La fragile idylle
TW : Rapport sexuel passé insinué, nudité suggérée
Vendredi 7 avril 2051
07h12
Reducio
Honor Brando, 44 ans Reducio
Claire Harper, 38 ansReducio
Oscar Brando, 42 ans
Et ce matin-là n'y fit pas exception.
Le soleil commençait tout juste à poindre ses rayons au-travers des volets, légèrement entrouverts. Perçant l'obscurité fuyante de la chambre, éclairant les quelques particules poussiéreuses en suspension. L'ancienne militaire demeura allongée sur le dos, en contemplant le plafond, avant d'inspirer profondément, ses paupières de nouveau closes. Tous les matins, elle se réveillait avant Oscar. En silence, sans un mot, elle le gratifiait toujours d'une marque d'amour. Un baiser, une embrassade, sans jamais le réveiller. Et à moins qu'il ne la retienne, elle se levait comme un serpent et disparaissait pour le laisser dormir en paix. Elle aimait cette paix du quotidien, le confort délicat de cette douce routine.
Dans un bruit de draps qui se froisse, elle sentit l'âme à côté d'elle se retourner.
Un frisson la traversa. Peut-être que si elle demeurait parfaitement immobile, la chaleur qui commençait à envahir ses joues retournerait d'où elle venait. Peut-être que si elle ignorait que la personne qui était à côté d'elle n'était pas Oscar, elle pourrait retourner dormir.
"Coucou..."
D'un air ensommeillé, la voix pâteuse et les cheveux en bataille, Claire passa son bras sur la poitrine d'Honor et déposa sa joue sur son épaule.
"T'es trop confortable..."
Que s'était-il passé hier soir ? Pourquoi, après avoir embrassé Oscar sur le canapé, et lui avoir souhaité bonne nuit, se retrouve-t-elle dans le mauvais lit ? Elle avait également embrassé Claire, quelques instants auparavant, et la blonde avait été la première à aller se coucher. Comment diable les choses s'étaient-elles passées ?.. Avait-elle demandé à Oscar s'il était d'accord ? Ou bien était-ce lui qui lui avait soufflé, tout malicieux qu'il était, d'un air entendu ? Pourquoi tout lui avait paru si naturel hier soir, lorsque plus rien ne semblait facile désormais ?
Tout était incertain, le moindre de ses gestes, la moindre de ses décisions créait un doute aussi béant d'une plaie ouverte. Et si Oscar regrettait ? Et s'il avait passé la nuit en torture, à douter et à s'inquiéter ? Et si...
"J't'entends penser."
Claire s'était redressée, laissant glisser la couverture jusqu'à sa hanche. Ses cheveux en bataille cachaient les rayons du soleil et s'illuminaient sous cette lumière. Dans son sourire, Honor se sentir rougir de plus belle, et détourna le regard, sa main cachant le bas de son visage. Un petit rire s'échappa de la blonde, qui vint déposer la sienne sur la joue de son amie, sans détourner le regard un seul instant. D'une force qu'Honor ne lui connaissait pas, elle appuya sur sa joue pour lui faire pivoter la tête.
Honor voulut parler, et leva les bras pour temporiser, Claire la stoppa d'un baiser.
Silencieusement, avec tendresse, arrachant au visage de l'ancienne militaire une myriade de fourmillement délicieux. Après une seconde d'hésitation, Honor se laissa aller, et l'enlaça contre elle en se demandant depuis quand Claire était devenue aussi entreprenante ?
"T'étais moins timide hier soir."
Et voilà la blonde gloussant comme une dinde avant de bondir hors du lit pour échapper à la riposte d'Honor, qui piqua le plus gros fard de ces derniers jours.
"Oh, toi...
— Quoi, moi ?"
Claire s'était déjà penchée dans son armoire à vêtements, après avoir laissé tomber la couverture, Honor demeurait bouche-bée. Trop de choses ne collaient plus, trop d'éléments aberrants s'imposaient à elle, et de façon beaucoup trop naturelle pour qu'elle ne s'en offusque. Et c'était ce manque de remise en question qui semblait la chagriner. À son tour, dans un fluide mouvement, Honor s'assit au bord du lit, tombant sur ses vêtements de la veille, laissés en plan à même le sol.
Une nouvelle vague d'immobilité la frappa de plein fouet. Ses mains frottèrent sa nuque, ses coudes soutinrent le poids de son torse, posés sur ses genoux. Elle cherchait au plus profond d'elle-même la moindre trace de regret, se maugréant de n'en trouver aucun. L'ancienne militaire était tant absorbée par ses tracas qu'elle ne sentit pas son amie s'approcher d'elle par derrière. D'une voix rieuse, elle l'enlaça, passant ses bras autour de ses épaules et laissant ses mains glisser jusqu'à son ventre.
"Et dire qu'Oscar survit à ça depuis des années... Rappelle-moi de ne plus trop le taquiner.
- Claire..."
Son ton se voulut inquisiteur et sévère. Mais lorsqu'elle releva la tête pour regarder son amie, elle fut incapable de maintenir les traits de son visage en place. Entre elles, tout était parfait. Trop parfait, tout s'emboîtait de façon trop évidente. Longtemps, elles se regardèrent en silence, en souriant. Leurs yeux se détachaient de temps en temps pour parcourir le visage de l'autre, jusqu'à ce qu'Honor ne prenne la main de son amie. Leurs lèvres s'approchèrent, elle tenta de parler dans un souffle.
"Je..."
Immobile, de nouveau, Claire le sentit, et bougea rapidement ses lèvres pour simplement déposer un baiser au coin de la bouche d'Honor. L'ancienne militaire l'en remercia infiniment. En silence, bien évidemment. Elle attrapa ensuite l'une des mains de la blonde et la serra tendrement.
"J'ai beaucoup de mal à le dire. Mais tu sais.
- Je te rassure, moi aussi."
Je t'aime. Ces mots ne réussissaient pas à quitter la gorge d'Honor. Moi aussi, Claire choisissait de répondre aussi bien aux doutes de son amie qu'aux sentiments qui se dégageaient de ce silence.
Une vibration résonna sur la table de nuit. Leurs deux portables, en même temps. Un regard échangé, et Claire bondit pour réceptionner les téléphones, ne se gênant pas pour regarder aussi bien son écran que celui de son amie. Cette dernière fit semblant de s'en insurger avant de se lever pour ramasser ses fringues.
"Eh, et la vie privée alors ?
- Ça vaaa, c'est Oscar, sur le groupe."
Leur petit groupe à trois, sur WhatsApp. Honor se figea. Elle savait qu'elle ne pourrait pas se débarrasser de son sentiment d'effroi avant d'avoir pu lui parler. Son visage se plissa, avant qu'elle ne réussisse à expirer.
"Que dit-il ?"
Elle s'attendait au pire. Elle savait, au fond d'elle, qu'il ne serait rien, mais une part d'elle aurait eu l'impression de le mériter. Les ongles de son amie tapotaient l'écran, avant qu'elle ne réponde.
"C'est une photo ! On a du courrier !"
Toutes deux pivotèrent. Claire pour montrer l'écran, Honor pour le regarder.
Oscar était confortablement assis dans la cuisine, emmitouflé dans sa robe de chambre, un café posé sur la table devant lui. Son sourire illuminait l'image, et rassurait les deux femmes. De sa main libre, il tenait une enveloppe, qu'Honor reconnut sans peine. Narcisse leur avait écrit. Un message accompagnait la photo : Petite surprise pour quand les deux amoureuses émergeront des bras de Morphée (ou d'autres bras, cela va sans dire) !
Après un instant d'ébahissement, les deux femmes rirent en chœur. Brièvement, mais de façon tellement rafraichissante. Claire se leva pour refermer sa chemise de nuit, dégageant son visage d'une mèche.
"Cet homme est fou, et c'est qu'il se croit drôle, le pire !
- Doucement jeune fille, c'est de mon mari dont tu parles."
Honor voulu en rajouter une couche, malgré son sourire. Mais l'émanation de parfum qui s'échappa de Claire lorsqu'elle passa à côté d'elle suffit à lui clore le bec. Cette dernière semblait en avoir conscience, et lui lança un baiser avant de passer le pas de la porte. S'arrêtant juste avant de la refermer, elle ne laissa dépasser que la moitié de son visage, lançant une œillade entendue à son amie.
"Je vais me doucher, tu viens ?"
Honor soupira en fermant les yeux. Et puis quoi encore ?
Reducio
- Identité du/des PNJ (Prénom, Nom) : Honor Brando, Claire Harper et Oscar Brando
- Lien avec le PJ : Mère, marraine et père
- Lien dans le répertoire : Ici
- Ce RP aura-t-il un impact sur mon PJ ? Oui
- Si "oui", impact envisagé : Ce RP permet de préparer celui avec @Alyona Farrow. Cette dernière va venir aider Narcisse à apprendre Protego, mais la famille est encore hésitante à l'accueillir, et il est important d'écrire leurs réactions à Narcisse qui annonce à la dernière minute qu'il invite une sorcière à la maison.
- Lien avec le PJ : Mère, marraine et père
- Lien dans le répertoire : Ici
- Ce RP aura-t-il un impact sur mon PJ ? Oui
- Si "oui", impact envisagé : Ce RP permet de préparer celui avec @Alyona Farrow. Cette dernière va venir aider Narcisse à apprendre Protego, mais la famille est encore hésitante à l'accueillir, et il est important d'écrire leurs réactions à Narcisse qui annonce à la dernière minute qu'il invite une sorcière à la maison.
La fragile idylle
"J'ose espérer que vous m'avez laissé un peu d'eau chaude ?"
L'interrogation amusée d'Oscar en direction des deux femmes, toujours en train de descendre les escaliers, silencieusement embarrassées. Aucune des n'avaient pris la peine de se sécher les cheveux, au risque de trop faire attendre le professeur, désormais confortablement installé sur le canapé. Elles s'échangèrent un regard, hésitantes, mais rassurées par le sourire sincère de l'homme, qui semblait ne même pas attendre de réponse. Il s'était déjà replongé dans sa lecture matinale, son index balayant de temps à autre sa tablette, probablement en train de consulter d'inintéressants articles.
Honor saisit le poignet de son amie, qui se rangea derrière elle en rougissant, dissimulant le bas de son visage derrière l'épaule de la militaire. Elle huma une dernière fois son parfum, avant de regarder intensément son mari, l'air grave.
"Oscar... On doit te... Avec Claire, on a...
— C'était plutôt évident, et donc ?"
Sans attendre la fin de la phrase, il pivota doucement, en rajustant ses lunettes, d'un air quelque peu confus. Ses sourcils se froncèrent lorsqu'il déposa sa tablette, mais son sourire retenait un éclat euphorique et malicieux.
"Les boules quies ont des oreilles.
— Oh, c'est pas vrai..."
Là où Honor se figea sur place en piquant un fard, Claire éclata de rire dans sa main en se pliant en deux. Oscar ne put que pouffer en retour, retirant ses lunettes pour reprendre.
"Inutile d'en faire tout un plat, personne ne vous demande de faire vœu de chasteté entre vous, ce serait infiniment triste.
— Et... ça ne te dérange toujours pas ?
— Ai-je l'air dérangé, mon amour ?"
Tandis que Claire reprenait son souffle en se redressant, Oscar s'était déjà levé pour venir embrasser sa femme avec un sourire. La blonde posa son bras sur l'épaule de son amie, toute aussi soulagée qu'elle de pouvoir constater que l'homme ne souffrait pas le moins du monde. Elles espéraient déjà cela, elles avaient espéré de toute leur âme ne pas avoir franchi la ligne de trop. Mais au vu de sa réaction, elles pouvaient probablement se tranquilliser, le sujet semblait clos, pour le plus grand bonheur de tous.
La militaire soupira profondément en embrassant Oscar sur le front, ce qui le fit glousser de plaisir, avant qu'il ne lui prenne la main pour l'amener dans la cuisine. Sur la table, attendait l'enveloppe, que l'homme n'avait pas encore ouvert.
"Maintenant que les lèves-tard ont daigné faire acte de présence...
— C'est un fonctionnaire qui dit ça... Pouffa Claire en allant prendre son café.
— Libérale va. À toi l'honneur, ma chérie ?"
Honor s'était déjà servie son assiette d’œufs brouillés et de haricots verts, qu'Oscar avait déjà préparé et laissé au chaud. Elle hocha la tête doucement en récupérant le courrier. Tous trois s'assirent les uns après les autres, Claire et Oscar s'échangeant quelques piques qui laissaient petit à petit place à une conversation plus normale.
La militaire profitait toujours de pouvoir toucher ces communications. À cette époque de totale dématérialisation, sentir physiquement les mots de son fils avait quelque chose d'intense. Qu'importait pour elle son contenu, au final, le simple fait qu'il pense à eux suffisamment pour leur écrire suffisait à réchauffer son cœur. Avec une délicatesse rare, elle décacheta l'enveloppe pour commencer la lecture des lignes.
"Si ça continue comme ça, ils me taxeront bientôt chaque euros que je gagne en consultation...
— Claire, tu gagnes 150 euros par séance, et tu te plains ?
— Eh ! J'ai pas taffé dix ans pour..."
Oscar l'interrompit en pivotant brusquement vers Honor, lorsqu'il entendit un cliquetis de fourchette inhabituel. Depuis le temps, il connaissait sur le bout des doigts les habitudes et les bruits d'Honor. La façon dont elle mangeait, et il avait appris à identifier la moindre anomalie. Et le regard qu'il eut en posant ses yeux sur elle suffit à faire pâlir Claire, qui oublia soudainement toute l'importance de sa conversation.
"Honor, qu'est-ce qui se passe ?"
Tous deux se levèrent en chœur pour s'approcher d'Honor, qui tremblait désormais en tenant la lettre. Claire fut la première à poser une main sur l'épaule de son amie. Ce fut une erreur, Oscar n'eut pas le temps de la prévenir, il n'avait d'yeux que pour sa femme. La militaire pivota d'un bloc, affichant un visage de pierre et un regard qui transperça la psychiatre jusqu'au plus profond de son âme.
En un battement de cils, Claire mesura la puissance de son amie, sa force et sa dangerosité. Depuis leurs longues années d'amitié, elle pensait savoir à quel point Honor était dangereuse. Mais jamais encore elle n'avait expérimenté en première ligne l'émotion de se retrouver face à elle lorsqu'elle était dans cet état. Le regard n'était pas dirigé contre elle. Et elle avait beau le savoir, un infime gémissement s'échappa d'elle lorsqu'elle recula, comme frappée d'un choc électrique.
D'une main de maître, Oscar réagit sans hésiter. Avec une douceur infinie, il posa ses doigts sur le poignet de sa femme, pour rediriger ce regard vers lui.
"Honor, que dit la lettre ?"
Une question rationnelle face à ce regard de folie. Enfin, elle cligna des yeux, et elle se souvint qu'elle devait respirer. Toute l'aura meurtrière s'enfuit en un éclair, pour ne laisser place qu'à un bloc de glace, vidé de toute émotion. La lettre glissa de ses doigts, Oscar la récupéra discrètement pour la mettre de côté, ignorant son contenu pour le moment. Elle serra de toutes ses forces la main de son mari, avant de jeter un regard vers Claire, qui tremblotait contre un mur en silence.
"Désolée. C'est passé."
La blonde hésita, et regarda Oscar, qui secoua doucement la tête. Il savait mieux que personne qu'il fallait laisser les choses couler, et à l'inverse, qu'il ne fallait pas brusquer Honor. Elle le remercia intérieurement, et rassemblant son courage, elle s'approcha à son tour, mais sans toucher son amie.
Ce fut à cet instant que cette dernière eut un geste auquel Oscar ne se serait pas attendu. De son autre main, elle attrapa celle de Claire, et s'y accrocha. L'homme en ressenti un profond soulagement, et une joie sans borne. Mais pas un mot, pas encore. La militaire inspira, encore, et finit par rouvrir ses lèvres, d'une voix morne, mais froide.
"Désolée. Un silence, un regard vers la lettre. C'est bien Narcisse. Il va bien, juste, il... Bordel."
Elle lâcha les mains qui la tenaient, pour plonger son visage contre ses paumes en soufflant de plus belle. Le bout de ses doigts frottèrent ses paupières, Oscar ressentit tout le conflit en elle.
"On est là."
Un encouragement simple, court, de la part d'Oscar. Claire l'accompagna en silence, se contentant de poser une main sur l'épaule dure de son amie. Une bonne minute s'écoula encore, et tous deux savaient pertinemment que leur amie était en train de chercher ses mots. Elle voulait être exacte et juste, et ne pas laisser de place pour l'émotion irrationnelle, qu'elle voulait visiblement balayer.
Enfin, lorsqu'Honor abaissa ses mains pour laisser apparaître ses yeux, c'est dans un bref éclat de rire jaune qu'elle reprend.
"Quel idiot. Il va inviter Alyona chez nous, passer quelques jours ici. C'est elle qui va le ramener chez nous."
Oh, si Oscar et Claire avaient beau aimer Honor de tout leur cœur, il eurent beau chercher, mais ne purent comprendre en quoi une telle nouvelle avait pu provoquer pareille réaction chez la militaire.
L'interrogation amusée d'Oscar en direction des deux femmes, toujours en train de descendre les escaliers, silencieusement embarrassées. Aucune des n'avaient pris la peine de se sécher les cheveux, au risque de trop faire attendre le professeur, désormais confortablement installé sur le canapé. Elles s'échangèrent un regard, hésitantes, mais rassurées par le sourire sincère de l'homme, qui semblait ne même pas attendre de réponse. Il s'était déjà replongé dans sa lecture matinale, son index balayant de temps à autre sa tablette, probablement en train de consulter d'inintéressants articles.
Honor saisit le poignet de son amie, qui se rangea derrière elle en rougissant, dissimulant le bas de son visage derrière l'épaule de la militaire. Elle huma une dernière fois son parfum, avant de regarder intensément son mari, l'air grave.
"Oscar... On doit te... Avec Claire, on a...
— C'était plutôt évident, et donc ?"
Sans attendre la fin de la phrase, il pivota doucement, en rajustant ses lunettes, d'un air quelque peu confus. Ses sourcils se froncèrent lorsqu'il déposa sa tablette, mais son sourire retenait un éclat euphorique et malicieux.
"Les boules quies ont des oreilles.
— Oh, c'est pas vrai..."
Là où Honor se figea sur place en piquant un fard, Claire éclata de rire dans sa main en se pliant en deux. Oscar ne put que pouffer en retour, retirant ses lunettes pour reprendre.
"Inutile d'en faire tout un plat, personne ne vous demande de faire vœu de chasteté entre vous, ce serait infiniment triste.
— Et... ça ne te dérange toujours pas ?
— Ai-je l'air dérangé, mon amour ?"
Tandis que Claire reprenait son souffle en se redressant, Oscar s'était déjà levé pour venir embrasser sa femme avec un sourire. La blonde posa son bras sur l'épaule de son amie, toute aussi soulagée qu'elle de pouvoir constater que l'homme ne souffrait pas le moins du monde. Elles espéraient déjà cela, elles avaient espéré de toute leur âme ne pas avoir franchi la ligne de trop. Mais au vu de sa réaction, elles pouvaient probablement se tranquilliser, le sujet semblait clos, pour le plus grand bonheur de tous.
La militaire soupira profondément en embrassant Oscar sur le front, ce qui le fit glousser de plaisir, avant qu'il ne lui prenne la main pour l'amener dans la cuisine. Sur la table, attendait l'enveloppe, que l'homme n'avait pas encore ouvert.
"Maintenant que les lèves-tard ont daigné faire acte de présence...
— C'est un fonctionnaire qui dit ça... Pouffa Claire en allant prendre son café.
— Libérale va. À toi l'honneur, ma chérie ?"
Honor s'était déjà servie son assiette d’œufs brouillés et de haricots verts, qu'Oscar avait déjà préparé et laissé au chaud. Elle hocha la tête doucement en récupérant le courrier. Tous trois s'assirent les uns après les autres, Claire et Oscar s'échangeant quelques piques qui laissaient petit à petit place à une conversation plus normale.
La militaire profitait toujours de pouvoir toucher ces communications. À cette époque de totale dématérialisation, sentir physiquement les mots de son fils avait quelque chose d'intense. Qu'importait pour elle son contenu, au final, le simple fait qu'il pense à eux suffisamment pour leur écrire suffisait à réchauffer son cœur. Avec une délicatesse rare, elle décacheta l'enveloppe pour commencer la lecture des lignes.
"Si ça continue comme ça, ils me taxeront bientôt chaque euros que je gagne en consultation...
— Claire, tu gagnes 150 euros par séance, et tu te plains ?
— Eh ! J'ai pas taffé dix ans pour..."
Oscar l'interrompit en pivotant brusquement vers Honor, lorsqu'il entendit un cliquetis de fourchette inhabituel. Depuis le temps, il connaissait sur le bout des doigts les habitudes et les bruits d'Honor. La façon dont elle mangeait, et il avait appris à identifier la moindre anomalie. Et le regard qu'il eut en posant ses yeux sur elle suffit à faire pâlir Claire, qui oublia soudainement toute l'importance de sa conversation.
"Honor, qu'est-ce qui se passe ?"
Tous deux se levèrent en chœur pour s'approcher d'Honor, qui tremblait désormais en tenant la lettre. Claire fut la première à poser une main sur l'épaule de son amie. Ce fut une erreur, Oscar n'eut pas le temps de la prévenir, il n'avait d'yeux que pour sa femme. La militaire pivota d'un bloc, affichant un visage de pierre et un regard qui transperça la psychiatre jusqu'au plus profond de son âme.
En un battement de cils, Claire mesura la puissance de son amie, sa force et sa dangerosité. Depuis leurs longues années d'amitié, elle pensait savoir à quel point Honor était dangereuse. Mais jamais encore elle n'avait expérimenté en première ligne l'émotion de se retrouver face à elle lorsqu'elle était dans cet état. Le regard n'était pas dirigé contre elle. Et elle avait beau le savoir, un infime gémissement s'échappa d'elle lorsqu'elle recula, comme frappée d'un choc électrique.
D'une main de maître, Oscar réagit sans hésiter. Avec une douceur infinie, il posa ses doigts sur le poignet de sa femme, pour rediriger ce regard vers lui.
"Honor, que dit la lettre ?"
Une question rationnelle face à ce regard de folie. Enfin, elle cligna des yeux, et elle se souvint qu'elle devait respirer. Toute l'aura meurtrière s'enfuit en un éclair, pour ne laisser place qu'à un bloc de glace, vidé de toute émotion. La lettre glissa de ses doigts, Oscar la récupéra discrètement pour la mettre de côté, ignorant son contenu pour le moment. Elle serra de toutes ses forces la main de son mari, avant de jeter un regard vers Claire, qui tremblotait contre un mur en silence.
"Désolée. C'est passé."
La blonde hésita, et regarda Oscar, qui secoua doucement la tête. Il savait mieux que personne qu'il fallait laisser les choses couler, et à l'inverse, qu'il ne fallait pas brusquer Honor. Elle le remercia intérieurement, et rassemblant son courage, elle s'approcha à son tour, mais sans toucher son amie.
Ce fut à cet instant que cette dernière eut un geste auquel Oscar ne se serait pas attendu. De son autre main, elle attrapa celle de Claire, et s'y accrocha. L'homme en ressenti un profond soulagement, et une joie sans borne. Mais pas un mot, pas encore. La militaire inspira, encore, et finit par rouvrir ses lèvres, d'une voix morne, mais froide.
"Désolée. Un silence, un regard vers la lettre. C'est bien Narcisse. Il va bien, juste, il... Bordel."
Elle lâcha les mains qui la tenaient, pour plonger son visage contre ses paumes en soufflant de plus belle. Le bout de ses doigts frottèrent ses paupières, Oscar ressentit tout le conflit en elle.
"On est là."
Un encouragement simple, court, de la part d'Oscar. Claire l'accompagna en silence, se contentant de poser une main sur l'épaule dure de son amie. Une bonne minute s'écoula encore, et tous deux savaient pertinemment que leur amie était en train de chercher ses mots. Elle voulait être exacte et juste, et ne pas laisser de place pour l'émotion irrationnelle, qu'elle voulait visiblement balayer.
Enfin, lorsqu'Honor abaissa ses mains pour laisser apparaître ses yeux, c'est dans un bref éclat de rire jaune qu'elle reprend.
"Quel idiot. Il va inviter Alyona chez nous, passer quelques jours ici. C'est elle qui va le ramener chez nous."
Oh, si Oscar et Claire avaient beau aimer Honor de tout leur cœur, il eurent beau chercher, mais ne purent comprendre en quoi une telle nouvelle avait pu provoquer pareille réaction chez la militaire.


