Yeoubi
janvier 2038
Thème J3 : Sentiments
Thème J3 : Sentiments
Avertissement : Ce RP fait mention de la mort d'un proche et de deuil.
YEOUBI [여우비]
nom commun — une averse en plein soleil.
YEOUBI [여우비]
nom commun — une averse en plein soleil.
Reducio
- Votre PJ est présent ? Oui
- Nom et prénom du PNJ : Haeyeon Moon (grand-mère paternelle - PNJ actif)
- Lien vers la fiche du PNJ : ici
- Intérêt d'utiliser ces PNJ dans ce RP précis pour votre PJ : Ce RP retrace la relation qui lie Kieran à sa grand-mère, à qui il tenait comme à sa propre vie - sa mort l'a donc considérablement impacté, et le processus de deuil qu’il a traversé a largement contribué à son évolution personnelle.
Un homme à la courtoisie et aux manières qui trahissaient une éducation issue de la haute société, qui détonnait avec son espiègle désinvolture. Un sarcasme qui le rendait quelque peu frivole, en apparence, sans le rendre insincère pour autant. Des yeux rieurs, qui semblaient s'amuser de tout sans jamais rien prendre personnellement, encore moins trahir la moindre peine – si ce n’est, par moments, une profonde lassitude ou un mépris quelque peu arrogant – mais jamais la tristesse ne venait déteindre sur ses traits. Des lèvres toujours habitées par un sourire légèrement relevé en coin dans ce qui semblait être un amusement perpétuel – ou de la prétentieuse provocation, aux yeux de certains. Ceci résumait grossièrement ce reflet de mon être aux yeux des autres.
Mais il était bien difficile de m'y conformer, de rester moi-même lorsque je ne l’étais plus vraiment. Difficile de garder ce sourire collé au visage lorsque je n’étais plus qu’une boule de sentiments – de colère, de douleur et de détresse. En colère contre le monde, l’univers ou Merlin savait quelle hideuse entité qui m'ôtait ainsi la personne qui m’était la plus chère au monde. Transi de douleur, parce que j’étais d’une impuissance affligeante devant l’agonie de celle-ci. En détresse, parce que je n’osais imaginer une vie sans elle. Les autres n’avaient rien remarqué – je ne me le serais pas permis. La vie n’attend pas, et la douleur, elle, n’est pas censée franchir le seuil de mes lèvres. Elle doit rester là, profondément enfouie dans un recoin de mon âme, et ce même si elle venait à y pourrir.
J’inspire une longue bouffée d’air, avant d’ouvrir la porte devant laquelle je me tenais depuis ce qui semblait être une petite minute.
« Halmeoni.1 »
Sa tête se tourne lentement vers moi, et chaque mouvement semble lui coûter un effort incommensurable. Mes ongles viennent se planter dans la chair du dos de ma main alors que je fais violence pour museler ces larmes qui me montent aux yeux. Je garde le sourire, comme à mon habitude. Je garde le sourire, même si mon cœur se déchire en constatant combien elle avait pâli et maigri ces derniers jours. Je garde le sourire, même si chaque jour, je me sens mourir un peu plus en la regardant s’affaiblir petit à petit, le corps consumé à petits feux par ce démon. Merlin, j’aurais tout donné pour souffrir à sa place.
« Hajun… prononce-t-elle avec difficulté. Sa voix faible me laboure le cœur une seconde fois.
— Oui, je suis là. »
Je m’approche du lit à grands pas, saisissant délicatement sa main pour y déposer un doux baiser. De mon pouce, je caresse doucement le dos de sa main.
« Tu veux que je t’apporte quelque chose ? » fis-je doucement.
Ma question est suivie d’un silence, pendant lequel elle baisse lentement les yeux.
« Hajun, répète-t-elle à nouveau. Le ton de sa voix me fait froncer les sourcils.
— Mh ?
— Promets-moi d’être heureux, s’il te plait. »
Mon sourire se fane sur mes lèvres alors que je la dévisage, pris de court. Cette fois, je ne parviens pas à empêcher une larme de s’échapper, traçant sa lente trajectoire le long de ma joue. Parce que je ne devine que trop bien la douleur derrière chacun de ces mots. Parce je sais qu'elle voulait vivre, ma grand-mère. Elle tenait tant à sa vie ; elle l’avait défendu si farouchement, avait lutté contre ce fléau avec une force inouïe. Mais était venu le moment où elle se résignait à la mort, et en venait à me prier de trouver le bonheur – à défaut d'être là pour me l’offrir par elle-même – avec la précipitation d’une personne qui craignait que la mort de l’emporte avant qu’elle n’ait pu le formuler. Ma voix s'étrangle au fond de ma poitrine, et un nouveau silence tombe sur la pièce. Comment être heureux sans toi ? ai-je envie de lui crier à en vider tout l’air des poumons. Comment connaître le bonheur en ton absence, lorsque c’est toi qui me l’as apprise ? Mais à la place, j'étreins sa main dans la mienne un peu plus fort.
« Tu vivras. Tu ne mourras pas, je ne le permettrai pas. Et tu vivras longtemps, très longtemps, pour me voir heureux, et être heureuse toi aussi », craché-je avec la ferveur désespérée d’un enfant gâté à qui on refusait une faveur.
Mes mots flottent dans l’air. Ils semblent fades, tant la réalité était tout autre. Une seconde larme dévale ma joue. Puis une troisième. Et à travers le rideau de larmes qui se dresse devant mes yeux, j’en aperçois une, aussi, qui descend silencieusement du coin de l'œil de mon aïeule. Nous restons ainsi, l'un face à l'autre dans ce silence interrompu seulement par ma respiration entrecoupée par ces larmes que je ne contrôle absolument plus.
« ...Mais je te le promets. », m’efforcé-je de sourire, alors que mon bras se tend vers son visage pour essuyer la larme qui s’était déposée sur son visage.
« Merci, Hajun. »
Sa voix a le timbre de celles chargées de mille autres mots à prononcer. Mais elle ne les prononce pas, ces mots. Elle se contente de me regarder avec un fin sourire et ces yeux emplis d'amour qui m’enlacent avec la chaleur d'un feu de camp. Ce regard me donne la douloureuse certitude que nul ne m'aimera comme elle m'aime, et que jamais plus je n'aimerai comme je l'ai aimée.
1 Grand-mère/Mamie
909 mots