Serons
Son oui fait s'agiter mon cœur, réponse à la fois espérée et inopinée ; avant que je ne comprenne qu'elle répond à ma première interrogation — toi oui ? —, ce qui alourdit un peu plus le poids au fond de ma poitrine. C'est oui, alors.
Ça me fait tout drôle de l'entendre formulé, comme si un univers parallèle que je n'avais jamais daigné considérer devenait soudain réalité. Bien sûr, Leta s'empresse de me donner des éclaircissements et je l'écoute patiemment, laissant parvenir jusqu'à mes oreilles des explications que je ne discerne qu'à moitié dans mon esprit brumeux.
« Pourquoi ? » Dis-moi tout, Leta, sous le feu de mon regard. « Parce que. » Ma méfiance amusée s'accentue. « Parce que je crois que moi oui. » Elle cache bel et bien quelque chose. « Je nous imagine et... » Elle rougit, sa réaction machinale lorsque ses émois finissent par avoir raison d'elle. Un sourire en coin satisfait se dessine sur mes lèvres et je détourne légèrement la tête pour le dissimuler. Qu'importent nos mystères réciproques, je la connais comme elle me connaît et son attitude suffit à me livrer le reste de sa pensée : elle tait les mêmes secrets que moi.
« Moi aussi j’ai une question pour toi. »
La jolie brune capte une fois de plus mon attention en changeant la donne, renversant les rapports de force. C'est à qui saura prendre l'avantage, maintenant. Toutes nos questions cachaient des réponses, des aveux à demi-mot, mais les siennes semblent vouloir lever chaque doute et chaque ambiguïté. Mes yeux de nouveau rivés au fond des siens, je penche un peu la tête, à l'écoute de ce qu'elle s'apprête à me dire.
« Est-ce que t’aimer rendrait les choses vraies, intenses, sérieuses ? Ne le sont-elles pas déjà ? »
Une vague de chaleur me submerge de l'intérieur, frappe mon cœur de plein fouet. C'est dit avec tant de simplicité, comme une solution évidente à laquelle je n'avais pas vraiment pensé. Ça dénoue les dizaines de nœuds que mon cerveau avait formé durant des mois sans jamais parvenir à s'en dépêtrer. Je me suis habituée à l'espèce d'entre-deux qui définit notre lien, sorte de dévotion réciproque qui ne peut plus être appelée amitié mais qui attend d'être nommée amour. Le mot a toujours flotté dans l'air, bien sûr, devenant presque cruellement tangible par moments. Mais maintenant que Leta crève l'abcès, la vérité me saute aux yeux. Je n'ai rien vu venir, l'esprit emprisonné par des ruminations qui m'enserraient chaque jour un peu plus.
Alors j'ouvre la bouche pour lui signifier mon accord tout entier, lui adresser des mots francs, et lui redire ma tendresse et ma joie, qui a refait surface, de partager son avis, et tant d'autres émotions fulgurantes qui papillonnent dans mon ventre l'espace de quelques fractions de seconde. Mais elle parle avant moi. Impériale, elle prend le dessus et gagne la manche. Elle n'a eu qu'à me dire je t'aime.
Je la fixe avec le regard de celle qui découvre sous un jour nouveau le langage de l'amour. Je l'ai très bien entendue, ses paroles se répercutent même en écho contre les murs de ma conscience. Le temps semble s'être complètement arrêté ; ma respiration, c'est certain. Pourtant, plus les secondes s'écoulent, plus elles m'éloignent de cet épanchement solennel, d'une confession que je voudrais garder près de mon cœur à tout jamais. Ses mots doux sont de ceux que je voudrais attraper avec mes mains pour ne pas qu'ils deviennent mirage. C'est à moi de prendre la parole, maintenant, je sais que c'est à mon tour — mais Leta m'a privée de tous mes mots. Alors je laisse s'exprimer mon corps. Mon index vient effleurer son menton et, délicatement, j'approche ses lèvres des miennes.
Un baiser suffit pour sceller en un souffle tout ce que je veux lui dire. C'est aussi bien un aveu qu'une reddition absolue à ma bien-aimée, et sa bouche me rappelle par sa douceur pourquoi j'y reviens à chaque fois. Mes doutes sont bien loin, ils sont déjà dissipés par cette félicité qui m'enivre peu à peu. Je n'en ai aucune envie mais je dois pourtant me détacher d'elle et reculer d'un pas. C'est en amorçant ce mouvement, encore à quelques centimètres de son visage, que je lui retourne la confidence. Je me fends une nouvelle fois d'un sourire qui découvre mes dents et murmure inévitablement « Moi aussi, je t'aime. »
Nouvelle explosion de sentiments au fond de mon âme. Je crois revivre toutes ces fois où ma relation avec Leta passait un nouveau cap, sur fond de soulagement et d'exaltation. Je ne m'habituerai décidément jamais à ces sensations qui me sont étrangères. Mais la douceur de l'instant, au final, ne mérite pas que je me torture l'esprit. Mieux : elle rend complètement insignifiant l'éloignement qui nous guette. Leta est à mes côtés, ici ou ailleurs ; j'ai son amour en poche et le bonheur en bandoulière.
D'un geste, je désigne les cages et les terrariums qui nous encerclent.
« On va faire un tour ? »
Ça me fait tout drôle de l'entendre formulé, comme si un univers parallèle que je n'avais jamais daigné considérer devenait soudain réalité. Bien sûr, Leta s'empresse de me donner des éclaircissements et je l'écoute patiemment, laissant parvenir jusqu'à mes oreilles des explications que je ne discerne qu'à moitié dans mon esprit brumeux.
« Pourquoi ? » Dis-moi tout, Leta, sous le feu de mon regard. « Parce que. » Ma méfiance amusée s'accentue. « Parce que je crois que moi oui. » Elle cache bel et bien quelque chose. « Je nous imagine et... » Elle rougit, sa réaction machinale lorsque ses émois finissent par avoir raison d'elle. Un sourire en coin satisfait se dessine sur mes lèvres et je détourne légèrement la tête pour le dissimuler. Qu'importent nos mystères réciproques, je la connais comme elle me connaît et son attitude suffit à me livrer le reste de sa pensée : elle tait les mêmes secrets que moi.
« Moi aussi j’ai une question pour toi. »
La jolie brune capte une fois de plus mon attention en changeant la donne, renversant les rapports de force. C'est à qui saura prendre l'avantage, maintenant. Toutes nos questions cachaient des réponses, des aveux à demi-mot, mais les siennes semblent vouloir lever chaque doute et chaque ambiguïté. Mes yeux de nouveau rivés au fond des siens, je penche un peu la tête, à l'écoute de ce qu'elle s'apprête à me dire.
« Est-ce que t’aimer rendrait les choses vraies, intenses, sérieuses ? Ne le sont-elles pas déjà ? »
Une vague de chaleur me submerge de l'intérieur, frappe mon cœur de plein fouet. C'est dit avec tant de simplicité, comme une solution évidente à laquelle je n'avais pas vraiment pensé. Ça dénoue les dizaines de nœuds que mon cerveau avait formé durant des mois sans jamais parvenir à s'en dépêtrer. Je me suis habituée à l'espèce d'entre-deux qui définit notre lien, sorte de dévotion réciproque qui ne peut plus être appelée amitié mais qui attend d'être nommée amour. Le mot a toujours flotté dans l'air, bien sûr, devenant presque cruellement tangible par moments. Mais maintenant que Leta crève l'abcès, la vérité me saute aux yeux. Je n'ai rien vu venir, l'esprit emprisonné par des ruminations qui m'enserraient chaque jour un peu plus.
Alors j'ouvre la bouche pour lui signifier mon accord tout entier, lui adresser des mots francs, et lui redire ma tendresse et ma joie, qui a refait surface, de partager son avis, et tant d'autres émotions fulgurantes qui papillonnent dans mon ventre l'espace de quelques fractions de seconde. Mais elle parle avant moi. Impériale, elle prend le dessus et gagne la manche. Elle n'a eu qu'à me dire je t'aime.
Je la fixe avec le regard de celle qui découvre sous un jour nouveau le langage de l'amour. Je l'ai très bien entendue, ses paroles se répercutent même en écho contre les murs de ma conscience. Le temps semble s'être complètement arrêté ; ma respiration, c'est certain. Pourtant, plus les secondes s'écoulent, plus elles m'éloignent de cet épanchement solennel, d'une confession que je voudrais garder près de mon cœur à tout jamais. Ses mots doux sont de ceux que je voudrais attraper avec mes mains pour ne pas qu'ils deviennent mirage. C'est à moi de prendre la parole, maintenant, je sais que c'est à mon tour — mais Leta m'a privée de tous mes mots. Alors je laisse s'exprimer mon corps. Mon index vient effleurer son menton et, délicatement, j'approche ses lèvres des miennes.
Un baiser suffit pour sceller en un souffle tout ce que je veux lui dire. C'est aussi bien un aveu qu'une reddition absolue à ma bien-aimée, et sa bouche me rappelle par sa douceur pourquoi j'y reviens à chaque fois. Mes doutes sont bien loin, ils sont déjà dissipés par cette félicité qui m'enivre peu à peu. Je n'en ai aucune envie mais je dois pourtant me détacher d'elle et reculer d'un pas. C'est en amorçant ce mouvement, encore à quelques centimètres de son visage, que je lui retourne la confidence. Je me fends une nouvelle fois d'un sourire qui découvre mes dents et murmure inévitablement « Moi aussi, je t'aime. »
Nouvelle explosion de sentiments au fond de mon âme. Je crois revivre toutes ces fois où ma relation avec Leta passait un nouveau cap, sur fond de soulagement et d'exaltation. Je ne m'habituerai décidément jamais à ces sensations qui me sont étrangères. Mais la douceur de l'instant, au final, ne mérite pas que je me torture l'esprit. Mieux : elle rend complètement insignifiant l'éloignement qui nous guette. Leta est à mes côtés, ici ou ailleurs ; j'ai son amour en poche et le bonheur en bandoulière.
D'un geste, je désigne les cages et les terrariums qui nous encerclent.
« On va faire un tour ? »
The prayer is all of me
That I'd be
Anywhere that you are
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That I'd be
Anywhere that you are
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Ruby-Amber, Gryffone alchimiste, bijou bientôt rouillé