Le poison que tu as distillé dans notre relation OS

Le samedi 8 février 2048,
Dans la matinée,
Dans les couloirs du deuxième étage,

5ème année


Ce matin, j'ai décidé de sauter le petit-déjeuner. Mon cousin Owen, qui m'attend presque tous les matins, assis en tailleur sur un des sofas de notre salle commune, pour que nous allions petit-déjeuner ensemble, m'a piqué une crise. Fermement, je lui ai dit que non, je n'irai pas déjeuner ce matin, mais que c'est pas grave, je mangerai plus à midi. Il m'a incendié, m'a traité d'inconsciente, d'acharnée du travail, de première de la classe et même d'intello. Je ne sais pas si le pire, c'est qu'il m'insulte ou qu'il le fasse devant toute la maison Gryffondor.

Alors je suis sortie de la salle commune en furie, sans dire bonjour à la Grosse Dame, et j'ai fait des tours et des tours à pied dans le château. Marmonnant, ruminant, grognant, j'ai usé mes pieds pendant une bonne heure - l'heure que les gens normaux passent à prendre leur petit-déjeuner - avant d'enfin me décider à commencer ma journée de travail. Aujourd'hui, je dois travailler sur la Bradypomagie. Il y a ces cinq noms qui tournent dans ma tête depuis ma visite chez Derviche & Bang il y a trois semaines... Et j'ai décidé qu'aujourd'hui, j'aurai des propositions finales, que je serai prête pour la prochaine fois que je verrai Samba Ahou.

Si personne ne m'en empêche, est une pensée fugace qui me passe par la tête. Comme une intuition que...

On m'attrape par le bras. La salle que je convoite, une salle d'étude probablement vide à cette heure, n'est plus qu'à quelques pas mais on m'a stoppé dans ma course. Ce qui m'a attrapé le bras me retourne et je tombe nez à nez avec Cinead Reid.

Il y a probablement un monde où je lui aurai sourit, ou même rit au nez, avant de lui proposer de venir étudier avec moi. Mais ces dernières semaines, Cinead Reid s'est montré différent. Il a refusé plusieurs fois de m'accompagner à la bibliothèque et autant de fois de s'entraîner avec moi. Alors je dois avouer que je n'ai pas envie d'être sympa là tout de suite, ni demain ni un autre jour, d'autant plus que mes nerfs ont déjà été usés ce matin.

J'ouvre la bouche, mon cœur se serre comme à chaque fois que je suis prêt de ce garçon, je dégage mon bras et je fronce les sourcils.

« Qu'est-ce que tu veux ? »

Demandé-je avec un ton amer. Voilà, j'ai opté pour l'agressivité. Mon coeur bat la chamade et mon sang bouillonne à l'intérieur de mes veines. Son visage et son regard sont braqués sur moi et je remercie la distance qui nous sépare encore. Il laisse retomber son bras mollement, mais l'expression qu'il est plus dure que la pierre.

« Tu vas encore travailler toute la journée ?
- Évidemment que oui. Je réponds d'un ton amer.
- Je voulais te proposer de passer l'après-midi avec moi.
- J'ai pas le temps de passer toute une après-midi avec toi ! »

Je m'exclame un ton trop haut, une octave trop aiguë. Ma voix résonne contre les pierres qui tapissent le couloir - heureusement que nous sommes seuls. Mes mots résonnent aussi contre son visage que je vois changer progressivement. Il n'est plus dur comme la pierre, même pas froid comme la glace, il est plutôt enragé comme un Feuydemon.

Les sourcils de Cinead Reid se froncent, ses lèvres se pincent et ses yeux s'allument d'une étincelle inquiétante. C'est une combinaison que je n'ai jamais vue sur son visage, un éclat terrifiant qui fait frissonner tout mon être. Soudain, j'ai peur, peur de ce que je viens de dire, peur de ce qu'il va répondre, peur de l'avoir blessé et qu'il me blesse encore plus fort en retour. Mon cœur n'est plus seulement serré, il est compressé à l'intérieur d'une poitrine bien trop petite pour le contenir lui et ses passions.

« Comment tu peux être aussi aveugle ? »

Le calme de sa voix coupe ma respiration. Ce n'est pas ce à quoi je m'attendais et ça déclenche en moi une réaction je n'attendais pas non plus. Une explosion.

« Qu'est-ce que tu dis ? Moi être aveugle ? Je hurle.
- Oui. Toi ! Qui d'autre ?
- Je suis pas débile je vois bien qu'on est tous seuls !
- ...
- Et puis de quel droit tu oses me demander de passer l'après-midi avec toi ? Tu sais très bien que j'ai pas que ça à faire ! Hors d'haleine.
- Je sais, tu passes tout ton temps à travailler. Et si tu travailles pas, tu t'entraînes avec d'autres personnes, ou alors tu écris des lettres à ton correspondant peut-être ?
- Et alors, qu'est-ce que ça peut te faire ?
- Tu comprends vraiment rien.
- Alors dis moi, dis moi ce que je comprends pas ! Je te suis pas là !
- Je t'aime. »

Mon coeur s'arrête. Cette fois, il s'arrête littéralement.

Pas certaine de ce que je viens d'entendre, mes oreilles se mettent à bourdonner, le regard de Cinead Reid sur moi se trouble, non c'est ma vision qui se trouble. Je ne sais pas quoi dire, je vascille, je n'arrive pas à assimiler ce que je viens d'entendre. Pourtant il l'a dit, il l'a bien dit. Il m'aime ?

Il m'attrape le bras, pour m'empêcher de tomber probablement. Je me retiens à lui en attrapant son autre bras. Tout ce qui était flou se clarifie et mes yeux tombent dans les siens. On se regarde, je ne sais pas quoi faire, je ne veux pas bouger, mais je ne veux pas non plus attendre de voir ce qui va se passer. Il faut que je sorte de là, je pense, il faut que je lui dise que c'est pas possible qu'il soit amoureux de moi. Il faut que...

Son visage se rapproche du mien. Je crois que le mien se rapproche aussi du sien, mais qu'est-ce que je suis en train de faire là ? Je devrais lui dire tout de suite que c'est pas possible de dire des choses comme ça, qu'il a pas le droit de me dire ça, qu'il a même pas le droit de ressentir quelque chose de ce genre alors que... alors qu'on est amis ! Mais ses lèvres s'approchent dangereusement des miennes et je ne fais rien pour reculer, je laisse faire et je crois même que je participe à... ce baiser.

Il m'embrasse et ma poitrine explose.

Je me vois en train de le repousser violemment mais je ne fais rien. Je laisse le contact délicat se terminer naturellement et la tête de Cinead Reid s'écarter de la mienne sans pouvoir bouger. Il me regarde et... je crois que c'est un sourire qui apparaît au coin de sa bouche. Au fond de moi, un sourire comme celui-là a aussi envie de naître. Mais non ! Je ne le laisserai pas faire !

Non ! Je ne veux pas de ça. Il n'a pas le droit de me mettre dans cette situation.

Je m'essuie la bouche avec ma manche, je prends une grande bouffée d'air et je me mets à hurler encore plus fort.

« T'es complètement débile ! Débile et abruti ! Pourquoi t'as fait ça ? Pourquoi tu m'as dit ça ? Notre amitié te suffisait pas ? T'étais obligé de tout gâcher ? T'avais pas le droit ! M'adresses plus jamais la parole ! »

Le coeur gros, énorme, je me retourne pour prendre la fuite. Si je ne pars pas maintenant, je vais avoir le temps de regretter ses yeux, je vais avoir le temps de réfléchir à ses lèvres, et surtout je vais le laisser me convaincre que c'est moi qui débloque. Alors je me mets carrément à courir, avec absolument aucune idée d'où je vais bien pouvoir aller mais je cours sans m'arrêter jusqu'à ce que la lumière du matin m'éblouisse.




Toutes les actions de Cinead ont été écrites / validées avec le joueur

Animagus renard polaire
Post ASPIC