Wick, Ecosse Et si la fin n'était qu'un début ? PV Alyona Farrow

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27 décembre 2049
Quelque part le matin


Les pas chassent l’eau cimentant le sable. Leurs pieds pourraient laisser croire qu’elles assèchent le sol mais dès qu’elles sont plus loin, le liquide reprend ses droits. C’est toujours la même histoire avec l’océan, il vous laisse passer mais ne pensez pas être plus fortes que lui. C’est un géant qui vous protège, et encore, dirons-nous plutôt qu’il vous tolère tant vous êtes insignifiant.

Ivanovna vient souvent ici, elle a ses habitudes et ses… commodités. Une petite bicoque invisible aux moldus, un endroit où elle peut laisser en tout sérénité ses affaires, vêtements, serviette… c’est là qu’elles se sont changées. Vana porte une combinaison noire à l’aspect écaillé. Cela donne un effet de lumière en forme de vaguelettes sur du sombre, il faut le reconnaître, si la couleur était autre, on verrait une sirène à rendre les hommes fous d'amour. Surtout qu’à la plage, il lui est impossible de cacher ses seins. Ce n’est pas Alyona qui y verra quelque chose de… mais enfin… pourquoi les hommes délirent-ils à ce point sur eux ? Ses petits pieds sont maquillés de noir sur les ongles, une vraie panthère à la crinière de lionne.
Dans ces conditions météorologiques, les cheveux des jeunes sorcières volent dans tous les sens, encore plus avant d’être allées se baigner. L'eau sera froide mais sa tenue l’en protège. Et puis, en fait, la baignade n’est dans l’esprit d’Ivanovna qu’un prétexte permettant de prolonger encore le plaisir de partager ce temps avec Aly. Hortensia… Elle a choisi cette fleur pour se rappeler combien la cuisine de sa grand-mère était ancrée dans cette terre écossaise si proche de la mer. L’arrière goût encore présent, plus dans son coeur qu’au palais permet à Vana d’imaginer que tout n’est qu’une continuité infinie, la forêt, l’ancêtre, l’autre ancêtre, le dîner, la plage, à jamais ensemble. Les gens qui se connaissent depuis longtemps n’ont pas toujours besoin de mots pour peupler les silences. En fait, les silences sont l’agent actif le plus puissant, la démonstration qu’entre deux entités il n’existe plus le moindre espace vide. Pas même une fusion, il faudrait un mot mais elle ne le trouve pas. Et ne veut pas esquiver en cherchant dans les sciences un palliatif. Saoule de ces jours, ivre mais sans les effets. La mer, qui avance à cette heure, réduisant peu à peu la plage mais générant des vagues puissantes. La mer à l’écume bourgeonnante. Si le sable côté terre n’était pas aussi sec, à renvoyer des grains de lui qui finissent par piquer le visage, tout serait parfait.

- Je m’imagine ici dans quelques années avec mes enfants, à leur apprendre la mer comme on me l’a apprise. Je ne me souviens d’aucune leçon, j’étais si petite. C’est ma grand-mère qui m’a raconté. Mère nous plongeait dans l’eau dès que nous savions marcher. Nous venions souvent même si l’été nous étions en Russie L’océan est moins froid qu’un immense lac sibérien. Enfin disons que… comme il faut bouger pour qu’il ne t’emporte pas…

Vana se souvient bien d’une conversation autour de ça, nager...surnager…

- Notre vie était simple, et joyeuse.

Elle perçoit une force issue des profondeurs du sol, comme une énergie vitale, la sève de la terre. Rien n‘a besoin d’être modifié en cet instant. C’est le paradis perdu, retrouvé. Tout son passé de Wick en ces minutes.
Les cheveux d’Aly sont un peu plus organisés. Malgré le vent, ils lui donnent des airs de prêtresse millénaire, autre force tellurique. Aly ne le sait pas mais elle renferme en elle la puissance de vie des grandes sorcières. Cela, Vana ne peut le concevoir. Cet état les dépasse. Par moments tout s’équilibre et c’est alors seulement que les forces se lisent, apparaissent. L’instant est rare, Ivanovna le sent, qui ferme les yeux pour mieux en sentir l’importance, s’en imprégner.

- Et c’est encore le cas.

...Grâce à toi, pense-t-elle sans oser le dire. Vana a beaucoup parlé, donné. Un trop-plein, qu’elle ne regrette en rien mais il ne faudrait pas réduire ces heures à une seule personne. Cet amour aux formes difficiles à définir, elle le ressent dans ses viscères. Si la vie lui enlève Aly… non, ne même pas y penser. Rester là, prendre la main de son amie, la main, pas que le bras mais la main. Comment peut-on nommer le mariage entre deux sœurs de coeur ? Il faudrait un nom, il faudrait étendre nos vocabulaires pour qu’enfin les nuances puissent trouver expression. Il est des alliances impossibles à nommer. Hommes de droit comme alchimistes perdent tous leurs cheveux à inventer des mots. Fusion, fédération, combinaison. Rien ne va, rien ne convient. Compagnon, camarade semblent plus efficaces et pourtant tellement faibles. Il faudrait vraiment plus, qui traduise l’intensité des choses. Les mots ne sont rien face aux actes.

Wick, Ecosse Et si la fin n'était qu'un début ? PV Alyona Farrow
27 DÉCEMBRE 2049, MATIN
WICK, ÉCOSSE,

Alyona, 20 ans,


Nous remontons le long des côtes le fil de notre vie. Les pierres sont comme des boutons qui recouvrent les souvenirs ; lorsque vous en détachez une, elle révèle un creux à l'abri des tempêtes et du temps, que l'éclat du soleil en frôlant réveille. Me reviennent ainsi les balades près des côtes anglaises de l'Institut, les cavités où il m'est arrivé de discuter à l'abri du vent et du bruit des vagues, ou encore l'embrun de la mer qui entre par les fenêtres de l'école quand celles-ci sont ouvertes. L'écume et le sable forment un voile qui nous habille d'histoires. Lorsque l'aiguille traverse nos pommettes et court sur nos chevilles nues ; c'est le vent qui nous pique et nous façonne au fil de l'eau. L'azur nous est une cape contre laquelle l'hiver ne peut rien.

Vêtue d'une inhabituelle robe de bain au tissu moulant mais pas inconfortable, je savoure l'humidité du sable sous la plante de mes pieds, et la force du vent qui déroge mes cheveux à la règle du paraître exemplaire et soigné. Plus la vie m'emporte, moins je m'accroche à l'élégance dont on m'a vanté l'importance et les mérites ; je deviens fille formée dans la boue, femme à la coiffure simple, botaniste aux paumes calleuses ; et cela me plaît. Près de Vana, plus encore, je me sens devenir moi-même. Alors tout le reste, toutes les incertitudes, les formalités, les responsabilités pesantes, plus rien n'a d'importance. Nous sommes protégées par l'armure fine et pourtant solide de l'embrun.

Mon regard flotte, détaché, satisfait. Désormais, lorsque je regarde la mer, j'y vois de moins en moins une ennemie, une menace. Elle m'accompagne dans mon parcours, de l'Écosse à l'Angleterre, toujours à mes côtés, toujours à l'orée de mes sens. J'apprends doucement à en dompter les flots, ou plutôt principalement à les accepter, à m'y retrouver entourée mais pas démunie. Bien sûr, un malaise persiste, ma méfiance est tenace et ma crainte non moins existante, mais elle se dissout, se dilue, et comme ces déchets moldus qui flottent entre les vagues, elle finira sûrement par disparaître. J'ai confiance. Depuis combien de temps n'ai-je pas tourné mes yeux vers l'avenir avec cette sérénité tellement fortifiante et réconfortante ? C'est l'effet Vana, pensé-je, accompagnant l'idée d'un sourire.

La main de mon amie trouve la mienne tandis que les échos de ses paroles dessinent des tableaux sur la tapisserie de mes réflexions. J'y vois quelques vagues, peut-être est-ce la même plage ou peut-être en est-ce une autre, et la sœur qui est désormais la mienne avec des enfants à ses côtés, rayonnants. Un jour, sa petite maison de Wick débordera de rires et de pas précipités, de yeux pétillants et de petites mains aventureuses, et même Fleur s'y plaira quand le passé renaîtra de ses cendres sous la forme d'un avenir plein de promesses.

« Et demain, elle le sera aussi », annoncé-je avec certitude.

Je lis dans les rides de la mer le bonheur à venir.

Nous avons tant parlé du passé ces derniers jours, Vana, nous en avons reparcouru les rives, allant parfois jusqu'à sentir la force de ses houles sur notre cœur tonnant. C'était aussi doux qu'éprouvant, et j'ai l'impression que si nous avons retraversé ces déserts où nous pensions que plus rien ne pouvait pousser, c'est justement pour rebâtir sur ces ruines, pour transformer la terre sèche en oasis, pour planter entre les fissures des arbres qui deviendront immenses, qui recouvriront le sol et couvriront le ciel, et près desquels nous pourrons nous poser, nous allonger, ou nous abriter dans l'ombre de leur cime. Le présent que nous avons est en train de guérir, et les lumières y coulent comme des veines d'or.

« Et tu leur raconteras aussi cette période, les promenades entre deux révisions, et les différences entre ces côtes et celles de l'Institut, le calme de celles-ci, et la fraîcheur des vagues... Tu leur parleras d'aujourd'hui comme on parle d'hier, en sachant que tout était différent... »

Une part de moi aimerait déjà y être, comme une curiosité qui voudrait dès maintenant goûter à la vie promise. Pourtant, je sais aussi me satisfaire de ces minutes lentes et agréables, où l'avenir ressemble à un rêve que rien n'a altéré, et qu'on peut dessiner comme on le voudrait.

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Wick, Ecosse Et si la fin n'était qu'un début ? PV Alyona Farrow
La plage, ses étendues infinies de sable fin pénétrant les interstices de nos membres même quand il est humide, constitue pour Ivanovna un terrain éternellement merveilleux. C’est ici qu’elle a appris à en aimer la simplicité. Territoire délimitant deux réalités, lieu du passé comme de l’avenir, elle a forgé la sorcière, au temps de la petite enfance mais pas uniquement. En Sibérie, une plage fut son premier retour dans le monde des humains. Une autre fut celle de la fuite effrénée vers sa liberté, de là on gagne sa vie ou alors elle nous quitte.

Les premiers mots d’Aly, elle ne les comprend d’abord pas. Sans doute ne les écoute-t-elle qu’à moitié, pas aussi finement qu’elle devrait. Car, chacune à leur manière, les deux sœurs avancent dans un monde parallèle, entre méditation et fuite vers une réalité permettant la rêverie. Et puis… Vana revient sur terre avec les derniers mots d’Aly. Hier tout était différent. Tellement vrai, tellement cruel. Aujourd’hui, son océan est calme, non pas la pétole comme le craignent les navigateurs moldus. Juste une brise permettant d’avancer sans le moindre risque. Pour un peu, elles entendraient le chant des baleines, les vraies déesses de cette immensité liquide. Dans son esprit, l’image de Circéia se superpose avec celle d’Alyona. Etrange, involontaire et presque douloureux. Car aucune n’est exactement l’autre et il ne faudrait pas faire peser sur les épaules d’Aly la folie de l’aînée. Si Ivanovna reconnaît aisément qu’Aly est bien sa sœur, elle est une autre et pas une substitution magique de celle qui portait la robe verte, gardée par la cadette comme une précieuse relique. Vana se rend compte qu’elle ne connaît pas si bien que cela Alyona Farrow. Elles ont pensé études, amitié, soutien et découverte insouciante des tréfonds de l’Institut. Mais Aly. Son Aly… demeure un mystère. Plutôt plusieurs d’ailleurs mais à bien y réfléchir c’est un bienfait. Elle n’aura pas trop d’une vie pour découvrir ce qui se cache dans ce corps apparemment fragile. Elle s’arrête un instant, regarde Alyona dans les yeux, sans rien ajouter. Ni vraiment chercher. Sans même contempler. En ces instants de la vie, on sent le vrai. Le pur. On éprouve un intense sentiment, vivre, sans plus attendre ni espérer. Juste des animaux pensants que les instincts guident et conduisent non pas seulement au hasard mais sur une destinée que seuls les astres et les centaures sauraient interpréter. Qui pourra prétendre qu’il est nécessaire de prononcer un serment inviolable pour que des liens se créent. Récurrente sensation, qu’elle éprouve sans doute pour la première fois, et qui la traversera souvent dans la suite de son existence. « J’ai une sœur. Elle n’est pas à moi, bien évidemment mais pourtant j’ai une sœur. Comprenez-vous ? »…

- A moins que ce soit à moi de comprendre…

Ivanovna verbalise une pensée à elle seule destinée. Bien sûr, Alyona ne peut en saisir le sens. En elle, ces mots réveillent Vana qui sent à nouveau le sable entre ses pieds.

-... je leur dirai que jamais les choses ne demeurent immobiles. Nos vies sont un mouvement perpétuel. Et c’est quand on s’arrête pour en prendre la mesure qu’on en perçoit le rythme.

Le mot juste serait pulsion. Mais elle n’y pense pas en ces termes. Pas en cet instant. Ivanovna est porteuse viscérale de ce pouvoir magique. Donner la vie. Pas la seule graine posée ici ou là. La terre, nourricière, celle qui met des saisons entières pour faire pousser le blé. Ces idées-là ne sont encore qu’embryonnaires même si elles déterminent son combat juridique. Le nom n’est qu’une étape. Son prologue. Pour bien faire elle devrait aborder ces questions avec Alyona. Mais l’on défriche ces sujets à l’âge des idioties, action ou vérité… Elles ne sont plus adolescentes. Il faudra du temps, une… opportunité pour qu’elles en parlent.

- La plage, tu vois, je me dis qu’ici on vit le plus beau paradoxe. La mer est stoppée net. Et pourtant elle s’agite. Cette idée me fascine. La lutte des éléments…

Divination, Arithmancie, Astronomie… tant de matières dont elle a délaissé l’étude. Ou qu’elle a juste été dans l’incapacité de travailler… Et qui lui manquent aujourd’hui, fruit poussé en dehors du verger théorique de la vie. Voilà le prix à payer quand on a vécu en dehors de l’école et de ses prodigalités. Une pierre brute, que son enveloppe élégante maquille à grand peine.

- Aujourd’hui est un jour simple.

Wick, Ecosse Et si la fin n'était qu'un début ? PV Alyona Farrow
C'est lors de ces moments lents et sereins que je me sens le mieux. La mer est aussi calme que mon cœur, et les vagues qui viennent poser sur le littoral la marque de leur écume sont dépourvues de toute hostilité. Rien n'est amer, rien n'est épineux. Tout est semblable à la lente et régulière respiration d'un enfant endormi après une journée éreintante ; on l'observe du coin de l'œil avec un sourire, attendrie et comblée : c'est pour ces instants essentiels qu'on trouve la force de traverser les tempêtes. Un visage endormi, heureux... Méditer est chose aisée dans ces conditions ; il suffit de tourner son œil vers l'intérieur de soi, la pupille pleine de ces merveilles sereines, et les paysages qui se construisent alors dans l'esprit apaisé rivalisent avec la quiétude d'un plateau écossais. Le vent pourrait y passer, il n'y changerait rien. Tout est calme, tout est beau, tout est agréable. Que rien ne s'altère... Que le passé acerbe s'éloigne, et que le futur se fasse petit dans son antre de mystère. Que rien ne change, oui, que rien ne change.

Les paroles de mon amie me traversent sans me troubler, même cette réflexion dont je ne peux pas deviner les fondements et qu'elle arrache à ses pensées. Côte à côte, nous marchons dans la même direction, presque entremêlées, et pourtant nous suivons des fils différents, et pourtant nous n'avons pas besoin de chercher à comprendre l'autre... C'est simple, c'est évident.

Peut-être sommes-nous en quelque sorte en train de prendre la mesure de nos vies, comme Ivanovna le suggère. Quelles conclusions pouvons-nous en tirer ? Qu'en gardons-nous pour la suite ? Il est difficile de trouver un compromis entre l'observation minutieuse et réfléchie et le point tranchant, froid, qui veut rédiger des conclusions et chercher des pistes d'amélioration. Prendre la mesure... Est-ce que cela demande de vouloir changer ce qu'on découvre ? Je n'en suis pas bien sûre. Si on se plaît dans la vie menée, dans l'instant qui ondule, même en ayant conscience des imperfections, des soucis et des faiblesses, pourquoi chercher à transformer ? Si je devais faire le point... Je ne changerais rien. J'ai confiance dans le mouvement initié.

Marcher m'encourage à planter mes songes entre deux tas de sable. Je sème mes envies sans en faire de promesses.

« J'aimerais bien m'éloigner de Godric's Hollow après l'Institut... Et peut-être revenir ici, en Écosse. Ou m'installer en Irlande... Trouver un coin de terre à moi, près des grandes plaines... »

Il n'y a aucun lien entre mes dires et ceux de Vana. Je suis le courant de mes pensées, énonçant à voix haute ce qui passe, partageant, confiant. S'installer... Trouver un coin à soi... J'ai bon espoir.

La présence d'Ivanovna est rassurante. Après les jours que nous avons traversés, je me sens véritablement liée à elle ; je pourrais même confier ne m'être jamais sentie aussi proche de quelqu'un. Les portes de ma forteresse s'ouvrent sans grincement. Peut-être que mon amie ne s'en rend pas compte. Le littoral écossais se superpose à celui de mes pensées, qui flotte à ma hauteur. Une de mes mains glisse dans l'eau pour en effleurer les idées.

« Je pense que j'essaierai aussi de me remettre aux sortilèges et aux duels. J'aimerais bien réussir à obtenir un Patronus corporel. Je n'en suis pas loin... »

Et dans le silence, je savoure, m'étonne, me redécouvre. Les vagues ont-elles toujours été aussi éclatantes ? Je ne les avais jamais observées de cette manière. Elles roulent, majestueuses, écrasant les angoisses. Et enfin, je trouve le mot qui me manquait, comme si elles le murmuraient à mon oreille : il règne ici et dans mon cœur une harmonie sans pareille, et j'ai envie de croire qu'elles existent l'une grâce à l'autre. La mer, la plage, les vagues, le bleu, Vana... Et moi.

« Tu as raison, reconnus-je soudainement, la plage est un beau paradoxe. Et on s'y sent bien... On y reviendra, c'est sûr », conclus-je avec un sourire ravi, qui déjà se projette et trace l'avenir sur le sable.

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Wick, Ecosse Et si la fin n'était qu'un début ? PV Alyona Farrow
Les rêves d’Alyona nourrissent les pensées de Vana. Des bonheurs simples, grandir, en soi et en magie. Se réaliser comme disent les grandes personnes ou les conseillers d’orientation. Ou ce qui en tient lieu. Ivanovna se rappelle tout d’un coup le mal fou qui a été le sien quand il s’est agi d’apprendre à faire sortir de sa baguette un patronus. Que de mois passés à s’y essayer, vainement. Et puis… en fait, elle y est parvenue par une volonté peu commune. La même qui la mène pas à pas à la réussite de ses études supérieures. Au début, elle était déçue de voir sortir un être si petit, quasiment misérable… Circéia avait l’ours, elle une libellule. Mais elle a vite compris que justement, c’était leur différence, matérialisée en une seule cause. L’aînée était petite, l’ours la protégeait, sous-espèce sibérienne… A elle le fléau des marécages, ennemi juré des midges et autres moustiques de la toundra. Et puis, quatre ailes en moins d’un gramme, un miracle même pour la magie. Si Vana avait pu choisir c'eut été l’écureuil mais notre coeur décide pour nous. A ce sujet… Alyona duelliste ? Une idée qui a le don de scier en deux Vana. Rien dans les attitudes connues de son amie ne laisse transpirer ce genre… d’appétences. D’où cela peut-il bien sortir ? Dans sa branche paternelle, la famille d’Ivanovna a des influences, une prédisposition mais Alyona… Elles n’en n’ont jamais parlé, peut-être les Farrow ont-ils des talents cachés ? En ce cas Aly est une dissimulatrice hors pair et cela, Ivanovna ne peut le concevoir. Aurait-elle besoin de protection ? Se sent-elle menacée ? A moins… qu’un beau jeune sorcier ne soit un duelliste lui-même et que… mais là encore l’esprit créatif d’Ivanovna l’emmène sur des terrains fertiles question fantasmes mais la crédibilité de tout ça est friable…

- … te remettre aux duels ?

Elle n’en dit pas plus. La Sibérie lui a appris deux choses, elle serait douée dans ce genre de circonstances, combattre, se défendre et savoir se cacher… Mais l’autre chose qu’elle en a retenue, c’est un dégoût profond pour tout ça. La mort de Circéia a confirmé cette ligne de vie. S’il le fallait, elle mourrait pour protéger Alyona, c’est certain. En cela, l’instinct d’une mère, pour nocif qu’il puisse être, s’applique, faisant d’elle une grande sœur qui ne dit pas son nom. Mais choisir de combattre… Dans le même temps, elle ne rejette pas totalement cette... éventualité, comme si malgré son écoeurement, elle savait devoir peut-être un jour en avoir… l’usage. Cette contradiction provoque en elle une irritation qu’un sourcil marque nettement, haut qu’il est un instant dessus l‘oeil droit d’Ivanovna.

- Les patronus, c’est surtout une affaire de souvenir puissant. Un truc bon pour les ASPICs, dans la vie courante ce n’est pas utile. Enfin… c’est satisfaisant de réussir je te l’accorde.

Elle pourrait proposer à Alyona de l’aider mais ce serait inverser leurs relations. C’est toujours Vana qui est aidée, changer les habitudes semble maladroit. Inavnovna n’ose pas, sans doute parce qu’elle craint d’échouer, et aggraver les choses.

- Je sais que tu en es capable, il faut trouver dans ton coeur ton plus beau souvenir.

Alors elle hésite. Pourquoi ne pas en lancer un avec comme support Alyona et non plus Circéia ? Au fond d’elle, Vana sait combien Aly est sa matrice. Mais il ne faut pas. Ce serait insulter les morts. Respect. Respect des morts comme des vivants. Il faut savoir ne pas trop vouloir en montrer. C’est aussi cela devenir sage.

- Peut-être qu’il apparaîtra quand tu auras trouvé ta propre maison, ta propre destinée ? Je ne sais pas s’il faut toujours respecter un calendrier. Marcher à un an, parler à deux… Chacun a sa propre horloge…

Elle a beau jeu de prétendre cela, il est vrai qu’elle a le luxe de pouvoir prolonger les études. Sa propre horloge biologique ne semble pas avoir été enclenchée.

- Ou peut-être que tu l’as en toi sans l’avoir compris comme tel pour l’instant … ?!

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Pourquoi les duels ? En réalité, ce ne sont pas tant eux qui m'attirent que la magie en elle-même. Les duels ne sont qu'une pratique facilement accessible, qui me permet dans le fond de garder la prise, de m'entraîner et de me sentir toujours liée à l'usage de magie hors du quotidien, dans un cadre qui offre la possibilité d'en employer excessivement, de puiser en soi sans compter, de faire des choses grandioses et de se sentir vivre avec une intensité peu commune. Les duels sont un prétexte pour délier ma baguette et travailler mon instinct. Car, en toute honnêteté, je suis peu à l'aise dans ce domaine d'attaque et de défense ; assaillir, combattre, affronter voire même agresser ne sont pas choses aisées, ils nécessitent d'aller au-devant d'une barrière de calme et de paix que je porte comme un parfum, ils me demandent de me dépasser, et ne m'offrent ainsi parfois qu'une douleur qui n'est pas la mienne, tirée jusqu'à moi par une angoisse sourde et frissonnante. Et pourtant, en passant outre, les duels me libèrent. Ma magie se renforce et s'affirme, j'y découvre la sensation d'une autonomie et d'une force que je ne trouve nulle part ailleurs, et dans le déploiement de mes ruses, de mes automatismes et de mes connaissances, dans la mise en pratique de ce que je sais et l'affrontement d'obstacles grandissants, je trouve une exaltation puissante qui m'aide à m'affirmer.

Je garde pour les duels et la magie toutes les inquiétudes enfouies qui me figent, toutes les colères qui m'angoissent et me blessent, et tous les espoirs déçus qui fanent sur mon cœur ; je les transforme en une énergie maîtrisée sur laquelle j'ai la main. C'est mon exutoire, ma créativité, l'exercice qui m'entretient et m'appartient. Cela m'aide aussi à rester à l'aise avec ma magie, à conserver un niveau correct dans le lancer de sortilèges, soutenu par une méditation régulière, qui rend mes recherches mêlant magie et botanique plus accessibles.

Un sourire léger flotte sur mes lèvres en réponse à l'interrogation de mon amie.

« Oui, les duels ! Pour continuer à utiliser ma magie et ne pas me rouiller... Ce serait malheureux de ne plus savoir lancer un sort ! »

Je ne sais pas si Ivanovna partage mon point de vue. Je doute de l'apercevoir un jour aux loges d'Hécate. Trouve-t-elle cela étrange que je souhaite m'engager davantage dans cette voie ? Est-ce quelque chose qu'elle ne soupçonnait pas de moi ? Il faut avouer que sur ce point, je cache peut-être bien mon jeu ; qui pourrait croire qu'une sorcière passant son temps entre plantes et fleurs soit aussi désireuse de lancer un Lashlabask ou un Expecto Patronum ? Je crois que c'est aussi ce fait qui me séduit : être capable d'étonner, devenir le temps d'un instant celle que l'on n'attend pas de moi, et peut-être aussi ressembler à ma mère, être digne de la force qu'on prête à son éducation à Durmstrang, la surprendre elle en n'étant pas la jeune fille fragile qu'elle pourrait craindre que je sois ; m'en sortir par moi-même, me défendre sans aide, ne pas frissonner pour une égratignure, comme pour une tache de boue, et faire face, me relever, corriger, avancer. Je suis capable d'autonomie, je n'ai besoin de personne pour me défendre.

C'est pour cela qu'il me faut réussir à obtenir un patronus corporel, pour me prouver que j'en suis capable, même si, comme l'étudiante en anti-poison le souligne si justement, ce n'est pas forcément un sort utile dans la vie de tous les jours... Et cependant, si j'en ai besoin à un moment, il me sera précieux de savoir le lancer.

« C'est vrai, reconnais-je, ce n'est pas le sort le plus nécessaire dans la vie courante. Mais j'ai l'impression qu'en attendant, persister dans l'échec fait de moi une sorte de “demi-sorcière”, enfin peut-être juste pour moi, mais j'ai envie de réussir, même si ce n'est sûrement qu'une histoire de souvenir. »

Je hoche doucement la tête. Peut-être que le souvenir est là mais que je l'ignore, ou peut-être qu'il reste encore à venir... Qui sait ? Il n'est pas aisé de plonger en soi à la recherche d'une vérité. L'exercice est ardu et dangereux ; on se perd souvent en chemin. Est-ce la raison pour laquelle toutes mes tentatives demeurent vaines ? Ce n'est pas improbable.

« Tu as certainement raison. »

Et puis, amusée, presque joueuse : « Tu penses que mon patronus volera, comme le tien ? Ou peut-être que ce sera juste un animal de la terre, comme un chien ou un mammifère. »

Je rêve et m'étire dans les songes.

« Mais ce n'est pas important », conclus-je, un sourire sur les lèvres, satisfaite de cette balade sans chercher à y accrocher des espoirs ou des images. « Une fois que je le saurai, cela me paraîtra sûrement inutile. »

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C’est peut-être la première fois. L’incompréhension, la maladresse ou plus sûrement la bêtise. Ivanovna a honte de ce qu’elle vient de dire, comprenant l’effet des mots sur son amie. Elle ne le voulait pas. Et il n’y a rien à expliquer davantage. Une fois les mots prononcés, quand le geste est réalisé, le sort émerge, d’une manière ou d’une autre. Son effet dépend aussi de la cible et Vana a mal jugé Aly. Sans doute la magie, par ses aspects instinctifs, est plus développée en Ivanovna quand il s’agit de défense. Elle préférerait parler auto-défense mais au final, quelle est vraiment la différence ? A ses yeux, Alyona est un être doux quand une réelle force habite le corps d’Ivanovna. Il est vrai que cette puissance a été construite par la vie, éprouvée par elle. C’est presque inconscient. Si elle a mis du temps à produire un patronus, c’est qu’elle manquait de la discipline que seuls les professeurs savent transmettre ; la rigueur de celui qui sait déjà. Qui connaît le chemin, pouvant à loisir le montrer si nécessaire pour ceux qui, incrédules, croient tout savoir. Ou pensent ne rien savoir ce qui revient au même. Non, se défendre n’est pas inutile. Au sens où cela peut servir, Ivanovna le sait. Mais en même temps, elle exècre l’usage que l’on fait de la force. Car un sorcier est fort, il est toujours plus puissant qu’un moldu même si cela n’en fait pas un être supérieur.
Le silence qu’elle perçoit n’est pas le fruit d’une nature arrêtée tout d’un coup. Les vagues se brisent toujours, au loin sur les rochers. Et la musique des mouettes n’a pas cessé. C’est en elle que le vide s’est construit, fruit de sa maladresse et d’une impossible couture. Ce genre de déchirure ne se répare pas. Une cicatrice de plus dans ce coeur qu’Alyona reconstruit patiemment sans jamais en avoir pris mesure.

- Une demi-sorcière ?

Quelle imbécilité. Ah ça non alors. Il n’y a rien de médiocre dans la magie d’Aly. Elle est élégance, sensibilité et une certaine beauté, celle du nos quotidiens, quand on n’a pas besoin de flonflons pour sentir la vie. Elle lui dirait bien des choses un peu rugueuses, des « tu plaisantes j’espère » ou bien... « n’importe quoi ! ». Mais Vana est désarçonnée, sans voix ni autre voie pour se sortir du piège. Il faudrait exprimer les souffrances causées par ces pulsions magiques qu’à raison on dit noires. Raconter les effets de tel ou tel sort ou pire, les mains sur soi. Ce serait insuffisant. Et le problème est autre. Le manque de confiance. Il faut un Konstantin, voilà ce dont elle a besoin, un mentor, un conseiller de l’ombre. Et cela, Vana sait qu’elle ne peut pas l’être assez efficacement. Car elle est à la hauteur d’Aly, pas au-dessus. Je ne peux pas te tirer vers le haut, je suis à ton niveau, nos efforts seront vains, c’est….le poids des vérités primordiales, les lois de la physique qui s’appliquent à tous, sorciers ou pas.
D’une certaine manière, Ivanovna sent la colère monter. Contre elle-même et contre la magie. Contre la vie surtout qui s’ingénie toujours à penser Sibérie. C’est une litanie. Le passé nous hante à jamais. Mais c’est aussi de lui qu’Aly puisera la force d’un jour générer l’écureuil. Peut-être une coccinelle… C’est dommage que les patronus soient « incolores », Aly serait changeante, jamais le même duo sur le dos de la bête. Un patronus métamorphomage, l’idée lui plait mais il n’existe pas sauf dans les rêves des petites filles et elles ont passé l’âge. De peu mais c’est trop tard.

- Si tu veux vraiment mon avis, ton patronus sera bien différent de ce que tu espères. Je verrais bien un buffle, quelque chose d’implacable. Tiens, un éléphant !

Une pirouette. C’est tout ce qu’il lui reste pour se tirer d’affaire. Mais la honte siège en elle, comme une compagne ingrate qui vous dévore le coeur. Ivanovna a failli, elle le sait. Tout comme elle sait qu’Aly n’en fera pas grand cas, gardant sans doute en elle ses émotions profondes.

- Quelle idiote je fais...

Wick, Ecosse Et si la fin n'était qu'un début ? PV Alyona Farrow
Quelque chose... que je ne saurais pas décrire, me donne tout à coup l'impression que mon amie a vu son enthousiasme chuter entre les falaises des côtes écossaises. C'est peut-être un détail dans son allure, ou l'intonation de sa voix, ou juste un sixième sens propre aux amis, une impression qui murmure et à laquelle on accorde attention, par prudence, par reconnaissance, parce que c'est une question d'amitié, justement. C'est elle qui m'enjoint à glisser mon bras sous celui d'Ivanovna, dans un bras-dessus bras-dessous peut-être insignifiant pour certains mais dans ce cas-là porteur d'un silencieux « je suis avec toi et je tiens à toi », dans un sens propre avec ce geste qui me fait me tenir au bras de ma sœur. Nous avons passé ces derniers jours ensemble, ce n'est pas au matin de mon départ que des sentiments tachés de gris nous sépareront.

Je rougis quand elle répète le terme employé, presque mal à l'aise en y repensant, à savoir qu'il a franchi mes lèvres. Une demi-sorcière, oui, mais c'est idiot, personne n'est demi-sorcier, on a accès à la magie ou on n'y a pas accès, il n'y a pas d'entre-deux. Les capacités... sont difficiles à mesurer, et plus encore à comparer ; les remettre en question n'a pas de sens, chaque sorcier fait ce qu'il veut de sa pratique, ce n'est pas parce que l'un est plus ou moins doué que l'autre qu'il mérite davantage le terme de sorcier. Mais tout de même, ne pas réussir ce sortilège ! Je le lance correctement pour faire apparaître un Patronus incorporel, mais quand il s'agit d'un Patronus corporel, rien ne vient... Oh, assurément j'y parviendrai plus tard, à force d'entraînements et de volonté, mais en attendant, mais maintenant... Non, ce n'est pas important, ce n'est pas essentiel à ma qualité de sorcière, et puis si j'ai mis Vana mal à l'aise avec cela, je préfère ne plus en parler.

Pourtant, je ne peux pas m'empêcher de m'amuser de ses suppositions. Un buffle ? Un éléphant ? Quelque chose d'implacable ? Je ris, surprise.

« Parce que tu trouves que je suis quelqu'un d'implacable ? » Un sourire s'étire sur mon visage tandis que je hausse les sourcils pour lancer à Vana un regard étonné. « Je n'ai jamais vu d'éléphant, je ne sais même pas exactement où cela vit ! » Je lui donne un petit coup de coude gentil en secouant la tête. « Tu racontes n'importe quoi... Un buffle ! » Je glisse ma main devant ma bouche et rit, imaginant l'animal impressionnant sortir de ma baguette. Moi qu'on dit si sage et calme, avoir pour Patronus une telle bête ! Oh, sans doute que cela en surprendrait plus d'un, et moi la première.

Quant à la dernière phrase qui sort des lèvres de mon amie, je la voyais encore moins venir que les précédentes, et elle me trouble parce que je ne lui trouve pas d'explication. Pourquoi se meurtrir de la sorte ? Est-ce donc là que réside l'ébranlement senti plus tôt ? Dans une déception ? Mais pourquoi ? Je ne peux pas en vouloir à Ivanovna de s'accuser, j'ai été la première à articuler que je craignais d'être une demi-sorcière, mais je ne peux pas non plus la laisser dire ça sans la corriger, parce qu'une part de moi se révolte. Une idiote, mon amie ! Une idiote capable d'entrer à l'Institut et de rebâtir seule une maison, de déjouer le destin et de se relever de ses cendres, de faire fi du passé pour construire son avenir avec toute la force de son caractère.

Je secoue la tête, incapable de m'empêcher de ne pas nier ses propos.

« Là, tu dis vraiment n'importe quoi... Une idiote ! » Je baisse la voix, prudente et pourtant de plus en plus assurée dans mes propos à mesure que j'en tire le fil. « Tu es la personne la plus forte que je connaisse. Tu sais dire les choses même quand elles te font mal, et... et tu ne renonces pas, tu as du courage, et une dignité incroyable. Oh, oui ! C'est admirable comme tu gardes toujours la tête haute. Je t'admire par rapport à ça. Alors une idiote ! Non, vraiment pas. Et même si tu ne maîtrises pas certaines choses, tu t'en tires toujours avec courage. »

Je ralentis progressivement pour m'arrêter tout à fait à côté de mon amie. Là, face à la mer, le cœur apaisé, je pose ma tête sur son épaule.

« Digne comme la mer... » chuchoté-je dans un souffle.

#466962Botaniste au Jardin de Draíocht

Wick, Ecosse Et si la fin n'était qu'un début ? PV Alyona Farrow
Comprendre. Sous la surface de l’eau il est des profondeurs méconnues. Les enseignements, à Poudlard ne sont pas réputés pour leur pied marin. Mais il n’est pas uniquement question de navigation. Ce dont Alyona parle c’est de l’esprit de l’eau. Digne ? En surface, qui sait. Mais au reste. Pourtant elle ne pense pas à toutes les indignités qu’elle a subies, non. Ce sont d’autres mots d’Aly qui provoquent en elle un frisson. Quand il a été question de défendre Alyona contre elle-même, Ivanovna s’est retenue, paralysée par la crainte de blesser. Aurait-elle dû aller au plus profond ? Il n’est pas affaire d’estime envers Alyona Farrow, c’est infiniment plus. A cette période, Vana n’a pas encore conscience qu’il y a entre elles plus en arrière que devant. Du moins sur un certain plan. Ces heures à Wick pourraient s’avérer immensément précieuses. Dans le même élan, ce n’est pas possible. Vana sait que c’est pour la vie, un lien plus fort que celui unissant deux sœurs. Sans aucun mot pour l’exprimer, elle éprouve dans sa chair la fusion des âmes. Je suis la nuit, tu es le jour. Nous sommes un tout, mon jour, ta nuit. Ouvre-moi les yeux que je puisse le faire pour toi en retour non pas mécanique ou chimique mais bien parce qu’il ne peut en être autrement. Nos forces s’additionnent, elles se complètent. Je suis la demi-sorcière qui te manque, tu es mon âme apaisée, invisible à mon coeur.
Vana ne répond rien, elle est cet air rafraîchi par la pluie d’orage. Il ne vente plus, les grêlons sont partis comme ils étaient venus. Seule la terre exhale des senteurs que l’on pensait enfouies à jamais. La renaissance. Le silence surtout, pas celui d’une prison où l’on végète en attendant la mort mais le silence des pensées somnolentes. En apparence car en fait, ces remises à zéro construisent nos âmes et les épurent. Combien de fois en quelques heures aura-t-elle perçu la mutation définitive du papillon ? Une et une, font deux car les corps ne peuvent ainsi s’unir. Mêmes les amants qui en rêvent n’y parviendront jamais. Aucune magie n’aurait cette ambition. Ce sont des mots, des hallucinations et pourtant il arrive que l’on perçoive le rayon vert, matière noire aux effets inconnus.
Le mieux est de ne pas bouger, ne plus bouger du tout pour assurer la douceur que Vana ne peut exprimer par les mots. C’est peut-être le dernier terrain vierge entre elles, Ivanovna n’a pas eu une éducation tactile, c’est le moins que l’on puisse dire. Et son rapport aux corps est faussé. Par le passé, par ces regards insistants sur elle, jeune femme que la vie pousse à nommer attirante. Elle craint le toucher. Un animal farouche, qui regarde alentour en se demandant en permanence d’où vient le danger, s’interrogeant sur sa nature réelle. Si Alyona voyait ses yeux à cet instant, elle y lirait le questionnement, l’incrédulité face à une situation incompréhensible pour la bête. Et pourtant, son instinct ne lui dicte pas la fuite. La réponse est tactile, tête contre tête, en totale lenteur, pour ne rien provoquer. Les yeux fermés, Vana n’entend plus que la marée, respiration sans fin qui couvre les pulsations de deux coeurs.
L’amateur sait mesurer la chance qui est la sienne de croiser un lynx sans que ce dernier ne prenne le large immédiatement. Oui c’est Ivanovna qui est sortie du bois un jour, par un hibou venu de nulle autre part que des cendres de son âme. Mais depuis Alyona l’a domptée, rebâtie. Quelle merveilleuse idée que cette invitation, et ses fruits. C’est bien en cela qu’Alyona Farrow est une sorcière de haut vol.

- Quand je me suis enfuie, j’ai traversé un bras de mer, un jour semblable à aujourd’hui.

Elle n’a plus la crainte de parler de tout ça car Aly sait. Mais ce qui la pousse est à venir.

- Jamais je n’aurais imaginé avoir vécu tout cela depuis cette nuit-là. Je suis libre…

Ivanovan est en désaccord total avec les restrictions de liberté qui sont le commun des sorciers de Grande-Bretagne. Si sa vie sibérienne était autrement plus dangereuse, elle était… sans limites. C’est cela qu’elle a dû réapprendre ici, les interdits, et ses propres incapacités. Il est temps.

-...moi aussi j’ai eu beaucoup de mal avec le patronus. Ça m’a pris des mois en vérité. J’ai même écrit à un professeur à un moment. Je n’ai eu aucune réponse mais en fait la solution était en moi. Quand les manuels disent qu’il faut trouver son souvenir le plus fort, c’est ardu... une quête très intime. Il paraît que des fois des événements de nos vies bouleversent nos esprits au point de devoir changer de source pour le faire venir. Parce que nos vies bifurquent. Enfin j’imagine… C’est pour cela que je veux garder ma formule. Par crainte des comparaisons erronées. Dans dix ans, peut-être que ce sera mon mariage le plus beau souvenir… ou bien la venue d’un enfant…. Tu vois… imagine que j’aie trois enfants et que la naissance de l’un soit la source de mon patronus, c’est cruel pour les autres. Je crois qu’il faut bien se connaître. Et prendre soin de soi pour ne pas se froisser de l’intérieur.

L’étudiante a gardé les yeux clos durant toute sa tirade. Recevoir et donner, relation privilégiée.

Wick, Ecosse Et si la fin n'était qu'un début ? PV Alyona Farrow
Les vagues contemplées m'emportent avec elles dans un mouvement lent et inespéré, facile à suivre, qui apaise ; elles s'avancent, grandissent, et s'étalent, sans que rien ne vienne rompre ce rouli bleu. Bientôt ma respiration les suit, grimpe et descend, régulière. Il est question d'accalmie, le temps s'étire avec évidence, les membres se relâchent, et bienheureuses sont celles qui se laissent vivre à ce rythme, quittant les préoccupations et la folie des monstrueux impératifs pour en revenir à la simplicité d'une contemplation qui ne demande rien d'autre que de garder les yeux ouverts et le souffle calme ; ce n'est plus en moi que tout se joue mais en-dehors. Oui c'est cela : l'extérieur, l'autre que moi. Plonger une main dans mon cœur, en tirer l'essentiel, et le disperser dans le vent. La magie est de cet ordre : tout vient de soi et tout s'en échappe, comme le Patronus ; cueillir un souvenir, celui qu'on sait être le plus beau, le plus puissant, sans se dissimuler cette vérité ; cueillir un souvenir, le souvenir, et le laisser glisser hors de soi. Le donner à la mer.

Le donner, ou ne pas le donner. Garder pour soi l'indicible et contenir ainsi son secret, refuser la source au sort ; c'est peut-être pour cette raison que le Patronus corporel m'est inaccessible. Certaines images se dessinent, certaines forces, certains plaisirs plus puissants que je n'aurais osé l'avouer. Les vagues se lèvent. Ma mémoire se tend et les garde enfermés, refuse de leur offrir l'importance qui est la leur. C'est ma mère qui me sourit, c'est Anaë un soir d'Halloween... Mais non. Chut. J'y ai renoncé. À tout ce qu'ils représentent, à tout ce qu'ils sont. Comment pourraient-ils être assez forts ?

Je les envoie dans la mer. Eux et tout ce qui concerne le sort du Patronus. Je ne veux pas y penser, je sens bien que le problème vient peut-être davantage de moi que de mon histoire, que les blocages auxquels je fais face, je me les ai construits, et si je n'y parviens pas c'est parce que je ne le veux pas. Ivanovna n'a pas tort. Ce qu'elle énonce me parle, fait écho à des sensations, à des pensées ; c'est une formule propre à chacun, évolutive parfois, et qui peut ne pas être celle que l'on imagine. Alors peut-être que je ne suis pas une demi-sorcière ou une sorcière incapable, peu douée, cassée ; peut-être que c'est la fille, la femme en moi qui ne s'est pas encore trouvée. Vana a traversé la mer, oh ! bien des fois. Elle a laissé sa peau dans l'écume et écorché son âme sur les rochers ; au travers de voyage elle s'est façonnée un noyau solide ; elle s'est découverte, elle sait qui elle est, de ses avantages à ses faiblesses. Elle connaît ses limites. Et moi ? Peut-être que je m'aperçois encore à travers les yeux des autres, de ceux qui m'entourent, de ceux qui m'aiment ; peut-être que je n'ai pas encore mué, que je suis toujours chenille dans un cocon de papillon ; je n'ai pas traversé ma propre mer. Je demeure encore sagement sur le bord, habillée des vêtements qu'on m'a confié. Tu seras sage, docile, intelligente, élégante, jolie, agréable, enviable, de bonne compagnie. Tu seras comme on l'entend. Et ce que tu es mais qu'on ne veut pas que tu sois, tu l'avaleras, tu le garderas au plus profond de toi dans des ténèbres à travers lesquelles on ne peut rien voir, et tu ne l'en sortiras jamais, tu le renieras, tu ne le seras pas. Sois sage, sois comme on l'entend.
Mais peut-être que ce qu'il me manque, c'est ma clef, ma traversée de la mer, même dépouillée de tout, dans ce que j'ai de plus simple et authentique. Je dois retirer les tissus dont on m'a enveloppée pour me trouver. Peut-être, oui, peut-être que je suis encore dans un cocon.

« ‘Prendre soin de soi pour ne pas se froisser de l’intérieur’ », répété-je, goûtant ces mots du bout des lèvres, à voix basse.

Mes yeux se ferment et pourtant la mer m'apparaît toujours présente ; je vois comme je sens ses vagues qui se lèvent, montent, et bientôt tombent sur ma peau.

« Peut-être que je ne me connais pas encore assez », pensé-je dans un chuchotement.

Je marche tout droit depuis des années, ne bifurquant qu'à peine et peu longtemps, je ne dis rien, ne me plains pas, ne contrarie rien ; pas un mot à côté, pas un pas dans l'espace qui m'est interdit. Je suis l'oiseau qui se laisse porter par le vent sans jamais se retourner contre lui, sans jamais y faire face. Je ne me connais pas. Je ne sais rien de mes forces. Je ne sais même peut-être pas où les puiser.

Près d'Ivanovna je m'accepte imparfaite, en construction, à demi moi-même. Je sens que je ne suis pas loin... Je ne suis pas loin de sortir de mon cocon. Il ne suffit parfois que d'un grain de sable.


fin de l'acte 3 à Wick
suite à venir...

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