27 oct. 2025, 12:06
Les dragons se cachent pour mourir PV
Je suis parvenue à me redresser. Je ne sais pas quand, je ne sais pas comment mais lorsque je parviens de nouveau à faire attention à mon propre corps, je prends conscience que je suis à genoux, les mains abandonnées entre les jambes, les joues glacées à cause des larmes qui sèchent sur ma peau. Je n'arrive plus à les faire couler, la douleur reste coincée à l'intérieur de moi sans pouvoir sortir, elle est glaciale, elle prend toute la place, elle envahit tout. Je ne sais même pas comment je respire, j'ai un poids sur les poumons qui devrait m'en empêcher. J'aurais préféré que ce soit le cas.

Je sens vaguement sa présence dans mon dos. Je voudrais l'oublier. J'aimerais vraiment, mais je n'y arrive pas, parce que tout me ramène à elle. Tout me ramène à la raison pour laquelle mes doigts tremblent et me font mal. Je sens encore la chaleur de son cou contre ma peau, les battements affolés dans sa jugulaire, je vois ses yeux exorbités. J'en avais tellement envie. Pendant une fraction de seconde. Tellement envie d'aller jusqu'au bout, après... Après, tout aurait été plus simple. Je n'aurais plus eu à souffrir, à avoir peur, à attendre que l'abandon survienne. Tout aurait été plus simple. Mais rien ne l'est, parce que je le désire, tout ça. Je désire tout ça. Kristen, sa présence et la douleur qui les accompagne toujours. Je veux de cette souffrance, je veux me réveiller le matin à bout de souffle parce que je crains qu'elle disparaisse, je veux ma panique juste avant d'arriver le jeudi parce que je suis persuadée que je ne la trouverai pas, je veux cette tension dans mes muscles qui ne s'en va jamais, qui ne m'a plus quitté depuis ce jour de février où elle est revenue dans ma vie. Je veux toute ces choses. Là, abandonnée sur le parquet avec mes larmes séchées, je le réalise très clairement : je les veux. Je vous veux pour toujours dans ma vie, même si je vous déteste, même si c'est dur, même si ça me rend dingue, même si je me perds moi-même, même si ça me transforme, je vous veux près de moi à chaque instant, je veux que vous deveniez un pilier solide sur lequel m'appuyer, je veux que vous soyez les fondations de tout ce que je suis, je veux vous donner mon bien-être mental, mon bien-être physique, ma raison, mon cœur, je veux que tout cela repose sur vous et seulement sur vous. Tout. Absolument tout pour...

Un sanglot m'arrache la gorge. Je ferme les yeux pour ne plus voir mes mains. Pour ne plus me voir. J'ai tellement honte de ce que je suis, de mes pensées, de mes envies, j'ai tellement honte de crever d'envie de l'entendre me parler, elle et pas l'autre. Je ne peux rien faire, je ne peux pas bouger parce que je n'attends qu'un signe de sa part, un seul, juste un seul s'il vous plait qui me prouve que vous êtes là et après promis, je recommencerai à faire semblant, semblant que je ne maîtrise plus rien, que je vous ai déjà tout donné, absolument tout, je recommencerai à faire semblant que c'est raisonnable, tout cela, mes émotions et mon attachement. Juste un signe, s'il vous plait.

Un bruit d'expiration dans mon dos. Je me fige, je retiens mon souffle, les paupières toujours fermées. Je tends l'oreille. Mon cœur frappe dans mes oreilles, il me remonte dans la gorge. Quand elle se met à parler, il retombe brutalement au fond de mon ventre et de là il se met à battre la chamade. Je rouvre les yeux. La lumière me fait mal à la tête. Mon regard vide fixe le parquet ; tout mon être est tourné vers cette voix qui parle, je me torture pour savoir à qui elle appartient, je me questionne sur chaque mot, chaque intonation, si bien que je ne réalise pas tout de suite que « je ne devrais pas être », ça ne veut absolument rien dire.

Après, elle prononce mon prénom. J'en suis foudroyée. Kristen prononce mon prénom.

Mon prénom. Aelle. Ce n'est pas mon prénom qui me fait comprendre que c'est Kristen qui me parle. Ce sont ses excuses. Elle en a toujours eu, des excuses. Toujours. Et elle en aura tout le restant de sa vie, car je ne pourrais jamais lui pardonner de m'avoir enchaîné à elle comme je le suis. Ça aussi je le réalise subitement. Et tout à coup, ça me parait insupportable de l'entendre s'excuser en vain, insupportable de l'entendre parler avec cette voix pitoyable alors que c'est moi qui suis à plaindre ! Elle vient de me faire quoi, là ? Elle croit qu'elle peut disparaître comme ça puis revenir en toute impunité ? C'est tout ce que je vaux ? C'est ça que je mérite ? Qu'on me fasse croire qu'on m'abandonne avant de revenir subitement ? Je ne mérite pas mieux, je ne mérite pas plus d'attention ? Et je devrais l'excuser, chercher à la comprendre alors qu'elle vient... Que j'ai cru que cette fois-ci... Que pour de bon elle m'avait...

Je me retourne tout à tout et tout aussi rapidement je me jette contre le lit. Je m'agrippe au rebord du sommier et envoie mon poing dans son visage. Sans chercher à viser quoi que ce soit, je frappe. Directement sur son visage. Lui faire mal, lui faire payer, lui faire ravaler ses mots, lui faire payer la peur qu'elle m'a fait. J'ai eu peur de vous perdre ! ai-je envie de hurler, vous ne comprenez pas ce que ça me fait quand vous faites ce genre de tour, que ça me donne l'impression de crever ? Je me recule presqu'aussitôt, aussi effrayée que surprise par la propre violence de mon geste. Mes phalanges me font mal, je serre le bras contre ma poitrine en retombant lourdement sur les fesses.

« Je comprends rien ! » lui crié-je alors, ma voix se brisant sur les derniers mots.

Je renifle pitoyablement, le visage tordu en une grimace douloureuse. Je glisse la main dans mes cheveux et emmêle mes doigts aux mèches pour mieux les tirer.

« Je comprends PAS ! répété-je dans un sanglot. Et vous, vous... Vous vous excusez... »

Je serre fort les doigts pour que la douleur sur mon cuir chevelu augmente. Puis je ferme les yeux car je n'ai pas envie de la voir. Kristen. Et que je n'ai pas envie qu'elle voit les larmes qui s'agglutinent encore.


Avec ce genre de texte, comment la désirer ?

30 mai 2026, 13:42
Les dragons se cachent pour mourir PV
Après l’étranglement vint le coup en plein visage. Mais dis-moi pourquoi, Aelle, pourquoi je n’arrive toujours pas à ressentir de la haine dans ta colère ? Tu sais pourtant bien que ce n’est pas comme ça que les gens bien s’aiment, en se criant dessus, en se défiant, en se frappant. Tes cris, ta voix qui déraille en sanglots, tes larmes, tout cela n’a rien de bon. Pourquoi ne me laisses-tu pas essayer d’être quelqu’un d’autre, moins nocif, une gentille fille de ton âge, une amie normale ? Oublions tout ça. Ferme les yeux et essaie d’oublier avec moi – surtout, de m’oublier moi. Ce sera difficile au début, mais c’est pour ton bien. J’ai toujours raison, alors si je le dis, c’est que c’est vrai.

J’essaie de m’en convaincre. Sans succès. Car je sais que tu n’es pas raisonnable et tu ne cherches pas chez moi quelqu’un de calme, d’agréable, tu ne veux pas de cette fille sans histoire que je pourrais devenir si tu me laissais essayer… Si tu ne me ramenais pas, sans cesse, à cette femme que tu veux voir en moi. Tu veux le monstre, tu me veux moi, c’est complètement stupide, tu t’en rends bien compte, non ? Tu ne comprends pas, et j’ai toujours du mal à comprendre aussi. Je ne comprends pas ce qui m’est arrivé et je ne te comprends pas, toi. Tu me rassures parfois, tu me flattes quand tu me fais comprendre que tu préfères la vraie moi… Un instant, tu me fais exister et tu donnes à ma vie une valeur qu'elle ne mérite pas. Mais quelques temps plus tard, mes doutes reviennent, la haine que je ressens envers moi-même recouvre tous tes sentiments et je cesse de vouloir te croire. Je cesse d’accepter tes sentiments, car ils ne sont pas bons. Je veux ce qui est bon pour toi, Aelle, et ce n’est pas moi.

Je veux t’emmener aux falaises et pointer du doigt la pierre gravée du nom de Kristen Loewy. Te dire : « voilà pourquoi tu ne la reverras plus jamais ! tourne la page ! ». Tu souffrirais tellement, tellement que tu ne voudrais plus jamais te raccrocher au maigre espoir que je représente. Ce serait trop difficile à encaisser et tu partirais, tu te choisirais toi-même au lieu de me choisir, n’est-ce pas ? Je pourrai alors vivre sous le masque de quelqu’un d’autre et tu avanceras en m’oubliant. Bientôt, je ne serai plus qu’un vague souvenir dans un recoin sombre de ton esprit. Et tout ira bien.

Tout ira bien.

Sans moi, tout ira bien pour toi. Sans toi, tout ira bien pour moi. C’est mieux ainsi, alors il faut couper le cordon. Te libérer de moi est ma responsabilité, puisque… puisque je t’aime, Aelle, je dois te laisser partir.

Je ferme les yeux et je te vois de dos, silhouette obscure avançant enfin vers la lumière que j’ai occultée si longtemps, tu t’en vas, tu ne te retournes pas… C’est bien, non ?

Pourtant, cette vision m’est insupportable. Égoïstement, sans doute, comme toujours, je veux te garder près de moi. Je ne veux pas que tu souffres et pourtant, je te veux à mes côtés. Nous sommes pareilles, Aelle, n’est-ce pas, à vouloir toujours une chose et son contraire ? Ne serons-nous jamais heureuses, ensemble ou séparées ?

Si je te dis la vérité, partiras-tu ? Si je te mens, partiras-tu ? Je crois que tous les chemins mènent au désastre.

Je clos encore mes paupières pour m’aider à expulser une vérité absurde qui risquerait de tout briser. Je sens la trace de ton poing sur mon visage, il marque ta présence près de moi et, étrangement, cela me donne un peu plus de force. Tant que je sentirai la douleur de ton coup sur moi, tu seras là, encore un peu plus longtemps…

« J’ai perdu, Aelle. Je suis… »

Mon cœur s’emballe.

« Je suis morte.* »


*En anglais, Kristen dit : « I died » (passé) et non « I’m dead » (présent). La nuance tient au fait que la mort est vécue comme un événement passé (et révolu), et non comme un état actuel. Cela me semblait important de le dire, je n’ai pas trouvé de moyen de retranscrire cette idée en français sans passer par une conjugaison bizarre et impossible.

Comment ça je suis en retard ? Comment ça, ce texte ne vaut pas bien cher ? Bon, au moins, on avance.

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Mère du dragon - Justice funèbre - Grande Prêtresse Noire - DJ Kraken |

2 juin 2026, 09:15
Les dragons se cachent pour mourir PV
Je me raccroche à la douleur qui pulse sur mon crâne. Je serre plus fort encore les doigts. Je tire plus fort. Je me fais mal plus fort. Recroquevillée sur moi-même, les larmes qui dégoulinent de mes yeux, le visage crispé. J’ai l’impression que ça ne s’arrêtera jamais. Cette grande peine que je ressens, ce monstre à l’intérieur de moi, cette voix qui hurle, cette tristesse qui ne s’arrête jamais vraiment. Elle ne s’arrête même pas quand je suis avec elle et que tout va bien. Elle continue encore et encore, elle me pourfend, elle remplit mes veines de douleur comme si c’était de ça dont j’étais composée. Je suis faite du manque de vous, Kristen. Je suis faite de la peur de vous perdre. Je suis faite de la terreur de me faire abandonner. Ce sont toutes ces choses qui me composent. Je n’ai jamais été faite de sang et de chair, je suis faite de vous, je suis faite de ce que vous m’avez fait, je suis faite de vos abandons, de vos promesses bafouées, de mon besoin de vous constant.

Je suis cachée derrière la barrière de mes paupières closes et pourtant c’est vous que je vois. Votre ancien vous. Il habitera toujours ma tête, vous savez ? Je ne vous verrai jamais autrement, je ne vous espérerai jamais autrement. Je vous vois vous, pourtant ce n’est pas vous devant moi. C’est ce visage que j’exècre, ce visage qui m’a aujourd’hui menti. Je veux que vous disparaissiez. Si j’ouvre les yeux, vous pouvez me faire le plaisir de ne plus être là ?

Un nouveau sanglot me déchire la gorge. Ce n’est pas vrai tout ça. Je tire un peu plus fort sur mes cheveux. Ce n’est pas vrai tout ça. Je ne veux pas que vous partiez, je ne veux surtout pas de ça, jamais de la vie.

Je pourrais bien être bloquée tout au fond de mon esprit, être enfermée dans des brumes compactes desquelles rien ne peut me sortir, sa voix parviendra toujours à m’atteindre. Je l’entends même si je lutte contre les larmes. Je l’entends même si je suis tellement en colère que j’en meurs de tristesse. Je l’entends même si je ne le veux pas. Je l’entends parce qu’elle est la seule chose que je désire entendre. Le fait qu’elle répète mon prénom affirme la vérité que j’ai compris un instant plus tôt, avant que j’envoie mes phalanges désormais douloureuses dans son visage. C’est elle, elle est bien là, de retour. L’épuisement que je ressens n’a rien de physiquement. C’est au-delà de ça. C’est comme si on tirait sur mon âme pour me l’arracher. Elle est bien là ouais et après ? Et demain ? Et après-demain ? Rien n'est jamais constant avec elle. Je n’en peux plus de tout ça. Mais jamais je ne m’éloignerai d’elle.

La deuxième phrase soulève mon cœur. C’est si violent que j’ouvre de nouveau les yeux. Je la vois à peine à travers le prisme de mon regard enlarmé. Elle n’est qu’une tache floue. Elle est… Quoi ? Je cligne des yeux, je déglutis péniblement. Pourquoi dit-elle qu’elle est… Pourquoi est-ce qu’elle sous-entend que…

« Vous n’êtes pas morte ! »

Ma voix s’arrache de ma gorge ou m’arrache ma gorge, je ne sais pas très bien. Je sais juste que je dégueule cette phrase plus que je la prononce. Le corps dressé en avant, je prends conscience de ma main en appuie sur le sommier du lit et de mon visage crispé dans une grimace qui ne contient pas assez de nuances pour exprimer tout ce qui se passe dans mon cœur.

« Vous n’êtes pas morte ! je répète encore plus fort d’une voix brisée. Pourquoi vous faites ça, p... Vous êtes… »

Un sanglot m’empêche de continuer. La honte se bat avec la douleur violente qui m’étouffe. Je n’arrive pas à m’arrêter. Je n’arrive pas à contenir les hoquets, à retenir les larmes qui coulent, à récupérer le contrôle de ma respiration affolée, à afficher un autre visage. Je n’arrive pas à me débarrasser de cette colère qui me tenaille et de cette peur immense qui jamais ne me quittera. Je ne suis plus moi-même, je ne contrôle plus rien.

« Vous êtes là ! sangloté-je. Vous… Vous… »

Je m’étouffe dans mes larmes. J’arrive à peine à la voir à travers ma vision floue.

« Pourquoi vous faites toujours ça ? »

Je le gémis en laissant retomber mes fesses sur mes pieds, les mains abandonnées devant moi et les épaules secouées par les pleurs que je ne retiens plus.


Je pars du principe qu’Aelle, même si elle a la nuance du I died, n’est de toute manière pas en état de comprendre ce que sous-entend Kristen.
Et ce texte était vraiment magnifique déchirant.

3 juin 2026, 18:51
Les dragons se cachent pour mourir PV
Je fais de mon mieux pour ne pas me laisser envahir par la musique désaccordée de ses sanglots. Chaque hoquet retenu me rappelle à quel point nous n'avons rien à faire l'une près de l'autre. C'est toujours la même chose... Depuis nos retrouvailles, et même avant - depuis toujours, en vérité, n'est-ce pas ? Dans toute cette histoire passée que j'ai occultée, combien de sanglots, de cris, de coups ? Je m'isole du tumulte de ses émotions pour me concentrer sur ce que j'ai à dire. Être factuelle, parce qu'elle mérite de connaître la vérité. De toute façon, je ne crois pas être capable de garder ce secret indéfiniment. Il faut qu'elle sache.

Mais ses yeux mouillés qui se lèvent vers moi sont aussi percutants que le coup de poing que je viens de recevoir en pleine face. Elle me crie sa vérité et je m'épuise à l'idée de devoir lui expliquer ce que je ne comprends pas moi-même. Je suis morte et je ne le suis probablement pas vraiment... Peut-être ne suis-je qu'une petite partie de moi, un morceau qui s'est perdu sur la route de l'enfer, qui s'est si bien accroché à sa vie misérable qu'il a volé au gré du vent au moment où je devais connaître la fin ?

Un instant, j'ai envie de croire que je ne suis pas morte. Que ce que j'ai vu n'était qu'une mise en scène montée par l'un de mes ennemis - sûrement l'homme aux dents trop blanches. Bal. Oui... Et si tout cela n'était qu'un coup monté ? Et si, dans cette urne, il n'y avait que du sable ? Rien d'autre que du sable, ou de la terre fine et grisâtre, rien de vraiment organique, au fond rien de moi ? Bal. Il a écrit : à la prochaine. Mais quand ? Avant que je meure, avant de m'ensorceler pour me faire croire que je suis morte, avant d'organiser cette mise en scène ? Je veux y croire. Dans le fond, c'est presque plus logique. Il me semble qu'il était dans son habitude de jouer avec mon esprit et me faire passer pour une folle à lier. S'il me voyait, comme il rirait... Le reste de mon esprit, c'est lui qui doit l'avoir. Peut-être est-ce cela, et non mon corps, qui est enfermé dans une petite boîte. La plus grande partie de mon âme, posée sur sa table de chevet. Quant à mon corps... Il doit y avoir une autre explication. J'ai appris qu'il était expert dans l'art de la métamorphose. Peut-être a-t-il dévoré mon âme, volé ma mémoire et transformé mon corps pour ne laisser de moi que cette coquille vide, arpentant la terre misérablement. Peut-être qu'il me regarde, en ce moment même, et qu'il se rit du cobaye que je suis devenue. Une identité brisée, une vivante qui se croit déjà morte.

Je me surprends à regarder par la fenêtre à la recherche de son visage. Comme s'il avait pu grimper à l'étage et s'accrocher aux briques pour me narguer. Les pleurs désespérés d'Aelle le satisfont-ils ? Est-ce qu'elle fait partie de l'expérience pour me détruire ? Elle qui est le rappel constant de ma nocivité. Pourquoi tu fais toujours ça, Kristen, mh ? Pourquoi, même une toute petite partie de ce qu'il reste de toi suffit à faire pleurer les gamines ?

« Je ne sais pas, dis-je bêtement. »

Je sais qu'Aelle ne veut pas entendre ces mots. Elle voudrait que je la rassure : oui, tu as raison, je suis là et je ne vais pas partir, quelle bonne blague, hein, qu'est-ce qu'on se marre à dire qu'on est morts alors qu'on ne l'est pas ! C'est donc ça, l'humour noir !

« Je ne suis pas sûre de comprendre, Aelle... Il faut que je t'y emmène. Aux falaises. »

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5 juin 2026, 14:29
Les dragons se cachent pour mourir PV
Je ne sais pas.

Je pensais ne pas pouvoir pleurer plus fort mais la peine que m'inspirent ces mots est si violente que j'ai l'impression de ne pas avoir été en train de pleurer avant et que tout sort d'un coup maintenant.

Vous ne savez pas Kristen ? Vous ne savez pas que vous êtes vivante ? Quand je vous regarde tous les jeudis, vous ne savez pas que vous êtes vivante ? Quand je vous espère toutes les semaines, quand je vous attends avec impatience, vous ne savez pas que vous êtes vivante ? Quand je vous hurle dessus, quand je vous crie de ne pas m'abandonner, quand je vous dis toutes ces choses qui vous font comprendre que sans vous je ne serais pas moi, vous ne savez pas que vous êtes vivante ? Vous ne savez pas, Kristen ? Que j'avais seulement besoin d'un petit mensonge pour une fois, que j'avais besoin que vous descendiez de ce lit et que vous envoyiez valser toutes nos habitudes pour me rassurer d'une étreinte ? Que je voulais une affirmation, que j'avais besoin d'une phrase qui balaye toute la douleur qui me traverse, que j'ai besoin de savoir que vous êtes là et que vous le resterez, que vous n'allez pas partir et m'abandonner, que ce soit pour de vrai ou dans votre tête, j'ai besoin de savoir ça, j'ai besoin de plus que de votre simple présence, j'ai besoin de mieux que la seule certitude que "c'est elle qui est revenue au commande du corps". J'ai besoin de plus que ça, j'ai besoin que vous effaciez les doutes qui grouillent à l'intérieur de moi, que vous fassiez disparaître la peur qui me tenaille du matin au soir et qui vient d'exploser en plein milieu de mon cœur. J'ai besoin de plus que

Je ne suis pas sûre de comprendre, Aelle.

des mots pâles qui ne

Il faut que je t'y emmène. Aux falaises.

veulent rien dire.

Mais je n'ai rien de tout cela.

« Alors faites-le ! » je hurle tout à coup d'une voix qui me déchire la gorge.

Je relève mon visage ravagé par les larmes vers elle. Le sanglots ne se sont pas arrêtés. Je n'ai plus la moindre force mais je n'en ai pas besoin pour me relever. Il me faut seulement du désespoir ; chez moi, il est illimité.

L'instant suivant je me retrouve debout sans avoir eu conscience de me lever. Je la domine de ma taille, elle qui est assise sur le lit. J'ai envie de la rouer de coups. J'ai envie de la serrer et de ne plus jamais la lâcher. J'ai envie de m'enfuir aussi loin que possible. J'ai envie de nous enfermer entre ces quatre murs et de ne jamais en sortir.

« Faites-le ! » je crie de nouveau.

Je plonge le visage dans le creux de mon bras pour cacher le sanglot qui dévore ma poitrine. La peine m'écrase. Les pleurs me secouent comme si je n'étais qu'une poupée de chiffon. Les larmes s'écoulent comme s'il n'y avait pas la moindre limite à ce que j'étais capable de pleurer. Je baisse mon bras la seconde d'après dans un mouvement brusque et colérique. Non ! Tu ne peux pas t'effondrer, tu ne peux pas pleurer. Mais je me sens comme une branche en pleine tempête. Un poids énorme appuie sur mes épaules. Essoufflée, je prends appuie sur mes jambes.

« Emmenez-moi, je la supplie car je n'arrive plus à crier. Faites-le maintenant. Ou je vous jure que... Je vous jure que... »

Un nouveau sanglot résonne dans la chambre. Je dois lui dire... Avoir l'air convaincante... Hurler, être violente, lui faire peur... Insister, ordonner pour qu'elle le fasse maintenant, m'emmener. Il n'y a que comme ça que les gens écoutent. Quand on hurle et qu'on fait peur. Alors il faut... Je dois... Mais je n'arrive qu'à pleurer car pendant un instant, l'espace de quelques minutes, je l'ai perdue. Elle n'a plus été là.

Elle n'a plus été là.
Et cela recommencera encore et encore.
Jusqu'à ce qu'elle disparaisse pour de bon.

5 juin 2026, 20:29
Les dragons se cachent pour mourir PV
Je résiste tant bien que mal aux assauts de ses pleurs. J'inspire et j'expire, lentement, je ferme les yeux pour résister à ses larmes comme des couteaux empoisonnés. Pourquoi je fais ça, hein ? Pourquoi je l'embarque dans mes histoires... Une partie de moi sait bien qu'elle n'a pas le choix. Si je l'embarque, elle vient, c'est une règle que j'ai fini par apprendre. Alors, toute la responsabilité repose sur moi, n'est-ce pas ? Je devrais m'éloigner pour la protéger. On en revient toujours au même point. Et pourtant, on est toujours là : malheureusement inséparables.

Je m'appuie sur mes mains pour me relever et mon corps me parait terriblement lourd. Je ressens dans mes os le poids accumulé des larmes d'Aelle, du fantôme de Baldur et, tout simplement, de ma propre existence. Je me hisse au bord du lit en abandonnant ce qu'il me reste de dignité sur l'oreiller. Lentement, doucement et sans bruit, je pose mes pieds au sol et me lève, atteignant la hauteur du visage d'Aelle, trempé et rougi de chagrin. Ma propre face est crispée comme une vieille éponge tandis que je la regarde droit dans les yeux.

« D'accord, j'articule lentement, découvrant alors ce que prononcer ce simple mot pouvait coûter en courage. »

Je prends une grande inspiration, je gonfle mes poumons et mon ventre et j'expulse tout autour de moi. Je dois me concentrer si je ne veux pas nous tuer toutes les deux. Bien que le transplanage ait été un point d'étude majeur pour moi ces derniers mois, je dois rester vigilante à chaque voyage, surtout s'il s'agit d'un transplanage d'escorte... Comme je dois rester vigilante pour tout, car ma magie n'a plus rien de naturel. Sauf quand il s'agit de détruire - voilà une tendance innée que je n'ai pas tardé à retrouver. Oui, mais le but n'est pas de détruire Aelle et de laisser un morceau de bras traîner sur le parquet du 180 Buck Street.

Je fixe Aelle et je tâche de voir dans ses yeux le reflet de la plaque. Dans ses cheveux, le vent qui souffle en haut des falaises. Sur ses joues, la fraîcheur des embruns. Sur ses vêtements sombres, les traces de mes cendres. Je ferme les yeux un instant et recompose le paysage que je dois atteindre.

« Allons-y. Accroche-toi bien. »

Je ne veux pas y aller. Je ne veux pas y aller. Et s'il était là-bas ? Puisqu'il est partout, de toute façon. Et si nous avions tout inventé, mon esprit malade et moi ? Et si Aelle m'abandonnait, considérant que je n'ai désormais plus aucune valeur ? Un tas de cendres, ça ne vaut pas bien cher. On n'admire pas de la poussière dans une boîte. Mon cœur tambourine contre ma cage thoracique et je réalise que je suis terrorisée. Je réalise aussi avec honte que ma terreur doit imprégner chaque trait de mon visage, de mes sourcils froncés à ma bouche pincée, en passant par mes joues que je mordille de l'intérieur et mes yeux affolés.

Je ne vais pas y arriver. J'aurais dû continuer à faire semblant, à me convaincre si bien que j'étais quelqu'un d'autre que j'aurais fini par le devenir. Foutue vérité !

Pourtant, j'invite Aelle à saisir mon bras.

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8 juin 2026, 17:59
Les dragons se cachent pour mourir PV
Je m'étouffe dans mes pleurs. Quand ai-je pleuré comme cela pour la dernière fois ? Les sanglots déforment ma bouche, les larmes s'écoulent sans aucune retenue et la peine qui s'élève en moi jamais ne s'arrêtera de grossir. J'en ai mal à la gorge, de pleurer, j'en ai mal à la tête, j'en ai mal aux yeux tant mes larmes me brûlent. J'essaie de respirer ; je n'arrive qu'à hoqueter. La peine immense fait de moi son pantin et je n'arrive pas à lutter contre elle, je n'en ai même plus envie d'ailleurs tant elle m'a saisie toute entière, tant elle m'a enfermée dans ses bras inébranlables.

La seule chose qui me fait réagir c'est la vision floue et déformée par les larmes de Kristen qui se lève, devant moi. Le fait qu'elle se tienne debout devant moi envoie un ordre silencieux à mon corps. On lui dit : redresse-toi. Alors je me redresse, le souffle court et les larmes qui dégoulinent de mes yeux et coulent sur mes joues. Je hoquète juste devant elle, elle voit tout le spectacle de mes larmes. Je me tiens bêtement devant elle, les bras repliés contre moi, tremblante de la tête au pied. Jamais je n'ai eu plus envie de me jeter contre elle qu'à cet instant. Je voudrais qu'elle ouvre ses bras et me serre comme elle ne l'a jamais fait. Si, une fois. Sur le plateau, il y a ce qui me semble être une éternité. Dois-je toujours pleurer très fort pour qu'elle m'étreigne ? Faites-le. Faites-le. Faites-le. Mais elle ne le fait pas, elle reste devant moi, elle ne bouge pas, alors je commence à avoir honte de pleurer si librement devant elle.

J'essuie encore mes larmes dans mon coude. Je renifle comme la politesse m'interdit pourtant de le faire parce que je ne veux pas avoir de la morve sur les lèvres quand elle me regarde. Je hoquète, je tremble, je pleure encore. Elle me fixe. Elle me dit d'accord. Elle va m'emmener. Elle va le faire. Cela n'effacera rien. Ni la marque de mes larmes tout au fond de mon âme ni la peur énorme qui grouille à l'intérieur de moi et qui prend toujours plus de place. Mais elle va le faire, m'emmener, et c'est tout ce qui compte. Je ne sais pas pourquoi rien d'autre n'a d'importance pour le moment.

Je crois qu'elle est en train de se concentrer ou quelque chose comme ça. Elle va m'emmener aux falaises, transplaner. Je respire laborieusement, pleine de hoquets et de sanglots incontrôlables. Pendant qu'elle se concentre, j'essuie mes joues. Encore et encore j'essuie mes joues et mes yeux mais les larmes ne s'arrêtent pas de couler et quand j'essuie mes joues d'autres larmes remplacent les précédentes, ça ne s'arrête pas, ça ne veut pas s'arrêter. La seule raison pour laquelle j'arrête ces mouvements inefficaces et hachés, c'est son bras tendu.

Je m'agrippe aussitôt à lui. Doigts enfoncés dans son avant bras, je l'attrape des deux mains. Je la serre fort. Mon cœur tambourine. À travers ma vision abimée, je vois son visage comme je ne l'ai jamais vu : tordu par des choses que je ne comprends pas. Chez d'autres, j'y aurais vu de la peur. Mais de quoi pourrait bien avoir peur Kristen Loewy ? Mon cœur se soulève. J'ai la réponse. Je ne veux pas avoir la réponse. Je ne veux pas l'avoir. Alors je ferme les yeux à m'en arracher les paupières pour ne plus voir son visage en espérant secrètement qu'elle me tire contre elle.

hier, 23:11
Les dragons se cachent pour mourir PV
Je la vois face à moi, pauvre petite chose tremblante, que j'ai bousillée tant de fois et que je m'apprête encore à détruire. Je devrais la lâcher, pour son bien, complètement abandonner cette folle entreprise, m'enfuir, la préserver. Elle aura mal au début, c'est certain, elle me maudira de toutes ses forces, elle me maltraitera et voudra me tuer, mais à la fin, elle ira mieux. Loin de moi, de ma vérité et de mes mortelles erreurs ; loin du poison que j'insuffle dans sa vie.

Au lieu de cela, lorsqu'elle saisit mon bras, je prends le temps d'essuyer de ma paume libre une larme qui s'évertue à couler sur sa joue trempée. Ma main se mouille aussi, et je capture entre mes bras cette folle tempête nommée Aelle. Je nous unis, car le voyage à venir n'a rien d'une visite touristique. Cette étreinte ne saurait pardonner l'épreuve qui nous attend, mais je peux au moins transmettre par ces gestes toute l'affection que j'ai pour elle. Tous les pardons que je n'ose plus demander, et tenter d'absorber tous les pleurs qui viendront encore se mêler aux embruns, quand elle comprendra.

Auprès d'elle, sûre qu'elle ne m'échappera pas et mettant tout mon être au service de sa protection, je me sens plus courageuse. Je ne veux pas y aller, mais je le dois, et je dois nous mener là-bas en un seul morceau. Je pourrai m'écrouler encore après.

Ainsi passons-nous de Camden aux falaises ; de la vie à la mort. Atterrissant sur le sol humide, je n'ai pas le temps de me féliciter pour l'étonnante douceur de ce transplanage. Je ne la lâche pas. Je la serre plus fort, je l'empêche de regarder. Nous y sommes. Les restes de ce que j'ai été sont juste derrière toi, Aelle. Tourne-toi, et tu retrouveras celle que tu as perdue, dans une petite boîte sous cette terre, juste au pied de ces stèles. Nous y sommes et je ne veux pas que tu le voies. Regarde plutôt ce qu'il reste de moi, dans mon œil encore bleu. Le nom gravé sur cette plaque explosée par un sortilège de rage est le mien ; mais je suis là.

Moi non plus, je ne veux pas regarder. Ni ma plaque brisée par ma colère, ni celle de la femme, intacte, belle comme elle le fut, ma femme que j'espère un jour retrouver. Si je peux être en deux endroits à la fois, morte et vivante en même temps, peut-être est-ce aussi le cas de l'Ange qui choisit de se corrompre pour devenir mon épouse.

J'ai fait ce qui devait être fait, Aelle, maintenant oublions, partons, regarde-moi et fais-moi croire que j'existe encore. S'il te plaît.

1-2 : le transplanage se passe bien
3-4 : le transplanage est particulièrement mouvementé
5-6 : le transplanage cause une blessure


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Mère du dragon - Justice funèbre - Grande Prêtresse Noire - DJ Kraken |