La légende de la dernière des filles Gunnray
Drageonner ou végéter, saison 3 :
Sa vie devenue rêve
Sa vie devenue rêve
Voici l’histoire d’une jeune sorcière que rien ne prédisposait à la réussite. Mais avant tout, laissez-moi me présenter les amis ! Je suis le narrateur, la diseuse, nommez-moi comme bon vous semble mes agneaux. Je suis là pour vous, dans votre imagination, jamais plus. Je vous parle du futur car il m’est impossible de raconter depuis votre époque en prétendant en être. Mes influences ont décidé de m’utiliser, rien que pour le plaisir de vos oreilles. Ma voix est le sirop que vous buvez les nuits de maladie. Elle glisse en vous encore mieux si vous êtes bien portants. Mais peu importe. Ainsi donc, voici l’histoire des merveilleuses aventures d’Ivanovna durant sa vie d’étudiante.
Car il est bien question de cela mes petits. Vous écoutez un conte de fées mais attention, dans ce conte-là, point de croqueurs de brebis. Et vos grands-mères ne risquent rien. Ces récits-là ne font peur qu’aux moldus. Et je ne suis pas payée (payé, arf...), soit dit en passant nettement moins qu’il serait digne de le faire, pour vous bercer dans une enfance faussement sanglante. Je ne vous promets pas non plus d'extraordinaires aventures durant lesquelles Ivanovna sauverait le monde. Car elle n’est pas là pour ça. J’ai un cahier des charges très précis. Il m'incombe de mettre en valeur la joie d’apprendre, le bonheur de comprendre. Attention, cela ne veut pas dire que tout sera facile. Même dans un conte de fées heureux, il faut des contrariétés sinon… je vais vous ennuyer. Et ce serait terrible pour mon conte (en banque). Ah, au fait, ne cherchez pas à imaginer comment je suis habillée, si j’ai des rides ou même si je suis une dame ou un lutin qui parle. Noooon ! Si tu veux, tu peux m’appeler la contesse mais si tu es soucieux d’orthographe, tes yeux ne vont pas aimer. Ah ! Je suis dégenré ? Bon, alors nomme-moi le rat-conteur. Après tout, il se peut que je sois hybride ! Mais assez parlé de moi, si nous commencions… par toi !
Toi qui es venu. Ah non ? Venue ? Mais comment veux-tu que je le sache si tu ne me dis rien ? Je vais peut-être devoir adapter mes histoires à mon public !?! Mais qui est-il ? C’est terrible, la vie me punit, je ne te connais pas. Tout au plus t’imaginé-je comme un chiffre, et vite un nombre ! Ah, on a passé les 100 visiteurs !?! Oui, bon, ça va, on ne dit pas t’imaginé-je, du moins il n’est pas élégant, pas respectueux des règles que de l’écrire ainsi. Mais d’abord je fais ce que je veux, c’est moi qui raconte ! Et puis, si l’on devait brûler toutes les sorcières qui se livrent plus ou moins sciemment à des dérapages linguistiques… moi je dis que l’on devrait d’abord attaquer ceux qui ont de mauvaises paroles…
Là, tu vois, c’est mieux quand tu te laisses porter sans réfléchir à mes manières !
Poursuivons ! Donc on m’a fixé pour ambition d’écrire un conte de fées ! Mais la petite, là, elle a bientôt vingt ans ! Faudrait voir à lui faire vivre une vie de son âge !?! Certes. Alors… que dire… elle est belle, jeune mais assez riche pour ne pas avoir à compter. Mauvais pour elle… Ah, elle est orpheline, plus deux sur l’échelle des causes perdues. Et elle est un coeur à prendre ! Voilà qui est intéressant. Oui, elle devra aimer… mais c’est incompatible avec les études çà ! Arf… Et puis d’abord, que doit-elle étudier ? Pour t’aider dans ce qui sera ta mission (oui, je garde le meilleur pour la fin mais saches que tu vas devoir t’impliquer !), précisons qu’Ivanovna entre à l’institut de Médicomagie et des sciences magiques. Ni les armes ni les arts, rien de passionnant !?! Un peu de respect cher public ! Soigner les gens, c’est important. Et puis d’abord, cessez de m’interrompre, je ne voudrais pas perdre le fil ! Donc… elle entre à l’IMSM, en première année, filière Botanique mais quelque chose me dit qu’elle va bifurquer… anti-poison… qu’est-ce à dire… Ah, un peu de suspense ne fait pas de mal. Nous verrons. Il faut t’attendre, dans tous les cas, à une histoire qui ne sera ni chronologique, ni thématique ! Et sais-tu pourquoi ? Parce que c’est toi qui déterminera, à chaque fois, le sujet. Après tout, dans ces lieux inquiétants les jeux pullulent. Pourquoi ne pas laisser le lecteur choisir son histoire ? (pas tout quand même hein, c’est moi qui commande ici !)
Voilà ce que je te propose : si l’envie te vient de poser à la contesse, au rat-conteur (les dames d’abord) un défi, une histoire qui parle de magie, de plantes et de poisons… une histoire ou une pauvre étudiante doit se battre contre ses professeurs et surtout contre elle-même… si tu as des idées loufoques… ou même si rien ne te vient, juste le plaisir de voir ce que peut rédiger un esprit embué comme le mien, fais-le moi savoir par hibou.
Dans mes spectacles, toujours les enfants remuent, poussent des cris ou rigolent. Ils participent. Tu vois, je m’approche et te tends la main. Ecris-moi, juste un titre, une idée. Je m’occuperai du reste.
Pour te montrer le chemin, je vais te révéler quel sera le premier chapitre : "Ivanovna et l’histoire de la paillasse capricieuse".
Dernière modification par Ivanovna Gunnray le 24 août 2025, 09:34, modifié 1 fois.
La légende de la dernière des filles Gunnray
IVANOVNA ET L’HISTOIRE DE LA PAILLASSE CAPRICIEUSE
Il était une fois Ivanovna en cours de techniques botaniques. Nous avons tous vécu un premier jour, la main du père qui vous lâche en vous encourageant à monter sur le joli tourniquet. Chacun se laisse faire, croyant en l’innocence des lieux. Et il tourne, tourne si vite... vous tombez. Le genou est en sang. Avant même d’avoir pénétré la salle de classe, vous êtes traumatisé. Et votre vie durant ce contact vous colle à la peau comme la première des humiliations à venir. Chers spectateurs, ce que je dois vous raconter est terrible, préparez-vous à affronter un cruel dilemme.
Je te regarde, toi qui souris en coin, ce n’est pas ce jour-là que tu as été marqué au fer rouge ? Mais peu importe. Je toucherai d’ici la fin du conte un moment dont tu choisis de ne pas parler. La contesse aussi a découvert "ben tôt" les mauvais jours mais passons… je suis entre toi et mon récit, ce que je suis n’intervient jamais !
Ainsi la belle Ivanovna est-elle assise pour la première fois devant sa paillasse. Elle n’a choisi ni le rang ni le voisin. Et plus que tout autre elle ne connaît personne. Si tu te souviens bien, elle est éloignée de Poudlard depuis des lustres, même s’il existait des camarades ayant passé les ASPICs en même temps qu’elle, ils ne se connaissaient pas. Et ce n’est pas en deux jours qu’on apprend l’autre. Son colocataire lui est parfaitement inconnu. Cela ne va pas durer mais bien malgré eux… Il est question d’un travail très minutieux sur des plantes exotiques que personne parmi les étudiants ne connaît. Et très vite l’impression d’une confrontation à l’impossible émerge. D’une part les outils supposés les aider sont glissants comme s’ils avaient été huilés au ricin. Ceux qui s’essayent à tenir fermement ce qui ressemble à des scalpels finissent par se taillader les mains. Et si deux ou trois, dont elle, parviennent à trancher la plante, c’est pour se retrouver aspergés d’un liquide verdâtre des plus répugnants ; collant, puant tout en étant assez liquide pour vous inonder. En moins de cinq minutes, la salle entière en est couverte.
Tous autant que vous êtes « pitits layzards », vous pensez que le professeur est premier responsable de la situation. Et vous n’avez pas complètement tort. Puisqu’il n’est pas dans la salle en ces instants.
Avant d’aller plus loin, laissez-moi financer une partie de mon travail : « L’instant pub » !!!
VOUS VOULEZ VOUS ÉVITER LES DÉSAGRÉMENTS D’UNE NUIT DE... CAUCHEMARS ?
VOUS EN AVEZ ASSEZ DE PAYER POUR UN MÉDICOMAGE INCAPABLE DE VOUS GUÉRIR DE VOS PLUS GRANDES PEURS D’ENFANTS ??
ALORS UTILISEZ LE TRIGGER WARNING ET N’ALLEZ PAS PLUS LOIN ! CAR DÉSORMAIS, CE QUI VOUS ATTEND PEUT FAIRE VRAIMENT MAL !
VOUS EN AVEZ ASSEZ DE PAYER POUR UN MÉDICOMAGE INCAPABLE DE VOUS GUÉRIR DE VOS PLUS GRANDES PEURS D’ENFANTS ??
ALORS UTILISEZ LE TRIGGER WARNING ET N’ALLEZ PAS PLUS LOIN ! CAR DÉSORMAIS, CE QUI VOUS ATTEND PEUT FAIRE VRAIMENT MAL !
Bien, ceci étant dit, chers auditeurs accrochés, téméraires ou endormis, il est temps de percer les manigances. Vous êtes prêts ? Votre petit frère n’est pas resté discrètement sous la table du salon pour écouter malgré les interdits ? Poursuivons.
Le professeur a été retenu, détourné de son horaire par un séide. Oui, car au jour d’une machination, il faut être plusieurs et bien organisés. Ce qu’ils sont les bougres. Et tu peux être sûr, sûre, oui bon enfin soyez sûrs que le chef de la bande n’est pas face à l’autorité. Pour ce genre de diplomatie, on envoie le gentil faire en sorte que le sachant s’éloigne du troupeau. Ce qu’il réussit avec une aisance confondante mais vous le savez aussi bien que moi, les coquins le sont du fait de leurs talents… je digresse ? J’aimerais bien perdre quelques kilos mais bon… Si vous voulez, je m’en retourne sur les lieux du crime. Et j’exagère à peine. Durant notre absence, la situation s’est aggravée. Le trigger warning avait sa raison d’être. La substance a pour effet de manger les tissus. Les peaux ne sont pas en danger mais les étudiants comprennent que tout cela n’est pas la norme.
Hé, toi sur le côté, ne me dis pas que la magie ne permet pas cela. Nous sommes dans un conte, tout est possible et plus encore chez les sorciers. Il est bien là le drame. Des quatre coins de la salle débarquent des plus vieux, Ivanovna a le talent d’en reconnaître deux. En rien elle n’a peur, et sa nudité, loin d’être effective, ne sera pas une gêne. Une séance d’intégration… voulant créer des liens. Teu teu teu teu teu ! D’une façon pitoyable… Tu pars ? Mon histoire ne te plairait donc pas ? Mais mon enfant, nous sommes entre grands !?! Ce que je raconte n‘est que la vérité. Cela porte un nom depuis des millénaires. Et vois-tu, c’est maintenant que la chose tourne au vinaigre. Le cauchemar arrive. Il tient en une question, deux petits mots. Que faire ?
Douloureux les amis… nos pensions être dans un innocent soir pour les petits. Rien de bien méchant, Ivanovna est une personne douce, du moins peut-on le penser en la voyant de loin. Mais les rat-conteurs et les contesses adorent vous mettre mal à l’aise. Vous avez compris, il n’y aura pas pour elle d’issue honorable. L’étudiante est prise au piège.
Je ne suis pas du genre à décrire par le menu ce qu’il advint de la paillasse. Et tout autour. J’avoue au mieux avoir trompé la foule avec un titre décalé. N’est-ce pas ce qu’il fallait pour entrer dans le vrai ? Car rien ne nous prépare jamais à ce qui nous surprend. C’est le propre des études supérieures. Il ne faut plus compter sur la tendresse adulte. Bien souvent d’ailleurs ils sont les pires. Malgré tout elle n’est pas Alice. L’incrédulité n’est pas son défaut. Il lui faudra seulement décider entre la rébellion et une diplomatie qui par avance la répugne.
En théorie, même les contes pour adultes se terminent par une leçon, une maxime ; je n’aime pas la morale, je fuis la situation. Je raconte, tu décides.
A ce sujet, si tu veux me mettre à ton tour dans l’embarras, il te suffit de me contraindre à imaginer le prochain épisode. J’attends chaque nuit des propositions nouvelles. Mon adresse :
Mains d’Ivanovna Alekhina
en cliquant sur son nom puis la petite enveloppe.
Tu sais, les fêtes tournent mal parfois, juste le temps d’un souffle ou un peu plus.
La légende de la dernière des filles Gunnray
IVANOVNA ET L’HISTOIRE DES RENARDS DE LA BIBLIOTHÈQUE
Mes grognons ronchons, si vous saviez combien je suis triste si longtemps loin de vous. Ahhh mon public, je vous aime. Allez, installez-vous confortablement, j’ai demandé aux gens de PFR de m’installer de nouveaux sièges dans les salons de lecture virtuels dont nous disposons. Ah ben que voulez-vous, c’est ça les vedettes, nous avons droit à certains privilèges. Et encore, je ne suis pas la star faisant les demandes les plus excentriques pour participer au festival… Et oui, je dois bien l’avouer, je connais l’envers du décor, les travailleurs de l’ombre, vous les appelez les techniciens, intermittents du spectacle… intermittent de la fortune le plus souvent mais bon, maintenant que je vous ai fait oublier les soucis de fondement usé qui sont les vôtres, nous pouvons commencer…
Fermez les yeux, concentrez-vous sur votre respiration, votre coeur… sentez-le battre. Ecoutez-le. Eh bien voyez-vous… voici l’histoire d’Ivanovna et les renards de la bibliothèque. Une histoire qui commence dans un silence de cathédrale. Mais comme parmi vous je ne vois que des païens, je dois m’en remettre à ce que vous connaissez ; le même silence que celui qui régnait dans le bureau de ce professeur vouas ayant convoqué pour votre première punition à Poudlard. Rappelez-vous. Il vous y avait laissé croupir, partout autour de vous des choses inquiétantes, animaux empaillés, bonbonnes pleines d’entités monstrueuses en forme d’yeux braqués sur vous… Et cet unique bruissement de plume sur son parchemin. Je parle tout bas, vous m’entendez à peine désormais... Je sais, vous n’avez plus vingt ans, moi non plus d’ailleurs et depuis longtemps mais là, je ferai exprès de ne pas vous dire que j’ai… (un étrange claquement intervient dans vos oreilles, vous n’avez pas entendu ce passage) ans… et qui s’en soucie ? Nous ne sommes présents que pour elle. Regardez, elle est assise, comme tous les jours, près de la fenêtre. Non pour rêver, si vous le pensez, vous la connaissez bien peu. C’est une bûcheuse, sous-section sacrée bûcheuse, groupe « sacrée bûcheuse jamais sûre d’elle-même ». Dans ces conditions, et bien qu’elle n’aime pas les études au point de s’en rendre malade d’inconscience, elle travaille. Pas besoin de lui dire deux fois. Je ne vais pas trop en faire sur le sujet afin de préserver mon héroïne de votre désamour. Oui, je le sais, tous autant que vous êtes enviez ces bourreaux de travail mais en même temps, si vous leur jalousez leur énergie, ils sont agaçants, je suis obli… arf, le genre, il me faut une autre formule...je me dois de minorer ce trait de caractère. Que voulez-vous, il faut bien qu’on vive nous, les artistes. Après tout, c’est facile pour elle, qui nous impose ses choix. Mais nous, on n’en a aucun. Prisonniers de sa volonté.
Mais je dois dire qu’elle a une préoccupation qui va beaucoup compter dans la suite de notre fabulette du jour. Ofydd Glynn, « Potions et élixirs, compositions et recettes au cours du temps ». Voilà ce qu’elle parcourt au moment où commence le vrai récit… car voyez-vous, dans sa vie, une inflexion vient de s’opérer. Par le fait, et la production m’ayant interdit d’en dire plus, je m’y tiens, elle doit tout apprendre au plus vite de ce qui se lit dans l’Institut de médicomagie et des sciences magiques en matière de potions. Elle fait les choses dans l’ordre. Avant de creuser sa véritable interrogation, elle se teste sur les potions. Arf… qu’il est irritant de ne pas avoir le droit d’en dire plus… J’en mettrais tous mes underwears au feu mes mignons… mais ce serait du gâchis… Ivanovna lit. Prend des notes, revient en arrière par moments…puis avance… C’est du sérieux, plus encore qu’habituellement. En un mot, elle ne voit rien alentour. Dans cette situation, elle apparaît dans la splendeur de toute créature aussi pure que la source. Terriblement irrésistible, encore plus aux yeux des dilettantes qui ne voient dans les études qu’un passe-temps accessoire. Eh oui mes petits, ce genre de sorciers existe. Et malheureusement pour les zoms, c’est souvent sur eux que ça tombe.
Instant respiration : relisez la dernière phrase...FATALITAS !!!
Et comme ce qui est différent exerce sur quiconque une attraction mortelle, il faut bien qu’un renard des surfaces s’entiche de notre moineau. Et comme si un malheur ne suffisait pas, depuis plusieurs semaines il tente de se faire remarquer. Et comme... non promis, j'arrête avec les figures de style surrannées... Ses efforts en feraient presque un étudiant sérieux à terme. Mais les notes qu’ils prend sont factices. Il dessine tout au plus. Avec une réelle constance d’ailleurs car je ne sais pas si vous imaginez la torture que constitue pour un ramier, appelons les choses par leur nom, la mise en scène crédible d’une vie d’étudiant. On pourrait presque croire qu’il est motivé par autre chose que la gaudriole. Oui, nous tenons là un champion aux motivations totalement étrangères à notre agneau. Si elle savait l’effet qu’elle lui fait, la pauvre en serait désolée…. Et impitoyable. Mais non, elle ne se rend compte de rien. Ils sont attendrissants, chacun à leur manière. M’est avis que nous les reverrons. D’abord, j’ai pris plaisir à les mettre en scène. Deux canaris, silencieux. L’un par résolution, l’autre par… résolution aussi. Mais voyez-vous, personne ne met vraiment les mêmes choses derrière les mots. Les imbéciles finissent toujours par en faire état. Notre renard n’y tient plus. Cela fait une bonne semaine qu’il rôde, le bas du ventre vide à en crier famine. Lui ne sait pas faire la différence entre l’apprentissage studieux et la passion de comprendre. Profitant d’un moment de la journée où quelques étudiants se mettent en mouvement, il ose s’approcher d’elle, poser son sac en terrain conquis, première erreur. Pourtant il agit avec délicatesse mais c’est excessif, ô combien maladroit. Sans doute est-elle au milieu d’un raisonnement des plus importants. Il l’importune mais ne s’en rend pas compte. En outre, il a les yeux rivés sur cette poitrine qu’elle trouve exagérée. Quand il lui parle doucement, ce ne sont pas ses yeux qu’il regarde. Aussi, au moment d’enfin les voir, il lit en eux une réponse en forme de défaite cinglante. Car on ne dérange pas Ivanovna quand elle travaille.
Cher toi, il te faut savoir que j’ai hésité moultement quant à la forme de la réponse Alekhina. Allait-elle l’humilier ? Après tout, il l’aurait mérité. Ou juste lui rappeler les convenances en ces lieux ? Non, à ses yeux, ça n’en valait pas la peine. Pire même, je crois qu’à cet instant, précis, elle était à ce point absorbée, il aurait tout aussi bien pu mourir sur place, elle n’en aurait pas eu connaissance. Pauvre renard, la queue basse, le ventre vide. Qu’il est loin le temps où les oies blanches se laissaient prendre au jeu.
Tu m’étonnes...
La légende de la dernière des filles Gunnray
IVANOVNA ET L’HISTOIRE DE SES DOULEURS RÉCURRENTES
Aïe ! Il fallait bien en passer par là un jour. Chers amis, sachez qu’il est de bon ton aujourd’hui de me lire et non de m’écouter. Oui, je sais, dans tous les cas vous me lisez. Mais ordinairement, on imagine qu’on est à la médiathèque (moi j’aurais préféré biblio mais la production veut qu’on fasse genre…) Médiathèque disais-je. Donc mes loulous, vous êtes assis à mes pieds, redoutant déjà la suite de l’histoire du jour. Or vous ne me comprenez pas, ma bouche est enflammée, je barlcommzatugomprend ? Donc me lire est conseillé ! Sinon vous n’aurez jamais peur du loup... Laissez-moi vous dire à ce sujet qu’il n’est pas si dangereux que ça, dans les contes je veux dire. Après tout, aucun d’entre vous n’est une grand-mère et je ne vois pas ici de chaperon bête au point de le suivre. Quoi ? J’ai une mauvaise vue ? Naahhhhh, je fais le choix de croire en vous messeigneurs. La contesse est la seule d’ailleurs, ma partie rat-conteur refuse de s’engager sur le terrain de la confiance. Elle, il...on s’y perd... prétend que la partie masculine de l’auditoire n’a qu’une envie, faire l’andouille. Ce qui d’après son expérience est le "stade un" vers la casserole au loup. Il a raison. Sur la deuxième partie du raisonnement. Mais moi, je crois en votre jugement. Nous formons donc lui et moi un vieux couple ; la mère aimante, le père suspicieux. Good cop, bad guy...enfin bref, toujours par deux ils vont… reprenons.
Ou plutôt commençons par l’origine du mal, je veux dire, pourquoi le sujet du jour… Il se trouve que, flemmards que vous êtes, je n’ai toujours pas eu la moindre proposition d’idée. Tant pis pour vous, comme je suis intarissable sur la légendaire situation de notre héroïne, ce n’est pas un problème. J’ai même décidé de vous faire participer à la partie backstage de mon travail. Raymond, veux-tu ranger les fly caisses s’il te plaît ? On va se prendre les pieds dans le tapis, là…. Arf, que voulez-vous, la scène, vaste grenier à peine rangé durant la représentation…
Hier soir donc, (on va y arriver) sur ma scène intime, j’étais en souffrance maximale.
Deux choses dans la vie provoquent en moi d’ insupportables douleurs, les oreilles et les dents. Si j’exclue le temps d’attente entre deux vacances d’été mais bon, souffrance hors concours. Donc, j’ai dû composer avec le réveil intempestif d’une dent éreintée par la vie, qu’il a fallu enterrer en bonne et due forme. Là est un paradoxe, depuis quand enterre-t-on quelque chose que l’on retire… ? Bref… Aïe, réveil douloureux.
Et entre deux cachets aux effets discutables (mieux vaut un bon Protego qu’un ********* ; NDLR, l’entreprise ayant prévu sa participation commerciale au conte de ce jour n’a pas versé sa contribution, j’ai donc censuré son nom ; un gallion est un gallion, surtout quand je suis de mauvaise humeur !)….
Plus vite, plus vite… oui d’ailleurs mon professeur de français signalait souvent mon abus des parenthèses, en voilà une de plus Monsieur l’autoritaire ! Bon... quand on aura fini de ralentir la narration, on pourra avancer… non mais c’est vrai à la fin, je devais passer à la description de toutes ces sensations désagréables, ça vous lance, ça… quoi, on est en retard ? Bon, je passe, vous y perdez une douleur sournoisement décrite et moi un passage noir de ma nuit qu’il vaut mieux ne pas évoquer intégralement…
Faisons simple ; je me suis dit, t’as mal, Ivanovna aussi, sauf qu’elle c’est une héroïne, il faut chroniquer un truc pénible, inévitable, une sorte de… malédiction. Mais pas le péché s’étant abattu sur toute une lignée, dans ces cas-là on en prend pour treize générations… non je parle de quelque chose que la moitié de la terre connaît… Douze fois par an. Ah, ça y est, vous avez l’idée !?! Bon, parce qu’un mal de dents, on peut toujours se dire qu’on en sortira. Mais la malédiction du dimanche soir… revient une fois par semaine. Aussi récurrente que les factures…
Il n’aura échappé à personne ici qu’Ivanovna est une femme. Plutôt attendrissante, sympathique, nous dirons qu’elle a tout pour devenir un banger ! Quoi ? Vous en avez assez de mes anglicismes ? OK, good, je me plie à vos désirs cher public… Ivanovna est la parfaite héroïne de roman triste, romantique au sens du XIXème… Mais elle a son talon d’Achille, et comme elle est une héroïne du quotidien, elle partage cette nature avec vous toutes. Bon, ce n’est finalement ni drôle ni extraordinaire, quand le conte commence-t-il, chère contesse ? Patience, il arrive. Je relis mon texte, savoir s’il est rythmé, drôle, immersif...enfin vous voyez, mes chevilles se portent mieux que mes dents…
Je n’ai pas envie de décrire par le menu la douleur. Car vois-tu, c’est une question de contexte. Être clouée au lit un dimanche n’est finalement pas bien grave. Mais si tu dois passer un examen, oral, écrit et que tu sens ton corps se plier en deux... en l’absence de tout remède efficace… Et ! Si par malheur tu en parles, il se trouve toujours un professeur, un « camarade » pour te renvoyer à la condition humaine faisant de nous des êtres inégaux. Au bout du conte, je ne pointe même pas du doigt leur bêtise, celle de l’impitoyable, celle de l’idiot... Ce qui me pousse à tenter de raconter une pertinence, c’est l’espoir que tu comprennes combien cela est dans le temps d'une vie une torture en bonne est due forme. Les grincheux me diront : « contesse, se voir privée de son dimanche est aussi une injustice ! ». Bon, certes, on ne satisfera jamais tout le monde. Moi, je cible les études, son travail, ces monstres lui pourrissant l’existence, qu’ils soient dragueurs, bizuteurs… que ce soit des fantômes en elle ou de réels dangers, mon coeur de cible, c’est l’empêcheur de vivre en paix son IMSM. Ce qui est étrange dans son histoire, c’est que du temps de Kara, dont il faudra un jour que je clarifie de quoi il est question… simplifions… quand elle était en captivité, la récurrence ne s’était pas encore manifestée, comme si son corps, pourtant à l’âge des grands déclenchements, avait refusé la mise en route. Ces spécificités féminines ne sont apparues en elle qu’en cinquième année, celle de son retour à Poudlard, l’année des BUSEs, mauvaise pioche.... Bref… tu comprends combien elle a des a priori contre tout ce qui constitue les études. Moi, je te le dis, cette petite a du mérite. Pas plus que les autres c’est vrai. C’est bien pour cela que cette légende est aussi la tienne. Que tu sois homme ou femme. Car mon garçon, il est des jours inabordables. Ainsi va la vie. Ces jours-là, tu peux toujours apprendre quelques sortilèges ménagers, ça peut t’aider…
Le plus insupportable pour moi, rat-conteur et contesse, c’est que je ne peux rien faire pour elle. Ce genre de choses ne peut se partager. Il est dérisoire d’avoir hurlé sur les réseaux sociaux internes que je sortais de chez le dentiste : tout le monde s’en fout. Oui, tu vois, c’est injuste, mon héroïne a droit à ta compassion. Mais pas son porte voix. Je ne vous en veux pas mes loulous, je comprends tout à fait. Et vous savez quoi ? Avoir cherché à aligner les mots m’a un instant fait oublier ma condition inhumaine. Et si j’ai pu, le temps d’une courte pause, débusquer la part triviale de sa légende ; cela valait la peine. Maintenant tout le monde sait en quoi elle est une héroïne.
De tout cela jamais elle ne se plaindra.
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0 gallion, juste une idée de conte futur"
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La légende de la dernière des filles Gunnray
IVANOVNA ET L'HISTOIRE DU MOUSTIQUE IMMORTEL
Ouh la la la la !!! On ne peut pas commencer la représentation mes agneaux ! C’est blindé de sales bêtes ! J’avais pourtant prévenu les autorités, recrudescence moustiquante ! Quel enfer. Mais vous devez le savoir aussi bien que moi, les gens importants n’écoutent jamais la plèbe. C’est ainsi. Remarquez, le plus drôle est qu’ils sont moins habitués que nous autres à se faire dévorer. Et leur cuir est bien moins tanné. Enfin bref. Voici l’histoire d’Ivanovna et le moustique immortel. Je ne vais pas vous la faire facile, cette histoire ne manque pas de piquant mais bon...comment ça j’l’ai dit quand même ? Ah ben oui, je suis une contesse facile. Un rat-conteur paresseux si vous préférez.
Pourtant, il est très surprenant de croiser de tels animaux à la fin décembre dans nos chères îles britanniques. Même au sud, lieu de résidence de l’institut de Médicomagie et des Sciences Magiques… (c’est long à dire vous ne trouvez pas ? Moi si, ce genre d’acronymes me fatigue, AESD, IDSM, cacaboudin...et encore, dans ma vraie vie, c’est pire, il ne se passe pas une journée sans croiser une contraction prétentieusement latine, c’est aussi pénible que les noms scientifiques des os…). Or donc, il advint que la contesse… non, je m’arrête là, mon cachet va y passer pour fait de plagiat ! La contesse ne dira rien de sa vie, elle a déjà assez de choses à dire sur cette pauvre Ivanovna qui ne peut dormir à cause du système de suspension d’une méchante bestiole lui tournoyant autour depuis … trop longtemps. Elle a d’abord fermé les oreilles. Mais pas assez. Le moustique, enfin disons dame Moustique puisqu’il paraît que le fléau est uniquement féminin… s’évertue à se faire entendre malgré tout. Ah vous rigolez ?!! Vous êtes bien les seuls. Parce que vous croyez qu’un protego suffit à les éloigner ? Vous ne connaissez pas bien le monde étudiant. Dans certaines circonstances, l’impétrant (ok, un mot ampoulé mais après tout, un synonyme comme un autre) ou devrais-je dire le futur impétrant, perd tous ses moyens. On appelle ça le stress. Et quand donc un étudiant est-il en phase aiguë de stress ? Ahhh, félicitations, aujourd’hui je sens que mon public est alerte : oui, la veille d’un examen.
En cette fin décembre, la première salve s’annonce pour elle. Ils sont loin ses succès aux ASPICs, elle en a oublié le sens, la symbolique. Et puis, si l’on fait abstraction de certaines préoccupations périphériques qui lui rongent l’esprit (sisi mais cela fera l’objet d’une autre histoire, un jour, peut-être, si vous êtes sages et que mon employeur accepte l’augmentation que j’estime mériter), si donc on oublie ce qui devient en son for intérieur une légère obsession, elle craint ne pas avoir travaillé autant que nécessaire. Vous le savez aussi bien que moi, elle se trompe. Ivanovna lit beaucoup, fait ce qu’il faut bien qu’un peu trop individuellement si vous voulez mon avis. Ses camarades de promotion se méfient d’elle, une sorte de syndrome de l’imposteur, inimitié réciproque. Mais tout cela est secondaire. Et on ne construit pas des liens affectifs en une saison. En tout cas, elle peine. Et angoisse. Et ce pauvre moustique qui tourne et tourne. Et la retourne dans une danse frénétique. Dans sa nuit sans sommeil, votre héroïne préférée est désemparée, déboussolée, vide d’intelligence. Je…. Nous... vous avez tous connu cela, et avez tous en tête une solution pour elle. C’est agaçant n’est-ce pas de voir son héros patauger quand nous, nous sommes condamnés à en lire plus pour enfin le voir s’en sortir. Et souvent d’une manière inattendue, voire pour le moins incongrue…
C’est un peu ce qui lui arrive. Elle finit par balancer un sortilège du bouclier du genre de la mort qui tue deux fois. Ouille ! Même les murs en tremblent. Sauf que… une fois l’illusion du grésillement entendu, une fois l’odeur soit disant perçue...elle croit pouvoir enfin dormir. Mais non. Les bruits reprennent. C’est l’enfer. Que voulez-vous, le mal ne tient pas dans un seul et ridicule diptère. Et même à plusieurs, ils ne font pas le poids. Ce moustique-là est en elle. Le bruit de son coeur qui bat, de son corps qui vit, trop à l’écoute d’elle-même, impatiemment vivante Notre fée en veut trop, que voulez-vous, elle est humaine. Tous autant que nous sommes, nous les sorciers, nous demeurons humains. Et la vie nous le rappelle à chaque jour que Merlin fait.
Ainsi est-elle en train de s’imaginer toute une sorte de monstres du quotidien la contrariant. Oui, Ivanonva, toute solide qu’elle est, ne sait pas encore gérer ce stress-là. Et la nuit passe ainsi, dans une incessante houle de droit à gauche. Puis de gauche à droite… Moi je sais ce dont elle pourrait avoir besoin. Vous aussi, petits coquins. Mais rompre la solitude d'un coeur à prendre…
Ah ! Nous y voilà ! Le temps pour moi de vous dire merci pour les gallions gentiment distribués à l’entrée. Sachez que 95 % d’entre eux vont en frais de fonctionnement et en graisse pour celui qui se fait appeler mon producteur. 5 %, c’est ce qu’il me reste à la fin mais vous savez quoi ? J’ai 100 % de votre amour et çà…. ça vaut toutes les piqûres du monde.
A la sortie de la salle, un petit flyer tombe sur votre épaule. Il y est écrit :
« Si tu veux que la prochaine histoire soit celle d’une pauvre étudiante….compléter par la mention de votre choix... , hiboute-moi»
La légende de la dernière des filles Gunnray
LA BOURRASQUE AU COIN DU PITIPONK *
Entretien de Harold-Pier Loustiq avec la contesse, nouvelle égérie mainstream des étudiants brevetés timides sans défense.
(Interview proposée à la gazette du Sorcier, refusée en première, deuxième et dernière lecture… le journaliste a décidé de mettre un terme à sa carrière suite à cet énième refus ; il travaille désormais comme désosseur de livres chez « Défraîchi de la batte »)
HPL : Chère contesse, ou devrais-je dire rat-conteur, depuis plusieurs mois on entend parler de vous comme du nouveau phénomène de la scène littéraire sorcière… mais personne ne vous connaît vraiment, comment pouvez-vous vous présenter auprès de nos lecteurs avides d’en savoir plus ?
MOI : Me présenter ? Moi ? Mais il n’y a rien à savoir d’intéressant sur mon compte jeune homme, à part que je joue en permanence !?! Tenez, je devrais être à l’heure qu’il est en train de préparer le prochain conte… mais figurez-vous qu’un grand dadais a eu l’étrange idée de faire un reportage sur moi. Flatteur mais flagorneur… je vous préviens, je déteste ce genre de dissection alors faites vite, j’ai encore mal aux dents...
HPL : Je... j’ai beaucoup de chance car avec vous on ne sait jamais, qu’est-ce qui vous amène à accepter cet entretien ?
MOI : Ah, vous ne perdez pas de temps hein ? Petit zébulon expéditif… prenons-le au contraire… Voyez-vous, je suis une vapeur, une humeur, asexuée, sans prétention ni intention. Je suis là pour eux. Je leur tiens ce discours assez souvent ! Puisque l’heure est au déballage, je viens dissiper vos doutes.
HPL : A quels doutes pensez-vous contesse ?
MOI : Tous. Tous les doutes. Le premier étant que je serais la véritable héroïne de ce RP. Ou le véritable héros mon chéri, je suis une somme, X+Y mais dans mon cas, le résultat est sans identité… Vous me suivez ? Non, bien sûr, en bon journaliste, vous avez les questions en tête et n’écoutez jamais nos réponses…
HPL : c’est que je….
MOI : c’est que vous ne savez pas ! L’héroïne c’est elle, Ivanovna ! Nous, nous nous contentons de détourner tout ça pour en faire une poilade. Du moins essayons-nous. Vous savez, c’est bien plus dur qu’il n’y paraît, il faut du rythme, des idées…
HPL : un peu de sel aussi ?
MOI : ….petit bricoleur… Qu’entendez-vous par là ? Nous aimerions en verser sur des plaies béantes ? Non. Mais si vous reprochez au conteur, ce vieux rat-, ou à la contesse, cette mauvaise engeance, d’appuyer là où ça fait mal, alors je dirai oui. Mais savez-vous pourquoi ? Il faut toujours parler aux gens de ce qu’ils connaissent. Les faire rire à partir de leur propre expérience. Alors évidemment, on rit de l’autre. Et surtout quand c’est l’autre qui est mis en boîte. Se faire disséquer nos travers, c’est toujours moins drôle, vous ne trouvez pas ?
HPL : Vous voulez dire que vous avez une fonction sociale ?
MOI : Exactement. In-RP, HRP, in-PFR, tout est permis. Nous mélangeons. Pour le plus grand mal ! (NDLR : si j’avais écrit « bien », j’aurais dû payer des royalties de ouf, merci…) Voilà ce qui peut être amusant, révéler tout ce qui est risible dans nos vies quotidiennes mais surtout dans sa vie à elle. Et croyez-moi, ce n’est qu’un début…
HPL : Mais enfin, contesse, vous ne pouvez pas tout vous permettre ?
MOI : Merlin, non ! Jamais je ne blesse. J’essaye d’amuser, de rire avec eux. Sans artifices ou potion d’hilarité. Se moquer est facile. Et nous savons que parfois nous pouvons être maladroits. Mal compris. Très souvent nous nous questionnons rat-conteur et moi sur le bien fondé de nos blagues. Mais en même temps, il faut y aller à fond. Déclencher le rire ne passe que par là. Nous sommes des clowns. Notre unique récompense, ce sont vos rires. Mais sans pipi caca ni coussin péteur.
HPL : Vous prétendez au rire classieux, on peut le dire ainsi ?
MOI : On peut le dire autrement. Parce qu’on peut tout dire mon ami. C’est une question de lieu, de ton, d’intention. Les gens savent qui ils viennent lire. Ecouter. Apprécier ou redouter. Aucun nom car voyez-vous, tous ceux qui tiennent cette boutique sont des plus respectables. Ni vous ni moi ne serions là sans eux.
HPL : Vous les remerciez en les moquant ?
MOI : Mais tu n’as rien compris mon petit !?! c’est bien l’inverse, je plaisante avec ceux que j’aime. Quel scribouillard tu fais. Relis mes premiers contes, tu y trouveras de la peine, de l’amour, de la joie. Et rien d’autre.
HPL : Quand... quand vous…
MOI : (répondant en coupant sans laisser la question se poser) Quand rien du tout, petit loustique, la censure est faite, ne t’inquiète pas pour elle. Je sais ce que j’écris. Et si jamais je débordais, je serais expulsée, expulsé, terminado. D’ailleurs c’est ce qui te menaces si tu ne changes pas…
HPL : Comment ça, vous croyez qu’ils pourraient me censurer ?
MOI : Eux ? Non, ils n’ont pas même le temps de nous lire, nous sommes l’écume des mots ici… Naaahh, mais moi je pourrais bien « t’oublietter » jeune imprudent. On ne traite pas ainsi les artistes, même de pacotille.
HPL : Contesse… si vous aviez encore deux choses à dire à vos fans…
MOI : Aimez-la.
HPL : C’est tout ?
MOI : Mais dites donc, insolent, je me plie à vos lois et vous me menacez ? Tu m’as dit deux mots, c'est ce que j'ai pondu ! Sauf que… les études ne sont pas compatibles avec la fleurette. Je vous supplie de ne pas lui souhaiter de tomber amoureuse. Ce serait d’un ennui à conter…. Merci mais non merci. Je préfère encore la faire passer pour une odieuse célibataire.
HPL : Donc il faudrait aimer Ivanovna car elle ne peut pas l’être ? Finalement, ce ne sont pas des contes que vous mettez en scène ?
MOI : ...moi qui croyais que tu étais intelligent. Tu n’as décidément rien compris mon enfant. Au coin !
* : pour les besoins du conte de ce jour, la Bourrasque, petite scène autorisant 37 places assises, a été inventée de toutes pièces. Elle constitue une extension du Pitiponk réservée aux étudiants ayant assez d'humour et de curiosité pour oser s'assoir ici. Le conte imagine que ce lieu est le plus célèbre de Grande-Bretagne, ce qui démontre s'il était besoin qu'on est bien dans un conte. La bourrasque sera tergéee dès la fin de l'histoire, laissant aux coeurs attendris le souvenir de ces bars où les moldus se pressent écouter les futurs vedettes du stand-up.
La légende de la dernière des filles Gunnray
IVANOVNA ET L’HISTOIRE DE L’INJUSTICE OPTIMAL
Ah chers amis, quelle tristesse de ne pas pouvoir vous rencontrer ces jours passés. Mais ne croyez pas que les choses soient si simples. Car aujourd’hui je suis seul. Eh oui, pas de contesse. Vous pourriez me dire que cela ne change pas grand-chose puisque nous faisons en sorte de n’être qu’un… D’une certaine manière vous avez raison mais l’affaire est plus épineuse qu’il n’y paraît. La contesse n’a pas voulu mettre en mots cette histoire dont elle déplore le contenu. Pire, elle le désapprouve. Et dans ces coups de temps-là, qui c’est qui s’y colle ? Ben, le rat-, conteur à pleine égalité, diplomate à ses heures mais, il faut bien le dire, image moins reluisante que celle de la contesse de vos rêves.
Que voulez-vous les choses sont ainsi faites, je ne suis pas le conteur préféré… mais que voilà une occasion de renverser la table ; je dois vous raconter une histoire terrible, un fait d’arme dont toute personne normalement constituée aurait honte. Je vous laisserai juge de cette affaire en fin de récit mais apprêtez-vous à devoir face face au plus odieux des sacrilèges, j’ai nommé l’imposture.
Tout commence par une relative détestation d’une certaine matière enseignée à l’Institut de Médicomagie et des Sciences Magiques. Il est préférable de ne pas la citer car je me refuse à stigmatiser un enseignant débordé. Il est encore moins question de mettre notre héroïne dans l’embarras. Si ce que je vais révéler se savait, il est possible qu’Ivanovna soit sanctionnée. Ce qui, vous le verrez, serait un peu fort de café.
Ivanovna doit donc entre autres examens du mois de décembre passer quelques oraux, dont un dans la dite matière honnie par elle. Bouuuuh, qu’il est dur d’apprendre une telle masse d’informations quand on n’a aucun élan. Elle n’en veut pas, n’y arrive pas, c’est plus fort qu’elle, ça ne rentre pas. Le pire étant qu’elle comprend tout... pas de difficulté intrinsèque. Elle n’aime pas, certains parmi vous ajouteraient « point barre ». Mais cela ne dit pas grand-chose en soi. Bref…
Il faut dire que l’examen est sournois. Elle peut tomber sur deux matières ou plutôt...non, l’oral porte sur l’une des deux, au hasard...Ah, ça commence à intriguer sec dans vos petits cerveaux… n’en apprendre qu’une et jouer à quitte ou double. Une chance sur deux, l’excellence ou la bâche... Voyez-vous, ce n’est pas le genre Alekhina que de travailler ainsi mais elle a deux problèmes. Dans ce duo de matières, l’une est son point fort, la réviser n’est même pas pénible, l’autre… vous savez déjà ce qu’elle en pense. Surtout, ses recherches personnelles lui prennent de plus en plus de temps. Nous en avons déjà parlé, en vous signalant que par contrat, nous ne pouvions rien en dire. Têtus que nous sommes, et surtout raides comme la justice, nous tiendrons parole. Retenez simplement qu’elle est débordée. A fait le choix de n’en réviser qu’une. Là sera sa pénitence. Car… voici comme les choses se déroulèrent.
Le vieux professeur, fumeur invétéré, la fait entrer. Dès à présent, elle sait que ce sera un désastre car notre oisillon a tiré au sort la matière pour laquelle elle manque de matière…. Ivanovna, ma fille, tu as été imprudente, il va falloir en payer le prix. S’apprêtant à tirer au sort un sujet « impossible », elle en est déjà à réfléchir à la manière de gérer le rattrapage qui s’annonce. Effectivement, ce qu’elle doit démontrer, elle n’en sait fichtre rien. Au bout de l’introduction, ce sera le néant. Le temps de faire semblant de rassembler ses connaissances, vous pouvez le nommer « temps de préparation », elle essaye de rameuter des savoirs qui ne peuvent pas popper, puisqu’ils n’ont pas été appris. Ce n’est pas une question de trou de mémoire, juste une affaire de non travail. Prise à son propre piège...
A la fin de sa préparation, elle s’installe devant l’enseignant comme on va à l’abattoir. Et… chers amis, la bascule s’opère alors…. Un assistant de l’enseignant pénètre à cet instant, glissant au brontosaure une phrase qu’elle n’entend qu’à moitié. Immédiatement, le mandarin entre dans une colère noire. On le dérange en plein travail, pour des broutilles. L’éditeur de son livre ne sait pas décider correctement. Le vieux doit tout arrêter pour régler cette urgence « publicatoire » (néologisme puissant ciblant les métiers de l’édition et leurs turpitudes commerciales).
Intermède : le cahier des charges de notre programme nous impose décence, langage correct, concision si possible… ainsi ne pouvons-nous retranscrire ce qui fut dit par l’homme. Sa colère le conduisit à écraser son mégot sur le brouillon d’Ivanovna tout en lui disant…
- Bon, mon p’tit, j’ai une urgence. Résumez-moi le chapitre un, vous avez deux minutes.
Une aubaine, le moyen de s’en sortir honorablement ? Plus que cela. Elle saute sur l’occasion en disant.
- Monsieur, c’est vraiment dommage, je le connais par coeur… bon, je vais en faire un court résumé mais vraiment…
Elle ne manque pas de toupet, quelle menteuse ! La voici devenue aussi horrible que les pires sorcières des contes moldus. Mais ce n’est que le début. Attendez. Elle fait semblant de rassembler des notes inexistantes, demande un instant d’organisation. Tout cela est du bluff, une injure à sa famille. Quand enfin elle se lance, elle déballe tout ce qu’elle savait, à savoir vraiment rien. Mais avec des mots bien choisis, une jolie syntaxe et des connecteurs pour le moins logiques. Un vrai hold-up.
De son côté, le mammouth a allumé un nouveau cigare et semble davantage occupé à le faire comme il se doit… Le cérémonial ne saurait être dévoyé par un tel bavardage… Des deux côtés, le pire des humains.
Quand elle sort, on lui dit que c’était excellent, de la belle ouvrage, qu’il aurait aimé en entendre plus mais que les circonstances… blablabla…
A la publication des résultats, elle obtient un O. Le seul de tout l’amphi. dans cette matière réputée infernale. Une imposture, je vous l’avais dit. Reste le pire, ensuite puis le pire du pire… Par discrétion, je tairai son classement mais elle put grâce à cet oral qui n’en fut jamais un décrocher un stage qu’elle ne méritait pas. Elle le sait. C’est injuste pour ce camarade si valeureux. Même si elle n’est en rien responsable de cela, elle s’en veut terriblement, prendre une place qui ne lui revient pas. Bien sûr, cela peut arriver à chacun, nous avons tous nos chances et nos déboires dans les études… Voilà le pire, le remords ; certaines fois nous ne méritons pas ce dont nous héritons.
La légende de la dernière des filles Gunnray
IL ME SEMBLE QUE....PATIENCE....TITRE...NON JE NE DIRAI RIEN...
Mes amours...ben quoi, vous êtes mon public, prétendant que je vous appartiens. Admettons… La réciproque est vraie sinon où est l’équilibre ? Vous m’aimez, je vous aime. Jusqu’ici tout est normal. Mon médicomage dirait « Nominal ». Mais euhhhh, je ne suis pas une situation militaire qu’on pourrait qualifier de nomimale ! Comme si nous devions nous en tenir à une vie « entre les clous ». Je ne sais pas vous mais moi je n’en veux pour rien au monde ! Mes amours...oui je le répète car il se pourrait que l’affaire du jour tourne autour de ces questions affectives qui, admettons, occupent la majeure partie de notre cerveau disponible. Pour ceux qui en sont équipés bien sûr….
Il se trouve qu’Ivanovna est bien loin de ces préoccupations. Je ne parle même pas de sexe… dites donc...vous avez l’esprit butineur aujourd’hui. Non, je pense au grand amour, avec mariage, lardons et tutti frutti ! Des polichinelles dans le tiroir, elle ambitionne d’en avoir. Mais pas dans l’immédiat. Et je vais même vous dire. Ce n’est pas moi qui ferai le moindre récit de ce qu’elle appelle des relations récréatives. Ces enfantillages sont depuis des mois laissés de côté, elle n’a plus qu’un but et quand une fille Gunnray a une affaire dans le crâne, plus rien d’autre ne compte. Hélas pour vous, ce qui l’occupe ardemment, vous n’en saurez rien aujourd’hui. D’ailleurs, quelqu’un m’a dit que vous feriez mieux de vous intéresser à sa vraie vie. Le monde est truffé de ses aventures, encore faut-il que vous fassiez l’effort d’aller les lire. Cela vous apporterait le back ground que je ne peux développer ici sous peine d’alourdir notre conte du jour, qui est déjà fort mal parti… Mais c’est votre faute, vous m’attirez vers des récifs que je dois éviter. Bande de sirènes impitoyables. Mes oreilles hermétiques aux chants tourbillonnants, voilà ce que je vous oppose.
Longue introduction pour que vous compreniez bien ; pour passer un bon moment, il faut être deux. Je vous résiste, vous m’agacez, c’est exactement ce que je dois décrire. Unité de temps, unité de lieu. De lieu surtout puisque l’affaire se tient vers la bibliothèque, à nouveau. La fille n’a pas changé. Un feu follet, des livres sous les bras, dans la tête, à consulter sur place pour le seul qui l’intéresse vraiment. Une contrariété parmi d’autres. Car en outre, elle vient de consulter le planning de disponibilité. Une semaine de gagnée mais aucun désistement. Il faudra attendre ce qui n’est pas la première des qualités Gunnray. Tout, toujours, tout de suite. Cette tension interne explique sans doute la suite mais attendons. Pour le moment, sur les marches conduisant au coeur du savoir des lieux, elle est seule, donnant à voir une personne en pleine hésitation. Extérieurement, aucun signe de doute sur la suite. Une statue.
Pigeon celui qui croit pouvoir s’y poser nonchalamment.
- Mademoiselle !
Une voix d’homme. Tu m’étonnes ! Un petit prédateur se présente, montant les marches quatre à quatre, son seul sport du jour croyez-moi… Il se trouve qu’elle n’entend pas. N’y prête pas attention. D’autant que les garçons de son institut, elle ne les trouve pas très intéressants. Son questionnement du moment, si vous voulez tout savoir, est de décider s’il est préférable de rentrer lire dans son appartement ou si une salle de classe permettra de mieux avancer. Elle hésite. Lui pas…
- Mademoiselle Alekhina, laissez-moi vous parler s’il vous plaît.
Il insiste le bougre. Au point de la sortir de ses pensées. Encore une perte de temps.
-…
Ces pointillés écrits, ce sont les siens à elle. Non mais je dois le dire car s’il s’agissait de lui, vous pourriez croire qu’il a parfois deux sous de jugeote. Mais non, il va bientôt reprendre sa logorrhée.. C’est elle, une fois de plus, qui fait silence. De lui elle n’a retenu qu’un sac balancé sans ménagement. Et des yeux sur une poitrine qu’elle trouve excessive. Vous savez ce que c’est, on n’est jamais content, surtout quand il s’agit de notre corps. Et pourquoi mes fesses sont comme ça ? Pourquoi pas plus ci, moins ça… Pour Ivanovna, ce sont les seins. Des pastèques. C’est faux, juste un peu au-dessus de la norme pour sa taille mais elle en fait tout un pataquès. Une histoire, un cas d’école.... la laisser parler de cette féminité-là, c’est ouvrir un roman interminable… Alors quand le pauvre garçon n’a pas su retenir son regard l’autre jour, il a perdu l’affaire !
Pratique le lien, ce’pas ? Reprenons.
Lui attend une réponse. Elle ne répond rien. Dialogue de sourds ; sans les dialogues.
- Mademoiselle, je vous aime !
Une fois encore, la bêtise, l’incrédulité, cette foi en l’irrésistible talent d’un collégien séducteur de récréation. Il ne sait pas lire dans le regard des filles. Tout lui est dû dans un monde qu’il a quitté sans qu’il s’en soit rendu compte. Oh, je vous vois, tendres soutiens d’un dom Juan de pacotille. Il n’a pas peur d’avoir honte. Le ridicule ne l’atteint pas. Quelle audace !!!
C’est injuste pour elle. Car vous seriez bien les premiers à lui reprocher de céder à ce Butler sans talent. Vous le sentez, il va se faire rabrouer. Aussi acceptez-vous d’être ses oreillers, amortisseurs de son échec. Chers spectateurs, vous êtes complices en médiocrité. Pardon de vous le dire ainsi mais vous n’apprendrez rien à ce gendre idéal si vous le laissez croire en sa condition de mal aimé. Vous feriez mieux de le reprendre, lui montrer le chemin. Mais vous êtes faibles. Alors, Ivanovna va s’en charger pour vous.
Elle décolle prestement. L’intervention de l’homme a donné une raison de choisir la maison. Partir d’ici, se délester du sparadrap que constitue ce foutriquet. L’action est si vive qu’il en perd son chapeau, un canotier français, sans doute ramené de là-bas à la fin d’un été frivole. Mais lui insiste encore.
- IVANOVNA ALEKHINA, JE VOUS AIME !
C’est un progrès bien tardif, se montrer connaisseur. D’ailleurs, elle s’interrompt. Se retourne, le toisant d’une bonne vingtaine de mètres. Puis elle fond sur lui, faisant mine de viser l’accrochage. En un virage parfait, elle frise le sol, attrape le bord du canotier et repart de plus belle, se retournant.
- PAS MOI !
Et elle jette le trophée comme on balance un gant à la tête d’un idiot.
Oh, j’allais oublier. Elle sourit, plus que cela, des éclats de rire que lui ne perçoit pas. Public adoré, estimez-vous heureux d’avoir ma version du récit. Tout cela n’est qu’une farce à ses yeux. Pas à ceux de Gordon Esiason qui pour la première fois éprouve un chagrin amoureux.
Vous voulez une morale ? Mais vous n’y pensez pas. Je vous l’ai déjà dit, je refuse cette écuelle. Mais il est vrai que jusqu’ici, je n’ai pas donné de titre à notre conte du jour. Il pourrait… LES OIE BLANCHES AUSSI PEUVENT MORDRE JUSQU’AU SANG….
Il était temps, n’est-ce pas, de lire un conte pour adultes. Tu parles, vous êtes en sucre…..
La légende de la dernière des filles Gunnray
Voilà, le rideau tombe sur la scène de sa vie. Fini le spectacle. Du moins pour l’instant. Le livre de contes est entamé, rassurez-vous chers spectateurs, il est loin d’être achevé. Mais les acteurs ont besoin de repos, vous savez, un spectacle vivant, c’est très exigeant en termes d‘énergie. On peut même, sans emphase, parler d’épuisement. Laissons-les reprendre leur souffle.
Entre temps, que pourrait-on bien faire ? Un bilan ? Nahhhh, je ne suis pas le professeur principal, ou le responsable d’études, le directeur de thèse ou la maîtresse de stage… Rat- et moi demeurons les conteurs. Du moins tant que ce spectacle dure car vous savez en ce moment la vie est raide pour les intermittents que nous sommes. Moins de subventions, moins de spectateurs… à ce sujet, heureusement que rat- et moi avons des idées car mes agneaux, vous participez bien peu…pas une seule proposition de sujet... Bouuuuh, nous pleurons chaque soir, désespérés à l’idée de ne pas avoir votre attention. Consommateurs que vous êtes.
Bon, nous sommes habitués aux flops. Pourtant nous ne portons jamais de vert sur scène, nous nous demandons parfois si le mauvais œil n’est pas braqué sur nous. Ah, la vie d’artiste… Mais nous ne sommes pas Jaskier, notre instinct de survie, sans doute moindre est compensé par la passion du jeu. Alors voici ce que nous allons faire durant l’entracte.
Pas de glace ou de guimauve, c’est mauvais pour les dents. (elles vont mieux, merci d’y penser mais notre propos est ici digestif, sanitaire, on fait dans la santé publique !). Pour ceux qui ont une petite vessie, c’est au fond à droite. Et si c’est pour un restylage devant miroir, apportez le vôtre, il n’y en a pas dans nos commodités ! Entracte… certains font venir des artistes en herbe, qui débutent plus ou moins laborieusement. Nous avons décidé de suivre une autre route. Car nous ne perdons pas de vue notre sujet premier. Les études d’Ivanovna. Evidemment, tout le monde ici n’est pas au courant de son histoire, certains sont entrés en toute connaissance de cause mais d’autres ont vu de la lumière, certains sont là pour le buzz, montrer leurs plus belles robes… Sauf que… nous avons une histoire à faire avancer. Et il faut, par moments, revenir à la réalité. Après six chapitres et une parenthèse journalistique à faible contenu, nous suivons la narration que nous avions prévue. Six chapitres, un semestre. Fin de semestre, bilan. Et peu importe le rythme de l’institut, nous avons notre propre découpage.
N’attendez pas ici une relecture de nos premiers contes, nous devons évoquer ce qu’elle vit « réellement ». Entendons-nous bien, nos histoires n’ont rien d’irréel, au contraire mais vous l’aurez compris, nos petits contes suivent la vie sous un angle...décalé. Du moins est-ce notre volonté. Ici même, la famille Gunnray, que vous connaissez sous le nom Alekhin, Alekhina quand la fleur a atteint sa maturité, a déjà fait parler d’elle en études supérieures. C’est là le premier drame d’Ivanovna. Elle pourra faire tout son possible, jamais elle n’atteindra l’excellence de sa sœur aînée. Vous savez, elle n’en fait pas grand cas et vit sa vie sans y réfléchir. Reste qu’il faut par moments faire le point. Sérieusement. Nous ne pouvons, tenus par le secret professionnel… (ahlala, le serment inviolable est un frein à la créativité mais bon… nous voulons rester en vie), oui, nous ne pouvons tout évoquer, en resterons donc à quelques analyses descriptives de sa vie.
Ne voulant pas vous ennuyer avec une lecture soporifique de son bulletin de notes, nous décidons de découper sa vie en sujets. Mais attention, il ne sera pas non plus question de les aborder un par un. Une fois la liste à peu près posée, ça va partir dans toutes les directions. Contesse et moi (oui, je switche d’un l’un à l’autre, habitués n’est-ce pas, bravo les gens) aimons les bouquets pluriels : rose, bouton d’or, mimosa, marguerite… plus c’est divers, moins c’est ordonné, plus nous nous y plongeons en souriant. Ici règne un jardin anglais !!
Alors, d’ici à la reprise du spectacle, messeigneurs, damoiselles, gentes dames et poltrons en tous genres, vous allez entendre des choses sur ses échecs, ce qu’elle aime, l’amitié, l’amouuuuur, la vie étudiante, sa chatte (une histoire sans Fleur n’est pas concevable dans la vie d’Ivanovna, elle est sa conscience, la main qui la protège et qui la gratte… enfin vous avez capté), ses rapports avec les enseignants. A ce stade, ils sont dits professeurs car messieurs Dames, ils sont emplis de savoir, même les plus capricieux, même les moins valeureux… ils sont tous respectables. Aux yeux d’Ivanovna, c’est un principe. Et voyez-vous, ces lignes ont aussi un but...
crcrccrrccrceggrrrerrrffffffhouuuufcreploc : suite à une intrusion de notre impresario, nous avons retiré quelques lignes jugées par lui trop vertes. (une fois encore la teinte maudite). En échange d’une oblitération de notre créativité, nous avons négocié 2 % sur notre contrat, ça valait la peine...
Reprenons.... Facile de caresser son public dans le sens du poil. Moins évident de lui servir… un propos qui le pousse à penser contre lui… Nous l’avouons, le culte des études est en nous, celui du plaisir d’apprendre. Ne croyez pas les illusionnistes qui vous vendent une réussite faite de plaisir permanent. Certains moments sont rudes, encore plus lorsque l’on fait au mieux et que cela s’avère insuffisant. C’est contrariant il est vrai mais le propre de ces moments est d’en retirer les enseignements et rebondir. Nous savons tous ce qu’il en est. La vraie vie est bien plus brutale. Ces années postérieures au teenage sont les plus heureuses, tentons d’en avoir conscience et reprenons. (Ceux qui croient voir ici un sermon, eux aussi se trompent mais après tout, nous ne pouvons les en blâmer, nous l’avons souvent écrit déjà ; à vous de décider parmi nos élucubrations…)
Alors si nous en revenions à elle… Car c’est bien du fait de son parcours surprenant qu’il faut trouver nos manigances précédentes. Qui est-elle, en arrivant à l’Institut de Médicomagie et des Sciences Magiques ? Une jeune femme ayant abandonné les études après les BUSEs, les ayant repris afin de se former dans l’espoir de travailler la Botanique. C’est familial. Donc une vocation. Mais ça ne s’invente pas... Reprendre un rythme, redémarrer une machine qui au final n’a jamais vraiment appris à tourner à plein régime sur le plan intellectuel. Voyez-vous, ses premiers résultats sont encourageants ! Sans doute une étudiante moyenne aux yeux de ses professeurs mais ont-ils conscience qu’elle est arrivée à Newhaven complètement seule ? Elle y réussit. Grâce à son travail, l’aide de son amie si proche, elle l’appelle Aly dans son coeur mais évite de le lui servir trop souvent. Sous ses dehors un peu braques, Ivanovna est en fait d’une vraie pudeur quand il s’agit des sentiments. C’est bien parce que c’est Alyona qu’elle s’ouvre autant à elle. Cette amie est pour beaucoup dans sa réussite initiale. Quelques conseils bien placés, une connaissance des enseignements, des marottes de tel ou tel professeur… On gagne du temps, une sorte de tutorat qui ne dit pas son nom, d’autant plus efficace qu’il est routinier, depuis de longs mois. En fait, et c’est peut-être la limite, elle fait beaucoup de choses avec Alyona, ce qui l’éloigne quelque peu des gens de sa promotion. Ils ne lui manquent pas mais son intégration pourrait être meilleure…
S’il en est un qui aimerait « l’intégrer davantage », c’est un certain Gordon…. Joli coeur invétéré, de la promotion d’Alyona, ayant donc le même âge qu’Ivanovna. Par une cour aussi insistante qu’illusoire, il la poursuit régulièrement, même si ses dernières semaines, il semble l’aborder de manière plus subtile… Laissons cela en suspens voulez-vous. Mon petit doigt me dit que ces deux-là n’ont pas fini de s’embrouiller mais chuuut... (je suis innocent, j’ai pas cafté M’r l’agent...)
Ses études se déroulent donc du mieux qu’elle pouvait l’espérer. Il est sûr qu’elle s’arrache les cheveux dans certaines matières, entre autres en « Nomenclature et étymologie des noms ». Ces savoirs-là sont innés en elle alors vous savez, elle a du mal à se plier à une discipline très littéraire, qu'elle domine sans comprendre avoir besoin de l'expliciter... Il en va de même en « Evolution et classification des plantes (Systématique et phylogénie végétales) ». Utile, fortement mais par moments soporifique. Il faut dire que la personne incarnant la matière l’est elle-même, soporifique… Ivanovna, il faut parfois supporter… le plus dur pour elle est de constater son total désaccord sur bien des questions pour la matière qu’elle préfère : « Techniques botaniques ». Elle se tait, si vous saviez combien elle fournit d’intenses efforts pour ne jamais rentrer dans le lard du professeur. Elle n’a pas besoin de leçon de morale. Respect total et permanent, trop peut-être mais enfin… son problème est qu’elle a développé ses propres techniques, en totale indépendance et depuis très longtemps. Aussi est-ce difficile pour elle de faire machine arrière. Réciter des choses auxquelles elle ne croît pas la met en porte à faux. Retenons qu’il est souvent préférable de ne rien savoir que d’en savoir trop… mais elle est décidée à ne pas faire de vagues, c’est un peu tôt. Et ce n’est pas le genre de la maison. Elle met beaucoup de son énergie à ne pas secouer le cocotier. Il lui arrive parfois de prendre son oreiller le soir et d’hurler dedans, le temps d’évacuer un agacement auquel elle doit souvent faire face. Il n’est pas question de fatigue ou de découragement. Les choses, de son point de vue, ne vont pas assez vite. En outre, elle utilise tout son temps libre en recherches que l’avenir décrira. Vous verrez, si vous et nous sommes assez patients pour en arriver là…
Son cerveau n’a pas la place pour autre chose. L’amitié d’Aly la comble. Son petit appartement, elle l’a arrangé au mieux pour en faire un endroit calme. Seule Fleur y met un peu de désordre car l’animale n’a pas eu l’habitude de vivre enfermée. C’est une chatte des champs. Pouvoir circuler sur les toits des maisons du quartier ne lui suffit pas. Souvent sa maîtresse doit descendre en pleine nuit, ou pire, de jour, pour la ramener dans son foyer. Même si de jour, presque quotidiennement, Fleur l’attend au pied de l’escalier… Comme la bête n’a pas perdu son instinct, il ne se passe pas de semaine sans incident avec la voisine du dessous, qui déteste voir Fleur avec un oiseau entre ses dents. Ivanovna a dû envoûter le paillasson pour que celui-ci paraisse toujours vierge de cadavres… mais l’animale, une ou deux fois, a déposé son trophée en dehors du dit tapis...En somme, des soucis du quotidien. Rien de bien méchant. Pour ceux qui ont suivi les show runners des études supérieures de Circéia à l’ISDM, vous trouvez ici un spin-off de cette épopée mais qui n’est en rien dans le même ton. La vie d’Ivanovna est tranquille au final. Et nous le voulons ainsi car elle a bien trinqué durant son adolescence, nous avons estimé qu’elle avait droit à une vie, au moins pour un temps, heureuse, apaisée.
Mais cher public, dans les contes pour adultes, il est toujours un temps où les choses dérapent. Nous n’avons pas les clés de cette ligne scénaristique pourtant notre instinct nous avertit. Des choses terribles, passionnantes, douloureuses mais exaltantes la menacent. Car son IRL, auquel elle ne s’intéresse que trop peu, la rattrapera un jour. Lorsqu’on ferme les yeux sur le monde alentour… Mystères, mystères… l’amour, le risque, la bravoure et la mort… des ingrédients qui finissent toujours par intervenir dans une bonne histoire. Remarquez… dans les mauvaises aussi, c’est seulement une question de proportion et de cuisine.
Mais… qu’entendons-nous au loin ? Le tambour ? La bâton qui sonne le rappel ? Serait-il possible que déjà le deuxième acte soit prêt à commencer ? Mes petits, vite, vite, asseyez-vous, accrochez-vous, ça va tanguer. Ivanovna n’est pas du genre à pousser dans les eaux calmes. Elle est faite pour le grand large. Une héroïne, une bravache. Et je vais vous dire… son secret… ELLE AIME LA VIE !
Dédié à la personne incarnant Alyona Farrow
Entre temps, que pourrait-on bien faire ? Un bilan ? Nahhhh, je ne suis pas le professeur principal, ou le responsable d’études, le directeur de thèse ou la maîtresse de stage… Rat- et moi demeurons les conteurs. Du moins tant que ce spectacle dure car vous savez en ce moment la vie est raide pour les intermittents que nous sommes. Moins de subventions, moins de spectateurs… à ce sujet, heureusement que rat- et moi avons des idées car mes agneaux, vous participez bien peu…pas une seule proposition de sujet... Bouuuuh, nous pleurons chaque soir, désespérés à l’idée de ne pas avoir votre attention. Consommateurs que vous êtes.
Bon, nous sommes habitués aux flops. Pourtant nous ne portons jamais de vert sur scène, nous nous demandons parfois si le mauvais œil n’est pas braqué sur nous. Ah, la vie d’artiste… Mais nous ne sommes pas Jaskier, notre instinct de survie, sans doute moindre est compensé par la passion du jeu. Alors voici ce que nous allons faire durant l’entracte.
Pas de glace ou de guimauve, c’est mauvais pour les dents. (elles vont mieux, merci d’y penser mais notre propos est ici digestif, sanitaire, on fait dans la santé publique !). Pour ceux qui ont une petite vessie, c’est au fond à droite. Et si c’est pour un restylage devant miroir, apportez le vôtre, il n’y en a pas dans nos commodités ! Entracte… certains font venir des artistes en herbe, qui débutent plus ou moins laborieusement. Nous avons décidé de suivre une autre route. Car nous ne perdons pas de vue notre sujet premier. Les études d’Ivanovna. Evidemment, tout le monde ici n’est pas au courant de son histoire, certains sont entrés en toute connaissance de cause mais d’autres ont vu de la lumière, certains sont là pour le buzz, montrer leurs plus belles robes… Sauf que… nous avons une histoire à faire avancer. Et il faut, par moments, revenir à la réalité. Après six chapitres et une parenthèse journalistique à faible contenu, nous suivons la narration que nous avions prévue. Six chapitres, un semestre. Fin de semestre, bilan. Et peu importe le rythme de l’institut, nous avons notre propre découpage.
N’attendez pas ici une relecture de nos premiers contes, nous devons évoquer ce qu’elle vit « réellement ». Entendons-nous bien, nos histoires n’ont rien d’irréel, au contraire mais vous l’aurez compris, nos petits contes suivent la vie sous un angle...décalé. Du moins est-ce notre volonté. Ici même, la famille Gunnray, que vous connaissez sous le nom Alekhin, Alekhina quand la fleur a atteint sa maturité, a déjà fait parler d’elle en études supérieures. C’est là le premier drame d’Ivanovna. Elle pourra faire tout son possible, jamais elle n’atteindra l’excellence de sa sœur aînée. Vous savez, elle n’en fait pas grand cas et vit sa vie sans y réfléchir. Reste qu’il faut par moments faire le point. Sérieusement. Nous ne pouvons, tenus par le secret professionnel… (ahlala, le serment inviolable est un frein à la créativité mais bon… nous voulons rester en vie), oui, nous ne pouvons tout évoquer, en resterons donc à quelques analyses descriptives de sa vie.
Ne voulant pas vous ennuyer avec une lecture soporifique de son bulletin de notes, nous décidons de découper sa vie en sujets. Mais attention, il ne sera pas non plus question de les aborder un par un. Une fois la liste à peu près posée, ça va partir dans toutes les directions. Contesse et moi (oui, je switche d’un l’un à l’autre, habitués n’est-ce pas, bravo les gens) aimons les bouquets pluriels : rose, bouton d’or, mimosa, marguerite… plus c’est divers, moins c’est ordonné, plus nous nous y plongeons en souriant. Ici règne un jardin anglais !!
Alors, d’ici à la reprise du spectacle, messeigneurs, damoiselles, gentes dames et poltrons en tous genres, vous allez entendre des choses sur ses échecs, ce qu’elle aime, l’amitié, l’amouuuuur, la vie étudiante, sa chatte (une histoire sans Fleur n’est pas concevable dans la vie d’Ivanovna, elle est sa conscience, la main qui la protège et qui la gratte… enfin vous avez capté), ses rapports avec les enseignants. A ce stade, ils sont dits professeurs car messieurs Dames, ils sont emplis de savoir, même les plus capricieux, même les moins valeureux… ils sont tous respectables. Aux yeux d’Ivanovna, c’est un principe. Et voyez-vous, ces lignes ont aussi un but...
crcrccrrccrceggrrrerrrffffffhouuuufcreploc : suite à une intrusion de notre impresario, nous avons retiré quelques lignes jugées par lui trop vertes. (une fois encore la teinte maudite). En échange d’une oblitération de notre créativité, nous avons négocié 2 % sur notre contrat, ça valait la peine...
Reprenons.... Facile de caresser son public dans le sens du poil. Moins évident de lui servir… un propos qui le pousse à penser contre lui… Nous l’avouons, le culte des études est en nous, celui du plaisir d’apprendre. Ne croyez pas les illusionnistes qui vous vendent une réussite faite de plaisir permanent. Certains moments sont rudes, encore plus lorsque l’on fait au mieux et que cela s’avère insuffisant. C’est contrariant il est vrai mais le propre de ces moments est d’en retirer les enseignements et rebondir. Nous savons tous ce qu’il en est. La vraie vie est bien plus brutale. Ces années postérieures au teenage sont les plus heureuses, tentons d’en avoir conscience et reprenons. (Ceux qui croient voir ici un sermon, eux aussi se trompent mais après tout, nous ne pouvons les en blâmer, nous l’avons souvent écrit déjà ; à vous de décider parmi nos élucubrations…)
Alors si nous en revenions à elle… Car c’est bien du fait de son parcours surprenant qu’il faut trouver nos manigances précédentes. Qui est-elle, en arrivant à l’Institut de Médicomagie et des Sciences Magiques ? Une jeune femme ayant abandonné les études après les BUSEs, les ayant repris afin de se former dans l’espoir de travailler la Botanique. C’est familial. Donc une vocation. Mais ça ne s’invente pas... Reprendre un rythme, redémarrer une machine qui au final n’a jamais vraiment appris à tourner à plein régime sur le plan intellectuel. Voyez-vous, ses premiers résultats sont encourageants ! Sans doute une étudiante moyenne aux yeux de ses professeurs mais ont-ils conscience qu’elle est arrivée à Newhaven complètement seule ? Elle y réussit. Grâce à son travail, l’aide de son amie si proche, elle l’appelle Aly dans son coeur mais évite de le lui servir trop souvent. Sous ses dehors un peu braques, Ivanovna est en fait d’une vraie pudeur quand il s’agit des sentiments. C’est bien parce que c’est Alyona qu’elle s’ouvre autant à elle. Cette amie est pour beaucoup dans sa réussite initiale. Quelques conseils bien placés, une connaissance des enseignements, des marottes de tel ou tel professeur… On gagne du temps, une sorte de tutorat qui ne dit pas son nom, d’autant plus efficace qu’il est routinier, depuis de longs mois. En fait, et c’est peut-être la limite, elle fait beaucoup de choses avec Alyona, ce qui l’éloigne quelque peu des gens de sa promotion. Ils ne lui manquent pas mais son intégration pourrait être meilleure…
S’il en est un qui aimerait « l’intégrer davantage », c’est un certain Gordon…. Joli coeur invétéré, de la promotion d’Alyona, ayant donc le même âge qu’Ivanovna. Par une cour aussi insistante qu’illusoire, il la poursuit régulièrement, même si ses dernières semaines, il semble l’aborder de manière plus subtile… Laissons cela en suspens voulez-vous. Mon petit doigt me dit que ces deux-là n’ont pas fini de s’embrouiller mais chuuut... (je suis innocent, j’ai pas cafté M’r l’agent...)
Ses études se déroulent donc du mieux qu’elle pouvait l’espérer. Il est sûr qu’elle s’arrache les cheveux dans certaines matières, entre autres en « Nomenclature et étymologie des noms ». Ces savoirs-là sont innés en elle alors vous savez, elle a du mal à se plier à une discipline très littéraire, qu'elle domine sans comprendre avoir besoin de l'expliciter... Il en va de même en « Evolution et classification des plantes (Systématique et phylogénie végétales) ». Utile, fortement mais par moments soporifique. Il faut dire que la personne incarnant la matière l’est elle-même, soporifique… Ivanovna, il faut parfois supporter… le plus dur pour elle est de constater son total désaccord sur bien des questions pour la matière qu’elle préfère : « Techniques botaniques ». Elle se tait, si vous saviez combien elle fournit d’intenses efforts pour ne jamais rentrer dans le lard du professeur. Elle n’a pas besoin de leçon de morale. Respect total et permanent, trop peut-être mais enfin… son problème est qu’elle a développé ses propres techniques, en totale indépendance et depuis très longtemps. Aussi est-ce difficile pour elle de faire machine arrière. Réciter des choses auxquelles elle ne croît pas la met en porte à faux. Retenons qu’il est souvent préférable de ne rien savoir que d’en savoir trop… mais elle est décidée à ne pas faire de vagues, c’est un peu tôt. Et ce n’est pas le genre de la maison. Elle met beaucoup de son énergie à ne pas secouer le cocotier. Il lui arrive parfois de prendre son oreiller le soir et d’hurler dedans, le temps d’évacuer un agacement auquel elle doit souvent faire face. Il n’est pas question de fatigue ou de découragement. Les choses, de son point de vue, ne vont pas assez vite. En outre, elle utilise tout son temps libre en recherches que l’avenir décrira. Vous verrez, si vous et nous sommes assez patients pour en arriver là…
Son cerveau n’a pas la place pour autre chose. L’amitié d’Aly la comble. Son petit appartement, elle l’a arrangé au mieux pour en faire un endroit calme. Seule Fleur y met un peu de désordre car l’animale n’a pas eu l’habitude de vivre enfermée. C’est une chatte des champs. Pouvoir circuler sur les toits des maisons du quartier ne lui suffit pas. Souvent sa maîtresse doit descendre en pleine nuit, ou pire, de jour, pour la ramener dans son foyer. Même si de jour, presque quotidiennement, Fleur l’attend au pied de l’escalier… Comme la bête n’a pas perdu son instinct, il ne se passe pas de semaine sans incident avec la voisine du dessous, qui déteste voir Fleur avec un oiseau entre ses dents. Ivanovna a dû envoûter le paillasson pour que celui-ci paraisse toujours vierge de cadavres… mais l’animale, une ou deux fois, a déposé son trophée en dehors du dit tapis...En somme, des soucis du quotidien. Rien de bien méchant. Pour ceux qui ont suivi les show runners des études supérieures de Circéia à l’ISDM, vous trouvez ici un spin-off de cette épopée mais qui n’est en rien dans le même ton. La vie d’Ivanovna est tranquille au final. Et nous le voulons ainsi car elle a bien trinqué durant son adolescence, nous avons estimé qu’elle avait droit à une vie, au moins pour un temps, heureuse, apaisée.
Mais cher public, dans les contes pour adultes, il est toujours un temps où les choses dérapent. Nous n’avons pas les clés de cette ligne scénaristique pourtant notre instinct nous avertit. Des choses terribles, passionnantes, douloureuses mais exaltantes la menacent. Car son IRL, auquel elle ne s’intéresse que trop peu, la rattrapera un jour. Lorsqu’on ferme les yeux sur le monde alentour… Mystères, mystères… l’amour, le risque, la bravoure et la mort… des ingrédients qui finissent toujours par intervenir dans une bonne histoire. Remarquez… dans les mauvaises aussi, c’est seulement une question de proportion et de cuisine.
Mais… qu’entendons-nous au loin ? Le tambour ? La bâton qui sonne le rappel ? Serait-il possible que déjà le deuxième acte soit prêt à commencer ? Mes petits, vite, vite, asseyez-vous, accrochez-vous, ça va tanguer. Ivanovna n’est pas du genre à pousser dans les eaux calmes. Elle est faite pour le grand large. Une héroïne, une bravache. Et je vais vous dire… son secret… ELLE AIME LA VIE !
Dédié à la personne incarnant Alyona Farrow
La légende de la dernière des filles Gunnray
IVANOVNA ET L’HISTOIRE DE LA CLEPSYDRE DÉTRAQUÉE
Pressée, pressés, pressé, on est pressées. Ecrivez cela à votre guise, tous autant que vous êtes chers clients, vous n’avez que ça en tête : le temps. Et cela ne va pas en s’arrangeant… Dans un monde régi par la performance, le temps consacré à la réalisation d’une tâche devient le seul crédo. Bon, êtes-vous tous bien assis ? Vos popotins sont-ils en place ?
Non, vous n’allez pas prendre une leçon sur les bonnes manières, celles de l’ancien temps, c’était mieux avant...Une fois encore, je vous vois, dès nos premiers mots, vous dire que décidément rat-conteur et contesse sont de la vieillerie, juste capables de donner des leçons au monde d’aujourd’hui. Si vous saviez combien vous vous trompez. Sous nos dehors passéistes nous tentons juste d’illustrer que votre époque est bien plus "enfermante" que vous ne le pensez. Car il n’est pas question de prétendre à autre chose que la liberté renouvelée. Je ne regarde pas derrière à regret. Constatons simplement ce qui oblitère nos libertés. Et ici… la créativité. Réduire la production à une affaire de temps, le travail à un séquencement établi on ne sait comment...conduit l’âme à disparaître dans une masse de démonstrations sibyllines transformant la vie en une chose supposément parfaite quand elle n’est qu’une tyrannie désincarnée…
…
Ah… on y est parvenu, vous êtes perdus, relisez la phrase, volontairement chargée, ampoulée, prétentieuse. Au hit parade des mots tordus, « les 10 mots les plus…. », reste à savoir « plus quoi »...elle est haut classée au ranking, 'ce pas ?… Je m’amuse. Mais pour bien apprécier le conte de ce jour, nous devons faire preuve d’humilité. Car il est une zone grise, la plus agréable, entre la ponctualité étouffante, celle qui fait de nous des automates, des machines comme le disent les moldus, et les incorrigibles du retard. Vous savez, les amis qui vous font toujours poireauter, avec une excuse aussi élégante qu’improbable… le genre d’idées qu’ils ont mis le quart d’heure à inventer, le temps d’arriver en retard. D’un côté de l’horloge nous trouvons l’esclavage, ce temps qui fait de nous des fourmis en course permanente. De l’autre, cette prétendue élégance qu’adoptent ceux qui au final se moquent des autres, au sens irrespectueux. C’est affaire de contexte me direz-vous, certes. Mais quand-même. Le temps est un critère social indiscutable. Il est aussi une marque de l’âge… n’entrons pas dans les histoires d’horloge biologique, c’est d’un ennui… là où nous devons en revanche enfin raconter notre histoire du jour, du soir, choisissez l'heure… c’est au moment de relier le temps perdu en circonvolutions et Ivanovna. Car chers amis, être ponctuel fait partie de ses principes. Chez les Gunnray, on naît avec un sablier dans le coeur. Grand-père, qui n’en était pas à une près, aimait à dire clepsydre. Comprenez… la ponctualité est une nature, un respect que l’on doit par principe. Voyez… nous avons entamé notre conte par une ellipse sur ces gens réduisant le temps à une donnée qui pourrit nos existences en comprimant le temps et son coût économique....
Il serait peut-être temps (c’est le cas de le dire…) de passer au conte… alors…
Ils était une fois Ivanovna au matin de son premier jour de stage. Elle a pris de nombreuses précautions afin d’arriver à l’heure. Repérage du temps de déplacement, trois fois. Minutage du temps de préparation matinal, vous savez, toilette, petit-déjeuner, toilettes… donner à manger à Fleur, voire l’externaliser si on la sent par trop… dynamique… eh oui car une fois encore, Ivanovna a dû emmener son animale de compagnie sous le bras. Gairloch, Ouest de l’Ecosse, encore plus désertique que Wick… mais bien plus peuplée que Poolewe située tout près des jardins d’Inverewe, lieu de son stage… Un petit cottage, à peine plus grand que sa maison mais mieux bâti. La seule difficulté tient à une salle de bains réduite à sa plus simple expression. Et surtout… glaciale...peu lui importe, elle en a vu d’autres. Le trait de côte est clairement favorable à Gairloch, il y fait moins froid malgré un vent persistant. Et dès que le temps est clément, le climat se radoucit, il faut être écossais pour décrypter la configuration optimale… Ivanovna ne s’est pas trompée. Surtout, suite à son classement éhonté, elle aurait pu briguer un stage dans un lieu plus prestigieux. Elle y a renoncé mes amis, voyez, c’est une femme de principes. Ce que l’histoire ne dit pas, c’est que ses nouveaux terrains de lectures l’éloignent quelque peu de la botanique pure. En cela, Inverewe a des qualités et la première est la proximité plus grande avec madame Tokélau. Mais n’allons pas plus loin car nous retardons trop le coeur de notre histoire…
Ce matin, premier jour de son stage… catastrophe !!!! Le réveil, les alarmes, tout ce qu’Ivanovna a prévu pour se lever en temps et heure n’a pas fonctionné. C’est Fleur, dont le ventre est un métronome que rien ne dérègle qui est venue lécher le visage de sa maîtresse.
Qui a fait l’expérience de sentir une moustache féline pénétrer son nez sait combien ça irrite, chatouille, réveille même le plus endormi des morts. Ivanovna s’apprête à faire payer sa chatte quand, horreur, elle prend conscience de son retard… Elle n’est plus pressée, elle est en retard…. Ignominie, infamie, ostracisme des ostracismes, elle va être la honte de ses ancêtres qui de là-haut la toisent déjà de leurs yeux noirs malgré la mort… Vite… se lever, s’habiller, non, se déshabiller, une toilette… de chat…. Donner à manger à Fleur, qui elle n’a pas les mêmes urgences et vous ralentira tant qu’elle n’aura pas le ventre plein… Faire un thé, fort donc forcément imbuvable… il faut se réveiller...toujours plus vite… l’eau, froide, le savon, qui fait mauvaise office car aussi dur que le bois l’hiver. Tant pis pour les joues, elles seront au naturel...les cheveux… idem, de toutes façons, voler sur un balai les mettra en vrac alors un peu plus un peu moins… pas le temps de préparer le déjeuner, elle aura faim ce soir… Vite vite, elle peut encore arriver presque à l’heure. On ferme, on monte sur son balai, et puis non, on a oublié de faire sortir l’animale, retour en arrière, hop hop, mes amis ne me ralentissez pas avec vos maladresses, écoutez sinon l’affaire deviendra grave !! Plus vite Ivanovna, tu peux y arriver, tu dois y arriver…. ATTENTION, un vol de grouses ! Ah, l’Ecosse… virage, évitement d’un mur agricole, hop, elle a toujours su voler pour s’échapper. Mais, malgré toute sa bonne volonté, son courage et l’inconscience de la jeunesse, elle arrive… avec cinq minutes dans les dents. Pauvre Ivanovna qui croît qu’ici le temps est le même qu’à Londres. L’homme qui l’accueille s’en moque. Et surtout, il lui dit qu’elle est… en avance de presque une heure.
Mon amour, puisque je vous aime tant je peux le dire ainsi... lectrice, lecteur, l’ironie siège ici. Le sorcier responsable des merveilles de ce jardin que les moldus tiennent pour un miracle déteste être dérangé dans sa routine. Sans le vouloir, Ivanovna a mal commencé. Du fait d’une chatte impatiente et d’une clepsydre avançant d’une heure. La veille, l’étudiante s’est trompée en la réglant. Douloureux, un peu stupide et exemplaire du trop bien faire. Un dernier conseil avant de dormir. Ne faites jamais lire ces lignes à des enfants, leurs conclusions seraient inappropriées.
