PNJ Comment son cœur s'est brisé recueil OS

8 Avril 2049
PNJ présent : Jonathan Joyner - code couleur : #30395f


Les vacances du printemps étaient là, sans qu'elles n'apportent la joie dans le cœur d'Émeline. En vérité, ces vacances étaient la promesse que sa vie ne serait plus jamais la même. Et ça, l'adolescente allait le découvrir à ses dépens.

La pluie tombait, finement, avec un rythme plutôt réconfortant. Émeline attendait contre le bâtiment, comme son père lui avait demandé. Aujourd'hui, ils récupéraient l'appartement qui allait devenir leur nouveau chez-eux. Elle ne réalisait pas encore qu'elle était dans un quartier sorcier, qu'ici, la magie n'était pas proscrite, qu'au contraire, elle pouvait briller en plein jour. Cette perspective faisait battre son cœur d'une douce manière. Même si la situation n'était pas faite pour les réjouissances, elle essayait de voir le bon côté de la chose. Désormais, ils vivraient dans le monde magique.

C'était une toute nouvelle aventure, aux notes bien trop amères.

-C'est qu'il en met du temps...souffla-t-elle en jetant des regards dans la rue.

La rue était animée, beaucoup de familles se promenaient malgré le mauvais temps. Après tout, les enfants étaient de retour auprès de leurs proches, cela se comprenait. Tandis qu'eux se baladaient, le sourire aux lèvres, Émeline, elle, vivait le pire jour de sa vie.

Elle le vit arriver, la mine sombre, avec quelques valises qui flottaient à son niveau. Il la rejoignit et ne prit pas la peine de la saluer.

- Cela fait longtemps que tu es là ?

- Je viens d'arriver, mentit-elle. Tu as pu récupérer les clés ?

Il sortit une clé de sa poche et la lui montra. Voilà, c'était acté, ils étaient les heureux propriétaires d'un appartement. Heureux...Un bien grand mot pour un homme qui venait de signer les papiers du divorce.

Ils montèrent les marches de l'immeuble en direction de leur nouvel appartement, avec leurs affaires qui les suivaient dans le couloir. Jonathan ouvrit la porte et fut le premier à rentrer à l'intérieur. Émeline regarda le pas de la porte avec insistance avant de le passer à son tour.

L'appartement était neuf, avec des meubles déjà installés et des murs dénués de décoration. On aurait dit qu'il sortait tout droit d'un catalogue, millimétré et sans preuve de vie. Il ne manquait plus qu'ils rangent leurs affaires pour qu'ils puissent réellement être installés. Émeline resta vers l'entrée, comme si elle se trouvait dans la maison d'un inconnu. Elle attendait qu'on lui dise d'avancer, telle une invitée à qui on devait proposer d'entrer. Son père ne s'était pas occupé d'elle et s'était déjà choisi la plus grande chambre.

Elle finit par avancer, pas à pas, dans l'appartement. Cela lui faisait bizarre d'habiter dans un si petit endroit. Elle qui avait l'habitude de vivre dans une grande maison, où les odeurs de gâteau régnaient dans l'air. Ici, il n'y avait pas de douces notes sucrées ; au contraire, il y avait seulement cette odeur de propre qui titillait les narines d'Émeline.

Son avancée dans le couloir la mena à une porte entrouverte. Elle l'ouvrit et rentra.

Elle se laissa tomber sur le lit de sa nouvelle chambre, en se sentant un peu perdue. Que devait-elle faire ? Défaire sa valise et remplir les tiroirs ? Sûrement, oui. Mais son corps ne bougeait pas. Son esprit, lui, était ailleurs. Elle pensait à son ancienne chambre, celle qui l'avait vu grandir. Elle revoyait les étoiles qui parsemaient son plafond d'une douce lumière qui avait bercé ses nuits de doux rêves. Et maintenant, le plafond qui allait la regarder était vide d'étoiles. Aussi vide que son cœur en cet instant.

Son corps se roula en boule et elle prit le coussin contre elle. Elle pensait à Poli, sa chienne, qu'elle avait dû laisser chez sa mère. Elle ne pourrait plus lui faire de câlin au réveil, elle ne pourrait plus l'entendre couiner devant sa porte pour qu'elle la sorte en balade. À la place, il y aurait le silence, et sûrement le son de la radio de son père en arrière-plan. En pensant à l'absence de son animal, elle serra les mains autour du coussin. Elle avait pourtant supplié son père de la prendre avec eux, mais il avait refusé, prétextant qu'elle n'allait pas être heureuse en appartement. Et il n'avait pas tort, un chien de sa taille dans un appartement, ce n'était pas le meilleur pour elle. Émeline le savait, elle en était consciente, mais qu'est-ce que c'était dur de la laisser derrière elle...

-Émi ?

En entendant son prénom, elle releva vivement la tête. Son père se tenait à l'entrée de sa chambre, la main sur la poignée.

-Tu as faim ? lui demanda-t-il.

- Euh...Oui, un peu.

- Il y a de la soupe sur le feu. Viens dans le salon.

- J-J'arrive, répondit-elle se mettant sur le bord du lit.

Il s'en alla en direction de la cuisine, sans lui lancer un regard. Émeline ne savait pas si elle préférait qu'il l'évite ou qu'il lui porte attention. Elle avait du mal à soutenir son regard quand il se posait sur elle.

Émeline le rejoignit et elle s'assit à table, devant une assiette pleine de soupe instantanée. L'adolescente regarda le repas et la touilla du bout de sa cuillère. D'habitude, c'était sa mère qui s'occupait des repas. Son père n'avait jamais été bon cuisinier, malgré ses nombreux essais. Il avait abandonné l'idée de préparer le moindre repas, depuis le jour où il avait presque mis le feu à la cuisinière. Émeline s'en souvenait parfaitement, elle y avait vu sa mère en train de gesticuler ses bras, tandis que son père criait un sort d'eau pour éteindre les flammes. Ils en avaient tellement ri par la suite.

Mais ici, dans cet appartement, ce n'étaient pas les rires qui emplissaient la pièce. C'était ce silence pesant qui s'était imposé entre eux.
Elle prit quelques cuillères et avala de travers la dernière. Ce n'était pas bon. Vraiment pas bon.

Elle sentit des larmes lui monter. Émeline les ravala comme elle put. Elle s'empêcha de renifler pour ne pas attirer l'attention de son père. S'il la voyait s'effondrer maintenant, elle ne savait pas comment il allait réagir. Elle ne voulait pas imaginer son père plus mal qu'il ne l'était, surtout par sa faute. Elle devait tenir le coup.

- Ce n'est pas très bon, hein ? lança-t-il, d'une voix morne.

Son regard se leva et rencontra celui de son père, distant et brumeux. Que devait-elle répondre ? "Oui, c'est vraiment dégueu. Les repas de Maman me manquent." C'était ce qu'il voulait entendre de sa bouche ?

- C'est bof, mais ça se mange...

Elle ne savait pas quoi dire de plus. Elle qui avait pour habitude d'avoir toujours de quoi discuter n'avait rien sous le coude à l'instant présent. Ses mains se posèrent autour de son assiette, perdue.

- Je vais faire des courses demain. Tu me diras ce que tu voudras manger pour la semaine.

Elle hocha la tête, le regard braqué sur sa soupe insipide. Émeline ne se sentait pas bien, elle avait envie de vomir. Si elle prenait encore de cette soupe, elle allait tout rejeter sur la table.

- Je n'ai plus très faim. Je vais me coucher.

Émeline se leva de table, porta son assiette dans l'évier et commença à s'en aller.

- Attends un peu, l'arrêta-t-il. J'ai reçu les papiers de ton inscription pour changer ton option. J'ai déjà coché pour Potion, il suffit que tu signes à ton tour.

Elle s'était arrêtée dans le couloir, dos à lui. Il n'eut pas l'occasion de la voir se mordre la lèvre inférieure. Il ne lui avait pas demandé son avis. En fait, son avis, il s'en fichait pas mal. Il bafouait ses espoirs et la forçait à devenir quelqu'un d'autre. Elle se tourna vers lui, parée d'un sourire factice.

- D'accord Papa...On verra ça demain. Bonne nuit.

Comment faire pour lui dire que ce choix la torturait ? Comment lui dire qu'elle savait par avance qu'ils n'allaient pas dormir tous les deux ? Comment espérer qu'il comprenne ce qu'elle ressentait, alors qu'il avait lui-même le cœur brisé ?

D'un pas lent, elle s'en alla jusqu'à sa chambre et s'enroula dans la couette. Alors qu'elle était enfin seule, elle laissa doucement ses larmes couler sur ses joues.

(1369 mots)
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12 Avril 2049


- Tu vas passer tes vacance à rêvasser ? Tu n'as pas mieux à faire ?

Depuis qu'ils avaient emménagé dans cet appartement, Jonathan ne cessait pas de faire des reproches à sa fille. Il n'élevait pas la voix, il n'en avait pas besoin pour que ses mots pèsent sur les épaules d'Émeline. Ce ton condescendant qu'il prenait pour lui parler était suffisamment violent pour broyer le cœur de l'adolescente. Elle ne l'avait jamais vu comme ça, aussi froid et démesurément amer. Mais comment aurait-elle pu lui en vouloir, alors qu'il venait de perdre l'amour de sa vie ? 20 ans de mariage venaient de partir en fumée, car sa mère prétextait ne plus avoir de sentiments.

Elle n'arrivait pas à imaginer la douleur qui devait l'habiter chaque jour qui passait. Émeline le voyait faire des heures supplémentaires pour passer ses journées au laboratoire. Pendant son absence, elle pouvait enfin souffler. Mais dès qu'il mettait un pied dans l'appartement, elle savait qu'elle allait y passer. "Tu aurais pu étudier plus que ça" " Et le ménage, quand comptes-tu le faire ?" " La prochaine fois, ça te tuerait de préparer le repas ?". Émeline ne pouvait dire le nombre de reproches qu'elle avait reçu en ces quelques jours.

- J'ai révisé toute l'après-midi, se défendit-elle tandis qu'elle mettait la table.

- Ah oui ? Quelles sont les étapes de la potion Félix Felicis ?

L'adolescente releva la tête vers lui, étonnée. Il lui posait vraiment cette question alors que cette potion était seulement étudiée en septième année ? C'était du grand n'importe quoi. Et pourtant, Émeline ne partagea pas son mécontentement. Elle se contenta de faire marcher sa mémoire, elle avait déjà dû voir cette recette pendant ses révisions.

- Eh bien...Il y a comme ingrédients un Œuf de Serpencendre, du Raifort…

Sa voix se perdit dans ses pensées, elle n'arrivait pas à remettre la liste des ingrédients en place. Ses souvenirs étaient trop flous pour ça.

- Ensuite ? exigea-t-il.

La pression ne l'aidait pas à se concentrer, encore moins à trouver les réponses qu'il attendait.

- Je pense que...

- Tu ne sais pas , la coupa-t-il. Au lieu de feindre, tu pourrais juste utiliser ton temps comme il se doit.

Et voilà, un nouveau pic gratuit. Cela annonçait le ton de la soirée. Elle s'assit à sa place et baissa le regard sur ce qu'elle avait préparé. Du riz avec un steak. Elle n'avait pas su quoi préparer d'autre. Qu'est-ce qu'elle aurait pu faire à la place ? Des frites ? Elle aurait dû faire des frites, son père adorait ça. C'était idiot de ne pas y avoir pensé plus tôt. Le lendemain elle comptait faire ça, peut-être que ça pourrait aider à améliorer son humeur.

- Tu as trop cuit le riz, c'est si dur que ça pour toi ?

- Pardon, s'excusa-t-elle en baissant les yeux.

Devait-elle vraiment s'excuser ? En vérité, elle ne trouvait pas ça juste. Elle n'avait pas fait de telles remarques avec son immonde soupe. Et pourtant, elle l'avait mangé sans rechigner.

- La prochaine fois, fait plus attention.

Elle se mordit la langue pour ne pas lâcher la réponse acerbe qui était prête à fuser. Il n'était vraiment pas bien placé pour lui faire une leçon de morale sur la cuisine. Émeline garda la bouche fermée et pria Merlin pour qu'il ne trouve pas autre chose à lui dire. Malgré son mécontentement, elle le vit finir son assiette puis se lever pour se jeter dans son fauteuil. L'adolescente remarqua qu'il avait fourré son bras dans un sachet pour en sortir une bouteille de whisky. Elle fronça les sourcils, car elle ne l'avait jamais vu boire la moindre goutte d'alcool.

Émeline voulut dire quelque chose, l'empêcher de faire ça. Et pourtant, elle se mura dans le silence et se mit à faire la vaisselle. C'était dans ce genre de moments qu'elle voudrait avoir plus de courage.

(659 mots)
Dernière modification par Émeline Joyner le 26 déc. 2025, 22:50, modifié 2 fois.

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PNJ Comment son cœur s'est brisé recueil OS
30 Juin 2049

TW : alcoolisme

Émeline était rentrée seule de la gare. Cela ne l'avait pas étonné, ça faisait longtemps que son père ne venait plus la chercher. Elle s'était habituée à son absence, et bien plus durant ces derniers mois. La dernière fois qu'elle l'avait vu, l'adolescente avait assisté à la chute progressive de son père. Elle pensait que ce n'était qu'une très mauvaise passe, mais ce n'en avait que l'air. C'était bien la première fois qu'elle se trompait aussi lourdement.

Elle se tenait en bas de l'immeuble, sa valise à ses pieds. Le soleil tapait fort durant cet après-midi d'été. Une petite goutte de sueur s'était formé vers sa tempe. Si elle attendait plus longtemps là, il était possible qu'elle fonde complètement. Mais cela lui allait, car ce sort était moins terrible que ce qui l'attendait à l'appartement. Plusieurs voisins la virent et la saluèrent, elle leur rendit leur salutation d'un sourire de façade. Car Émeline n'avait pas envie de sourire, elle n'avait pas envie d'être là. L'envie de fuir chez sa mère lui vint, mais elle savait que la colère de son père serait bien plus grande si elle faisait ça. Alors elle se para de tout le courage dont elle pouvait faire preuve et se lança dans les escaliers.

Devant la porte de leur chez soi, elle fixa la poignée un long moment. Du palier, elle n'entendait rien, pas un seul bruit. Peut-être que son père était au travail, à cette heure, c'était fort possible. Si elle ne voulait pas l'entendre se plaindre, elle devait préparer le repas et faire le ménage dans l'appartement. C'était le genre de quotidien qu'il avait instauré dès les premiers jours ici.

Elle sortit les clés de sa poche et rentra.

Ce fut l'odeur qui frappa en premier Émeline. L'air était vicié et lourd à respirer. Quelque chose devait pourrir quelque part dans la cuisine, peut-être bien dans le salon aussi. Du couloir elle ne voyait rien, mais elle avait déjà une petite idée de ce qui l'attendait. Elle porta une main à son nez et s'avança jusqu'au salon.

Les rideaux étaient à moitié tirés, ce qui laissait l'occasion aux rayons du soleil d'illuminer une partie de la pièce. Le sol était recouvert de détritus en tout genre et de beaucoup de bouteilles vides. Et au milieu de ce désordre, elle trouva son père, endormi. Il avait encore des restes de chips au paprika sur lui. Cette vue la laissa pantoise. D'une part elle était rassurée de ne pas l'entendre se plaindre, mais de l'autre, elle était déboussolée de le voir dans cet état.

Son premier réflexe fut de déposer ses affaires dans sa chambre tout en faisant bien attention à ne pas faire de bruit. Ensuite, elle retourna dans le salon et ouvrit en grand les fenêtres. Malgré la chaleur de l'extérieur, elle ne pouvait pas les laisser fermées plus longtemps. Elle chercha un sac poubelle et se mit à jeter tout ce qui trainait. C'était tout ce qu'elle pouvait faire pour l'instant sans le réveiller.

Pendant qu'elle passait près de la table, elle vit une feuille qui trainait là. Seule et sans enveloppe, la lettre l'appelait et l'attirait jusqu'à elle. Elle la prit dans ses mains et se mit à la lire. Rapidement elle comprit de quoi il s'agissait, d'une lettre de licenciement. Elle baissa doucement ses mains, avec la lettre toujours dans celles-ci. Voilà pourquoi il était déjà là. Il n'avait plus de travail auquel se rendre. Une amertume monta tout le long de sa gorge et un rire déboussolé sortit d'entre ses lèvres.

- Qu'est-ce qui te fait rire ?

La question la figea sur place. Elle ne voulait pas se retourner pour l'affronter, encore moins lui expliquer ce qui avait causé ce rire. Elle l'entendit se lever et taper des bouteilles avec son pied. Du verre se brisa derrière elle, ce qui la fit se recroqueviller un peu plus. Si elle devenait plus petite, est-ce qu'il finirait par l'oublier ?

- Je t'ai posé une question.

Il se tenait à côté, empestant et le regard brumeux. Il était encore foutrement alcoolisé. Elle n'avait pas besoin de le sentir pour le deviner. Quand il était saoul, il avait la fâcheuse manie de se gratter le poignet, jusqu'à s'en faire de profondes marques. Et actuellement, c'était ce qu'il était en train de faire, les yeux fixés sur la lettre qu'elle tenait toujours.

- C'est ça qui te fait rire ? demanda-t-il en lui arrachant la lettre. Cela te fait plaisir que j'ai perdu mon job ?

Il déchira la feuille en petits bouts tout en la regardant.

- Oui, c'est hilarant ! explosa-t-il en lui postillonnant dessus. C'est tellement drôle de me voir mal, hein ?

Depuis le début, Émeline gardait le silence. Elle ne savait pas quoi lui dire et encore moins ce qu'il voulait entendre. Dans ces moments-là, plus elle essayait de nier les faits, plus il restait braqué sur ses positions, persuadé que sa fille était contre lui. Et pourtant, elle faisait tout ce qu'elle pouvait pour lui prouver qu'elle ne voulait que son bien.

- J-Je...

- Vas-y, dis-le que je suis un raté ! s'emporta-t-il en faisant de grands gestes. Dis-moi à quel point tu es déçu de moi !

Émeline recula pour ne pas se prendre un coup par mégarde. Ses pieds tapèrent dans des bouteilles qui roulèrent sur le sol. Elle leva un peu les mains pour lui signifier de se calmer, mais son père ne semblait plus réellement voir. Il était entièrement pris par son délire et se contentait de plonger toujours plus profondément dedans.

- Tu ne veux plus me parler ? Toi aussi tu me tournes le dos ? s'égosilla-t-il en attrapant Émeline par les épaules.

La peur s'empara d'Émeline qui le poussa pour qu'il la lâche, mais il avait bien trop de force pour elle. Il s'approcha et lui brailla dessus, les yeux brulant de colère, à quelques centimètres de son visage.

- Tu es exactement comme ta mère, cracha-t-il avec hargne.Tu te fais passer pour quelqu'un d'aimant, mais au fond, tu n'es qu'une sale menteuse. Tout comme elle, tu fais que me mentir !

Il la poussa sans ménagement, le visage rempli de dégoût.

- Dégage de ma vue. Je ne veux plus te voir.

L'hésitation s'empara d'elle. Qu'est-ce qu'il entendait par là ? Elle venait tout juste de rentrer, elle n'avait pas encore rangé ses affaires, ni préparé le repas. Où voulait-il qu'elle aille ?

- Papa...

- DEHORS !

Le message était passé. Elle s'empressa de quitter l'appartement avant qu'il n'explose davantage. Alors qu'elle se précipitait dans les escaliers, elle ne pensait pas où elle pouvait aller durant cette chaude journée de Juin. Elle pensait seulement à fuir l'homme qu'était devenu son père.

(1125 mots)
Dernière modification par Émeline Joyner le 26 déc. 2025, 22:51, modifié 2 fois.

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PNJ Comment son cœur s'est brisé recueil OS
31 Juillet 2050
Appartement des Joyner
19h30

TW : alcoolisme, violence infantile


"N'oublie jamais que nous t'aimons."

Cette phrase, on la lui répétait quand elle était enfant. Avant d'aller dormir, quand elle partait pour l'école, à chaque moment qu'ils partageaient, son père le lui rappelait. Il prononçait toujours ces mots avec douceur, le regard souvent brillant.

À cette époque, elle y croyait aveuglément.

- Tu as acheté les chips ?...PUTAIN, mais c'est pas possible d'être une incapable pareille ! J'tai répété trois fois de les prendre, je vais manger quoi en attendant le repas, hein ?

Autrefois, elle aurait pu se jeter dans ses bras et lui dire fièrement qu'elle comptait suivre les pas de son grand-père. Les Joyner étaient encore une famille soudée, qui était capable d'affronter n'importe quelle tempête. Ils échangeaient, riaient. Il n'y avait rien de plus simple.

C'était sûrement ce qu'Émeline possédait de plus précieux.

- EH ?! Réponds-moi quand je te parle !

Le navire avait chaviré, emportant avec lui ce bonheur et ses repères. Désormais, Émeline se retrouvait sur un pauvre radeau à la toile trouée, en jetant des regards désespérés à ce vaste océan d'inconnus. Où se trouvait son "chez-soi" ?

- Espèce de sale gosse, tu veux jouer à ça ?

Quel cap, commandant ? Les vagues s'agitent, le danger approche. Un typhon, oui, c'est ça ! Il se rapproche, il va finir par nous percuter. Il faut pagayer, pagayer, pagayer. Commandant, pourquoi vous ne répondez pas ? Ce n'est pas le moment de dormir ! IL ARRIVE.

Un choc. Quelque chose venait de se briser sur le côté de son visage. Émeline revint enfin à elle après de longues minutes d'absence. La douleur s'éveilla, sa tête commença à lui lancer, puis...rouge, elle voyait du rouge.

N'oublie jamais...


Elle porta une main sur la zone douloureuse et elle y sentit quelques bouts de verre encore accrochés à sa peau. En regardant ses doigts, ils étaient colorés de son sang. À ses pieds se trouvaient les débris de la bouteille que son père venait de lui balancer dessus. L'odeur du whisky s'éleva jusqu'à ses narines, il devait y rester un fond avant que la bouteille n'éclate.

Son cerveau n'arrivait pas à assimiler ce qui venait de se passer.

Il...Il avait vraiment osé ?

- C'est quoi ce regard ? Tu en veux encore une ? la menaça-t-il en mimant maladroitement le geste d'une baffe.

...que nous...


Quel regard ? Celui qu'elle venait de lui lancer ? Ces yeux remplis de surprise, mais surtout, d'incompréhension. Était-ce ça qui l'avait enragé ? Non, ça devait être encore plus bête que ça. Un oubli, sûrement. Encore un oubli de sa part.

Ce moment n'existait pas.
Il ne pouvait pas être réel.
Un cauchemar, ce n'était qu'un cauchemar qui allait bientôt prendre fin.

Mais la douleur lancinante au niveau de sa tempe lui murmurait le contraire. La triste vérité.

Doucement, elle baissa son bras en ramenant sa main ensanglantée près d'elle. Son cerveau était passé en mode alerte et calculait combien de verres, non...de bouteilles, il avait ingérés. Elle n'arrivait pas à s'en souvenir. Sa mémoire s'embrouillait, ses pensées filaient trop vite. Il y avait ce son strident dans ses oreilles, comme celui d'une alarme qui retentit en boucle. Dans sa poitrine, les battements de son cœur s'étaient accélérés. Boum. Boum. BOUM.

Il allait exploser.

Si ça continuait, il ne pourrait plus jamais battre.

Un grognement provint de son père, cette carcasse mouvante. Il fit quelques pas dans sa direction, le regard embrumé et une moue de dégout figée sur ses lèvres.

- Plus tu grandis, plus tu ressembles à cette sale traînée, dit-il en levant sa main poisseuse pour attraper le menton d'Émeline.

t'aimons...


Lui, l'aimer ? Mensonge.

Un frisson parcourut l'étendue de son dos. Un déclic venait de se produire dans l'esprit de l'adolescente. L'alarme n'y résonnait plus.

Elle balaya sa main pour se dégager de sa prise. Ses pieds, seulement habillés de chaussettes, marchèrent sur des bouts de verre quand elle recula pour instaurer de la distance. Les coupures sur la plante de ses pieds la firent grimacer, mais elle n'avait pas le temps de regarder les dégâts. Pas maintenant.

- Ne m'approche pas, lui ordonna-t-elle d'une voix légèrement tremblotante.


Il fronça les sourcils. Recevoir une injonction de sa fille n'avait pas un grand effet sur lui, à part l'énerver un peu plus. D'un pas, il attrapa une des mèches d'Émeline et tira violemment dessus. Incapable de résister, elle se retrouva coincée devant lui, une partie de ses cheveux enfermée dans le poing de Jonathan.

- Tu te crois en droit de me donner des ordres ? Je suis chez moi ici ! CHEZ MOI, vociféra-t-il près de son visage.

Parler ne servait plus à rien. La discussion n'avait, effectivement, jamais existé.

Désespérément, Émeline réussit à attraper sa baguette qui se trouvait dans la poche arrière de son jean. En sentant le bois se loger dans la paume de sa main, une nouvelle force monta dans tout son être. Elle n'était plus cette enfant démunie.

Sans qu'il ne la voie venir, elle plaqua la pointe de sa baguette contre son flanc, les yeux flamboyants.

- Lâche. Moi, hâcha-t-elle avec force.

Jonathan, malgré son esprit brouillé par l'alcool, reconnut l'objet qui le touchait. Par la présence de la baguette dans l'équation, son corps se figea un peu. Cela faisait longtemps qu'il ne portait plus sa propre baguette sur lui, qu'il avait sûrement refourguée dans un tiroir. S'il devait y avoir un affrontement de sorciers, il perdait à coup sûr.

Il lâcha un petit rire un brin hésitant avant de reprendre la parole.

- Tu n'oserais pas, fit-il en gardant son poing fermé.

Le sombre regard qu'elle lui lança le fit douter. Un pressentiment l'avertit, s'il ne l'écoutait pas, quelque chose de terrible allait se produire.

Elle le sentit desserrer la prise autour de ses cheveux à mesure qu'il réalisait le danger qu'elle représentait. Émeline ne se fit pas prier pour reprendre ses distances tout en continuant de le pointer de sa baguette. La mâchoire serrée, elle recula jusqu'à la porte d'entrée.

- C'est fini, lui dit-elle en l'ouvrant. Je ne peux plus le supporter.

- Où tu vas ? lança-t-il en se tenant au mur.

- Loin d'ici. Loin de toi, souffla-t-elle en sortant de l'appartement.

Émeline l'entendit baragouiner des phrases et marcher en direction de la porte, mais il tomba en se prenant le coin du meuble d'entrée. Alors qu'elle traversait le couloir de son bâtiment et que ses pieds marquaient de sang son passage, elle croisa quelques regards indiscrets de certains de ses voisins. Les couards n'étaient jamais intervenus pour la sortir de cet enfer. Aucun.

Elle souffrait à chaque pas qu'elle faisait. Dans la précipitation, elle n'avait emporté aucune paire de chaussures, encore moins toutes ses affaires qui se trouvaient dans sa chambre. À part sa baguette et son portable, ses poches restaient bien vides.

Sans argent pour se rendre dans le Londres moldu et sans chaussures, elle n'irait pas bien loin. Mais dans son malheur, il lui restait encore une dernière option.

À cette heure-ci, les rues du quartier étaient encore grouillantes de monde. Plonger dans l'ambiance estivale de l'été lui fit réaliser qu'elle aurait du mal à passer inaperçue. Les passants la dévisagèrent à cause de son visage tâché de sang et de sa tenue. Quelques sorciers essayèrent de l'arrêter pour l'emmener à Saint-Mangouste, mais elle s'extirpait à chaque fois en se mettant à courir pour leur échapper.

Combien de temps elle prit pour arriver à destination ? Trente minutes ? Une heure ? Elle ne savait pas.

Elle arriva devant la porte de celui en qui elle avait le plus confiance dans le monde sorcier. Sa main toqua plusieurs fois contre le bois et attendit.

Quand Alexander lui ouvrit, elle se jeta dans ses bras en ne pouvant retenir plus longtemps ses larmes.

Ici, elle pourrait réussir à fuir le monstre ?

(1312 mots)
Fin du RP

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