Nos ombres devant l'aube
L'amour ? Mon cœur se prend un grand coup douloureux. Je détourne les yeux, un pauvre sourire idiot aux lèvres. Le genre qui veut dire : « quoi, mais n'importe quoi, c'est pas du tout ça, vous avez tort ». Sauf que je serai bien incapable de prononcer ces mots. Un immense malaise me recouvre. Un sentiment poisseux et douloureux. Mes pensées parlent sans mon accord : elle a dit que tu l'aimais, tu la contredis pas ? Je n'aime pas ce mot. Amour. Je ne le comprends pas. Ce n'est peut-être qu'une invention humaine. L'amour est une illusion, n'existe que l'attachement.
Ses paroles résonnent dans la nuit. Ma première réaction, instinctive, est d'éprouver de la colère : de quelle droit pense-t-elle pouvoir m'interdire quelques chose ? Mais après je remarque son sourire tremblant et je vois que ses yeux brillent trop. Puis je comprends ce qu'elle vient de dire. Je la regarde comme si je la découvrais. Comment peut-elle croire que je serai capable de la laisser de côté ? Comment peut-elle croire que j'y arriverai ? Comment peut-elle croire que je pourrais simplement en ressentir l'envie ? N'a-t-elle pas conscience qu'elle habite chaque partie de mon âme depuis six ans, qu'elle est toutes mes pensées, tous mes espoirs, toutes mes peurs ?
« Vous vous rappelez de ce que je vous ai dit ici il y a un an, non ? »
Je le lui demande à mi-voix, parce que ça fait partie de ces choses que l'on ne hurle pas et dont on ne se vante pas non plus.
Ses paroles résonnent dans la nuit. Ma première réaction, instinctive, est d'éprouver de la colère : de quelle droit pense-t-elle pouvoir m'interdire quelques chose ? Mais après je remarque son sourire tremblant et je vois que ses yeux brillent trop. Puis je comprends ce qu'elle vient de dire. Je la regarde comme si je la découvrais. Comment peut-elle croire que je serai capable de la laisser de côté ? Comment peut-elle croire que j'y arriverai ? Comment peut-elle croire que je pourrais simplement en ressentir l'envie ? N'a-t-elle pas conscience qu'elle habite chaque partie de mon âme depuis six ans, qu'elle est toutes mes pensées, tous mes espoirs, toutes mes peurs ?
« Vous vous rappelez de ce que je vous ai dit ici il y a un an, non ? »
Je le lui demande à mi-voix, parce que ça fait partie de ces choses que l'on ne hurle pas et dont on ne se vante pas non plus.
Nos ombres devant l'aube
Oui, je me souviens : je n'arrive pas à vivre sans vous. Elle me l'a reconfirmé il n'y a même pas une heure, quand j'ai dit que je ne pouvais pas vivre sans elle. Elle a dit : moi non plus. Mais ces mots sont comme une drogue qui monte trop vite et redescend encore plus rapidement. Surtout si, en pleine montée, un humain me rappelle que tout cela, ce ne sont que des mots qui ne me sont probablement pas réservés. Elle n'arrive pas à vivre sans moi, et peut-être bien qu'elle n'arrive pas à vivre sans ce Gabryel non plus. Et un jour, sans même s'en rendre compte, elle fera un choix, me laissant en arrière. Doucement, sans douleur, juste... comme ça. On peut être sincère un jour, cela n'empêche pas le temps de transformer les promesses en mensonges. Nous le savons toutes les deux, Aelle. C'est pour cela que nous avons besoin de preuves, et que même si l'on s'évertuait à se prouver chaque jour qu'on ne s'abandonnera pas, une partie de nous pensera toujours : et si aujourd'hui était le dernier jour ? Et si demain, tous les mots auxquels on croit maintenant devenaient des mensonges ?
Nous sommes pareilles, toi et moi, Aelle. C'est là le cœur du problème.
« Oui, je m'en rappelle, dis-je. Je me rappelle aussi ce que tu as dit un peu plus tôt, au Pitiponk. Mais tu sais bien qu'il ne suffit pas toujours d'entendre pour croire, au fond. Une simple pensée peut dévorer la confiance. »
J'ai dû dire à Aude Luneau, un jour, que je ne pourrais pas vivre sans elle. Elle était ma femme. Et pourtant, me voilà, elle n'est plus là et je vis toujours. Ai-je encore le droit de respirer sans toi, mon amour ?
Nous sommes pareilles, toi et moi, Aelle. C'est là le cœur du problème.
« Oui, je m'en rappelle, dis-je. Je me rappelle aussi ce que tu as dit un peu plus tôt, au Pitiponk. Mais tu sais bien qu'il ne suffit pas toujours d'entendre pour croire, au fond. Une simple pensée peut dévorer la confiance. »
J'ai dû dire à Aude Luneau, un jour, que je ne pourrais pas vivre sans elle. Elle était ma femme. Et pourtant, me voilà, elle n'est plus là et je vis toujours. Ai-je encore le droit de respirer sans toi, mon amour ?
Nos ombres devant l'aube
Oh je sais bien, oui. Je regarde Kristen silencieusement. Je sais bien qu'entendre ne suffit pas pour croire. Elle a beau me répéter qu'elle ne partira pas, je ne la crois toujours pas, après tout. Aucun mot n'y changera jamais rien, cela fait longtemps que je l'ai compris.
« Vous êtes partie. »
Ma voix résonne dans la nuit, étouffée par les émotions qui s'accumulent au fond de ma gorge. Le regard que je pose sur Kristen est intense. Comment en sommes-nous arrivées là ? J'éprouve une sorte d'injuste, au fond. Pourquoi dois-je me justifier, alors que moi j'ai toujours été là ? Je déglutis péniblement pour m'arracher à ces pensées. L'injustice que je ressens ne m'empêche pas de comprendre ce qu'est en train de traverser Kristen. Tout comme ça ne m'empêche pas d'en éprouver une joie diffuse, là tout au fond. Si elle a peur d'être mise de côté, c'est qu'elle tient à moi. Aurais-je à jamais besoin des preuves de son attachement ?
« J'ai passé plus de deux ans sans vous. J'aurais pu arrêter de vous chercher. Passer à autre chose. »
Un drôle de sourire traverse mes lèvres. Je baisse la tête pour le camoufler. Sans doute aurais-je dû passer à autre chose, non ?
« Ne pas vouloir vous retrouver. Et pourtant... »
Relevant les yeux, je passe la main sur ma bouche comme pour effacer les émotions qui la tordent.
« Je suis toujours avec vous. Si ça doit changer... Ce sera de votre fait. Pas du mien, » conclus-je en dressant le menton.
« Vous êtes partie. »
Ma voix résonne dans la nuit, étouffée par les émotions qui s'accumulent au fond de ma gorge. Le regard que je pose sur Kristen est intense. Comment en sommes-nous arrivées là ? J'éprouve une sorte d'injuste, au fond. Pourquoi dois-je me justifier, alors que moi j'ai toujours été là ? Je déglutis péniblement pour m'arracher à ces pensées. L'injustice que je ressens ne m'empêche pas de comprendre ce qu'est en train de traverser Kristen. Tout comme ça ne m'empêche pas d'en éprouver une joie diffuse, là tout au fond. Si elle a peur d'être mise de côté, c'est qu'elle tient à moi. Aurais-je à jamais besoin des preuves de son attachement ?
« J'ai passé plus de deux ans sans vous. J'aurais pu arrêter de vous chercher. Passer à autre chose. »
Un drôle de sourire traverse mes lèvres. Je baisse la tête pour le camoufler. Sans doute aurais-je dû passer à autre chose, non ?
« Ne pas vouloir vous retrouver. Et pourtant... »
Relevant les yeux, je passe la main sur ma bouche comme pour effacer les émotions qui la tordent.
« Je suis toujours avec vous. Si ça doit changer... Ce sera de votre fait. Pas du mien, » conclus-je en dressant le menton.
Nos ombres devant l'aube
Je suis partie oui... et puis je suis morte, par Morgane. Peut-être ai-je bien fait de ne pas te laisser m'accompagner, Aelle, sinon qui sait ? Peut-être y aurait-il à ce jour une troisième urne sous la terre du Sud. Et si je m'étais réveillée dans un autre corps, véritablement seule cette fois... j'aurais disparu pour de bon, car tu es la seule à avoir su me ramener. Si je n'étais pas partie sans toi, il ne resterait rien de nous.
Bien évidemment, je ne peux pas exprimer ces pensées. Pas maintenant. Au lieu de cela, je vais ignorer. Il s'agit de préserver ce que j'ai durement acquis ces dernières minutes ; je ne peux pas la laisser filer, je ne peux pas prendre le risque de détruire ce pour quoi j'ai bataillé, la raison pour laquelle mon cœur s'est retrouvé exposé sur la table du Pitiponk ou devant les toilettes d'un foutu bar étudiant.
« D'accord, dis-je simplement. »
Et comme je suis une terrible personne, alors que je veux garder Aelle près de moi pour toujours, qu'elle ne m'abandonne jamais et me place toujours au-dessus de ses basses fréquentations bègues et tatouées, je me laisse bercer par la douceur du vent contre mes joues et je m'imagine là-haut, volant sur mon dragon et serrant Aude Luneau contre moi. Malgré tout ce que je ressens pour Aelle, malgré toute ma détermination, ma jeune tempête ne fait pas partie de ce merveilleux tableau.
Est-ce une façon d'anticiper son inévitable départ, ou ne suis-je qu'une menteuse et une hypocrite qui utilise les gens tant que j'ai besoin d'eux ?
Ces pensées s'envolent comme la vouivre imaginaire fend l'air et ne reste que la certitude que je suis détestable.
Bien évidemment, je ne peux pas exprimer ces pensées. Pas maintenant. Au lieu de cela, je vais ignorer. Il s'agit de préserver ce que j'ai durement acquis ces dernières minutes ; je ne peux pas la laisser filer, je ne peux pas prendre le risque de détruire ce pour quoi j'ai bataillé, la raison pour laquelle mon cœur s'est retrouvé exposé sur la table du Pitiponk ou devant les toilettes d'un foutu bar étudiant.
« D'accord, dis-je simplement. »
Et comme je suis une terrible personne, alors que je veux garder Aelle près de moi pour toujours, qu'elle ne m'abandonne jamais et me place toujours au-dessus de ses basses fréquentations bègues et tatouées, je me laisse bercer par la douceur du vent contre mes joues et je m'imagine là-haut, volant sur mon dragon et serrant Aude Luneau contre moi. Malgré tout ce que je ressens pour Aelle, malgré toute ma détermination, ma jeune tempête ne fait pas partie de ce merveilleux tableau.
Est-ce une façon d'anticiper son inévitable départ, ou ne suis-je qu'une menteuse et une hypocrite qui utilise les gens tant que j'ai besoin d'eux ?
Ces pensées s'envolent comme la vouivre imaginaire fend l'air et ne reste que la certitude que je suis détestable.
Nos ombres devant l'aube
D'accord, dit parfois Kristen, ou alors mh, et cela suffit pour conclure une discussion, même les plus difficiles, même les plus douloureuses. Quand elle dit d'accord, j'entends des millions d'autres mots. Peut-être parce que je sais que lorsqu'une femme comme elle dit qu'elle est d'accord, cela ne signifie que cela, qu'elle est d'accord, qu'elle accepte ce que je lui dis. Je le sais, j'en suis intimement persuadée. Et pourtant, je ne peux pas empêcher un vilain sentiment de grandir en moi, le genre qui vous noue les entrailles et qui vous fait vous sentir seule au monde alors que vous êtes isolée sur une terre écossaise avec la personne la plus importante de votre univers.
Je regarde fixement Kristen tandis qu'elle, elle regarde le ciel obscur sur lequel se dévoile l'immensité de notre galaxie. Je sais qu'elle pense à sa vouivre et à la sensation du vol, car elle m'a déjà confié que cela lui manquait. Ça me fait mal car ce qu'elle m'a fait miroiter la première fois que nous sommes venues ici, je ne l'ai jamais eu : un vol sur le dos de Chaofeng.
Pendant un instant, je me persuade que je ne vais rien dire. Mais cette vilaine chose qui grouille en moi me le refuse.
« Non, dis-je d'une voix crâneuse en m'avançant pour forcer le regard de Kristen à capter le mien. Là, il fallait répondre : alors ça changera jamais. Pas un d'accord qui laisse entendre que d'accord, ce sera de mon fait si on est plus ensemble un jour. »
Je regarde fixement Kristen tandis qu'elle, elle regarde le ciel obscur sur lequel se dévoile l'immensité de notre galaxie. Je sais qu'elle pense à sa vouivre et à la sensation du vol, car elle m'a déjà confié que cela lui manquait. Ça me fait mal car ce qu'elle m'a fait miroiter la première fois que nous sommes venues ici, je ne l'ai jamais eu : un vol sur le dos de Chaofeng.
Pendant un instant, je me persuade que je ne vais rien dire. Mais cette vilaine chose qui grouille en moi me le refuse.
« Non, dis-je d'une voix crâneuse en m'avançant pour forcer le regard de Kristen à capter le mien. Là, il fallait répondre : alors ça changera jamais. Pas un d'accord qui laisse entendre que d'accord, ce sera de mon fait si on est plus ensemble un jour. »
Nos ombres devant l'aube
Désolée pour le retard, un certain patron au chapeau jaune m'a séquestrée ces dernières semaines 
Au son déterminé de sa voix, je me tourne vers elle et lui adresse un demi-sourire satisfait et attendri. C'est pour ce ton-là que je me suis tant attachée à elle, même si je ne m'en souviens pas vraiment. Parce que contrairement au commun des mortels et malgré le déséquilibre de notre relation, elle n'a jamais hésité à me dire non, à s'énerver, à m'envoyer paître et déchirer mes défenses. J'étais la directrice, mais j'étais aussi la femme. J'étais la mage noire, mais j'étais aussi la femme. Et cela m'a toujours été précieux. Je n'ai jamais eu la moindre considération pour les petits cafards, qui grouillent mais qui ne sont bons qu'à s'écraser. J'aime ceux qui célèbrent toute la splendeur de leur existence ; ceux qui n'hésitent pas à s'élever, tant qu'ils ne sont pas trop stupides, bien entendu, car rien n'est plus méprisable qu'un moucheron qui se prend pour un aigle.
Alors, même si je suis un être libre et profondément désobéissant, face à une telle assurance, je ne peux que me plier à l'exigence.
« Alors, ça changera jamais, dis-je en imitant sa voix, pas tout à fait volontairement. »
Car il m'est malgré tout plus aisé d'imiter ses intonations que de produire cette promesse moi-même. Je veux être convaincue, je sais ce que je veux, maintenant. Mais je ne sais pas combien de temps je le voudrais encore. Libre et d'humeur changeante, comme un dragon, tout là-haut, qui ne sait pas faire autrement que chercher où naît le vent.
Au son déterminé de sa voix, je me tourne vers elle et lui adresse un demi-sourire satisfait et attendri. C'est pour ce ton-là que je me suis tant attachée à elle, même si je ne m'en souviens pas vraiment. Parce que contrairement au commun des mortels et malgré le déséquilibre de notre relation, elle n'a jamais hésité à me dire non, à s'énerver, à m'envoyer paître et déchirer mes défenses. J'étais la directrice, mais j'étais aussi la femme. J'étais la mage noire, mais j'étais aussi la femme. Et cela m'a toujours été précieux. Je n'ai jamais eu la moindre considération pour les petits cafards, qui grouillent mais qui ne sont bons qu'à s'écraser. J'aime ceux qui célèbrent toute la splendeur de leur existence ; ceux qui n'hésitent pas à s'élever, tant qu'ils ne sont pas trop stupides, bien entendu, car rien n'est plus méprisable qu'un moucheron qui se prend pour un aigle.
Alors, même si je suis un être libre et profondément désobéissant, face à une telle assurance, je ne peux que me plier à l'exigence.
« Alors, ça changera jamais, dis-je en imitant sa voix, pas tout à fait volontairement. »
Car il m'est malgré tout plus aisé d'imiter ses intonations que de produire cette promesse moi-même. Je veux être convaincue, je sais ce que je veux, maintenant. Mais je ne sais pas combien de temps je le voudrais encore. Libre et d'humeur changeante, comme un dragon, tout là-haut, qui ne sait pas faire autrement que chercher où naît le vent.
Nos ombres devant l'aube
Mon regard déterminé se fracasse contre le sien, qui porte une tendresse qui envoie valdinguer mon cœur. Mais je tiens bon face à ce regard, je garde le menton dressé et le regard droit, je ne me laisse pas avoir. Et voilà qu'elle me fait cette promesse avec une voix qui n'est pas tout à fait la sienne. Elle le fait et moi je la regarde pendant qu'elle promet sous le regard attentif de millions d'étoiles. Je hoche doucement la tête. Mais quand je m'écarte pour lancer mes yeux à l'assaut de l'horizon invisibilisé par la nuit, je prends conscience que je ne la crois pas.
Je ne vous crois pas, Kristen. Ici, vous m'avez fait des promesses que vous n'avez pas respecté. Ailleurs, vous en avez fait d'autres que vous avez également bafouées. Je sais que vous êtes sincère. Aujourd'hui et maintenant vous l'êtes. Mais qu'en sera-t-il demain ?
Mon cœur se serre. Je ne veux pas penser à cela. Je ne veux pas penser à cette peur mauvaise qui me bouffe constamment les entrailles depuis qu'elle est revenue. La peur de la perdre. Avant, c'était la peur de ne jamais la retrouver. Avant encore, celle de ne jamais pouvoir me passer d'elle. Cela ne cessera donc jamais ?
Je me détourne subitement de l'horizon. J'en ai assez de cette souffrance. Elle est ici avec moi. Je ne la laisserai pas partir. Ici, ce soir, elle ne s'en ira pas. Si c'est tout ce que j'ai, autant en profiter. J'attrape son regard, une lueur amusée et de défi dans les yeux, puis je me dirige vers la grotte, bouche béante qui s'ouvre sur le néant.
« J'ai toujours voulu l'explorer. »
Ma voix résonne dans l'immensité écossaise.
« On y va ? »
Je questionne mais je n'attends pas : j'y vais.
Je ne vous crois pas, Kristen. Ici, vous m'avez fait des promesses que vous n'avez pas respecté. Ailleurs, vous en avez fait d'autres que vous avez également bafouées. Je sais que vous êtes sincère. Aujourd'hui et maintenant vous l'êtes. Mais qu'en sera-t-il demain ?
Mon cœur se serre. Je ne veux pas penser à cela. Je ne veux pas penser à cette peur mauvaise qui me bouffe constamment les entrailles depuis qu'elle est revenue. La peur de la perdre. Avant, c'était la peur de ne jamais la retrouver. Avant encore, celle de ne jamais pouvoir me passer d'elle. Cela ne cessera donc jamais ?
Je me détourne subitement de l'horizon. J'en ai assez de cette souffrance. Elle est ici avec moi. Je ne la laisserai pas partir. Ici, ce soir, elle ne s'en ira pas. Si c'est tout ce que j'ai, autant en profiter. J'attrape son regard, une lueur amusée et de défi dans les yeux, puis je me dirige vers la grotte, bouche béante qui s'ouvre sur le néant.
« J'ai toujours voulu l'explorer. »
Ma voix résonne dans l'immensité écossaise.
« On y va ? »
Je questionne mais je n'attends pas : j'y vais.