Pudeur et livres font deux

Bibliothèque - Poudlard
Samedi 3 Septembre 2050 aux alentours de 10h50
avec @Églantine Pinehead

TW : Mention d'un organe génital sous forme imagée
Samedi matin. Troisième septembre.
Je me réveille avec une idée fixe : il faut que je sache qui est cette fichue déesse grecque dont Ellana a parlé. Forcément, c’est un truc de Moldus, non ? Parce que, franchement, si ça avait été une sorcière célèbre, j’aurais déjà entendu son nom. Enfin… peut-être.

Le problème, c’est qu’avant d’arriver à la bibliothèque, il faut déjà la trouver. Et ça, ce n’est pas gagné. Le dortoir des Serdaigle est tout là-haut, dans la tour ouest. Donc forcément, il faut descendre, traverser, tourner… et moi, je prends un escalier qui décide de changer d’avis au milieu. Résultat : je me retrouve devant un tableau qui me fixe avec une moue de pitié. Après dix minutes à tourner dans tous les sens (et deux couloirs où je suis certain de tourner en rond), je finis par trouver la salle de livres.

La bibliothèque.
Un silence solennel, presque religieux, me frappe en entrant. Les rayonnages s’élèvent si haut qu’on dirait qu’ils touchent le plafond voûté. Des tables sont alignées, des bougies flottantes éclairent doucement les lieux, et partout… le calme. Je m’aventure entre les étagères, mes chaussures craquant sur le sol malgré moi, et je passe mes doigts sur les tranches, lisant à voix basse les titres comme si j’allais soudain tomber sur : “Tout savoir sur Artémis (la déesse, pas toi)”. Évidemment, rien.

Finalement, après avoir tourné trois fois autour du même rayon, je tire un gros bouquin épais sur les mythologies moldus. Le cuir craque quand je l’ouvre, mes doigts tremblent légèrement. Je tourne les pages au hasard, tombant sur une illustration pleine page.

Et là.
Là, mon cœur fait un bond.

Un homme barbu, musclé, brandissant un éclair comme une baguette surpuissante. Et plus je le regarde, plus je me rends compte qu’il a… un truc entre les jambes. Oui. Une vraie… enfin, une saucisse. Là. Juste devant mes yeux. Mon cerveau s’arrête net. Je sens mes joues brûler comme si quelqu’un avait allumé des torches à l’intérieur de ma tête.

Je referme le livre d’un geste trop rapide, tellement sec que j’ai l’impression que tout le monde dans la bibliothèque m’entend. Mon cœur bat à tout rompre. Mes mains sont moites, mon souffle coupé, et je me sens incroyablement stupide. Et puis, évidemment, je zieute à gauche, à droite, histoire de vérifier que personne ne me regarde… mais je sens que c’est déjà trop tard, que j’ai peut-être laissé transparaître mon malaise sur ma tête rouge vif. Mais quand même… ce genre d’images n’a rien à faire dans une bibliothèque scolaire ! Non ? Non, clairement pas.

J’inspire un grand coup, serre le livre contre ma poitrine, et me dirige vers le bureau de la bibliothécaire. Chaque pas est une torture. Plus j’avance, plus mon visage chauffe.

Arrivé devant elle, je prends mon courage à deux mains, et à voix basse, tellement basse que je me demande si elle m’entend, je souffle :
« M-madame… Je… je suis désolé de vous déranger mais j’ai trouvé ça. »

Je tends le livre devant moi, les yeux fermés, comme si ça allait me protéger de l’image à l’intérieur. Mon bras tremble un peu, et je suis sûr que mes joues brillent comme deux phares.

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Pudeur et livres font deux
Attablée à son bureau impeccablement rangée, Églantine n'a de cesse de chercher de nouveaux articles à actualiser dans son règlement. Tout fraîchement tiré de son esprit tortueux et sévère, elle compte bien mettre au pas cet endroit, et en faire l'exemple de l'enseignement dans le pays. Que dit-elle, dans le monde, par Merlin ! Poudlard allait redevenir l'étoile scintillante, le phare aveuglant du grande monde des sorciers, et personne n'irait se mettre sur sa route. L'élitisme serait sa devise, l'excellence son crédo, et la lutte contre la médiocrité, son cheval de bataille. À coups de livres universitaires et de leçons particulières, elle vaincrait cet obscurantisme de l'auto-satisfaction, du contentement du minimum. Elle...

« Mh ? »

La voilà soudainement brisée dans son élan, et sa plume crisse sur le parchemin à l'arrêt. Ses yeux hésitent, ses paupières claquent, avant que finalement, elle ne se reprenne savamment.

« Pardonnez-moi. Que puis-je ? »

Églantine fut immédiatement interloquée en posant le regard sur l'élève face à elle. Son expression était bien trop anormale, et pourquoi diable son visage était-il à ce point rouge ? Avait-il fait une bêtise si monumentale que seule la honte lui demeurait comme recours ? Si tel était le cas, il faisait preuve de la bonne attitude, en venant ainsi se rendre, pour dénoncer ses actes, et elle en tiendra compte dans sa punition. L'individu lui tendait fébrilement un livre fermé, qu'avait-il bien pu lui faire ? Il fermait même les yeux, le misérable. Si elle découvrait le moindre dégât dans ces pages...

« Faites-moi voir. » Dit-elle en prétendant ne pas avoir déjà construit toute sa pensée basée sur ses seuls soupçons.

Elle hésita même à l'ouvrir, voulant pousser l'élève à entièrement confesser la faute, mais il semblait tellement atteint, ce serait contre-productif. Tiens donc, il avait même marqué la page, que diable...

Un grand silence s'abattit sur elle. L'espace d'un instant, elle fut tellement choquée, tellement abasourdie, qu'aucune émotion ne put trouver naissance en son cœur. Mais la seconde d'après, le livre s'était déjà refermé, lentement, entre ses doigts. Ses joues prirent une teinte rougeâtre, ses pupilles dilatées par la fureur froide coulant dans ses veines. D'un claquement de langue, elle appela son sous-fifre.

« Monsieur Miller. Vous allez me faire l'inventaire des livres que nous avons. Il s'avère qu'un petit malin s'est amusé à y glisser des frasques obscènes.
- Mais enfin, madame...
- Exécution. »

Son ton n'accepta aucun compromis, et ignorant les protestations silencieuses de son acolyte, elle se leva finalement pour l'accompagner hors de son bureau, avant de fermer la porte. Dégainant ses lorgnettes, elle amena une chaise derrière le petit élève traumatisé, sans se départir de la sévérité sur son visage. Et enfin, elle sortit sa théière flottante, enchantée, pour servir deux tasses de thé chaud.

« Bien, vous allez me raconter exactement où vous l'avez trouvé, et dans quelles circonstances l'image se présentait. »

Se soucier des conséquences psychologiques d'une telle vision sur l'état psychologique d'un petit enfant ? Plus tard, il fallait d'abord trouver le coupable, et contemplant le livre face à elle, posé sur son bureau, elle réfléchissait déjà aux sortilèges dont elle allait se servir.

Cavalier de l'Apocalypse de 2050 - 2b1146
« Les élèves s'abstiendront de conversations à voix haute. »

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Je restai planté là, les mains moites, en regardant la plume de la bibliothécaire s’arrêter net. Mon cœur faisait un boucan épouvantable dans ma poitrine alors que, clairement, j’avais juste marché jusqu’à son bureau. Quand elle leva enfin les yeux vers moi, j’eus l’impression d’être un crapaud épinglé sur une planche. Sa voix sévère me donna aussitôt envie de me ratatiner dans le sol.

Pire encore, quand elle ouvrit le livre… je crus mourir. Enfin, pas mourir-mourir, mais je sentis mes joues exploser de chaleur. J’attendais le tonnerre, les flammes, un sort de torture au minimum. Mais elle resta d’abord muette. Puis son visage vira rouge, et j’eus un frisson glacé dans le dos. Voilà, c’était fini pour moi. Expulsion définitive. J’allais finir mes jours à Azkaban pour crime contre la littérature.

Sauf que non. Elle claqua de la langue, appela son assistant, et ordonna un inventaire. Mon cerveau essayait de suivre mais… inventaire ? Ça voulait dire qu’ils allaient tout vérifier ?! Je me fis tout petit quand elle ferma la porte. Puis, à ma grande surprise, elle me tira une chaise. Je me posai dessus, le craquement du bois me donnant l’impression que la chaise elle-même se moquait de mon sort.

Quand la théière enchantée apparut, je clignai plusieurs fois des yeux. Une théière, dans ce moment ? Vraiment ? Le liquide fumant atterrit dans une tasse, devant moi, et mon ventre se serra : avais-je le droit de boire ? Était-ce du vrai thé, ou une potion de vérité ?

Puis sa phrase tomba. Je devais raconter où j’avais trouvé « ça ». Je déglutis, mes doigts tripotant le bord de la tasse brûlante. « Euh… je cherchais… enfin… un livre sur la mythologie. Moldue, je crois. C’est pour savoir d’où vient mon prénom, Artemis. » Je soufflai du nez, hésitant, puis ajoutai précipitamment : « Et… c’est là que… enfin… je suis tombé sur ça. » Je pointai du doigt le livre, comme si sa présence elle-même ne suffisait pas.

Mon cœur battait toujours à tout rompre. Pourtant, une petite étincelle de curiosité parvint à s’allumer dans ma tête. Après tout… c’était une image imprimée dans un livre. Quelqu’un avait bien dû la dessiner. Alors je relevai les yeux vers la bibliothécaire, la gorge serrée mais incapable de m’empêcher de demander, d’une voix innocente :

« Mais… madame… pourquoi quelqu’un dessinerait… un zizi… dans un livre de mythologie ? Est-ce une coutume moldue ? »
@Églantine Pinehead

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Pudeur et livres font deux
Adossée dans son fauteuil austère, confortable juste comme il le fallait, mais sans pour autant être opulent, d'une couleur sobre, sombre, et dépourvu de motif, Églantine porta la tasse de thé à ses lèvres. La seule boisson qu'elle tolérait, à part l'eau, la seule qu'elle appréciait, pour être honnête. L'art des britanniques dans toute sa splendeur, la sainte boisson et l'ultime breuvage. Les buveurs de café n'étaient que des sauvages, et les alcooliques logeaient à la même enseigne, comment trouver son bonheur dans des boissons qui trafiquaient la délicate chimie de notre glorieux cerveau ?

Tout en observant l'élève visiblement particulièrement troublé, la bibliothécaire attendait avec patience qu'il déblatère ses explications. S'il ne s'était pas trouvé dans un tel état de panique angoissée, Églantine l'aurait probablement soupçonné d'avoir commis l'acte, pour ensuite prétendre le rapporter. Plus rien ne l'étonnait, pour être honnête, et c'était avec une vigilance sans faille qu'elle se faisait un point d'honneur à percer les faux-semblants des enfants. Tous des menteurs-nés, l'enfant ment, les adultes également, mais ces derniers avaient a minima la convenance de ne pas croire à leurs propres mensonges, pour la plupart.

Dissimulant son claquement de langue et s'interdisant de rouler des yeux, Églantine se fit la réflexion qu'elle devrait bientôt réorganiser la bibliothèque. Étudier la mythologie sorcière était une chose, bine que fiction, elle faisait partie du patrimoine magique. Mais la mythologie moldue... Postiche, quelle frasque, quelle erreur de goût, quel mauvais départ. Et nommer son enfant après Artémis, la Déesse de la nature, de la chasse, quel égocentrisme. Surtout lorsque l'enfant se révélait être aussi fragile qu'une feuille d'arbre séchée, qui, non content de réagir comme s'il avait vu le diable en personne, trouvait le moyen de poser une question encore plus idiote.

Elle lui répondit sans émotion, après sa gorgée de thé.

« La question du pourquoi est malvenue. Demande-t-on a un gobelin pourquoi il n'est bon qu'à garder nos pièces d'or ? Certaines personnes sont tout simplement incapables de réfléchir avant d'agir, voilà la réponse. Des élèves dépourvus d'intelligence, se considérant probablement comme le messie de l'humour, je ne crois même pas qu'ils aient choisi ce livre en particulier, il doit y avoir d'autres de leurs frasques, et je compte bien les retrouver. »

Une petite inspiration, puis sa tasse retrouva sa place dans la coupelle blanche.

« Votre prénom n'a pas d'origine particulière. Artémis est une déesse moldue, d'origine grecque antique, représentant la chasse, ainsi que la protection des animaux et des lieux sauvages. Une énième chimère de ces contes. »

Quand elle pensait qu'au cours de l'histoire, les mythologies sorcières et moldues en sont venues à se mêler... elle en frissonna. Pour commencer, les sorciers qui croyaient en ce genre de chose, sans parler de la religion, trouvaient une disgrâce des plus profondes dans le cœur d'Églantine. Par Merlin, des sorciers n'ont pas à tomber dans le panneau des textes réservés aux faibles d'esprit, destinés à contrôler les masses analphabètes. Qu'importe. Certains de ces ouvrages mythologiques ont malgré tout un intérêt didactique, si l'on sait lire entre les lignes.

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« Les élèves s'abstiendront de conversations à voix haute. »

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Je n’arrivais pas à détacher mes yeux de sa tasse de thé. C’était idiot, mais à la voir lever le petit récipient blanc avec ses airs de reine sévère, j’avais fini par me concentrer uniquement là-dessus. Le thé. La sainte boisson. J’ai finalement fini par imiter son geste, un peu par politesse, un peu par curiosité. Petite gorgée. Et… horreur. Amer, fade, comme si quelqu’un avait eu l’idée géniale de plonger une poignée d’herbes séchées dans de l’eau bouillante et de déclarer ça « raffiné ». Pas franchement ce que j’appellerais une « splendeur britannique ». Non, si moi je devais choisir une boisson sacrée, ce serait le chocolat chaud. Le vrai, épais, avec un peu de mousse qui colle à la lèvre supérieure. Là, oui, je veux bien signer un contrat d’adorateur à vie. Mais évidemment, je ne pouvais pas le dire. Pas à elle. J’aurais eu l’impression d’insulter sa famille entière. Et peut-être même les ancêtres de sa famille.

Alors j’ai gardé ma langue, coincée entre mes dents, pendant qu’elle enchaînait ses phrases, tranchantes comme des lames. « La question du pourquoi est malvenue »… J’avais envie de répondre que c’était pourtant la seule question qui me venait en tête, la plus naturelle du monde. Pourquoi. Mais non. Ici, demander « pourquoi », c’était déjà être idiot.

Je me suis surpris à regretter. Regretter d’être venu, regretter ma volonté d'aider. À quoi ça servait, finalement ? Je croyais bien faire. Dire ce que j’avais vu, demander une explication. Mais non. J’étais juste devenu le gamin fragile qui pose des questions idiotes. Je sentais mes joues chauffer, ce qui chez moi est toujours le signe que je me sens idiot. Et forcément, quand je me sens idiot, je deviens encore plus maladroit. Un cercle vicieux.

Peut-être que les adultes oublient. Oublient ce que ça fait d’avoir onze ans, d’être coincé dans son propre corps comme dans une robe trop grande. Tout est flou : on veut plaire, on veut comprendre, mais en même temps on a peur de tout rater. Et puis, on nous dit que dire la vérité, c’est noble. Qu’il faut être courageux. Mais si être courageux, ça veut dire se faire écraser par des phrases froides comme des pierres, alors à quoi bon ?

Et puis, il y avait cette histoire de prénom. Elle avait dit que ça n’avait rien de particulier, qu’Artémis n’était qu’une chimère moldue. Mais… si on y pense bien, ça prouve quand même quelque chose. Que quelqu’un, un jour, avait pensé à cette déesse. Qu’elle avait traversé les siècles, assez fort pour qu’un jour mes parents se disent : « Tiens, appelons-le comme ça. » Même si ce n’est qu’une vieille histoire, c’est une origine. Et une origine, ça compte. Même si elle trouve ça idiot.

Alors j’ai pris une grande inspiration et j’ai osé :
« Mais… ça veut quand même dire que mon prénom a une origine particulière, non ? »

Et, comme pour me donner du courage, ou peut-être juste pour me lancer un petit défi, j’ai ajouté, un peu plus bas, presque en murmurant :
« Et… euh… vous, votre prénom, il a une origine, au moins ? »

Ma voix tremblait un peu. Pas sûre d’elle. Mais c’était ma petite victoire à moi. Fragile, oui, mais pas inexistant.
@Églantine Pinehead

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De la façon la plus détendue du monde, Églantine n'eut qu'à très légèrement basculer en arrière pour porter sa tasse à ses lèvres une nouvelle fois. Comment ne pas trouver ce genre de recherches consternantes ? Un enfant au comportement ridicule, cherchant des réponses, pire, les inventant, où aucune question n'avait lieu d'être. Les parents nomment leurs enfants car la sonorité du prénom est jolie, ou bien parce qu'ils apprécient ce qu'il peut représenter, mais l'origine elle elle-même n'est qu'anecdotique. Pire, déformée par l'histoire et les décennies, parfois les siècles écoulés. Et observer ainsi ce petit innocent tenter de croire que son prénom est plus particulier qu'un autre...

Inspirant profondément, sans se brusquer le moins du monde, elle déposa sa tasse sur la petite coupe devant elle. Hors de question de déposer une tasse à même le bois, seul un sauvage serait capable d'une telle barbarie... Aucun mot ne fut plus haut qu'un autre lorsqu'elle ouvrit la bouche pour répondre à ces sornettes. Son prénom... une origine. Balivernes, postiches, ridicules.

« Aussi particulière que si l'on vous avait nommé Zeus, Hadès, ou encore Athéna. Nommer son enfant après un mythe... Et bien, disons que vos parents sont probablement de grands amateurs de ce genre de lecture, voici tout ce que quelqu'un de rationnel peut conclure d'un tel nommage. Quant au mien, Églantine ne signifie rien de plus que "nom de fleur à épine". Trouvez-vous que je ressemble à une fleur, jeune homme ? Je ne crois pas. »

Après un petit silence, il était temps de revenir au véritable sujet : le sauvageon qui s'était cru malin de disposer ainsi une telle œuvre dans un tel ouvrage. Un ouvrage d'un certaine qualité, il fallait le noter. Cependant, Églantine ne put s'empêcher de constater à quel point d'autres livres existaient, bien plus pertinents que ce dernier.

« Quant à ce livre... Je ne saurais que trop vous recommander d'en sélectionner un autre pour faire vos recherches. Celui-ci ne fait qu'effleurer la surface des mythes décrits. Cependant, vous trouverez, non loin de l'emplacement où vous avez extrait celui-ci, Artémis, déesse de tous les dangers, publié en 2009 par Pierre Ellinger, qui était un historien moldu. Et il s'avère que dans ce domaine, les moldus sont plus au point que nous. Il s'agit de leurs inventions mythologiques, après tout, cet ouvrage est bien plus pointu, sourcé, et précis. »

Qu'elle détestait recommander des ouvrages moldus... Quelle infâmie de se dire que sur certains plans, ces derniers les dépassaient, eux, les sorciers. Mais avec un peu de recul, elle arrivait à accepter l'idée, après tout, il ne s'agissaient que de fables, et ce n'était pas la fin du monde de se faire défaire par des moldus sur un sujet aussi grivois que celui-ci.

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C’est qu’elle en prenait soin de sa tasse la grande dame ! À la voir déposer le récipient de cet infect liquide avec une délicatesse qui ne lui ressemblait pas, je commençais à me demander si je n’étais pas de trop dans cette relation qu’elle entretenait avec son thé. Heureusement, ou malheureusement, je ne saurais dire, ses mots suivants furent directement adressés à moi. Son petit monologue bien pesé, d’une éloquence comparable à la mienne si l’on enlevait les bredouillements, la voix fébrile et la maladresse, semblait être beaucoup trop terre à terre pour l’enfant que j’étais. Cela ne me plaisait pas du tout.

Je la laissai terminer sans broncher, juste le temps de me dire qu’elle parlait avec cette assurance désagréable des gens convaincus d’avoir raison. “Nommer son enfant après un mythe.” Quelle drôle de manière de réduire l’univers entier à une question de goût. Peut-être qu’elle n’avait simplement jamais eu de mythe à elle, qui sait ? Ou alors, elle préférait croire qu’il n’y en avait pas, c’était plus simple.

« C’est une façon de voir les choses », lâchai-je d’un ton un peu plus assuré que prévu. « Il y a quand même une part de… de destin, peut-être ? Je veux dire, on ne s’appelle pas Zeus sans en garder un peu de tonnerre au fond de soi. Et puis, si vous n’étiez qu’une “fleur à épine”, comme vous dites… eh bien, ça vous irait plutôt bien, non ? »

Je sentis mes joues se réchauffer à vue d’œil et, fidèle à ma légendaire grâce verbale, j’ajoutai la phrase de trop.

« Enfin, ce que je veux dire, c’est que… enfin, les fleurs à épines, c’est joli, mais… faut pas trop s’en approcher, quoi. Sinon on se pique. La preuve », ajoutai-je dans un souffle, baissant un peu le regard, « me voilà enfermé ici avec vous alors qu'il fait beau dehors... »

Et voilà. C’était sorti.
Je regrettai instantanément, évidemment. Mais le mal était fait. Je me raclai la gorge, fixai un point imaginaire sur la table, et me jurai de ne plus jamais parler sans plan de secours.

Je pris une inspiration, changeai de sujet comme un lâche et attrapai la perche qu’elle avait laissée pendante avec son histoire de livre moldu.

« Pour le livre, merci. Je le consulterai, promis. Mais… 2009, c’est un peu vieux, non ? Je veux dire, depuis, ils ont dû creuser le sujet depuis ? »

Je tentai un sourire, quelque part entre la maladresse et la politesse, espérant qu’elle avait oublié l'affront que je venais de prononcer plus tôt.
@Églantine Pinehead

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C'est une façon de voir les choses ? C'est la seule manière de voir les choses, pour être plus exact, jeune homme. Voilà ce qu'aurait pu répondre Églantine si elle avait été aussi impulsive qu'un éruptif sans cervelle, ou qu'un adolescent débordant d'hormones puantes. Mais elle réalisait que, peut-être, elle aurait pu se permettre de lui rétorquer cette petite rhétorique puérile. Consternée d'entendre la suite du discours du garçon, la bibliothécaire ne put s'empêcher de se faire la remarque que jamais à son époque un élève ne se serait permis ce genre de comportement. Si l'opinion qu'elle lui portait au début de leur interaction était plutôt neutre, voilà qu'il commençait imperceptiblement à glisser vers le négatif...

Le destin... Quelle sottise ridicule. Seul un fou ou un faible d'esprit pourrait y croire. Seuls les ignorants les plus crasses, ceux qui n'ont jamais eu la force de volonté de dépasser leur statut de simple spectateur de la vie. Et qu'il ne croit pas que la misérable insinuation qu'il venait de faire lui avait échappé. Bien évidemment qu'Églantine se connaissait, et qu'elle savait qu'elle n'était pas appréciée des autres. Elle s'en curait royalement l'oignon, et comptait bien continuer de mener sa vie exactement comme elle l'entendait. Car madame la bibliothécaire savait mieux que tout le monde, après tout, elle était une grande chercheuse, et avait même un double diplôme universitaire, si vous ne le saviez pas encore. Par conséquent, il était hors de question que qui ce soit se permette de lui dicter sa conduite.

Elle se retint au dernier moment de lever les yeux au ciel. Encore une puérilité... Une phrase qui semblait être bien maligne lorsqu'on l'entendait. Et toc, tiens, prends ça, haha, t'as plus rien à dire hein ? Voilà que la victime d'une farce grivoise et pathétique se changeait petit à petit en idiot fini tout aussi stupide que l'auteur de cette farce... Mais pour qu'il le réalise, encore aurait-il fallut que la bibliothécaire le lui mette sous le nez. Ce qu'elle n'était pas certaine de vouloir faire, après tout, valait-il réellement la peine qu'elle s'étende sur cela, alors qu'elle avait tant de travail sous le bras ? Un long soupir lui échappa avant qu'elle ne se redresse, sans que l'expression de son visage n'ait changé d'un iota.

« Le destin n'est qu'une conception de l'esprit humain pour vainement tenter d'expliquer la raison de notre existence. Ceux et celles qui n'ont pas la volonté de prendre le contrôle de leur vie s'en remettent à ce concept. Si nos noms forgeaient notre personnalité, cela se saurait. Quant à vos réflexions, je vous demanderai de les garder pour vous, jeune homme. Vous n'êtes point enfermé, que je sache, vous êtes libre de disposer dès que vous l'entendez. Le sujet de ce livre piégé est clos. »

Elle sirota un instant une dernière gorgée, avant de décaler sur son côté la tasse et la coupelle. Si l'élève n'était pas encore parti et avait accepter la brimade pour continuer la discussion, Églantine n'avait nulle raison de s'arrêter.

« J'avais huit ans quand ce livre est sorti. Et depuis, je crains que nul n'ait rédigé un ouvrage aussi accessible et exhaustif que celui-là. Le sujet a été creusé, jeune homme, autant qu'un sujet de fiction mythologique peut l'être, disons que ce livre est la compilation la plus récente des histoires contées à ce sujet. »

Mais quelle femme atroce, cette Églantine. Ne voyait-elle pas la passion du jeune garçon briller au fond de ses yeux ? Un réel besoin de trouver son chemin, de chercher une raison de se démarquer en trouvant un signe distinctif ? Bien évidemment que non, elle n'en avait cure, de tout cela. Pour elle, un livre doit conter du savoir, il doit n'être constitué que de faits, de théories scientifiques, d'analyses littéraires, de chiffres, de statistiques. De comptes-rendus aussi froids qu'une porte de prison, dépourvu de lyrisme inutile et superficiel.

La voilà donc, en train de briser os par os le squelette de la passion du jeune Artemis, convaincue du bien fondé de ses dires.

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Je hochai la tête, un peu bêtement, parce que je savais pas trop quoi dire. Au début, j’avais trouvé le débat… intéressant. Enfin, intéressant dans le sens où j’avais mes intérêts à défendre et que nous avions des définitions divergentes . Bon... Même si je savais pas aligner deux phrases comme elle, ça m’intéressait un peu. Mais maintenant… maintenant, son attitude me mettait mal à l’aise. J’avais l’impression qu’elle me regardait comme si j’étais vraiment un idiot. Et pour quelqu'un avec aussi peu de confiance en sois que moi, ça foutait le cafard... Puis l’air dans la pièce était lourd, il y avait un truc froid qui me collait à la nuque, et ça me donnait des frissons bizarres. Brrr...

Je me promis dans ma tête de jamais dénoncer les petites bêtises sur les pages, les dessins, les zizi bizarres. Pas question. Pas de caftage. Voilà, leçon du jour, check.

Je hochai la tête encore une fois, pour faire genre merci, mais en même temps pour montrer que j’étais d’accord avec l’ouvrage. J’aurais pu poser plein de questions sur les années 2010, demander comment c’était avant, comment le monde avait changé, mais… avec elle, je savais que j’allais me faire balader. Et j’en avais assez de rester dans cette pièce qui sentait le thé, qui sentait l’ordre et la critique et… tout ce que je savais pas nommer mais qui me donnait mal à la gorge.

Je me levai doucement, non sans me cogner le pied contre la chaise parce que, évidemment, c’était moi et forcément je pouvais pas être discret.

« Très bien… merci beaucoup, madame. Si c’est bon pour vous, je peux y aller ? »

Alors selon sa réponse, je me glissai hors de la pièce aussi vite que possible, en me sentant à la fois soulagé et malgré moi un peu intrigué par cette dame bizarre. Une vraie tornade de froideur. Et moi… moi j’avais juste envie de récupérer ce fichu livre et de me cacher quelque part où personne pouvait me regarder comme ça. Peut-être sous mon lit, ou dans un coin de la bibliothèque… ou n’importe où.
Merci beaucoup pour le RP @Églantine Pinehead ce fut un plaisir !

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