Visage des confins Libre

Poudlard, 2 février 2048
Elsie, 13 ans (Troisième année)
Méandres du Parc


Elsie avait coutume, au moment où l'hiver trempait d'albâtre les étendues vertes du Parc, d'errer au sein de celui-ci à raison de trois fois par semaine. Elle effleurait la couche froide et blanche qui ne cessait, en dépit de la connaissance scientifique qu'elle avait acquise à ce sujet, de l'étonner et de l'émerveiller. Son mystère pur ravissait le regard de l'adolescente, emporté par ce voile dont la magie n'avait pas à rougir face à celle de l'univers sorcier. Forte de la sensation qui emplissait son cœur dans ces moments où se mêlaient harmonieusement onirisme et nostalgie (car l'image de Loutry enneigée était une rengaine, la ramenant au temps sacré de son enfance, lui arrachant un vague soupir impuissant), elle se prenait à consigner sommairement ses impressions au sein d'un carnet quelconque, choisi pour l'occasion. Après tout, peut-être écrirait-elle un jour sur la beauté universelle de la nature métamorphosée par les Heures... *oui, sans doute*

Le reste du temps, elle le passait à l'étude, jamais tout à fait rassasiée par les ouvrages en tout genre qui lui tombaient sous la main. Du plus général au plus particulier, du plus ardu au plus simple, du plus théorique au plus concret. Ses journées, depuis quelques semaines, étaient sans cesse placées sous le signe du travail et du sérieux, virant parfois à la rigueur monastique. Seuls les repas et le sommeil interrompaient en général le flux incessant de sa pensée, qui se déversait impitoyable sur des parchemins entiers. Cette frénésie était salutaire sur le plan scolaire et personnel : Elsie percevait en elle-même à quel point ces journées studieuses la faisaient grandir, et obtenait par la même occasion des résultats de plus en plus probants (ce qui la rassurait en vue des examens de fin d'année). Mais elle savait bien qu'à trop s'enfermer — Faust en fit jadis la tragique expérience — sa raison allait la quitter un jour ou l'autre. Se confronter à la force du réel, par le froid de la bise hivernale s'insufflant dans ses narines, était une nécessité.

Les années à Poudlard l'avaient transformée. Que restait-il de l'Elsie d'Avant, celle de l'enfance, de Loutry ? Peu de chose, sans doute, et cette pensée la figeait plus encore que la neige présente au sol. L'impression d'être déprise sans son accord de son identité était quelque chose qui la plongeait dans un profond malaise. Étrangement, ces instants de repos dans le Parc lui offraient davantage d'esquisses de réponse que les tas de livres qui s'élevaient sur son bureau. Ces derniers avaient tendance à fixer le réel, à ne pas le dévoiler dans son déroulement même, et c'était frustrant ; le Parc, par ses métamorphoses saisonnières, lui permettait d'envisager sa propre transformation comme une pulsion de vie et non comme une régression.

Accroupie au milieu de ce blanc parterre, Elsie fixait l'horizon embrassé par une dentelle de grisaille ; Ciel, comme ses pensées s'y échappaient ! Le pâle de ses joues s'était glacé, elle n'en avait que faire. Seule comptait cette ligne d'infini, ligne trompe-l’œil, belle comme le vol d'une cigogne à rebours du vent et du temps. Les secondes elles aussi étaient en train d'y passer, s'égrenant invisibles sur la cime des sapins, dégoulinant d'absence, hors de portée. Les mains dans les poches, l'adolescente qu'Elsie était en train de devenir murmura dans un sourire :

« Un hymne sort du monde1... »

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1. V.Hugo, Les Contemplations, III, XI, « Écrit sur la plinthe d'un bas-relief antique »

Valse libre.

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Émeline, 14ans - 4e année


La neige tombait depuis des jours sur les alentours de Poudlard. Lents, et avec une régularité hypnotisante, les flocons avaient formé un parfait manteau blanc sur le Parc. Et ça pour le grand bonheur d'Émeline, qui n'avait pas perdu son amour pour la poussière d'ange. Si le froid était moins mordant, elle aurait adoré s'asseoir contre un tronc et écrire durant des heures, sous la neige. Mais la raison, pour une fois, lui dictait qu'il était préférable de se contenter de la bibliothèque pour ses séances d'écriture. Au lieu d'écouter sa folle envie, elle se permit de prendre une pause, après un long devoir de Potion qui n'en finissait plus, et s'en alla se balader pour profiter du paysage.

En sortant, elle referma son écharpe autour de son cou et sentit un frisson parcourir la peau de son visage, sûrement déjà rosé par la fraicheur de l'extérieur. Elle marcha longtemps, sans même penser au temps qui passait. Il était rare de croiser quelqu'un dehors, même si le soleil était haut dans le ciel, les habitants du château préféraient se tenir au chaud près de leur cheminée. Cela ne dérangeait pas la Serdaigle. Au contraire, elle préférait le calme et la beauté de la nature.

Comment refuser pareil cadeau ? Car oui, ce décor d'une blancheur immaculée, était un véritable présent aux yeux de l'adolescente. Cela lui rappelait, sans qu'elle ne le contrôle, des longues soirées qu'elle passait à écouter son père lui lire des contes. Ces instants étaient magiques et résonnaient encore dans son cœur. Bercée par la force de ses souvenirs, elle erra, sans porter attention au fait qu'elle ne sentait plus le bout de ses doigts.

Émeline ne savait pas ce qu'elle cherchait dans cette marche qui ne pointait pas le bout de son nez. À vrai dire, tout ce qui apparaissait dans son esprit, c'était qu'elle adorait sentir les flocons tomber sur son visage. Et au milieu de sa glaciale exploration, elle vit, de dos, quelqu'un accroupi dans la neige. Quelque peu surprise de voir quelqu'un là, elle s'approcha, piquée par la curiosité. Qui pouvait donc avoir la même idée qu'elle ?

Alors qu'elle n'était plus qu'à quelques pas, elle entendit la personne murmurer des mots, comme un secret qu'elle délivrait au vent. Pas certaine d'avoir compris, Émeline se pencha, et d'un sourire un peu gauche, la salua.

- On dirait que je ne suis pas la seule à être venue admirer le paysage, dit-elle avec légèreté.

Coucou, je me permets de répondre à ton RP. J'espère que la réponse te convient :cute:
@Elsie Clancharlie
(434 mots)
Dernière modification par Émeline Joyner le 27 janv. 2026, 14:18, modifié 1 fois.

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Et parmi le murmure invisible d'entre-les-Mondes, aux confins de l'amer et du reflux de la conscience, c'est un écho dissonant qui vient briser la vitre délavée couleur silence. Dans les couloirs enroulés de l'oreille d'Elsie le ballon des enfants venait joyeusement de crever les carreaux rouges de sa citadelle mentale.

L'adolescente, Elsie, se retourna un peu brusquement. Elle pensa éprouver de la surprise, elle ressentait de la peur. Les rares instants où l'âme palpite comme un papillon de feu sur la vague des airs est une mise à nu, un bain précaire. La Bleue avait été éclaboussée de paroles et prise au piège du regard d'autrui. Alors que son cœur se serrait avec fureur, elle pensa un temps défaillir, puis se reprocha cette vaine pensée — *quel désolant sens de la tragédie*, songea-t-elle immédiatement. C'était d'un tout autre malaise dont son enveloppe charnelle était secouée. Cette irruption soudaine, ce train sans barrières ni gare ni rails. Se taire. Le faisceau de cette voix l'éblouissait comme une torche qui brûlerait sans crier gare dans l'ombre des Souterrains ; pupille rétractée, les incisives éperonnant sa lèvre inférieure, elle tentait de faire face.

Étrangement, après s'être tant enivrée de ces environs aux pieds de géants, sans avoir exercé le moindre contrôle ni la moindre censure sur le flux infra-linguistique de ses pensées, Elsie n'entendait plus rien à ces mots qui capturent dans des épuisettes des fragments de terre, de mer et de ciel. Le mot paysage, fade et aride, ne voulait plus rien dire. C'était un mot-caillou, un mot-ricochet qui finissait par se noyer dans les abysses du Lac noir. Elle ne savait que dire, ni que faire, sa langue était férocement décharnée. Placardée. Son pouls s'emportait et imposait au cœur un contrapposto des plus fous, dans une apothéose grotesque qui ne signifiait qu'une seule chose, la peur la peur la peur.

Dans ce puzzle de silence dont elle ne possédait pas toutes les pièces, Elsie Clancharlie hocha la tête, car au fond, c'est ce qu'elle avait de mieux à faire. De mieux à dire, à penser. C'était simple comme bonjour, mécanique, machinal, presque. Oui. Elle ne pensait plus rien, tout était si vide, dans ce Parc moins l'infini — dans ce Monde sans lumière.

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Ce visage presque placide qu'elle lui montra dénotait avec la rapidité de son mouvement. Elle lui avait fait peur et Émeline s'en voulut immédiatement. Naïvement, elle pensait que le bruit de ses pas dans la neige l'avait prévenu de sa présence qui s'approchait. Par réflexe, elle lui dédia une mine désolée alors qu'elle attendait une réponse, une quelconque phrase de la part de cette fille.

Aucun son ne sortit. Elle était devenue muette, mais son regard parlait, s'exprimait à la place des mots. Émeline commençait à croire qu'elles allaient simplement se fixer durant des heures, jusqu'au moment où elle perçut le léger hochement de tête de sa camarade. Ses lèvres s'étirèrent et elle resta là, attentive. Pendant son attente de réponse, Émeline avait eu le temps d'inspecter ses traits et, pour une raison qui lui était inconnue, la quatrième année était persuadée de l'avoir déjà croisée. Du moins, assez de fois pour que son image se marque quelque part dans les tréfonds de sa tête. Son regard glissa un instant sur ses affaires et elle y aperçut les couleurs de Serdaigle. Oh, elle est de ma maison. Cette révélation était quelconque, une banale information qu'elle rajouta sur sa liste. Ceci étant, ça expliquait parfaitement l'étrange sensation de déjà-vu. Elles avaient dû se frôler sans jamais se rencontrer dans la salle commune.

Son instinct lui murmurait qu'elle faisait partie des fantômes de la tour Ouest, tout comme elle. Des élèves plutôt discrets, qui ne possédaient pas une floppée d'amis dans leur sillage. Il y avait bien longtemps qu'Émeline s'était accoutumée à cette situation. Elle laissait vivre l'instant, étudiait autant qu'elle le désirait et patientait jusqu'aux retrouvailles de ses proches. Mais était-ce le cas pour l'adolescente se tenant près d'elle ? La question l'intrigua et ne voulait plus quitter ses pensées.

Alors, sans demander son avis, elle se permit de s'asseoir pour être à son niveau. Elle porta sa vision sur le paysage, abandonnant l'analyse de sa camarade. Ici, dans ce coin du parc où le silence était profond, Émeline se sentait bien. Le froid de la neige sous ses fesses la maintenait bien réveillée et elle en profita pour souffler sur ses mains. L'air chaud vint s'enrouler autour de ses doigts, les réchauffant. Fin prête, elle tendit les bras et se mit à faire des petites boules de neige de différentes tailles. Munie de patience, elle en forma assez pour créer de minis bonhommes de neige. Elle prit l'une de ses créations, la posa près du genou de la fille et la deuxième finit devant elle.

- Enfant, mon père m'avait lu un conte durant les fêtes. Dedans, on suivait l'histoire d'un jeune sorcier perdu dans une forêt enneigée. Alors qu'il n'arrivait pas à retrouver son chemin, il finit par s'asseoir contre le tronc d'un arbre et se mit à attendre que quelqu'un vienne le trouver. Cependant, les heures passaient et personne ne vint chercher l'enfant, il était tout seul face au monde, raconta-t-elle en lorgnant son propre bonhomme de neige.

L'histoire lui était revenue aussi facilement qu'une chanson entraînante. Elle racontait tout ça en n'ayant pas la certitude que ça allait l'intéresser. Pourtant, Émeline continua sans se défaire de son tendre sourire.

- Alors qu'il commençait à s'endormir à cause du froid, il se mit à faire un petit bonhomme de neige et le prit entre ses mains. Tout en ayant ses mains glacées, il murmura son vœu au petit être et le garda près de lui. En se réveillant, il était allongé devant le chalet familial où sa famille le retrouva, frigorifié. Depuis ce jour, à chaque hiver, il formait un bonhomme de neige près de sa maison et remerciait l'esprit de l'hiver de l'avoir sauvé.

Tout en finissant son histoire, elle caressa du bout du doigt le sien, le faisant légèrement balancer d'avant en arrière. Elle releva sa tête dans sa direction, retrouvant enfin son regard.

- C'est un beau conte qui promet l'espoir et la réalisation des vœux. J'avoue que c'est enfantin, mais quelque part, on garde toujours une part d'enfant, même quand on grandit. Alors je continue à en faire chaque fois que la neige se met à tomber et je lui murmure un souhait.

(711 mots)
@Elsie Clancharlie

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