Demain se détache sur l'horizon PV

31 juillet 2051
Tillyhouse — Écosse
21 ans



Le transplanage me recrache dans un lieu qui m'est désormais familier. J'observe les petites maisons qui se dressent au loin, au milieu de la campagne écossaise. Elles sont surplombées par un ciel clairsemé de quelques nuages blancs. La brise attendrit la chaleur de l'été. Je me mets en marche vers le village, avec le pas lent de celle qui n'a pas envie d'arriver à destination.

Ma valise pèse dans ma poche et Zikomo sur mon épaule droite. Il a voulu m'accompagner. « J'ai besoin de découvrir mon nouveau terrain de chasse, » m'a-t-il dit. Moi, ce que je ne lui ai pas dit, c'est que ça m'a rassuré qu'il accepte. J'ai transplané de l'AESM avec la sensation étrange de faire la plus grosse bêtise de ma vie. Je ne remettrai plus les pieds là-bas, du moins pendant un temps. Ce n'est pas cela qui me dérange. L'Académie n'est qu'un grand bâtiment dans lequel grouille des tas d'êtres humains. Ce qu'elle m'offre, on peut me l'offrir ailleurs. Mais pas là où je vais aller. Quitter les bancs de l'école me fait ressentir une nostalgie à laquelle je ne m'attendais pas. Je n'ai pas ressenti la même chose l'année dernière, quand j'ai décidé d'arrêter mes études. J'étais trop en colère et trop embourbée dans des sentiments pitoyables auxquels je ne veux plus penser. Aujourd'hui, c'est différent. Je suis diplômée, j'ai un travail que je commencerai en septembre, j'aurais bientôt un lieu où vivre. Je ne suis plus une étudiante.

Je ne suis plus une étudiante.
J'ai l'impression que cela signifie : je ne suis plus Aelle Bristyle.

Je ravale un soupir et accélère le pas pour rejoindre le village, le cœur lourd. Je ne sais pas pourquoi j'ai transplané ici. Peut-être pour être certaine d'apercevoir la silhouette sombre de ma future colocataire de loin, au cas où elle aurait eu la même idée que moi, à savoir venir visiter le village qui deviendra le notre dans quelques jours ? Je n'ai pas envie de croiser Kristen inopinément. Je ne me l'explique pas mais je ne le désire pas. L'idée de notre vie à deux qui approche est déjà suffisamment source d'angoisse. Je veux profiter de ces quelques libertés qu'il me reste encore, à savoir me promener dans le village avec la sensation que je n'en suis pas encore une habitante, et je veux le faire seule.

Après mon retour d'Estonie, même si je devais préparer ma soutenance orale, Kristen et moi sommes régulièrement venues ici pour faire du repérage. Nous nous sommes promenées ensemble dans les minuscules petites ruelles boueuses qui salissaient ses jolis escarpins et mes sandales d'été. Nous nous sommes imprégnées du lieu, nous avons fait connaissance avec, mais à aucun moment nous nous sommes demandées si nous n'allions pas plutôt vivre ailleurs. L'Écosse a toujours été notre chez nous. C'est ici que nous vivrons. Nous avons fini par trouver l'endroit. Il n'est pas parfait, il n'y a pas eu de coup de cœur — Kristen comme moi-même nous fichons trop du matériel pour avoir des coups de cœur — mais il est fonctionnel et il est ce que nous désirions. J'y vivrai dans quelques jours. Je n'ai aucune intention d'aller marcher de ce côté-là du village aujourd'hui. Je souhaite seulement me balader un peu avant de rejoindre Narym et Mackenzie pour le dîner. J'ai naturellement accepté sa proposition de m'héberger le temps que la maison de Tillyhouse soit libre. Vivre avec lui me semblait toujours mieux que de rester dans ma petite cabane au confort relatif du Plateau, même si je devrais me coltiner sa fille.

J'arrive près des premières maisons. Ici, le silence se bat avec le murmure que le vent fait dans les branches des arbres. À perte de vue, il n'y a que des montagnes escarpées et des arbres. Les rues sont bien plus calmes qu'à Mochdinam. Les quelques rares personnes que je croise sont sur leur propriété ou aux fenêtres de leur maison. Je ralentis le pas pour profiter de ma balade. Je repère déjà des éléments du paysage qui sont devenus familiers au fur et à mesure de mes visites. Ce peau de fleur vide abandonné à un croisement, ce volet cassé qui frappe le mur les jours de grand vent, ce pic sur l'horizon que l'on aperçoit pile poil quand on tourne à l'angle de cette vieille maison au toit déglingué.

Sans que j'en ai conscience, ces petits détails commencent à remplacer tous les repères qui comptaient pour moi à l'AESM. Certains resteront irremplaçables mais ils finiront par se perdre au milieu du nouveau paysage que sera ma vie.


RP libre, s'il y a des intéressés ! Pas besoin de m'envoyer un hibou si vous voulez répondre. Vous pouvez croiser Aelle n'importe où dans le village. Si je n'ai pas de réponse, je le transformerai en OS.

@Kristen Loewy, je parle de la coloc ! N'hésite pas à me dire si ce que je raconte est incohérent.

Demain se détache sur l'horizon PV
31 JUILLET 2051
19 ANS
Tillyhouse — Écosse
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DEMAIN SE DETACHE SUR L'HORIZON
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Ben Howard — Old Pine

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Depuis plusieurs nuits, je suis retourné chez Hector et je commence à reprendre mes habitudes dans sa maison. Je n’ai pas oublié la troisième marche qui grince dans l’escalier, la fenêtre du salon qui ferme mal ni le plancher de l’étage qui trahit le moindre déplacement nocturne. Mes affaires restent pourtant regroupées au même endroit, même si quelques vêtements se sont déjà dispersés çà et là. Je ne veux pas vraiment les ranger. Ce serait reconnaître que je ne compte pas repartir tout de suite, alors que je n’en sais rien.

Hector a fini par arrêter de me demander combien de temps je comptais rester. Il se contente de lever les yeux au ciel lorsque je rentre tard ou que je m’attarde trop longtemps dans la cuisine en laissant traîner un peu de vaisselle, toujours avec sa patience habituelle. Je sens pourtant que ma présence ne pourra pas être éternelle. Je crois le lire dans certains de ses regards, ou dans ceux de Cressida lorsqu’elle me demande si je serai là pour dîner. Elle ne dit jamais que je ne suis que de passage, mais je finis malgré moi par l’entendre derrière la question. La vérité, c’est que je n’ai aucune réponse à leur donner.

Au départ, je trouvais que Tillyhouse ressemblait à un rassemblement de maisons éparses, perdues au milieu de nulle part. Les façades se confondaient et le silence donnait au village l’impression d’un moment suspendu. Pourtant, à force d’y séjourner et de sortir marcher, certains détails commencent à devenir familiers. Le volet qui frappe contre un mur lorsque le vent se lève. Le croisement où la terre reste humide après la pluie. Le jardin devant lequel je ralentis toujours à cause du gros chien qui aboie à chacun de mes passages.

Les habitants doivent également commencer à me reconnaître. Pas forcément mon nom, seulement le type aux cheveux roses qui sort régulièrement de chez Hector sans sembler savoir où il va. Je sens parfois quelques regards sur moi, mais ils sont beaucoup moins appuyés que ceux auxquels j’ai droit à Godric’s Hollow. C’est aussi pour cela que j’aime bien ce trou perdu : les gens vous laissent généralement tranquille.

Je marche sans but, les mains dans les poches, tandis que la brise effleure mon visage. Le bruissement des branches au-dessus du chemin est presque le seul son qui m’accompagne, et cela suffit à ralentir un peu mes pensées. Je ne sais pas combien de temps je compte rester dehors ni jusqu’où je vais. Assez loin, sans doute, pour finir par avoir envie de retourner chez mon frère.

Une silhouette apparaît entre deux habitations. Je remarque d’abord la créature installée sur son épaule, une espèce de renard bleu dont je ne distingue pas très bien les intentions. Sa présence me pousse aussitôt à ralentir. Je n’ai aucune envie d’attirer son attention, encore moins de découvrir s’il considère les passants comme une variété locale et appétissante de gibier.

C’est lorsque la femme tourne légèrement la tête que je la reconnais. Bristyle. La sœur d’Aodren.

Quelques souvenirs me reviennent, tous plus chaleureux les uns que les autres. Notre rencontre aux Trois Balais, lorsqu’elle attendait son frère et que je m’étais installé à sa table sans invitation, avant qu’elle ne m’accueille avec toute la chaleur d’un Détraqueur. Puis le Pitiponk, plus récemment, avec Gabryel, son tatouage et cette scène à laquelle je n’avais presque rien compris. J’avais bien essayé de lui soutirer quelques explications après la soirée, mais l'autre partie de l'Infini était resté totalement muette. Au moins était-il toujours vivant, ce qui tenait presque du miracle au vu de la tournure des événements.

Le visage de la femme en noir me revient également. Une autre Bristyle que je ne connais pas et qui pourtant a déjà commencé à choisir la couleur de mon cercueil. Madame Cercueil. Elle était vachement plus inquiétante que la femme qui se tient maintenant devant moi. Le monde est tout de même particulièrement petit pour que nous nous retrouvions ici, au milieu de ce village perdu.

Je pourrais continuer mon chemin en faisant mine de ne pas l’avoir remarquée. Je la connais à peine. Je connais surtout Aodren, et rien ne m’oblige à aller vers elle. Pourtant, la créature sur son épaule tourne la tête dans ma direction. Je m’immobilise aussitôt, observant ses mouvements avec prudence. Elle est peut-être inoffensive de loin, mais j'en connais plein des histoires qui commencent comme ça et implique des animaux.

— Il mord ?

Je réalise seulement après coup que j’ai parlé à voix haute. C’est raté pour la méthode ignorer discrètement le danger. Je garde mes distances et relève finalement les yeux vers Aelle. Elle n’a pas beaucoup changé depuis le Pitiponk, même si sa manière d’observer les maisons et les croisements me paraît étrange. On dirait qu’elle essaie de retenir les lieux.

Je pourrais lui expliquer que je vis chez Hector en ce moment, préciser que ce n’est que provisoire et commencer à me justifier alors qu’elle ne m’a encore rien demandé. Je retiens le flot de paroles avant qu’il ne sorte et me contente de me décaler légèrement, sans quitter complètement la créature des yeux lorsqu’elle remue encore sur son épaule.

Je cherche l’explication la plus évidente à la présence d’Aelle ici.

— Aodren habite à Tillyhouse, maintenant ?

L’idée me plaît plus que je ne l’aurais pensé. Nous ne nous sommes presque pas revus depuis Poudlard, seulement croisés trop brièvement pour retrouver cette ambiance d'autrefois dans la salle commune. Savoir qu’il vit dans les environs me donnerait une raison supplémentaire de rester chez Hector, et probablement une raison plus légitime que mon incapacité actuelle à savoir où aller.

Une autre possibilité me traverse toutefois l’esprit. Je jette un regard méfiant vers les arbres qui bordent le chemin, espérant largement me tromper. Son souvenir me terrifie encore, malgré les jours qui ont passé.

— Ne me dis pas que c’est Madame Cercueil qui habite ici. J’aimerais être prévenu avant de la voir surgir derrière un tronc, histoire d’avoir le temps de choisir la teinte de l’acajou.

1009 mots


Et voilà pour les retrouvailles au fin fond de la campagne Ecossaise... @Kristen Loewy pour la mention de Madame Cercueil et @Gabryel Fleurdelys, l'autre moitié de l'Infini

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Demain se détache sur l'horizon PV
Quelques habitants me regardent passer sans m'arrêter ou chercher à me faire la conversation. Je les regarde à peine pour ne pas avoir à les saluer et je poursuis mon chemin en gardant ce rythme lent qui me fait passer pour une sorcière qui se balade sans raison précise. J'annoncerai la semaine prochaine à ma famille où je vais vivre, puisque j'ai été invitée pour un repas chez mes parents. J'entends déjà leurs questionnements à propos de ma colocataire. J'ai pensé à mentir, dire que je vivrai seule, mais cela m'a rappelé mon mensonge de l'année passé et j'ai découvert que je n'avais plus la moindre envie de m'embourber dans ce genre de situation qui ne m'est pas naturelle juste pour éviter quelques questions. Ils comprendront de toute manière bien vite que je n'ai pas la moindre intention de leur parler de Kristen.

Je tourne à une intersection, sans avoir conscience que je me rapproche de mon futur lieu de vie. Je souhaite seulement éviter cette maison aux volets abîmées en bout de ruelle : un vieux sorcier passe la tête derrière le rideau pour épier les passants dès qu'ils passent devant chez lui. De fait, je prends la rue qui part dans la direction opposée et je me fais surprendre par cette voix qui, avant même que je trouve son propriétaire ou que je la reconnaisse, me fait comprendre qu'elle s'adresse à Zikomo. Je tourne la tête vers lui. Un grand jeune homme à la chevelure rose.

Je fronce doucement les sourcils en m'arrêtant sous le coup de la surprise. Je ne suis pas habituée à croiser des gens comme lui ici. Son visage m'est familier. Il me faut quelques secondes pour le remettre et me rappeler que c'est un ami de Gabryel, que nous nous étions croisés au Pitiponk. Ce n'est que lorsqu'il me parle de mon frère que je me rappelle un peu brutalement de la raison pour laquelle je gardais de ce garçon un souvenir désagréable : le souvenir de notre rencontre aux Trois Balais il y a une éternité remonte et il a une teinte dépassé. Je ne me souviens presque pas de notre conversation.

Mon humeur dégringole au fur et à mesure qu'il prend la parole. Qu'il parle de Zikomo ne m'a déjà pas beaucoup plu. Qu'il enchaîne avec Aodren m'a agacé. Mais qu'il parle de Kristen en ces termes ? Il ne m'en fallait pas plus pour qu'il me soit définitivement antipathique. Mon visage s'assombrit et mes mâchoires se crispent.

« Ce que je fais ici ne te concerne pas, j'articule doucement, la voix froide, pour qu'il comprenne bien ce que je suis en train de dire. Parle encore une fois d'elle en ces termes et j'arrache ta touffe de cheveux rose débile. »

Je le dis sur le même ton, sans éloigner mon regard de lui. Sous ma peau crépite les habituels sentiments désagréables qui m'envahissent toujours quand quelqu'un parle de Kristen sans mon accord. Je déteste qu'il parle d'elle avec cette familiarité alors qu'il n'a aucune idée de qui elle est. S'il ne l'avait pas évoqué, je lui aurais répondu pour Aodren même si cela m'aurait été désagréable.

Mon regard repart en direction de l'horizon qui se détache sur le ciel clair. Je me remets en route sans y penser, quelques secondes après avoir parlé. Je n'ai aucune intention de m'éterniser ici.

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Je reste immobile quelques instants, le temps que ses mots atteignent la partie de mon cerveau chargée d’empêcher les catastrophes, enfin ce qu’il en reste. Instinctivement, ma main remonte jusqu’à mes cheveux. Ouf, ils sont toujours là, cela dit, si je continue, j’ai peu de doute sur leur avenir.

Et elle se barre, le renard bleu tourne la tête par-dessus son épaule et continue de me surveiller, comme s’il attendait juste sa permission pour terminer le travail. Je devrais partir dans l’autre direction. On ne se connaît pas, et je viens de réussir à l’agacer en parlant de son frère, de son animal et de cette femme qui compte manifestement beaucoup pour elle.

Je la suis de quelques pas, en conservant toutefois une distance raisonnable de sécurité.

— Ok, ok, j’ai compris. J’parle plus d’elle. Sujet sensible.

Après tout, c’était peut-être une ex ? Nan attends ! Gab s’est peut-être pointé en plein milieu d’un date entre Bristyle et cette femme ! C’est sans doute pour ça qu’elle est énervée… ça doit être chiant de voir débouler un mec avec ton prénom tatoué sur le torse alors que t’es en plein rencard avec quelqu’un. Tu m’étonnes que les deux se soient tirées après. Peut-être qu’elles ne sont plus ensemble, alors ? Et c’est pour ça que c’est aussi sensible : ça ne doit pas faire longtemps qu’elles sont séparées.

Elle continue d’avancer. Je me retrouve à marcher derrière elle, sans savoir si elle tolère encore ma présence ou si elle va mettre sa menace à exécution d’un moment à l’autre. Je pourrais m’arrêter, mais je réalise que nous prenons la direction de chez Hector. Pendant mes réflexions silencieuses, je ne peux m’empêcher de laisser échapper une petite réflexion à mi-voix.

— Je sais pas comment il fait Gabryel pour survivre aussi longtemps…

Mon regard glisse vers les façades de maison qu’elle observe d’une manière étrange, elle ne ressemble vraiment pas à une simple visiteuse. Elle contourne une rue sans hésitation et s’engage dans la rue suivante, comme si elle avait déjà emprunté ce chemin auparavant. Moi, je reste légèrement en retrait, les mains dans les poches.

Une bourrasque remue les branches au-dessus de nos têtes. Je vois de nouveau le renard bouger. Je détourne brièvement les yeux, et c’est là que je remarque qu’on est presque revenues jusqu’à la maison d’Hector.

— Tu connais mieux ce trou paumé que moi. C’est vexant, je squatte ici depuis plusieurs jours.

415 mots

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Sa voix me suit dans mon dos. Je grimace et seul l'horizon en est témoin. Il me suit ou il allait également dans cette direction ? Je fais quelques pas de côté de sorte de l'avoir à l'orée de ma vision si je tourne la tête vers la droite. Sa petite remarque sur le "sujet sensible" ne m'aide pas à me détendre et je sens mes muscles se crisper. Il y a déjà le fait que je n'aime pas que qui que ce soit parle de Kristen, bien sûr, mais ce qui me déplaît chez ce garçon aujourd'hui, c'est la familiarité avec laquelle il s'adresse à moi, comme si nous étions autre chose que des inconnus qui avons eu le malheur d'être scolarisés dans la même école.

Un nouveau marmonnement me parvient. Cette fois-ci, je crois entendre le prénom de Gabryel et ce sont mes mâchoires qui se crispent brusquement. Mais ce n'est que mon imagination, n'est-ce pas, il n'est pas en train de me parler de Gabryel ? Je sais qu'ils sont amis, puisqu'ils sont venus ensemble au Pitiponk la dernière fois. De la part de Gabryel, cela ne m'étonne pas : c'est le genre de mec qui peut être ami avec tout et n'importe quoi, même les idiots dans le genre de celui qui me suit. Comment s'appelle-t-il, déjà ? Je suis sûre d'avoir entendu Aodren en parler à plusieurs reprises, même après cette rencontre dont je me souviens à peine aux Trois Balais. Mais impossible de me souvenir de son nom et encore moins de son prénom. Bah, peu importe !

Je finis par m'arrêter quand il reprend la parole pour la troisième fois. Je me tourne vers lui, un soupir coulant de mes lèvres.

« Je me contente de marcher dans la rue, je soupire, la voix un peu sèche, ça ne dit rien de ma connaissance de cet endroit. Et si tu veux mieux connaître le village, va visiter. »

Je le dis avec un mouvement brusque du bras vers le bout de la ruelle, comme pour l'encourager à s'éloigner de moi.

« Et si tu comptes me suivre, t'arrêtes tout de suite, » je grince ensuite, le regard aussi peu avenant que le reste de mon visage.

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Je me stoppe net lorsqu’elle se retourne dans ma direction et la voit faire un geste en direction du fond de la ruelle. Je reste planté sur place quelques secondes, un peu interloqué, mais surtout partagé entre l’envie de lever les yeux au ciel ou bien de rire à gorge déployée. Elle me prend vraiment pour un imbécile qui n’a rien d’autre à faire que de suivre une quasi-inconnue à Tillyhouse. Pendant ces quelques secondes, mon regard glisse derrière elle en direction du toit de la maison d’Hector, un peu plus loin. C’est seulement là que je me rends compte que je suis quasiment arrivé.

— Je te suis pas… Enfin pas volontairement.

Léonidas, sais-tu que ces paroles ne font qu’empirer ton cas ? C’est vrai que ce n’est pas terrible. Je sors alors une main de ma poche pour désigner la maison un peu plus loin.

— Y’a mon frère qui habite là. Hector Vance. Je squatte juste chez lui depuis quelque temps.

Ces mots sortent beaucoup trop facilement de ma bouche : « squatter ». Squatter. C’est un terme bien plus sincère que les mensonges que je me raconte depuis des jours, tentant de prétendre que je ne suis ici que de passage. Bien plus honnête que de laisser mes affaires en tas, comme si je voulais prouver que je pouvais repartir lorsque je le désirais. Je ne sais pas encore combien de temps je resterai ici ni où j’irai ensuite. Mais ça, elle n’a aucun besoin ni raison de le savoir. Surtout qu’elle vient presque de me mettre à la porte de ma propre rue !

Je jette un coup d’œil rapide sur la créature bleue qui l’accompagne, mais cette fois-ci, je me retiens de poser des questions. C’est bien la preuve que je suis en mesure d’apprendre quelque chose, lorsque ma chevelure est menacée. D’ailleurs, ma main remonte machinalement sur une de mes mèches roses. J’y tiens réellement à mes cheveux, plus que je ne voudrais bien l’admettre. Pourquoi ? Parce qu’ils ont au moins le mérite d’être mon choix, sans avoir demandé l’avis de Père, d’oncle Darius ou d’un quelconque membre de la famille Vance. Je les ai choisis, pour une fois.

Je fais un pas de côté pour lui laisser le passage tout en bougonnant plus pour moi-même :

— Pas envie de sacrifier ma coiffure aujourd’hui.

Je pourrais m’arrêter là, rentrer chez Hector, m’affaler dans le lit de la chambre d’ami et essayer de ranger mes affaires pour oublier cette conversation particulièrement réussie. Pourtant, quelque chose continue de me travailler. Bristyle n’a clairement pas l’air de découvrir l’endroit, elle m’a semblé éviter certaines rues, savoir exactement quelle direction prendre aux intersections tout en regardant avec attention les maisons environnantes.

Je me remets en marche, gardant toutefois mes distances afin, cette fois, de ne pouvoir être accusé d’aucun mal.

— T’habites ici, toi maintenant ?

La question est sortie avant même que je décide de sa pertinence et je ressens le besoin d’ajouter quelque chose, mais me ravise et poursuis ma route en direction de la maison d’Hector, sans attendre qu’elle ralentisse. Ça ne me regarde pas vraiment, mais Bristyle semble bien connaître ce village et ce n’est surement pas un hasard. Soit c’est un pur hasard et le monde est vraiment petit, soit elle s’est installée ici et ce village va devenir beaucoup moins anonyme que je ne l’espérais.

Et puis, si Madame Cercueil est impliquée là-dedans, il serait temps que je songe à réfléchir à cette histoire d’acajou.

588 mots
Navré pour le délai de réponse, mes reponses devraient redevenir plus régulière maintenant que mon absence est terminé

A genius in a foolish disguise - Sir Adidas Vance du Ouin Ouin - Le Gang des Licornes - Toujours partant pour un RP (cf ici)

Demain se détache sur l'horizon PV
Il me suit, mais pas volontairement ? Je tourne mon visage crispé par l'agacement vers lui, pour bien qu'il voit mon regard noir. Moi aussi, je peux faire des choses involontairement. Dégainer ma baguette et lui balancer un sortilège, par exemple. Faire apparaître mon golem sous ses pieds. Sauf que ce sera involontaire. Oh, pardon monsieur, je vous ai bousculé avec mon golem ? Ce n'était vraiment pas voulu ! Il me prend vraiment pour une idiote.

Je jette un coup d’œil vers la maison désignée, celle où il habiterait apparemment. Vance, son nom serait donc Vance. Oui, ça me revient. Léo Vance. Par tous les mages, donc il sera pratiquement mon voisin. Je gonfle mes poumons pour pousser un long soupir. Ça va pas le faire s'il me fait la discussion à chaque fois que je sors de chez moi, mais vraiment pas du tout. Peut-être qu'il ne squattera pas longtemps chez son frère ? Je ne peux me raccrocher qu'à cet espoir.

Il marmonne des choses auxquelles je m'efforce de ne pas faire attention. Comme quand il évoque sa coiffure horrible. Le rose, ce n'est pas une couleur dérangeante, mais a-t-il conscience que ça lui donne un air ridicule ? Sûrement pas. Je reprends ma route à grands pas, pour ne pas qu'il se mette en tête que ce qu'il raconte m'intéresse. Ne surtout pas lui donner l'occasion de croire qu'il peut discuter avec moi, me questionner ou gaspiller mon temps comme il est en train de le faire. Je remarque qu'il poursuit sa route, lui aussi, mais de son côté, comme pour marquer le fait qu'il ne marche pas avec moi. Bien, au moins est-il capable d'entendre.

Je tourne les yeux vers la campagne qui s'étire derrière le toit des dernières maisons, hésitant à hâter franchement le pas pour mettre entre lui et moi une distance suffisante pour qu'il ne puisse plus me parler. Je n'ai aucune envie de faire la discussion avec quelqu'un qui n'a aucune once de respect et qui se permet des réflexions alors que nous ne nous connaissons pas. Je déteste les gens trop sûrs d'eux et ceux qui sont trop amicaux sans aucune raison.

Sa question me dire un second soupir. Evidemment, il fallait qu'il me questionne. J'aurais dû m'en douter. Qu'est-ce que ça peut bien lui foutre si je vis ici ou non ? Pourquoi se pense-t-il le devoir de me faire la conversation ? Je devrais peut-être lui mentir, dire que non, que je viens juste me balader et que j'ai envie de le faire tranquillement. Mais voilà, je n'aime pas les mensonges. Les mensonges, ce sont pour les faibles et les pleutres. Moi, j'assume qui je suis. J'assume ce que je fais. J'assume ma vie.

« Bientôt, » lâché-je donc, en prenant tout juste la peine d'ouvrir la bouche pour lui lancer ce mot.

S'il me demande où, je lui dirai d'aller se faire voir. La simple idée qu'il puisse un jour croiser le chemin de Kristen quand nous vivrons ici et qu'il la poursuive de ses pitoyables et bêtes efforts pour la conquérir ou la draguer, ou peu importe ce qu'il a en tête, m'inspire une haine si profonde à son égard que je sens mes poings se serrer dans mes poches.

Aucun souci, je suis contente de poursuivre ce RP !