8 oct. 2024, 20:39
 inktober 2024  C'est beau quand ça se met à trembler


_____

« Tout recommencera
Tout reviendra
Tout disparaîtra
Tout survivra »

_____

Image

Sac à dos ↠ ↞ Découvrir ↠ ↞ Bottes ↠ ↞ Exotique
Jumelles ↠ ↞ Randonnée ↠ ↞ Passeport ↠ ↞ Marche ↠
↞ Soleil ↠ ↞ Nomade ↠ ↞ En-cas ↠ ↞ A distance ↠
↞ Horizon ↠ ↞ Errer ↠ ↞ Guide de voyage ↠ ↞ Crasseux ↠
↞ Journal ↠ ↞ Conduire ↠ ↞ Crête ↠ ↞Inexploré ↠
↞ Rhinocéros ↠ ↞ Camp ↠ ↞ Rouille ↠ ↞ Expédition ↠
↞ Épouvantail ↠ ↞ Caméra ↠ ↞ Route ↠ ↞ Géant ↠
↞Navigateur ↠ ↞ Violon ↠ ↞ Repère ↠
Dernière modification par Asher Thatch le 18 oct. 2024, 21:32, modifié 6 fois.

1ère année • Elle • 12 ans • #9C3940
Tout recommencera, tout reviendra
Tout disparaîtra, tout survivra

8 oct. 2024, 21:11
 inktober 2024  C'est beau quand ça se met à trembler
1er octobre 2048

Tw : maltraitance, blessure légère, vulgarité


Tes nerfs sont à vif, tout ton corps tremble et tes muscles sont tendus. Tu renifles, essuyant d’un revers de main le sang qui coule de ton nez probablement cassé. La douleur est là, lancinante, mais c’est la rage qui domine tout. Tu détestes cette baraque. Tu détestes Joe. Et, par-dessus tout, tu détestes ta mère. Même si elle est autant victime que toi, coincée dans ce même enfer, ça change rien. Par colère, tu la blâmes tout autant.

Ton regard se pose sur le réveil qui affiche 2h30 du matin. Joe ronfle comme un porc dans la chambre à côté. Il sait faire que ça, d’ailleurs. Tes gestes sont précipité, bien que tu te forces à rester silencieuse en fourrant un peu de tout dans ton sac à dos usé et rapiécé de partout. Des vêtements de rechange, ton téléphone, ton chargeur, ton casque, un bouquin, tes papiers d’identité… Tout ce qui te semble indispensable sur le moment. Le sac est plein à craquer, mais tu le balances sur tes épaules comme s'il ne pesait rien. C’est pas la première fois que tu fuis, et tu sais que ça sera sûrement pas la dernière.

À pas feutrés, tu quittes ta chambre. Avant de partir, tu ne résistes pas à offrir ton plus beau doigt d'honneur en direction de la porte de la chambre de Joe et ta mère, une dernière provocation silencieuse. Puis tu files. Tu t’enfiles ta veste, glisses tes Converse aux pieds, et, évidemment, tu ne pars jamais sans ton skate. C’est ton échappatoire, mais surtout un cadeau de ta mamie.

Arrivée à la porte d’entrée, tu prends ton temps. Ce vieux machin a tendance à grincer si on l'ouvre trop vite, et tu n'as pas envie de réveiller l'autre connard. Tu glisses finalement hors de l’appartement, puis de l’immeuble. Dehors, dans l’obscurité, une camionnette t’attend, le moteur allumé et les phares braqués sur le parc pour enfants en face. Kamila est là, elle qui a probablement grillé trop de feux rouges pour te récupérer rapidement. Tu t'approche à grande enjambée, l'estomac noué par la peur, tandis que tu zieute parfois dans ton dos ; t'as peur qu'il débarque et te traine dans l'immeuble. T'es soulagé quand t'ouvre la portière pour grimper sur le siège passager.

Instantanément, ton corps se détend en voyant le sourire chaleureux de Kamila. Mais ce dernier s'évanouit aussitôt, alors que l'inquiétude lui arrache une grimace, et pour cause : avec ton œil au beurre noir, ton nez en sang et ta lèvre coupée, t'as franchement une sale gueule. "Putain, le salaud..." lâche-t-elle avant même de pouvoir se retenir.

C’est rare d’entendre Kamila jurer. Elle a toujours eu cette règle bien claire : pas de drogue, pas d’alcool, pas de gros mots quand t'es avec elle et les autres. Mais là, face à l’horreur de ton visage, même elle ne peut pas s’en empêcher. Tu la vois mordre sa joue, probablement pour contenir la flopée d’insultes et de menaces de mort qu'elle rêve d’envoyer à Joe. Pourtant, elle ravale sa rage et elle te soulage de ton sac à dos et t’embrasse tendrement sur le front, comme pour dire que ça va aller, que t’es en sécurité maintenant.

"Un peu de vacances te fera du bien," murmure-t-elle.

"Ouais," tu réponds simplement, la voix rauque d’avoir trop crié.

Vous ne dites rien de plus. Kamila passe la première, et sans un regard en arrière, elle vous sort de cette misérable cité. Et toi, t'as cessée de trembler.

1ère année • Elle • 12 ans • #9C3940
Tout recommencera, tout reviendra
Tout disparaîtra, tout survivra

9 oct. 2024, 13:18
 inktober 2024  C'est beau quand ça se met à trembler
1 octobre 2048,

Ce n'est pas la première fois que tu te rends à la planque, mais à chaque fois, tu as l’impression de redécouvrir l'endroit. Une vieille usine désaffectée près de la Tamise, oubliée de tous. L'odeur, par contre, te rappelle bien où tu es. Ici, ça pue la pisse de chat et le rat mort, un mélange écoeurant, mais ça fait partie du décor. Kamila et le reste de la bande ont su investir les lieux malgré tout. C’est votre coin à vous, celui où vous traînez quand il pleut dehors, celui où tu pionces quand tu ne supportes plus de rentrer chez toi. Mais même si tu y passes du temps, ce n’est pas vraiment un refuge. Pas un endroit où tu te sens en sécurité.

Tu pousses la porte de ce qui sert de chambre et balances ton sac au pied d'un vieux matelas qui a clairement vu des jours meilleurs. Pourtant, tu sais qu’il est propre. Comme tout ici, d'ailleurs. Chaque printemps, c’est le grand nettoyage, un rituel pour vous, presque amusant, et ça permet de garder cet endroit en état. Tu te laisses tomber dessus, épuisé, tes forces t’abandonnant enfin, et tu retires tes Converse d’un geste las.

C’est ta chambre ici, ou du moins, un espace qui te ressemble bien plus que celle que tu as chez toi. Les murs sont couverts de posters de groupes de rock, de skateurs de renom. Des guirlandes lumineuses pendent ici et là, cassant un peu la froideur du lieu. C’est un bordel, mais c’est ton bordel, celui que tu maîtrises. Et surtout, tu as une porte. Une vraie. Celle que tu peux claquer quand la colère t’étouffe. Celle que tu peux laisser ouverte si tu en as envie, mais que tu préfères garder fermée la plupart du temps.

Ici, t’as l’impression de pouvoir respirer un peu. Pas tout à fait libre, mais au moins loin du regard de Joe, loin de la pression de ta mère et des braillements d'Elliot. Pourtant, malgré cet espace qui est censé t’appartenir, il y a cette sensation de vide, comme si quelque chose manquait toujours. Comme si t’étais encore coincé dans une prison invisible, même ici, dans ce semblant de liberté.

Kamila frappe doucement à la porte, et tu lèves les yeux vers elle. Dans sa main, une trousse de secours ornée d'une croix rouge, et sous son bras, ce que tu devines être un BK encore emballé dans son papier kraft. Elle reste là, immobile, attendant patiemment que tu lui donnes la permission d'entrer. Ça, tu l'apprécies. Ce respect de ton espace, de ta vie privée, c’est quelque chose qui manque cruellement chez toi. Sans un mot, tu lui fais signe d'entrer, le regard fuyant, même si l'odeur des frites t’attire irrésistiblement. Ton estomac gronde, et la faim te noue les entrailles.

Kamila s'avance tranquillement et s’assoit près de toi, déposant le sac sur le côté. Elle ouvre la trousse de secours avec un geste familier, puis, doucement, elle prend ton visage entre ses mains. Tu te laisses faire, trop fatigué pour protester, sentant à peine la pommade froide qu'elle applique le long de ton œil tuméfié. Elle désinfecte soigneusement la coupure sur ta lèvre et nettoie ton nez ensanglanté avec délicatesse, ses gestes précis et rassurants.

"Voilà, c'est beaucoup mieux," souffle-t-elle d'une voix douce, comme si elle essayait de calmer la tempête en toi. "J'te jure, la prochaine fois qu'il lève la main sur toi, j'me le fais."

Tu soupires, luttant contre l'amertume qui te serre la gorge. Kamila a beau être pleine de bonnes intentions, tu sais que ce genre de promesses ne mène nulle part. "Laisse tomber," tu marmonnes, ta voix basse et lasse. "Va pas te foutre dans des emmerdes à cause de lui." Tu laisses tes mots traîner, lourd de sens. T’as pas besoin qu’elle s’attire des ennuis pour toi. Pas pour un mec comme Joe.

Elle te regarde un instant, les sourcils froncés, comme si elle pesait chacun de tes mots. Mais tu sais qu'elle n'écoute pas vraiment, pas cette fois. Tu détournes à nouveau les yeux, ton regard se posant sur le sac de BK. L'odeur t’enveloppe, te rappelle que malgré tout, la faim est toujours là, persistante, même dans ce chaos.

Kamila te tend le sac sans attendre, et tu t’empresses de déballer le burger végétarien, arrachant le papier kraft avec impatience. Tu croques dedans à pleines dents, savourant le craquement du pain et la tendreté de la garniture. Ici, tu n’as pas besoin de manger vite, comme à la maison, où chaque repas se déroule sous tension. Ici, tu peux prendre ton temps. Alors tu mastiques lentement, laissant les saveurs grasses et épicées envahir ta bouche. Tu découvres ces fameuses épices cajuns dont Kamila t’a déjà parlé, un mélange surprenant, mais agréable. Chez toi, il n’y a rien de tout ça. Pas d’épices, pas de goûts marqués, juste des plats fades et pâteux, qui te retournent l’estomac. Sauf quand mamie cuisine. Elle, au moins, sait encore donner du goût à la vie.

Dès que tu termines ton repas, Kamila s'empresse de te débarrasser sans un mot, alors que tu t'allonges sur le matelas. Elle te borde doucement, tirant la couverture jusqu’à ton menton avec des gestes délicats. Puis elle se redresse, allume la guirlande suspendue au-dessus de toi, sa lueur douce réchauffant la pièce d’un éclat réconfortant.

Tu fermes les yeux un instant, sentant sa présence rassurante à côté de toi, avant d’entendre la porte se refermer. Le silence s’installe, et avec lui, la fatigue t'emporte rapidement.

1ère année • Elle • 12 ans • #9C3940
Tout recommencera, tout reviendra
Tout disparaîtra, tout survivra

10 oct. 2024, 19:27
 inktober 2024  C'est beau quand ça se met à trembler
4 octobre 2048

Il pleut à verse dehors, les grosses gouttes martèlent le bitume et claquent contre la fenêtre encrassée. Tu devines qu’il fait froid dehors, mais sous cette couverture rêche qui te gratte le menton, t’as chaud. Le soleil lutte pour percer l’obscurité, et toi, tu n’es clairement pas prête à sortir de ce cocon. De toute façon, rien ne t’y oblige. T'as décidé que cette semaine, l'école, c'était sans toi. Kamila, elle, est déjà partie, studieuse comme toujours. Toi, t'as pas envie d'y aller, surtout avec cette sale tête. Les adultes remarqueraient tout de suite, et les services sociaux finiraient par débarquer chez ta mère. Elle ne mérite pas ça. Et toi, t’as pas envie d'être séparée d'elle à cause de ce salaud.

L’usine est calme, presque paisible, si on oublie la pluie, la tuyauterie qui grince et le grattement discret des souris derrière les murs. La guirlande au-dessus de toi diffuse encore une lueur douce, éclairant à peine la pièce. Ton téléphone vibre sous l'oreiller, te tirant de ton immobilité. Ta mère, qui doit chercher à comprendre où tu pourrais traîner. Tu hésites, le pouce prêt à décrocher, mais tu finis par ignorer l’appel. Pas maintenant. T’as besoin de temps. Invisible. Juste un peu plus longtemps.

Tu te tournes, dos à la fenêtre et au monde extérieur, blotti dans ce cocon temporaire, mais ça ne dure pas. Après une demi-heure à fixer le plafond, tu te résous à quitter ton lit.

Tes pas résonnent légèrement sur le sol en béton, et tu descends dans ce qui sert de lieu commun à votre bande. L'ancienne zone de production, autrefois remplie de machines, est maintenant transformée en un espace de vie bricolé, avec des canapés dépareillés, des tapis usés, et des commodes que Reiner a trouvées Dieu sait où. Un coin est dédié au jardinage – la nouvelle lubie de Reiner. Tu t’en approches machinalement, vérifiant les plantes, ajustant légèrement les pots. Prendre soin de ces petites choses te fait du bien, t’as l’impression d’apprendre à te préoccuper d’autre chose que toi-même.

Tu finis par te poser sur un des canapés, attrapant les croissants que Kamila a laissés sur la table basse. Ils sont froids, mais t’as faim. Tu manges lentement, savourant ce moment de répit, avant d’enfiler une paire de bottes qui traînent là depuis des jours. Elles commencent à être trop petites, ton gros orteil se presse douloureusement contre le caoutchouc, mais tu ne t’en soucies pas vraiment. Tu t’es habituée aux vêtements et chaussures jamais à ta taille, soit trop grands, soit trop petits. C’est presque devenu la norme pour toi.

Tu attrapes une vieille veste posée sur une chaise et l’enfiles, la fermeture éclair se coince à moitié, puis tu sors dans la cour intérieure de l’usine. Les flaques d’eau se sont accumulées avec la pluie, formant de petites mares boueuses ici et là. Sans réfléchir, tu te mets à sauter dedans, éclaboussant tes bottes et tes jambes. L’eau éclate en gerbes, et tu te surprends à sourire. C’est tout con, oui, mais ça t’amuse. Ces petits moments de légèreté te font du bien.

Tu continues à sauter dans les flaques, éclatant de rire sous la pluie battante, te fichant de l'humidité qui commence à traverser tes vêtements et à mordre ta peau. Tu ralentis peu à peu, essoufflée, trempée. Le bon sens voudrait que tu rentre, seulement, tu te diriges vers un vieux banc en bois adossé au mur de l’usine, ses planches craquent sous ton poids alors que tu t’y laisses tomber.

Tes pensées dérivent, vers Kamila, Reiner, ta mère, cette vie qui t’échappe parfois. Tu t’adosses et fermes les yeux un instant, écoutant la pluie qui continue de tomber, apaisante, comme une mélodie lointaine, ignorant tes bottes qui prennent l'eau.
Dernière modification par Asher Thatch le 17 oct. 2024, 14:17, modifié 1 fois.

1ère année • Elle • 12 ans • #9C3940
Tout recommencera, tout reviendra
Tout disparaîtra, tout survivra

16 oct. 2024, 05:26
 inktober 2024  C'est beau quand ça se met à trembler
5 octobre 2049

Charlie te scrute après que Kamila a demandé si tu pouvais rester. Dehors, la nuit est tombée depuis une heure, et la pluie tambourine contre le pavé. "D'accord," finit-elle par répondre en haussant les épaules. "Mais tu la surveilles, hein ? Et pas d'alcool."

"T'inquiète, j'y veille."

Et pas qu'un peu, tu le sais. Kamila vielle bien à ce que tu ne touche pas à un gramme d'alcool.

"Qu'est-ce que je te sers ?" demande Charlie, carnet en main.

"Un virgin colada et un jus de fraise, s'il te plaît."

"OK, installez-vous, je vous apporte ça."

Kamila pose une main ferme sur ton épaule et te guide à travers la salle. Le Rainbow, ce bar queer, te paraît à la fois fascinant et exotique. Rien à voir avec le béton gris et froid de ton quotidien. Ici, le bois couleur miel domine, les murs aux teintes chaudes créent une ambiance accueillante, l’éclairage tamisé adoucit l’atmosphère, et des plantes grasses apportent une touche de verdure qui te change de la morosité urbaine.

La musique, de la lofi, n'est pas vraiment ton truc, mais tu apprécies ses basses douces et son rythme apaisant. Vous vous dirigez vers une table déjà occupée. Reiner vous adresse un sourire et se décale pour te faire de la place à côté de lui. Sacha, saon copin.e, fait de même, après avoir claqué une bise à Kamila. Puis iel te tend le poing pour un check, que tu échanges avec un léger sourire. Tu vois rarement Sacha, son anxiété sociale l'empêche d'être présent.e quand vous vous réunissez tous.

"Tu t'es battu ?" te demande Sacha en remarquant ton œil tuméfié.

"On peut dire ça, ouais," réponds-tu, vaguement.

Iel fronce les sourcils, visiblement peu convaincu, mais n'insiste pas, ce que tu apprécies. Aujourd'hui, tu veux juste te détendre, profiter de leur compagnie. Demain, tu dois aller chez ta grand-mère, et après ça, tu ne sais pas quand tu pourras les revoir. Alors, t'as pas envie de penser à l'autre salaud, pas ce soir.

Charlie se pointe et depose vos consommation, avant de retourner derrière le bar. Kamila te tend ton verre sans un mot, mais son regard en dit long. Tu la remercies d'un signe de tête avant de boire une gorgée, savourant la douceur fruitée qui contraste avec l'amertume que tu ressens au fond de toi. Reiner, lui, change habilement de sujet en parlant d'une nouvelle expo street art en ville. Sacha s'anime aussitôt, et tu te laisses emporter par la conversation, appréciant l'énergie qui circule autour de la table, loin de tes préoccupations habituelles.

Vous ne vous attardez pas au Rainbow. Vers vingt-deux heures, Kamila règle vos consommations, et vous montez dans son camion. Il pleut encore. Elle démarre le moteur, fredonnant un air de Queen, avant de prendre la route vers votre planque. À peine ta tête touche-t-elle l'oreiller que tu t'endors aussitôt, épuisé, mais bienheureuse.

1ère année • Elle • 12 ans • #9C3940
Tout recommencera, tout reviendra
Tout disparaîtra, tout survivra

17 oct. 2024, 14:40
 inktober 2024  C'est beau quand ça se met à trembler
9 octobre 2049

Ta grand-mère inspire profondément, et par réflexe, tu fais de même. L'air iodé de la Manche vous fouette le visage, et c’est étrangement agréable, vivifiant. Tu aimes la mer, le bruit des vagues qui viennent s'écraser contre les falaises, juste à quelques mètres de vous. Vous faites une pause dans votre promenade, observant les côtes françaises. Elles semblent à la fois si proches et pourtant inaccessibles. Un jour, tu aimerais y mettre les pieds. Mieux encore, tu rêves de voyager à travers le monde, découvrir des cultures, des langues, des mythes, et des ruines. Tu te vois déjà mener une vie d’aventures, comme dans Indiana Jones. Mais, comme ces côtes françaises, ce rêve te paraît hors de portée. Tu as l’impression que tu ne quitteras jamais ce coin de terre, et encore moins ce vieil appartement au quatorzième étage.

"Tiens, avec ça, tu pourras voir les bateaux là-bas."

Tu acceptes la paire de jumelles que Lucinda te tend et les diriges vers le firmament, là où le ciel et la mer semblent se fondre en une seule étendue infinie. Tu t’amuses à compter chaque bateau que tu aperçois, puis laisses ton regard glisser lentement jusqu'à ce que tu distingues la silhouette de ce que tu sais être la Normandie. En classe, vous en avez parlé récemment, avec un cours sur le débarquement allié la semaine dernière. Une histoire sanglante. Tu baisses les jumelles et tournes les yeux vers ta grand-mère, dont les paupières se sont doucement fermées. Le soleil caresse ses cheveux argentés, les faisant briller, et tu la trouves belle, presque rayonnante. La douceur du jour rend l’instant paisible.

Vous reprenez votre marche en silence, un de ces silences complices qui n'ont pas besoin de mots. Il y a peu de monde sur le chemin. De temps à autre, vous croisez des couples, des promeneurs avec leurs chiens, ou des retraités profitant de leur liberté, loin de ce métro-boulot-dodo qui t'effraie déjà.

1ère année • Elle • 12 ans • #9C3940
Tout recommencera, tout reviendra
Tout disparaîtra, tout survivra

18 oct. 2024, 21:30
 inktober 2024  C'est beau quand ça se met à trembler
17 octobre 2049

Tes pieds te font mal ; la randonnée s’est avérée bien plus longue que prévu. Pourtant, toi, Kamila et Reiner n’avez pas pu résister à l’envie de quitter le sentier battu. Tout a commencé lorsque Kamila a cru apercevoir une biche derrière des buissons. Puis, Reiner, après avoir jeté un coup d'œil à Google Map, a signalé la présence d'un lac, à quinze minutes de marche. Le temps n'est pas au beau fixe aujourd'hui. Le ciel est lourd, couvert de nuages gris, et le vent d'automne mord tes joues déjà rougies par le froid. "C’est plus très loin," lance Reiner en désignant une direction du doigt.

"C'est plus très loin," assure Reiner en pointant une direction du doigt.

"J'espère, parce que j'aimerais bien qu'on fasse une pause," gémit Kamila, tirant sur sa veste qui s'accroche aux ronces.

"En espérant surtout que tu ne nous perdes pas," lâches-tu, ton sarcasme adouci par un brin d’amusement.

Reiner te répond en te tirant la langue, enjambant une épaisse racine avec une certaine assurance. "Voyons, j’ai un excellent sens de l’orientation !"

"Dixit celui qui se perd dans un centre commercial," réplique aussitôt Kamila, un sourire en coin.

Tu souris aussi en les écoutant se taquiner, puis, soudain, tu t'arrêtes. Quelque chose capte ton attention : une araignée trônant fièrement au centre de sa toile. Fasciné, tu t’approches lentement, t'agenouilles et l’observes de près. La créature, aussi grosse que ton pouce, arbore des teintes brunâtres qui lui permettent de se fondre parfaitement dans le décor d’écorce et de terre. Tu t’attardes sur la délicatesse de sa toile, un travail minutieux qu'elle doit sûrement entretenir et reconstruire régulièrement.

"Eh, tu viens ?" appelle Reiner, sa voix t'arrache à ta contemplation et tu soupire. Kamila, elle, est déjà un peu plus loin, impatiente.

"Ouais, j'arrive !" Tu te redresses, jetant un dernier coup d’œil à l'araignée avant de reprendre la marche.

"Toi aussi, on te perd trop facilement," plaisante Kamila en ébouriffant les quelques cheveux qu'il te reste sur le crâne. "Tu te laisses distraire si vite, et t’es tellement discrète ! Heureusement que Reiner a remarqué que tu ne suivais plus, on était sur le point de continuer sans toi !"

"J’admirais juste une araignée," dis-tu.

Reiner frissonne visiblement de dégoût. "Franchement, t'as des goûts bizarres ! Ces sales bêtes me filent la gerbe..."

"Arrête, elles sont adorables !" réponds-tu, amusée par sa réaction.

"Adorables ? J'te comprends vraiment pas..." Il secoue la tête, visiblement incrédule. "Enfin bref, on a un lac a trouver !"

Et vous reprenez votre randonnée sans plus attendre, mains dans les poches.

1ère année • Elle • 12 ans • #9C3940
Tout recommencera, tout reviendra
Tout disparaîtra, tout survivra