Dans le labyrinthe de Godric Privé

Vendredi 28 juin 2047, fin de journée.
@Kieran Hawthorne


Alors que Nora avait terminé sa journée de stage, elle marchait dans la capitale sorcière britannique afin de rejoindre le magic'port le plus proche. Têtue comme elle était, cette dernière profitait toujours de sa chambre à la GEAD plutôt que d'en louer en ville. Ainsi, elle se retrouvait à faire des allers-retours constants, comme l'année passée où elle transitait entre l'école et son stage à Glasgow.

Nora avait commencé son stage il y avait plusieurs mois maintenant, et elle devait admettre qu'elle aimait beaucoup ce qu'elle faisait. Les moyens étaient plus rudimentaires que l'année dernière : Ruben Whitaker avait aménagé un bureau dans son appartement et le tout restait relativement vétuste. Nora doutait que ce fût par réel manque de moyens, mais Whitaker semblait être une personne simple, qui se contentait de peu. Les deux sorciers s'entendaient très bien et la Starks se sentait chanceuse de pouvoir apprendre d'une telle personne. Ancien auror pour le compte de la CIS, il avait beaucoup de savoirs et savoir-faire à transmettre.

Plutôt que de couper par la place Armand Malefoy, Nora préférait toujours faire le détour par le quartier résidentiel pour rejoindre le magic'port. Le chemin y était plus calme, plus tranquille. Elle croisait malgré tout quelques personnes, sans doute elles-mêmes sortant du travail. Son regard fut attiré par un homme en particulier, qui regardait autour de lui avait un air perdu. La blonde le regarda avec perplexité, ses mains confortablement calées dans les poches de son long trench.


"Je peux vous aider ? Vous avez l'air... perdu. C'est votre première fois à Godric's Hollow ?" demanda-t-elle poliment.

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Dans le labyrinthe de Godric Privé
vendredi 28 juin 2047

Quelle étrange sensation que de fouler un sol autrefois familier, qui désormais me perdait comme si mes semelles l'effleuraient pour la toute première fois. Je tâte ces nouveaux bâtiments des yeux, mon regard voltigeant à travers les rues, s’accrochant sur chaque détail – comme si je pouvais graver chaque recoin, chaque parcelle de cette ville dans mon esprit. Une ville que je ne connais plus.

Je m’éloigne de l'éclat vibrant du centre-ville et ses avenues pour déambuler dans les méandres des veines du quartier. La foule s'amenuise peu à peu derrière moi, avalée par les murs de ces ruelles étroites dans lesquelles je me perds plus que je ne me dirige. Je perds la notion du temps et, lorsque je glisse un regard sur le cadran de ma montre, l'aiguille m'indique qu'il me reste encore un peu de temps avant l'heure du rendez-vous chez Mel’. Pas assez pour continuer à m’abandonner à la dérive, mais beaucoup trop pour me hâter. Il faudrait sans doute songer à regagner le droit chemin – mais je me rends compte que je ne le connais pas, ce droit chemin.

Alors je regarde autour de moi ; mais les rues qui s'étirent sous mes yeux se ressemblent toutes les unes aux autres. Rien qui ne m’évoque un repère. Par Merlin. Une voix brise le silence ouaté de ces rues endormies. Instinctivement, je tourne la tête ; mon regard croise alors celui d’une jeune femme, qui me fixe elle aussi. À vue d’œil, je ne lui donnerais pas plus de vingt ans. Je me retourne pleinement, pivotant sur moi-même pour lui faire face.

La blonde semble être taillée dans l’albâtre tant sa peau et sa chevelure sont clairs. Il ne s'agit toutefois pas d'une pâleur blafarde ou terne, mais bien d'une blancheur immaculée, presque lumineuse qui ne fait que souligner le vert perçant de ses yeux. La voix de l'inconnue m'extirpe de mes contemplations : elle m'offre son aide. Un sourire effleure mes lèvres : ma confusion était donc flagrante, au point d'attirer quelque âme bénévole prête à porter secours au touriste égaré que j'étais malgré moi.

« Bonjour miss. J'agrémente mon salut d'un sourire courtois. La première fois depuis son inauguration, oui. Et effectivement, force est de constater que ces nouvelles rues ont eu raison de mon sens de l’orientation... »

Je souffle du nez dans ce qui semble être un rire discret en secouant légèrement la tête, comme pour me moquer de ma propre situation. Une brise tiède de fin juin vient ébouriffer mes cheveux, soulevant quelques mèches rebelles que j'ordonne d’un geste de main distrait.

« Je cherche la rue Salazar, même si j'ai encore un peu de temps avant l'heure de mon rendez-vous. Serait-ce loin d'ici ? »
455 mots

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Nora sourit en retour. En effet, depuis la reconstruction et l'inauguration de la capitale sorcière, la bourgade qu'elle était autrefois était parfaitement méconnaissable. Si le jeune homme n'était pas revenu depuis, cela devait être bien difficile de s'orienter. Nora ne connaissait pas le nom de toutes les rues godrichiennes par cœur, mais la rue Salazar lui disait quelque chose. Elle réfléchit un instant, regarda autour d'elle, puis se souvient. Il s'agissait de la rue du quartier Peverell où se trouvait le pub Le Misty. Nora s'y était déjà rendue en de rares occasions, mais avait surtout parcouru les environs à pied, suffisamment pour avoir remarqué le panneau d'indication.

"Ah oui, je vois. Ce n'est pas très loin, peut-être une dizaine de minutes de marche." commença-t-elle. "Souhaitez-vous que je vous y accompagne ? C'est sur mon chemin."

Ce n'était pas totalement vrai, mais pas faux non plus. Nora pouvait facilement passer par l'avenue Peverell pour rejoindre le magic'port, et la rue Salazar donnait justement sur l'avenue Peverell.

"Est-ce que vous rendez visite à un proche ? Vous ne venez sans doute pas très souvent ici. Ça a vraiment changé. Je suis déjà venue bien avant la refondation de la ville, mais je ne reconnais rien des images de mes souvenirs. C'est comme si c'étaient deux villes différentes."

Nora était un peu nostalgique de cette autre vie, même si elle ne pouvait nier que la capitale sorcière était attractive.

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Mes yeux s'agrandissent légèrement lorsque j'entends sa proposition. Ce n'est pas tous les jours que l'on tombe sur quelqu'un qui vous accorde volontiers un peu de son temps pour vous venir en aide – vous, le parfait inconnu parmi tant d'autres dans cet océan aux mille visages anonymes, continuellement brassé par l'effervescence nouvelle de la capitale. Le sourire déjà présent sur mes lèvres s'étale un peu plus. Je ne m’étais donc pas bercé d'illusions sur cette blancheur lumineuse que je lui avais trouvée au premier regard ; elle irradiait autour d'elle la douceur rassurante de la lueur d'une étoile dans l'immensité d'un ciel nocturne.

« Ce serait très aimable de votre part, je vous en remercie. »

Je hoche la tête aux paroles de la blonde, aussi bien pour confirmer son hypothèse que pour manifester mon assentiment à ses impressions. La capitale sorcière n'avait en effet plus rien de la citadelle qu'elle était autrefois.

« C'est cela, c'est pour voir un vieil ami qui a déménagé par ici. Je travaille en Roumanie, et suis de retour ici pour les congés. Et vous ? Votre aisance en ces rues me laisse deviner que vous êtes une habituée des lieux. »

Je la contemple un instant, avant de laisser mon regard voguer sur les ruelles qui s’étendent devant nous.

« C'est joli, ainsi. Mais peut-être sonnerais-je un peu vieillard si je vous disais que le souvenir du vieux Godric's Hollow me rend nostalgique, tout de même... »

Je glisse une œillade vers mon interlocutrice, le sourire enjoué – quoique empreint d'un brin de nostalgie, peut-être.

« M'enfin. J'avoue être devenu un peu vieillard, en un sens. Il faut dire que le monde britannique évolue avec une telle fulgurance que chaque retour sur ce sol m’apparaît comme une découverte... Lamentable excuse pour justifier mon égarement, certes, mais je vous promets que mon sens de l'orientation n'est pas aussi douteux, d'habitude », lui assuré-je sur le ton de la plaisanterie, les mains brandies à hauteur d’épaules en un geste d’innocence.

336 mots

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Dans le labyrinthe de Godric Privé
Suite à la réponse de l'inconnu, Nora se mit à marcher, l'invitant à se joindre à elle. Leur rythme était calme, souple, doux... tout d'une balade, plus que d'une course. Elle l'écouta répondre à ses questions. L'homme venait de très loin, ce qui était peu commun dans le quotidien de la blonde.

"Je suis en stage dans le coin. Auprès d'un détective." commença-t-elle. "Que faites-vous en Roumanie ? C'est peut-être un peu cliché, mais ce pays me fait toujours penser aux dragons. Il y a une grande réserve naturelle là-bas, je me trompe ?"

La jeune femme pouffa de rire au trait d'humour lancé par son interlocuteur. En réalité, en le regardant mieux, elle n'était plus sûre de savoir si elle le trouvait réellement drôle, ou si elle était touchée par son charme. Ses joues rosirent un peu en songeant au fait que cet homme fût très loin d'être repoussant. Sa carrure et son style vestimentaire lui ajoutaient du cachet, un quelque chose qu'elle pouvait difficilement ignorer.

Se déconcentrant sur la conversation en cours, elle ajouta :
"Oui en effet, notre société a bien évolué ces dernières années... À tous les égards." Nora pensait bien évidemment au contexte politique tendu et largement discutable, qui rendait la vie bien morne et difficile pour certains. Si elle pouvait jouir du fait d'avoir deux parents sorciers, ce n'était pas le cas de la moitié de la population, moitié qui se retrouvait en bas de l'échelle alimentaire sans raison valable.

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La jeune femme se met en marche ; je cale mes pas aux siens, et nous nous avançons à travers les ruelles baignées par la lumière déclinante d'un soleil de fin de journée. J'écoute ses réponses d'une oreille attentive, mon regard ancré dans le vert de ses yeux – une habitude que j'ai prise, pour signifier silencieusement à mes interlocuteurs qu'ils sont ouïs. Je redresse légèrement la tête lorsqu'elle évoque ce stage auprès d’un détective, une lueur d'intérêt venant éclairer mon regard. Je ne l'interromps pas pour autant, et le sujet dérive vers la Roumanie. Mon sourcil s'arque légèrement lorsqu'elle mentionne les dragons, sincèrement impressionné par la finesse du sens de l'observation – ou de l'intuition ? – de la blonde.

« Dans le mille, encore une fois. Aurais-je donc affaire à la future étoile des détectives britanniques ? » Un sourire me monte aux lèvres alors que je laisse échapper un souffle amusé. « Quoiqu'il en soit, ce stage chez un détective vous sied bien. »

Je sens un tiède courant d’air effleurer le dos de ma main, là où ma peau conserve les traces d’une brûlure à peine cicatrisée. Instinctivement, je baisse les yeux en sa direction. Elle ne m'est plus douloureuse depuis assez longtemps, mais les traces de la lésion tardaient à s'estomper. Je détourne la main en la glissant machinalement dans la poche de ma veste pour en épargner la vue à mon interlocutrice.

« J'y suis dragonologiste en effet, repris-je doucement. Si un jour vous veniez à vous aventurer dans les monts Bucegi, je me ferais un plaisir de vous servir d'humble guide. Ce serait la moindre des choses, en contrepartie du privilège de vous croiser une seconde fois. »

Un sourire fleurit sur mes lèvres à ces mots, tandis que je laisse mon regard s’attarder sur les traits de l’inconnue. Je constate avec surprise de que le nom qui devait les accompagner m'est encore inconnu.

« Pardonnez mon impolitesse, il ne me semble ne pas vous avoir demandé votre nom. »

337 mots

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Nora se mordit la lèvre inférieure, comme pour s'empêcher de glousser. Un léger sourire s'esquissa malgré tout à la blague et au compliment de son interlocuteur. Elle avait donc vu juste : un dragonologiste. Cela devait être un métier fort impressionnant, peu importe dans quelle réserve il était exercé. Elle s'imagina à quoi pouvaient ressembler les monts Bugeci qu'il mentionna. Elle imaginait des montagnes à perte de vue, recouvertes d'arbres chatoyants, et des cascades au loin. La jeune femme ne voulait pas paraître inculte et ne précisa donc pas qu'elle ne connaissait pas le lieu. Mais après tout, elle n'avait jamais vraiment voyagé, et la géographie n'était pas enseignée à Poudlard.

"C'est fort aimable, merci pour cette proposition." dit-elle avec un sourire. Malgré elle, ses joues rosirent certainement. "Nora." ajouta-t-elle à la dernière question de l'homme qui l'accompagnait, toutefois sans préciser son nom de famille. Son ton laissait entendre qu'elle attendait qu'il se présente également.

"Qu'est-ce qui vous a attiré dans ce métier ?" demanda-t-elle, bien curieuse de la réponse. Elle repensait à cette voie professionnelle si particulière. Les dragons étaient des créatures vraiment majestueuses, mais aussi un peu effrayantes. Par un chemin de pensée qu'elle-même ne saurait expliquer, elle songea au fait qu'elle aurait dû avoir un attrait spécial pour les dragons, en être fascinée. Peut-être que le feu qui les caractérisait lui faisait penser, indirectement, à son ancêtre. Mais il n'en était rien.

235 mots

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Je ne manque pas de remarquer le joli rose qui viennent colorer le porcelaine des joues de mon interlocutrice. Ainsi donc, elle était sensible aux compliments. Je me le note dans un coin de la tête, au même titre que le nom qu'elle me donne dans la foulée.

« Nora, répété-je dans un sourire. Je veillerai à ne pas l’oublier. »

Je m'étonne du fait qu'elle omet son nom de famille : s'appeler mutuellement par nos prénoms nous conférait une subite proximité que je ne trouvais pas déplaisante, bien que nous n'avions guère plus d'informations l'un sur l'autre que le métier et le prénom.

« Kieran », fis-je simplement en écho, sans préciser mon patronyme à l'instar de la dénommée Nora.

La question qui suit me plonge dans mes pensées un court instant, le temps de chercher mes mots. Pourquoi, en effet, s'être détourné de l'art du duel – dont les entraînements s'accaparaient une bonne partie de mon temps, adolescent – pour lui préférer successivement la magizoologie puis la dragonologie ? Peut-être qu'au début, c'était un moyen de me détourner des désirs de mon père, qui aspirait à faire de son fils un héritier à son image. Une forme de révolte un peu puérile, lorsqu'on y repense. Cependant, la fraîcheur du grand air que me permettait mon métier, la beauté dans l'étude des formes de vie et ce sentiment d’être compétent et utile dans un domaine qui me passionnait étaient ce qui m'avaient fait rester dans cette discipline. S'il m'arrivait de penser à un univers hypothétique où j'aurais opté pour une autre filière, je n'ai jamais eu de regrets quant à mon choix d'orientation professionnelle.

« C'était après beaucoup d'hésitations avec une voie dans la sécurité ou le duel, en réalité. Je dirais que c'était par goût pour la recherche, les créatures et le terrain – rien de bien original, en somme. Les dragons m'ont toujours été une source d’intérêt perpétuel, et m'y spécialiser après quelques années en tant que magizoologiste m'a été naturel. »

Je marque une pause, et le simple fait d’aborder un sujet qui me passionne tant vient revêtir mes lèvres d'un doux sourire rêveur.

« Ce sont des créatures fascinantes. Puissantes et majestueuses dès leur naissance. Certains de leurs comportements nous échappent encore, et... »

La phrase s’éteint abruptement au fond de ma gorge, étouffée par la pensée soudaine que je pourrais l’importuner avec mes digressions sur ces créatures — qui, après tout, ne l’intéressent peut-être pas le moins du monde.

« Bref, des êtres remarquables, m'empressé-je de conclure. Mais je m'égare. Et vous, dites-moi : qu’est-ce qui vous a conduite à ce stage ? »

440 mots

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Kieran. C'était un prénom intéressant, peu commun par ici. Ou du moins, elle ne l'avait jamais entendu auparavant. Ce prénom donnait une impression d'exotisme, de rareté, quelque chose de fort et précieux à la fois. Cela semblait correspondre à son porteur, du peu qu'elle en savait.

Après un petit temps de réflexion, Kieran se mit à expliquer les raisons de son choix de carrière. Nora pouvait sentir la passion dans le timbre de sa voix, qui vibrait au gré de ses émotions. Elle trouvait tout à fait fascinant de voir à quel point l'être humain pouvait être si facilement influencé. Elle, que les dragons laissaient assez indifférente, se retrouvait animée par la passion de son interlocuteur. Il était évident qu'il aimait ce qu'il faisait. Elle espérait trouver ça dans sa future carrière, de tout cœur.


"J'étais vraiment attirée par le métier, la manière dont on peut mettre à profit nos compétences en duel pour faire le bien." Oui, c'était ainsi que Nora voyait les choses, même si elle avait conscience que tous les détectives n'étaient pas des gens bien ou n'exerçaient pas forcément pour les bonnes raisons. "J'ai pu découvrir un peu le métier lors d'un précédent stage l'année dernière, mais je n'avais pas aimé être en cabinet. Je préfère le terrain, la liberté. Je voulais voir un autre côté de la profession, alors j'ai cherché un indépendant pour ce stage."

La liberté. L'indépendance. Voilà des choses qui animaient Nora.

245 mots

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Il existe des personnes avec qui la discussion se révélait bien plus plaisante qu'avec d'autres ; et la blonde semblait incontestablement faire partie de ces gens-là. Si mes paroles avaient eu le malheur de lui paraître ennuyeuses ou insipides, la blonde n'en avait rien laissé paraître, m'écoutant d'une oreille attentive du début jusqu'à la fin. C'était agréable, d'être ainsi entendu avec autant de considération. Et lorsque les rôles s'inversent et que vient son tour de me répondre, je me tais, lui consacrant mon entière et exclusive attention. Il y avait quelque chose de captivant à écouter quelqu'un lui confier ce qui faisait vibrer son cœur. La liberté, avait-elle dit. Et...

« Faire le bien, repris-je, songeur. Je serais curieux d'en connaître votre définition, Nora. Si la question n'est pas trop indiscrète, bien entendu. »

Pas évident de définir cette notion aux contours si flous. Ma question n'avait pas pour dessein de jauger la rectitude morale de mon interlocutrice – je n'en aurais pas la prétention –, davantage pour assouvir une pure curiosité, car pour ma part, je ne me suis jamais réellement donné la peine de m'y pencher ; le sens de la justice n'était pas vraiment ce qui me caractérisait le plus, loin de là. C'était d'ailleurs le ton qu'avait pris ma voix : celui d'un intérêt franc, dénué de jugement.

« Et la liberté du terrain… C'est une chose que je désirais également avoir dans mon métier, en début de carrière. Je m'étais tenté à un emploi au ministère, avant de me rendre compte que je n'étais pas fait pour la rigidité bureaucratique, à l'époque. »

Mais à présent, l'idée de travailler dans un bureau m'ennuyait bien moins qu'à l'époque de ma vingtaine : peut-être parce que j'y percevais une forme de stabilité que le jeune adulte hyperactif que j'avais été n'avait alors pas su apprécier.

« D'ailleurs, vous m'aviez dit que c'était un stage pas loin d'ici, me rappelé-je soudainement. Je suppose donc que vous revenez d'une journée là-bas ? »

334 mots

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