02 mars 2026, 16:55
Quoi ? Klee a été métamorphosée en humaine, et veut conquérir le monde avec ses nouveaux pouvoirs ?!
PROLOGUE

« Sale bestiole, reviens ici, immédiatement ! »

Onyx Willard, élève de cinquième année à Gryffondor, acariâtre comme un pou et aussi aigrie que la bibliothécaire dans ses bons jours, poursuivait Klee la boursouflette dans les couloirs de l'école. La grande brune aux yeux verts mettait à profit toute sa carrure de joueuse de Quidditch pour tenter d'attraper la petite boule de poils, couinant et roulant avec agilité sur la pierre. L'humiliation était double pour l'adolescente, qui voyait ses efforts réduits à néant par un être vivant cent fois plus petit qu'elle, ainsi que l'embarras de s'être montrée aussi négligente. Un instant, un seul petit instant à penser à autre chose qu'à trier ses précieux ingrédients avait suffi à Klee pour s'emparer du plus rare et du plus précieux d'entre eux.

Une petite fiole de sang de dragon. L'ingrédient valait une petite fortune, sans compter le temps passé à devoir marchander avec son contact de l'Allée des Embrumes, et faisait partie des joyaux de sa collection. Cette toute petite fiole, qui arrachait une grimace d'angoisse à l'adolescente à chaque tintement du verre contre la pierre, causé par la course de l'animal, ne lui inspirait désormais plus que du tracas. Ce ne fut qu'après une énième tentative ratée pour l'attraper, au détour du couloir entre le rez-de-chaussée et le sous-sol, qu'elle se résolut à enfin tirer sa baguette.

« Saloperie. Accio fiole.
— Scouic ! »

Loupé, encore. Cette fichue bestiole avait bien trop appris auprès de son maître, et savait esquiver avec une extraordinaire clairvoyance les sortilèges qu'on lui envoyait. Elle se ruait vers la salle de potions, avant de s'y engouffrer en couinant, toujours la précieuse fiole dans sa petite bouche. L'adolescente observa un court moment d'hésitation.

Un cours se tenait actuellement, elle entendit les réactions à l'intérieur de la salle de classe. Si elle y pénétrait pour récupérer son bien, il ne faisait aucun doute que la professeure saurait qu'elle l'avait acquis de façon illégale. Calme et rationnelle, elle pesa le pour et le contre, une seconde durant, ignorant royalement les cris de panique provenant de la salle de cours.

Mais rien à faire : le prix de cette fiole était bien trop élevé pour ne pas courir le risque. Dans le pire des cas, elle n'aurait qu'à la dissimuler d'un sortilège, ou aller la récupérer dans la Réserve ultérieurement. Mais il était hors de question qu'elle abandonne cet ingrédient sans lutter. Aussi, elle rengaina sa baguette, et ouvrit la porte en trombe.

À l'instant où elle franchit le seuil, son sourcil s'arqua imperceptiblement sous l'horreur de la scène qui se déroulait sous ses yeux. L'explosion du chaudron de Narcisse était secondaire, qu'importe si quelqu'un était blessé, après tout, et il n'était pas rare que cet idiot rate ses potions. Rien de nouveau sous le soleil. Mais lorsqu'elle vit ce que Klee fit de sa fiole, ce fut tout son visage qui se décomposa d'un coup.
Narcisse n'avait jamais été doué avec les potions. Il s'appliquait, bien évidemment, comme dans tout ce qu'il faisait, et se donnait corps et âme dans chaque cours. Mais pour le formuler d'un euphémisme, disons que le don de potionniste ne l'avait pas particulièrement touché du doigt... Depuis le début de sa scolarité, l'adolescent, s'était plus ou moins maintenu à niveau, compensant son absence de talent par des révisions et une attention disproportionnée. Sans compter que cette matière le désintéressait tout particulièrement, en comparaison des matières à baguette. En conséquence, chaque séance pratique était une véritable torture pour lui, et celle d'aujourd'hui ne faisait pas exception.

Entre ses difficultés pour se remémorer s'il devait broyer ou hacher l'ingrédient, s'il devait tourner dans le sens horaire ou antihoraire, et son hésitation sur la température du feu, sa potion tirait une bien grise mine. Pour ne pas dire une sale gueule, à l'apparence du goudron frais, et à l'odeur toute aussi répugnante. Ses camarades étaient habitués, et il échangeait toujours quelques plaisanteries joyeuses avec ses derniers, conscient de ses propres difficultés.

« Eh, Narc, tu la fais pas péter, hein ?
— Promis ! Euh... tu peux m'dire si faut incorporer l'ingrédient d'un coup ou par petits morceaux ? »

Se tournant vers Elijah Cooper, le surfeur à la beauté ravageuse, avec ses boucles brunes et sa peau hâlée, Narcisse n'hésita pas à lui demander de l'aide. Son camarade n'était pas le plus sérieux, mais personne n'était autant une calamité que lui dans cette matière. Il devait d'ailleurs avoir l'air bien comique, à laisser ses lunettes de protection sur son nez là où les autres les avaient déjà remontées sur leur front. Elijah ne manqua pas de lui faire remarquer, avec un sourire amusé, que la fumée noire et les bulles qui remontaient à la surface de sa potion indiquaient déjà que toute tentative de continuer la recette risquait de se solder par une tragédie. Aussi l'adolescent se hâta d'aller couper le feu sous son chaudron et de refroidir la potion avec un Glacius.

Même la professeure, qui s'apprêtait à intervenir, ne dissimulait plus le sourire que lui inspiraient Narcisse et ses erreurs.

Un couinement et un tintement de verre interrompirent soudainement les murmures, lorsque Klee pénétra en roulant à toute allure dans la salle.

« Klee ! Mais qu'est-c'que tu fous là ? »

Au mépris de la bienséance, et de l'interdiction d'amener son animal de compagnie en cours, Narcisse bondit de bonheur en voyant sa boursouflette se diriger vers lui. Bonheur bien vite balayé par les couinements de panique qu'elle poussait, en tournoyant autour de lui, brandissant toujours son petit trophée. Il avait l'habitude de la voir agitée, mais il savait également reconnaître les signes de son angoisse.

« Mais, t'as ramassé quoi encore ?
— Brando, merci de faire sortir votre animal, nous sommes en classe.
— Euh, oui m'dame ! Désolé, je... »

Encore une fois, le manque d'attention, un petit détournement de regard, pour répondre à sa professeure, donna le champ libre à Klee pour bondir sur la table. Un élève tenta d'alerter Narcisse, mais l'ouverture brutale de la porte par la Gryffondor, furibonde, attira tous les regards.

Beaucoup connaissaient la joueuse de Quidditch, et la majorité des élèves présents dans cette salle de classe ne voyaient par ailleurs Onyx que pour cela. Peu étaient familiers avec son caractère, étant donné que la cinquième année ne s'embarrassait pas avec l'effort de fréquenter ceux et celles qui ne l'intéressaient pas. Et elle n'était pas du genre à laisser filtrer ses émotions, bien au contraire, affichant un véritable mur aux camarades qu'elle ignorait. Par conséquent, dans cette pièce, seul Narcisse, son partenaire d'entraînement au combat et au duel, ressentit toute la fureur de son amie. Et il en frissonna, comprenant en un éclair la raison d'un tel courroux.

Klee était une spécialiste du chapardage. Et cette petite fiole qu'il avait vue... Il aurait pu avoir le temps de la récupérer pour la rendre à sa camarade, mettant ainsi un terme à cette histoire sans autre péripétie.

Le temps manqua. Le temps de réaction, le temps pour comprendre, le temps pour analyser et pour répondre. Ce fut à peine si Narcisse put pivoter pour assister, impuissant, au bond de Klee dans son chaudron, heureusement refroidi. Peut-être avait-elle pensé qu'il s'agissait d'une cachette ? Peut-être avait-elle sauté dedans par accident, épuisée et effrayée, pensant atterrir ailleurs ? L'explosion qui détonna l'instant d'après balaya toutes ces questions, envoyant valdinguer Narcisse en arrière, et couchant ses camarades à même le sol. Seuls ceux et celles aux réflexes les plus affûtés purent seulement se protéger le visage de leurs bras, avant de finir à terre.

« KLEE !! »

Aveuglé par l'explosion, les cheveux en pétard et carbonisés, le visage marqué de suie, Narcisse bondit sur ses pieds. Il crut voir le plafond devenir plancher, et manqua de perdre l'équilibre, les oreilles sifflantes, sa propre voix sonnant en écho dans son crâne. Quelques quintes de toux, la professeure se remettait plus vite que les élèves, et passait déjà en revue les éventuels blessés. Merlin merci, plus de peur que de mal, et Onyx avait profité du chaos ambiant pour s'éclipser, préférant se faire discrète.

Aucun débris n'avait touché quiconque, et le souffle de l'explosion fut apparemment disproportionné par rapport aux dégâts causés. Narcisse s'aplatit sur la table, les bras rougis par l'explosion, fixant la tâche noire, là où se trouvait, il y a encore une seconde, son chaudron.

Volatilisé. Et Klee avec.

Un pieu transperça son cœur. Il refusait d'y croire, c'était impossible. Il n'avait utilisé aucun ingrédient dangereux, et s'il avait déjà fait exploser des potions par le passé, jamais l'effet n'avait été aussi grave. Il voyait flou, et craignit d'avoir été touché à l'œil, avant de retirer ses lunettes pour laisser ruisseler les larmes qui l'aveuglaient.

« Klee... oh merde... c'est pas...
Scouic... »

Quelques exclamations retentirent lorsque le couinement salvateur retentit. Les jambes coupées par l'émotion, Narcisse rampa jusqu'au coin de la pièce, là où une petite boule noire gisait. Couverte de suie, les poils hérissés par l'explosion, doublant son volume normal, la petite Klee toussotait en régurgitant le liquide nauséabond.

« Oh, putain... t'es vivante. »

De la fiole, rien ne semblait demeurer. Ni de la potion, ni du chaudron. Il aurait pu s'en soucier, mais rien n'était plus important que le moment où elle vint se blottir contre son visage et qu'il la saisit dans ses mains. La laissant se frotter doucement contre sa joue mouillée, il ignora même l'émule autour de lui, des élèves qui se remettaient de leurs émotions en se recoiffant, ou de ceux qui nettoyaient les dégâts, et même la professeure qui s'apprêtait à l'amener, lui et Klee, à l'infirmerie. Rien n'avait d'importance, si ce n'était le fait que Klee était vivante, et il l'espérait, indemne.
« Brando, n'insistez pas, vous resterez en observation, cette nuit. On ne sait pas quelles peuvent être les conséquences de cette explosion sur vous, surtout avec un tel mélange d'ingrédients.
— Mais, et Klee ?!
— La professeure Cavell l'a examiné. À part quelques brûlures légères, et un sacré traumatisme, elle va bien, un peu comme vous. Le plus dur a été de correctement la nettoyer, paraît-il. »

L'infirmier Diarmuid O'Belt demeurait parfaitement calme, ignorant les réclamations de Narcisse, qui, pour rien au monde, ne voulait passer une nuit à l'infirmerie. Toujours un peu phobique de l'endroit, l'infirmier avait même dû lui préparer un calmant, qui ferait effet plusieurs heures. Quelques pansements parsemaient le visage de l'adolescent, mais les brûlures ne laisseraient heureusement aucune trace. Ses cheveux calcinés repousseraient, et n'auraient que pour conséquence, pendant un mois ou deux, de rendre sa tignasse noire encore plus indomptable. L'adolescent était solide, et l'adulte avait l'habitude de le voir passer pour des blessures plus graves que celles-ci.

« Mais... Klee aime pas l'infirmerie...
— Rassurez-vous, elle aussi a reçu un calmant. Prenez le vôtre, à présent, c'est mieux pour vous deux. »

Un dernier soupir inquiet. L'adolescent tenait le petit corps de sa boursouflette contre lui, dans le creux de son coude, tandis qu'elle dormait profondément. De temps à autres, une petite secousse agitait sa patoune, et elle se collait davantage contre son humain. Après s'être mordillé la lèvre, Narcisse récupéra finalement le breuvage.

« Attendez... »

Trop tard, l'adolescent descendit la boisson d'un trait, pour finalement manquer de s'étouffer en toussant jusqu'à expulser ses poumons. Le visage rougit, les yeux en pleurs, il regarda, ébahi, la fiole vide.

« Kof ! KOF ! Euarg, mais, c'est dégueulasse ! EURH !
— Vous ne m'avez pas laissé le temps de vous prévenir. C'est en effet une potion fort peu agréable à boire. »

Il ne pouvait malgré tout s'empêcher de sourire en reprenant la fiole, se relevant pour laisser l'élève et son animal de compagnie en paix. S'arrêtant sur le pas de la porte, il se tourna vers l'adolescent, qui n'avait déjà plus d'yeux que pour Klee.

« Gardez à l'esprit que les animaux ne sont normalement pas acceptés à l'infirmerie. »

Petite mise en garde cordiale, mais sincère, et Narcisse en prit bonne note en souriant. De toute manière, il se trouvait dans l'une des chambres d'hospitalisation de l'infirmerie. Des box individuels, six au total, particulièrement hauts de plafond, et isolés du reste de l'infirmerie. Aucun risque donc, que Klee ne s'échappe pour répandre à nouveau le chaos. L'extinction des feux ne perturba même pas Narcisse, qui continuait de surveiller sa boursouflette. Il comptait bien rester éveillé aussi longtemps que possible, juste au cas où.

Une minute seulement après le début de sa lutte contre le sommeil, il s'était déjà enfoncé dans le plus profond des repos, induit par la potion calmante.

04 mars 2026, 18:23
Quoi ? Klee a été métamorphosée en humaine, et veut conquérir le monde avec ses nouveaux pouvoirs ?!
CHAPITRE I

Les rêves ne sont pas toujours aisés. Pour la plupart, ils demeureront éternellement une source de questionnement pour le rêveur. Ceux qui rêvent d'une relation interdite seront certainement perturbés toute la journée, malgré ce petit sourire en coin, tandis que ceux qui cauchemardent de leur pire peur risquent de ne plus vouloir fermer l'œil. Les rêves et les cauchemars forgent notre sommeil, et par extension, notre quotidien. Certains s'amusent à leur chercher une interprétation, d'autres y naviguent aisément et les modulent à leur guise, et enfin, certains n'en font tout simplement pas. Il existe probablement autant de rêves que de rêveurs, et chercher à en faire l'inventaire serait vain.

Narcisse n'échappe pas à la règle, et fait même partie de ceux aux nuits particulièrement remplies de rêves, ou de cauchemars, de temps à autres. Bien qu'il s'en souvienne peu, il sait qu'il rêve, toutes les nuits. Sa position changeant parfois du tout au tout entre le moment où ses paupières se ferment et celui où elles se rouvrent, difficile de penser autrement. Surtout lorsqu'il est malade et alité, les rêves s'enchaînent, tous plus absurdes les uns que les autres, le laissant parfois plus épuisé au réveil qu'à l'endormissement.

Cette nuit n'y fit pas exception.

Il était au lit, le même que celui dans lequel il s'était endormi. Et tout semblait normal, en apparence. L'obscurité était presque totale, si ce n'était les petites veilleuses magiques, et la lumière de la lune transparaissant à travers la fenêtre. Le silence était lui aussi absolu, et rien ne semblait perturber son sommeil. Rien, mis à part une petite pression sur sa poitrine. Une infime lumière qui filtrait au travers de ses paupières, et la pression sur sa poitrine qui s'accentuait. Alors il s'autorisa à ouvrir les yeux, pour en savoir plus.

Drôle de rêve, lui-même en fut étonné. Par la normalité et l'absence de choses fantastiques, si l'on omet cette pression étrange. Peut-être s'était-il tout simplement réveillé ? Peut-être, oui, c'est possible. Mais dans ce cas, que faisait cette petite fille sur son lit, enveloppée dans une couverture, qui le fixait avec de grands yeux verts, scintillant dans le noir ?

« Coucou ! »

La petite voix résonna jusqu'aux confins de ses oreilles. Elle fixait, comme il la fixait, tous deux avec les yeux écarquillés. Elle devait avoir l'âge qu'il avait lorsqu'il est entré à Poudlard, et en plissant les yeux, il put distinguer le rose de ses longs cheveux raides. Son visage était plutôt rond, et de petites tâches de rousseur, roses également, parsemaient toute la zone autour du nez. Quelle étrange couleur, lui qui croyait que les teintures étaient interdites à Poudlard ? Qu'importe, dans un rêve, tout n'a pas à être logique, après tout. Mais il avait froid, et pour cause, elle venait de lui piquer sa couverture, non mais oh ! Heureusement qu'il était en pyjama, sinon...

« J'ai faim ! »

Un épouvantable frisson le prit de court. La petite était accroupie au bout du lit, emmitouflée dans la couverture, la faisant ressembler à une grosse boule de tissu, dont la tête ressortait. Une espèce de gros insecte, avec deux petites pattes, voilà ce à quoi pensait Narcisse en la regardant. Et il aurait pu se mettre à rire, car il riait souvent dans ses rêves.

Sauf que le rêve avait l'air beaucoup trop réel. Toutes les sensations étaient là, le froid, les draps sur sa peau, ses vêtements. Il voulut attraper sa baguette, sur la table de nuit. Dans ses rêves, il ne pouvait jamais utiliser sa baguette, aussi, c'était une sorte de test, simplement pour voir si...

Elle était là. Le bois, sous ses doigts, les picotements si distinctifs lorsqu'il la saisit. Par réflexe, il détourna le regard de l'enfant, sentant une boule glaciale grandir dans sa gorge pour glisser jusqu'à sa poitrine.

Un bruit de tissus, il sentait le matelas s'enfoncer sous le poids de l'enfant qui s'approchait de lui. Il s'immobilisa. Elle était là, derrière lui, il pouvait la sentir. Pourquoi bloquait-il ainsi ? Elle n'était qu'une enfant, et elle n'avait pas l'air de lui vouloir du mal. Alors pourquoi tous ses sens étaient en alerte, et pourquoi sa poitrine se contractait-elle sous la terreur ? Il se força à déglutir, la gorge sèche. Ne pas rester immobile, peut-être que s'il... un peu de lumière, il avait besoin de lumière !

Il pivota, brusquement, le souffle court, les doigts gourds, son cœur s'était mis à battre dans ses oreilles.

« Lumos !
— Narc, j'ai faim !
— WAAAAAAAAAAAAAAH !! »

Le visage de l'enfant s'était approché du sien en un battement de cils. Le hurlement de Narcisse résonna dans toute l'infirmerie, réveillant jusqu'au dernier élève présent. Plaqué contre le mur, lâchant sa baguette qui clignotait, éclaircissant l'enfant aux cheveux roses de façon intermittente, il peinait à reprendre son souffle. Il tendait sa main pour essayer de mettre de la distance entre lui et elle, mais elle continuait de le fixer !

« Narc !
— Oui, oui c'est moi ! Tu veux quoi ?
— Manger ! »

Mais qu'est-ce que c'était que cette embrouille ? Le contact froid du mur finit de le convaincre qu'il ne rêvait pas : une enfant était entrée dans sa chambre et avait volé sa couverture ! Mais qui était-elle ? Il ne connaissait personne avec les cheveux roses, et il ne reconnaissait pas le moins du monde cette petite. Elle s'approcha encore, et il se colla davantage au mur, qu'est-ce qu'elle... était-elle en train... de le renifler ? De petites inspirations agitaient les narines de l'enfant, qui hocha la tête d'un air convaincu, en s'asseyant sur le lit comme s'il lui appartenait.

« Narc ! À moi !
— Mais qu'est-ce que...
— Brando ! Que signifie ce... »

Il y eut comme un petit malaise. O'Belt débarqua en trombe dans le box de Narcisse, baguette en main, illuminant brusquement la pièce. Il était de toute évidence prêt à sévèrement réprimander l'adolescent pour avoir ainsi hurlé en pleine nuit, mais le spectacle qui s'offrit à lui aurait clos le bec de n'importe qui. L'enfant aux cheveux roses se redressa en un éclair. Et vive comme un serpent, elle bondit sur l'infirmier en hurlant de plus belle !

« INFIRMIER ! À MOI ! »

Narcisse était véritablement atterré, ses yeux menaçaient de jaillir de ses orbites tant ses paupières s'écarquillaient. L'enfant était en train de... de mordre O'Belt ? Toujours enroulée dans sa couverture, elle utilisa tout son poids pour le renverser, avant de gober son poignet qui tenait la baguette pour y planter ses quenottes. Lorsqu'il entendit les autres élèves commencer à paniquer, un coup de jus électrisa son cerveau, et l'instant d'après, il était debout. S'interposant entre l'infirmier qui se débattait en tentant de ne pas blesser l'enfant, et cette dernière qui n'avait de toute évidence pas la même sollicitude, il tenta de lui faire lâcher prise.

« Lâche ! Arrête, ça va pas la tête !
— GRRRrrrr ! »

Sans crier gare, l'enfant lâcha l'infirmier en grognant, avant de pivoter d'un bond. Avec une agilité extraordinaire, elle sauta au-dessus de Narcisse dans un salto périlleux arrière, pour revenir atterrir sur le lit. Pris au dépourvu, l'adolescent l'avait laissé partir, et ne put que la fixer d'un air ébahi.

« Mais que se passe-t-il, par Merlin ? Cessez immédiatement, jeune fille, qui êtes-vous ?
— J'AI FAIM ! »

Figé sur place, Narcisse se fit repousser par l'infirmier qui le protégea de son bras, brandissant de nouveau sa baguette pour éclairer la pièce. L'inconnue continuait de grogner, avant de finalement se dissimuler derrière le lit, ne laissant dépasser que sa tête des draps dans lesquels elle était enveloppée, et du matelas. Narcisse était de plus en plus perturbé, et il ne pouvait détacher ses yeux de l'enfant, et elle non plus. Tous deux se fixaient, sans comprendre, avant que l'infirmier n'intervienne une ultime fois.

« Mademoiselle, qui êtes-vous ? Je ne me rappelle pas vous avoir déjà vu, comment êtes-vous entrée ? »

Un silence. L'enfant avait déposé ses mains sur le lit pour se cacher derrière, et se recroquevilla de plus belle. Ses yeux verts allaient de droite à gauche, de bas en haut, comme si son cerveau tournait à plein régime, en quête de la réponse qu'elle ne voulait pas donner.

« K... »

Narcisse et l'infirmier tendirent l'oreille, ignorant l'attroupement d'élèves qui s'était amassé derrière eux pour observer la scène. L'enfant semblait chercher ses mots, se tordant le visage, plissant les yeux, comme si cela lui coûtait mille efforts.

« Kl... Klee ! Moi Klee !! »

Elle semblait satisfaite d'avoir réussi. Mais seul un colossal silence lui répondit, malgré l'engouement se lisant aisément sur son visage. L'adolescent la fixait, ébahi, avant de pouffer d'un rire soulagé. Oui, un rêve, ce n'était qu'un rêve, la preuve venait d'arriver. Il déplaça donc le bras de l'infirmier pour se rapprocher du lit, d'un air confiant et plus léger.

« Ah ouaiiis, mais oui c'est évident, et du coup, la boursouflette sous l'oreiller, c'est... »

Il s'attendait à trouver Klee sous l'oreiller, comme à son habitude. Mais lorsqu'il souleva le coussin, rien ne s'y trouvait. Alors il se pinça, fort. Son esprit bloquait encore sur la vérité qui lui sautait aux yeux, mais à laquelle il ne pouvait pas se résoudre. Toute la pièce semblait tourner, et il manqua de chuter lorsque le plafond devint le sol un court instant.

« Mais... C'est... »

Impossible ? Oui, il tenta de s'en convaincre en retournant le lit, les draps, le matelas. Il appelait sa boursouflette en la cherchant dans tous les sens. L'enfant aux cheveux roses s'était mis à rire, pointant Narcisse du doigt de son air rieur et moqueur, déblatérant des morceaux de mots incompréhensibles. Saisi par une rare colère, Narcisse bondit alors pour la saisir par la couverture, la soulevant de terre aussi facilement que s'il s'agissait d'une plume.

« Arrête tout d'suite ! T'es qui ?! T'as fait quoi d'Klee, et...
— Moi Klee, hihi ! »

L'infirmier s'avança au moment où l'adolescent s'immobilisa de nouveau. En saisissant l'enfant, il aperçut une épaule dénudée. Le sol pivota à nouveau sous ses pieds. Il vida tout l'air de ses poumons, sa poitrine écrasée par une masse de plomb glacial, avant de déposer la petite au sol pour mieux l'envelopper dans la couverture.

Elle était totalement nue. C'était impossible. Il ne sentit même pas la main sur son épaule, lorsque Diarmuid, l'infirmier, voulut lui parler. Il ne l'entendit pas. Seule cette humaine, face à lui, continuant de lui tirer la langue et de jaboter sans cesse des absurdités, semblait exister à ses yeux. Bouche bée, proprement, il sentit ses genoux céder sous son poids. Narcisse ne s'était jamais évanoui d'émotion de sa vie, mais il crut bien que cela allait arriver, en cet instant.

« Oh-oh, Narc bobo !
— Brando ! »

Diarmuid attrapa l'adolescent, tandis que Klee s'accroupit à côté de lui pour saisir ses joues et le forcer à la regarder. Des yeux verts, scintillants, presque comme fluorescents. Et ces cheveux roses... ce rose... L'instant flottait en suspension, comme une poussière devant le soleil, projetant une ombre fragile et hésitante sur le mur. Incapable de détourner le regard, il leva une main tremblotante pour la poser sur l'une de celles qui enserraient ses joues. Les mains étaient petites, mais tellement fortes.

« K... Klee ?
— Ouaip ! Yo, Narc ! »

Yo, Narc.

L'adolescent ne se souvint plus vraiment des moments qui suivirent cette phrase, mais quelques bribes demeuraient. Dont, notamment, une impression particulièrement marquante, et tenace. Un sentiment absurde, mais tellement réel qu'il ne pouvait l'oublier. Une joie débordante, occultant tout le doute et toute l'hésitation qui semblaient étrangers chez Klee. Tout son opposée en cet instant, elle sautillait et frétillait en ronronnant autour de lui, ne semblant pas réaliser l'énormité de la situation.

Quoi ? Klee a été métamorphosée en humaine ?