Deux tempêtes sous le même toit M.R

Christopher accueille les paroles de Miya avec un rire qui n'a rien de joyeux. Il secoue la tête en baissant les yeux sur ses chaussures et la laisse parler en souffrant affreusement d'entendre sa voix lui polluer les oreilles. De toute manière, peu importe ce qu'il dit, elle trouverait un moyen de lui reprocher quelque chose. Voilà qu'elle évoque l'immense, le merveilleux, l'exceptionnel effort qu'elle a fait de venir ici, alors que ce ne sont même pas eux qui ont organisé cette rencontre, mais leurs patrons ! Ce n'est même pas lui qui lui a demandé de venir ici ! Et il faudrait lui donner une médaille, aussi ? S'écraser parce que madame a transplané jusqu'ici ? Décidément, elle fait tout pour l'agacer, c'est pas possible.

Elle lui passe devant et Christopher l'observe faire, les mâchoires verrouillées. Elle le désigne d'un coup du menton, comme ça, juste pour se foutre de lui. Comme si elle disait : bah alors, t'as un problème avec ce que je viens de dire ? Comment une femme peut être si insupportable de la tête au pied ? Ce n'est pas seulement sa voix, pas seulement son regard ou ses paroles ou son caractère. C'est tout, chez elle. Tout qu'il ne supporte pas. C'est un tout constamment désagréable, comme une mauvaise chanson qui reste dans la tête ou un mauvais air que l'on siffle à côté de nous.

Christopher pousse un long soupir. Il décroise les bras et s'avance à son tour vers la table en résistant très fort à l'envie de répondre un « gnah gnah gnah » immature. Il aurait pu le faire. Mais elle lui rira au nez et il aura ensuite très envie de faire quelque chose de plus idiot pour la pousser à le frapper ou à lancer son pied dans une chaise du Pitiponk, ce qui serait des excuses parfaites pour mettre fin à cette misérable entente entre le Sisyphe et le Pitiponk. Et là, c'est lui qui prendra. Allez, on se calme, on respire, on bosse, puis on se reverra plus jamais et ce sera parfait comme ça. Mais tout de même, ça lui demande des efforts exponentiels qu'il ne fait que parce qu'il est sur son lieu de travail et qu'il est professionnel.

Donc la vieille Daisy est capable de lui donner des ordres. Miya obéit au moins à sa patronne, génial, bravo Miya, une seconde médaille pour toi. Lourd de rancoeur, Christopher tire une chaise pour s'asseoir face à elle. Il s'avachit contre le dossier, les bras croisés et une moue sur les lèvres. Une moue qui disparaît totalement quand Miya poursuit. Elle est sérieuse, là ?

« Tu vas pas fumer ici, réplique-t-il au tac au tac avec un mouvement agacé du bras. On fume pas à l'intérieur. »

Il le dit comme une leçon de morale. En réalité, il est le premier à le faire quand il est tout seul et après il prend soin de bien aérer. Il le fait même ici, dans la salle principale, mais hors de question d'autoriser Miya à faire ça. Après, elle va se croire chez elle et elle abusera de cette autorisation, elle se mettra à fumer ici même quand il y aura des clients car elle se sentira dans son bon droit. Non, non, non, hors de question.

Néanmoins, une cigarette... Lui aussi en a besoin, sinon il va rester tendu et ça ne va pas du tout le faire.

« Tu saoules ! » marmonne-t-il soudainement.

Il fait racler sa chaise sur le sol pour se relever, avec un regard noir pour Miya.

« Si on fume, c'est dans la cour, pas ici. Moi aussi j'ai besoin d'une clope pour te supporter, » lache-t-il avant de prendre la direction de la cour.

Maintenant, on verra si elle tient sa promesse de ne pas lui prendre « la tête avec le reste » si elle a sa clope. Quelque chose lui dit qu'elle continuera de la lui prendre, la tête.

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Ce sont vraiment des gamins ahah ! Dans ton texte tu pourras considérer qu'ils vont dans la cour ! Christopher va s'installer sur l'un des bancs.

Lutin en cuir le plus stylé du Pitiponk
« Sa vie professionnelle est une fête qui s'arrête jamais » - LLOYD RIVER