Les cauchemars nous façonnent
Il gardait la tête baissée et, un instant, Joanne se demanda si elle n’aurait pas mieux fait de briser ce pont entre eux deux, si elle n’aurait pas mieux fait de s’en retourner dans ses appartements pour éviter de sentir cette fissure immense chez son collègue. Pourtant, elle demeura figée, les pieds profondément ancrés dans le sol et sa main posée doucement sur le torse de l’infirmier. Elle refusait de bouger, elle n’avait pas le droit de lui tourner le dos quand lui s’était acharné à l’aider quelques instants plutôt.
Le temps semblait suspendu à la décision de l’infirmier et Joanne attendait, patiemment, qu’il relève la tête vers elle. Ce qu’il finit par faire, bouleversant au passage les certitudes de la trentenaire : était-elle capable de l’aider ? Alors qu’elle attendait avec une certaine appréhension une réaction de son collègue, voilà qu’il relevait vers elle des yeux humides. Contre la paume de sa main, l’enseignante sentait presque les battements du cœur de l’infirmier, comme s’il s’apprêtait à sortir de sa poitrine pour bondir loin du couloir dans lequel ils se trouvaient. Inspirant doucement, la sorcière attendait le dénouement de cette situation, ses muscles tendus à l’extrême.
Et puis, les mots vinrent finalement le délivrer. Au début, elle ne comprenait pas vraiment. Elle percevait juste la tristesse omniprésente derrière les paroles de l’infirmier. Et puis, comme une douche froide, Rafael finit par admettre ce qui nouait ses entrailles, ce qui l’empêchait de dormir. Il avait perdu sa sœur dans l’attentat du Ministère de la Magie en 2042. Un frisson d’effroi passa le long de l’échine de la jeune femme. Elle ne voulait plus de sa famille mais devait faire avec, tandis que lui qui aimait sa sœur – ça se sentait, ça se voyait dans ses yeux – devait faire avec sa cruelle absence.
« Le monde est si terrible ». Elle ne savait quoi dire d’autre, ne pouvant plus retenir le flot des larmes qui inondaient ses yeux. Elle aurait tout donné pour échanger avec lui. Pour faire mourir les siens et lui ramener sa sœur. Pourtant elle le savait : c’était impossible. Alors dans un geste d’affection quelque peu désordonné, oubliant toute conscience professionnelle, la jeune femme laissa glisser sa main sur l’épaule de l’infirmier et l’attira à elle, doucement. Se blottissant contre lui tout en nouant ses bras autour de sa taille. Comme pour le bercer de cette terrible épreuve qui le hanterait encore pour de nombreuses nuits. « Je suis désolée pour elle … pour toi … ». Elle n’avait plus les mots. Les perles salées roulèrent silencieusement sur ses joues, laissant à Joanne une certaine amertume. Ce sentiment d’impuissance qu’elle n’aimait pas ressentir, elle le prenait de plein fouet en cette nuit d’insomnie.
Le temps semblait suspendu à la décision de l’infirmier et Joanne attendait, patiemment, qu’il relève la tête vers elle. Ce qu’il finit par faire, bouleversant au passage les certitudes de la trentenaire : était-elle capable de l’aider ? Alors qu’elle attendait avec une certaine appréhension une réaction de son collègue, voilà qu’il relevait vers elle des yeux humides. Contre la paume de sa main, l’enseignante sentait presque les battements du cœur de l’infirmier, comme s’il s’apprêtait à sortir de sa poitrine pour bondir loin du couloir dans lequel ils se trouvaient. Inspirant doucement, la sorcière attendait le dénouement de cette situation, ses muscles tendus à l’extrême.
Et puis, les mots vinrent finalement le délivrer. Au début, elle ne comprenait pas vraiment. Elle percevait juste la tristesse omniprésente derrière les paroles de l’infirmier. Et puis, comme une douche froide, Rafael finit par admettre ce qui nouait ses entrailles, ce qui l’empêchait de dormir. Il avait perdu sa sœur dans l’attentat du Ministère de la Magie en 2042. Un frisson d’effroi passa le long de l’échine de la jeune femme. Elle ne voulait plus de sa famille mais devait faire avec, tandis que lui qui aimait sa sœur – ça se sentait, ça se voyait dans ses yeux – devait faire avec sa cruelle absence.
« Le monde est si terrible ». Elle ne savait quoi dire d’autre, ne pouvant plus retenir le flot des larmes qui inondaient ses yeux. Elle aurait tout donné pour échanger avec lui. Pour faire mourir les siens et lui ramener sa sœur. Pourtant elle le savait : c’était impossible. Alors dans un geste d’affection quelque peu désordonné, oubliant toute conscience professionnelle, la jeune femme laissa glisser sa main sur l’épaule de l’infirmier et l’attira à elle, doucement. Se blottissant contre lui tout en nouant ses bras autour de sa taille. Comme pour le bercer de cette terrible épreuve qui le hanterait encore pour de nombreuses nuits. « Je suis désolée pour elle … pour toi … ». Elle n’avait plus les mots. Les perles salées roulèrent silencieusement sur ses joues, laissant à Joanne une certaine amertume. Ce sentiment d’impuissance qu’elle n’aimait pas ressentir, elle le prenait de plein fouet en cette nuit d’insomnie.
Les cauchemars nous façonnent
Rafael n’avait jamais réussi à dire tout cela à une personne qui ne connaissait pas sa situation. Cela faisait maintenant trois ans que sa soeur avait été assassinée et il n’avait jamais réussi à se montrer aussi fort. Fort à ses yeux, car aux yeux de sa collègue , ce ne devait pas être le cas, elle ne le voyait certainement pas comme tel. Il ressentit une pointe de culpabilité de se mettre dans un tel état alors que Joanne avait vécu bien pire. Rafael avait du faire face à une étape normal de la vie, la mort faisait partie des choses auxquels tout être humain était confronté. Seulement, il n’arrivait pas à accepter que ce soit l’une de ses sœurs qui ait été assassiné et pas lui. Il était censé être celui qui les protégeait, c’était lui l’ainé de la fratrie et il se sentait coupable de ne rien avoir pu faire. Cependant, sa collègue avait du faire face à des évènements bien pires et il ne pouvait pas comparer ces deux choses, aucune personne ne devrait subir ce qu’elle avait dû subir pendant des années.
Tout se bousculait dans la tête de l’infirmier. Il y avait de la culpabilité, de la honte et de la tristesse et tout cela se confrontait. La tristesse qui avait hibernait pendant trois ans, il pensait qu’il avait fini par accepter la mort de sa petite soeur mais évidemment ce n’était pas le cas. Il ne se rendit compte qu’à cet instant que cela faisait trois ans à quelques jours près aujourd’hui qu’elle avait perdu la vie. C’était certainement pour cela qu’il avait rêvé d’elle, son subconscient avait fait le lien tout seul et il ne s’en était pas rendu compte jusque là. Il cligna des yeux plusieurs fois dans le but de revenir à la réalité et pour chasser d’un même geste les larmes qui commençaient à lui brouiller la vue. Quelques secondes furent nécessaires pour qu’il retrouve une vision correcte. Joanne n’avait pas bougé et elle semblait prendre en compte ce qu’il venait de lui révéler. Qu’allait-elle penser de ses faiblesses? Allait-elle penser comme lui et se dire que leurs souffrances n’étaient pas comparables? Les questions commencèrent de nouveau à se bousculer dans l’esprit du trentenaire.
Elle coupa court à ces réflexions et lui répondit. Des mots simples mais qui touchèrent néanmoins Rafael, elle comprenait que cette étape avait été difficile pour lui. Le jeune homme aperçut les larmes couler le long de ses joues et il ne pu retenir les siennes plus longtemps. Joanne laissa alors glisser sa main le long du dos de l’infirmier et l’attira doucement à elle avant d’entourer sa taille de ses deux bras. D’abord surpris par ce geste, Rafael comprit une fois de plus que les gestes de sa collègue avait autant de force que ses paroles. Son corps bougea sans qu’il ne l’ai pensé et ses bras allèrent alors entourer eux aussi les épaules de sa collègue.
Ce geste aurait pu paraître déplacé du fait qu’il ne connaissait sa collègue que depuis un mois seulement et qu’il n’avait pas beaucoup échangé. Mais après cette discussion dans le couloir, il sentait que leur relation avait évolué et ce geste prenait donc tout son sens. Il permettait aux deux adultes de transmettre à l’autre tout ce qu’ils ne pouvaient pas dire par la parole et cela permit au jeune homme de se sentir beaucoup mieux. Sa révélation l’avait légèrement libéré et la réaction de sa collègue l’aidait énormément. Il entendit alors la voix de celle-ci comme un souffle et ces mots eurent un effet soulageant pour lui. Il murmura alors à son tour un seul mot.
« Merci»
Il ne pouvait rien dire de plus mais ce mot signifiait énormément pour lui. Il ne la remerciait pas seulement pour les mots qu’elle venait de dire. Il la remerciait aussi pour la force dont elle avait fait preuve pour lui faire confiance, le courage qu’elle avait eu pour lui parler d’une partie de sa vie et la patience qu’elle avait montré lorsqu’il avait du à son tour lui parler de lui. Transporté en cet instant, Rafael ferma les yeux et resta quelques secondes sans bouger.
Tout se bousculait dans la tête de l’infirmier. Il y avait de la culpabilité, de la honte et de la tristesse et tout cela se confrontait. La tristesse qui avait hibernait pendant trois ans, il pensait qu’il avait fini par accepter la mort de sa petite soeur mais évidemment ce n’était pas le cas. Il ne se rendit compte qu’à cet instant que cela faisait trois ans à quelques jours près aujourd’hui qu’elle avait perdu la vie. C’était certainement pour cela qu’il avait rêvé d’elle, son subconscient avait fait le lien tout seul et il ne s’en était pas rendu compte jusque là. Il cligna des yeux plusieurs fois dans le but de revenir à la réalité et pour chasser d’un même geste les larmes qui commençaient à lui brouiller la vue. Quelques secondes furent nécessaires pour qu’il retrouve une vision correcte. Joanne n’avait pas bougé et elle semblait prendre en compte ce qu’il venait de lui révéler. Qu’allait-elle penser de ses faiblesses? Allait-elle penser comme lui et se dire que leurs souffrances n’étaient pas comparables? Les questions commencèrent de nouveau à se bousculer dans l’esprit du trentenaire.
Elle coupa court à ces réflexions et lui répondit. Des mots simples mais qui touchèrent néanmoins Rafael, elle comprenait que cette étape avait été difficile pour lui. Le jeune homme aperçut les larmes couler le long de ses joues et il ne pu retenir les siennes plus longtemps. Joanne laissa alors glisser sa main le long du dos de l’infirmier et l’attira doucement à elle avant d’entourer sa taille de ses deux bras. D’abord surpris par ce geste, Rafael comprit une fois de plus que les gestes de sa collègue avait autant de force que ses paroles. Son corps bougea sans qu’il ne l’ai pensé et ses bras allèrent alors entourer eux aussi les épaules de sa collègue.
Ce geste aurait pu paraître déplacé du fait qu’il ne connaissait sa collègue que depuis un mois seulement et qu’il n’avait pas beaucoup échangé. Mais après cette discussion dans le couloir, il sentait que leur relation avait évolué et ce geste prenait donc tout son sens. Il permettait aux deux adultes de transmettre à l’autre tout ce qu’ils ne pouvaient pas dire par la parole et cela permit au jeune homme de se sentir beaucoup mieux. Sa révélation l’avait légèrement libéré et la réaction de sa collègue l’aidait énormément. Il entendit alors la voix de celle-ci comme un souffle et ces mots eurent un effet soulageant pour lui. Il murmura alors à son tour un seul mot.
« Merci»
Il ne pouvait rien dire de plus mais ce mot signifiait énormément pour lui. Il ne la remerciait pas seulement pour les mots qu’elle venait de dire. Il la remerciait aussi pour la force dont elle avait fait preuve pour lui faire confiance, le courage qu’elle avait eu pour lui parler d’une partie de sa vie et la patience qu’elle avait montré lorsqu’il avait du à son tour lui parler de lui. Transporté en cet instant, Rafael ferma les yeux et resta quelques secondes sans bouger.