Le club très select des enfants décevants
26 janvier 2046
3e année
Quatrième Etage, non loin de la salle de répétition
@Lylas Mistérya,
~~~~~~~~
Le courrier d’oncle Darius était arrivé par hibou au petit déjeuner, et il avait réussi, comme toujours, le triple exploit : court, poli, et totalement désagréable. Trois phrases à peine. La première concernait mes résultats. L’autre, ma conduite. La dernière était aussi agréable qu’un baiser de Détraqueur. Un Vance ne devrait pas avoir besoin qu’on lui rappelle ce qu'il est.
Rien de neuf sous le soleil, c’est vrai. J’avais arrêté de compter le nombre de fois où j’avais entendu cette phrase... Où j’avais recopié cette phrase, assis dans le bureau d’oncle Darius. Rien de nouveau, donc. Juste ce qu’il fallait pour me gâcher la journée — sans même avoir l’élégance de faire dans l’originalité.
J’avais quitté la salle commune parce que j’avais une folle envie de lancer le parchemin dans la cheminée. Ou sur quelqu’un. Ou de lancer quelqu’un dans la cheminée aussi. Du coup, j’étais sorti prendre l’air.
À l’intérieur. Dans un couloir du quatrième étage. Assis par terre contre le mur de pierre froide, ma lettre froissée entre les mains. Logique.
Le quatrième étage avait au moins l’avantage d’être calme à cette heure de la journée. Quelques élèves se baladaient encore, des retardataires qui pressaient le pas, des élèves qui rentraient dans leur salle commune. C’était suffisamment calme pour respirer sans tomber sur un groupe d’élèves turbulents ou un préfet qui vous demanderait avec une voix douce si vous allez bien.
Je froissai encore la lettre entre mes doigts. Bien sûr que ça allait ! Ça se voyait, non ?
Je fus interrompu en entendant quelques notes. Pas très fortes. Comme si la personne qui jouait essayait de ne pas se faire remarquer. Je tournai la tête vers la porte de la salle de répétition. Je n’avais même pas fait attention que j’étais juste devant. Je devrais la laisser jouer, faire semblant de ne pas avoir entendu, ne pas déranger quelqu’un qui voulait visiblement rester discret.
Pourtant, j’étais curieux, de mauvais poil et incapable de prendre une bonne décision aujourd’hui. Alors je me relevai et m’approchai sans faire de bruit avant de pousser la porte en bois du bout des doigts.
— Si c’est une réunion secrète, j’suis pas doué pour les Fidelitas.
Quelle entrée remarquable. Tout en subtilité. Absolument pas intrusive, non ?
C’est alors que mon regard se posa sur une jeune Gryffondor. À peu près mon âge, sa tête me disait vaguement quelque chose. Elle était plus jeune que moi, mais j’avais déjà dû la croiser dans les couloirs ou dans la Grande Salle. Je restai sur le seuil sans vraiment entrer. Débouler comme ça, ce n’était sans doute pas la meilleure chose à faire. Il fallait trouver un truc intelligent et censé à dire.
— Ah. Je croyais que la salle était vide. J’aurais pu faire semblant de pas être vexé par un bout de parchemin, comme ça.
Le Gang des Licornes. -- Adidas Vance - 4e année (Devoirs). Toujours partant pour un RP (cf ici) - Merci Mo pour l'avatar
Le club très select des enfants décevants
26 janvier 2046
~ 2ème année, 13 ans.
~ 2ème année, 13 ans.
Elle n'aurait pas dû se trouver là. Parce que Talya le lui avait interdit.
Elle n'aurait pas dû être installée près du piano. C'était une bien trop grande tentation.
Elle n'aurait pas dû y céder. Le risque était trop important.
Mais si la deuxième année avait fait tout cela, c'était à cause de ses parents. C'était toujours à cause de ses parents. Elle aurait pu se contenter d'ensorceler un instrument et ainsi écouter la belle mélodie qu'il aurait alors jouée jusqu'à ce que sa colère se soit apaisée. Mais non, elle ne voulait pas les laisser dicter leurs règles une fois de plus ! Ou plutôt la laisser dicter ses règles une fois de plus. Parce que son père ne valait rien et ne comprenait rien.
Pourquoi est-ce que sa mère devait toujours avoir le dernier mot ? Pourquoi devait-elle tout contrôler, tout valider ? Pourquoi Talya Mistérya ne pouvait-elle pas se contenter d'être comme toutes les autres mères ?
Le regard de l'Anglaise se posa autour d'elle. Elle ne devrait pas être là. Elle en avait conscience. Pire, elle ne devrait pas jouer. Mais elle avait envie que sa mère ressente la même colère qu'elle avait ressentie en ouvrant sa lettre, désormais éparpillée en mille morceaux sur le sol. Lylas avait voulu la rendre fière. Et, comme toujours, elle avait lamentablement échoué.
Vous vous demandez sûrement ce qui avait pu mal tourner cette fois-ci. Le choix de la filière. Oui, nous ne sommes qu'en janvier. Oui, pour beaucoup cette question ne se poserait que dans quelques mois, mais Lylas avait voulu prendre de l'avance. Elle avait pris connaissance de chaque programme, réfléchi à ce qu'elle souhaitait et, avec l'espoir vain de recevoir un signe de fierté de la part de sa génitrice, elle lui avait fait part de son choix dans une lettre. Comme à son habitude, Talya ne s'était pas fait prier pour répondre à sa fille.
Une lettre portant le sceau familial était arrivée le matin même. Heureuse et impatiente de lire des mots qu'elle espérait agréable, Lylas l'avait ouverte sans plus attendre. Au milieu de la grande salle, elle avait une fois de plus subit une désillusion et due se débrouiller pour ne laisser aucune émotion transparaître sur son visage - poker face, comme disent les moldus.
Une fois le petit-déjeuner terminé, elle s'était rendue en cours, comme si de rien n'était. Pourtant, au fur et à mesure de la journée, la colère montait en elle. Dès qu'elle eut un trou dans son emploi du temps, elle se rua au quatrième étage. Elle relut la lettre avant de la déchirer, symbole de la rage qu'elle éprouvait envers sa mère. Et, comme un symbole de rébellion, elle se mit à faire l'une des seules choses qui lui étaient interdites depuis toujours : jouer du piano.
Une réunion secrète ? Des Fidelitas ?! Elle n'était plus seule et c'était une très mauvaise nouvelle. Cette salle était maudite, elle le savait pourtant. À chaque fois qu'elle venait ici, les choses dérapaient. " Dommage, parce que tu vas devoir garder un secret. " Étrangement, elle n'était pas certaine de réussir à dire grand-chose de ce garçon, mis à part qu'il était de Serpentard et qu'il devait être un poil plus vieux qu'elle. Lylas avait arrêté de jouer. Elle se leva et s'éloigna de l'instrument maudit. Lasse, la jeune fille s'assit par terre, avant de répondre au nouveau venu. " Pas besoin de faire semblant. " D'un mouvement de baguette, elle fit léviter les bouts de parchemin, formant autrefois une lettre écrite par sa mère, pour attirer l'attention du serpent.
@Léonidas Vance, me voici.
Le club très select des enfants décevants
J’observe les morceaux de parchemin qui lévitent autour de moi. Ah, je vois dans quel genre d’endroit j’ai mis les pieds. Une salle de répétition, un piano qui aurait dû rester immaculé, et suffisamment de courrier familial pour tapisser les cachots. Je crois bien que je viens d’intégrer, à l’insu de mon plein gré, un club très sélect. Sans fauteuil en cuir, ni vieux sorciers fossilisés. Le genre de club où on préfère s’asseoir par terre.
Je reste sur le seuil quelques instants, serrant le bout de parchemin dans ma main. Elle s’est arrêtée de jouer, à cause de moi. C’est bête, mais je me sens un peu mal, maintenant, d’avoir interrompu quelque chose que je n’aurais pas dû entendre.
Je referme doucement la porte de la salle derrière moi, juste pour que le couloir disparaisse.
— Ah.
Brillant, Léonidas. Quel langage tout à fait développé. Quel vocabulaire. Tu entres, tu l’interromps et quoi… une syllabe ?
Plutôt que de m’appesantir sur mes propres défauts, j’observe tour à tour les morceaux de sa lettre déchirée, puis le parchemin froissé dans ma main. Je pourrais tout à fait faire semblant de ne pas comprendre. C’est un art que je maîtrise. Dire quelque chose de drôle. Me moquer. Faire comme si de rien n’était et comme si rien ne m’atteignait. Surtout pas quelqu’un d’autre.
Mais elle s’assoit par terre, comme moi il y a seulement quelques minutes. Lorsque j’envisageais de déclarer la guerre à tous ces maudits hiboux de malheur. Je fais donc quelques pas dans la pièce, en ne m’approchant ni d’elle ni du piano. Je ne suis pas doué pour consoler les gens. Je provoque, je mens, j’esquive. Mais personne ne m’a appris comment consoler. Hector, lui, m’a juste consolé. Il ne m’a pas appris comment faire.
Je me laisse glisser contre le mur, suffisamment loin pour ne pas m’imposer, suffisamment près pour ne pas donner l’impression de fuir. Je serre encore plus fort le parchemin de Darius, comme si j’allais pouvoir l’étouffer, comme lui m’étouffe avec ses mots.
— Tu sais, je pense qu’on devrait interdire les lettres de famille avant le dîner. Ça gâche tout… Les cours, les repas, les couloirs… Même les pianos.
Je jette un bref regard vers l’instrument. Puis vers elle.
— Pour ce que ça vaut, je ne dirai rien. Surtout parce que je suis pas suffisamment doué pour un Fidelitas. Mais aussi parce que ça voudrait dire qu’on saurait qu’il suffit de deux phrases pour me pourrir la journée.
Je baisse les yeux vers ma propre lettre. Un Vance ne devrait pas avoir besoin qu’on lui rappelle ce qu’il est. Je la connais, cette phrase. Je la connais par cœur. J’entends encore le bruit sec d’une plume sur du parchemin, les mots coupants d’oncle Darius, son regard froid et détaché. Merlin, que j’ai déjà entendu tout ça… Je tente de sourire pour ne rien laisser voir, mais ce sourire sonne faux, même pour moi.
— Toi aussi ? T’as reçu une déclaration d’amour familial ? lui demandé-je avant de pousser un long soupir. La tienne a eu une fin plus honorable. Exécutée pour haute trahison. Moi, je la garde encore. Comme si elle allait devenir moins désagréable si je la relisais une septième fois.
Je marque une pause avant de hausser les épaules.
— Spoiler : c’est pas le cas.
557 mots
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Je reste sur le seuil quelques instants, serrant le bout de parchemin dans ma main. Elle s’est arrêtée de jouer, à cause de moi. C’est bête, mais je me sens un peu mal, maintenant, d’avoir interrompu quelque chose que je n’aurais pas dû entendre.
Je referme doucement la porte de la salle derrière moi, juste pour que le couloir disparaisse.
— Ah.
Brillant, Léonidas. Quel langage tout à fait développé. Quel vocabulaire. Tu entres, tu l’interromps et quoi… une syllabe ?
Plutôt que de m’appesantir sur mes propres défauts, j’observe tour à tour les morceaux de sa lettre déchirée, puis le parchemin froissé dans ma main. Je pourrais tout à fait faire semblant de ne pas comprendre. C’est un art que je maîtrise. Dire quelque chose de drôle. Me moquer. Faire comme si de rien n’était et comme si rien ne m’atteignait. Surtout pas quelqu’un d’autre.
Mais elle s’assoit par terre, comme moi il y a seulement quelques minutes. Lorsque j’envisageais de déclarer la guerre à tous ces maudits hiboux de malheur. Je fais donc quelques pas dans la pièce, en ne m’approchant ni d’elle ni du piano. Je ne suis pas doué pour consoler les gens. Je provoque, je mens, j’esquive. Mais personne ne m’a appris comment consoler. Hector, lui, m’a juste consolé. Il ne m’a pas appris comment faire.
Je me laisse glisser contre le mur, suffisamment loin pour ne pas m’imposer, suffisamment près pour ne pas donner l’impression de fuir. Je serre encore plus fort le parchemin de Darius, comme si j’allais pouvoir l’étouffer, comme lui m’étouffe avec ses mots.
— Tu sais, je pense qu’on devrait interdire les lettres de famille avant le dîner. Ça gâche tout… Les cours, les repas, les couloirs… Même les pianos.
Je jette un bref regard vers l’instrument. Puis vers elle.
— Pour ce que ça vaut, je ne dirai rien. Surtout parce que je suis pas suffisamment doué pour un Fidelitas. Mais aussi parce que ça voudrait dire qu’on saurait qu’il suffit de deux phrases pour me pourrir la journée.
Je baisse les yeux vers ma propre lettre. Un Vance ne devrait pas avoir besoin qu’on lui rappelle ce qu’il est. Je la connais, cette phrase. Je la connais par cœur. J’entends encore le bruit sec d’une plume sur du parchemin, les mots coupants d’oncle Darius, son regard froid et détaché. Merlin, que j’ai déjà entendu tout ça… Je tente de sourire pour ne rien laisser voir, mais ce sourire sonne faux, même pour moi.
— Toi aussi ? T’as reçu une déclaration d’amour familial ? lui demandé-je avant de pousser un long soupir. La tienne a eu une fin plus honorable. Exécutée pour haute trahison. Moi, je la garde encore. Comme si elle allait devenir moins désagréable si je la relisais une septième fois.
Je marque une pause avant de hausser les épaules.
— Spoiler : c’est pas le cas.
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