Tu brilleras à l'ombre
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XVII — Bidule
XVIII — Sans ailes
XIX — Confus
XX — Salon
XXI — HérosXXII — Balise
XXIII — Chic
XXIV — Cuire
XXV — Fracture
XXVI — Fermeture éclairXXVII — Stupide
XXVIII — Trophée
XXIX — Défense
XXX — Cookie
XXXI — FlexionMerci Placido pour le tableau.
Dernière modification par Lukas Sharp le 5 oct. 2026, 21:37, modifié 5 fois.
Fiche PR - 5e année RP - 1m73
Tu brilleras à l'ombre

Eugène Manet à l'île de Wight, Berthe Morisot, huile sur toile, 38x46 cm
NIALLGALWAY
AOÛT 2051
@FABIO DERMOTT
Assis sur son siège qui grinçait à chaque rotation, Niall hésitait. Depuis qu'il était rentré du Japon, il avait habilement repoussé la question dans ses cartons, prétextant être bien trop occupé pour ne serait-ce que trouver du parchemin sur lequel écrire. Maintenant que la librairie était ouverte, il se retrouvait plume en main, l'hésitation dans l'encre et Fabio en tête ; ou l'inverse. Tout était prétexte à se lever, changer de pièce, ouvrir un livre, le reposer, puis revenir sans n'avoir jamais avancé. Même son thé, qui était pourtant préparé à la perfection, devait être vidé sans raison apparente pour être refait. Niall dirait que la température était trop forte, résultant en une libération des tanins beaucoup trop rapide et une boisson trop amère, l'obligeant ainsi à recommencer jusqu'à obtenir entière satisfaction. Son palais l'en remercierait.
Mais qu'en était-il de sa main qui n'avait de cesse de saisir, puis de reposer cette plume ? Il ne fallait pas que l'encre sèche ou qu'une goutte tombe sur sa lettre, alors il la reposait. Il fallait attendre l'inspiration, les mots justes, la bonne mélodie, les bonnes émotions. Et c'était précisément ce dernier point qui l'inquiétait. Alors, à nouveau, sa main abandonna la plume et son corps entier quitta sa chaise pour s'approcher de ses étagères. Peut-être lui fallait-il s'inspirer de quelques auteurs ou autrices ? O'Donnell aurait pu l'aider à introduire un début d'excuses à son absence de nouvelles. Il aurait copié ses vers et aurait laissé Fabio comprendre ce qu'il n'aurait su écrire. Ensuite, il s'inspirerait de Hopsteen pour lui proposer de se retrouver pour discuter dans une simple balade, le long des remparts de Godric's. Et enfin, il terminerait avec Nawal El Saadawi pour souligner qu'il avait fortement pensé à lui.
Ces trois livres se retrouvaient désormais sur son bureau, à côté de son thé, ses fruits et biscuits, sa lettre et sûrement une pile entière de pensées qui n'avaient rien à faire sur ce bureau. L'Irlandais s'agaçait. Il tenta de se reconcentrer, attrapa le symbole parfait du pêché pour occuper sa main gauche et reprit enfin sa plume de sa main droite. Ce n'était qu'une entrevue, la terre ne s'arrêterait pas de tourner, ses sentiments n'imploseraient pas dans une lettre et il ne finirait pas dans les enfers sorciers. Il prit une longue inspiration et se mit à écrire sans s'arrêter. Il y déposerait une quinzaine de lignes. De quoi se montrer suffisamment sincère, de quoi laisser la possibilité d'une rencontre, sans pour autant l'envahir sous d'innombrables mots incohérents. Lorsqu'il signa, Niall fixa la pomme qui devait et aurait dû rester intacte et croqua dedans avant de plier la lettre et la faire porter à l'homme qui devait sûrement avoir besoin d'explications.
Tu brilleras à l'ombre

Rye, Kārlis Melbārzdis, huile sur toile, 45.5 x 60 cm
LUKASPORTREE
AOÛT 2051
La rupture entre son monde et le mien s'agrandit d'année en année. Il y a de moins en moins de moldu en moi et de plus en plus de sorcier. Mon père allume un journal télé que je ne comprends plus avec un objet que je n'ai plus l'habitude de prendre en main. Tout semble vieux, inconnu, incompréhensible et inatteignable. Nos mondes se fissurent et il n'y a aucun sort que je puisse lancer pour réparer les deux. La preuve étant que si j'essayais, mon monde s'écroulerait avant le sien. Il ne peut rien faire et je ne peux qu'acquiescer. Le monde des sorciers est bien fait, il vous impose des règles pour que vous n'ayez aucune autre option que d'y rester, vous faisant croire que si vous tentez de faire autrement, vous serez l'unique cause de la destruction de l'autre monde. Il n'y a donc pas d'autre issue que d'observer ce que vous-même causez : la séparation d'un parent à son enfant.
J'ai fini par accepter. Je reste à Portree, dans cette ville qui accueille sorciers et moldus, pensant n'appartenir parfois ni à l'un, ni à l'autre. Je le vois bien qu'il essaye, mon père. Lorsqu'il effleure les pages de mon manuel de sortilèges, me demandant si je peux réellement faire toutes ces choses. Si je peux réellement lancer des flammes sorties tout droit d'une baguette. Sa logique moldue se demande assez justement d'ailleurs comment mon catalyseur ne prend pas également feu. Ce à quoi je réponds par un haussement d'épaules que c'est comme ça, qu'il ne comprendrait pas si j'expliquais. De toute façon, je n'en ai pas envie. Je crois que j'ai trop de honte pour lui. Alors je préfère fermer le livre et lui demander de me laisser travailler.
Un jour, on a trouvé un manuel appartenant aux deux mondes : les runes. D'abord étonné qu'il y connaisse quelque chose, mais après tout, s'il faut en parler des heures, je me porte volontiers candidat. Puis il a fallu chercher sur internet. Je l'ai observé car il tape sur son clavier plus vite que moi. Ah, tu vois que tes reliques datent des Vikings, s'était-il exclamé tout fier. Des artefacts, l'avais-je corrigé, pas des reliques. Il pense que c'est la même chose. La fissure revient.
Je sors !, j'annonce en prenant mon VTT – dernier objet roulant à travers les deux mondes. Il me demande où, comme si la réponse allait changer quoi que ce soit à son programme. Je ne réponds pas et file en direction de la forêt, puis des champs de Kiltaraglen. J'y serai dans quinze minutes. Une fois arrivé, je prends de la vitesse, fixe le premier tas de foin à cent mètres et fonce dessus.
Fiche PR - 5e année RP - 1m73
Tu brilleras à l'ombre

Intérieur de cour (Strandgade 30), Vilhelm Hammershøi, huile sur toile, 75 x 63 cm
LUKASGODRIC'S HOLLOW
AOÛT 2051
@LÉANDRE MONTMORT
T'as fait quoi avec ton père, me demande ma mère. A chaque fois que je la retrouve. Je ne sais pas si elle voudrait que je n'aie rien fait, pour booster son égo, ou si, au contraire, elle préfèrerait que j'aie été bien occupé pour ne pas culpabiliser de m'avoir laissé chez lui. Les deux posent les mêmes questions. Les deux se croient discrets avec leurs questions posées entre deux plats échangés lors du repas, et les deux doivent bien voir que je hausse toujours les épaules et que je réponds inlassablement : pas grand chose. Ma mère a l'avantage de pouvoir me parler de magie, de Quidditch, de sortilèges et de comprendre le monde dans lequel nous vivons. Mon père, lui, ne l'a jamais souhaité, cet avantage.
J'aimerais que ma mère rencontre quelqu'un. J'aimerais qu'elle arrête de travailler autant, qu'elle arrête de s'inquiéter pour mes notes et pour mon comportement. J'aimerais qu'elle me dise à 18 heures qu'elle sort et que le repas est dans le four. J'aimerais qu'elle rentre après minuit, entendre la porte se fermer doucement parce qu'elle ferait attention à ne pas me réveiller et entendre les talons de ses chaussures claquer malencontreusement le parquet parce qu'elle les aurait lâchées trop rapidement. J'aimerais lui faire croire que je dors depuis déjà deux heures lorsqu'elle viendrait ouvrir doucement ma porte pour vérifier. J'aimerais qu'elle râle intérieurement parce que j'aurais laissé trainer mon verre dans la cuisine. J'aimerais que le lendemain elle ait ce sourire qu'elle tenterait de cacher, mais que le bonheur ferait inévitablement apparaître sur son visage. J'aimerais qu'elle me mente en me disant qu'évidemment elle n'a pas le temps pour des rencontres, qu'elle a trop de travail pour ça. Mais elle ne ment pas.
– M'man... T'aimes encore papa ?
Je vois bien que le timing pour poser cette question n'est pas le meilleur, tant elle manque de s'étouffer avec sa gorgée de café.
– Nan mais, je dis ça parce que tu sors pas. T'as pas envie de retrouver quelqu'un ?
Elle a l'air étonnée. Tellement qu'elle a reposé sa tasse pour se concentrer sur ce que je dis. Je crois qu'elle doit se demander si je me paye sa tête ou si je suis réellement en train de lui dire de me trouver un beau-père.
– T'as eu que des relations avec des mecs, toi ?
Je savais bien qu'au moment où je poserais cette question, elle me demanderait. Ca n'a pas loupé, elle me croit gay. Son esprit va trop loin, je le calme tout de suite, faut ralentir parce que c'est pas par là que je voulais l'emmener. En fait, je voulais l'emmener nulle part. Quoique, l'imaginer avec un prof de Poudlard aurait p'tete été marrant. En même temps, y a que là que je pourrais l'aider à lui trouver quelqu'un. Et quand je lui dis ça, elle se marre.
– Bah quoi ? P'tete que tu kifferais mon prof de runes ?
Et cinq ans plus tard, y aurait un Montmort miniature dans ma maison. Non ?
– Non, mais tout ce que je dis, c'est que tu peux sortir, m'man. Je vais pas te piquer une crise parce que tu sors avec quelqu'un d'autre que papa, tu vois ? Pis si tu pouvais choisir un sorcier cette fois...
Fiche PR - 5e année RP - 1m73
Tu brilleras à l'ombre

Landscape with Cacti, Diego Rivera, huile sur toile, 125.5 x 150 cm
ELLIOTLONDRES
AOÛT 2051
Elliot pivote à gauche, puis à droite, pour finalement revenir à sa position initiale. Le cactus de sept centimètres entre ses mains doit trouver une place de choix dans son studio, mais il ne parvient pas à se décider. Sa langue claque contre son palais, sans pour autant se décourager. Il va lui en trouver une de place, il suffit juste d'être un peu patient.
Derrière le canapé, ça n'ira pas. Faudrait pas qu'un invité se le prenne dans la tête en se laissant tomber contre le dossier. Dans l'entrée, personne ne le verra et le pauvre cactus se verra totalement abandonné. Certes, il n'a pas besoin de beaucoup d'eau ni d'attention, mais si Louis voit son cadeau dépérir le jour où il lui rendra visite, pas sûr qu'il réitère l'expérience. D'ailleurs, il ne sait pas trop bien pourquoi c'est une plante qu'il a choisi en cadeau. Elliot n'a jamais été connu pour son adresse légendaire à faire vivre des plantes. Arrêter des Souafles, y a pas de problème, donner de l'eau à autre chose que son corps, c'est tout de suite plus compliqué. M'enfin, il a promis qu'il essaierait. Peut-être que l'air anglais y ferait quelque chose, après tout.
Au-dessus de sa cheminée. Voilà. C'est parfait, là. Il avait rien trouvé d'autre à mettre de toute façon. Pis Elliot n'est pas non plus très doué en terme de décoration. D'ailleurs, à part ce cactus, il n'a pas de déco. Il a bien quelques posters d'équipes de Quidditch, mais il en peut plus de voir les joueurs gigoter dans tous les sens. Alors il ne les a pas encore déballés de ses cartons. Il les laisse jouer au Quidditch dans le noir. On verra plus tard si le mur au-dessus de son canapé accepte de les accueillir.
Maintenant que le cactus trône majestueusement sur sa cheminée, Elliot le fixe. Il se met même à lui demander s'il est content d'être là, s'il a fait le bon choix en venant à Londres avec lui. C'est vrai qu'il aurait pu rester à Vancouver. Il le fixe et lui demande s'il ne va pas faire peur aux gens avec toutes ses épines. Au pire, on essaie et on verra bien ? Si d'ici six mois, le cactus meurt, on retournera au Canada.
Fiche PR - 5e année RP - 1m73
Tu brilleras à l'ombre

Va et vient, Toyen, huile sur toile, 38×46 cm
NIALLLONDRES
30 SEPTEMBRE 2051
@FABIO DERMOTT
@SULIEN WILLOWS - @LLOYD RIVER
@MAXINE TREMBLAY
Lorsqu'il s'était redressé, Niall avait dû prendre appui sur son genou droit, tant la vision qu'il venait d'avoir l'avait troublé et déstabilisé. Ce n'était pas tant l'idée de revoir Fáelán qui l'avait mis dans cet état, mais bien celle qu'il s'en prenne à cet homme et le fasse suffoquer. Un état dans lequel il venait précisément de le faire sortir. Alors certes, il avait ensuite réalisé son erreur. Certes, Fáelán n'était pas le Lloyd réclamé par Sulien, mais il y avait une autre bataille à affronter une fois relevé : celle de les voir s'enlacer sans aucune honte.
Leurs gestes, leurs sourires, leurs mots et leurs regards avaient le même poids qu'une vague qui vient frapper les rochers en un bruit horriblement sec. Le même poids qu'une rupture. Le même poids qu'une gifle. Le même poids qu'un sortilège de pause lancé à celui qu'on ne peut qu'aimer au ralenti. C'était ça finalement, qu'il aurait dû lancer comme sort à ces deux sorciers : un sortilège de pause. Les figer dans le temps à jamais.
Niall oscillait entre tristesse et douleur. Les images se percutaient et l'Irlandais ne voyait plus la sienne. Il y avait eux et leurs remerciements, il y avait Maxine et ses larmes, puis il y avait évidemment Fabio. Celui qui se trouvait au centre de tout, celui qui déclenchait toutes ces interrogations, toutes ces émotions.
Mais Niall n'avait jamais rien demandé. Ce soir, Niall pensait - espérait - son dernier jour de septembre comme n'importe quel autre jour. Un jour où l'on ne s'arrête pas pour analyser ce que l'on ressent. Un jour où l'on a juste à penser à la bouteille de vin qu'il faut acheter. Un jour que l'on termine avec ceux qui mettent les règles et les respectent. Car pour Niall, c'était rassurant les règles et les cadres. On n'en sortait pas, on ne s'interrogeait pas et on ne souffrait pas. Mais ces deux hommes venaient de changer le programme de ce dernier jour de septembre. Ils venaient de forcer Niall à se demander pourquoi les voir était si douloureux, lorsque tous leurs gestes hurlaient ce qu'il tentait de fuir.
Alors il avait tourné dans la deuxième rue après s'être assuré d'être suffisamment loin du Pitiponk, avait pris une grande inspiration et s'était simplement demandé ce que les bras de Fabio autour de lui hurleraient s'ils étaient là ?



