11 oct. 2025, 18:57
 Id.  Parénèse pour une orpheline  Solo++ 
Bonjour ;

j’inaugure ce jour ce que beaucoup appellent ici trame personnelle ou aventure. En revenant de mon hibernation, j’avais dit, comme une promesse, que je n’écrirais pas sur le passé sibérien d'Ivanovna. Et je le ferai. Au sens où les écrits à venir dans cette histoire ne porteront aucun sceau de magie, il est question de ce que je préfère, l’intimité des âmes. Mais je dois admettre qu’il faut poser certaines choses. Et puis… ce qui compte surtout à mes yeux c’est de construire une histoire, de la rendre cohérente et d’y prendre du plaisir. Pour moi, l’acte 3 de ce qui suit est la seule chose qui compte vraiment. Pour rendre hommage, à quelqu’un, quelque chose, nous dirons «  la fin est un prélude ».

J’ambitionne donc de faire un solo de type « Les armoiries des Alekhin » mais en partant d’un scénario en grande partie déjà écrit (nous verrons, dans les lignes suivantes, pourquoi l’acte 2 est entre parenthèses dans ce raisonnement). Ce que je veux raconter, c’est l’émergence d’une femme à partir de cendres, sa renaissance, au-delà des soubresauts du quotidien que les RPs avec tierces personnes décrivent. Non qu’ils soient secondaires, au contraire. Mais je ne peux construire Ivanovna pleinement avec des éléments épars, rythmés par le tempo des autres joueurs, rythme aléatoire et je n’en veux à personne. Ceci est la première intention.

Mais il en est une autre. A l’instar du RP solo « La légende de la dernière des filles Gunnray », je veux écrire ici sous un autre angle, disons ne pas écrire sans cesse les mêmes choses, de la même manière. C’est ainsi la première fois me concernant qu’un RP est entièrement scénarisé avant d’en entamer le postage. Voilà aussi ce qui m’anime. Je prends beaucoup de plaisir à écrire sous les traits de la contesse et du rat-conteur dans ce RP qui décrit la vie d’une étudiante etc etc . C’est vraiment amusant. Je veux ici, dans un autre registre, trouver les mêmes sensations. J’ai toujours l’ambition prétentieuse d’écrire de jolies choses. Mais je veux aussi me faire plaisir. Construire quelque chose d’abouti comme les années d’études supérieures de Circéia , voulues très structurées et illustrées. Là...chuuut, n’en disons pas plus.

Reste que…
- J’ai besoin de l’aval des autorités (MJs, Admins). Ayant pris l’engagement de ne rien écrire de magique sur cette période, ce serait mal de donner l'impression de le faire dans leur dos. Rien de magique je le redis, que de l’humain. Mais quand même, souhaitant donner un peu de ce passé, qui peut aussi aider des joueurs écrivant avec moi à la comprendre, je demande la possibilité d'écrire ce passé, délesté de toute tentation de "création magique". Si on me dit non, j’en resterai au stade des intentions et passerai à l’acte 3. (en substance, je vais envoyer un hibou pour faire valider la chose).
- Je ne peux en l’état prévoir un scénario fondé sur une évolution du personnage en fonction de choses plus ou moins élaborées mais à l'heure qu'il est non établies, pas écrites dans PFR. L’acte 2, chronologiquement, ne peut être pour le moment "couché sur papier", ce serait mal. Je le garde secret. De même, il sera peut-être écrit/posté après l’acte 3, pour des raisons indépendantes de ma volonté.
- Deux PNJ que j'ai posés interviendront ponctuellement ici, Konstantin (Acte 1), Aéla Tokélau (Acte 2) mais toujours sous Ivanovna.
- L’acte 3 est donc la clé de voûte. N’en disons pas plus. Mais attention, la suite demeure essentielle à bien lire :

L’intégralité de cette histoire doit être protégée par un trigger warning. Je veux dire… Tout lecteur qui va plus loin doit savoir qu’à tout moment il peut se lire des choses dures. Violence, physique, psychologique. Douleur, mort. Ce n’est pas une question de joie à écrire dans ce genre d’ambiance. C’est juste son histoire, en tout cas l’acte 1 assurément. Par la suite, moins, plus du tout à mon sens. Mais je ne veux pas avoir à me poser la question à chaque chapitre. Je pose donc un TRIGGER WARNING SUR TOUT CE QUI SUIT. (et chaque post débutera par un renvoi à ces mots)

Reste alors une dernière chose, qui comme souvent me pose question. Je suis face à un dilemme spatial. L’histoire commence au Nord de la Sibérie. Mais plus des deux-tiers se déroulent en Grande-Bretagne, dans divers endroits (Wick, Newhaven, Londres, Godrick’s Hollow…) Je demande la possibilité de rédiger ce RP dans un seul lieu, il me semble que le mieux est le secrétariat à l’identité sorcière puisque l’histoire la conduira là, dans un futur qui devrait se trouver quelque part en 2051. Entre temps, j’ai compté au moins six endroits différents. Cela m’ennuie de poster des tronçons d’histoire sans continuité autre qu’un lien en fin de post. Donc je trouve logique de poster ainsi, ici. (Si cela pose problème, j'écrirai lors du premier post qu'elle repense à toute son histoire en entamant ce qu'elle sait en être le dernier chapitre, à savoir dans les murs de ce secrétariat...on trouve toujours une pirouette...)

En tout cas, je vous accueille dans ces tribulations aux airs de marche vers la lumière, la libération. Je crois au fond que c'est la raison de mon retour.
Je forme le voeu que mon projet soit reçu comme tel, les gens me connaissent, j'ai l'esprit libre mais je respecte les décisions du docteur Kynes, personnage qui reste pour moi l'archétype du héros porteur de la plus absolue probité.


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PARÉNÈSE POUR UNE ORPHELINE
tragédie en 3 actes


Acte 1 : Fuir
Scène 1 : Konstantin
Scène 2 : Les morsures de l’océan
Scène 3 : Une fille nue
Scène 4 : Retour sur investissement
Scène 5 : Furtivité
Scène 6 : Voler pour voler
Scène 7 : La faim justifie les moyens
Scène 8 : Réminiscence
Scène 9 : Le silence


Acte 2 : Les pièces du puzzle
Scène 1 :
Scène 2 :
Scène 3 :
Scène 4 :
Scène 5 :
Scène 6 :
Scène 7 :
Scène 8 :
Scène 9 :

Acte 3 : Devenir soi
Scène 1 : Le temps des décisions
Scène 2 : Risquer l’abandon
Scène 3 : Compilation
Scène 4 : Aux origines
Scène 5 : Demeurer Ivanovna
Scène 6 : Des traces d’elle
Scène 7 : Un coeur qui bat
Scène 8 : Le procès

Scène 9 : Et maintenant ?
Dernière modification par Ivanovna Gunnray le 14 janv. 2026, 10:57, modifié 19 fois.

12 oct. 2025, 18:50
 Id.  Parénèse pour une orpheline  Solo++ 
TRIGGER WARNING : Violence, physique, psychologique ; Douleur, mort. L’intégralité de ce RP est susceptible de vous confronter à cela.



Acte 1 : Fuir




Scène 1 : Konstantin


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2044, fin de l’année ?
datation incertaine



Les morsures du froid ne sont rien en comparaison de l’intensité des horreurs subies. Elles-mêmes ne constituent que l’infime partie d’un chemin de vie interrompu depuis des mois. Ce qu’elle fait là, nul ne le sait. Eux peut-être mais ils n’en disent rien. Sont-ils consients de ce qu’elle vit ? Une chose est évidente, ils ne savent pas qu’en secret elle reçoit de l’aide. A cette époque, Ivanovna ne sait rien ou presque. Disons qu’elle demeure un diamant brut, une poussière devant encore tout apprendre. C’est le rôle que cet homme s’est attribué. Par des contrevalations moralement indescriptibles, il sait la rejoindre. D’une cellule à l’autre, il se faufile chaque nuit ou presque, lui apportant nourriture, réconfort et un élément bien plus utile encore, le savoir. Oh, il ne faut pas rêver, ce qu’il lui donne à ingurgiter relève de la bouillis infâme. Mais elle la nourrit. C’est un complément fort utile même s’il renforce une endurance que les geôliers ne comprennent pas.

Tous deux parlent le russe. Elle ne discerne pas toujours les propos du vieil homme. Ses phrases sont structurées à l’ancienne, combinaisons ampoulées même pour une fille ayant des bases solides dans la langue. Mais une langue plus moderne. Et le temps qu’il a passé ici a sans doute contribué à atrophier le verbe. Comme le reste.
L’homme a cependant toutes ses facultés quand il est question de certaines choses. Entre ces murs, aucun moldu. C’est un signe. Lui est le plus âgé, même si les gens qu’elle a croisés demeure restreints au nombre de doigts d’un humain. Konstantin, dont elle ne saura jamais qu’il se prénomme Konstantin Konstantinovitch Siolslky, a été un très grand sorcier. Dans une autre vie, de jeunesse et de talent. Trop dans un pays qui se méfie par nature des gens brillants. Ivanovna, qui à cette époque n’a pas plus de treize ans, est à la fois impressionnée, intimidée, exigeante et implacable avec celui qu’elle sait capable de s’évader. Aussi pourquoi reste-t-il ? Quelles raisons raisonnables lui font accepter ces souffrances s’il peut s’en affranchir ? Jamais il ne le lui dira. Durant ces mois interminables au cours desquels elle vit un calvaire, elle ne comprend pas. C’est aujourd’hui, huit ans après, qu’elle émet enfin une hypothèse plausible.

Dans ce couloir d’un immeuble impersonnel, là où se jouera une partie de son avenir de femme, elle repense à lui, intensément. La survie, mais pas seulement. Toujours dignement. Se respecter. Être maîtresse de soi. Le plus dur. Avec les années Ivanovna s’est mesurée à la difficulté d’appliquer ce code de conduite. Etait-ce pour Konstantin plus facile d’être infaillible en acceptant cette détention ? La liberté retrouvée permet-elle de risquer les compromissions ? Est-elle simplement une condition de la déchéance ? La déchéance. Il le lui répétait sans cesse : « Il ne faut pas déchoir ». Konstantin était un sang pur lui aussi mais d’une noblesse d’âme qu’elle n’a jamais croisée depuis. La sagesse incarnée, délestée des illusions de la jeunesse, du pouvoir, de la puissance que la magie apporte aux sorciers suivant le petit chemin, le plus rapide.

- Observe…

- En silence, toujours…

- Ne concède rien…

- Ecoute…

Des injonctions, des ordres, comme un mantra collectif. Elle ne comprenait pas. Tout était parcellaire. Les secondes éparpillées. Jamais un mot plus haut que l’autre mais une force, elle n’aurait pas eu l’idée de contredire cet homme. Le seul qui l’ait jamais effleuré sans provoquer en elle un trouble, une séduction douteuse. Il n’était pas un père, il n’était pas un frère ou un jumeau. Il lui a tout appris.

- Le silence étend ton acuité. Les mots font ta compréhension. Comprends ce que je dis.

Elle pourrait révéler toute la magie apprise. Mais c’est périphérique. Ceux qui ont trahi sous la torture ont autant de vertus que les morts de silence. Tous ont en eux cette liberté qu’ils refusent d’abdiquer. Chacun à notre manière nous suivons Konstantin. Du moins est-ce ce qu’elle pense. Sans en être assurée. Sa foi en elle demeure friable, elle ne sait pas tout, n’a pas tout compris, pas encore. Ce vieil homme a semé plus d’une graine en son élève. Il faut quelques saisons à certaines plantes pour germer. D’autres ont un cycle bien plus long. Nos faiblesses nous poursuivent, bien plus assidument que nos forces dont nous ne savons que bien mal identifier l’effet. Ce ne sont même pas les enseignements du sorcier qui lui manquent. Elle aurait besoin de plus. On cesse d’être petite fille quand notre mère s’en va. Toute une famille pour elle...
Dans de telles conditions, il faut mesurer sa survie à l’effet des paroles de ce russe, prisonnier depuis plus de trente ans, géniteur de nombreux survivants avant elle. Elle ne l’a pas compris, même après ces années. Il restait prisonnier pour mieux lutter contre eux. Un espion intérieur, d’autant plus efficace qu’il est insoupçonné. Même aux yeux des enfants qu’il protège. Un magicien, maître des illusions.

Nuit après nuit il lui enseigne. D’abord les rudiments. Et puis de plus en plus. Mais ce n’est pas tant la magie dont il est question. Ce qui détermine le sorcier est ce qu’il a en lui. Et Konstantin a vite trouvé dans le cas d’Ivanovna. C’est une combattante, une auror en puissance, elle a la force en elle. C’est naturel. Mais elle la rejette. Il doit travailler à développer cette apprentie sans qu’elle comprenne qu’il va contre sa volonté à elle. Car parfois il faut accepter d’user de ses talents sans suivre ses envies. Magie brutale diront certains, lui parle un autre langage, celui de sa Russie natale qu’elle ne comprendrait pas. Même si elle la subit.
Les autres parties d’elle sont bien mieux réparties. C’est une fille talentueuse, elle comprend vite. Mais a trop en tête le modèle maternel. La botanique, la botanique, les plantes, c’est bien beau tout ça mais ça ne l’aiderait pas lors d’un combat à mort. Aussi choisit-il un complément possible pour elle. Développer l’invisibilité, la discrétion. Ce qui construit un excellent espion. Voir sans être vue. Cela n’a que des avantages dans un premier temps. Car elle pourra encore mieux échapper à ces lieux. Sournoise et venimeuse. Un serpent. Il ne lui dira pas. Sa répartition, pour ce qu’il en connaît, a bien mal été faite. Dans tous les cas, elle y perd. Serdaigle comme sa mère, Serpentard comme la sœur… Elle ne peut s’épanouir. Ce collège britannique est par trop maladroit. Ce qu’elle endure fait d’elle une Gryffondor. Mais lui n’est pas bien sûr de tout connaître sur le sujet. Dans son école, on n’apprenait jamais les magies d’autres lieux. « Une perte de temps ». Ce qu’il sait de Poudlard il le tient d’un ancien prisonnier. Mal réparti lui aussi. Peu importe. Ivanovna a du courage et il est éprouvé.

- Un jour tu le sens, c’est l’instant du grand saut.

Il le lui répète et ajoute imperturbablement :

- Ce jour-là, ne te retourne pas, oublie-moi à jamais.

Un enseignement rugueux, que l’adolescente ingurgite d’autant plus aisément qu’il est le seul ici dont la présence soit une aide. Professeur, protecteur, philosophe… personne n’imagine combien il rassemble en elle tout ce qu’il a appris en chaperonnant les autres. Elle est son chef d’oeuvre. D’autant plus qu’elle a beaucoup pour elle. Le reste mais avant tout l’endurance au mal. Une vraie sibérienne, une fille de l’hiver. En fait, Ivanovna n’a qu’un défaut. Sa désobéissance. Elle ne pourra jamais ôter de son esprit les mots de Konstantin. Elle ne l’oubliera pas, ne l'oubliera jamais. Un fil ténu entre hier et demain. Le dernier de l’enfance, c’est lui qui le tenait.

Le jour venu, elle se lance, se libère sans qu’il soit très utile de vous décrire comment. Ce n’est que le début, l’étape la plus facile. Mais laisser derrière soi le forgeron coûte beaucoup à ses yeux. Le père dont elle aurait voulu.



Datation double on l'aura compris.
Une partie se déroule dans un
aujourd'hui impossible à établir pour le moment.
Dernière modification par Ivanovna Gunnray le 1 nov. 2025, 16:18, modifié 2 fois.

18 oct. 2025, 17:18
 Id.  Parénèse pour une orpheline  Solo++ 
RAPPEL
TRIGGER WARNING : Violence, physique, psychologique ; Douleur, mort. L’intégralité de ce RP est susceptible de vous confronter à cela.



Scène 2 : Les morsures de l’océan

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2044
Quelques heures plus tard,
il fait nuit noire.





Une mer déchaînée, Ivanovna en découvrant les lieux, comprend ne pas avoir le choix. L’autre côté se devine plus qu’il ne se voit. A la fois loin et si proche. Ce qu’elle ne connaît pas, elle apprendra bien plus tard qu’il s’agit du détroit de Lougor, est un bras de mer, un mur entre sa prison et la liberté. Elle doit le franchir et pour cela, courage, endurance, force et calme vont être nécessaires. Le courage d’entrer dans une eau glacée, dans quelques semaines un sol fictif existera ici mais pour l’instant c’est l’eau qui triomphe. Un bandeau, glissant comme du verglas, plus dangereux que des séracs l’aurait aidé. Hélas il va falloir plonger. Dans une eau piquante, brûlante de froid. Plonger, nager, durer. Le coeur souffrira, les muscles aussi et même si elle a conservé la forme grâce aux exercices de Konstantin, ce sera une épreuve. Reste qu’elle devra surtout garder son calme, rythmer l’effort, le doser pour qu’à la fin elle puisse en sortir, vivante, libre, loin de ces violeurs et de leurs pulsions journalières. La motivation est évidente, le corps est habitué aux assauts de tous ordres, coups, blessures, humiliations...Par une étrange fascination, ils ont réservé le plus dur à son dos. Rougi, il est la partie de la peau la plus fragile. Mais il tiendra. Car Ivanovna fera tout pour.

D’abord un pied, prendre la mesure de la montagne à gravir, c’est terrible. Mais il faut avancer, le retirer serait mourir sur place. L’autre, et déjà les jambes trahissent par leurs tremblements ce que seront les temps à venir. Une heure ? Deux ? Peut-être moins ? Ou la mort au bout ? Les genoux, puis cette intimité constamment blessée par eux, elle aussi elle brûle mais d’une manière insidieuse. Le ventre, elle y sombre. Les petits seins, durs comme jamais. Enfin l’enfant plonge et comprend qu’il ne faut plus réfléchir, juste nager, selon la nage qu’elle maîtrise le mieux. Penser à sa plage de Wick, ce n’est qu’une baignade comme une autre. S’imaginer là-bas en Ecosse. Les roseaux au loin derrière le sable. On s’y réfugie avec Mère pour échapper au vent une fois sorties de l’eau. Chasser les pensées extérieures, les morsures de la peur, respirer, nager, Circéia, Mère, sa seule amie qui lui pardonne ses écarts… Ivanovna est une machine qui se concentre sur les battements. De son coeur, de ses bras, de ses jambes surtout, petits moteurs d’un corps dur au mal. Une fois la côte éloignée, la mer est plus calme. C’est une nuit tranquille, en apparence. Désormais il faut tenir la distance, ne pas regretter de se sentir refroidir, c’est parfaitement normal, la chose est prévisible si l’on tient compte des paramètres. S’amuser à penser l’expérience comme une découverte, transformer le mal en bien. Faire passer le temps, ne pas trop réfléchir, respirer. Et le tout en silence car on ne sait jamais. Des animaux sauvages pourraient la déranger. Pire, des sbires de la prison, subalternes dédiés aux tâches ingrates. La surveillance extérieure…

Un combat compliqué. Konstantin l’a prévenu, ce n’est que le début. Il faudra affronter des dangers inconnus, l’eau n’est que le premier parmi une foule d’obstacles. Nager, encore, respirer, refuser de penser aux conséquences néfastes d’un échec. Dans cette partie-là, perdre n’est pas une option. Il faut tenir, c’est la seule manière de l’emporter. Arriver au bout, un bout qu’elle ne voit pas. Elle le sentira venir, les eaux reprendront leur effet lessiveuse à l’approche de la côte. Combien de mètres ? Des centaines ? Impossible à savoir et puis… en l’état la mer est encore calme, navigable. Il suffit de poursuivre, on verra bien la suite. Un goût de sel, un goût désagréable, des parties d’elle lui rappellent que le sel et le sang ne font pas bon ménage. Outre le gel qui pourrait l’emporter, contre sa peau il y a ce sel. Il exhale les blessures, il lui faut passer outre. La moindre pensée négative amorcerait la chute. Konstantin l’a dit, ne pas se retourner, avancer, coûte que coûte. Une machine.

Là est tout le paradoxe, elle ne s’en rend pas compte mais leurs mauvais traitements répétés l’ont endurcie à un point que personne n’imagine. Tout en elle est souffrance, même les poumons hurlent en l’heure. Ivanovna s’accroche, petit corps improbable dans cette immensité sombre. Une poussière. Mais elle avance et les remous qui s’annoncent lui laissent espérer la terre ferme. Prochaine étape, prévoir les tasses qu’immanquablement elle boira. Et les rochers qui n’oublieront pas de lui lacérer la peau. Avec sa chance, il ne saurait être question de « débarquer » sur une plage… et il n’est pas sûr que cela soit préférable d’ailleurs car le ressac pourrait être lui aussi une difficulté mortelle. Elle s’essouffle, il ne manque pas grand-chose pour que ce corps tombe comme un caillou. Les bras devenus lourds, chaque geste est le dernier avant de mourir. Ce n’est plus que l’énergie vitale en elle qui la pousse à continuer. De toutes manières, s’il faut mourir, autant que ce soit en luttant pour une belle chose.

La houle, des vagues recréées par la configuration des dessous de la mer à cet endroit. Secouée, de moins en moins capable d’avancer. Puis le bouillon, une tasse comme jamais elle n’en avait vécue à Wick. Plus tard, une sensation étrange lui agite les pieds. La picote. Un crabe audacieux pour le moins ; tenterait-il de la découper par petits bouts ? Par réflexe, elle lance sa jambe de manière à se débarrasser d’une agression dont elle n’a pas vraiment conscience. La bête vole au loin dans la nuit encore présente. Ivanovna gît là, sur un sable à moitié rocailleux. La fin de la traversée s’est déroulée sans elle, elle ne se souvient pas d’avoir mis pied à terre. Evanouie proche du but, portée par des eaux salvatrices. Elle a réussi. Mais le froid est terrible, elle a faim, soif et se demande bien par où commencer désormais.
Dernière modification par Ivanovna Gunnray le 1 nov. 2025, 16:18, modifié 3 fois.

20 oct. 2025, 16:27
 Id.  Parénèse pour une orpheline  Solo++ 
RAPPEL
TRIGGER WARNING : Violence, physique, psychologique ; Douleur, mort. L’intégralité de ce RP est susceptible de vous confronter à cela.



Scène 3 : Une fille nue

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2044,
la minute d’après




Debout, sa nouvelle civilité se révèle par le sol. Ses pieds ont perdu ce qui faisait office de chaussures. Des sandales en cuir, usées au point de ressembler à des lattes de bois. Noyées dans la bataille. De toutes manières, elles ne lui servaient pas vraiment. Et elle les avait ôtées le temps de son évasion. Les avoir remis au sortir de la forteresse est une énigme que seul le réflexe pavlovien pourrait justifier…

Le reste des nippes est à l’avenant. Des haillons, déchirés en plusieurs endroits, un voile ayant pour fonction essentielle de laisser voir le mouvement du corps et des matières. Elle ne s’en déleste pas pour le moment mais sait qu’il faudra au plus tôt trouver mieux.
Des mains endurcies, dix bouts de doigts calleux, en tout cas n’ayant plus peur d’être râpés quelle que soit la surface. Cheveux hirsutes, saleté d’une peau difficile à établir dans la pénombre, elle est un souillon qui effraiera le premier venu. Comme le dernier. Mais une fille libre, enfin. Cela faisait des mois qu’elle n’avait plus goûté à ce sentiment exaltant. Ivanovna marche, et même si ses pieds marquent la volonté d’éviter les pointes acérées de certains cailloux, elle apprécie presque de devoir y aller sur des œufs. Tel est le signe qu’elle peut enfin agir comme bon lui semble. Elle entend par moments le bruit de ses pas, on dirait des grelots mais l’océan couvre le plus souvent ces tintements discrets. La nature l’aide, pour le moment.
La côte, elle y est. Une plage étroite mais au vu de tous. Il faut trouver un endroit moins venteux, un coin caché qui permettra de faire le point calmement. Une machine traite les informations dans l’ordre. Une par une, tri sélectif. Sérier les urgences, elle y a pourtant réfléchi souvent. Mais c’était de l’autre côté, il était facile de rêver. Ici et maintenant, on est au dehors. C’est fini l’école. Même celle de Konstantin. Il va falloir survivre. Manger, chaud si possible mais manger. Et boire autre chose que de l’eau salée. Soigner ce qui peut l’être, se couvrir le corps de telle sorte qu’il fasse moins froid. A tout prendre, il était préférable de devoir traverser à la nage, au moins l’hiver n’est pas encore là. C’est pour bientôt mais il semble que le climat soit encore acceptable, supportable, en tout cas pour un temps. Anticiper. Prévoir, se tenir à l’affût. Les bêtes sauvages, on est en Russie, en Sibérie, quelque part au Nord, c’est l’océan. Où a-t-elle été capturée ? Loin, très loin d’ici, il va falloir bien du courage. De la chance aussi. Mais avant tout de la prudence. Pour une sorcière, apprentie, ce serait un vrai défi mais pour une évadée, c’est déjà moins aléatoire. Les chances sont minces mais elles existent. Il faut fuir, cette épreuve qui a transformé son corps en un morceau de glace, ce n’était que l’amorce du périple. Maintenant, il faut vraiment y aller.

Alors elle avance, décidée. Et peu de temps après, Ivanovna atteint une sorte de lande. Pour la première fois de la nuit, elle se sent presque en sécurité. Mais en se serrant elle-même dans ses bras, elle prend conscience qu’il faudra vite une source de chaleur. Elle n’en connaît pas le mot mais son corps est en hypothermie. Ce n’est pas bon du tout. Elle repense à ce crabe, du moins elle croit que c’en était un. Il a dû détaler mais des choses de ce genre pourraient convenir. Ils ne sont pas très durs à attraper. Et doivent pulluler par ici. C’est plus facile à ouvrir que des moules ou cousins du même ordre. Attendre le lever du jour pour partir en chasse est une option. Mais elle doit s’assurer de ne pas être au vu des tortionnaires. Désormais, elle est une fugitive, par définition on la recherche. Rester ici, c’est augmenter le risque. Et tout d’un coup, elle sent un désastre la traverser de part en part. Fendue en deux. Ivanovna vient de comprendre qu’elle a agi trop vite. Oui elle est libre. Mais elle est nue comme un ver.

- Ma baguette…

La panique, comme un couteau sous la gorge tenu par un ennemi invisible. Déjà que s’en sortir munie de son lien magique serait un véritable exploit... Ivanovna n’en revient pas. Elle a oublié le plus important. Quelle bêtise, crasse au point de s’en mordre les joues au sang. Son regard posé sur là d’où elle vient, elle ne s’imagine pas devoir y retourner. C’est impossible. Et il faudrait savoir où ils l'ont conservée… Mais qu’avait-elle donc en tête ? Comment a-t-elle pu être à ce point inconséquente ? Une idiote, en forme de glaçon humain. Si elle pouvait, elle hurlerait. Ah, si la sœur était là, elle en entendrait. Et ce fichu père… mieux vaut ne pas y penser. Elle pleure. De rage, de haine contre elle-même. Redevenue enfant, elle ne sait pas comment s’en sortir. Mais à la différence d’un duel qui ne lui laisserait pas le temps de réfléchir, elle finit par reprendre son souffle, un temps coupé par la terreur.
Elle ne voit qu’une solution, y retourner. Si elle l’a fait une fois, elle peut réitérer, ce n’est pas infaisable. Mais d’ici là, elle doit se refaire une cerise bien entamée. Et élaborer un véritable plan d’action.

La frayeur n’aura pas duré très longtemps. S’il est tard, trop pour envisager un assaut avant le lever du soleil, elle sait avoir quelques atouts en mains. A commencer par leur amour des rituels. Tous les dix jours, imperturbablement, ils la laissent tranquille deux nuits. Et s’ils ne la prennent pas ces jours-là, ils ne la visitent pas non plus. Un jeûne imposé mais qui lui laisse à penser qu’elle n’aura pas donné l’alarme. En toute logique et espoir, elle peut donc se préparer en vue d’un vol en bonne et due forme. Ivanovna est nue comme un ver mais pas sans ressources.

3 nov. 2025, 17:14
 Id.  Parénèse pour une orpheline  Solo++ 
RAPPEL
TRIGGER WARNING : Violence, physique, psychologique ; Douleur, mort. L’intégralité de ce RP est susceptible de vous confronter à cela.



Scène 4 : Retour sur investissement


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2044,
Plus tard dans la nuit,
ou bien...



Oh pardon !!!! Vous êtes dans le noir ! Mais mes petits agneaux, rien n’est plus normal. C’est la mise en scène qui veut ça ! Vous ne me reconnaissez pas ? C’est moi, Rat-conteur… Allons je suis persuadé que nous nous sommes déjà croisés au détour d’une des péripéties animant la vie de notre héroïne, faites un petit effort… on m’a demandé d’effectuer une pige dans ce RP, histoire de ne pas trop en faire côté drama ! Il faut dire… j’ai lu ce qui précède, ce n’est pas très drôle pour le moment… Et puis, pour un lieu supposé déborder de magie… vous m’en direz tant. Je n’ai rien vu jusqu'ici . Mais ce doit être voulu, on m’a dit…

- Conteur, on a besoin de toi pour une mission de désamorçage.

Rien que ça ai-je répondu ! Sauf que moi les armes, je n’y connais rien. Alors s’il fallait en plus les débrancher, très peu pour moi… Mais la production a insisté en targuant du fait qu’il était question de faire rire, du moins détendre l’atmosphère… tout en prenant soin de ne jamais utiliser la magie dans mon récit ! Bon, une commande ne se refuse pas, surtout quand le cachet est honorable. J’ai négocié mon poids en barre chocolatée… les artistes ne sont pas souvent très lourds (sauf leur humour mais ça, est-ce toujours volontaire ?) mais quand même, j’ai fait des réserves pour quelques mois !
En tout cas nous voilà ! Moi qui me propose de vous faire le récit de la scène 4 de notre pièce. Et vous, plongés dans un noir absolu, inquiets de la suite d’une histoire d’évasion pour le moins contrariée en l’état. Vous savez, notre affaire est mal embarquée. D’abord, est-ce bien crédible de laisser une enfant dans cette situation ? Moi je leur ai dit, c’est pas une histoire solide. Il faut être protégée par la magie pour s’en sortir… Ils m’ont fait remarquer que c’était bien l’histoire d’une sorcière ! Bon, admettons. Sauf que… une sorcière sans la magie, est-ce encore une sorcière ? A ce stade, les producteurs ont eu la fourberie de me préciser que cela ne tenait qu’à moi que créer une histoire plausible. La belle affaire ! Ayant la perspective lointaine de tout ce chocolat, j’ai commencé. Alors…

Ivanovna a compris qu’elle a fait une bourde monumentale en s’évadant sans sa baguette. Elle y tient, forcément. Sachez que je la comprends, la mienne a du charme… et un crin de licorne… mais bon, on est là pour elle. Durant sa détention, elle a entretenu un lien avec la magie en utilisant régulièrement la demi-baguette de Konstantin. Pas très puissante, mal pratique c’est évident mais pour apprendre, c’est un bon ersatz. Son idée est de commencer par retrouver son protecteur, lui demander sa « baguette » le temps de... et hop… mais avant le hop, il reste ce bras de mer, d’océan ! Qui n’a pas bougé. Comment faire ? Une enfant peut tout aussi bien qu’un adulte mener une barque, un esquif, toute chose flottante fera l’affaire. Le seul détail pénible, ce sont ses pieds. Sans chaussures, ils souffrent un peu. Mais elle parvient à avancer et, les dieux de la littérature sont avec elle, à moins que les passeurs soient nombreux alentour… elle met la main sur une coquille qui bon gré mal gré s’avère flotter correctement. Passons les détails sur ses capacités de marin, elles sont suffisantes pour assurer une traversée rapide. Et la revoilà à la case départ. Ou presque.
Un lecteur attentif aura noté qu’elle pense avoir plus d’une journée, ses matons la laissant tranquille tous les dix jours… On y est. Ce qu’elle ne sait pas, et qu’elle découvre avec étonnement, c’est qu’ils semblent avoir littéralement abandonné les lieux. Lors de son évasion, elle a cru avoir fait montre de grandes qualités de discrétion pour se faufiler. Mais là, elle entre dans la forteresse avec une facilité qui la déstabilise. C’est même décevant de se rendre compte de la chose. Elle aurait pu partir bien plus tôt, s’épargner des mois de souffrances et de tortures… Mais bon, chers amis, n’ayez pas peur du noir, s’il vous assaille, ça fait partie de la mise en scène. Imaginez-la, elle voit à peine mieux que vous. Ce qui attire le plus son attention, ce sont les bruits. Rien, pas même les pas d’un rongeur venu grignoter ses petons… Après le crabe, on peut penser qu’elle serait comestible, mais non…

Son problème n’est plus d’éviter ces hommes. Car évidemment, aucune femme dans cette histoire… Non… elle n’a jamais su où était Konstantin. C’est toujours lui qui est venu à elle. Alors vous voyez, elle doit le trouver. Et ces lieux sont au moins aussi vastes que ceux de Poudlard. Le temps passe, il fait jour, ce qui ici est une notion relative. Mais bon. Par chance, instinct ou nécessité de raccourcir un passage de la scène un peu longuet, vous choisirez vous-mêmes...elle le trouve. Porte close mais clé moldue dans la serrure. Décidément, elle se dit avoir eu peur de gardiens aussi sûrs qu’une maison sans toit. Bon, cela ne veut pas dire grand-chose mais vous avez compris l’idée ! En tout cas la vie est cruelle. Une émotion heureuse, puis une malheureuse. En entrant dans sa cellule, elle ne peut que constater le drame. Le vieil homme est mort. Depuis peu, le corps n’est pas encore raide. Ce devait être le destin, une vie pour une mort. Une mort pour une vie. Elle ne se laisse pas attendrir, il ne l’aurait pas voulu. Voyez, cette enfant a en elle une dureté qui ne lui vient pas de la branche paternelle. Ce sont les Gunnray qui ont en eux cette solidité, la vertu des racines enfoncées loin sous terre. Les landes donnent l’impression de ne rien laisser à la végétation. C’est mal connaître cet écosystème. Ivanovna est impitoyable, comme sa sœur l’était. Mais d’une autre manière, bien plus...innocente. AUTREMENT DIT TERRIBLE.
Etrange, je n’avais pas prévu cela en majuscule, le clavier a agi tout seul...Passons.

Elle n’est pas venue à un enterrement. Pas folle la guêpe, elle cherche la baguette, ce qui est une erreur car s’ils ne sont pas là, en quoi avoir une baguette de pacotille peut-il s’avérer utile pour trouver sa baguette… Que voulez-vous, dans tous les scénarii (oui, au pluriel, deux i !) on a des incohérences. Assumées ou inconscientes, peu importe. Suivons son histoire. Ayant donc perdu plus d’une heure à chercher, elle a au moins appris le protocole de cet homme lui permettant de cacher l’objet. Observe, écoute, disait-il. C’est bien une pierre sonnant différemment des autres qui a permis de la débusquer… Passons…

A ce stade, vous n’en pouvez plus, pensez que la chose va finir, immanquablement en baston générale. Mais non, et pour au moins deux raisons. D’abord, on m’a dit pas de magie. Donc elle ne peut pas s’en servir. Même quand elle l’aura en mains, et cela arrive bientôt, elle suivra ce qu’il a dit. La trace…. Se méfier de la trace… même ici… Ah ,donc elle peut peut-être utiliser à bon escient la demi-baguette… peut-être mais nous n’avons évoqué qu’une des deux raisons. Ivanovna n’aurait aucune chance contre eux, ils sont nombreux, ils sont puissants. Et ils sont sans pitié. Son atout, c’est la discrétion. Celle-là même que Konstantin lui a apprise. Si elle doit lancer des sorts, ils seront destinés à l’éloigner de leur vigilance. Prudence… L’enfant a bien appris ses leçons, belle démonstration de vie, d’intelligence. De chance aussi, il faut bien le dire. Et Messieurs Dames, je n’y suis pour rien, ne faisant que relater avec un désir d’amuseur une vérité la plus entière qui soit. Car nous n’avons peur que de l’inconnu. C’est une belle histoire que celle de son évasion. Elle aura appliqué à la lettre tout ce que Konstantin lui avait inculqué. En outre, elle peut avant de quitter les lieux s’habiller convenablement. Des vêtements chauds, des chaussures enfin dignes de ce nom. Bien trop grandes pour elles mais on a le droit de porter plusieurs paires de chaussettes, que l’on soit en Ecosse, en Mauritanie ou en Sibérie… Son odorat lui indique à qui appartiennent ces frusques, elle le hait minutieusement mais il n’est pas l’heure de faire la fine bouche. De même, manger quelque chose qui ressemble à de la nourriture ne se refuse pas. Ses dernières précautions sont les suivantes : bien ranger ses deux baguettes, prendre un petit sac à dos, rempli de ce qui lui semble le plus utile, le moins voyant. Elle pense avoir douze heures devant elle avant qu’ils ne prennent conscience de sa fuite. Une pour quitter les lieux, deux pour traverser encore une fois cette masse d’eau. Voyez, nous sommes bientôt à la fin et même moi je me suis laissé prendre au jeu. On ne rigole plus. La chose est trop importante. Même si nous savons tous qu’elle s’en sortira. Cette histoire a des côtés magiques, et des aspects tragiques. Combien d’entre eux, formés par Konstantin, ont réussi à s’enfuir ? Là est une question. Le vrai héros est cet homme, qui a donné sa vie pour les autres. Konstantin Konstantinovitch Siolslky, sorcier, médicomage, professeur… que n’a-t-il pas été dans sa vie de souffrances ?



Pafffff ! Que revienne le jour ! Aïe, ça pique hein !!?! Vous êtes éblouis, c’était le but. Elle aussi, quand elle se tourne une dernière fois sur ces murs qu’elle ne devine qu’à peine désormais. Trop facile, bien qu’imprévisible. C’est bien pour cela que cette histoire est véridique.

7 nov. 2025, 17:02
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Scène 5 : Furtivité


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Quelques jours plus tard





Il faut reconnaître aux vêtements en peau d’ours une vertu évidente. Ils sont chauds, ce qui contrebalance le froid nocturne. A première vue, au regard du temps qu’il fait, elle pense être en fin d’automne, il neige par moments et elle commence à tenir. Bientôt, la température tombera nettement, plus de chutes de neige mais un manteau épais qui restera tout l’hiver. C’est mauvais. On laisse plus facilement des traces ce qui est son souci premier.
Manger, jusqu’ici, elle a su. Konstantin lui a appris quelques recettes à base de racines, de mousse. C’est âcre, pas toujours facile à avaler mais elle tient. Ivanovna s’est donnée une semaine avant de commencer à chasser, à moins qu’une proie lui tombe du ciel, du genre « animal tout juste mort ». Il ne faut pas rêver. Ce serait même de la mauvaise chance car les cadavres attirent souvent les prédateurs. Ce n’est pas à souhaiter. L’eau, c’est un peu plus complexe. Pas d’eau froide, car en fait elle est très froide, ce n’est pas bon. Elle a pris soin de partir avec une gourde en peau qu’elle garde contre elle. Mais elle espérait ainsi réchauffer l’eau facilement. Sauf que la peau… fait son office de manière efficace. Il lui faut attendre plusieurs heures. Cela est heureusement compatible avec ces comprimés que les geôliers eux-mêmes utilisaient pour la rendre consommable. Elle n’a jamais compris pourquoi car elle n’en savait rien mais la forteresse n’était pas alimentée en eau consommable. Pour leur usage comme pour ce qu’ils lui donnaient, ils utilisaient des petites pastilles qui se dissolvaient progressivement. Très vite elle avait intégré qu’il fallait laisser la pastille se dissoudre et agir avant toute gorgée… deux heures… Lors de son évasion, deuxième essai, elle avait pris le temps de les trouver. Et pris de quoi tenir longtemps à première vue.

Il n’est pas question de prétendre à un voyage d’agrément. Et son instinct lui dicte de ne pas baisser la garde. Ils sont au mieux à un jour derrière elle. Bien sûr, elle peut formuler le vœu illusoire qu’ils aient baissé les bras, renoncé à la poursuivre. Mais elle n’y croît pas, préfère ne pas se mettre cette idée en tête. Ce serait ralentir sa progression, se croire en sécurité. Ces coupe-jarrets ne la lâcheront pas. Se considérer poursuivie est la meilleure tactique. Là encore avoir subi pendant des mois des atrocités l’a endurcie. Se goinfrer de victuailles avant de les laisser derrière elle aussi. Cela faisait très longtemps qu’elle n’avait pas eu le ventre plein. Marcher plein ouest, suivre la course du soleil. Le problème étant qu’à l’ouest, on tombe vite sur la côte… C’est mauvais signe. Ivanovna préférerait pouvoir se cacher en forêt. Ce serait plus indiqué mais si elle doit rester dans une zone entre terre et mer… Sa maîtrise de la langue pourrait lui permettre de prendre le large avec des pêcheurs, rien n’indique qu’ils ne la captureraient pas eux aussi. Elle n’a plus confiance en personne. Et se débrouillera seule.

Une bonne semaine passe ainsi, et l’ouest semble enfin prendre la direction de l’intérieur… la côte épouse la forme désirée. Une fois cette contrainte digérée, elle n’a pas perdu son temps. La pêche au crabe est devenue fructueuse même si la chair crue n’a rien d’appétissant. En chemin, elle n’a pour le moment croisé personne, ni de près ni de loin. Pas de traces de moldus dont pourtant les objets volants sillonnent souvent les airs. De même, les routes ou ce qui en tient lieu n’existent pas ici. La Sibérie est développée, un peu. Mais su Sud. Très peu sur les côtes, au nord. Pour ce qu’elle s’en souvient, avant sa capture, les étendues vides de présence humaine semblaient infinies. Dans l’autre sens, ce sera pareil s’est-elle très vite dit. Si un jour elle croise des gens, ce seront forcément des sorciers, ceux qui la traquent, il ne faut pas s’illusionner. Plus surprenant est le fait qu’elle n’ait croisé aucun animal sauvage. Elle craignait les ours, forcément. Et d’autres prédateurs de type félidés. Le moindre renard, s’il en existe du genre par ici, peut s’avérer dangereux du fait de la faim… mais rien. Plus encore, aucune trace dans cette neige d’Octobre ? Novembre ? Impossible à dire… mais l’absence de traces animales l’inquièterait presque. Au dixième jour, elle sent une odeur nouvelle, une odeur qui n’a rien de naturel. Puis sa route croise une immense flaque, un lac dont la surface est irisée, un produit chimique qui lui est inconnu. Et plus loin, en contournant cette zone qu’elle pressent intoxiquée, elle tombe sur une gigantesque conduite posée à même le sol. Un tuyau sans fin, qui semble contenir un fluide. Et bientôt, à force de le suivre, des fuites microscopiques. Sans doute une activité moldue quelconque dont elle ne sait rien. Il faut s’éloigner. La prudence. Konstantin. De toutes manières, suivre ce ruban mènera forcément à un lieu habité, ce qu’elle veut éviter.
Le même jour, peu après avoir quitté le tracé de cette chose, elle entend pour la première fois des bruits qui s’apparentent à un son qu’elle connaît… Ivanovna ne sait pas qu’il s’agit de transplanage, à son âge, elle n’en connaît pas le principe. Mais le bruit d’une arrivée lui est commun. Une sorte de craquement suivi le plus souvent d’un crissement de chaussures. Ou autre froissement de tissu. Quatre fois. Elle s’arrête net. Et pour la première fois sait qu’elle va devoir utiliser la magie. Mais pas sa baguette. La trace… Elle ne sait pas si elle sera repérée en utilisant celle de Konstantin, une baguette qui n’en n’est plus vraiment une mais dont elle a appris à tirer la quintessence. Il lui suffit peut-être d’appliquer les principes de discrétion que Konstantin lui a inculqués. Aucun bruit. Le calme. Un grand calme, une volonté de se fondre dans la masse. Par chance, elle est en proximité d’un marécage fait de roseaux, un territoire dont elle connaît les pièges et les endroits propices. Se cacher dans un champ de fougères, urticantes mais pour eux comme pour elle. Ils ne viendront pas. Ne l’entendront pas. Accroupie, elle attend, les sent. Ceux-là ne doivent pas être les pourceaux habituels. Une odeur de savon lui caresse les narines par moments. Ils la cherchent, elle ne sait vraiment pas comment ils ont fait pour parvenir jusqu’à elle. Mais ils sont là. Tout près. Son coeur a beau être apprivoisé, dressé à ne pas s’emballer, la distance est telle qu’elle le sent battre plus fort. Elle tient la baguette de Konstantin tout en priant pour ne pas avoir à se révéler à eux. Ils tournent en rond, cela dure de très longues minutes. Elle se demande pourquoi eux-mêmes n’utilisent aucune magie pour la débusquer. Savent-ils réellement qu’elle est tout proche d’eux ? Ou n’explorent-ils les lieux que par le fait d’un mauvais hasard ?

Parfois, il faut de la chance. Ou juste une intervention extérieure. Au loin, un son qui les attire. Elle a vu une chaussure, le coup est passé près. Pour cette fois. Mais Ivanovna craint qu’ils n’aient pas été assez loin. Elle hésite. Et finalement se lève discrètement pour mieux se rendre compte de la situation...

11 nov. 2025, 16:53
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Scène 6 : Voler pour voler


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...ce qui n’est pas la meilleur manière de passer inaperçue. Il suffit d’un petit rien, un sorcier qui regarde en votre direction. Il en est fini de votre discrétion.

- Là !!!!

Et tous se ruent vers elle. Cette fois, il n’est plus question de se cacher, il faut courir, et le plus vite possible. Elle a une centaine de mètres d’avance au mieux, une lande et quelques arbres la séparent d’une forêt au loin. Il faut tenter même si la lutte paraît inégale. Pour une fois, elle préférerait ne pas porter cette peau d’ours mais il serait trop long de s’en délester. La volonté de leur échapper est grande, elle donne tout ce qu’elle a. Ils sont adultes, pourront vite la rattraper, elle doit trouver une issue, un subterfuge, quelque chose… Elle courre, depuis un certain temps désormais, et les arbres clairsemés il y a peu sont autour d’elle, la moitié du chemin est faite quand, « pop », un bruit sourd interrompt sa course, il est là, devant elle, baguette pointée, prêt à frapper. Jeune, étrangement élégant, l’inverse de ce qu’ont été tous les autres. Mais ses yeux sont porteurs d’une haine qui l’effraie. Un sourire méchant apparaît tandis que derrière les bruits des autres se font plus présents. C’est fini. Le sorcier fait alors une chose surprenante. Il se décide à lancer un sort de destruction. Elle l’esquive on ne saura jamais par quel miracle et la magie frappe un vieil arbre pourrissant. Elle est à terre quand elle comprend que le mastodonte s’est abattu sur ses poursuivants. Alors le temps ne s’écoule plus à la même vitesse pour lui et pour elle. Le sorcier, abasourdi par sa malencontreuse attaque, est pétrifié, un instant suffisant. Ivanovna fuit à l’inverse de sa course précédente, passe vers l’arbre deux fois mort. Et, au milieu d’un cloaque de branches et de chairs écrasées, un balai. Il faut alors s’imaginer ce que la vie vous inflige, construite dans un cocon d’intégrité, de respect absolu de l’ordre des choses. Jamais vous ne serez un malfrat, frapper l’autre au dos n’est même pas imaginable. Et pourtant… La bête en vous s’éveille, votre âge pourrait tout aussi bien être un frein. Certains enfants transgressent quand d’autres sont figés. Treize ans, bientôt quatorze. Rien n’y fait, vous avez en vous cet interdit. Que vous acceptez de renier car sinon c’est la mort. Vous n’avez plus le choix. Prendre le bien d’autrui, c’est presque pire que lui ôter la vie. Ce qui n’est pas vous. Certains ici se complaisent à laisser croire que vous avez tué. C’est absolument faux. Mais vous n’avez pas le pouvoir de les en empêcher. Ils ragotent comme d’autres abattent les arbres ; sans réfléchir aux conséquences. Un homme est mort sous cet arbre, vous ne le savez pas, un autre est mal en point. Quant à celui que vous délestez de l’engin, il compte les moutons, simplement évanoui. L’effort n’est pas énorme, il suffit de dégager le manche d’une main même pas serrée. C’est juste la symbolique qui la détruit. Qu’on lui fasse subir des choses horribles, après tout elle n’a pas choisi. Mais cet acte, prendre le bien d’un autre, quand bien même il est question de sauver sa vie, c’est une chose qui brûle en elle le peu d’enfance qui restait encore. En se retournant afin de savoir ce que le dernier sorcier valide pourrait faire, elle ne le ressent pas. Une âme s’est détachée d’un coup de son corps. Elle s’enfonce sous la terre tandis qu’Ivanovna prend les airs.

Tout cela est invisible, inconscient. Aucun des protagonistes de ce combat ne comprend ce qui arrive. D’ailleurs, ce n’est qu’une escarmouche comme il en existe des dizaines dans le monde sorcier. Celle-là n’a pas l‘importance des luttes historiques dont tant de livres font le récit. Mais dans sa propre vie, c’est un moment crucial. Il faut s’y arrêter.

Ivanovna a grandi dans une famille où la probité, du moins dans la branche maternelle, est une chose non négociable. On ne peut pas faillir. Passent encore les amourettes, ce genre de choses sont constitutives de la montée en âge. Mais des comportements comme celui auquel nous avons affaire est un péché, une faute gravissime. Dans cette situation, c’est la bourse ou la vie. Sauf que son âme constitue la bourse. Alors nous sommes d’accord, elle s’en sort honorablement. Au final, ce n’est qu’un petit vol, qu’elle pourrait transformer en emprunt si la situation le lui permettait. Nous pourrons lui trouver toutes les excuses du monde, elle a dérogé aux principes. Quand au bout de longues minutes seule dans les airs elle commence à reprendre ses esprits, Ivanovna sait qu’elle ne sera plus jamais la même. C’est inquiétant de la savoir à ce point marquée au fer rouge par une éducation aussi stricte. On pourrait presque penser qu’il en est fini de la possibilité d’être heureuse un jour, elle a définitivement perdu le droit au bonheur. Une souillon, à croire qu’elle l’a fait exprès, que les horreurs vécues à Kara n’étaient que les prémices. On tient peut-être là l’origine de son peu d’estime de soi. Ce moment de bascule où vous perdez votre innocence. En ce sens, le mot vertu est encore plus indiqué. Mais il pourrait prendre dans l’esprit des moins avisés un sens charnel qui est ici hors de propos. Elle en est presque malade, de se rendre compte que ce vol lui fait davantage de mal que cette poursuite à mort. Ivanovna n’avait pas d’autre choix, sa mue ne dépend pas d’une pulsion de vie, de celles vous poussant vers l’autre pour des frasques passagères. Aucun plaisir dans le vice, elle ne l’a pas fait par attirance. Non, ce devait être ainsi. Elle découvre que le danger n’est pas extérieur, en tout cas il n’est pas qu’extérieur. L’ouest, l’ouest comme unique obsession désormais sur ce balai qui en vaut bien un autre. Ce n’est ni celui de Mère ni un tromblon de l’école. Il fera l’affaire. A présent, le plus dur se passe de part et d’autre du cerveau. Les oreilles trinquent. Si la peau d’ours est une protection acceptable, elle ne monte pas jusqu’à elles. Elle a perdu sa chapka durant sa course dans la lande. Et cette fois, il ne vaut mieux pas faire demi tour…

Aucun sort lancé depuis qu’elle a quitté Kara, une discrétion presque totale. Et désormais, de bonnes chances de s’en sortir pour peu qu’elle mette la main sur un cache oreilles. Souffrir le martyre est une possibilité mais elle ne l’envisage qu’à moitié. De toutes façons, la route est tracée. Ouest. A l’aller, elle avait repéré certains points de passage. Et avait volé en évitant la péninsule scandinave. Là, Ivanovna se dit qu’il est préférable d’aller au plus court. Et puis, sortie de Russie, les choses seront plus simples. Sans magie, la vie est très dure, elle n’en fait que la découverte. Même en prison, certaines situations s’arrangeaient dès que la baguette de Konstantin était dans sa main. Là… Il est difficile de se concentrer sur l’instant. Tout en elle est dégoût. Elle est sale, fatiguée, humiliée par des mois de sévices, de détention, d’horreurs qui en ont fait un être définitivement différent. Personne ne sait en quoi en l’état, pas même moi je vous l'avoue.


La grande Histoire, moldue comme sorcière, est marquée par des périodes, des faits, des personnages donnant lieu à controverse. A chacun sa thèse… Ce qui parfois laisse apparaître des déroulements divergeant selon les récits. Il n’est pas question ici de vérité alternative, cette dernière n’est qu’un mensonge déguisé derrière les belles paroles de la propagande. Nous ciblons les faits. Il se dit que l’arbre serait tombé par la magie d’une autre baguette que celle désignée par notre récit. Tout cela n’est que conjectures. Le vol est le seul crime dont elle soit coupable à ce moment de son histoire.

12 nov. 2025, 19:15
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Scène 7 : La faim justifie les moyens

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2045,
en été



Fuir. Mais une fois la destination atteinte, la course s’interrompt-elle vraiment ? Fuir ne se réduit pas à quitter un lieu pour un autre supposément plus sûr.
Ivanovna est chez elle, l’entendez-vous ? Pourtant c’est un fait. Il faut croire que la vie sourit aux audacieux. A moins qu’il existe un protecteur suprême dans le monde magique. Et s’il s’agissait tout simplement de ses talents ? Il serait peut-être temps de lui en reconnaître certains, à commencer par un don extrême pour la survie. Elle ne le sait pas encore mais elle a eu bien plus de chance que sa sœur n’en aura. A moins que certaines mesures n’aient pas encore été mises en place. Ou tolérées… Nul ne saura jamais, du moins faudra-t-il enquêter longuement pour un résultat dérisoire. Car finalement, en quoi cela change-t-il un passé qui ne peut être inversé ?

Elle est donc chez elle. Seule. Deux baguettes mais aucune possibilité de les utiliser. Elle a tenu depuis le début. Et ce fut très dur de subir une vie de moldue. Une chose est avérée, elle sait voler et pourrait même devenir contrebandière, passeuse ou même joueuse de quidditch dans n’importe quelle équipe. Mais elle s’en fiche. Pour elle, c’est un talent comme un autre, qui ne mérite pas qu’on s’y attarde. Marcher sur ses deux jambes, s’embusquer… toutes ces choses lui semblent vaines car il lui manque un élément vital, l’un des besoins primaires de tout être vivant. La nourriture. C’est un problème, depuis des mois même si elle est parvenue à rentrer dans ces conditions. Amaigrie, pas au point d’en être malade mais elle sent bien que cela ne peut plus durer longtemps. Il faut trouver des solutions. Du moins le perçoit-elle de cette manière dans un premier temps. Une façon de s’alimenter par jour, chasser, pêcher, grappiller… sur ce plan, les arbres de la région sont une bonne affaire mais cela ne le sera plus dès l’automne. Elle n’aime pas tous les fruits accessibles mais on apprend à ne pas faire la fine bouche quand on est affamé. Les semaines passent ainsi, allongeant chaque jour un peu plus le trajet qu’elle doit effectuer pour avoir de quoi manger correctement. Puis à peine ce qu’il faut. Enfin, elle affronte seule la réalité sévère. Elle n’y arrivera pas. Pas ainsi. Le lynx a été sevré trop tôt, il ne sait pas tout faire, a besoin d’un encadrement. Elle ne voit qu’une issue. Et c’est une école, une prison de plus. A cette époque de sa vie, la seule pensée de devoir y retourner lui renverse l’estomac. Il lui semble inconcevable que son propre cerveau lui offre cette idée comme une… possibilité. Et ce d’autant plus qu’elle a beau chercher une alternative, elle n’en voit aucune.

Nous n’évoquerons pas les étapes administratives ayant donné lieu à son retour. Les choses ont été ce qu’elles sont été, Ivanovna sait aujourd’hui ce qu’elle doit et à qui elle le doit. Il n’est pas question de honte pour elle. Elle est partie, elle est revenue, de toutes les manières sa vie est brisée, en tout cas c’est ainsi qu’elle le ressent en 2045. En fait, elle avance jour après jour dans une sorte de quotidien dont le but est d’alimenter ce corps. C’est durant cette période qu’elle affermit sa vision d’elle-même comme étant un animal d’une extrême discrétion. Et nous devons ici nous accorder sur un point. Toutes les mains qui écrivent, qu’elles tiennent un stylo, une plume ou qu’elles s’agitent sur un clavier ont toujours plus cette maladie de l’emphase. Sans doute moi-même en suis une illustration malgré mes efforts. Mais dans le cas d’Ivanovna, c’est très exactement de cela qu’il est question. Tous les efforts à venir pour survivre socialement à une année d’examen au sein d’un univers qu’elle estime très hostile, c’est une extrémité à laquelle son évasion ne l’avait pas préparée. Il est curieux de se confronter à la vie. C’est toujours demain qui nous semble le plus compliqué. Le sort pourrait même être qualifié de pitoyable, dérisoire… Elle va aller à l’école dans le seul but d’être au chaud, nourrie, soignée au besoin. Si une institution comme Poudlard ne remplit pas ce genre de mission, alors elle peut disparaître. Aux yeux de bien des adultes, ce genre de cas fait la noblesse des murs. Aux yeux de l’enfant qu’elle croît encore être, il en va tout autrement. Mais il le faut. Tenir jusque-là, trouver des moyens de résister, penser long terme. On pourrait croire que tout ceci lui est impossible, que ce sont là des aptitudes qu’aucun enfant ne peut développer. C’est avoir une bien piètre opinion de leurs possibilités réelles. Certains s’extasient en voyant des petits grimper très haut dans les arbres. Un enfant a sa propre conscience du danger, de ses possibilités, de sa finitude. Il faut lui faire confiance. Il en est un qui a su donner en peu de mots bien des choses alors il lui suffit de tenir ce cap, Ivanovna doit accepter ce compromis. Il ne constitue en rien une compromission. C’est en quelque sorte le prix à payer, son salaire, ou une dette. La contribution d’une sorcière au bien commun qu’est le monde magique. Elle ne sait pas à ce moment-là tout ce qu’elle pourra apporter à autrui. C’est bien en cela que son histoire est édifiante, bien davantage que celle de Circéia.

Ainsi donc, il n’est pas ici question de longs mois d’errance dans des terres perdues, à courir pour échapper à des hordes sauvages d’hommes, ou d’animaux, choisissez… C’est bien plus terre à terre, la vie dans sa simplicité la plus crue. Pouvoir se nourrir, vivre décemment. Et puis surtout, ce qu’elle néglige totalement, apprendre. On doit reconnaître que sa vie est belle finalement car d’un malheur naît cette chance extraordinaire d’accéder au pouvoir grâce à la connaissance. Il lui faudra de nombreuses années avant de s’en rendre compte, les pièges de la vie, les obstacles se dresseront devant elle, qui obstrueront sa vue. Ivanovna poursuivra sa route chaotique car ainsi est tissé le fil de son existence. Mais il nous faut d’ici là bien intégrer les raisons de son retour, ce qui pour elle constitue une humiliation, même pas envers sa famille, son rang. Non, il est question de ses choix qu’elle est obligée de remettre en cause. Et cela, personne ne peut le comprendre. Pas plus que quiconque aurait pu expliquer raisonnablement sa décision de partir. Et si c’était sa sœur qu’elle avait fui en allant en Sibérie ? Et si, par un maléfique équilibre des forces cosmiques, ce n’était pas le futur de sa sœur qui était en train de s’écrire entre ses mains décidées à retourner dans la tour Ouest ? « Il ne peut y en avoir qu’une... »

Je n’ose y croire. Et vous avoue ma perplexité face à ce destin familial. Je n’éprouve aucun plaisir à lui faire vivre ces horreurs. D’une certaine manière, j’en esquive beaucoup. Et bien pire aurait pu être son sort si l’on y réfléchit. De cette période seule à Wick elle retiendra la misère qu’est la vie sans magie, non pas celle d’une fugitive mais celle d’une moldue. La vie est encore plus rude quand vous avez conscience de votre petitesse.




Affamés,
sur un sol dénudé

18 nov. 2025, 19:30
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Scène 8 : Réminiscence


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Aujourd’hui,
mais la datation demeure impossible en l’état.
...et rentrée scolaire 2045



Dans ce lieu impersonnel où elle attend toujours que son destin soit définitivement décidé, Ivanovna se souvient. Occuper son esprit en attendant demain. C’est une possibilité, assez élégante dans ces circonstances même si au temps de Kara elle pratiqua la chose de manière intensive pour occuper des journées interminables.

Alors elle tente de se divertir et sa nouvelle idée est de revivre son voyage depuis Londres, un voyage en direction de Poudlard qui prend en ce jour de 2045 un tour nouveau. Il lui faut supporter une foule à laquelle elle n’est plus habituée. Parmi les élèves, combien se souviendront d’elle ? Les plus petits seront aveugles mais les autres, ses condisciples… Ivanovna s’est habillée de manière à faire croire à un gros rhume. Emmitouflée dans une écharpe Serdaigle, elle s’est installée en tête de train le plus tôt possible, marchant sur la quai comme s’il fallait attraper le dernier train. Puis un gros livre, son livre fétiche, fait de morale et de bons sentiments derrière les fourberies de l’histoire qu’il raconte. On ne dérange pas une personne qui lit. Voilà un stratagème pratique. Et qui s’avère efficace, en première intention.
L’attente est interminable mais dès que le train se met en marche les choses vont mieux. Elle n’a pas regardé les autres occupants du compartiment mais elle sait à peu près à qui elle peut avoir affaire. Trois nouveaux, entre panique et fébrilité contenue. Et un ancien dont l’état laisse à penser qu’il est en digestion d’un abus de bièreaubeurre. Tranquillité annoncée, au moins pour un temps. Elle lit mais son esprit est ailleurs. Konstantin lui a appris une foule de choses durant ces mois de captivité. Si la première était de s’occuper l’esprit afin qu’il tourne de manière constructive, il en était d’autres. Pourquoi ne pas en établir une liste ? Comme un bréviaire, un guide comportemental à garder pour soi, une référence en toutes circonstances ?

Une chose a été inversée en elle durant cette période orientale. Elle qui avait une tendance naturelle à la gouaille, au verbe facile, a éteint presque complètement cet instinct. Les coups y ont bien sûr fortement contribué au début. Chaque insolence était durement réprimée mais ensuite… son chemin d’évasion est passé par la nécessité de la discrétion. « Observe, en silence ». Voilà bien ce qui serait d’après elle le premier canon. Et c’est ce qu’elle met en œuvre en ces instants, faire semblant de lire tout en observant, cherchant les meilleures options en cas de tentative extérieure de contact social. Réprimer sans froisser, refroidir les ardeurs sans la morsure de la glace. Elle tient là un autre canon, ne pas s’attirer les foudres, ce que Konstantin nommait « l’action diplomatique ». Si l’on doit bousculer, il faut le faire de manière à ne pas renverser la table. Provoquer une réaction excessive d’autrui n’est jamais le but. C’est un équilibre. Une action par acteur potentiel, dans la vie comme dans ce compartiment, première mise en pratique possible. Mais elle en a retenu que le silence est encore la meilleure des options dans la majorité des cas. Parler, c’est engager une conversation et l’on ne sait jamais où l’on peut nous emmener. C’est un paradoxe en soi car Konstantin adorait converser avec elle, il y prenait un plaisir manifeste. Sauf que leurs bavardages débordaient largement de ce cadre mondain. L’adolescente sentait qu’il avait un but avec elle, lointain, fascinant. Il n’était ni un père ni un professeur. Laissant les histoires de Starets de côté, elle se questionne une fois encore sur le passé de cet homme. Où était-il né ? Quel âge avait-il au jour de sa mort ? Cette question la taraude, plus que les autres. Il est toujours difficile de le dire concernant un membre de la communauté sorcière. Les artéfacts, artifices ou simplement les particularités propres à celle-ci brouillent les pistes. Et dans le cas de son mentor… au moins une dizaine d’années de détention, sans doute plus mais combien ? Reste une question à laquelle elle ne peut vraiment pas répondre. A quel âge devient-on vieux ? Car vieux il l’était. Sage aussi derrière ses comportements grotesques par moments. Ou incongrus. « Faire sauter l’écorce ». Lui s’y entendait. Sans doute aussi à masquer sa réalité. Ivanovna n’a jamais posé de questions dérangeantes à son bienfaiteur. Il était là, lui procurait des bases magiques et bien plus encore. Konstantin fut un monde à lui seul.

Elle a appris la constance, l’indifférence à la douleur, une abnégation aussi. A bien y regarder, mais il n’est pas sûr, même aujourd’hui, qu’elle puisse le comprendre, elle n’a pas eu d’adolescence. Partir en Russie fut sa seule décision classable dans cette catégorie. Tout le reste ne fut qu’un premier âge adulte. Dont elle n’est pas sortie actuellement il faut bien le dire. Oh, ne vous méprenez pas, elle vivra un contrecoup, on peut même dire que le moment venu, elle sera assez incontrôlable pour qui ne saurait s’y prendre. Mais ce temps pourrait advenir tard dans sa vie de femme. C’est bien de cela dont il est question ici, elle ne le sait pas mais c’est une bébé adulte qui est montée dans ce train. Et ce depuis qu’elle a quitté Kara. Il est compliqué de peindre avec précision l’enchaînement des chaos de sa vie. On s’y perd vite mais si nous voulons donner du sens à tout cela, il est encore préférable de la percevoir ainsi. Ivanovna pense comme une adulte, est sage avant l’heure. Par le truchement d’une métempycose déréglée, une nouvelle âme habite ce corps, la même mais différente. Métamorphose constituerait un mot plus indiqué à première vue. Mais trop banal car une mort est intervenue, d’une certaine manière. Dans ce compartiment, elle ne redoute que la gêne, la honte d’elle-même, cette nécessité à assumer tôt ou tard ce qu’elle a fait. Mais entre l’afficher au vu et au su de tous et le taire pour s’imaginer ne pas avoir à y faire face, elle préfère la stratégie Konstantin.
« Apprendre », « toujours avoir un temps d’avance », « Ne rien regretter »… Il en est tant d’autres mais elle se refuse à appliquer l’un des canons qu’il a pourtant tout fait pour lui imposer : «ne te retourne pas, oublie-moi à jamais ». Si elle en accepte sans broncher la première partie, elle ne peut se résoudre à suivre la deuxième. Il est celui qui l’a tenue en vie, celui qui lui a fait croire en la possibilité d’un demain. Accepter de l’oublier serait pour elle une trahison. Et ce mot n’existe pas chez les Gunnray.

Le train secoue, elle ne peut pas systématiquement donner l’impression qu’elle lit. Aussi regarde-t-elle par moments cette campagne qu’ils traversent sans vraiment l’admirer. Finis les territoires infinis de la toundra, même les landes écossaises paraissent luxuriantes en comparaison… Alors la campagne anglaise... Ils ne sont plus loin des borders, bientôt à nouveau chez elle. Mais ce qui peut être vu comme un voyage retour n’est pas accompagné d’un sentiment positif. Le cafard gagne la partie. Dès que le souvenir de Konstantin l’abandonne, elle se laisse aller. Oui, le grand saut disait-il. Mais sans lui désormais.

19 nov. 2025, 15:06
 Id.  Parénèse pour une orpheline  Solo++ 
RAPPEL
TRIGGER WARNING : Violence, physique, psychologique ; Douleur, mort. L’intégralité de ce RP est susceptible de vous confronter à cela.

Les mots qui suivent ne sont pas édulcorés. Juste une version douce, que je conseille à tous ceux ayant un peu d’estime pour le personnage. Lire ce qui vient par complaisance n’a pas de sens. De même qu’écrire la vérité que j’imagine n’en aurait eu aucun. J’ai promis à une amie chère, je tiens ma promesse. A mon sens, ce qui suit n’est pas léger, ce qui suit n’est pas exagéré. Je veux à chaque fois montrer qu’il y a un demain. Il m’est arrivé, depuis 2018, de traiter de choses du quotidien qui me touchent, le harcèlement, le patriarcat, le sexisme, l’injustice (souvent). Je n’essaye pas de rendre beau ce qui ne l’est pas. Choquer pour le plaisir n’en est pas un chez moi.
Voici ce qu’elle est en 2045. Mais en 2050, elle est bien autre chose, heureuse et malheureuse, comme si de rien n’était. Alors, toi qui lis ces mots, souviens-toi que ce n’est qu’un chapitre de son histoire. Lis les autres, cela me fera plaisir. A elle sans doute aussi.



Scène 9 : Le silence


Image

J'aurais aimé que tu me regardes 
telle que je suis.

Mais tu ne vois de moi
que les scories
d'hier.

C'était avant la nuit.



Au premier soir à Poudlard,
rentrée 2045
Quinze ans.



Des escaliers, un repas, une cérémonie immuable et puis...l’ascension, une porte… et finalement un lit.

Alors qu’elle pourrait se croire définitivement tirée d’affaire, Ivanovna angoisse. Dormir dans un lieu peuplé d’autres créatures, qui respirent et font des bruits plus ou moins naturels, elle en a oublié les effets. Habituée à s’endormir seule, sans la moindre peur, rend la situation paradoxale. Elle entame une nuit de rumination intense.

C’est pourtant la fin d’un cauchemar, tous le verraient ainsi et d’ailleurs, elle-même ne comprend pas ces maux qui l’assaillent. Ils portent un nom, simple. Le traumatisme. C’est le premier jour depuis son évasion que son esprit s’autorise un répit. Mais cela n’a pas l’air d’être une bonne chose. La honte d’avoir volé n’est rien. C’est bien ce qui s’est passé, bien trop régulièrement, dans les murs de la forteresse de Kara qui lui revient en tête. Elle est allongée sur le dos, les bras joints par les mains, posées dessus les draps. Son oreiller les cache, des regards et surtout du froid qui pourrait la réveiller durant son sommeil. Mais ce dernier ne vient pas.
Les coups ne sont rien, ils créent sur le corps une série de marques qui changent de couleur et disparaissent un jour ou l’autre. Et d’ailleurs, avec le temps, ils ne la frappaient même plus. Sans doute n’était-ce plus assez drôle, ils en avaient fait le tour. Comme du reste et il vaut mieux ne pas aller trop loin dans cette direction. C’est à la fois d’une banalité et d’un sordide qu’aucun mot ne peut traduire. Par instantanés, elle voit des morceaux de ce passé, y repense. Des choses qu’elle n’aura jamais la force de confesser, du moins le sent-elle ainsi. Car il est question de la plus grande des hontes, et même si elle n’y est vraiment pour rien, on pourra toujours lui asséner qu’elle l’a bien cherché en allant en Sibérie. Et c’est vrai, même si un jour elle aura une forme de lucidité lui permettant de comprendre et se pardonner, ne fut-ce qu’un peu. L’enfant en est encore à se maudire sans comprendre tout à fait ce qui lui est arrivé. C’est bien ça le pire, ne pas se rendre compte, juste savoir qu’on a été une proie.

Il faudrait parler, dire. Mais par quels mots ? Et par où commencer ? Non… c’est une chose impossible. Sans doute existe-t-il des gens bien intentionnés dans ces murs mais elle ne les connaît pas. Eux non plus ne la connaissent pas. Et si certains ont un souvenir de ses trois premières années, c’est celui d’une fille insouciante et seulement intéressée par les premiers fricotages. Une idiote. Elle ne peut même pas les en blâmer, c’est très exactement ce qu’elle était. Il est seulement évident qu’elle ne perçoit pas les choses consciemment. Disons qu’elle se rejette. Dans son attitude, une forme de mésestime de soi, un mépris. Elle ne va pas jusqu’à se faire mal pour se punir. C’est bien le plus terrible car alors pourrait-on être alertés et donc agir. Les adultes ne verront rien. Car elle ne laissera rien paraître. C’est son choix, celui de la facilité, ou plutôt celui de la passivité. Ne nous y trompons pas, il n’est pas plus facile, cela ne veut en rien faire croire en une forme d’acceptation. Il germe dans ce corps une détermination qui expliquera bien des choses ensuite. Elle n’est pas née dure au mal, pas plus qu’il serait facile de penser qu’elle a puisé dans ses épreuves la force de devenir plus forte. Aller sur ce chemin serait laisser croire au bénéfice que l’on retire d’une telle agression. C’est faux, totalement erroné. On se passe sans souci des méfaits dont on est victime. A la limite, on pourra lui reprocher une insensibilité à la mort. Au final, elle ne pleure vraiment que son petit frère. Et un jour sa sœur. Mais… même ses parents, elle a envers eux une sorte de fatalisme. Ou juste le sentiment du respect de la nature des choses. C’est seulement intervenu plus tôt dans son cas. Dans tout cela, une dureté, on pourrait la croire indifférente aux autres. Ce serait oublier une évidence ; à qui parler de tout cela ? Ajouter la conviction que s’en ouvrir à une personne de son âge serait assurément la traumatiser. Ivanovna s'y refuse.
Elle ne veut pas plus en parler aux adultes, c’est complètement impossible. Pire qu’un labyrinthe, une impasse totale. C’est le premier silence qui lui est imposé.

Mais il en est un autre, bien plus important, sans doute le fondateur de cette âme dont nous suivons le chemin. Lors de ces nuits terribles à Kara, ils ne l’ont jamais entendue. Une structure vide, désincarnée, comme si elle comprenait que se taire constituait la meilleure réponse à leur violence. Comprenez moi bien, il ne sera jamais question d’en faire une héroïne, celle par qui l’horreur est magnifiée. Le tout dans un déluge littéraire de mauvais goût. Peut-être même les choses ne se sont-elles pas déroulées comme elle en a le souvenir. Plus tard, elle se rendra compte qu’elle croyait avoir tout su de la mort de sa sœur. Et ce jour-là elle comprendra avoir été dupée par sa propre mémoire. C’est de cela qu’il est question. De quoi nous souvenons-nous après ? Quel que soit l’objet de notre questionnement ? Ce soir, elle a le souvenir d’un silence systémique. Et celui-là fait du bruit. Tous ces sons alentour lui rappellent ces heures sombres. Elle voudrait son calme, celui de Wick, ne penser à rien. Oser espérer une nuit de vrai sommeil. Voilà qu’implose la petite fille qui s’est sauvée des griffes de monstres inqualifiables. Epuisée, incapable de voir en le lendemain une possibilité. Que voulez-vous, il faut justifier tout ce que l’on écrit. Que sont deux ans ? Que sont dix ans ? Les morts ont perdu la mémoire. Il ne faudrait pas croire que les vivants la protègent. Pires sont les choses pour eux car ils doivent faire avec, la porter, la chérir pour mieux survivre. Un peu.

Nous cherchons dans hier ce qui pourrait faire sens ; les soutiens, les bonheurs, ces instants où la chance a agi en pilier. Nous taisons les faiblesses, du moins les pires d’entre elles. Mais sans cesse revient l’odeur de mort, rôdant autour de nous. Et nous faisons comme elle, silence. Pour ne pas l’attirer vers nous. La bête prisonnière de l’étau choisit d’être immobile. Car le moindre mouvement amplifie la blessure. Voilà pourquoi elle ne dira rien. Ne pleurera pas. N’avouera jamais les sévices. Elle accepte la mémoire de ces fantômes qui l'ont aidée, elle les chérit même, comme elle chérira d’autres gens, dans un futur lointain. Car Ivanovna sera heureuse un jour, quand le passé se sera tu en elle. Voilà bien la leçon de ce si long périple. Elle a peur dans ce lit, alors que tout va bien. On peut être en danger dans un lieu sans danger. Et peut-être exaltée dans une prison lugubre. Par le simple fait qu’à un moment on prend conscience de soi. Véritablement.