26 avr. 2022, 09:59
 RPG+  Un huitième de plombe  PV 
Je le connais mieux que toi et mieux que tu ne le connaitras jamais.

Mes pensées pleines de Rosenberg se prennent violemment ce mur. J’en perds le fil de mes réflexions, mes souvenirs se dissolvent et ne reste plus que le visage agaçant de Coelestin Noestlinger. Je lui adresse un regard haineux, le visage froissé par la colère et ma fierté blessée. Mais qu’est-ce que ça peut bien me faire qu’il le connaisse mieux que moi ? Et qu’est-ce qui me dit que c’est vrai, tout ça ? Et puis, c’est quoi ce ton ? C’est quoi cette réponse ? Je croise les bras sur ma poitrine et tourne la tête dans l’autre direction, faisant mine d’en avoir rien à faire que le Serdaigle s’en aille sur ses mots. Faisant mine, surtout, de ne pas avoir été blessée par ce qu’il m’a dit.

Je reste quelques secondes sans bouger, à la fois soufflée d’avoir été dépassée par Noestlinger dans mon départ et agacée de toujours avoir cette impression de n’être qu’une quantité négligeable pour lui. D’habitude je renvoie ce sentiment aux autres, ce n’est pas moi qui le ressens. C’est très désagréable. Je déteste ça. Ce qui revient à dire que je déteste Noestlinger. Je fusille du regard le pauvre morceau de parchemin abandonné sur la table, celui sur lequel j’ai dessiné mon schéma qui n’aura servit à rien puisque je n’ai même pas réussi à arracher au garçon la phrase que j’attendais, soit : oui, tu as raison.

Tous mes échanges avec ce Serdaigle se terminent de la même manière : dans la frustration. Les sourcils froncés, le regard sombre, je tourne et retourne notre discussion dans mon esprit sans réussir à m’apaiser pour autant. On dirait qu’il fait tout pour m’agacer. Et je déteste être effectivement agacée. Je devrais ne rien en avoir à faire de ce qu’il me dit et de ce qu’il pense.

Je passe mon bras dans la lanière de mon sac, installe cette dernière sur mon épaule et me lève à demi de mon siège dans l’optique de m’en aller quand une ombre me recouvre soudain. Je me rassied et lève la tête jusqu’à tomber dans l’étrange regard de… *Noestlinger ?*. Qu’est-ce qu’il fout encore là ?

« Qu’est-c’tu… »

Il m’interrompt, m’assène des paroles, des mises en garde qui me clouent sur ma chaise. Ma gorge se noue. Je le laisse me recouvrir d’images de chaussettes découpées, de terre dans les cheveux et de rumeurs, de tout un tas de souvenirs qui ne m’appartiennent pas et qui sont, je le comprends vaguement, des choses qu’il a vécu lui. Je me referme, ma bouche se tord en une moue désapprobatrice, mes doigts se resserrent sur la lanière de mon sac. J’ouvre la bouche pour parler : « Je me fiche de ce que tu me racontes, laisse-moi tranquille, je sais me gérer toute seule, je n’ai pas besoin de toi ! » mais il ne m’en laisse pas le temps. Encore. Il s’en va. Je le suis du regard, à défaut de le suivre entièrement pour lui jeter ces paroles au visage. Il m’abandonne avec des mots coincés dans la gorge et l’envie de les crier à quelqu’un.

« Putain. »

Ma chaise racle sur le sol quand je me lève. Je récupère mon sac et m’enfonce dans les rayons. Je trouve le livre que je cherchais mais même ça ne m’apaise pas. Je pense à Noestlinger et à Rosenberg. Je me demande si ce qu’a dit le premier sur le second est vrai ; puis je me dis que de toute façon je m’en fiche, que je n’ai réellement pas besoin d’être mise en garde contre qui que ce soit, que je suis assez grande pour me débrouiller toute seule.

En arrivant dans la Grande Salle après une dizaine de pensées tant entremêlées qu’elles forment un gros nœud dans mon esprit, j’en arrive à la conclusion que le Serdaigle est seulement jaloux du petit second année. Jaloux ou rancunier, je sais pas. Il s’est mêlé de ce qui ne le regarde pas, tout cela pour ne pas avoir à répondre à ma première question concernant les plombes et leur signification réelle. Et pourquoi ne voulait-il pas répondre ? Parce que j’ai raison et qu’il a tord.

Coelestin Noestlinger est une personne qui n’écoute pas, qui n’entend pas, qui malgré son intelligence et ses intérêts curieux peut se montrer fermé et rancunier. Il est étrange, ce qui est souvent un bon point mais qui le dessert puisque ça me dessert moi. Bref, c’est un garçon que je n’ai pas envie de côtoyer davantage. Je me fourre cette conclusion dans l’esprit pour ne pas oublier, la prochaine fois que je vais à la bibliothèque, de ne pas regarder en direction de sa table.

Moi, les personnes hermétiques, ça ne m’intéresse pas.

— Fin —


Merci pour cette conclusion ! C'est toujours un plaisir de te lire et de te répondre.