Et si c'était vos enfants ? SOLO++

4 novembre 2044, 2 heures du matin,
Hôpital Saint-James
Reducio
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Honor Brando, 37 ans
PNJ validé
Honor fixait le plafond, totalement abasourdie par les propos de l'homme en uniforme assis à côté de son lit d'hôpital. L'immobilité absolue de son corps contrastait douloureusement avec la tempête d'émotions qui faisait rage en elle. Les deux créatures qui avaient causé son accident s'étaient tout simplement volatilisées, mais la vidéo avait fuité. Et la guerre contre les sorciers avait débuté, puisqu'apparemment, c'était de cela qu'il s'agissait. Honor était la seule survivante de l'hélicoptère, et l'état-major s'était empressé de dépêcher un haut gradé auprès d'elle pour recueillir son témoignage. Mais Honor refusait de faire plus. Ce n'était pas la même chose que traquer une bande terroriste, il s'agissait ici de traquer toute une communauté simplement à cause de sa condition. Et cela, malgré son sens du devoir aigu, elle ne pouvait s'y résoudre.

- Ne me sortez pas votre bullshit pacifique Honor. Ils sont dangereux, et notre devoir est de protéger nos concitoyens, alors dès que vous le pourrez, vous aller prendre votre poste au centre de contrôle stratégique. Vous avez survécu à l'accident, alors vous savez à quoi on peut s'attendre.

Honor ne le regardait même pas. Sa voix brisée se fraya un chemin au milieu du voile de douleur, à peine plus puissante qu'un souffle, mais ferme et claire.

- *Kof* Confirmez-moi simplement quelque chose, général.

Elle appuya sur le grade, comme s'il s'agissait d'une insulte.

- Corrigez-moi si je me trompe, mais j'ai cru comprendre, une brève seconde, que vous comptiez traquer tous les sorciers. J'ai certainement dû me méprendre.

Sa voix était chargée d'un vent glacial. Chargé de la rancœur d'avoir perdu son escouade, d'avoir frôlé la mort, et de devoir assister à l'instinct belliqueux d'une administration paranoïaque. Elle tourna imperceptiblement la tête dans la direction de l'homme, ses yeux noisettes étrécis, le regard mortel. Elle ressentit une brève satisfaction à le voir blêmir imperceptiblement avant de se ressaisir. Il demeura quelques secondes silencieux, avant de reprendre sa sempiternelle litanie.

- Bon dieu Honor ! Ces gens ne sont pas comme nous ! Tu l'as bien vu ! Ils ont tués tes gars, et...

- Ces "gars", comme vous dites, avaient des noms ! Général !

Une violente quinte de toux secoua le corps brisé d'Honor, réveillant la moindre de ses douleurs, elle sentit un filet de sang couler à la commissure de ses lèvres. Elle refusa de l'essuyer, le regard toujours plongé dans celui de l'officier.

- Et ils sont morts à cause de moi. *Kof* Alors ne me servez pas votre pitoyable discours sur le patriotisme et le devoir. Je n'en ai que trop soupé. Vous ne saviez pas comment c'était. Je n'avais jamais rien vu de tel, c'était démentiel général, tout simplement démentiel. *Kof* Ils ont soufflé un quartier entier en quelques secondes, et deux avions de combat, sans parler de mon hélicoptère, comme s'ils ne s'agissaient que de simples moucherons ! Si vous leur faites la guerre, mon général, ce sera un carnage, un carnage abominable, et inutile.

Elle détourna la tête, pour contempler à nouveau le plafond, le souffle court. Le moniteur cardiaque s'était légèrement emballé. Si le rythme cardiaque d'Honor tournait en moyenne autour de 35 battements par minutes, il atteignait désormais presque 100. Les bords de sa vision s'assombrissaient, sa gorge était sèche comme du parchemin, et désormais, son corps tout entier irradiait de douleur. Elle était ébranlée jusqu'aux tréfonds. L'officier se leva après plusieurs secondes, avant de lentement se diriger vers la baie vitrée. Il croisa les bras dans le dos, et Honor leva les yeux au ciel, fatiguée de tout ce cinéma.

- Commandante Brando, je ne vous pensais pas aussi lâche. Vos états de service sont pourtant impeccables, brillants même.

Il se tourna vers elle, alors qu'Honor bouillait lentement de rage.

- Peu importe le risque. Peu importe le danger, vous n'avez jamais échoué une seule des missions dont nous vous avions confié la responsabilité. Pourquoi les choses seraient-elles différentes ici ? Il suffit commandante.

Il s'approcha à nouveau du lit, avant de se rassoir.

- Il ne s'agit plus de demandes, mais d'ordre officiels. Vous prendrez, dès que possible, vos quartiers au poste de contrôle Alpha, en tant que conseillère stratégique. Et dès que vous serez en état, vous serez nommée Colonel, avant de retourner sur le terrain, en première ligne.

Honor tourna lentement la tête en direction de l'officier, le visage totalement impassible. Le général sourit, se méprenant lourdement sur le sens de cette impassibilité.

- Je sais que vous attendiez cette promotion, et tout le monde en haut prévoyait de vous la donner. Mais votre foutu pacifisme...

- Et s'il s'agissait de vos enfants ?

La voix d'Honor était encore plus froide que glaciale. Un trait de glace, parfaitement cristallin, sans le moindre tremblement, d'un calme terrifiant. Au fond de ses yeux dansaient lentement les sinistres reflets du spectre de sa colère et de sa révolte.

- Et si vos enfants étaient des sorciers ? Si mon petit, mon fils, mon unique, et désormais dernier fils était un sorcier ? Si vos parents étaient des sorciers, ou vos frères, vos sœurs ?

Malgré tous ses efforts et sa maîtrise d'elle-même, la voix d'Honor se brisa légèrement en parlant de Narcisse. Elle savait qu'elle ne pourrait plus jamais avoir d'enfant, et si elle n'avait pas encore eu l'occasion de prendre du recul par rapport à cette nouvelle, elle se raccrochait à la pensée que Narcisse était là, et qu'il serait toujours là.

- Pourriez-vous les regarder dans les yeux après avoir exterminés les leurs ? Iriez-vous même jusqu'à les abattre vous-même ? Ou les déportez, c'est cela que vous entendiez ?

Elle prit une grande inspiration, prenant conscience de l'irrévocabilité des paroles qu'elle se préparait à prononcer.

- Navré monsieur. Mais vous ne me compterez pas parmi ceux et celles qui participeront à ce massacre. Je ne me battrai pas contre des gens simplement car ils ont eu le malheur de faire partie d'une communauté. Pour autant que nous le sachions, les événements de Londres sont peut-être condamnés par toute la communauté des sorciers ? Peut-être qu'ils représentent un groupuscule d'extrémistes ? Peut-être même qu'il s'agissait d'un simple accident ?

Un long, très long silence fit suite à ces paroles. Aucun mouvement ne fut, même le moniteur semblait s'être tût, par terreur. Puis, le général se leva, il remit son costume correctement, réajustant ses épaules et son col, avant de croiser les bras derrière le dos.

- Commandant Honor Brando. Vous êtes relevé de vos fonctions et suspendu sans solde jusqu'à nouvel ordre, pour insubordination. Par sympathie pour vous, et par considération pour votre état de santé, je choisi de ne pas vous charger pour désertion et lâcheté.

Il se tourna et entreprit de marcher jusqu'à la porte, avant de l'ouvrir. Il se tint dans l'encadrure pour s'adresser à Honor sans se retourner.

- Votre famille est en route, elle sera là dans quelques heures, vous devriez vous reposer Honor. Et ne vous inquiétez pas trop pour la procédure. Je crains qu'avec la panique soudaine à l'état-major, votre dossier ne se perde.

Puis il sortit dans rajouter un mot, et sans laisser le temps à Honor de répondre. Ce qu'elle ne se serait pas embarrassée de faire par ailleurs. Elle ne faisait que fixer le plafond, comptant les bips du moniteur, et laissant couleur, sur ses joues, quelques larmes amères. Elle serrait sa couverture des poings, sachant la justesse de sa décision, mais tremblante d'avoir ainsi bazardée sa carrière. Elle voulait voir son mari, et son fils, elle en avait besoin, aussi ne passerait-elle pas une seconde de plus que nécessaire ici.