13 nov. 2022, 15:20
Ton père et moi on divorce...
20 août 2047
14:00
Salon de la famille Brando, un jour d'été ensoleillé
14:00
Salon de la famille Brando, un jour d'été ensoleillé
Narcisse était assis sur le canapé bordant le mur ouest du salon, les jambes en tailleur, observant ses parents d'un air inquiet, mêlé d'incompréhension. Voilà quelques minutes qu'ils lui avait demandé de descendre et de s'asseoir, car ils avaient, je cite : "quelque chose d'important" à lui dire. Qu'est-ce que cela pouvait bien être ? Ils avaient le visage beaucoup plus grave que d'habitude. Enfin, surtout celui de son père, Oscar, d'habitude si souriant, n'était qu'un masque de pierre faisant écho à celui en adamantium, imperturbable, de sa mère, Honor. Venait-il de voir un petit spasme de sourire sur les lèvres de son père ? Narcisse n'en était pas sûr, il était bien trop préoccupé par ce qu'ils avaient à dire.
- 'Pa, 'Man ? Vous vouliez m'dire quoi ?..
Une légère inquiétude transparaissait dans la voix de Narcisse, il souriait, comme à son habitude, mais il avait l'impression que quelque chose n'allait pas. Honor regarda Oscar, avant d'hocher la tête, puis regarda Narcisse de ses yeux chocolats, une ombre de sourire passant sur son visage, avant de s'adresser à lui d'une voix douce. Enfin, de toute la douceur dont elle pouvait faire preuve, sa voix portant bien davantage que tous les cris que Narcisse aurait pu pousser.
- Mon chéri, il fallait qu'on te le dise, tu as le droit de savoir. Elle soupira. Ton père et moi allons divorcer, ce n'est pas de ta faute, mais parfois, les choses ne vont pas comme on le souhaiterait.
L'air se figea autour de Narcisse, qui commença d'abord par sourire nerveusement, comme à son habitude, le temps que l'information monte au cerveau. Puis il réalisa. Il mit une définition sur le mot, sur ce que cela impliquait. Les bordures de sa vision s'assombrirent alors qu'il se leva brusquement pour s'approcher de ses parents, les regardant, les implorant presque. Son monde s'écroulait, c'était à cause du fait qu'il était sorcier n'est-ce pas ? Ce ne pouvait qu'être ça, il n'y avait pas d'autre explication ! Il ne pleurait jamais, mais cette fois-ci, les larmes montèrent particulièrement rapidement à ses yeux.
- Mais... mais... Mais pourquoi ? Je... vous...
Les mots ne trouvèrent pas la sortie. Ils s'embouteillaient dans sa gorge, restant bloqués derrière le bouchon formé par sa tristesse, sa surprise et son désespoir.
- C'est à cause de moi, c'est parce que j'suis un sorcier c'est ça ? J'irai pas à cette fichue école alors ! J'm'en fiche de c'que Miss Miller nous a dit !
Alors que la colère prenait le pas sur sa tristesse, sa mère s'agenouilla soudain pour le prendre dans ses bras, et son père vint lui tapoter la tête, un doux sourire aux lèvres. Narcisse serra brutalement sa mère dans ses bras, s'accrochant au rocher qu'elle était dans la tourmente de ses émotions. Puis sa voix grave et douce résonna à ses oreilles.
- Évidemment qu'on ne va pas divorcer gros bêta.
Narcisse se figea à nouveau, puis regarda son père, et ensuite sa mère, un air de totale incompréhension sur son visage. Il ne comprenait rien du tout. Honor le souleva du sol dans ses bras pour venir s'asseoir sur le canapé, Narcisse sur ses genoux, alors qu'Oscar s'assit en face d'eux, sur un gros coussin, en tailleur. Il regarda son fils en lui prenant les mains.
- Mon grand, ta mère et moi avons constaté que tu avais un grand défaut, qui pourrait te porter sévèrement préjudice là où tu vas, à un endroit où ne ne serons pas là pour toi. Il prit une inspiration. Tu es naïf mon grand, beaucoup trop pour ton propre bien. Tu gobes absolument tout ce que l'on te dit, si l'on te le dit de manière suffisamment convaincante. Bien qu'au départ, je désapprouvais l'idée de ta mère pour te tendre ce piège, j'ai bien été obligé de constater à quel point il été indispensable...
Il regarda rapidement Honor, un sourire mesquin aux lèvres, alors que cette dernière poussa un petit soupir exaspéré teinté d'amusement, puis elle serra Narcisse dans ses bras.
- Aucun élément ne t'indiquait que nous allions divorcer pas vrai ? On ne se dispute pas, pas sérieusement en tout cas... Elle jeta un regard amusé à Oscar, qui lui fit un pied de nez. Et même si le plus souvent, ce genre de signes n'est pas visible avant que les parents se séparent, tu te doute bien que tu aurais remarqué des signes non ? Tu es malin mon chéri, tu dois penser avec ta tête, pas avec ton cœur.
Narcisse secouait la tête en serrant ses parents dans ses bras. Il finit par rire, constatant la naïveté dont il faisait preuve, mais il n'arrivait pas à être d'accord avec la morale. Pour lui, quand on disait quelque chose, c'est qu'on voulait le dire non ? Pourquoi y'aurait-il forcément un sens caché ? Pourquoi ne pas prendre au pied de la lettre ce que les gens disent ? Mais il était trop émotif à cet instant pour pouvoir expliquer sa pensée, se contentant d'acquiescer, rangeant ce moment dans son cœur, en attendant de pouvoir le ranger quelque part dans son cerveau.