25 avr. 2025, 05:13
Leta de Ruby

IH

Chronomètre lancé.


J'inspire.

J'expire.

J'inspire.

Je respire.

Ces actions là sont si anodines. C'est comme mon cœur qui bat : je ne le pense pas, ne conceptualise pas, pourtant, chaque seconde il me permet de vivre. Juste comme ça, automatiquement.

Je suis en effet perdue dans mes pensées quelques instants : c'est beau de pouvoir divaguer, avoir ses pensées qui fusent, ne pas avoir à les formuler. En voilà déjà d'autres qui prennent le dessus. Le tout en quelques millièmes de seconde. C'est fascinant.

Un rêve flou me revient en tête.

Puis j'y repense à ce cœur qui bat dans ma poitrine, sous cette couche de peau plus si fine. Il ne fait pas que battre en réalité, je le sens cogner, gronder. Je suis soumise à un afflux sanguin d'une puissance inattendue, mais depuis quand en fait ? J'essaye d'y repenser mais voilà que-

J'inspire et j'expire. Je me concentre sur ma respiration.

Je me souviens que ce cœur a déjà chamadé de la sorte. Et... il y avait un point commun à chaque fois. Mon esprit se recentre sur le sujet principal de mes péripéties internes et faiblement je soupire un mot.

Ruby...

Je la regarde comme si je la voyais pour la première fois. C'était donc ça que voulait me dire mon corps ? Non tout de même, si jamais mon cœur bat trop vite pour quelqu'un pour quelqu'une, c'est celui de Rémotto qui s'arrêtera. Ça lui fera une belle jambe cela dit. Mes neurones vont plus vite que mon visage alors je souris en retard. Expression qui quitte immédiatement mon visage. Non ce n'est pas possible. Ça ne peut pas être ça.

J'inspire.

J'expire.

J'inspire.

Je respire.

Chronomètre à 4.73 secondes.


J'ai l'impression d'avoir loupé tout ce qu'elle m'a dit. J'ai pourtant tout entendu et tout compris. Comment vais-je faire pour ne pas paraître hésitante ? Trop tard, je bafouille déjà. Si mon visage était un peu rouge précédemment, le voilà cramoisi de honte et de... de gêne ?

Heu importante ? Pourquoi ? Enfin j'veux dire, ça sert à quoi d'être important ? Regarde ma famille... Je baisse ma voix. Le pouvoir ne rend pas les gens meilleurs...

Puis je me questionne, pourquoi souhaite-t-elle être importante ? A-t-elle des choses à prouver ? Ruby me ressemble peut-être encore plus que ce que je m'imaginais.

Est-ce que tu veux être importante pour une personne en particulier ?

Une fois prononcée, la phrase me paraît tellement stupide. Je tends le bâton pour me faire battre. Et si c'était moi sa personne ? Il y a évidemment une tension dans ma chambre sauf que je suis sûrement la seule à l'entretenir. Ce serait trop extravagant d'imaginer l'inverse.

Je la vois en contre-jour dans l'encadrement de la fenêtre alors je ne peux même pas essayer de décrypter ce qu'elle ressent.

Il fait chaud tu trouves pas ?

Je vais finir par transpirer si ça continue, surtout si mon cœur continue d'exécuter cette folle percussion. Je ne suis pas en panique, non, je suis tiraillée entre deux sentiments si différents. Me feront-ils faire et dire ce que je n'aurai jamais osé imaginer ?

Ma bouche s'ouvre sans qu'aucun son n'en sorte. S'il te plaît Ruby, vois ma détresse, aide-moi, fais quelque chose. Mais j'ai toujours été trop bonne actrice enfant à ne jamais rien montrer. Si ce n'est pas Ruby qui fait le premier pas, je n'ai pas le choix, ce sera moi.

Je vois alors mon corps prendre une impulsion et se lever. Est-ce mon cerveau qui lui en a donné l'ordre ? Je triture ma jupe avec mes doigts, il ne faut pas que je fasse de plis. Évidemment que ça ne pouvait pas être mon cerveau, c'est mon pouls qui tape et résonne dans mes oreilles, dans mon cou, dans mon ventre. J'inspire puis j'expire. Je fais un pas en avant.

FSCM - 19 ans - Fille de papier.

26 avr. 2025, 02:15
Leta de Ruby
24 août 2048
•••

Drôle de question, vraiment. Si je lui avais demandé « Et toi ? », aurais-je eu d'autres réponses que celles qu'elle s'apprête à me donner ?

Est-ce mon prénom qu'elle vient une nouvelle fois de laisser s'enfuir hors de ses lèvres ? Mon cœur a raté une marche dans cet escalier qu'il s'escrime à remonter. J'ai peut-être mal entendu. J'ai peut-être désiré qu'elle le prononce encore, pour sentir une fois de plus cette foutue décharge électrique, celle que je me plais à laisser sillonner mon corps ; j'ai sûrement désiré trop fort, pris ses mots pour d'autres dans un élan égoïste, sans que rien de tout cela ne soit réel.
Mais est-ce qu'elle ne pourrait pas recommencer, pour voir ? Redire mon nom jusqu'à se l'accaparer tout entier, jusqu'à le connaître mieux que moi, jusqu'à ce que je comprenne enfin ce qu'elle veut me dire dans cet échange de regards qui semble n'en plus finir ?
Elle ne le fait pas. Alors pour me reconcentrer, je me tiens immobile — que me reste-t-il d'autre à faire ? — en tentant désespérément de trouver un sens à cette tournure de la conversation.

À quoi ça sert ? Enfin, Leta, n'as-tu jamais rêvé de compter aux yeux des autres ?

« À se sentir bien, c'est tout. »

Comme ce que tu fais, là, avec moi, à répéter mon nom comme si c'était le seul qui comptait à tes yeux, le seul que tu devais dire avant que la voûte du ciel ne s'écroule par hasard sur nous. Tu me fais me sentir importante, et je mourrais plutôt que d'avouer, ailleurs que dans mes pensées, que je trouve la sensation grisante.

« Est-ce que tu veux être importante pour une personne en particulier ? »

Oui. Ma réponse, elle est toute prête au fond de mon cœur depuis des années ; mais l'impression de danger qui a remplacé le climat de sûreté de la chambre me stoppe net — un mot de travers et je pourrais tout faire foirer. C'est plus qu'une intuition, c'est une certitude : comment ne pas se sentir étouffée par l'indécryptable implicite qui nous colle à la peau, ce je-ne-sais-quoi dans lequel nous nous traînons depuis je-ne-sais-même-plus-quand ?
Bien sûr / Quelle question / Évidemment. Autant de réponses qui auraient mérité d'être énoncées à voix haute ; mais ce ne sont pas celles que je parviens à articuler.

« J'imagine. »

Je pense à toutes celles pour qui j'ai un jour compté, elles qui se mettent soudain à défiler devant mes yeux comme un mauvais drame au cinéma. Je pense à Pearl, je pense à cette fille rencontrée quelques semaines après la toute première rentrée, et comment ne pas penser à Ashley, et je pense à ma sœur, et puis à ma mère ! et à d'autres dont je n'ai gardé que le visage comme souvenir. Je pense à la sensation incomparable que me procurent l'estime, la reconnaissance, la considération ; je m'en nourris, je m'en sers pour grandir, je ne saurais expliquer pourquoi, comment, mais j'en fais mon oxygène. C'est une sensation bien volage, à ne jamais prendre pour acquise. Et si l'on me demandait « Cette sensation en vaut-elle vraiment la peine, face à la douleur future de la désillusion ? », je répondrais que je ne sais pas encore. Mais dans mon « J'imagine », il y a tout l'espoir du monde pour que ce je ne sais pas se transforme en oui.
Je tente un nouveau coup d'œil en sa direction, qui ne m'apprend pas grand chose, si ce n'est qu'elle semble suffoquer autant que moi.

« Oui. Oui, il fait un peu chaud. » Mes mains s'approchent de la fenêtre pour l'ouvrir en grand. « C'est mieux ? »

Un instant plus tard, elle se tient debout. Je lui désigne d'un très léger mouvement de tête l'ouverture béante que je viens de créer, par laquelle s'infiltre un air salvateur. Elle aurait tout intérêt à s'approcher pour le laisser caresser son visage.

belle, romantique, rouge (Paige 2026)

27 avr. 2025, 18:53
Leta de Ruby

La première musique est un avant-goût, n'allez surtout pas écouter le reste sous peine de spoil effroyable.

IH

L'ai qui entre par la fenêtre de ma chambre est frais. On est pourtant fin août et lorsque l'on était dehors je n'avais pas froid, fait-il vraiment une chaleur insoutenable dans la pièce ou est-ce mon cerveau qui est en surchauffe ?
Je réalise alors que cette fraicheur a remit mes idées en place : je ne panique plus. Et tant mieux.

Je repense à ce qu'elle m'a dit : être important pour se sentir bien. Puis je réalise qu'on avait peut-être pas la même définition pour décrire cet "important". Tant pis, je la comprends mieux maintenant et si elle ne relève pas, je ne le ferai pas non plus.

Je suis sceptique quant à son j'imagine, j'en ai vu d'autre et je savais mentir sûrement avant elle. C'est un oui, il ne me reste plus qu'à savoir qui. Est-elle amoureuse ? A peine cette pensée eut-elle germée dans ma tête que mon cœur rate un battement. Pourquoi est-ce douloureux ?
Sa réponse est un mensonge pour moi et pour elle-même. Nous sommes deux aveugles à se faire face, tendant les mains en espérant nous toucher ; mais pas trop proche parce que le toucher est dangereux...

Faudrait ptet que je m'avoue enfin quelque chose. Tout les indices sont là. Puis merci aussi pour le courant d'air, il a éparpillé mes doutes.
Est-ce que je-
Oui, sûrement.

Un frisson de soulagement parcours l'arrière de mon crâne.

J'ai des sentiments pour toi Ruby, reste plus qu'à savoir lesquels et jusqu'où ils me porteront...

Je m'approche alors de la fenêtre, et de Ruby par la même occasion, et pose mes coudes sur ce rebord dur. Ça n'est pas agréable mais j'ai actuellement deux choses : du frais et cette personne qui occupe visiblement plus mes pensées que la pièce (est-ce un compliment ?).

Merci pour la fenêtre. J'y vois plus clair. Je tourne la tête vers elle et lui souris. J'ai des questions bizarres des fois hein ? Bon après tes réponses sont elles aussi pas tout à fait claires. Je dis ça en rigolant parce que je ne veux pas non plus la mettre mal à l'aise.

Et si elle agissait étrangement justement parce qu'elle ne se sentait pas bien ? Zut, je vais devoir faire quelque chose parce qu'il nous reste quand même un peu de temps ensembles.

Tu aimes les jeux ?

Elle n'est plus en contre-jour, j'ai bien fait de me déplacer. Je me plonge alors dans les vagues de ses cheveux blonds.

FSCM - 19 ans - Fille de papier.

29 avr. 2025, 01:30
Leta de Ruby
24 août 2048
•••

Encore plus proche, toujours plus proche. Ce n'est pas une supplique, c'est un constat. Même si mon cœur s'emballe un peu depuis que Leta s'est avancée, je le garde pour moi. C'est ce vent qui s'engouffre dans la pièce qui me fait frémir, qui trace ces frissons le long de mon échine. Ce n'est sûrement pas l'audace de mon invitation à réduire la distance qui nous sépare.

Elle me remercie, offre son visage à mes yeux et me happe de son regard. Je n'ai pas bougé d'un pouce depuis que j'ai trouvé refuge auprès de cette fenêtre ; Leta, en revanche, s'est dangereusement approchée de ma sphère intime, cette sphère aux parois invisibles qui m'entoure. Devrais-je reculer ? Cillerai-je, si elle se décale un peu plus vers moi ? (Ai-je envie de le savoir ?) Telles sont les angoisses de mes pensées : suis-je trop proche ? pas assez ? Jusqu'à quel point peut-on faire plier la bienséance lorsque l'on est amies ? Serait-il décent de m'accouder aussi à ce rebord de fenêtre qui semble si inconfortable mais qui abolirait quelques centimètres supplémentaires entre nous ? Et pourquoi diable suis-je en train de jauger la distance qui nous sépare comme s'il s'agissait d'un vulgaire problème à résoudre, pourquoi suis-je en train de compliquer l'instant présent plus que de raison ?

Je n'ai pas le temps de trancher, et à vrai dire, ce n'est pas plus mal. Voilà que ses mots font s'entremêler l'excuse et le reproche ; mais tout, à cet instant, jusque dans sa façon de me les dire, me pousse à étirer mes lèvres en un sourire, alors même que son rire retentit. Je ne pense même pas à me repentir, pour lui avoir lancé ce « J'imagine », puisque c'est probablement la chose la plus naturelle qui me soit venue aujourd'hui.

« Seulement ceux de réflexion. »

C'est vrai, après tout. Je ne peux pas résister à un casse-tête, je me débrouille plutôt bien aux échecs, j'ai de la logique à revendre. Je crois que Leta est moins terre-à-terre, et pourtant c'est elle qui me propose cette accalmie au milieu de la tempête qui nous accable. Mon cœur balance, parce que j'ai une telle envie de me vider la tête, de trouver le moyen d'interrompre le cours du temps, de ne plus croire en rien si ce n'est en elle, le temps de tirer mes pensées au clair. Mais je n'ai jamais pu résister à l'appel du jeu, quel qu'il soit.

« Tu n'as qu'à penser à quelque chose, et j'essaierai de deviner. Un sort, un lieu, n'importe quoi. »

Tenter rien qu'un instant de lire l'esprit de celle qui me fait face. N'est-ce pas là la pièce manquante du puzzle ?

belle, romantique, rouge (Paige 2026)

29 avr. 2025, 07:55
Leta de Ruby
Où comment Leta s’est préparée à ce rendez-vous non amoureux.
EH

Aujourd'hui, la jeune Blackbirds avait mis un peu plus d’une heure à s’apprêter. Sa douche et le passage par la phase de maquillage avaient sûrement pris le plus de temps. Leta avait d’abord opté pour deux couleurs de fard à paupières : bleu pour l’intérieur et violet pour l’extérieur, la transition étant évidemment fondue. C’était certes peu visible, mais suffisamment affirmé, tout comme les fines couches d’eye-liner et de mascara qu’elle avait appliquées juste après. Il ne lui restait ensuite plus qu’un blush rose à poser sur ses joues, ainsi qu’une couleur douce de coquelicot pour orner ses lèvres. Leta ne voulait pas forcément paraître naturelle, non, aujourd’hui elle se voulait coquette.

Le plus compliqué fut le choix de sa tenue : elle avait bien trop d’options.
Elle essaya quelques ensembles sans être transcendée, puis enfila une robe blanche dont la dentelle faisait presque tout le charme. Cette robe avait un décolleté droit, donc Leta porta logiquement un long collier, duquel le pendentif rouge (d’une couleur presque Ruby) reposait tranquillement à la limite de la poitrine de la jeune fille. Elle ne prit pas de collants au vu de la chaleur à venir : elle qui aimait les corsets s’était même résignée à ne prendre qu’un bandeau pour faire office de brassière.

Puis l’heure était déjà passée, s’habiller prenait du temps, surtout lorsqu’on le faisait pour faire plaisir à autre que soi..
Image
IH

J’ai pensé à quelque chosd, essayes de trouver. Tu as droit à 11 questions. Je laisse planer l’information. Si tu perds...

Je passe ma langue sur ma lèvre supérieure par provocation pour laisser place à un sourire sincère.

... si tu perds tu as un gage. Dis-je à voix basse.

Crépuscule.

FSCM - 19 ans - Fille de papier.

31 août 2025, 20:20
Leta de Ruby
Image

24 août 2048
•••

À la voir ainsi, diaphane à la lumière du jour, j'ai peur de confondre à nouveau mes rêves pour la réalité. Le tissu blanc qui ondule au rythme de la brise me paraît matérialiser le vent. Il semblerait presque que la présence de Leta n'est qu'illusion. Elle m'est un vrai mirage et si je m'approche trop, je risque bien de la faire s'envoler à tout jamais.
Par intervalles, il me semble revivre les moments que j'ai passés ailleurs, mais que nous n'avons jamais vraiment partagés. Tous ces intermèdes dont elle tenait le premier rôle au beau milieu de mon imagination, les voilà qui resurgissent et dansent devant mes yeux, effacent le monde autour pour laisser place à d'autres réalités, comme autant de calques d'un même dessin.

Est-ce ma suggestion qui vient de redonner des couleurs à son visage ? Les mots qu'elle ajoute, prononcés avec l'innocence la plus coupable du monde, pourraient presque empourprer mes joues. À la place, je m'efforce de réprimer un sourire, m'intimant dans le même temps de me prêter au jeu, de réfléchir à une question et de me ressaisir un peu.

« Très bien. »

Voyons voir. Onze questions, cela me laisse un peu de marge. Cela veut aussi dire que Leta m'estime capable d'identifier ce à quoi elle pense en ce moment même ; rien de trop fantasque, donc. Il doit s'agir de quelque chose qui provoque déjà son intérêt en temps normal. Et puis, elle s'est décidée en quelques instants : quelque chose qui lui tient à cœur, quelque chose à quoi il lui est facile de penser. Quand je me lance enfin, les temps morts qui espacent mes répliques ne parviennent à dissimuler complètement mon impatience d'en savoir davantage.

« Est-ce un être vivant ? Est-ce lié à la magie ? Lié à toi ? »

Que dire de plus ? Rien — je suis suspendue à ses lèvres.

belle, romantique, rouge (Paige 2026)

8 sept. 2025, 11:49
Leta de Ruby
IH

J'ai cru attendre 1000 ans sa réponse. Le temps semblait s'étirer, tellement s'étirer que je ne savais même plus quel jour on était. Et pourtant, en y réfléchissant bien, j'avais l'impression de l'avoir accueillie à peine 5 minutes plus tôt à l'entrée de la Demeure. Puis évidemment, comme pour me contredire, elle répondit.

« Est-ce un être vivant ? »
Techniquement... non

« Est-ce lié à la magie ? »
Au dernières nouvelles, je crois pas.

« Lié à toi ? »
Comment dire... c'est plutôt l'inverse, je crois ?


Je pense avoir manqué de générosité : mon mot et la restriction de questions semblent plutôt ardue. Est-ce que je devrais changer de vocable ? Lui laisser plus de chances ?

N'oublie pas le gage, susurre une vois dans ma tête.

Pauvre Ruby, je tiens trop à ce gage. Le sourire succinct que j'arbore en dit long sur mes arrières pensées mais la jolie blonde en face de moi n'en saura pas plus.

Figures toi que tu as tout faux !

Je réponds avec cette fois-ci les joues tirées, les dents visibles, mon expression narquoise est digne de la beauté de Rub-
Je, je n'allais quand même pas penser ça ? Si ? Le doute m'assaille. Une phrase me revient soudainement en tête, tête que je tourne immédiatement vers la fenêtre pour cacher à Ruby ce rouge qui me monte aux joues.

Maman a dit : "Leta, en grandissant, tu tomberas bien sur quelqu'un qui tu aimes et qui t'aimeras en retour. C'est une chose que le cerveau peut ignorer et te connaissant je préfère te le dire maintenant : écoute ton corps lorsqu'il palpitera, il ne sait pas mentir."

Je pose ma main sur ma poitrine pour y sentir mon cœur danser joyeusement.
Et j'ose enfin retourner ma tête en plante mes yeux dans les siens avec curiosité.
Punaise de punaise, est-ce que c'est ça palpiter ?

FSCM - 19 ans - Fille de papier.

24 sept. 2025, 19:05
Leta de Ruby
24 août 2048
•••

« Gagné ! », m'exclamé-je intérieurement, à la vue de l'éclat de sourire qui habille un instant son visage. J'ai vu juste, alors ! Vivant, magique, relié à elle. Il ne me reste plus qu'à hasarder une réponse qui aurait pour point commun les trois critères que je viens d'énoncer, et l'affaire est dans le sac. N'est-ce pas, Leta ?

« Figure toi que tu as tout faux ! »

...

Elle se fiche de moi. Elle se fiche royalement de moi. Elle se joue de moi et me nargue avec joie. Mon regard vient s'aimanter au sien à la vitesse de la lumière. Son sourire, lui, est revenu. Mes yeux à moi lancent des éclairs. Mon silence et ma mine boudeuse sont tout ce qu'il reste de mon éloquence. Je suis surprise, interloquée, contrariée, agacée, vexée et en plus, il ne me reste que huit questions.
Je me résigne à faire appel à mon imagination et à ma logique une fois de plus. C'est que je m'impatienterais presque de trouver ce qui occupe ses pensées.

« Un objet alors ? »

Elle s'est détournée, mais dans mon entêtement je continue à fixer son profil dans l'espoir d'y lire un indice, rien qu'un petit quelque chose qui me mettrait sur la piste. Que croit-elle ? J'ai bien l'intention de trouver coûte que coûte ce mot qui résonne dans son esprit ; je ne me satisfais pas si facilement des défaites. A-t-elle vu quelque chose autour de nous qui l'aurait inspirée ? Sa chambre est après tout son univers, malle à souvenirs en trois dimensions.

« Dans cette pièce ? »

Mon cœur fait un bond lorsque ses prunelles rencontrent enfin les miennes, et confrontent mon air extrêmement sérieux, et mes sourcils qui se froncent d'obstination. Pourtant, cette couche d'assurance qui me recouvre pourrait bien vite s'écailler comme de la peinture au soleil. Moi qui aime tant que tout soit clair et sous contrôle, je ne maîtrise pas grand chose à cet instant. Pire encore : avec ses regards et ses sourires, je n'ai aucune foutue idée de là où elle m'emmène.
« Leta, est-ce bien sage ? » retentit en moi comme la sixième question que je ne lui poserai pas.

belle, romantique, rouge (Paige 2026)

26 sept. 2025, 15:18
Leta de Ruby
IH

Je souris tant bien que mal face aux réponses de Ruby, et même si je concède que son esprit est vif...

C'est encore un échec. Désolée

Et c'est vrai, je suis réellement désolée, j'aimerais au moins qu'elle soit proche du but mais avec déjà la moitié dans questions consommées et sans réel indice…

Comment dire, comment faire pour lui donner une piste sans prononcer un mot ?
Je ne sais pas. Enfin, je crois.

Puis sans aucun rapport :

Dis, encore désolée mais, tu trouves pas que l'ambiance est bizarre ? Je me sens comme gênée. Enfin, je suppose que si je suis pas folle tu dois bien ressentir la même chose non ? Bref je voulais te le dire parce que, fiou, ça me compresse tout mon… cœur ? Depuis tout à l'heure j'y pense et, heu, pas que depuis tout à l'heure en fait, à chaque fois que je te vois je me sens comme une petite souris. Enfin euh, pas une souris qui a peur hein, une souris qui… en fait même pas une souris, oublie la petite souris. C'est plutôt que, que je me sens bizarre, genre, tu vois quoi… ?

Dis.


Oui ?

T'es folle ou quoi !? La petite voix au fond de mon crâne vient presque de crier.


Alors seulement je réalise. Est-ce que par le plus grand des hasards je viens de dévoiler à Ruby que lorsque je suis avec elle, j'ai des sentiments ? J'ai pas exprimé lesquels mais punaise, elle s'en fout, elle va tirer sa propre conclusion qui sera forcément fausse.

Fause tu dis hein. Ahahah. S'exclame encore la voix.


Je mord ma lèvre de stupeur, je ne transpire pas mais j'ai l'impression de nager, la chaleur m'étouffe et mon cœur est comme serré par une main (probablement celle de Ruby par ailleurs).

Je ne sais pas quoi dire. Faut-il vraiment qu'elle essaye de trouver le mot ? Aura-t-elle vraiment un gage ? Si oui lequel ?

A cet instant précis je me déteste tellement.
Et je te déteste toi aussi, je déteste quand tu as raison Maman.

FSCM - 19 ans - Fille de papier.

3 oct. 2025, 09:30
Leta de Ruby
24 août 2048
•••

Cette fois, je ne me fais pas avoir par son rictus : une satisfaction pour elle, un bien mauvais présage pour moi. Et lorsqu'elle m'annonce l'échec auquel son fichu — mais joli — sourire m'avait préparée, je me renfrogne encore un peu plus. « Heureusement que c'est toi, Leta » je pense, mi-amusée mi-franchement-agacée par la situation. Très bien, s'il me faut jouer encore un peu plus longtemps, alors je joue, je continue la partie. Tant pis s'il me reste une infinité de possibilités, et tant pis si je dois user jusqu'à la toute dernière de mes questions ; très chère Leta, je finirai bien par t'arracher les mots que tu as enfouis en secret au plus profond de toi.

Un sort, un lieu, n'importe quoi. Un végétal. Un concept peut-être. Un aliment, qui sait. Un sentiment ? « Dis, encore désolée mais... » Au beau milieu de ma très sérieuse litanie, c'est là qu'elle m'interrompt tout net.

Elle m'interrompt et je devine, non, je sais parfaitement au ton de voix qu'elle emploie que ce qu'elle s'apprête à dire n'a rien à voir avec le petit jeu auquel je me raccroche désespérément depuis cinq minutes, ce jeu qui occulte grossièrement toutes mes autres pensées comme si ma logique pouvait suffire à éteindre le reste de mon cerveau, à faire taire toutes ces idées que je ne contrôle pas, ces vertiges qu'on appelle émotions. Mon ventre se noue à l'idée d'entendre un mot de plus mais on ne peut pas arrêter ces choses là, celles qui sortent du cœur, et Leta semble bien décidée à étaler le sien devant moi comme si je pouvais y faire quoi que ce soit.

Alors à la place, je l'écoute parler, mon corps en apparence plus calme que jamais, plus figé qu'une statue de sel mais bel et bien secoué par toutes mes tempêtes intérieures. Mon visage se décompose petit à petit. Je ne respire plus. Mon cœur est une pierre qui pèse lourd, là tout au fond de mon estomac. Je sais, je sais toute l'ampleur de ce qu'elle me décrit parce que ces mains invisibles qui la compressent de toutes leurs forces, ces mains impitoyables, elles se chargent aussi de moi.

Elle me le dit avec des mots si simples, et pourtant elle complique tout, elle s'emmêle avec ses explications mais elle n'a pas besoin d'aller plus loin. Tout prend bien trop de sens en quelques secondes. J'ai la bouche trop sèche et le souffle trop court. Comme il est étrange qu'une personne si paisible puisse déclencher en moi de si grands cataclysmes.

D'abord, je ne dis rien, assommée par ses paroles qui sonnent comme un aveu. Un aveu trop grand, trop compliqué à digérer comme ça, l'air de rien, entre une devinette et deux ou trois banalités. Je ne sais pas quoi en faire, moi, de son aveu, je ne sais pas où le mettre ni où l'entreposer en attendant d'y réfléchir scrupuleusement. Je me sens toute empotée avec son aveu sur les bras, et c'est une sensation que je n'aime pas du tout. Je voudrais tant m'en débarrasser, mais ses mots ne veulent pas quitter mon crâne. Tu vois, quoi ? Ai-je seulement envie de voir ?

J'aimerais dire quelque chose de normal dans le genre de « Je suis désolée que ton cœur soit tout compressé » ou bien « Tiens peux-tu nous préparer du thé ? » mais rien ne sort. Je suis tétanisée parce que j'ai la sourde impression que chaque mot prononcé pourrait changer à tout jamais le cours des choses, et je ne suis pas prête à cela.

Lentement, j'ouvre enfin la bouche et me décide à parler.

« J'ai toujours été très proche de mes amies. Je suis désolée si ça te perturbe. Je... C'est drôle je me sens comme gênée, et ça me compresse le cœur encore et encore, et puis à chaque fois que je la vois je me sens toute bizarre. Est-ce que je peux faire quelque chose pour que tu te sentes mieux ? »

En disant cela, dans un mouvement irréfléchi, je lui attrape la main, comme on témoignerait sa sympathie à quelqu'un qui en aurait bien besoin. Le cœur décide, l'esprit rechigne mais le corps, cette fois, obéit.

belle, romantique, rouge (Paige 2026)