26 août 2025, 00:33
Au-delà de la rancune
Sourires et soupirs, des injures pourrissent
Dans la bouche des muets et dans les yeux des lâches.
Sans rancune, P. Éluard


18 juin 2050 – Précédemment
Terrain d'entraînement – Poudlard
3ème année


Au moment où ma batte entre en contact avec le cognard pour le repousser loin d'Elijah, de toute la force de mon bras, je sens que le match arrive à sa fin, qu'il est même terminé. Et de fait, le coup de sifflet final résonne dans tout le terrain. Je me tourne vers mon camarade et équipier d'un jour, reconnaissant sans peine la petite balle brillante dans son poing fermé, et je ne peux empêcher mes lèvres de se soulever en un léger et fier sourire. Ma toute première victoire au Quidditch. Même si ce n'est pas un match officiel – et de toute façon je ne fais pas partie de l'équipe – je sens mon cœur se réchauffer à l'idée qu'aujourd'hui, mes doutes ont été dispersés et que je peux avoir confiance en l'idée – et la question – née pendant mon examen pratique de runes.

Je pose pieds à terre et marche à grands pas vers Elijah, lui glissant un « Bien joué » au moment où il me tape dans la main. Autour de moi tout le monde se félicite, mais c'est Sharp qui attire mon regard en premier. Ses félicitations, quoique rapides, sont bien présentes, et me sont également adressées. Je fronce les sourcils, certaine qu'il cache quelque chose ; jamais un mot sincère, ni même gentil, n'est sorti de sa bouche quand j'en étais la destinataire. Ça n'a toujours été que colère, méchanceté... et mauvais sorts. Et lorsqu'il s'approche de moi, mon instinct me pousse à me reculer, à m'éloigner de lui le plus vite possible pour qu'il ne puisse pas m'atteindre. Mais je suis trop lente, ou alors n'ai-je – encore une fois – pas le courage de bouger lorsqu'il m'arrache ma batte des mains et pars comme si de rien n'était. Mes poings se serrent et ma mâchoire se contracte. À nouveau, il s'est tout permis, et à nouveau, je n'ai rien fait pour riposter ou pour l'empêcher de m'atteindre de la sorte. Je me force à contenir ma colère, mais la flamme qui brûle mon cœur se fait un peu plus forte à chaque seconde, menaçant de me consumer tout entière.

J'enfonce mes ongles dans mes paumes pour me forcer à ne pas bouger, mes yeux ne quittant pas le Poufsouffle. Je le regarde s'approcher de l'autre équipe, leur passer devant pour aller vers les tribunes. Je le regarde gravir les marches des gradins pour rejoindre une adulte que je n'avais jusqu'ici pas remarquée. Je le regarde parler à Miss Tremblay, laisser tomber ma batte près d'elle et repartir aussi vite. La scène n'a pour moi pas duré plus d'une seconde. Cependant, déterminée à ne pas le laisser s'en tirer aussi facilement, car il est hors de question que je le laisse absolument tout me prendre aussi facilement, je me dirige à grands pas vers lui au moment où il pivote vers les vestiaires.

« Sharp ! » l'interpellé-je pour le forcer à se retourner et à s'arrêter.

Je franchis les derniers mètres qui nous séparent en quelques enjambées, appréciant la douleur dans mes paumes qui me rappelle pourquoi je fais tout ça, qui me permet de ne pas flancher et de ne pas oublier. Ne jamais oublier. Mais arrivée à son niveau, toute ma mémoire s'évapore, et les raisons pour lesquelles je suis ici disparaissent dans les méandres de mon esprit. L'oubli, autant que ma raison de ne pas lâcher, sera ma perte. Si bien que je me retrouve bêtement à ne pas savoir quoi dire devant celui qui a toujours trouvé les gestes justes pour me détruire de colère. Pour une raison obscure, aujourd'hui, après ce match de Quidditch où j'ai fait équipe avec lui et l'ai vu sous un angle différent, je suis incapable de me rappeler des raisons de toute la haine que j'ai pour lui. Peut-être est-ce aussi car à l'instant, lorsqu'il était là haut, vers la prof de vol, il avait l'air tout petit et blessé. Presque fragile. J'en aurais pitié.

« Tu... bien joué. »

Je baisse les yeux, ne pouvant soutenir son regard qui pourtant était si facile à détester. Mes émotions me trahissent et je n'aime pas la tournure qu'elles prennent. Comme s'il était si simple, en un claquement de doigts, en un match découverte, d'effacer le passé longtemps ressassé.

« Pour le match, » ajouté-je bêtement, mal à l'aise.

Il ne mérite pas mes compliments. Pourtant, je ne peux m'empêcher de parler bêtement, de dire ces banalités qui devraient sortir de la bouche d'Elijah et non de la mienne. Je crois que cela me fait le détester un peu plus ; je n'arrive plus à le haïr comme avant.

Quatrième année | Corneille du Chant | #741b47 | Saumon indépendant | Préfubbies aspirateur

29 août 2025, 21:54
Au-delà de la rancune
18 juin 2050
Troisième année
Juste avant


Je crois que je sens encore la batte me brûler la main. Ma main est bien vide, mais mes poings se sont refermés sur la peine abandonnée sur ce banc. Je crois que je préférais la colère. Au moins, avec elle, tout se déversait sur les autres et plus rien ne restait en moi. Cette émotion a cette facilité à pouvoir être abandonnée et ne pas s'attacher à moi. La peine, elle, semble prendre possession de tout mon corps et suivre chacun de mes pas. Ou peut-être que je me trompe. Peut-être que la colère restait en moi, mais n’était pas si douloureuse que la peine. Et c’est ce que Tremblay vient de créer chez moi.

Une fois dans les vestiaires, je me changerai et je m’enfermerai dans les dortoirs. Je dirai aux tableaux de ne laisser entrer personne, surtout pas le directeur de maison. Enfin… Est-ce qu’il verrait quelque chose de toute façon ?

Une voix m’appelle par mon nom. Je sais que ce n’est pas celle de Tremblay, mais pendant une seconde, j’espère que la sienne ait changé. Sauf que ni la voix, ni le ton, ni l’appellation ne vont. Alors je me retourne, sourcils froncés pour interroger celle que je reconnais — une fois l’espoir passé — être la dernière batteuse de ce match que je viens de jouer : Houston. Je prends une grande inspiration. Je n’ai pas besoin de ça, mais bon, allez. Affrontons ce qu’il y a à affronter.

Je la laisse s’avancer jusqu’à moi sans répondre à son interpellation. Je sais qu’elle parlera et je préfère la laisser parler. J’ai encore ce réflexe que Tremblay m’a appris — peut-être malgré elle —, celui de laisser les gens parler avant de les attaquer verbalement. Alors étonnamment, Houston a le droit à ce traitement, et peut-être seulement parce que c’est aussi grâce à elle si on a gagné.

Une fois devant moi, elle prend quelques secondes pour trouver quoi dire et l’interrogation sur mon visage s’accentue. Moi qui attendais presque ouvertement ma sentence houstonienne, voilà qu’elle peine à se déclencher. Au lieu de cela, j’ai droit à un — j’ose à peine le dire — un compliment. Les sourcils froncés deviennent alors relevés. Relevés par la surprise. Je n’ai toujours rien dit, je le sais, mais la scène a le mérite de captiver mon attention et de provoquer mon étonnement. J’assiste même à son regard qui se baisse et à une précision qu’elle se sent dans la nécessité d’ajouter. De mon côté, la surprise est telle qu’il m’est impossible de retenir mon rire. Il est court et ne se veut pas tellement moqueur — quoi qu’un peu — mais il est surtout la marque d’un changement d’attitude auquel je ne m’attendais pas.

— Bah alors, Houston, qu’est-ce qui t’arrive ?

Je l’observe face à moi et commence à penser — fichue Tremblay — qu’après tout, ce n’est pas très cool de ma part et me redresse, comme pour effacer ce qui vient d’être dit. Je tends le bras pour tapoter maladroitement sur son épaule et ajoute à mon tour un commentaire.

— Bravo à toi ! T’as géré sur les deux postes ! J’aurais pas pensé..

Je ne peux pas m’empêcher de lâcher cette dernière remarque, c’est plus fort que moi. Le sourire en coin, je la regarde.. Je ne pouvais pas terminer cette phrase par deux compliments.

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@Maxine Tremblay pour les p’tites mentions
Dernière modification par Lukas Sharp le 28 févr. 2026, 11:21, modifié 1 fois.

Fiche PR - 4e année RP

26 sept. 2025, 23:51
Au-delà de la rancune
Qu'il est dur de voir tant de colère alimentée pendant presque deux ans s'évaporer en une seconde, partir en fumée à la suite d'un mot, d'un regard, d'un geste. Qu'il est dur de constater avec tristesse que la haine attisée par chaque parole, chaque coup d'œil, chaque mouvement, est devenue aussi faible que l'oiseau sortant de son nid pour voler pour la première fois. Cette haine, je la ressens encore au fond de moi, tout au fond, et je sais que je suis encore en colère contre Sharp, même si dans le moment présent, lorsque je le regarde s'étonner de mes mots dont la dureté habituelle a disparu, j'ai l'impression que nous ne nous sommes jamais vraiment parlés, ni rencontrés – ce qui, en réalité, est peut-être le cas. Mais la raison de cette colère s'est tarie, la cause de tout ce feu intérieur a presque disparu dans les cendres, ne laissant qu'un vague souvenir au goût amer lorsque j'y repense, une trace de poussière noire sur un passé révoqué, tant de fois ressassé, mais indéniablement essoufflé par le temps.

Alors c'est contre moi que je suis en colère, car je m'étais promis de ne jamais oublier. De ne jamais lui pardonner, de ne jamais ne serait-ce qu'y penser, car cela forme la plus haute trahison contre moi-même et mes valeurs. J'ai échoué lamentablement et, oui, ça m'énerve, je ne peux pas le nier. Me l'avouer est d'ailleurs bien plus blessant que je ne pensais, et je n'aime pas la situation dans laquelle cela me met, ni même la situation dans laquelle je suis et qui me fait m'avouer ces choses que j'aurais aimé laisser cachées. Avant aujourd'hui, il était facile de me convaincre que Sharp ne représentait rien pour moi, pas plus que le plus petit des microbes, que je le détestais de toute mon âme et que jamais je ne pourrais lui pardonner ce qu'il a fait. Sauf que, la vérité est que depuis qu'il m'a lâché ces courtes mais bien réelles félicitations, et que si au début cela m'a agacée (pour qui se prenait-il en m'arrachant la batte des mains ?) et que je me suis approchée de lui avec toute la volonté de lui lancer une remarque sur ses actes, je ne suis plus capable de cracher ma haine ni mon venin comme je suis capable de le faire lorsque j'en ai vraiment envie – et Circé sait que j'en ai souvent envie.

Son rire me glace sur place et je me raidis, relevant bien vite mes yeux baissés pour lui jeter un regard noir. Tout désarrois oublié, je ne me concentre plus que sur son rire qui semble tout droit sortie d'une moquerie que je n'apprécie pas recevoir de pleine face après l'avoir, à contrecœur, complimenté pour des actions qu'il a bien accomplies. Peut-être que cela lui est monté à la tête et qu'il se croit maintenant tout permis. Mais il s'est toujours tout permis, alors qu'est-ce qui le fait rire comme ça ? Par réflexe, je renifle avec mépris, cachant par ce reniflement le pincement au cœur que cela me crée, la vieille douleur que cela ravive au fond de mon cœur. Je n'ai peut-être pas tant oublié que ça ; en tout cas, je n'ai pas oublié ce que cela faisait, d'être ainsi blessée.

Mais le contact de sa main sur mon épaule est contradictoire avec son rire et ses paroles et je me raidis, sentant le bout de mes doigts me picoter. Je serre les poings pour oublier cette sensation, me redresse brusquement, chasse sa main qui n'a rien à faire ici d'un coup sec d'épaule et souffle entre mes dents serrées. Si je peux accepter de ne plus le détester comme avant, je ne peux pas encore supporter qu'il me tapote l'épaule aussi facilement, ni qu'il croie pouvoir le faire sans que cela me fasse réagir. Je n'ai jamais aimé les contacts ; je les aime encore moins lorsqu'ils viennent de lui.

« Il m'arrive que t'es peut-être moins chiant que ce que je croyais, Sharp. Voilà ce qu'il m'arrive. Et arrête de sourire bêtement ! »

J'ai parlé trop vite et je crispe la mâchoire, regrettant mes paroles qui sont sorties sans que je puisse les filtrer et qui reflètent parfaitement mes sentiments les plus récents et mes pensées les plus coupables. Je ne suis pas encore capable de les accepter, et pourtant il est si simple de les prononcer sur un coup de tête, à cause de quelqu'un qui arrive un peu trop facilement à m'irriter et donc me faire réagir avant de réfléchir. J'en conclus que c'est de sa faute et ses compliments passent comme un coup de vent dans mon esprit, ce dernier s'arrêtant sur sa dernière remarque. Je sais qu'elle se veut provocatrice. Et bêtement, je tombe dans le panneau.

« Évidemment que t'aurais pas pensé, relevé-je en prenant un air dédaigneux, la seule chose qui t'intéresse, c'est ta petite personne. »

Au final, peut-être que je suis encore un peu capable de ne pas l'aimer, même si cela me demande un effort supplémentaire que je n'aurais pas imaginé.

Quatrième année | Corneille du Chant | #741b47 | Saumon indépendant | Préfubbies aspirateur