Couleurs de Noyade
Je me dois de vous prévenir que les Mots qui vont suivre vont contenir de la souffrance, des mentions de suicide et de l’homophobie. Les TW seront énoncés en début de post.
23 juin 2047,
19h40 | RETOUR
19h40 | RETOUR
TW : cigarettes
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---- | La main de l’enfant hésita devant la poignée du compartiment. La brune savait qu’en descendant de ce train, elle entamait ses deux mois de vacances qui s’annonçaient compliqués. Ivy se demandait ce qu’elle pourrait bien faire pour s’occuper durant cette longue période de temps. Malgré elle, la cadette craignait le futur, et ne pas avoir de programme strict la tracassait au plus haut point. La Bleue ferma les yeux et soupira : son courage ne valait peut-être pas celui de Gryffondor, mais elle finit néanmoins par ouvrir d’un air décidé la porte qui la séparait de Londres. |
Lui revinrent les souvenirs de cette deuxième année au château : ses rencontres particulières – pour ne pas dire étranges, les nombreuses heures passées à ne rien faire, simplement laissant ses pensées vagabonder. La jeune Mercer traversa le couloir où se bousculaient sauvagement les élèves pressés de retrouver leurs familles. Elle finit par sortir enfin de cette boîte de conserve et joua des coudes pour s’écarter de la foule. Chaque fois c’était pareil. La fille ne supportait pas la foule, et encore moins la sensation d’étouffement qui compressait alors ses poumons. L’agglomération avait toujours rendu l’enfant anxieuse, avait toujours engourdi son esprit. Peut-être était-ce parce qu’elle n’avait jamais connu auparavant de telles situations ? Dans son village natal, tout le monde se connaissait, et les queues n’étaient jamais bien longues, contrairement à Londres, ou même Poudlard où grouillaient des centaines d’élèves.
Ivy posa sa malle à ses pieds et contempla cette masse de monde se dissiper peu à peu. L’odeur âcre du tabac lui fit tourner la tête, et elle vit ainsi un grand sorcier, sûrement sortant de sa dernière année au château, allumer une cigarette à quelques pas de là. La brune fronça les sourcils, et fixa longuement le jeune homme expirer la fumée toxique, d’un air quasiment arrogant. Celui-ci finit par remarquer le regard appuyé de la Deuxième Année et lui sourit, comme des amis de longue date se salueraient.
« T’en veux une ? demanda-t-il en tendant son paquet de cigarettes à la jeune fille. »
Cette dernière posa ses yeux sur l’objet : elle était absorbée par la vision qu’offraient les cônes entassés dans la petite boîte en carton. Voyant son air intéressé, le jeune homme sourit un coin et lui tendit une de ces armes fatales que l’enfant prit timidement. D’un geste habile – certainement par l’expérience, le sorcier alluma le cône et regarda, un sourire accroché aux lèvres, Ivy recracher la fumée en toussant violemment.
« C’est dégueulasse, ton truc, réussit-elle à articuler. »
Le sorcier se mit à rire franchement et finit par s’en aller, laissant une odeur nauséabonde sur ses pas. Ivy crachota, tentant de faire disparaître l’horrible goût laissé par le tabac dans sa gorge. Elle pouvait sentir ses poumons brûler à petit feu, consumant ses voies respiratoires, lui laissant une fâcheuse impression d’asphyxie. Elle se jura de ne plus jamais recommencer tant la sensation lui avait été désagréable.
De grands mouvements attirèrent son regard et, relevant la tête, la jeune fille vit sa mère l’appeler de loin, un grand sourire ornant son visage. La fillette attrapa son bagage et se dirigea vers sa tutrice, un air faussement enchanté accroché à ses traits enfantins. La mère prit sa fille dans ses bras avant de plisser du nez et d’offrir un regard interrogateur à la brune :
« Tu fumes, toi ? »
La brunette secoua la tête, honteuse de porter cette puanteur sur elle. Mrs. Carson ne dit rien de plus, se contentant de rappeler à sa fille la toxicité de telles consommations, dégoûtant de plus en plus la brune de son geste inconscient. La femme et l’enfant passèrent la barrière du monde magique et sortirent finalement de la gare.
L’Aiglonne se jeta sur son matelas, exténuée : cette longue journée touchait enfin à sa fin, au plus grand plaisir de la petite sorcière qui s’était totalement délaissée de ses études. Elle attrapa un t-shirt qui avait jadis appartenu à sa mère et l’enfila avant de se glisser dans ses draps. Le lit grinça sous son poids, accompagnant la fillette jusqu’aux portes du sommeil.
#457898 · 4ème année RP
Couleurs de Noyade
24 juin 2047,
10h20 | PEINTURE
10h20 | PEINTURE
TW : homophobie
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---- | La fillette ouvrit péniblement les yeux et jeta un ensommeillé à-travers la pièce. De faibles rayons de Soleil se faufilaient entre les tentures qui pendaient à la petite fenêtre, tombant délicatement sur la fine épaisseur de poussière qui avait échappé à l’aspirateur. La brune repoussa prestement ses draps et se dirigea d’un pas lourd vers la cuisine. |
Ivy attrapa un toast et laissa libre court à ses pensées : toute la nuit, elle avait réfléchi au programme du lendemain. Elle avait songé à sortir, courir pieds nus dans les rues vides et chaudes de son quartier. Elle avait songé à passer toute la journée à l’appartement, à lire les tomes qui l’attendaient au pied de son lit. Mais la Bleue n’avait pas les forces de gambader, et encore moins de lire.
Sous le regard interrogateur de sa mère, la brune prit le double des clefs, son téléphone, et lança un « j’vais au parc » avant de sortir du petit appartement. Rose se mordit la lèvre inférieure : un sentiment qu’elle connaissait bien s’était installé dans son ventre. L’inquiétude. Elle glissait le long des poumons de la femme, s’enroulait autour de ses intestins, perfide. Mrs. Carson se retint de partir après sa fille, de la garder sous son aile protectrice ; elle savait les adolescent.e.s désireux.ses d’isolement, de détachement de leurs familles. Un soupir s’échappa de ses entrailles.
*Ce s’ra juste pour quelques minutes* pensa l’enfant, en se dirigeant vers un petit commerce. Ce dernier paraissait s’être glissé entre deux grands – et sûrement très vieux – bâtiments. Un écriteau « Ouvert à touxtes » se décolorait lentement, retenu tant bien que mal par un clou. Le présentoir laissait voir des dizaines de pins tous plus colorés les uns que les autres, des petits drapeaux aux couleurs de l’arc-en-ciel, des vêtements et une multitude de slogans prônant la liberté d’aimer et d’Être. Des graffitis porteurs d’insultes homophobes – que l’auteur.ice ne retranscrira pas ici – et de menaces en tous genres s’étaient immiscés dans l’harmonie qui se dégageait de cette petite boutique.
La fillette poussa doucement la porte, ce qui déclencha une série de tintements métalliques produits par une petite cloche attachée à la poignée. Une silhouette se détacha du fond de la boutique, et s’approcha de la jeune brune. Cette dernière sourit poliment au jeune homme qui se présenta à elle, une inquiétude marquée sur le visage. Il la jugea longuement, puis, ayant sûrement écarté l’idée qu’Ivy représentât un danger, il lui offrit une poignée de main en se présentant : *Keith*1 nota intérieurement l’enfant. Celle-ci fit de même et interrogea le gérant de la boutique sur les dégradations aux messages haineux qu’elle avait observées plus tôt.
« Oh, ce sont juste des méchantes personnes qui pensent que nos différences font de nous des monstres. Mais crois pas un seul mot qu’elles ont écrit, tu peux être qui tu veux, qui tu es vraiment, reprit-il en fixant intensément l’enfant, comme pour lui enfoncer ses paroles dans le crâne. »
La fillette sentit son cœur se réchauffer : Keith l’avait intégrée à son discours. Elle n’avait pas eu à s’expliquer quant à sa venue au magasin, à se poser d’étiquette, l’homme avait compris, et il l’avait considérée comme sa sœur. Ivy sourit et inclina la tête, lui signifiant ainsi qu’elle avait compris ses mots. La brune suivit le jeune homme qui lui présenta la boutique, fier de voir la brunette contempler, des étoiles dans les yeux, la collection de pins exposée près de la vitrine. Elle en choisit quelques-uns avant de se diriger vers le bureau en bois qui faisait office de caisse.
« Tiens, j’te les offre, déclara Keith en lui tendant le petit paquet. Si jamais t’as b’soin d’un espace sûr ou simplement de parler, tu peux venir ! »
La jeune Mercer le remercia, un sourire timide accroché aux lèvres. Elle quitta la boutique avec une sensation de légèreté dansant dans son ventre. L’instant présent effaçait les angoisses de la fillette : elle ne pensait plus au lendemain, le son de ses semelles contre le sol étouffait toute pensée négative. Sans savoir pourquoi et comment, Ivy se mit à courir jusqu’à la rue où se trouvait l’appartement. Ses pas semblaient être ceux d’un ange : doux, légers, ils ne faisaient qu’effleurer la route.
Arrivée chez elle, la Bleue se dirigea directement vers sa chambre, oubliant de retirer ses baskets et de se laver les mains. Elle se jeta sur son lit et déballa le papier coloré où Keith avait mis les broches. La main pâle de la brune attrapa celui qui avait attiré le regard de sa maîtresse en premier lieu ; elle parcourut lentement la surface colorée avant de s’élever dans les airs pour atteindre les joues humides de l’humaine. Les larmes de cette dernière n’étaient pour une fois pas porteuses d’une douleur immense, mais plutôt d’une joie indescriptible et surtout d’une fierté sans limite. L’enfant sourit de toutes ses dents : elle n’était pas un monstre, elle était.
#457898 · 4ème année RP
Couleurs de Noyade
28 juin 2047,
12h50 | GLACIAL
12h50 | GLACIAL
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---- | Les paupières de l’enfant s’ouvrirent lentement, se dirigeant d’abord vers la fenêtre, avant de se tourner vers le réveil – qui indiquait déjà l’heure du déjeuner. La fillette sourit, s’abreuvant de la lumière chaleureuse que laissaient se faufiler les rideaux. Saisie d’une force pétillante, elle glissa ses deux jambes hors de sa couette avant de se lever entièrement. La brunette s’étira longuement, calmant les lancements qui lui parcouraient son dos courbatu – causés par son matelas dont la commodité laissait à désirer. Sa main attrapa la poignée de la fenêtre et l’ouvrit en grand, offrant à ses narines les plaisirs de l’air frais extérieur. |
Chaque inspiration lui procurait une sensation de bien-être qu’elle savourait yeux fermés, plus heureuse qu’elle ne l’avait jamais été à Poudlard. Non pas que le château lui déplaisait, mais une allure de répétition gâchait son plaisir de parcourir les vieux couloirs de la bâtisse. La jeune Mercer se souvenait de son excitation avant d’entrer dans ce lieu dont sa mère lui vantait la beauté depuis si longtemps, de son émerveillement en entrant dans chaque pièce, en découvrant ce qu’elle était en mesure de faire au moyen de sa baguette, et même en fermant pour la première fois les yeux dans son Dortoir Perché. Hélas, son émerveillement avait fini par se dissiper, vite remplacé par une immense lassitude guidée par des journées qui se ressemblaient toutes les unes aux autres.
Ainsi plongée dans ses souvenirs, elle ne remarqua pas les petites gouttes qui glissaient lentement sur ses joues, vivant leur première et dernière glissade. La cadette sourit de plus belle, avant de sécher rapidement ses joues humides. La même main qui avait ouvert la fenêtre un peu plus tôt la ferma en un grincement auquel ses oreilles étaient habituées depuis le temps et retomba lentement, pendant au bout du bras de la jeune fille.
La fillette entra dans la cuisine-salle à manger, encore pieds nus, ouvrit le frigo à la recherche de la bouteille de jus d’orange qu’avait ramenée sa tutrice la veille. Celle-ci était assise devant un exemplaire du London Gazette, sirotant de temps à autre une tasse fumante qui contenait sûrement – étant donné l’odeur nauséabonde qui s’en dégageait – du café, jugea l’enfant. La mère ne leva pas les yeux à la venue de sa fille, ni même lorsque celle-ci s’assit en face d’elle, un verre de jus et une tranche de pain installés en face d’elle. Le petit-déjeuner se déroula dans un silence entrecoupé par des bruits de mastication et de déglutition.
Enfin, la mère de famille posa son journal et contempla “sa grande”, comme elle aimait l’appeler intérieurement. Rose Carson était fière de sa fille, fière d’avoir mis au monde un si beau cœur, une si mignonne petite fille. Elle s’étonnait d’ailleurs que son enfant ne lui ait jamais parlé de ses sentiments, de ses premiers amours qui – elle pensait – ne devaient pas tarder.
« Y’aurait pas des p’tits garçons mignons, à Poudlard ? demanda-t-elle, le regard malicieux d’une mère qui tentait de titiller son enfant. »
La femme se souvenait qu’à treize ans, diverses émotions qu’elle n’avait jamais connues par avant avaient surgi de nulle part dans son cœur et chamboulé toute sa vie sans même prévenir. Elle avait alors découvert les fous rires partagés avec ses amis de l’époque, les sentiments confus qui n’en finissaient pas de tomber sur la mauvaise personne, et, bien sûr, le morcellement de sa relation avec ses parents – qui ne s’était d’ailleurs pas améliorée depuis.
La brunette avala tant bien que mal la dernière gorgée de jus qu’il lui restait, surprise que sa mère lui adresse la parole. Un instant s’écoula avant qu’elle ne saisisse le sens des paroles maternelles ; cet instant fut certes très bref, mais activa dans son cerveau toute une série de choses. Les doigts de l’enfant se crispèrent, tentant peut-être d’exprimer la rage qui lui dévorait son âme. Elle se sentait opprimée, sa respiration s’accéléra, rendant douloureuses ses côtes. La vision troublée, Ivy se leva brusquement et s’enfuit, gagnant sa chambre plus vite que le vent lui-même. Elle claqua la porte bruyamment derrière elle. La mère, surprise que sa simple question ait provoqué une telle réaction chez sa fille, resta plantée sur sa chaise, sous le choc. Elle se leva ensuite et se dirigea vers la chambre de son enfant, le visage marqué par un mélange d’inquiétude et d’incompréhension.
Image de début de post par Maria Teresa (modifiée sur Pixlr).
#457898 · 4ème année RP


