Pour tout l'or du monde
J'ai tant prié pour qu'elle reste à mes côtés qu'il serait si cruel de me l'enlever maintenant. J'attends, fébrile, le jugement qui voudra bien franchir ses lèvres. Je ne pense à rien d'autre. Je laisse tout de côté. Face à elle, le monde ne m'a jamais paru aussi insignifiant.
Ruby. Je me laisse envahir par les inflexions de sa voix et la façon dont elle prononce mon nom. Sur sa bouche, je l'ai entendu mille et une fois ; cette fois-ci, elle fait naître une douce chaleur au creux de mon plexus. Même la gravité du moment ne parvient pas à balayer ce que j'éprouve. Ce que j'éprouve pour elle, bon sang. Et surtout, surtout, sa voix a retrouvé toute la douceur qui l'habille ordinairement. J'y entends de l'affection, je crois. Est-ce du soulagement qui semble aussi éclore ? Serions-nous enfin en phase ? J’ai fini par croire que je n’aurais jamais eu droit à... La chaleur gagne du terrain autour de ma cage thoracique lorsqu'elle redit ce nous si cher à mon cœur. Et c'est là que je comprends. Rien, dans ce qu'elle ne m'avoue, ne semble augurer de ma chute ou de la sienne ; rien non plus qui soit là pour me faire flancher. Elle est vraiment heureuse, et c'est là ma réponse. Je voudrais qu'elle le répète encore et encore.
Si j'ai mené la conversation jusqu'à présent, elle semble prête à déverser tout ce qu'elle a tu pendant ces quatre interminables mois. Je ne savais pas si tu, si tu aimais, les... Je laisse échapper un petit rire. filles. Moi non plus Leta, je ne savais pas. Je suis aussi surprise que toi. J'espère toujours ne pas me tromper : c'est ce que je me dis parfois, à deux heures trente du matin lorsque je ne dors pas. Mais les émotions qui m'étreignent, maintenant que je te fais face et que tout devient plus beau, ces émotions ne sont pas de la contrefaçon. Et ça, personne ne pourrait s'y tromper.
Elle dit qu'elle a eu peur de me perdre. Ainsi cela nous fait un point commun. Je l'écoute attentivement, fascinée par tout ce qu'elle m'avoue à son tour. Elle me fait passer par tout un tas d'émotions, ce n'est pas nouveau, c'est même plutôt banal de le dire — mais c'est vrai. Mon cœur se serre lorsqu'elle mentionne concrètement les tourments qui l'ont tenaillée, la longue attente, ces maux dont j'ai été la seule cause et la seule maître. J'ouvre la bouche pour improviser une excuse, spontanée mais sincère, mais elle me connaît bien. Et non ! Ça n’est pas ta faute ! Je referme la bouche, mords mes lèvres en signe de regret et l'écoute poursuivre. Son cœur à elle est grand, et sa maturité force le respect. Elle ne me dispute pas. Elle ne m'humilie pas. Elle ne s'emporte pas, elle ne me blâme même pas. Elle me dit merci et je n'en crois pas mes oreilles.
Tu es belle, perspicace, et, et.. Je plante mes yeux dans les siens, rougissante mais heureuse lorsqu'elle me complimente sans crier gare. Dans ma vie, j'ai reçu toutes sortes de compliments de toutes sortes de personnes. Aucun ne saurait compter autant que ceux qu'elle me fait dans cette pièce, à cet instant où le cours des choses a déjà été changé. La fin de sa phrase me fait sourire, d'ailleurs. Elle peut se targuer de ce qu'elle veut, depuis le temps : elle a raison, et je hoche la tête pour le lui signifier.
Elle me rassérène, et tous les nerfs qui avaient construit brique par brique mon angoisse se relâchent à mesure qu'elle vide son sac. Je suis heureuse, elle le redit, je suis heureuse aussi, Leta, si tu savais, oui je suis heureuse tout court en fait.
Je... Ses pensées précèdent les miennes, je suis prête à être... ou les suivent, à être ta... au final je ne sais plus très bien, petite copine ? mes idées bégayent et hésitent elles aussi petite amie ? mais Leta trouve le courage de les formuler Petite amie, oui et tout ce qui compte, à la fin, c'est joli c'est cette harmonie qui accorde nos deux âmes. Elle continue de m'arracher des rires légers, tant elle se perd au milieu de son flot de paroles. Non, je n'ai pas de surnom, mais je te cède volontiers mon prénom pour en faire ce que tu souhaites. Tu peux m'appeler Rue. Ou Ruby. Ou ce que tu veux. Ne te fais pas tant de souci. Tout m'apparaît si simple, à présent.
J'arbore toujours un léger sourire face au fait accompli, je ne suis même pas bien sûre de réaliser ce qui vient de se passer en l'espace de quelques minutes. J'aurai tout le temps d'y repenser plus tard. Et au tournant de chacune de ses hésitations, Même, euuh, même les plus doucement prononcées, elle parvient encore à me faire perdre contenance, t'embrasser ça parait bizarre... Oh Leta, as-tu eu le temps de voir mon cœur tomber, pris de court par ta sincérité, par ces mots insensés et ce fichu trouble que tu sèmes en moi ? Non, probablement que non. Est-ce qu’on fera ça un jour ? Oui, probablement que oui. Je crois que tu ne racontes pas n'importe quoi Leta. Je crois que j'ai compris exactement tout ce que tu m'as dit.
La salle m'apparaît plus captivante que jamais. Je peux voir le reflet de Leta sur chacune des surfaces de cette pièce, contempler son visage partout à la fois ; partout où je pose les yeux elle est là ; partout dans mon esprit elle est là aussi. Elle me dit qu'elle a froid, aux mains. J'ai un remède pour cela, il s'impose comme une évidence et je n'ai même pas à réfléchir deux fois. J'esquisse un mouvement en avant, je réduis de quelques centimètres le vide entre nos deux corps Donne je lui intime avec douceur et j'enveloppe ses mains de mes deux paumes.
Je ne sais même plus si j'ai froid, si j'ai chaud, je crois surtout que les fièvres se jouent bien de moi. Ma peau diffuse ces extrêmes contre les doigts gelés qu'elle a rejoints. C'est mieux ? N'est-ce pas mieux ainsi, mieux qu'hier, mieux que ce matin, quand nos cœurs recelaient encore des secrets et que le monde n'avait pas encore basculé ?
Je baisse la tête, les yeux rivés sur nos mains entrelacées, sur ce contact qui n'est pas notre premier mais qui semble pourtant tout nouveau. Je prends conscience de ma poitrine qui se soulève au rythme de mon souffle, avec mes battements intérieurs comme métronome. Mon pouce, timide, trace des lignes sur ses phalanges et sur les monts de sa chair. Merci de m'avoir dit tout ça. Je voudrais figer cet instant à tout jamais, rester auprès d'elle, immobile, pour ne pas risquer d'éclater la bulle précieuse qui nous entoure. Et pourtant... Merci. Pourtant sa proximité ne m'a jamais autant plu. Et la distance entre nous ne m'a jamais paru aussi inutile. Je suis heureuse aussi, tu sais. Heureuse que tu ne m'aies pas rejetée, que tu me laisses rester dans ta vie, que tu m'y accueilles sous un nouveau nom. Quand donc ai-je ressenti pour la dernière fois un bonheur aussi intense couler dans mes veines ? Plus heureuse que jamais.
Ruby. Je me laisse envahir par les inflexions de sa voix et la façon dont elle prononce mon nom. Sur sa bouche, je l'ai entendu mille et une fois ; cette fois-ci, elle fait naître une douce chaleur au creux de mon plexus. Même la gravité du moment ne parvient pas à balayer ce que j'éprouve. Ce que j'éprouve pour elle, bon sang. Et surtout, surtout, sa voix a retrouvé toute la douceur qui l'habille ordinairement. J'y entends de l'affection, je crois. Est-ce du soulagement qui semble aussi éclore ? Serions-nous enfin en phase ? J’ai fini par croire que je n’aurais jamais eu droit à... La chaleur gagne du terrain autour de ma cage thoracique lorsqu'elle redit ce nous si cher à mon cœur. Et c'est là que je comprends. Rien, dans ce qu'elle ne m'avoue, ne semble augurer de ma chute ou de la sienne ; rien non plus qui soit là pour me faire flancher. Elle est vraiment heureuse, et c'est là ma réponse. Je voudrais qu'elle le répète encore et encore.
Si j'ai mené la conversation jusqu'à présent, elle semble prête à déverser tout ce qu'elle a tu pendant ces quatre interminables mois. Je ne savais pas si tu, si tu aimais, les... Je laisse échapper un petit rire. filles. Moi non plus Leta, je ne savais pas. Je suis aussi surprise que toi. J'espère toujours ne pas me tromper : c'est ce que je me dis parfois, à deux heures trente du matin lorsque je ne dors pas. Mais les émotions qui m'étreignent, maintenant que je te fais face et que tout devient plus beau, ces émotions ne sont pas de la contrefaçon. Et ça, personne ne pourrait s'y tromper.
Elle dit qu'elle a eu peur de me perdre. Ainsi cela nous fait un point commun. Je l'écoute attentivement, fascinée par tout ce qu'elle m'avoue à son tour. Elle me fait passer par tout un tas d'émotions, ce n'est pas nouveau, c'est même plutôt banal de le dire — mais c'est vrai. Mon cœur se serre lorsqu'elle mentionne concrètement les tourments qui l'ont tenaillée, la longue attente, ces maux dont j'ai été la seule cause et la seule maître. J'ouvre la bouche pour improviser une excuse, spontanée mais sincère, mais elle me connaît bien. Et non ! Ça n’est pas ta faute ! Je referme la bouche, mords mes lèvres en signe de regret et l'écoute poursuivre. Son cœur à elle est grand, et sa maturité force le respect. Elle ne me dispute pas. Elle ne m'humilie pas. Elle ne s'emporte pas, elle ne me blâme même pas. Elle me dit merci et je n'en crois pas mes oreilles.
Tu es belle, perspicace, et, et.. Je plante mes yeux dans les siens, rougissante mais heureuse lorsqu'elle me complimente sans crier gare. Dans ma vie, j'ai reçu toutes sortes de compliments de toutes sortes de personnes. Aucun ne saurait compter autant que ceux qu'elle me fait dans cette pièce, à cet instant où le cours des choses a déjà été changé. La fin de sa phrase me fait sourire, d'ailleurs. Elle peut se targuer de ce qu'elle veut, depuis le temps : elle a raison, et je hoche la tête pour le lui signifier.
Elle me rassérène, et tous les nerfs qui avaient construit brique par brique mon angoisse se relâchent à mesure qu'elle vide son sac. Je suis heureuse, elle le redit, je suis heureuse aussi, Leta, si tu savais, oui je suis heureuse tout court en fait.
Je... Ses pensées précèdent les miennes, je suis prête à être... ou les suivent, à être ta... au final je ne sais plus très bien, petite copine ? mes idées bégayent et hésitent elles aussi petite amie ? mais Leta trouve le courage de les formuler Petite amie, oui et tout ce qui compte, à la fin, c'est joli c'est cette harmonie qui accorde nos deux âmes. Elle continue de m'arracher des rires légers, tant elle se perd au milieu de son flot de paroles. Non, je n'ai pas de surnom, mais je te cède volontiers mon prénom pour en faire ce que tu souhaites. Tu peux m'appeler Rue. Ou Ruby. Ou ce que tu veux. Ne te fais pas tant de souci. Tout m'apparaît si simple, à présent.
J'arbore toujours un léger sourire face au fait accompli, je ne suis même pas bien sûre de réaliser ce qui vient de se passer en l'espace de quelques minutes. J'aurai tout le temps d'y repenser plus tard. Et au tournant de chacune de ses hésitations, Même, euuh, même les plus doucement prononcées, elle parvient encore à me faire perdre contenance, t'embrasser ça parait bizarre... Oh Leta, as-tu eu le temps de voir mon cœur tomber, pris de court par ta sincérité, par ces mots insensés et ce fichu trouble que tu sèmes en moi ? Non, probablement que non. Est-ce qu’on fera ça un jour ? Oui, probablement que oui. Je crois que tu ne racontes pas n'importe quoi Leta. Je crois que j'ai compris exactement tout ce que tu m'as dit.
La salle m'apparaît plus captivante que jamais. Je peux voir le reflet de Leta sur chacune des surfaces de cette pièce, contempler son visage partout à la fois ; partout où je pose les yeux elle est là ; partout dans mon esprit elle est là aussi. Elle me dit qu'elle a froid, aux mains. J'ai un remède pour cela, il s'impose comme une évidence et je n'ai même pas à réfléchir deux fois. J'esquisse un mouvement en avant, je réduis de quelques centimètres le vide entre nos deux corps Donne je lui intime avec douceur et j'enveloppe ses mains de mes deux paumes.
Je ne sais même plus si j'ai froid, si j'ai chaud, je crois surtout que les fièvres se jouent bien de moi. Ma peau diffuse ces extrêmes contre les doigts gelés qu'elle a rejoints. C'est mieux ? N'est-ce pas mieux ainsi, mieux qu'hier, mieux que ce matin, quand nos cœurs recelaient encore des secrets et que le monde n'avait pas encore basculé ?
Je baisse la tête, les yeux rivés sur nos mains entrelacées, sur ce contact qui n'est pas notre premier mais qui semble pourtant tout nouveau. Je prends conscience de ma poitrine qui se soulève au rythme de mon souffle, avec mes battements intérieurs comme métronome. Mon pouce, timide, trace des lignes sur ses phalanges et sur les monts de sa chair. Merci de m'avoir dit tout ça. Je voudrais figer cet instant à tout jamais, rester auprès d'elle, immobile, pour ne pas risquer d'éclater la bulle précieuse qui nous entoure. Et pourtant... Merci. Pourtant sa proximité ne m'a jamais autant plu. Et la distance entre nous ne m'a jamais paru aussi inutile. Je suis heureuse aussi, tu sais. Heureuse que tu ne m'aies pas rejetée, que tu me laisses rester dans ta vie, que tu m'y accueilles sous un nouveau nom. Quand donc ai-je ressenti pour la dernière fois un bonheur aussi intense couler dans mes veines ? Plus heureuse que jamais.
Ruby-Amber, Gryffone alchimiste, bijou bientôt rouillé
Pour tout l'or du monde
Le fait que tu prennes mes mains ne me surprend pas : j'avais exprimé ma sensation exactement pour que tu fasse ça. Non ce qui me surprend c'est là où nous en sommes. C'est donc fini ? L'attente est finie ? Nous sommes ensembles pour de bon ? Je veux me pincer, compter mes doigts, me prouver qu'il ne s'agit pas d'un énième rêve dont je sors à chaque fois émue. Nous voilà donc deux filles heureuses se tenant les mains, avouant notre amour. Je suis stupéfaite car je n'avais jamais imaginé cette fin là. Heureuse et douce. Tu as répondu à toutes mes interrogations. Ruby, Rue, laisse moi plonger dans ce regard qu'est le tien. Si mes mains étaient froide, je te laisse imaginer où est partie toute la chaleur de mon corps. Mon cœur tambourine si fort qu'il risque d'éclater ma cage thoracique pour finir à nos pieds. Je te fixe, t'analyse, encore et encore, comme si je ne te connaissais pas. Mais je ne te connais pas totalement. Je mords ma langue et ferme les yeux de frustration. Il est si tôt. Tout tourne trop vite. Je ne te vois plus, pourtant tu es si proche. Ne disparaît pas s'il te plaît. Que ce rêve dure éternellement. Tu es vraiment proche. C'est toi cette fois-ci qui a avancé vers moi. Il ne me reste plus qu'à combler le peu d'espace entre nous. Est-ce le goût du sang qui emplit ma bouche ? Non, évidemment. C'est le goût de l'amour.
Je rouvre les yeux. Tu n'as pas disparu, je te vois même avec une qualité nouvelle. Celle des derniers 20 centimètres qui nous séparent. Mais pourquoi donc existent-ils ? Ruby. Ruby. Ruby. Ton pouce continue de jouer avec ma main. C'est insensé de pouvoir ressentir ce genre de trucs. Evidemment que j'en meurs d'envie. De frôler ton nez avec le mien. De délicatement t'offrir mes lèvres bouillantes. Mais toi Ruby, brûles-tu aussi ? Est-ce qu'on fera ça un jour ? Tu as répondu oui. Ce jour, quand est-il ? Je le veux maintenant. Dans la minute. Quelle impatiente que je suis. Ou pas, je t'ai attendue si longtemps. Ruby, je suis tienne. Ta petite amie. Nous sommes à nous. C'est beau. Te voir aussi radiante me comble tant. Sois heureuse toute ta vie, ça te rend si jolie.
Je suis vraiment sur le fil. Un fil si mince. Proche de casser. Je m'extirpe de tes mains chaudes et pose les miennes sur tes deux joues. Tu l'avais vu venir, j'en suis sûre. Si cette action là n'est pas assez subtile, je ne comprends plus rien. Tes yeux sont magnifiques, je peux sans aucun doute discerner les différentes variations de couleurs, des touches de gris et ce bleu évidemment. Pourquoi est-ce que je tourne autour du pot. Tu sais, je sais, nous savons. Je ferme les yeux et lentement, très lentement. Mon visage se meut dans une trajectoire que jamais il n'avait prit auparavant, son vecteur est le tien.
Je rouvre les yeux. Tu n'as pas disparu, je te vois même avec une qualité nouvelle. Celle des derniers 20 centimètres qui nous séparent. Mais pourquoi donc existent-ils ? Ruby. Ruby. Ruby. Ton pouce continue de jouer avec ma main. C'est insensé de pouvoir ressentir ce genre de trucs. Evidemment que j'en meurs d'envie. De frôler ton nez avec le mien. De délicatement t'offrir mes lèvres bouillantes. Mais toi Ruby, brûles-tu aussi ? Est-ce qu'on fera ça un jour ? Tu as répondu oui. Ce jour, quand est-il ? Je le veux maintenant. Dans la minute. Quelle impatiente que je suis. Ou pas, je t'ai attendue si longtemps. Ruby, je suis tienne. Ta petite amie. Nous sommes à nous. C'est beau. Te voir aussi radiante me comble tant. Sois heureuse toute ta vie, ça te rend si jolie.
Je suis vraiment sur le fil. Un fil si mince. Proche de casser. Je m'extirpe de tes mains chaudes et pose les miennes sur tes deux joues. Tu l'avais vu venir, j'en suis sûre. Si cette action là n'est pas assez subtile, je ne comprends plus rien. Tes yeux sont magnifiques, je peux sans aucun doute discerner les différentes variations de couleurs, des touches de gris et ce bleu évidemment. Pourquoi est-ce que je tourne autour du pot. Tu sais, je sais, nous savons. Je ferme les yeux et lentement, très lentement. Mon visage se meut dans une trajectoire que jamais il n'avait prit auparavant, son vecteur est le tien.
Pour tout l'or du monde
Je n'ose pas relever la tête et croiser son regard, par peur de ce que je pourrais y lire. De la tendresse, sans doute. Mon cœur rate un battement. Se pourrait-il que j'accepte de lire l'amour au fond de ses prunelles pour la première fois ? Sans me défiler, sans me voiler la face comme je l'ai fait si souvent ? Et que j'accepte d'être regardée comme elle me regarde, comme une amoureuse ? Si je percute ses pupilles, j'ai l'impression que je me consumerai toute entière. Je peux sentir la curiosité de ses yeux posés sur moi, la brûlure de ce regard qui sait si bien me contempler, qui cherche et trouvera sans doute ce qu'il est avide de découvrir.
Tout est tellement nouveau. Je m'intime de respirer, au risque d'oublier et puis de suffoquer. J'ai pris conscience il y a quelques secondes de la tension grandissante entre nous, aussi fragile qu'un mur de coton, aussi robuste qu'une tige de roseau. Était-il idiot de me rapprocher ? Ce n'était qu'un réflexe, peut-être une pulsion instinctive. Mais ce faisant, je lui ai tendu la main, ouvert les bras et même déployé un tapis rouge pour ce qu'elle s'apprête à faire. Bien sûr qu'elle se ranime et encadre mon visage de ses deux mains désormais réchauffées, confirmant toutes mes craintes et tous mes espoirs. Un éclair de panique crispe mon ventre. Je ne suis pas idiote et je pressens violemment ce qui va suivre. Une scène évidente pour quiconque l'observerait dans l'ombre depuis un quart d'heure, à vrai dire ; mais une scène qui s'apprête tout de même à bousculer mes pensées. Prise au dépourvu, je le suis un peu, et, et, et cette fois je ne peux pas faire semblant. Parce que tout est réciproque. Les sentiments, l'envie d'être avec elle, et cette autre envie qui m'attire inexorablement vers elle, qui me murmure à l'oreille de réduire à néant cet espace dérisoire entre nous, entre son doux visage et le mien. Je ne sais pas quoi faire, hormis me rendre à l'évidence. Je ne peux que m'abandonner à sa décision, ce mouvement en avant qu'elle opère à son tour.
Je ne sais pas comment m'y prendre mais je n'ai plus le temps de réfléchir. Intuitivement, mes paupières se referment. Et comme pour rétablir l'ordre naturel du cosmos, mes lèvres rencontrent les siennes.
Brusquement, tout fait sens, tout s'éteint autour de nous. Je me laisse faire, un peu sonnée par son culot mais déjà ivre de cette intimité. Je ne remarque même pas ma main qui se réfugie dans sa chevelure. Plus grand chose ne saurait exister, à vrai dire, si ce n'est son souffle mêlé au mien et les battements de nos cœurs qui se coordonnent enfin.
Je suis son rythme et la volonté de sa bouche, me laissant guider comme la débutante que je suis au jeu de l'amour et des baisers. Je crois que mon ventre est maintenant saturé par le bonheur. Tous mes doutes se sont volatilisés, et puis je me fiche bien qu'elle me trouve inexpérimentée. J'embrasse Leta Blackbirds et c'est tout ce qui m'importe à cet instant.
Et puis, aussi soudainement qu'il s'était établi, le contact se rompt. Nos visages se distancent, nos deux corps se reculent légèrement. Je peux enfin la regarder. J'ai probablement l'air un peu étourdie par ce qui vient de se passer, un demi-sourire incrédule qui flotte encore sur mes traits, et mes yeux qui brillent comme jamais ils n'ont encore brillé. Je suis à court de mots pour oser commenter ce qui vient d'arriver alors j'élargis simplement mon sourire, tandis qu'un petit rire vient se perdre entre nous. Je ne voudrais échanger ma place avec personne d'autre, pas même pour tout l'or du monde.
Tout est tellement nouveau. Je m'intime de respirer, au risque d'oublier et puis de suffoquer. J'ai pris conscience il y a quelques secondes de la tension grandissante entre nous, aussi fragile qu'un mur de coton, aussi robuste qu'une tige de roseau. Était-il idiot de me rapprocher ? Ce n'était qu'un réflexe, peut-être une pulsion instinctive. Mais ce faisant, je lui ai tendu la main, ouvert les bras et même déployé un tapis rouge pour ce qu'elle s'apprête à faire. Bien sûr qu'elle se ranime et encadre mon visage de ses deux mains désormais réchauffées, confirmant toutes mes craintes et tous mes espoirs. Un éclair de panique crispe mon ventre. Je ne suis pas idiote et je pressens violemment ce qui va suivre. Une scène évidente pour quiconque l'observerait dans l'ombre depuis un quart d'heure, à vrai dire ; mais une scène qui s'apprête tout de même à bousculer mes pensées. Prise au dépourvu, je le suis un peu, et, et, et cette fois je ne peux pas faire semblant. Parce que tout est réciproque. Les sentiments, l'envie d'être avec elle, et cette autre envie qui m'attire inexorablement vers elle, qui me murmure à l'oreille de réduire à néant cet espace dérisoire entre nous, entre son doux visage et le mien. Je ne sais pas quoi faire, hormis me rendre à l'évidence. Je ne peux que m'abandonner à sa décision, ce mouvement en avant qu'elle opère à son tour.
Je ne sais pas comment m'y prendre mais je n'ai plus le temps de réfléchir. Intuitivement, mes paupières se referment. Et comme pour rétablir l'ordre naturel du cosmos, mes lèvres rencontrent les siennes.
Brusquement, tout fait sens, tout s'éteint autour de nous. Je me laisse faire, un peu sonnée par son culot mais déjà ivre de cette intimité. Je ne remarque même pas ma main qui se réfugie dans sa chevelure. Plus grand chose ne saurait exister, à vrai dire, si ce n'est son souffle mêlé au mien et les battements de nos cœurs qui se coordonnent enfin.
Je suis son rythme et la volonté de sa bouche, me laissant guider comme la débutante que je suis au jeu de l'amour et des baisers. Je crois que mon ventre est maintenant saturé par le bonheur. Tous mes doutes se sont volatilisés, et puis je me fiche bien qu'elle me trouve inexpérimentée. J'embrasse Leta Blackbirds et c'est tout ce qui m'importe à cet instant.
Et puis, aussi soudainement qu'il s'était établi, le contact se rompt. Nos visages se distancent, nos deux corps se reculent légèrement. Je peux enfin la regarder. J'ai probablement l'air un peu étourdie par ce qui vient de se passer, un demi-sourire incrédule qui flotte encore sur mes traits, et mes yeux qui brillent comme jamais ils n'ont encore brillé. Je suis à court de mots pour oser commenter ce qui vient d'arriver alors j'élargis simplement mon sourire, tandis qu'un petit rire vient se perdre entre nous. Je ne voudrais échanger ma place avec personne d'autre, pas même pour tout l'or du monde.
Ruby-Amber, Gryffone alchimiste, bijou bientôt rouillé
Pour tout l'or du monde
Et les voilà qui s'embrassent sous les regards stupéfaits
des précédentes générations gravées dans l'or.
des précédentes générations gravées dans l'or.
Lorsque nos deux corps se détachent, j'ai l'impression que rien n'a changé. On est toujours le 4 janvier. J'ai toujours 16 ans, presque 17. Il fait aussi froid dans cette salle qu'il y a 10 minutes. Et pourtant. Pourtant un nouveau monde s'ouvrait franchement à moi : le tien, qu'allais-je donc y découvrir ? Des monts et merveilles ? Une petite copine attachiante ? Pas vraiment la peine de faire des plans sur la comète, je veux être surprise par ce que l'on deviendra. Mais j'ai hâte de vivre toutes ces premières fois, avec toi. Je rougis rien qu'en y pensant et je sens grandir en moi cette sensation qui donne envie de se mordre la lèvre doucement. Bien évidemment, je me mords la lèvre doucement. Voilà que tu as ouvert ma boîte de Pandore, j'espère que tu es prête à en subir les conséquences Ruby Everheart.
L'air est léger, il me donne envie de pleurer. Une larme coule alors joyeusement le long de ma joue. J'écrase ma manche pour la virer dans un grand sourire. Je t'observe, tu es resplendissante. Papa sera ravi d'apprendre la nouvelle. Peut-être tentera-t-il de me rayer de cette arbre généalogique pur que forment les Blackbirds ? Tout a si peu d'importance aujourd'hui... Qu'il le fasse et je le détruirai, le déshonorerai. Très cher Papa, je suis la tornade qui s'apprête à tout ravager chez toi si tu n'es pas bien préparés.
Il y a plein de trophées autour de nous, je ne les discernes qu'à peine. Ce sont pourtant de grandes victoires, d'honorables noms, d'anciennes fiertés. Non, je n'ai d'yeux que pour toi : j'aurai vendu tout l'or du monde pour me retrouver à ma place. Putain, comment on a fait pour en arriver là ? Je repense logiquement à cette première rencontre et rigole franchement.
Est-ce qu'on peut dire que c'est un rêve qui se réalise ? demandé-je en souriant.
Je te raccompagne à ton dortoir ? J'ai des émotions à canaliser ahah. Je fais une grimace pour accentuer ma phrase et pour ne pas t'inquiéter.
[...]
Devant le portrait de la Grosse Dame
Devant le portrait de la Grosse Dame
Ruby Everheart a écrit :Elle quitte son côté pour lui faire face, observe son visage, ses lèvres, hésite, amorce une accolade avant d'abandonner l'idée et de lui voler un baiser à la place — avec l'intention délibérée de prendre les devants, cette fois-ci. Et puis elle sourit une fois de plus, avant de murmurer Bonne soirée et de s'effacer derrière le tableau.
[...]
Me voilà assise sur mon lit, changée, toute propre. Je n'en reviens pas. Vraiment. Je suis stupéfaite. Quelle journée, enfin, quelle soirée. Je m'allonge, cale ma tête dans mon oreiller et ferme les yeux. Puis je tombe tout simplement dans un sommeil de plomb, une jolie blonde me rendant parfois visite dans quelques rêveries des plus pétillantes.