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22 avril 2050
@Adeline Sgaeyl & @Layana Greenwell

« On peut aller voir les animaux, s'il te plaiiiit ? »

Je me pince l’arête du nez dans un soupir. Mon autre main est capturée par une petite paume obstinée, glissée dans la mienne avec tant d’insistance que, après quelques vaines tentatives pour m’en dégager, j’ai fini par capituler. Je croise un instant le regard brillant d'enthousiasme de la fillette avant de lever les yeux vers le ciel, comme si ce simple mouvement pouvait m’offrir toute la patience dont j’aurai bientôt besoin. L'infini du ciel bleu qui s'offre sous mes yeux m'apporte un semblant de répit ; il fait beau, au moins.

Pourquoi lui avais-je proposé un sortie, déjà ? J'aurais dû lui donner son cadeau d'anniversaire – une figurine de Vouivre noire et d'autres bricoles amassées çà et là au fil de mes visites des réserves de dragons dans les quatre coins du monde* – et déguerpir aussitôt. Au lieu de ça, me voilà main dans la main avec une tempête blonde surexcitée qui me traîne à travers les dalles du Chemin de Traverse. Kami semble l'apprécier pour une raison qui m'échappe. Perché sur l'épaule de la petite, il croasse joyeusement dans un bruissement d'ailes distrait.

« D'accord », me résigné-je dans un soupir, la laissant m’entraîner vers la Ménagerie.

Une fois devant ladite boutique, mon regard détaille un instant la devanture en pierres blanches qui s'offre devant moi. Un hibou de Sean me revient à l'esprit ; il m'a dit qu'il travaille ici, maintenant. Je me surprends à avoir un pincement au cœur en repensant aux circonstances de nos dernières retrouvailles : un bal masqué où je l'ai retrouvé aux côtés de sa sœur – comment ne pas les reconnaître ? Un flot de souvenirs me submerge. Une voix si familière et pourtant si changée par le temps, l'éclat vert d'un regard, la tiédeur d'une main sur la mienne... Inconsciemment, je serre la main d'Adeline un peu plus fort dans la mienne, une emprise que je relâche aussitôt lorsque j'en prends conscience. Par Médée, qu'est-ce qui me prend ?

Je racle silencieusement ma gorge, tentant de chasser toute pensée parasite. Je pousse enfin la porte, libérant dans l'air un doux souffle qui emporte avec lui ces souvenirs persistants et inutiles.

361 mots
Paroles et actions vues avec sa joueuse.
* Pour Adeline : tu peux considérer qu'en plus de la figurine, elle a reçu quelques cartes postales des réserves où il a travaillé (et du désert d'Atacama), une carte des dragons du monde (à déplier, avec des annotations et illustrations enchantées pour se mouvoir) et une petite encyclopédie de poche illustrée - bref, la totale pour la dragonologiste en herbe qu'elle est :wise:

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Je crois que je vais exploser. Il vient de dire oui ! Je continue de sautiller et de garder bien la main de tonton dans la mienne pour ne pas qu’il s’échappe. Il a accepté qu’on aille se promener, et je suis triste qu’il ne reste pas à la maison plus longtemps. J’ai dû lui répéter au moins trente fois que je ramènerais la figurine trop jolie qu’il m’a offerte à Poudlard.

Je caresse doucement la petite tête du corbeau posé sur mon épaule, c’est vraiment trop stylé comme animal. Mon chat serait jaloux s’il m’entendait penser, mais Kami est beaucoup trop mignon. Il n’y en a pas d’autres comme lui à la Ménagerie, et je m’apprête à le protéger dans mon manteau avant de fuir avec si un félin le désigne comme déjeuner. Maintenant je commence à me demander si c’est une bonne idée d’aller dans cette boutique. Je le tiendrai à distance des prédateurs. « C’est arrivé que Kami s’approche un peu trop des dragons ? T’as pas peur qu’ils le… » Je ne termine pas ma phrase pour éviter de traumatiser le petit oiseau noir. Même si je suis persuadée qu’il a un meilleur instinct de survie que moi et qu’il n’irait pas juste à côté d’un dragon comme je pourrai le faire.

Devant la boutique, je lève un regard inquiet vers tonton qui a l’air perdu dans ses pensées. Est-ce qu’il a peur pour son corbeau aussi ? Je m’apprête à lui dire qu’on peut aller autre part s’il veut quand il pousse la porte. « Bonjour, Miss ! » Mes yeux pétillent en voyant des lapins. Je tire sur la main de tonton pour attirer son attention et pointant du doigt les animaux. « Regarde ! Ils sont trop mignons ! »

Reducio
- Votre PJ est présent ? oui / non
- Nom et prénom du PNJ (+ lien avec votre PJ + utilisation "actif" ou "prétexte") : Arianna Sgaeyl, mère d'Adeline, actif
- Lien vers la fiche du PNJ : ici
- Intérêt d'utiliser ce(s) PNJ dans ce RP précis pour votre PJ : Écrire Arianna autour d'Adeline qui adore attirer l'attention mais qui n'en donne pas à sa fille. Renforcer la confusion et la malentendu déjà présent avec une Arianna trop à l'aise et tactile avec la gente masculine.
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22 avril 2050
37 ans
Ménagerie Magique
@Kieran Hawthorne
@Adeline Sgaeyl


Les vacances de printemps ont ramené les élèves de Poudlard en quête d'un compagnon ou de stock de friandises à la Ménagerie. Être deux a certainement ses avantages, d'autant plus durant ce type de période, rendant le travail beaucoup plus agréable malgré la foule. Sean a disparu quelque part dans les rayons il y a de ça une heure, les bras plein de cartons à ranger. De mon côté, j'erre dans la boutique pour conseiller et aider les clients. Kero, quelque part sur le comptoir, semble s'assurer que tout le monde est bien à sa tâche.

Je quitte tout juste un énième client, un homme à la recherche d'un nouveau jouet pour son croup, lorsque la porte s'ouvre de nouveau, annonçant une nouvelle arrivée. Une voix d'enfant, cependant énergique, lance un bonjour, et je pose mes yeux sur les nouveaux venus.

- Bonj...

Je me fige. Ma voix se coupe instantanément lorsque mon regard capte la figure se trouvant près de la jeune fille. Cette fois-ci, aucun masque ne vient camoufler son visage et son identité. Cette fois-ci, impossible d'essayer de me convaincre de quoique ce soit, comme je l'ai fait ces derniers mois en glissant dans le déni, agissant comme si l'inconnu du bal n'avait jamais été lui. Non, cette fois-ci, je ne peux pas. Il est vraiment là.

Je ne sais pas quoi faire, ni quoi dire. J'ai soudain la sournoise impression d'être de nouveau une adolescente, à Poudlard. Je reste bêtement figée face au duo, mes yeux bloqués sur la silhouette de Kieran. Les souvenirs du bal me reviennent par vague. Ces yeux caramel qui ne me quittaient pas sur la piste de danse. Cette main délicatement posée dans le creux de mes reins.

Ce n'est que lorsque la voix de la petite blonde s'élève, doigt pointé vers les lapins, que je reprends contenance.

- Bonjour. Dis-je enfin, concentrant mon attention sur la jeune fille pour ne pas faire face au brun qui l'accompagne.

Tout est complètement embrouillé dans mon esprit. Cette femme à ses côtés durant le bal du nouvel an me revient en tête. Sans même le vouloir, ou du moins pas consciemment, mon regard inspecte la jeune fille à la recherche de la moindre ressemblance entre les deux individus. Une curiosité sournoise m'y pousse. J'ai beau ne pas avoir vu Kieran depuis des années, son visage semble être gravé dans ma mémoire puisque je n'ai besoin à aucun moment de poser de nouveau mes yeux sur lui pour comparer leurs traits.

Je suis partagée. D'un côté, j'ai l'envie de discuter avec lui, de comprendre. Il y a sûrement un tas de sujets qui mériteraient d'être abordées. De l'autre, je ne peux m'empêcher d'être en colère pour tout ce qui s'est passé autant que pour tout ce qui ne s'est pas passé. Mais je ne peux pas me permettre quoique ce soit devant cette fillette.

- Vous cherchez quelque chose en particulier ?

Rester professionnelle. Voilà ce qu'il faut que je fasse. Après tout, après tant d'années, peut-il être considéré comme autre chose qu'un inconnu ?


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Kami repose sur son nouveau perchoir ambulant avec une majesté inégalée. Il s’agit d’une humaine taille miniature à la toison blonde qui semblait manifester un attachement certain pour son sorcier – au point de lui tenir la patte. Sa proximité avec son perchoir attitré aurait dû éveiller la méfiance du Grand Kami. Mais en ce jour, l’auguste corneille se montre clément : il la pardonne, elle et ses caresses sur son bec, la gratifiant d’un croassement satisfait. Plus encore : il la baptise. Qu’on se le dise, elle est désormais sa chevalière et gagne l’insigne honneur d’être promue deuxième perchoir préféré.

Mais à peine ses deux humains franchissent le seuil de la porte que Kami se redresse, toutes plumes hérissées. La Grâce de l’Empereur des cieux ne lui permettait pas de fréquenter des lieux comme celui-ci, qui pullule de ces pauvres animaux de bas-peuple. Le Seigneur Kami redresse son noble cou, toisant la foule d’un œil noir et souverain. Puis, dans un silence presque sacré, il ouvre grand son bec lustré et émet un croassement grave et imposant à l'adresse de l'ensemble des animaux roturiers de la salle : il se doit d'assiéger son autorité, tout de même.

Enfin, dans un élan de prudence tout à fait calculé, Kami se blottit contre la tête de sa nouvelle garde du corps pour s’assurer une protection dans cette basse-cour ridicule. Il ne craint rien (un noble seigneur tel que lui n’a peur de rien, cela va de soi) ; il s’agit simplement d’une sage précaution afin de préserver toute sa dignité et magnificence. Et tant qu'à s’abriter, autant le faire contre le pelage doré d’un perchoir loyal.


« J'emmène rarement Kami avec moi au travail. Il se balade le plus souvent sur les toits et les rues de Pré-au-Lard quand je ne suis pas là. »

Lorsqu'on entre dans la boutique, celui-ci pousse un croassement proche d’un couinement paniqué, aussitôt avalé par les bruits parasites qui règnent dans cette boutique pleine à craquer d’animaux en tout genre. Je m’apprête à caresser sa nuque, un geste qui étrangement avait le don de rassurer le corvidé, mais ce dernier se love déjà contre la tête blonde d'Adeline. Cette vue m’arrache un sourire amusé. Il n’a jamais été aussi prompt à accorder sa confiance à quelqu’un, aussi loin que je me souvienne.

La petite main de la fillette tire sur la mienne alors qu’elle s’extasie devant les lapins qu’elle pointe du bout de l’index, avec l’enthousiasme et l'énergie comme seule une enfant pourrait dégager. J’expire un rire silencieux en acquiesçant, lorsqu'une voix que je ne connais que trop bien s'élève dans la boutique pour nous saluer. Mes yeux glissent d’Adeline vers celle dont je devine l'identité sans même l’avoir vue. Layana.

Ce serait un mensonge que de dire que je suis surpris de la voir ici. Dès l’instant où Sean m’a parlé de son emploi à la Ménagerie, je me doutais que sa sœur y serait aussi ; le blond n’avait pas d’affinités particulières avec les animaux, je ne voyais pas d’autres raisons que sa sœur pour travailler dans une ménagerie. Et peut-être que j'avais désiré cette rencontre depuis le bal, au fond. Y aller était une terrible idée, d'ailleurs. L’inviter à une danse l’était encore plus – me voilà désormais à tergiverser, les mains tremblantes devant une page que je n’ose tourner. Layana a toujours eu cet effet agaçant sur moi ; mes certitudes se voient bousculées, et chaque décision que je croyais ferme vacille sous le simple poids de sa présence.

Je sais que je l’avais approché avec l’unique but de la revoir une dernière fois avant de ne plus chercher à la retrouver. Je sais aussi que je devrais vouloir son bonheur. Mais une part infime de moi, que je garde enfoui au plus profond de mon être tant elle me parait honteuse, ose espérer que mon absence lui a pesé autant qu’elle m’a manquée.

« Miss Greenwell. » Jamais, ô grand jamais je ne t’appellerai Mrs. Walsh, sois-en sûre. « Bonjour. »

Son regard fuit soigneusement le mien. Pourtant, si par quelque caprice elle venait à le croiser, elle lira l’ombre d’un discret sourire se profiler sur mes traits. Mais elle de son côté arbore cet air professionnel qui semble me dissuader de me comporter autrement qu’en un simple client dans sa boutique. Eh bien, soit.

« Je cherche des graines ou des invertébrés – de quoi nourrir une corneille noire. »

Mon ton se fait aussi neutre que sa voix est distante. J’accepte sans broncher ce statut d’inconnu qu’elle m’attribue, même si chaque mot qu’elle prononce avec détachement érafle un peu plus les vestiges de ce que le nous de 17 ans étions dans mon souvenir.
M'extirpant de mes pensées, je détache difficilement le regard de la blonde pour me tourner vers la blondinette à mes côtés.

« Tu veux acheter quelque chose pour ton chat ? »
818 mots

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Le cri de Kami me ferait sursauter si je n'avais pas autant peur que lui pour sa survie. J'essaye de le protéger de ma main libre pour ne pas qu'il voie tous ces prédateurs autour. Je lâche doucement la main de tonton pour me consacrer totalement à mon travail protectrice, et lève seulement la tête quand il prend la parole. « Je n'ai besoin de rien, mais... tu la connais ? », chuchoté-je, peut-être un peu trop fort. Ce n'était pas la première fois que je venais dans la boutique, et je ne connaissais pas le nom de la propriétaire. C'est joli en tous cas comme nom de famille. Je m'approche à petits pas du comptoir en espérant mettre en sécurité l'oiseau et le montre à Miss Greenwell. « Il s'appelle Kami, c'est pour lui les graines. Ou les invre- invetr- les autres choses que les corbeaux mangent. » Invétéré ? Je ne sais pas ce que c'est ce mot, mais j'espère que ce ne sont pas des petites souris.

En voyant un animal sur le comptoir, mes yeux s'ouvrent grand et je demande à la dame : « Un lézard ! Il est trop mignon ! Il est à vous ? » J'essaye de mettre ma tête à la hauteur du petit reptile. Il est trop beau ! « Tu le manges pas, promis ? », demandé-je au corbeau avant de relever les yeux vers la blonde, des étoiles plein les yeux. « Il s'appelle comment ? » Ça doit être génial d'avoir un petit compagnon à emporter partout avec soi.

Je tourne de nouveau la tête vers tonton Kieran pour voir s'il m'a suivie et s'il voit aussi le petit lézard. Il a l'air bizarre depuis qu'il est entré dans la boutique. Est-ce qu'il- Oh non. « Tu as des allergies ? Tout va bien ? », m'inquiété-je.

Elle parle trop :innocent:
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22 avril 2050
37 ans
Ménagerie Magique
@Kieran Hawthorne
@Adeline Sgaeyl


Mon nom sur sa langue sonne étrange, réveillant des souvenirs lointains. Sa réponse lance un bouquet d'épines tout droit dans mon cœur et mon estomac, qui se retourne. Malgré mon regard qui est loin de lui, je sens le sien me brûler. Je déteste l'effet que de simples mots, ses propres mots, ont sur moi, même 12 ans plus tard. Peut-être qu'une partie de moi espérait qu'il agirait différemment de moi. Après tout, il m'a bien approché au bal, et bien qu'un masque recouvrait mon visage pendant cette soirée, j'ai l'intime conviction qu'il savait très bien qui se cachait sous le tissu. Cela lui ressemble bien. Il l'a certainement fait pour une raison, que j'ignore mais qui ne semble avoir duré que le temps d'une soirée.

- Vous devriez pouvoir trouver ce qu'il vous faut dans le rayon du fond.

Ma voix ne sort pas des rails que le professionnalisme m'impose. De nouveau, l'ange et le diable sur mon épaule se batte en duel. L'un me glisse de l'y accompagner, l'occasion rêvée pour une conversation discrète; l'autre me chuchote de le laisser là où il devrait être, c'est-à-dire dans un tiroir portant l'étiquette du passé. Sa proximité avec cette enfant, et celle de son oiseau avec ce même enfant - car cela lui ressemble de nouveau très bien d'avoir une corneille pour compagnon - ne fait que me conforter dans l'idée que cette fillette est la sienne. Il a tourné la page. Et l'aigre brûlure qui remonte de mon estomac jusque dans ma gorge ne sait que choisir pour justifier sa présence en moi : le chapitre, bien que lointain, qu'il a refermé en en ouvrant un autre; ou son approche d'il y a quelques mois malgré son engagement auprès d'une autre.

De nouveau, c'est la voix de la blonde qui l'accompagne qui me sort du tourbillon dans lequel mes pensées m'ont entraînées. Le retour à la réalité est brutal. Si j'ai fait de mon mieux pour agir naturellement, tout comme Kieran, notre jeu d'acteur est à revoir puisque l'enfant semble déceler un comportement étrange. Je ne saurais dire si c'est lui ou moi qui l'a fait s'interroger, mais dans les deux cas, le résultat est le même. Je feins de ne pas avoir entendu le chuchotement de la fillette et salue un client qui quitte la boutique.

Kami... C'est joli. La jeune fille dépose l'oiseau sur le comptoir, oiseau qui semble guetter l'approche du moindre prédateur qui en aurait après ses plumes. La présence de Kero sur ce même comptoir est très vite repérée par l'enfant, au grand bonheur de mon lézard, qui ne dit jamais non à un peu d'attention.

- C'est le mien, oui. Il s'appelle Kero. Tu peux l'approcher si tu veux. Dis-je à la blonde, un léger sourire aux lèvres face à son intérêt pour mon reptile.

A l'entente de son nom, comme pour se présenter de lui-même, le lézard s'avance jusqu'au bord du comptoir pour s'approcher de la fillette. Du coin de l'œil, il observe la corneille, déjà prêt à s'en faire un nouvel ami. Si Izzy était déjà d'un naturel sociable à l'époque, Kero est d'un tout autre niveau. Il est beaucoup trop curieux pour son propre bien, si bien que j'en viens parfois à douter de son instinct de survie. Au final, il tient peut-être de sa maîtresse sur ce point. A trop vouloir jouer avec le feu, on finit par se brûler. N'est-ce pas finalement ce qui nous est arrivé ?


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Le grand Kami est satisfait du travail de sa nouvelle chevalière-perchoir, qui se livre pleinement à son devoir de garde du corps en dressant une muraille protectrice autour de lui. La grandiose corneille la remercie d'un croassement élégant ; le corvidé a beau être d'une majesté éblouissante, il n’empêche qu'il sait se montrer assez humble pour se afficher sa reconnaissance envers ses sujets.

Sa petite chevalière s'avance vers l'estrade en bois. C'est alors qu'un reptile dont il ne ferait qu'une bouchée pour le dessert entre dans son large champ de vision. Kami bombe fièrement le torse tel une frégate superbe – bien que sa prestance soit, bien entendu, incomparable face à ces vulgaires ballons de baudruche sur pattes –, dans l'espoir de chasser ce pauvre casse-croûte de son trône. Pourtant, sa chevalière affiche un certain intérêt pour ce tas d'écailles rampant. Pauvre gueux, comment osait-il s'accaparer de l'attention de son sujet à lui ? Le bellissime oiseau affiche son mécontentement en croassant à nouveau. Il serait bien tenté d'avaler cette vile créature en un coup de bec, mais son humain de compagnie risquait de lui en tenir rigueur. Il ne craint évidemment pas ses réprimandes, non ; simplement, le sujet risquait de se montrer moins docile par la suite. Enfin, il fallait avouer que son humain faisait un peu peur, tout de même. Un tout petit peu.


Je remercie la gérante des lieux d'un hochement de tête et d'un sourire poli, portant mon regard vers lesdits rayons pour les localiser. Alors que je repère les graines un peu plus loin, Adeline lâche ma main pour ériger une barrière autour de l'oiseau de ses petits bras d'enfant. Dans un murmure à la Adeline (en d'autres mots, très peu discret), elle m'interroge sur l'assurance perceptible dans ma voix lorsque je prononce ce nom qui aurait dû m’être inconnu. Je balaie cette question d'un haussement d'épaules, l'air de dire peut-être, peut-être pas.

La blondinette s'avance à petits pas vers le comptoir, et je ne tarde pas à la rattraper pour me tenir juste derrière elle – on n'est jamais à l'abri d'une bêtise avec cette enfant. Mais contrairement à mes appréhensions, la fillette se contente d'observer le gecko qui y se trouve en interrogeant Layana. Une vague de nostalgie me prend par surprise à la vue du petit reptile sur le comptoir. Elle en avait un, elle aussi, du temps de notre scolarité. Izzy, si ma mémoire ne me fait pas défaut. Je chasse ces souvenirs en passant une main dans les cheveux, agacé par ces divagations qui me mènent nulle part.

Le malaise qui plane entre moi et l'ex Poufsouffle a dû être assez apparent, au point qu'Adeline s'en doute – elle se retourne pour me demander si tout va bien, une question à laquelle je réponds par un vague hochement de la tête.

Et lorsque je croise ces grands yeux bruns qui se posent sur moi avec consternation, l'envie irrésistible d'abuser de cette naïveté et de cette candeur qui s'offrent à moi prend le dessus. Je me penche alors vers elle pour arriver à sa hauteur, et poste une main devant ma bouche pour lui glisser quelques mots, inaudibles à Greenwell – que je ne quitte d'ailleurs pas des yeux.

« Tu sais, quand j'étais encore élève à Poudlard comme toi, il y a un siècle... La madame là-bas a essayé de m'empoisonner avec un philtre d'amour ! » m'exclamé-je sous mon souffle. Je ramène mon regard vers la petite, écarquillant les yeux. « Elle était trop amoureuse de moi, la pauvre. »

Je plante mes dents sur ma lèvre inférieure, m’efforçant de contenir le sourire hilare qui menace d’y éclore. Ça, c'est pour avoir mis le désordre dans mes pensées, Greenwell. Et pour m'avoir oublié avec une facilité que je n’aurai jamais, moi, à t’oublier. Tout ça pour un pauvre moldu. Maudite sois-tu, Greenwell, et maudites soit ces pensées incohérentes qui bouillonnent dans mon esprit à ta vue. Je me redresse, époussette ma robe et chasse mes pensées fugitives, retrouvant peu à peu le fil de la réalité.

« Reste là, je reviens avec les graines pour Kami », intimé-je à la petite tête blonde qui se tient devant moi.

À ces mots, j'attrape délicatement le lézard entre mes mains avant de m'avancer vers Layana. Je dépose le reptile sur son épaule, comme je le faisais souvent avec Izzy, l'obligeant à croiser mon regard sans détourner les yeux.

« Je doute que vous souhaitiez voir votre gecko finir dans l’estomac de ma corneille, miss. »

Un sourire innocent étire mes lèvres à ces paroles. Sans attendre de réponse, je la contourne pour poursuivre mon trajet vers les rayons. Sa présence me rendait incapable de raisonner clairement, de toute évidence.

789 mots

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Kami croasse de nouveau et je m'assure qu'il va bien après avoir sourit aux mots de la gérante. « C'est trop joli comme nom. » Je fais coucou de la main au petit reptile et observe de plus près les petites tâches de couleur qui le recouvrent. Il est adorable. Après m'être assuré que tonton n'est pas couvert de plaques rouges avec le visage gonflé je m'apprête à demander à Miss Greenwell ce que Kero mange, mais le grand brun approche et me dis quelque chose qui me fait écarquiller les yeux. Donc ils se connaissent. Je ne réagis pas et me contente de le regarder aller chercher ses achats. Il dit la vérité ? Maintenant j'ai envie de lui demander pourquoi il ne l'aimait pas, lui aussi. Elle est gentille. Est-ce qu'il l'a rejetée à l'époque, et il a fait comme si elle n'existait pas, comme aujourd'hui ?

Je veux poser une question à la dame blonde, quand j'entends la porte qui s'ouvre derrière et une voix que je connais. « Chéri, tu es là ! » Je pense un moment qu'elle me parle à moi mais elle se dirige vers tonton. J'essaye de ne pas être jalouse, parce que je lui ai demandé plusieurs fois si on pouvait venir ici et à chaque fois elle répétait qu'elle n'aimait pas les animaux et qu'elle était occupée. « Maman- » Mais elle pose un bras sur celui de tonton Kieran et lui sourit.

POINT DE VUE D'ARIANNA

Je n'avais pas prévu de venir ici, mais soit. Adeline a dû convaincre Kieran de l'emmener dans cette boutique qui ressemble à un zoo. Je retiens la grimace qui menace de s'étaler sur mon visage en passant tout près d'un furet. Ignoble. « Te voilà ! », souris-je en arrivant à la hauteur de mon cousin. « Ma fille a encore fait un caprice pour que tu l'amènes là ? » Je ponctue ma question d'un rire mais observe tout de même la tête blonde qui se tient devant le comptoir les yeux braqués sur moi. Il faut toujours qu'elle accapare toute l'attention. Mes yeux, rapidement désintéressés, se lèvent vers l'employée en face. Je ne prends pas la peine de lui dire bonjour, je ne suis pas venue pour ça. « Tu as oublié de me dire au revoir, en partant », minaudé-je en direction du brun, d'une mine faussement attristée.

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Je réponds au compliment de l'enfant par un sourire, observant son comportement avec Kero. Elle est adorable. La façon dont elle sourit en le regardant, la façon dont elle le salue. Mon lézard, toujours ravi de l'attention, se délecte de celle que lui donne la blonde. Tandis que j'avais ignoré la question de la fillette quand à un potentiel passif entre l'homme et moi, ce dernier s'approche d'elle pour lui chuchoter quelque chose, ses billes caramel ne me quittant pas des yeux. Je connais ce regard. Je n'entends pas ce qu'il lui dit, mais il en tire un malin plaisir, c'est évident. Je lève les yeux au ciel.

Enfin, les chuchotements s'arrêtent et le brun se redresse, s'approchant du comptoir pour prendre le reptile dans ses mains. Kero ne se fait pas évidemment pas prier. Il aime la lumière et le contact. Je n'ai même pas le temps de me demander ce que Kieran est en train de faire qu'il s'approche de moi, déposant mon lézard sur mon épaule. Je suis soudainement transportée quelques années en arrière, lorsqu'il faisait la même chose avec Izzy. Je me souviens des frissons que me provoquaient le contact et la proximité. De l'affection qu'avait ma lézarde pour lui. Celle que j'avais moi-même pour lui. Les mots restent coincés dans ma gorge, perturbés par la proximité actuelle de nos deux corps. Il finit par s'éloigner, libérant le souffle qui s'était bloqué. Merlin...

Mon attention se tourne vers la fillette, effaçant les souvenirs qui sont remontés à la surface. Elle semble aimer les animaux, c'est du moins ce que j'en conclus en voyant sa détermination à protéger la corneille sur son épaule et son excitation en voyant mon lézard. Mon corps est plus détendu maintenant que Kieran n'est plus dans mon champs de vision. Mais nous n'avons pas le temps de nous engager dans une conversation : la cloche de la porte sonne, annonçant une arrivée. Je suis sur le point de lui souhaiter la bienvenue quand elle parle la première.

Chéri ? Le froncement de mes sourcils s'accentue. Maman ? Difficile de nier la ressemblance entre l'enfant et la femme qui vient tout juste de nous rejoindre. Cette dernière ne s'embête même pas à me considérer ou à me dire bonjour. Elle s'approche de Kieran, ses mots provoquant un feu en moi. Les pièces du puzzle s'emboîtent à une vitesse ahurissante dans mon esprit.

Nom d'un... Quel... Reste poli. Quel goujat ! Il faut très peu de temps pour que la colère qui mijotait tranquillement dans son coin remonte dans la totalité de mon corps. Et la passivité que Kieran affiche ne fait que la rendre plus puissante. D'abord, il tente de flirter avec moi au bal du Nouvel An en profitant de son anonymat. Puis, je découvre qu'en réalité, il est venue avec une autre. Maintenant, il débarque ici avec cette enfant, continue son petit jeu. Et finalement, cette femme débarque - avec, soit dit en passant, un sans gêne et un manque de respect qui m'irrite au plus haut point. Sa proximité, ce ton de voix mielleux, la façon dont elle s'adresse à lui. Cette enfant. Ma fille. Si visiblement il n'en est pas le père, il en est tout de même au moins le beau-père : le comportement de cette femme le rend évident.

Mes yeux envoient des éclairs à Kieran. Cet... Ce... Comment peut-il être si calme ? Si stoïque ? Je bouillonne. Les mots me brûlent les lèvres, mais j'essaye de les contenir. Pas devant l'enfant. Je sais faire. Si la moindre de mes pensées est évidente sur mon visage, je suis douée pour les contenir. D'habitude. Je ne saurais dire ce qui pousse les mots à finalement quitter la barrière de mes lèvres. La colère ? La rancœur ? Tout ce que je garde depuis tout ce temps ? La jalousie ? - me chuchote une petite voix.

- Il y a beaucoup de choses que chéri a oublié de vous dire. M'immiscé-je, ma voix portant une pointe de dédain.

Mon regard se pose sur Kieran, et mon sang bouillonne encore plus. Je crois que même du temps où nous n'étions pas en bon terme, je n'ai jamais été aussi énervée contre lui. Il ne s'agit pas seulement de moi, mais également de la femme du bal, et la blonde ici présente, bien que je ne l'apprécie pas le moins du monde - ce qui est assez fou considérant le fait que je la vois pour la première fois de ma vie. Je lâche un rire sans joie.

- Le respect n'est pas quelque chose qui t'étouffe, visiblement. Comment est-ce que tu peux oser faire des avances à d'autres femmes en étant déjà engagée auprès d'une autre ? Avec une enfant, en plus ! Tu n'as vraiment honte de rien, c'est affligeant. Une seule ne te suffit pas ? Tu arrives encore à te regarder dans un miroir ?

Je n'ose même pas regarder la petite blonde devant le comptoir. La pauvre ne doit rien comprendre à ce qui est en train de se passer. Une autre qui ne doit pas comprendre ce à quoi je fais allusion, c'est la deuxième blonde aux côtés de Kieran. Lui sait à quoi je fais référence - comment ne pourrait-il pas le savoir - mais elle... Elle ne doit pas avoir vue grand chose, au vue de sa minauderie. Difficile de lui en vouloir. J'ai été à sa place, il fut un temps : moi non plus, je n'avais rien vu. J'avais confiance. Jusqu'à ce que je le vois au bras d'une autre. Alors, forcément, ayant vécu moi-même de la tromperie, je ne supporte pas d'en être témoin. Mais jamais je n'ai pensé une seule seconde que lui en serait capable.

- Je suppose qu'il ne vous a pas parlé de cette brune du bal du Nouvel An ? Ni d'une blonde, à ce même bal ? Volontairement, je ne précise pas que ladite blonde, c'est moi. Et j'imagine aisément qu'il ne s'est pas contenté que de cette soirée. Ils ne se contentent jamais d'une seule fois.

Toutes mes excuses pour ce pavé, c'est qu'il y avait de quoi écrire !

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PNJ PV Quiproqu'au top
Je parcours promptement les rayons du regard, m’arrête brièvement devant les denrées usuelles, puis saisis sans hésiter une boîte de graines – celles que je prends toujours pour Kami. Elles ont l’avantage d’être plus transportables que les invertébrés vivants, et tout aussi efficaces pour calmer son appétit. Je jette un regard furtif en direction de la petite Serdaigle qui m'accompagne, toujours devant le comptoir et discutant joyeusement avec l'ancienne Poufsouffle. Mais à peine ai-je esquissé un pas pour rejoindre la fillette au comptoir que la porte s'ouvre à nouveau, laissant entrer une silhouette blonde que je ne tarde pas à identifier. L’aînée des sœurs Sgaeyl s'exclame en appelant sa fille, et je tourne la tête vers ma cousine, mais le fait qu'elle se dirige vers moi et non son enfant me frappe aussitôt. Attendez... c'est moi, le chéri en question ?

Je fais violence pour ne pas arquer un sourcil alors que mes doutes se confirment : elle s'avance vers moi en souriant, posant un bras sur le mien. Un sourire diplomatique se fraye un chemin sur les lèvres : c'est une expression que j'ai peaufinée au fil des rencontres malaisantes, un réflexe social que l’on mobilise mécaniquement dans les circonstances les plus inconfortables.

Il y a quelque chose en cette blonde qui me met profondément mal à l'aise. Peut-être cette proximité qu'elle me réserve alors même que je ne l’aurais comptée, en d’autres temps, que parmi de vagues connaissances de la famille. Ou alors était-ce ce regard désintéressé qu'elle lance à sa fille, et qui me rappelle douloureusement celui que ma propre génitrice posait sur moi, les jours où elle daignait encore me voir. La sorcière continue avec une remarque sur Adeline sur un ton rieur, mais rien dans son regard ne trahissait la moindre tendresse pour sa fille. Et moi, je sais les reconnaître, ces rires-là : ce sont les vérités que l'on emballe par pudeur dans le papier cadeau qu'est la plaisanterie. Car il n'est plus à prouver qu'Arianna Sgaeyl ne porte aucune affection pour sa benjamine.

« Arianna, me contenté-je, le même sourire passif plaqué sur le visage. Non, j'avais aussi quelque chose à acheter, t'en fais pas. »

Je m’apprête d'ailleurs à poser mon achat sur le comptoir lorsque le timbre vocal de ma cousine s’élève à nouveau. J'en reste perplexe. Au revoir ? Pour quoi faire ? Toutefois Layana me devance, prenant la parole à son tour ; le regard noir qu'elle m’assène me cloue sur place, les sourcils levés dans l'incompréhension la plus totale devant cette rage qui brûle dans ses yeux. Son ton est empli d'un mépris acide qui ne me rend que plus perplexe. Je la laisse cependant me cracher au visage ces reproches que je ne comprends pas, et extérioriser cette colère dont j'ignore l'origine. Que la folie m'emporte, parce qu'une part irrationnelle en moi se réjouit de cet élan qui, aussi peu tendre soit-il, reste une preuve que je ne la laisse pas tout à fait indifférente.

« Je vous trouve drôlement investie dans ma vie sentimentale, miss Greenwell », commencé-je avec un sarcasme tranchant, inclinant la tête sur le côté.

J'esquisse un pas dans sa direction, puis un autre. La distance entre nous est réduite à un petit mètre tout au plus. Les années ont inversé l’équilibre des tailles, et c’est désormais moi qui la surplombe d’une quinzaine de centimètres.

« J’ignorais que l’image que vous aviez de moi était si déplorable. »

Malgré l’ironie qui se dégage de mes mots, la déception qui s'y lit est presque tangible : il faut dire qu’être pris pour le plus grand coureur de jupons par une ancienne camarade n'a rien d'agréable. Encore moins si cette ancienne camarade en question est Greenwell. L’élève que j'étais à Poudlard n'avait rien d'exemplaire, ni de moral ; mais de là à croire que j'aie pu abuser de la confiance de non pas d'une, mais de trois femmes en même temps ? Je contiens de justesse un rire jaune.

« Je vous présente Arianna, ma cousine, et sa fille Adeline. » J'appuie chacun de mes mots. « Quant à la brune dont vous me parlez, je n'ai aucune idée de qui il s'agit. Je n'ai parlé qu'à une blonde, ce soir-là. »

Je ponctue mes propos d'un regard insistant, à l’affût d'une quelconque réaction de l'écossaise tout en essayant de deviner l'identité de cette mystérieuse brune dont elle fait mention. Parlait-elle d'Aki ? Cela me semble peu probable, puisqu'il ne s'est rien passé entre la dragonologiste et moi, et que Layana le sait pertinemment.

« Vous me parlez de faire des avances... Je lui – parce que visiblement, elle n'a pas l'air de vouloir être reconnue comme ayant été ma cavalière – ai proposé une danse sur la piste, effectivement, mais rien dans l'intention de séduire. Je ne courtise pas une femme mariée – j'ai assez de principes pour m'en abstenir, figurez-vous. »

J'ignorais que l'inviter sur la piste aurait autant de répercussions ultérieures. Peut-être aurais-je dû me contenter de l'anonymat des masques. Mais dire que je regrette cette danse serait un mensonge éhonté : si je venais à retourner quelques mois en arrière, je l'inviterais à danser mille fois encore. Mais peut-être qu'au terme de cette danse dans cet univers hypothétique, j'oserai me dévoiler d'une autre façon : ôter mon masque, la regarder en faire de même et lui sourire comme on sourit à une vieille amie que l'on retrouve volontiers après tant de temps.

Mais j'ai cessé de considérer Greenwell comme une simple amie depuis longtemps déjà ; cette amitié avait mué en quelque chose de bien plus trouble et bien trop consumant pour que je puisse en faire autre chose que de le refouler. Le temps a beau faire des miracles, il ne permet pas d'effacer ce que l'on a soigneusement enfoui sans jamais vraiment cesser d'y penser. Et je suis douloureusement conscient qu'il allait refaire surface si nous nous reparlions comme avant. Or mes sentiments n'ont plus rien à faire là, maintenant qu'elle a son homme à elle, et que cet homme n'est pas moi. Alors je les relègue dans un recoin de mon esprit, comme je l'ai toujours fait.

Toujours en face de Greenwell qui elle-même se tient devant le comptoir, je me penche légèrement pour approcher mon visage près de son oreille. Mon bras frôle délibérément le sien lorsque je dépose mon achat sur le bois de la table dans un geste innocent à première vue.

« Toi en revanche, tu ne semblais pas particulièrement dérangée à l'idée de te débarrasser de ton alliance pour la soirée », susurré-je dans un souffle empli de reproche, le regard pourtant rivé sur la boîte que je tiens dans ma main, et non ces prunelles vertes qui brillent quelques centimètres plus loin.

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#00476b]simple sorcier prenant soin de sa peau (aux conseils avisés de la sublime Miya Ryuū)