Un ciel à soi

RUBY, 17 ans
8 février 2051 Début d'après-midi


[sisters of the moon]
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Entre deux journées de cours, souvent, je travaille. Que voulez-vous, les Aspics ne sont pas ce qu'il y a de plus réjouissant, et ils m'ont prise à leur piège. J'ai devant moi plume et encrier, mes pensées déversées au brouillon, toutes mes notes ainsi qu'un parchemin à moitié complété. Tout pour passer un après-midi de rêve, en somme. Ainsi perchée au sommet de la plus haute tour, j'estime que c'est ici l'un des endroits les plus agréables pour étudier. Plus calme que la salle commune, plus lumineux que la salle d'études, et puis cette vue imprenable qui me ferait presque regretter de devoir en détacher mon regard pour poser les yeux sur ma feuille.

Quelques élèves ont eu la même idée que moi. Autour de ma table, ça chuchote, ça gratte le papier, ça réfléchit intensément. Je ne saurais dire pourquoi cette atmosphère m'apaise, puisque je trime devant une dissertation. Mon Aspic blanc d'Astronomie est derrière moi, il s'est déroulé il y a plusieurs jours mais nous voilà maintenant gratifiés de charmants sujets de réflexion.

La féminité dans l'Astronomie, entre stéréotypes et carcans : quel avenir pour les femmes dans la discipline ?

Sur mon brouillon sont étalées bon nombre d'idées que j'ai déjà plus ou moins organisées et rédigées. J'évoque d'abord la façon dont la féminité est perçue et représentée dans l'Astronomie, en me basant sur les constellations, les planètes et autres éléments du ciel. Je parle de la différence de traitement qui peut s'observer selon le genre de la figure humaine représentée : les hommes forts comme Hercule, les femmes séduisantes comme Vénus. Des mythes réducteurs, des archétypes clichés, j'ai de quoi faire. J'aborde aussi la façon dont la misogynie a selon moi joué un rôle dans le développement de la discipline, faite par des hommes et pour des hommes depuis son fondement. Et puis, me reste à discuter du futur : quelle place peuvent espérer prendre les femmes dans le domaine de l'Astronomie, désormais ? Comment se réapproprier cet espace qui vise lui-même à expliquer le cosmos, dans un monde aussi patriarcal ? Quel nouveau souffle trouver pour une discipline vieille de plus de trois mille ans ? Et comment, enfin, porter un véritable regard féministe sur l'univers ?

Devant mon parchemin, je poursuis mon labeur, rédigeant des phrases qui me survivront peut-être, à l'instar de cette voûte céleste.

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Titre éhontément emprunté à l'ouvrage de Virginia Woolf, A room of one's own (Une chambre à soi), aux accents féministes.
@Paige Barrow je t'ai fait attendre bien trop longtemps, mille excuses :blush:

belle, romantique, rouge (Paige 2026)

Un ciel à soi
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08.02.51- Avec @Ruby Everheart
*uniforme aux couleurs de Serdaigle, picrew

Une Aiglonne sérieuse n'avait rien de particulièrement surprenant. C'était, pour ainsi dire, écrit entre les reflets bleus de son uniforme.
Cette Aiglonne-là, qui plus est, avait toujours été sérieuse. Éduquée depuis son enfance dans la rigueur scolaire qui vous amenait le savoir.

Ainsi, qu'elle se trouve ici en ce début d'après-midi, à gratter son parchemin, n'avait rien de particulièrement surprenant.

L 'œil curieux, attentif ou pointilleux, cependant, découvrirait bientôt qu'elle n'était pas pour un sou ce qu'elle renvoyait. Sur le parchemin, quelques phrases avaient été jetées dans la frénésie des premières minutes de révision. Ce moment où tout semble couler de source, où l'on se sent soudain tout à fait brillant.
Et puis le moment passe. S'envole et nous voilà bien démunis, sans intelligence soudaine et grand génie pourvoyeur de lumière.

La concentration s'était envolée, avait sauté à pieds joints dans le même train. Sans un signe, ou un regard en arrière.

Alors le regard noisette de la sorcière flottait à travers la pièce. Grattait distraitement le parchemin, le parsemant de taches d'encre et observait les âmes qui l'entouraient. Sans intérêt pour la plupart.
Ce n'était pas la pensée arrogante, de celle qui se pense bien plus mystérieuse et intéressante. Ce n'était bien que le fait : elle était entourée de visages plus ou moins familiers qui, contrairement à elle, étudiaient.

Bien sûr, venaient les questions. Qu'étudiaient-ils, à quoi pensaient-ils ? Que cachait-il derrière la mine sérieuse de ce Poufsouffle, derrière le tapotement nerveux des doigts de ce Gryffondor ?
Mais elle ne trouvait pas chez eux ce quelque chose qui chatouillait sa curiosité et la poussait, le plus souvent, à ouvrir sa bouche sans réfléchir.
À son grand regret, c'était pourtant bien cette sensation qu'elle recherchait. Ce besoin irrépressible de comprendre celui ou celle sur qui se portait son attention, de le décrypter et de faire de son âme un nouveau héros. De le peindre en la créature la plus appropriée à son histoire.

C 'est alors que le regard se porta sur la table devant elle, en diagonale, que la curiosité fut prise. Par les mots, ceux qu'elle devinait en plissant les yeux et en se penchant légèrement en avant. Sans discrétion aucune.
Par la silhouette. De dos, elle n'en devinait que les courbes fragiles du profil, sans pouvoir tout à fait le comprendre. Cela ne lui plaisait que plus : elle pouvait dessiner le reste.
Elle voyait les longues mèches blondes, les traits fins.

"Excuse-moi ? Pardon de te déranger, mais ça a l'air intéressant, c'est pour quoi que tu fais ça ?", soufflerait-elle finalement, après avoir tapoté la chaise de sa voisine.

Peut-être se verrait-elle envoyer bouler, ce qui ne la surprendrait pas réellement. Peut-être se prendrait-elle l'un de ces regards méprisants que quelques âmes savaient afficher comme personne.
Mais dans cette silhouette et quelques-uns de ses mots, elle trouvait enfin de l'intérêt. Une curiosité qui, elle le sentait là au creux de son ventre, ne se tarirait pas sans quelques questions.
496 mots
Ne t'en fais pas, l'attente ne le rends que meilleur :3

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