L'amour d'une famille
City General Hospital, Cork
9 avril 2036
18h06
Reducio
Honor Brando, 30 ans Reducio
Oscar Brando, 29 ansReducio
Claire Harper, 23 ans
"Mh..."
Protestant faiblement, la lumière blanche de l'hôpital filtrait de plus en plus au travers de ses paupières qui s'entrouvraient lentement. Elle leva la main pour repousser par réflexe cette présence qui la collait beaucoup trop.
"Oscar..."
Elle se détendit immédiatement à l'instant où ses doigts effleurèrent les cheveux de son mari, penché sur elle, décollant ses lèvres de sa joue pour se reculer doucement. Honor avait beau avoir dormi deux jours d'affilés, elle avait encore l'impression d'avoir été piétinée par un troupeau de buffles. Une inspiration de pur bonheur s'échappa de ses lèvres lorsqu'Oscar vint déposer sa main sur ses cheveux, elle ouvrit complètement l'un de ses yeux pour le regarder, rassemblant ses forces pour se préparer à ouvrir l'autre.
Elle cligna des paupières, soudainement totalement réveillée, face à la vision qui s'offrait à elle. Sa main glissa des cheveux bruns d'Oscar jusqu'à sa joue...
"Mais... c'est quoi ça ?"
De la barbe. Une très légère couche de pilosité, éparpillée et éparse, commençait à poindre le bout de son nez sous celui de son mari. Aucune fatigue n'aurait pu être trop grande pour empêcher le sourire qui apparut sur les lèvres d'Honor de naître. Un petit rire la secoua, elle plaqua sa main sur sa bouche, tandis que l'homme leva les yeux au ciel sans lâcher la main de sa femme qu'il avait négligemment récupéré.
"Je me passerai de tes commentaires.
- Pfffrt... mais, depuis quand ? Je ne t'ai jamais vu avec...
- Oui baaah..."
Les mots moururent sur ses lèvres, Honor baissa le regard jusqu'à la main bandée de son mari, qu'elle avait abîmé sans le vouloir, quelques jours plus tôt. Son regard laissait transparaître toutes les excuses qu'elle aurait voulu prononcer, sans qu'elle réussisse à les laisser sortir. Faute de mieux, elle amena le dos de la main d'Oscar jusqu'à ses lèvres pour doucement l'embrasser, sans détacher ses yeux des siens. Leurs sourires se mélangeaient presque à l'identique, chacun baignant dans le regard de l'autre.
Brusquement, Honor se vit par les yeux d'Oscar. Ou plus exactement, elle s'imagina par ses yeux. Une infime rougeur embua ses joues, son visage s'abaissa brusquement.
"Me regarde pas maintenant..."
Oscar haussa un sourcil perplexe et désabusé, avait-il bien entendu ? Pour en être certain, il se pencha davantage vers sa femme, au point de la pousser de la pointe de son nez, aux portes de l'hilarité. Cette dernière le repoussa en éclatant d'un court rire cristallin.
"Je suis hideuse ! Recule !"
Elle retourna ses yeux sur son mari, prête à reprendre le contrôle de la conversation, et déposa ses mains sur les joues rugueuse d'Oscar, hochant à son tour son sourcil.
"Et tu m'as toujours pas expliqué ça ! D'où ça sort ? Je croyais que ne pouvait pas en avoir ?
- Et en temps normal, c'est le cas. C'est juste, euh..."
Ce fut à son tour de rougir, au plus grand bonheur d'Honor, qui se redressa vivement en croisant ses mains sur le bas de son ventre, désormais beaucoup plus léger. Un petit silence, elle fronça les sourcils lorsqu'elle observa plus attentivement Oscar...
"Bah, techniquement, j'en ai jamais eu plus que ça. Et je sais que j'en aurais jamais plus, j'ai essayé quand tu partais et... te moque pas sapristi !"
C'était nerveux, mais Honor n'avait pas pu s'empêcher de partir dans un grand éclat de rire en voyant son mari se débattre pour tenter d'expliquer quelque chose qui n'avait rien d'important. Depuis quand les choses aussi légères l'affectaient-elles autant ? Bon sang, elle était une vraie boule d'hormones en cet instant... Oscar passa sa main sur sa joue.
"Désolée, continue.
- Gngn... Bref, j'ai juste pas eu l'occasion de me raser depuis que t'es là. Mais n'insiste pas, ça poussera pas plus, et j'aime pas du tout ! J'attendais que tu sois réveillée pour m'éloigner.
- Tu veux dire que...
- Désolée ! J'ai fait aussi vite que possible ! Oh... deux petites secondes, fiou..."
Honor et Oscar virent leur échange de regards soudainement brisés à l'instant où une énergumène blonde au visage rouge et couverte de sueur fit irruption dans la chambre d'hôpital. Le souffle court, elle s'effondra soudainement vers l'avant, plaquant ses mains sur ses genoux, tandis que des éclats de voix se faisaient entendre de la part du personnel hospitalier à l'autre bout du couloir.
Honor ressentit une pointe de déception de voir son petit moment avec son mari perturbé ainsi, mais le sourire qui se peignait sur ses lèvres semblait ne jamais vouloir s'éteindre.
"Claire, tu en as mis du temps."
Oscar pouffa de rire derrière sa main avant de rejoindre l'amie d'Honor pour l'aider à se redresser, puis l'entraîna jusqu'à une chaise à proximité. Ce fut tout du moins son but, jusqu'à ce que la blonde se mette à se débattre faiblement, son regard rivé sur le berceau à côté du lit.
"Tutut ! Je suis venue pour UNE chose, Oscar ! Et j'ai fait aussi vite que j'ai pu, le prof a pas voulu nous lâcher..."
Honor dissimula son éclat de rire derrière la paume de sa main à son tour, assistant à l'embarras manifeste qu'Oscar expérimenta un court instant avant de se ressaisir et de fermer la porte. Puis elle sentit l'ambiance de la pièce changer. Le calme revint, alors que Claire déposa son sac à main au pied du lit, les traits de son visage se chargèrent d'une émotion solennelle, attendrie et émue aux larmes, observant le plus grand silence.
Oscar la rejoignit, les bras croisés sur sa poitrine, quelques pas derrière elle. Durant plusieurs longues secondes, les trois paires d'yeux dans la pièce n'eurent d'attention que pour Narcisse, qui n'avait pas été le moins du monde perturbé par les éclats de voix ambiants. La blonde déposa ses mains sur le bord du landau, sans oser s'approcher davantage.
"Oh... Il est trop mignon..."
Puis brusquement, elle redressa son regard pour le braquer sur Honor, avant de pointer un index accusateur dans sa direction.
"Et toi ! T'abuses, sérieusement ! Tu viens d'accoucher, et t'es toujours aussi resplendissante !"
Et sans prévenir, elle se jeta dans les bras de son amie, la prenant au dépourvu, au point que les mains d'Honor demeurèrent en l'air une courte seconde avant qu'elle ne rende son étreinte à Claire. Elle rougit comme une pivoine, et Oscar éclata de rire sans chercher à son contenir. La voix de la blonde retentit de nouveau, étouffée dans le creux de la nuque d'Honor.
"C'pas juuuuste, donne-moi ton secret ! Sorcière !"
La militaire finit par se laisser aller à son tour à l'hilarité, mais son regard ne quittait pas Narcisse. Oscar la regarda, elle le regarda, et tous deux hochèrent la tête. Honor se racla doucement la gorge, déposant ses mains sur les épaules de son amie pour le faire reculer.
"Claire..."
L'étudiante s'immobilisa un instant en se redressant, regardant à tour de rôle Oscar, puis son amie, ses sourcils se dressant de plus en plus haut.
"Oui ?.."
Elle imita le ton solennel d'Honor, avant de reprendre son éternel sourire. La militaire lui rendit, mais Claire sentit bien qu'il n'était pas aussi léger que le sien, et enfin, elle adopta une attitude sérieuse en s'asseyant à côté d'elle sur le matelas. Le silence se fit quelques instants, juste le temps qu'Oscar s'approche pour s'asseoir à côtés d'elles, et prenne la main de sa femme.
"Claire, on voulait que tu..."
La gorge d'Honor se serra sous l'émotion, ses yeux s'embuèrent de larmes, elle secoua la tête, totalement noyée par les hormones. Comme elle détestait cela. Claire se précipita pour s'approcher d'elle, avant de regarder Oscar.
"Honor ! Mais, vous avez quoi tous les deux ? Vous commencez à me faire peur..."
La militaire secoua de nouveau la tête, avant de balayer l'air devant elle de sa main en désignant Oscar. Il soupira d'un air amusé en embrassant la main de sa femme qui rigola entre deux sanglots.
"Claire, tu n'es pas obligée d'accepter, mais avec Honor, on a beaucoup discuté."
Un ultime regard entre lui et Honor, un hochement de tête imperceptible. Elle aurait pu reprendre, mais il avait commencé, autant finir. Une courte inspiration.
"On aurait voulu que tu deviennes la marraine de Narcisse."
L'amour d'une famille
Dire que le silence qui venait de s'abattre sur la pièce était assourdissant aurait été l'euphémisme du millénaire.
Si Claire n'avait pas déjà été assise, ses jambes auraient cédé sous son poids. Elle avait même l'air d'être au bord de l'évanouissement, tant son visage venait de prendre trait pour trait la couleur d'un fantôme translucide. Toute émotion avait déserté sa figure, et son regard des plus vides fixait sans discontinuer Honor, qui la regardait avec un sourire compatissant. Oscar décala légèrement ses yeux de l'arrière de la tête de Claire jusqu'à croiser le regard de sa femme. Tous deux s'attendaient à une certaine réaction, aussi se mirent-ils instantanément d'accord pour laisser un peu de temps à leur amie en prolongeant le silence.
Et ce silence, comme Claire en avait besoin.
Là où le monde qui l'entourait s'était tu jusqu'à la mort, son monde intérieur, lui, bouillonnait aux éclats. Mille pensées fusèrent en même temps, mille visions, mille idées, mille prémonitions. Elle ne percevait plus le contact du drap sous ses cuisses, ni la main d'Honor qui s'était posée sur la sienne, ou celle d'Oscar, qui était en train de doucement frotter son épaule.
Et soudain, un son lui parvint. Enfin. Un bruit. Il se répétait, régulièrement. Puissant, sourd, il faisait vibrer l'entièreté de sa cage thoracique. Et alors que les bordures de sa vision s'étrécissaient, ce fut au moment où son regard se posa sur l'enfant dans le landau qu'elle prit conscience que ce bruit n'était nul autre que son cœur qui battait. Pendant encore de longues secondes, mais qui lui apparurent comme des années, elle fixa Narcisse. Un total étranger dans sa vie, seulement lié à elle par son amitié et ses sentiments envers la famille Brando. Rien d'autre ne les attachait, si ce n'était la volonté et les circonstances. Une voix commençait à résonne à son oreille, loin, très loin, c'était à peine si son cerveau s'y penchait. Il y avait beaucoup plus important à penser, en cet instant. Et...
"Claire ?"
Brusquement, tout lui revint. Toutes les sensations que sa peau captait. Le tissu de ses vêtements, le contact de ses lunettes sur l'arête de son nez, le sol sous ses chaussures. Et les mains d'Honor qui venaient de se déposer sur ses épaules, et qui plongeait son regard dans le sien. Jamais Claire ne l'avait vu aussi préoccupée, comme si elle venait de voir un fantôme. La militaire pencha la tête sur le côté, affichant un sourire que la blonde ne lui connaissait pas, qu'elle ne lui réservait pas en temps normal.
Ce fut ce petit détail qui la fit brusquement rougir. Sa tête se mit à tourner brusquement, comme si le monde venait de basculer, de perdre pied et toute contenance.
"Claire, respire !"
Oh merde, respirer !
Claire aspira d'un coup une grande goulée d'air en se raccrochant aux mains de son amie. Ses joues reprirent des couleurs, les sons lui parvinrent de nouveau correctement, et son équilibre revint. L'une de ses mains quitta celles d'Honor pour venir se coller sur sa poitrine, pour écouter son cœur tambourinant dans sa poitrine.
Elle était tellement reconnaissante que les deux adultes autour d'elle continuent de se taire. Elle ne les remercierait jamais assez de ne pas la bombarder de questions ni de sollicitations. Cela la fit sourire, et l'aida à revenir pleinement à elle. Ils la connaissaient tellement bien. Plus particulièrement Honor, mais Oscar n'était clairement pas en reste. Elle profita du contact des mains de son amie sur ses épaules pour se redresser, savourant leur rugosité et leur puissance, à laquelle elle pouvait se cramponner comme à un phare.
"Hrm hrm."
Elle remit ses cheveux en place, cligna des yeux, avant d'entrouvrir les lèvres. Bien, maintenant que l'émotion était passée, il était temps de redevenir raisonnable. Un petit rire lui échappa, elle secoua la tête en portant son regard sur Narcisse.
"Je..."
Bon, ok, l'émotion n'était peut-être pas totalement passée, comme en témoignait les larmes qui commençaient à s'accumuler aux coins de ses yeux, qu'elle ignora copieusement. Elle fut contrainte au silence lorsque sa gorge se serra.
"C'est... vous pouvez pas, enfin..."
Sa main se plaqua sur sa bouche, tentant vainement de l'empêcher de dire tout ce qui lui passait par la tête. Sa poitrine était envahie par une telle chaleur, une douceur sans égale, comme une couverture qu'on aurait déposé sur vos épaules alors que vous grelottiez de froid. Honor continuait de l'observer calmement, tandis qu'Oscar, prévenant, s'était déjà levé pour remplir un verre d'eau, qu'il se tenait prêt à tendre à Claire à tout moment.
Encore submergé par les bouleversements, la blonde s'évertuait à reprendre son habituel contrôle, mais les mouvements hésitants de ses mains témoignaient bien de son état.
"Vous, pourquoi ? Pourquoi moi ? C'est trop, je... Honor, c'est trop, je peux pas faire ça, j'ai pas ta fermeté, j'ai pas la patience d'Oscar, ni sa gentillesse, je n'ai pas ta carrure, je..."
La chaleur présente dans sa poitrine commençait à faire place peu à peu à un froid des plus déplaisants. Elle couvrit ses bras de ses mains dans un vain effort pour tenter de s'accrocher encore un peu à l'agréable sensation qui la désertait.
"C'est vraiment pas moi la personne idéale, je veux dire, regardez-le... il mérite tellement mieux, c'est... aïe !"
Un éclair de douleur zébra brusquement son front, la forçant à cligner des yeux et à se redresser comme sous l'effet d'une claque. Honor venait de lui décocher une pichenette en plein front, délicate, mais ferme, et elle la regardait avec toute la tendreté dont elle était capable. Claire ne l'avait jamais vu avec un tel regard, qui la submergea à nouveau et qui la fit rougir, la réduisant au silence.
Oscar lui tendit le verre, qu'elle récupéra distraitement pour y boire sans y penser, ce qui fit sourire l'homme, apparemment content de lui. Le sourire d'Honor s'agrandit imperceptiblement. Elle prit une grande inspiration en récupérant la main libre de son amie entre les siennes, et se redressa pour mieux lui faire face.
"Claire, pourquoi tu crois qu'on t'a choisi ?"
La psychiatre hésita, et haussa les épaules, à court de mots. Honor la regarda avec une bienveillance et une peine entremêlée, avant de reprendre, un sourire amusé aux lèvres.
"De un, c'est toi qui l'a vu en premier, ce bonhomme, je te rappelle. Ensuite, tu... tu es, c'est... Oh, tu le sais en plus, Claire, que tu es une femme extraordinaire, et... Comment te dire..."
Hélas, les mots n'étaient pas, et n'avaient jamais été le fort de la militaire. Et chaque hésitation plongeait un peu davantage Claire dans l'angoisse d'une réalisation qu'elle pensait légitime. Si elle hésitait, c'est parce qu'elle n'avait rien à dire et se forçait pour ne pas la peiner. Mais c'était ok, elle ne s'attendait pas vraiment à autre chose, malgré...
"Claire ?"
Les deux femmes se tournèrent vers Oscar, qui venait de récupérer Narcisse entre ses bras, et le tenait serré contre lui en le berçant doucement. Le bambin était noyé au milieu des draps et de la couverture, enroulé dedans comme dans un cocon. Il affichait un sourire des plus mystérieux, l'un de ceux qu'Honor pouvait apercevoir lorsqu'il avait une idée derrière la tête.
"Tu aimerais le porter ?"
Si Claire n'avait pas déjà été assise, ses jambes auraient cédé sous son poids. Elle avait même l'air d'être au bord de l'évanouissement, tant son visage venait de prendre trait pour trait la couleur d'un fantôme translucide. Toute émotion avait déserté sa figure, et son regard des plus vides fixait sans discontinuer Honor, qui la regardait avec un sourire compatissant. Oscar décala légèrement ses yeux de l'arrière de la tête de Claire jusqu'à croiser le regard de sa femme. Tous deux s'attendaient à une certaine réaction, aussi se mirent-ils instantanément d'accord pour laisser un peu de temps à leur amie en prolongeant le silence.
Et ce silence, comme Claire en avait besoin.
Là où le monde qui l'entourait s'était tu jusqu'à la mort, son monde intérieur, lui, bouillonnait aux éclats. Mille pensées fusèrent en même temps, mille visions, mille idées, mille prémonitions. Elle ne percevait plus le contact du drap sous ses cuisses, ni la main d'Honor qui s'était posée sur la sienne, ou celle d'Oscar, qui était en train de doucement frotter son épaule.
Et soudain, un son lui parvint. Enfin. Un bruit. Il se répétait, régulièrement. Puissant, sourd, il faisait vibrer l'entièreté de sa cage thoracique. Et alors que les bordures de sa vision s'étrécissaient, ce fut au moment où son regard se posa sur l'enfant dans le landau qu'elle prit conscience que ce bruit n'était nul autre que son cœur qui battait. Pendant encore de longues secondes, mais qui lui apparurent comme des années, elle fixa Narcisse. Un total étranger dans sa vie, seulement lié à elle par son amitié et ses sentiments envers la famille Brando. Rien d'autre ne les attachait, si ce n'était la volonté et les circonstances. Une voix commençait à résonne à son oreille, loin, très loin, c'était à peine si son cerveau s'y penchait. Il y avait beaucoup plus important à penser, en cet instant. Et...
"Claire ?"
Brusquement, tout lui revint. Toutes les sensations que sa peau captait. Le tissu de ses vêtements, le contact de ses lunettes sur l'arête de son nez, le sol sous ses chaussures. Et les mains d'Honor qui venaient de se déposer sur ses épaules, et qui plongeait son regard dans le sien. Jamais Claire ne l'avait vu aussi préoccupée, comme si elle venait de voir un fantôme. La militaire pencha la tête sur le côté, affichant un sourire que la blonde ne lui connaissait pas, qu'elle ne lui réservait pas en temps normal.
Ce fut ce petit détail qui la fit brusquement rougir. Sa tête se mit à tourner brusquement, comme si le monde venait de basculer, de perdre pied et toute contenance.
"Claire, respire !"
Oh merde, respirer !
Claire aspira d'un coup une grande goulée d'air en se raccrochant aux mains de son amie. Ses joues reprirent des couleurs, les sons lui parvinrent de nouveau correctement, et son équilibre revint. L'une de ses mains quitta celles d'Honor pour venir se coller sur sa poitrine, pour écouter son cœur tambourinant dans sa poitrine.
Elle était tellement reconnaissante que les deux adultes autour d'elle continuent de se taire. Elle ne les remercierait jamais assez de ne pas la bombarder de questions ni de sollicitations. Cela la fit sourire, et l'aida à revenir pleinement à elle. Ils la connaissaient tellement bien. Plus particulièrement Honor, mais Oscar n'était clairement pas en reste. Elle profita du contact des mains de son amie sur ses épaules pour se redresser, savourant leur rugosité et leur puissance, à laquelle elle pouvait se cramponner comme à un phare.
"Hrm hrm."
Elle remit ses cheveux en place, cligna des yeux, avant d'entrouvrir les lèvres. Bien, maintenant que l'émotion était passée, il était temps de redevenir raisonnable. Un petit rire lui échappa, elle secoua la tête en portant son regard sur Narcisse.
"Je..."
Bon, ok, l'émotion n'était peut-être pas totalement passée, comme en témoignait les larmes qui commençaient à s'accumuler aux coins de ses yeux, qu'elle ignora copieusement. Elle fut contrainte au silence lorsque sa gorge se serra.
"C'est... vous pouvez pas, enfin..."
Sa main se plaqua sur sa bouche, tentant vainement de l'empêcher de dire tout ce qui lui passait par la tête. Sa poitrine était envahie par une telle chaleur, une douceur sans égale, comme une couverture qu'on aurait déposé sur vos épaules alors que vous grelottiez de froid. Honor continuait de l'observer calmement, tandis qu'Oscar, prévenant, s'était déjà levé pour remplir un verre d'eau, qu'il se tenait prêt à tendre à Claire à tout moment.
Encore submergé par les bouleversements, la blonde s'évertuait à reprendre son habituel contrôle, mais les mouvements hésitants de ses mains témoignaient bien de son état.
"Vous, pourquoi ? Pourquoi moi ? C'est trop, je... Honor, c'est trop, je peux pas faire ça, j'ai pas ta fermeté, j'ai pas la patience d'Oscar, ni sa gentillesse, je n'ai pas ta carrure, je..."
La chaleur présente dans sa poitrine commençait à faire place peu à peu à un froid des plus déplaisants. Elle couvrit ses bras de ses mains dans un vain effort pour tenter de s'accrocher encore un peu à l'agréable sensation qui la désertait.
"C'est vraiment pas moi la personne idéale, je veux dire, regardez-le... il mérite tellement mieux, c'est... aïe !"
Un éclair de douleur zébra brusquement son front, la forçant à cligner des yeux et à se redresser comme sous l'effet d'une claque. Honor venait de lui décocher une pichenette en plein front, délicate, mais ferme, et elle la regardait avec toute la tendreté dont elle était capable. Claire ne l'avait jamais vu avec un tel regard, qui la submergea à nouveau et qui la fit rougir, la réduisant au silence.
Oscar lui tendit le verre, qu'elle récupéra distraitement pour y boire sans y penser, ce qui fit sourire l'homme, apparemment content de lui. Le sourire d'Honor s'agrandit imperceptiblement. Elle prit une grande inspiration en récupérant la main libre de son amie entre les siennes, et se redressa pour mieux lui faire face.
"Claire, pourquoi tu crois qu'on t'a choisi ?"
La psychiatre hésita, et haussa les épaules, à court de mots. Honor la regarda avec une bienveillance et une peine entremêlée, avant de reprendre, un sourire amusé aux lèvres.
"De un, c'est toi qui l'a vu en premier, ce bonhomme, je te rappelle. Ensuite, tu... tu es, c'est... Oh, tu le sais en plus, Claire, que tu es une femme extraordinaire, et... Comment te dire..."
Hélas, les mots n'étaient pas, et n'avaient jamais été le fort de la militaire. Et chaque hésitation plongeait un peu davantage Claire dans l'angoisse d'une réalisation qu'elle pensait légitime. Si elle hésitait, c'est parce qu'elle n'avait rien à dire et se forçait pour ne pas la peiner. Mais c'était ok, elle ne s'attendait pas vraiment à autre chose, malgré...
"Claire ?"
Les deux femmes se tournèrent vers Oscar, qui venait de récupérer Narcisse entre ses bras, et le tenait serré contre lui en le berçant doucement. Le bambin était noyé au milieu des draps et de la couverture, enroulé dedans comme dans un cocon. Il affichait un sourire des plus mystérieux, l'un de ceux qu'Honor pouvait apercevoir lorsqu'il avait une idée derrière la tête.
"Tu aimerais le porter ?"
L'amour d'une famille
Comme elle l'aimait, pensa Honor, en cet instant, alors que les pièces du puzzle s'emboîtaient. Si le couple pouvait et avait toujours apparu comme assez atypique, assez opposé sur énormément de plans, divergents et différents, le jour, la nuit, le yin et le yang, ce n'était pas pour rien qu'ils étaient toujours ensembles et le plus amoureux des couples.
Si l'une semblait porter la culotte, dominer, être la personnalité forte et dominante, contrôlant et naviguant avec aisance dans toutes les situations, l'autre moitié n'était pas le moins du monde en reste. Oscar était de ceux capables de prononcer le bon mot, au bon moment, sur le bon ton, avec la bonne voix, la bonne expression faciale, et la bonne intention, pour parfaitement réussi à percer les défenses de l'autre et le cerner. Si Honor était le pilier de cette famille, Oscar en était le ciment, la colle qui permettait au tout de se maintenir avec stabilité et sanité. Il était le diplomate, le gant de velours, la plume délicate qui chatouillait juste ce qu'il fallait pour permettre aux hésitants de se lancer avec optimisme.
Et dans un sourire comblé et attendri, Honor observa pleine d'émotion son amie la plus chère délicatement prendre son fils dans ses bras. Si Oscar et Honor rayonnaient tous deux de bonheur, vous auriez dû voir le visage de Claire.
"Je peux ? Vraiment ?.. Je... Oh... Ooooh... Coucou toi."
L'homme fit un pas respectueux en arrière, pour laisser l'espace et le calme que réclamaient un bambin en train de doucement se réveiller, et une marraine qui découvrait le poids de son filleul. Il alla tranquillement se rasseoir à côté de sa femme, étendant ses jambes sans vergogne sur le lit d'hôpital, sans même prendre la peine de retirer ses chaussures. Ce qui lui coûta au passage un regard désapprobateur de la militaire, mais qui était parfaitement incapable du moindre mot négatif en cet instant. Preuve en fallait qu'elle se blottit contre lui en déposant sa tête sur sa poitrine, laissant Oscar embrasser ses cheveux délicatement.
Claire se tenait presque parfaitement immobile, impuissante à faire le moindre mouvement autre que celui de bercer Narcisse dans ses bras en souriant comme la plus parfaite des idiotes. Ses yeux débordaient autant d'amour que de larmes salées, son visage se déforma lorsqu'elle leva les yeux vers le couple.
"Oh, il a ouvert les yeux..."
Comme si c'était la chose la plus extraordinaire du monde. Et pourtant, ce n'était pas la première fois qu'elle assistait à une naissance, loin de là. Son ancienne carrière d'infirmière la poussait même à l'époque à les côtoyer plus régulièrement qu'on ne le pensait, même pour une carrière militaire. Pour une femme si attachée à la raison et au rationnelle, aux faits et à la science, la future psychiatre se trouva bien incapable d'éteindre le torrent larmoyant de ses émotions surpuissantes.
Dans un bruit de reniflement qui était tout sauf élégant, elle pencha davantage sa tête en direction de Narcisse, qui commençait à tout doucement remuer. Comme il pouvait être touchant de brusquement, pour un infime moment, devenir le centre du monde d'un petit être vivant aux yeux disproportionnés et à la tête bien trop grande pour le reste de son corps. Elle se laissa aller à un petit rire, totalement obnubilée et fascinée. Et lorsqu'elle crut qu'elle ne pourrait pas être davantage attendrie, Narcisse sortit brusquement sa main des couvertures dans lesquelles il était enroulé, tentant vainement de saisir une mèche de cheveux blonds pendouillant au-dessus de sa tête.
L'étudiante plaqua sa main sur son visage.
"Oh... oh mon dieu, il est trop mignon, oooh, mais t'as une toute petite main, c'est pas possible..."
Après que leurs regards se soient échangés, dans un instant de flottement absolu, où les parents ne purent qu'assister à la scène en simples spectateurs.
Comme emportée par un instinct dans lequel elle ne se reconnaissait habituellement pas, Claire ressentit soudainement le besoin irrépressible d'abaisser son index en direction du bébé.
Comme si le temps ralentissait brusquement, elle le vit fixer le bout de ce doigt, l'analyser, apparemment contrarié. Cet appendice étranger qui envahissait son espace personnel, il n'y avait qu'une seule manière de le traiter. Claire crut défaillir purement et simplement lorsqu'elle sentit la pression de la petite main de son filleul se resserrer autour de son index.
"Oh..."
Et suivant le chemin logique de son étourdissement, elle sentit ses jambes se dérober sous elle. Ce fut de justesse qu'une chaise se retrouva par miracle poussée sous ses fesses par la chaussure d'Oscar, qui était, tout comme sa femme, incapable de s'arrêter de sourire.
Mais Claire n'y prêta même pas attention. Le monde aurait pu s'effondrer autour d'elle et de Narcisse qu'elle n'aurait pas bronché. En cet instant, tout fut clair pour elle. Tout lui apparut nettement. Elle sut, avec une inébranlable certitude, qu'elle serait prête à mourir pour cet enfant, qu'elle serait prête à le voir tous les jours, à l'écouter, prendre soin de lui, qu'elle serait prête à tout s'il le fallait. Tout semblait à sa place, apaisé, logique, cohérent, comme si ça coulait de source, que ça allait de soi.
Enfin, Oscar se permit une petite manifestation de victoire, en tapant délicatement son poing contre celui de sa femme, d'un air entendu. Honor n'avait désormais d'yeux que pour lui, et s'il avait tourné le regard vers elle à l'instant, il aurait rougi d'une force incomparable. Claire laissa échapper un soupir tremblant et doucement sanglotant, avant de regarder le couple.
"Honor, Oscar..."
Un reniflement, les larmes aux yeux, sans que Narcisse ne lâche son doigt.
"Vous... Bande d'enfoirés va, bien joué."
De son épaule, elle tenta de s'essuyer les yeux, dérangeant ses lunettes, qui désormais jonchaient de manière anarchique sur son nez. Elle n'avait plus les yeux en face des trous. Et Narcisse, lorsqu'il posa ses grands yeux sur elle, se mit à baver, dans un premier temps. Puis il se mit à rire, à rire, en gesticulant dans tous les sens, se mettant à rougir sous les poussées de son diaphragme qui se contractait.
S'il en avait été capable, le premier son qui serait sorti de sa bouche aurait été un rire, au lieu des pleurs habituels. Et Claire se laissa emporter par ce rire, s'y abandonnant comme elle ne l'avait plus fait depuis longtemps. Oh, comme il allait lui apporter, cet enfant, et comme elle comptait bien le lui rendre !
Oscar et Honor avaient rejoints plus doucement le rire, lorsque brusquement, Narcisse se tut. Il s'immobilisa, le visage froncé, les traits pliés, plein de rides juvéniles. Son air des plus sévères ne manqua pas de faire réagir Claire, qui se pencha sur lui en le prenant à deux mains.
"Et ben oui mon grand, oh, qu'est-ce qui t'arrive ? Tu..."
Snif.
Immobilité de nouveau. Claire ferma les yeux, bloquant de toutes ses forces ses narines, pour se redresser doucement, les lèvres pincées. Elle tourna tout aussi doucement le regard, en éloignant très lentement Narcisse de son visage, qui s'était mis à éclater de rire sans aucune raison.
Honor la regarda d'un air interrogateur, Oscar s'était déjà levé en éclatant de rire pour ouvrir un tiroir dans la table de nuit. La blonde piaffa silencieusement, mi-amusée, mi-consternée.
"Honor. Trésor..."
La militaire s'inclina vers elle, les yeux grands ouverts.
"Ton gosse vient de me chier dans les mains."
Oscar ne se souvenait pas avoir déjà entendu sa femme rire de cette manière, lorsqu'elle bascula en arrière en se tenant le ventre sous les éclats d'hilarité qui déformèrent son visage, alors qu'il s'approcha de son amie pour récupérer Narcisse, qui gazouillait désormais à pleine gorge, visiblement très fier de lui.
Si l'une semblait porter la culotte, dominer, être la personnalité forte et dominante, contrôlant et naviguant avec aisance dans toutes les situations, l'autre moitié n'était pas le moins du monde en reste. Oscar était de ceux capables de prononcer le bon mot, au bon moment, sur le bon ton, avec la bonne voix, la bonne expression faciale, et la bonne intention, pour parfaitement réussi à percer les défenses de l'autre et le cerner. Si Honor était le pilier de cette famille, Oscar en était le ciment, la colle qui permettait au tout de se maintenir avec stabilité et sanité. Il était le diplomate, le gant de velours, la plume délicate qui chatouillait juste ce qu'il fallait pour permettre aux hésitants de se lancer avec optimisme.
Et dans un sourire comblé et attendri, Honor observa pleine d'émotion son amie la plus chère délicatement prendre son fils dans ses bras. Si Oscar et Honor rayonnaient tous deux de bonheur, vous auriez dû voir le visage de Claire.
"Je peux ? Vraiment ?.. Je... Oh... Ooooh... Coucou toi."
L'homme fit un pas respectueux en arrière, pour laisser l'espace et le calme que réclamaient un bambin en train de doucement se réveiller, et une marraine qui découvrait le poids de son filleul. Il alla tranquillement se rasseoir à côté de sa femme, étendant ses jambes sans vergogne sur le lit d'hôpital, sans même prendre la peine de retirer ses chaussures. Ce qui lui coûta au passage un regard désapprobateur de la militaire, mais qui était parfaitement incapable du moindre mot négatif en cet instant. Preuve en fallait qu'elle se blottit contre lui en déposant sa tête sur sa poitrine, laissant Oscar embrasser ses cheveux délicatement.
Claire se tenait presque parfaitement immobile, impuissante à faire le moindre mouvement autre que celui de bercer Narcisse dans ses bras en souriant comme la plus parfaite des idiotes. Ses yeux débordaient autant d'amour que de larmes salées, son visage se déforma lorsqu'elle leva les yeux vers le couple.
"Oh, il a ouvert les yeux..."
Comme si c'était la chose la plus extraordinaire du monde. Et pourtant, ce n'était pas la première fois qu'elle assistait à une naissance, loin de là. Son ancienne carrière d'infirmière la poussait même à l'époque à les côtoyer plus régulièrement qu'on ne le pensait, même pour une carrière militaire. Pour une femme si attachée à la raison et au rationnelle, aux faits et à la science, la future psychiatre se trouva bien incapable d'éteindre le torrent larmoyant de ses émotions surpuissantes.
Dans un bruit de reniflement qui était tout sauf élégant, elle pencha davantage sa tête en direction de Narcisse, qui commençait à tout doucement remuer. Comme il pouvait être touchant de brusquement, pour un infime moment, devenir le centre du monde d'un petit être vivant aux yeux disproportionnés et à la tête bien trop grande pour le reste de son corps. Elle se laissa aller à un petit rire, totalement obnubilée et fascinée. Et lorsqu'elle crut qu'elle ne pourrait pas être davantage attendrie, Narcisse sortit brusquement sa main des couvertures dans lesquelles il était enroulé, tentant vainement de saisir une mèche de cheveux blonds pendouillant au-dessus de sa tête.
L'étudiante plaqua sa main sur son visage.
"Oh... oh mon dieu, il est trop mignon, oooh, mais t'as une toute petite main, c'est pas possible..."
Après que leurs regards se soient échangés, dans un instant de flottement absolu, où les parents ne purent qu'assister à la scène en simples spectateurs.
Comme emportée par un instinct dans lequel elle ne se reconnaissait habituellement pas, Claire ressentit soudainement le besoin irrépressible d'abaisser son index en direction du bébé.
Comme si le temps ralentissait brusquement, elle le vit fixer le bout de ce doigt, l'analyser, apparemment contrarié. Cet appendice étranger qui envahissait son espace personnel, il n'y avait qu'une seule manière de le traiter. Claire crut défaillir purement et simplement lorsqu'elle sentit la pression de la petite main de son filleul se resserrer autour de son index.
"Oh..."
Et suivant le chemin logique de son étourdissement, elle sentit ses jambes se dérober sous elle. Ce fut de justesse qu'une chaise se retrouva par miracle poussée sous ses fesses par la chaussure d'Oscar, qui était, tout comme sa femme, incapable de s'arrêter de sourire.
Mais Claire n'y prêta même pas attention. Le monde aurait pu s'effondrer autour d'elle et de Narcisse qu'elle n'aurait pas bronché. En cet instant, tout fut clair pour elle. Tout lui apparut nettement. Elle sut, avec une inébranlable certitude, qu'elle serait prête à mourir pour cet enfant, qu'elle serait prête à le voir tous les jours, à l'écouter, prendre soin de lui, qu'elle serait prête à tout s'il le fallait. Tout semblait à sa place, apaisé, logique, cohérent, comme si ça coulait de source, que ça allait de soi.
Enfin, Oscar se permit une petite manifestation de victoire, en tapant délicatement son poing contre celui de sa femme, d'un air entendu. Honor n'avait désormais d'yeux que pour lui, et s'il avait tourné le regard vers elle à l'instant, il aurait rougi d'une force incomparable. Claire laissa échapper un soupir tremblant et doucement sanglotant, avant de regarder le couple.
"Honor, Oscar..."
Un reniflement, les larmes aux yeux, sans que Narcisse ne lâche son doigt.
"Vous... Bande d'enfoirés va, bien joué."
De son épaule, elle tenta de s'essuyer les yeux, dérangeant ses lunettes, qui désormais jonchaient de manière anarchique sur son nez. Elle n'avait plus les yeux en face des trous. Et Narcisse, lorsqu'il posa ses grands yeux sur elle, se mit à baver, dans un premier temps. Puis il se mit à rire, à rire, en gesticulant dans tous les sens, se mettant à rougir sous les poussées de son diaphragme qui se contractait.
S'il en avait été capable, le premier son qui serait sorti de sa bouche aurait été un rire, au lieu des pleurs habituels. Et Claire se laissa emporter par ce rire, s'y abandonnant comme elle ne l'avait plus fait depuis longtemps. Oh, comme il allait lui apporter, cet enfant, et comme elle comptait bien le lui rendre !
Oscar et Honor avaient rejoints plus doucement le rire, lorsque brusquement, Narcisse se tut. Il s'immobilisa, le visage froncé, les traits pliés, plein de rides juvéniles. Son air des plus sévères ne manqua pas de faire réagir Claire, qui se pencha sur lui en le prenant à deux mains.
"Et ben oui mon grand, oh, qu'est-ce qui t'arrive ? Tu..."
Snif.
Immobilité de nouveau. Claire ferma les yeux, bloquant de toutes ses forces ses narines, pour se redresser doucement, les lèvres pincées. Elle tourna tout aussi doucement le regard, en éloignant très lentement Narcisse de son visage, qui s'était mis à éclater de rire sans aucune raison.
Honor la regarda d'un air interrogateur, Oscar s'était déjà levé en éclatant de rire pour ouvrir un tiroir dans la table de nuit. La blonde piaffa silencieusement, mi-amusée, mi-consternée.
"Honor. Trésor..."
La militaire s'inclina vers elle, les yeux grands ouverts.
"Ton gosse vient de me chier dans les mains."
Oscar ne se souvenait pas avoir déjà entendu sa femme rire de cette manière, lorsqu'elle bascula en arrière en se tenant le ventre sous les éclats d'hilarité qui déformèrent son visage, alors qu'il s'approcha de son amie pour récupérer Narcisse, qui gazouillait désormais à pleine gorge, visiblement très fier de lui.


