Pétillant comme un bon champagne E.M

Erwan l’emmènerait dans un salon de thé inconnu de la française ? Un joli café en Écosse ? Une glacerie au bord de la Manche ? Ou bien le Café du Rosier ? Madame Pieddodu ? Ah, Grands Ancêtres, non. Alice gardait de biens vilains souvenirs de Pré-au-Lard. A moins qu’il s’agisse de bons souvenirs ? La frontière entre les deux étaient fine… et embuée de vapeur d’alcool.
Enfin, Erwan allait mettre un terme à l’excitation d’une Alice heureuse de profiter de la journée avec un véritable fils de Grande-Bretagne.
Et… le véritable fille de Grande-Bretagne ne savait pas où emmenée Alice. Comme ce fut décevant. Alice sentit ses épaules retombées, contrairement à son sourire qui restait là, comme par politesse. A moins qu’il ne reste là, tiré comme une marionnette par l’excitation d’Erwan ? C’était bien probable.
Invitée à le faire, Alice quitta la boutique de Weasley. Aussitôt un pied dehors, Alice remis ses jolies lunettes de Soleil sur ses yeux fragiles. Elle dégaina sa baguette, fit osciller son poignet et fit jaillir de son extrémité une ombrelle dont la couleur ivoire se mariait à merveille avec le rouge opéra de sa robe.

Alice se tourna pour observer l’accoutrement d’Erwan. Un choix vestimentaire ô combien Sans-Pouvoir. La chemise passait encore. Mais ce pantalon ? Etait-ce… du jean ? Oui. C’était bien cela. Son couturier, monsieur Félicien, avait un jour eu l’idée saugrenue d’associer cette curieuse matière à de la blonde de Caen pour créer un corset. L’idée était de casser les codes de la mode sorcière. Comme attendu, le corset fut affreux, bien qu’au goût de monsieur Félicien. Alice le suspectait de ne pas être totalement objectif lorsqu’il s’agissait de ses propres créations. Un mal que partageait de nombreux artistes.

L’oeil d’Alice se mit à pétiller sitôt qu’il fut mention d’un établissement disposant d’une cour et d’un arbre. Une terrasse ? Quelle merveilleuse idée. Alice aurait souffert de se cloîtrer entre quatre murs alors que le Soleil les accompagnait.
Alice marchait aux côtés d’Erwan tout en le laissant les guider.

« Je suis charmée par l’idée d’un verre partagé à l’ombre d’un arbre », dit-elle en tournant la tête vers lui. Elle lui sourit joliment. « Je ne suis nullement contre le fait d’aller dans un lieu Sans-Pouvoir pour se faire… je crains juste que mes … particularités physiques n’attirent l’oeil, vois-tu ? Pour avoir déjà mangé à Glasgow un… comment appellent-ils cela… tu sais, ce plat où sont jetés divers légumes ou viande entre deux tranches de pain… oh, le nom me reviendra. Quoi qu’il en soit, je souffrirai d’être un phénomène de foire. Alors… pourquoi pas ce… Pitiponk ? »

Spécialiste en Lutin de cuir | Diplômée de Beauxbâtons | 2 ème année GEAD | Caméléon de 2050 & Romantique de 2050

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Le regard d’Alice posé sur sa tenue, même si Erwan ne voyait pas ses yeux, semblait jugeant. Mais elle n’en dit rien. Il n’était pas si mal habillé. Certes il n’était pas aussi classe qu’elle, mais qui l’était ? Sûrement tout un tas de jeunes hommes de bonnes familles qui lui tournaient autour en soignant leur paraître pour obtenir d’elle ce qu’elle n’était pas prête à leur offrir. Des bellâtres bien soignés, bien habillés, fiers de leur enveloppe extérieure, mais aux valeurs et intentions douteuses. Erwan préférait sa simple chemise blanche qui mettait bien plus son corps en valeur que le couturier qui l’avait conçue. Elle n’était pas revenue le voir pour sa garde-robe, c’était évident. Elle l’avait vu au bord de mer avec un pull et une veste, elle savait à quoi s’en tenir… Erwan se plaisait à penser, avec une pointe d’arrogance et une grande part de vérité, que sa valeur se cachait plus à l’intérieur qu’à l’extérieur. Il n’avait plus qu’à le montrer à Alice… Mais… Était-il en train de devenir ce qu’Alice détestait ? Un homme de plus qui avait succombé à ses charmes, prêt à se donner en spectacle pour obtenir la moindre petite faveur… La réponse à son interrogation résonna en lui d’une agréable musique. Non. Il était bien plus que ça. Ses sentiments n’étaient pas nés d’un quelconque intérêt pour son nom, son sang ou quoi que ce soit d’autre. Ça lui était tombé dessus comme la nuit tombe tous les soirs, comme une vérité indéniable qui s’impose à soi quand bien même on voudrait que ce soit autrement. Son seul choix dans cette situation était de se montrer attentif à ces sentiments là où il aurait pu les ignorer. Ça devenait donc pour lui une évidence, il ne pouvait pas devenir ce qu’Alice détestait chez les hommes, il ne pouvait devenir que quelque chose de positif.

Le sourire qu’elle lui donna le conforta dans cette idée. Elle ne connaissait probablement pas le Pitiponk, mais Erwan préférait s’accrocher au positif. C’était sa plus profonde nature. Il posa rapidement dans sa tête les pour et les contre, puis se résigna à l’idée de l’y amener. En juillet, la plupart des étudiants avaient déserté l’établissement, et il était encore tôt dans la journée, probablement que la cour intérieure du bar serait vide. La beauté du lieu devrait, il y croyait, satisfaire Alice. Le beau temps invitait Erwan à vouloir profiter de la petite demi-heure de marche qui les séparait du Pitiponk, mais peut-être qu’Alice voudrait s’éviter cette balade du côté du Londres moldu. «Je ne laisserai personne faire de toi un phénomène de foire ! Bien que je doute que tu aies besoin de moi pour ça… Les moldus ont tellement de plats où il y a de la viande et des légumes dans du pain, la plupart sont succulents. Mais le Pitiponk est bien sorcier ! Si tu es charmée par l’idée, je suis charmé tout court. En sortant par le Chaudron Baveur, on peut y être en une petite demi-heure de marche via le côté moldu, mais si tu préfères éviter on peut transplaner à côté. C’est comme tu préfères.». Si Erwan avait dû choisir, ils auraient marché. Il aurait évidemment fait le choix qui lui garantissait d’étendre le plus possible ce moment. Il savait d’expérience que cela pouvait s’arrêter subitement… Au fond de lui, il espérait que ses fameux plans qui l’empêchaient d’attendre qu’il termine de travailler n’étaient qu’une excuse pour obtenir plus vite ce qu’elle voulait. Ainsi, peut-être verraient-ils une nouvelle fois la nuit tomber. La cour intérieure du Pitiponk devenait sublime quand la lumière déclinante venait se mêler aux éclairages magiques disposés un peu partout… Ce n’était pas la beauté de la côte bretonne évidemment, mais il ne voyait pas mieux ici à Londres.

Voyageur amateur ~ Digne héritier de l’esprit Weasley ~ commerçant en herbe

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Alice n’aimait pas l’imprévu. Non pas pour une quelconque raison de difficulté à s’adapter à ce qu’elle n’avait point envisagée. Elle aimait simplement que tout soit scrupuleusement organisé.
Pourtant, Alice était ici, avec Erwan, à marcher vers une destination dont elle ne savait rien. Cette incartade ne lui ressemblait pas. Entrer dans une boutique pour y débusquer son employé ? Pas plus. Mais Alice ne le regrettait pas. Pour le moment, tout du moins. Alice s’en irait si elle venait à ressentir ne serait-ce qu’une once de regret.

« Une demi-heure de marche ? Oh, cela ira » répondit Alice. Marcher ne l’effrayait pas tant qu’elle portait de bonnes chaussures. Ce qui était le cas aujourd’hui. De belles petites bottines victoriennes en cuir glacé d’un noir profond, agrémentées de boutons de métal doré le long de la cheville, le tout suspendu sur six centimètres de talon. Encore une belle performance de monsieur Félicien.

Néanmoins, déambuler ainsi vêtue dans la rue Sans-Pouvoir, ses cheveux blancs libres comme l’air, renvoyait Alice à des souvenirs qu’elle n’appréciait que peu. Quand bien même l’histoire du Secret Magique brisé s’était étonnement bien terminé, la française ne préférait pas tenter le Diable. Elle ne croyait pas à un oubli général. Il restait forcément des Sans-Pouvoir convaincus de l’existence des Sorciers. Alice, avec sa peau pâle, ses cheveux blancs et ses yeux gris étaient remarquable. Ce n’était pas pour rien que ses ancêtres avaient failli être décimés par les Sans-Pouvoir, des siècles de cela.

Tout en marchant, Alice fit disparaître son ombrelle. Elle glissa sa main dans son sac pour en sortir une petite pierre noire lisse, aussi simple que celle que l’on trouve dans les rivières en été. Quelques mouvements de baguette, et la pierre noire se métamorphosa en Fedora noir. Alice le déposa sur sa tête. Elle en lissa les bords, ajusta ses boucles et lorsqu’elle se sentit parfaite, elle tourna la tête vers Erwan dans un sourire. Elle voulait s’assurer qu’elle était aussi discrète que jolie. Le visage de l’ancien Poufsouffle lui donnerait toutes les informations qu’elle désirait obtenir, Alice n’en doutait pas un seul instant.

« Et qu’est-ce que le… Pitiponk ? Je n’en ai jamais entendu parler. »

Pourtant, Alice avait pour frère un pèlerin de la boisson. Peut-être s’agissait-il d’un établissement dépourvu d’alcool ? L’idée lui plaisait.

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Erwan aimait l’imprévu. Oui, il rencontrait parfois quelques difficultés à s’adapter à ce qu’il n’avait point envisagé, mais il aimait simplement que tout ne soit pas scrupuleusement organisé. Du coup, Erwan était ici, avec elle, à fuir le travail alors qu’il lui restait deux heures. Cette incartade ne lui ressemblait pas. Reconnaître ses sentiments en laissant de côté le jeu du charme passager ? Pas plus. Mais Erwan ne le regrettait pas. Pour le moment, tout du moins. Il faudrait qu’Alice s’en aille à nouveau en plein milieu d’un bel échange pour qu’il regrette.

En attendant, elle était là, à ses côtés et prête à marcher jusqu’au bar. Cela réjouissait Erwan au plus haut point. Tout allait bien mieux depuis qu’Alice était revenue dans sa vie. Son seul inconfort pour le moment était ces papillons qui faisaient une course de balais dans son ventre… Alors qu’ils se dirigeaient vers la sortie du Chemin de Traverse, Alice transforma une petite pierre en un magnifique chapeau qui, comme tout ce qu’il avait vu sur elle jusqu’à maintenant, lui allait à merveille. Il lui rendit son sourire avec un hochement de tête approbateur. «C’est dommage de cacher tes si beaux cheveux, mais c’est parfait.». Il voulait lui clamer à quel point il la trouvait belle et séduisante, mais ne savait-elle pas déjà tout cela ? Outre les goujats qui n’avaient d’yeux que pour son corps et les rapaces qui ne voyaient en elle qu’un bon parti, elle avait dû entendre ça mille fois, deux mille fois ! Les mots qu’elle avait eus une semaine auparavant en disaient long sur l’image qu’elle se faisait des intentions des hommes. Erwan ne voulait pas l’induire en erreur en prononçant ces mots, ses yeux se chargeaient de lui montrer. Ce regard désintéressé que l’on pose avec tendresse sur la beauté d’une femme, Erwan ne l’avait plus eu depuis des années…

Sa question confirmait qu’elle n’avait pas la moindre idée de ce qu’était le Pitiponk… Une ancienne connaissance de Poudlard aurait pourtant pu l’y emmener, mais sûrement que même ce cercle-là fréquentait des établissements bien plus prétentieux. «C’est un bar caché dans le quartier de Soho. Il attire beaucoup de monde dans l’année, beaucoup d’étudiants de tout le Royaume-Uni, mais on y trouve des sorcières et sorciers de tous âges. À cette heure en juillet, je pense qu’on y sera au calme.». C’était sa crainte du moment alors qu’ils arrivaient du côté moldu de Londres. Erwan avait peur que le bar soit peuplé de groupes trop bruyants ou alcoolisés, comme ça arrivait parfois, et qu’Alice ne reporte son jugement sur son choix… Lui non plus n’aurait aimé ça, mais d’habitude il ne s’en serait pas formalisé. Il était donc bel et bien en train de vouloir impressionner Alice !? La même musique bienveillante que plus tôt résonna ; non, il voulait juste qu’elle se sente bien et si elle se sentait bien avec lui, alors c’était encore mieux. Comme il s’en doutait, même s’il faisait preuve d’une vigilance accrue, personne ne semblait porter plus d’attention à Alice qu’elle n’en méritait. Londres, et particulièrement ce quartier, comptait une diversité de personnes qui rendait la différence une norme.

Comme c’était plaisant de marcher à ses côtés… Il arrivait parfois à Erwan d’avoir un côté un peu anxieux sur certaines choses, mais Alice ne laissait en lui aucune place à un tel sentiment. Si ça avait été le cas, peut-être aurait-il commencé à questionner la perspicacité de son laisser-aller dans ses sentiments, la probabilité qu’Alice ressente un jour la même chose, la capacité qu’il aurait à la rendre véritablement heureuse… Mais non. Elle avait sur lui l’effet d’un sortilège d’allégresse… Il était tout simplement bien et n’importe qui d’attentif aurait pu le voir, à son sourire, à sa démarche, au bruit assourdissant que faisait son cœur quand les yeux d’Alice croisaient les siens. Et s’il regrettait qu’elle porte à nouveau son masque du quotidien, il se réjouissait juste de l’avoir vu tomber un jour. «Je suis vraiment heureux que tu sois revenue me voir Alice… Je crois que j’avais peur que ce soit de belles paroles, une forme de politesse pour me quitter plus facilement l’autre soir. Mais il faut croire que je me suis trompé…». Toujours le même sourire. Toujours la même vérité. Ce n’était pas un reproche, juste l’expression de ce qu’il ressentait.

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Les compliments qu’Alice recevait pour ses cheveux étaient ceux qu’elle préférait. Ils n’étaient pas simples à entretenir. Ils étaient épais, sensibles à l’humidité, capricieux. Ils étaient longs, et se coinçaient parfois dans les poignées de porte ou sous son coude lorsqu’elle se réveillait. Ils étaient si pâles que la moindre poussière prise dans ses boucles se repérait de loin.
Mais ils étaient aussi son héritage. Celui des Sangblanc bien sûr, mais aussi celui de Grand-Mère Elisabeth. Alice était la seule à arborer ces boucles si chères au cœur de ceux qui l’avaient connue de son vivant. Lorsque Père, Grand-Père, tante Élise, tante Pauline ou oncle Léon la regardaient, ils souriaient parfois avec une douce nostalgie en repeignant les boucles de noir, effaçant les traits du visage d’Alice. Ce don, la Française le portait avec fierté. De cela, Erwan n’en saurait rien. Il attribuerait sûrement son sourire lumineux à la simple satisfaction d’avoir été complimentée sur son apparence.

Alice l’écouta en suite lui en dire plus sur le Pitiponk. L’idée d’un bar caché, repère des jeunes étudiants de Grande-Bretagne, séduisait la jeune fille. Peut-être serait-ce son propre repère lorsqu’elle rejoindra la Grande Ecole de l’Art du Duel ? Alice pourrait peut-être y emmener Aliosus ?

« Je l’espère », répondit-elle. « Il serait regrettable de devoir faire demi-tour. De ce que j’ai compris, tu ne saurais pas où nous emmener. » Alice lui glissa une œillade mutine, son sourire en coin. Alice se contenterait de n’importe quel établissement tant que cela lui permettait de continuer à voir Erwan sourire.
Il ne s’en rendait sans doute pas compte, mais il était un second souffle pour Alice. A ses côtés, elle pouvait se reposer entre deux batailles. Alice était sur le point de déclencher une guerre dont il n’avait aucune idée. Que cela reste ainsi.

Le Londres des Sans-Pouvoir s’ouvrait devant eux. Comme toujours, Alice s’y sentait étouffée. Tout y était trop grand, trop odorant, trop bruyant. Londres la ramenait des années en arrière. Elle était encore une enfant que le monde avait bousculé un peu trop fort bien trop de fois.
Instinctivement, comme elle l’aurait fait plus jeune, Alice s’était rapproché d’Erwan. Pas assez pour le frôler, mais assez pour que le parfum qu’elle avait choisi ce matin effleure ses narines. Il sentait la lavande sèche, adoucie par un iris poudré qui la voilait sans l’étouffer. Rien de sucré, rien de vulgaire, simplement une fraîcheur élégante. Père lui avait offert un jour, lors d’un déplacement dans le Paris sorcier.

Le sourire d’Erwan était un baume pour le cœur dont Alice n’avait pas pressenti le besoin. Le jeune homme dégageait une telle joie tranquille qu’elle se sentait naturellement plus heureuse à ses côtés malgré tout le poids qui pesait sur ses épaules. Elle souriait, elle aussi. Bien qu’avec plus de subtilité, elle souriait cependant.

« Vous apprendrez, monsieur, que je pense toujours ce que je dis. Si je te promets quelque chose, ce ne sera jamais dans le vent. » Alice ponctua ses mots plein de son accent français d’un sourire sincère. Quelle parjure ferait-elle si elle rompait des promesses aussi dérisoires ?

Alice glissa une boucle sauvageonne derrière son oreille.

« Dis moi. As-tu revu des anciens camarades depuis que tu as quitté Poudlard ? Je ne me souviens plus très bien de qui composait ton entourage. »

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Tout comme Erwan s’était rapproché d’elle après avoir allumé un feu la semaine passée, Alice avait réduit l’écart entre eux deux. Était-ce par envie ou avait-elle réellement peur de ce monde moldu qui semblait lui être aussi familier qu’elle pourrait l’être avec une robe mal taillée ? La réponse importait peu ; il ne pouvait rien leur arriver, Erwan connaissait ce chemin comme sa poche. Avec les ailes dans son dos, les papillons dans son ventre et la baguette dans sa poche, ils déambulaient en toute sécurité. Rien ne pourrait ternir ce moment. Qu’importe ce qui pouvait expliquer cette proximité, le jeune homme s’en délectait. Il appréciait de sentir sa présence si proche, son doux parfum floral qui invitait ses sens à voyager d’autant plus. Il était charmé par les sourires contenus qu’elle rendait aux siens, qui étaient désormais comme gravés dans la roche. Même son accent devenait charmant… Il en était pourtant familier, toute sa famille française parlait avec cette curieuse façon de supprimer des lettres dans les mots et d’enlever les intonations qui rendaient parfois les phrases dures à comprendre. Pourtant dans la bouche d’Alice, cela devenait séduisant. Erwan n’avait pas totalement confiance en ses bases de français pour voir si elle aussi aurait trouvé ça charmant, ainsi lui répondit-il en anglais. «Je suis curieux de voir ce que tu pourrais me promettre…» Son regard gagna en intensité en disant cela, comme s’il la défiait de lui promettre ce qu’il avait envie d’entendre.

Il n’était pourtant pas dupe. Son attitude légère et bienveillante tenait de sa capacité à profiter de l’instant présent, il ne se leurrait cependant pas sur le fait qu’il vivait son idylle seul. Mais à quoi bon ne pas être positif ? Il se trouvait bien de la chance à vivre à deux sa solitude. Pour ne pas qu’Alice ressente son ton énamouré, il enchaîna rapidement sur la dernière question qu’elle lui avait posée. C’en était une bonne. Il ne voyait pas assez ses anciens camarades de Poudlard. Il avait cependant eu la chance en fin d’année scolaire de pouvoir retourner à Poudlard le temps d’une journée. Il y avait croisé bon nombre de ses anciens amis. «Pas assez à mon goût, mais oui j’ai pu revoir un peu de monde. Un peu ici et ailleurs. J’ai tenu un stand au salon de l’orientation à Poudlard en fin d’année, j’ai pu revoir plein de gens ! Mon entourage, tu sais, c’était un peu tout le monde. Surtout les Poufsouffle… J’étais content de tous les revoir, j’en ai même profité pour m’éclipser et retourner en salle commune. J’ai pu revoir Maddie, Eileen, Aliénor, tous les Poufsouffle encore là-bas. Je crois que j’étais même content de revoir Aelle… Ça me manque le château…» Il était rare qu’Erwan ne cède pas à un peu de nostalgie quand il repensait au château et à ses habitants. Alice connaîtrait peut-être ce sentiment, bien qu’elle avait été assez claire sur le fait qu’elle ne serait jamais vraiment séparée de ses anciens camarades d’école. Ils avançaient tranquillement, se rapprochant de la moitié du chemin, ils passeraient sous peu à l’angle de la rue qu’habitait Erwan. Il n’avait pas envie de penser à cette porte rouge qui ne refermait désormais plus rien d’autre que ses seules affaires et quelques affaires de Vihan… Il ancra d’autant plus son regard sur Alice, pour ne penser qu’à elle, pour se perdre dans ce que cette journée aurait de plus beau à lui offrir.

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Quel genre de breuvage le Pitiponk proposerait à Alice ? Peut-être des cocktails, comme aux Trois Balais ? Ou du thé à la rose délicat, comme au Café du Rosier ? La jeune sorcière se laisserait volontiers tentée par quelque chose bousculant ses habitudes. N’était-ce pas ce qu’elle était en train de faire ?
Alice avait bien assez de choses à faire, de mains à serrer, de plans à élaborer, des alliés à rencontrer… et pourtant, la voilà au coude à coude avec Erwan Martin à marcher à visage découvert dans la Londres des Sans-Pouvoir.
Ce petit écart lui plaisait bien plus qu’elle n’oserait le penser.

Alice jeta un regard de biais à Erwan pour capter le sien lorsqu’il prononça ses mots. Elle souriait, amusée par le jeu qu’il semblait prêt à recommencer.
Mais non.
Elle leva le menton en s’arrachant à son regard, les pommettes hautes et les yeux brillants d’une malice qu’elle assumait sans honte.

Erwan avait donc un entourage principalement composé de Poufsouffle. Rien d’étonnant à cela. Les maisons de Poudlard rassemblent les sorciers aux tempéraments communs et, de ce fait, favorisent les amitiés.
Maddie… Maddie, la petite amie de Jeffrey, était-ce bien cela ? Ah, Jeffrey… ce garçon avait marqué l’esprit d’Alice de bien des manières.
Eileen… il y avait trop de Eileen, et aucune n’avait reçu son attention.
Alienor, en revanche… l’ombre de Carry s’élevait derrière ce prénom. Étaient-ils amis ? Erwan avait-il connaissance l’amitié qui liaient les deux femmes ? Parvenait-il à considérer Alienor comme digne de son amitié malgré cette information ?
Ah, et Aelle à présent…

Le cerveau d’Alice tournait à plein régime, si bien qu’elle sentit à peine que ses sourcils s’étaient froncés. Un peu. Juste un peu.
Mais assez pour qu’elle corrige vite son attitude.

« Je vois. C’est une chance d’avoir pu revenir à Poudlard même après l’obtention de ton diplôme. »

Alice aurait aimé arpenter une dernière fois les couloirs de Poudlard. S’adosser aux vitres donnant sur les profondeurs du Lac Noir, et y poser son oreille pour entendre le chant des courants sous-marins. Beauxbâtons était tout ce dont Alice avait toujours rêvé… mais rien n’égalerait jamais les reflets verts moirés qui se répandaient sur le sol de la salle commune comme des éclats liquides d’émeraude.

Du bout de ses doigts diaphanes, Alice réajusta le bord de son chapeau. Elle contemplait la rue qu’elle voyait pour la première fois.

« Te rends-tu souvent au Pitiponk ? »

Était sous-entendu : « Vas-tu souvent t’encanailler dans des antres estudiantins, toi qui n’en es pas un ? »

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C’était effectivement une chance d’avoir pu retourner à Poudlard. Ce n’était pas donné à tout le monde. Pouvoir fouler à nouveau le sol du château, sentir l’odeur de la bibliothèque, taper une nouvelle fois le mot de passe de la salle commune sur les tonneaux qui menaient au terrier des Poufsouffle. Nombreux et nombreuses devaient être les anciens étudiants qui auraient donné beaucoup pour être à sa place. Mais ça ne lui avait pas permis de revoir Jeff, Cal, Elian, Minie et tant d’autres… L’âme de Poudlard se trouvait autant dans ses murs que dans les élèves qui vous accompagnaient à travers les sept années qui vous étaient offertes. Ou moins pour celles qui partaient pour Beauxbâtons… Que se serait-il passé si Alice était restée à Poudlard ? Erwan serait-il tombé sous son charme comme il le faisait aujourd’hui ? Aurait-il réussi à la faire sourire comme il y arrivait lors de cette balade ensoleillée ? Probablement pas. Entre ses années à n’avoir d’yeux que pour Eileen et celles qui suivirent où il n’avait d’yeux que pour toutes celles qui ne pouvaient pas combler son cœur, Alice n’aurait probablement jamais eu envie de lui sourire. Non, le destin en avait décidé autrement et c’était pour le mieux. Du moins Erwan en était persuadé. Ce combat interne ne disait pas son nom… Entre les moments où il réalisait qu’il n’était pas à la hauteur d’Alice et ceux où il lui semblait évident qu’il était le mieux placé pour la rendre heureuse, les contradictions semblaient se moquer du dit destin.

Erwan étant Erwan, il n’écouterait qu’une seule de ces deux voix évidemment. Celle qui le poussait vers le haut, celle qui ferait de lui une meilleure version de lui-même. Celle qui lui faisait miroiter le doux et fou rêve qu’il pourrait toucher Alice en plein cœur. C’était peut-être la voix qui le mènerait à se brûler les ailes et tomber de trop haut pour s’en sortir indemne, mais ça c’était un constat que seule la voix qu’il avait tacitement décidé de ne pas écouter pouvait faire… Alors il continuait de sourire, de s’émerveiller du simple fait de la voir réajuster son chapeau pour qu’elle soit parfaite aux yeux de celles et ceux qui pourraient la voir. Erwan la voyait, plus que jamais. Il s’arrêta dans sa marche et posa instinctivement sa main gauche sur son bras. Sans calcul ni arrière-pensée, lui-même fut surpris par ce geste, mais il était naturel. Elle était si proche de lui et elle lui posait la question ici, à l’angle de cette rue. «Pas si souvent non. Mais c’est le plus proche pour retrouver du monde. J’habite là, tu vois la porte rouge là-bas ?» Il lui indiqua de son autre main la porte de son appartement. Sa main toujours sur sa peau, des images d’Alice passant le pas de son domicile lui passèrent par la tête. Rien de déplacé, mais assez suggestif pour qu’il s’attelle à les chasser. En chassant ces agréables pensées, il ôta sa main de sa peau sans manquer d’effleurer sa peau de la caresse de son mouvement le plus qu’il le pouvait sans qu’il ait pourtant l’air de le faire. «J’y habite seul avec mon chat Malo maintenant. On continue ? C’est par là.» Il entreprit de faire un pas dans la direction du Pitiponk, vérifiant qu’Alice reprenait elle aussi leur balade. Il espérait revenir ici le plus tard possible. Si le destin était vraiment à l’œuvre, il ferait sûrement en sorte que leur rendez-vous improvisé dure encore et encore.

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D’une main sur son bras nu, Erwan invita Alice à s’arrêter avec lui. Dans cette rue ? Pourquoi donc ? Elle se tourna vers lui, ses interrogations cachées derrière ses verres fumées. Les deux sorciers étaient si proches désormais. Le détails du corps d’Erwan dessiné sous sa chemise lui avait échappé - peut-être volontairement - mais à présent, il était difficile d’en faire abstraction.
Il le fallait pourtant. Il serait inconvenant de regarder ainsi un homme… quand bien même le regard curieux d’Alice ne pouvait s’empêcher de cascader le long de la clavicule d’Erwan…
Alors elle bascula légèrement la tête en arrière pour conserver ses yeux dans les yeux. Verts comme deux éclats d’absinthe fanée, ourlées d’un soupçon d’or, qui semblaient danser avec la lumière. Une teinte douce et troublante, à l’image de ce moment suspendu entre eux.

Erwan désigna la porte rouge d’un appartement, dans cet angle de rue. Son appartement. Il était installé non loin de son lieu de travail, et proche du Pitiponk. S’agissait-il d’un choix stratégique ou d’une chance immobilière ? Alice ne connaissait pas suffisamment Erwan pour savoir si il était du genre à penser à chaque aspect de ce que chaque choix pourrait lui apporter. Alice lui poserait la question, plus tard.

Les doigts d’Erwan quittèrent son bras dans un semblant de caresse qui arrachèrent des frissons à la jeune femme, puis lui indiqua que derrière cette porte rouge se cachait son chat, Malo.
… Malo ?
Erwan fit un pas pour reprendre la route, mais pas Alice qui, secouée d’un rire léger, comme un sursaut, leva à nouveau les yeux vers lui.

« As-tu réellement appelé ton chat… Malo ? »

Le jeu de mot était inexistant pour un anglophone. Mais pour une française ?
Par Circée, pourquoi chaque Poufsouffle qui rencontrait le chemin d’Alice avait nommé son animaux comme une denrée alimentaire ?
Elicia et son chat Brocoli.
Erwan et son chat Malo.
Pour ce dernier, peut-être était-ce plus subtile encore. Alice lui connaissait à présent des origines bretonnes. Peut-être avait-il voulu nommer son chat selon la ville portuaire de Saint-Malo.
Ou bien avait-il voulu sciemment avoir un chat portant un nom de bonbon.
Depuis combien de temps Alice n’avait-elle pas englouti un chamallow ou, comme elle préférait le dire car il s’agissait de sa véritable appellation, une guimauve ?
Les papilles gustatives d’Alice furent traversées par des souvenirs.
Le moelleux d’un nuage à la vanille, fondant sous la langue avant même d’être mâchée.
L’odeur sucrée de ces sachets aux couleur pastel que Thomas lui avait un jour rapporter d’un voyage en Italie, remplis de ces étranges guimauves torsadées gorgées de citron et d’amande amère. « Tiens, petite vipère », lui avait-il lancé en déposant son tribut sur la table basse de sa chambre. « Ne mange pas tout d’un coup. » Les guimauves n’avaient passé la nuit.

Sans quitter Erwan des yeux, sans se perdre son sourire mi-moqueur mi-attendrie par le nom du chat, Alice recula vers la porte rouge.

« Et si j’ai plutôt envie de rencontrer le colocataire à fourrure de monsieur ? »

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Pétillant comme un bon champagne E.M
Erwan avait nommé son chat Malo en référence à la Bretagne, bien avant de découvrir que cela pouvait faire office de jeu de mots dans la langue de Molière. Ce chat avait d’ailleurs obtenu son nom avant même que ce ne soit officiellement le chat d’Erwan. Le Poufsouffle s’était occupé de lui alors qu’il était seul et affamé, le chaton à l’époque ne s’était laissé amadouer qu’à partir du moment où le jeune homme lui avait donné un nom. Le beurre des cuisines de Poudlard avait aussi probablement aidé à sa domestication… La référence bretonne s’était donc imposée. «Oui… Ah mais oui ! C’est vrai. Ma grand-mère m’avait expliqué qu’en français cela pouvait faire penser au marshmallow. Comment c’est déjà ? Chamalo ? Peu importe la langue, c’est vraiment super bon !». Erwan n’était pas difficile en termes de sucreries. Sa seule difficulté les concernant était de les éviter un maximum. Il avait pris deux kilos à partir du moment où il avait pu se rendre librement chez Honeydukes en troisième année, il s’en était aperçu sur son balai volant… Depuis, il s’astreignait à ne pas trop en manger.

Alors qu’Erwan espérait que son élan vers le Pitiponk n’augmente pas la distance à laquelle ils s’étaient habitués à marcher, voilà qu’Alice prenait la direction de son appartement… Elle voulait voir son chat. Chez lui. Tous les deux, seuls dans l’appartement où il habitait. Si Erwan était parvenu il y a tout juste un instant à chasser les images suggestives que son esprit avait créées en imaginant Alice venir chez lui, c’en était désormais fini. Les images étaient revenues en défonçant la porte par laquelle il les avait mises dehors. Alice dans ses bras, sentir son odeur en étant à son contact, ses lèvres contre les siennes, sentir sa peau contre la sienne… Bref, un joyeux festival de fantasmes qu’il n’aurait pas osé imaginer si elle n’avait pas évoqué cette possibilité. Erwan tenta de ralentir le rythme sur lequel les ailes dans son dos battaient. Alice n’avait que parlé de voir son chat, rien d’autre ! Et il était évident, non, probable, qu’elle ne veuille que voir son chat. Il prit le temps de faire une longue inspiration suivie d’une longue expiration avant de lui répondre, comme pour à nouveau chasser ce qui lui était naturellement venu à l’esprit. Ça ne suffisait pas à baisser son rythme cardiaque qui s’était emballé, mais c’était toujours ça de gagné. «Tu veux voir Malo ? Oui euh… oui, c’est possible. C’est une crème, tu peux que l’adorer ! Ce que “madame” voudra…». Il fit un simulacre de révérence pour rire de l’appellation qu’avait choisie Alice, mais aussi, et surtout, pour se détendre. Ça ne lui ressemblait pas de perdre ses moyens de cette façon alors qu’une aussi belle femme qu’elle proposait d’aller chez lui. Ça l’agaçait presque de se sentir si impuissant face à ses sentiments et cette sensation de vouloir bien faire pour lui plaire.

Jusqu’à aujourd’hui, Erwan n’y allait pas par quatre chemins avec les femmes. Il savait ce qu’il voulait et s’assurait très vite de ce que voulaient celles qui croisaient son chemin de séducteur. Soit ils étaient sur la même longueur d’onde et ne perdaient pas de temps en de futiles activités et discussions, soit ce n’était pas le cas et tout le monde était gagnant à ce qu’il ait été honnête et direct. Aujourd’hui cela n’avait rien à voir et ça déroutait grandement le jeune homme. La possibilité qu’ils puissent ne pas être sur la même longueur d’onde le rendait triste, puis il avait bizarrement envie de futilité, de discussions profondes qu’il aurait autrefois considérées comme une perte de temps. C’est ça, il voulait perdre son temps avec Alice, car avec elle rien ne serait perdu… Chaque seconde avec elle le comblait d’une joie à laquelle il n’était plus habitué… Une fois devant la porte rouge, les clefs dans la serrure, Erwan accepta la situation. Il ne maîtrisait quasiment rien, il était esclave de ses sentiments naissants, et tout allait bien. Il invita Alice à rentrer. Une fois qu’elle fut dans le couloir qui menait au salon, il referma la porte, pas tout à fait conscient de la tournure que prenait cette journée. Après s’être refait le film du tout début de sa journée, Erwan fut rassuré de se dire qu’une fois qu’Alice passerait l’embrasure de la porte, elle trouverait un salon en ordre et bien rangé. Il se serait senti mal d’avoir à la faire patienter ici le temps qu’il fasse le ménage pour l’accueillir ! «Mmhh alors… le connaissant, il doit faire la sieste en bas, soit sur mon lit, soit sur la fenêtre de la cuisine…».

Voyageur amateur ~ Digne héritier de l’esprit Weasley ~ commerçant en herbe