette impression d’appartenir à un endroit qui vit, respire et change avec nous.

La salle commune est toujours aussi chaleureuse. Les fauteuils n’ont pas bougé d’un centimètre, les tapis sont un peu plus usés, mais ça leur donne un charme particulier. J’ai passé un moment là-bas hier soir, juste pour observer les autres élèves et me réhabituer à l’ambiance. Certains étaient déjà plongés dans leurs devoirs, d’autres racontaient leurs vacances avec une énergie débordante. Moi, je me suis contentée de m’installer près du feu, de respirer profondément et de me dire que j’étais prête pour cette nouvelle année.

Les cours ont repris sur un rythme assez soutenu. Les professeurs semblent décidés à nous mettre au travail dès le premier jour, ce qui ne me surprend pas vraiment. J’ai déjà quelques exercices à préparer, mais rien d’insurmontable. Je fais de mon mieux pour rester organisée, comme vous me l’avez toujours conseillé. J’ai même commencé un nouveau carnet pour noter mes impressions, mes progrès et mes petites victoires quotidiennes. Peut-être que je vous en lirai quelques passages quand je rentrerai.

Je voulais aussi vous dire que le château est magnifique en ce moment. L’air est encore doux, et la lumière du soir donne aux pierres une couleur dorée qui me rappelle un peu la maison. Parfois, en traversant la cour, j’ai l’impression de marcher dans un tableau. Je me suis promis de prendre le temps d’observer davantage cette année, de ne pas me laisser happer uniquement par les cours et les obligations. Je veux profiter de ce que le château a à offrir, de ses recoins secrets, de ses couloirs silencieux, de ses nuits étoilées.

Ne vous inquiétez pas pour moi. Je mange bien, je dors suffisamment, et je fais attention à moi. Je me sens plus confiante que l’année dernière, comme si quelque chose en moi avait grandi sans que je m’en rende compte. Peut-être que c’est ça, grandir : se sentir un peu plus solide, un peu plus capable, même quand on doute encore parfois.

J’espère que tout va bien à la maison. J’imagine le jardin, les bruits familiers, l’odeur du petit-déjeuner du dimanche. J’aimerais pouvoir être là pour vous aider, pour partager ces moments simples, mais je sais que vous êtes fiers de moi, et ça me donne du courage.

Je vous embrasse très fort. Prenez soin de vous.

Alma


@Louise Leench
865 mots

1ère Année, Serdaigle - 1ère année RP - 11 ans
Couleur RP : #0e5335
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